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mercredi 1 juin 2022

CHAT EN POCHE - 30e Festival de Maisons Laffitte

 UN FEYDEAU RONDEMENT MENE

C'est donc avec une autre pièce de Feydeau que se termine le 30e Festival de Théâtre de Maisons Laffitte. Et qu'il est plaisant de voir un Feydeau remarquablement mis en scène et interprété. Eh oui, même une non passionnée du vaudeville peut apprécier ce genre lorsqu'il est bien traité.

Petit rappel historique : "Chat en poche" fut créé en 1888 et ne connut pas un grand succès à l'époque. Ce n'est qu'au fil du temps qu'elle trouva son public. La pièce est désormais reconnue comme l'un des chefs-d'œuvre de l'empereur du vaudeville.

Il y met en scène la famille Pacarel et ses amis. Le chef de famille a fait fortune dans le sucre et veut assoir son statut de notable en faisant représenter un opéra composé par sa fille Julie. Il recrute un célèbre ténor de bordelais. Lorsque le fils de son ami Duffausset débarque, venu à Paris pour faire ses études des droit, la valse des quiproquos est lancée. Le faux ténor va signer un contrat qui lui rapporte une petite fortune, et tombe amoureux de la maîtresse de maison. Mais l'a-t-il bien identifiée ?

Sébastien Biessy a vraiment donné un coup de dépoussiérage à ce texte avec une mise en scène dynamique, qui fourmille d'inventivité. Le texte est mis en valeur en accentuant, sans exagération, les doubles sens ou les contre-sens. Quelques anachronismes sont émiettés dans le spectacle, qu'ils soient dans le texte ou sonores, mais introduits de telle sorte qu'ils sont légers et s'intègrent parfaitement.

Le décor et les costumes jouent les sur les contrastes : noir pour les rideaux et la majorité des costumes, blanc pour les tabourets, l'ouverture de la porte en fond de scène, et les enfants (Julie, espiègle Nathalie Forquignon, et son fiancé un peu effacé M. Lanoix de Vaux joué par Jean-Baptiste Roche). Seul Tiburce, empêcheur de tourner en rond (ou plutôt d'aller tout droit) a une touche de couleur avec les rayures jaunes de sa tenue de serviteur. Coup de chapeau à Léopold Biessy pour ce rôle omniprésent dans des postures pas toujours confortables. 

Le jeu des comédiens joue aussi sur les rythmes : parfois hystérie collective, souvent bien dosé. Tous sont dans le ton : Yves Chambert Loir / M. Pacarel, ce bourgeois aveuglé par son ego et sa bêtise, Béatrice Biessy / Marthe Pacarel joue à fond la bourgeoise précieuse, Pierre-Yves Blanchard est un Dr Landerneau presque effacé devant le jeu drôlissime de Laure Boinet (Amandine Landerneau dite Bibiche). Mais c'est Martin Biessy qui retient particulièrement l'attention en interprétant un M. Duffausset / Ténor Dujeton tout en nuances.

Tout est réuni pour que la mécanique du rire fonctionne pour le plus grand plaisir de la salle. Une bien belle façon de clore ce trentième et ultime festival de théâtre de Maisons Laffitte.

UNE PAGE SE TOURNE

Ce n'est qu'en 2017 que j'ai fait connaissance avec ce festival. Beaucoup trop tard !  Avec deux années d'absence pour cause de pandémie, je n'aurais vu que trois éditions. Et pourtant il m'en restera pour toujours des souvenirs forts :

une équipe incroyable de gentillesse, de bienveillance, toujours souriante, menant tout avec une facilité déconcertante tant tout est rodé. Il y a toutes les images de ces spectacles sélectionnés tout au long de l'année pour créer une programmation éclectique mais surtout pour  représenter la diversité du théâtre, du classique au contemporain, de la comédie au drame, du vaudeville à l'opéra. Il y a la qualité du travail proposé par ces troupes amateurs, parfois bien meilleur que certains professionnels. Il y a les questions des collégiens lors des cafés-critiques qui suivent chaque spectacle en compétition. Il y a toutes les rencontres, les amitiés qui sont nées lors de cet évènement. Il y a surtout la force et la solidarité d'un groupe d'amis soudés autour d'une famille. Tous sont présents fidèlement, année après année, depuis 30 ans pour certains. 

Il y a surtout la passion de Sébastien et de Béatrice Biessy, qui ont "ancré le théâtre dans la ville de Maisons Laffitte" comme l'a dit M. Jacques Myard lors de son discours de clôture. Après trente années d'un évènement devenu incontournable, réunissant chaque week-end de l'Ascension un public fidèle et nombreux (la plupart des spectacles se jouaient à guichets fermés), Sébastien et Béatrice arrêtent en pleine gloire. Mais ils ne disent pas adieu au théâtre. La Compagnie de la Mansonnière va continuer à présenter ses créations, à commencer par ce pétillant "Chat en poche". Et nous retrouverons l'équipe pour un nouveau festival, à Cabourg, pour une action caritative. Un nouveau rendez-vous qui se déroulera aussi au mois de mai. Quant au théâtre à Maisons Laffite, M. le Maire, grand amateur de cette forme de spectacle vivant, nous en a fait la promesse : il restera inscrit dans l'ADN de la ville, reste à en fixer la forme.

Au revoir Sébastien et Béatrice. Merci pour tout ce que vous faites pour le spectacle vivant.


Chat en poche, de Georges Feydeau, mise en scène de Sébastien Biessy, avec Léopold Biessy, Yves Chambert Loir, Béatrice Biessy, Pierre-Yves Blanchard, Laure Boinet, Nathalie Forquignon, Jean-Baptiste Roche et Martin Biessy.

Vu le 29/05/2022 - Salle Malesherbes - Maisons Laffitte

POUR UN THEÂTRE SOLIDAIRE

 

On ne peut pas parler du Festival de Théâtre de Maisons-Laffitte sans parler de PSE - Pour un sourire d'enfant. Association d'intérêt général reconnue de bienfaisance, apolitique et non confessionnelle, PSE défend les Droits des Enfants.

 Depuis plus de 25 ans elle agit au Cambodge pour sortir les enfants de l'extrême misère et les mener jusqu'à un métier. Reconnue par les autorité cambodgiennes, l'association intervient dans le respect du pays, en collaboration avec les habitants. Elle est lauréate du Prix des Droits de l'Homme de la République Française.

 La famille Biessy et l'équipe du Festival soutiennent son action depuis de nombreuses années. Si le festival ne sert pas à lever des fonds pour PSE, c'est néanmoins pour moi l'occasion idéale de signaler son action et de vous inviter, si vous souhaitez participer à cette aventure, à faire un don en cliquant ICI.

lundi 30 mai 2022

JOYEUX ANNIVERSAIRE QUAND MEME - 30e Festival de Maisons Laffitte

 DUO COMPLICE POUR COMEDIE ROMANTIQUE


Olivier est un célibataire maniaque, psychorigide, bourré de tocs, en pleine dépression depuis que son ex l'a planté une semaine avec le mariage pour partir avec son meilleur ami. Alors lorsqu'un copain lui demande de lui rendre un service et d'héberger Loulou pendant une semaine, on ne peut pas dire qu'il saute de joie. Mais comme il a un bon fond, il accepte...pour mieux le regretter dès le lendemain, lorsqu'il découvre que la fantasque jeune femme perturbe grandement l'organisation de son appartement. Il va néanmoins se laisser attendrir par les yeux de biche et le regard de chien battu de la belle, et jouer le jeu pendant une semaine.

"Joyeux anniversaire, quand même" coche toutes les cases de la comédie romantique classique : le type bourru, la belle extravertie. Comme le dit le personnage d'Olivier, c'est le classique duo et la rencontre improbable de deux personnalités qui non seulement n'ont rien en commun mais qui ont tout pour s'agacer et se rejeter. Lui est Schtroumpf grognon doublé d'une personnalité coincée, elle est pétulante, dynamique, enjouée. Lui est un brin réac, elle est libre. Lui broie du noir, elle est optimiste.

On retrouve dans le texte tout l'humour de Lilian Lloyd, et dans ses deux personnages toute sa sensibilité. Le décor est celui d'un appartement simple, fait de meubles assemblés sans recherche d'une esthétique moderne, un peu à l'image de la personnalité d'Olivier. Les musiques jazzy finissent de peaufiner l'atmosphère cosy et romantique.

Dans le rôle d'Olivier, l'auteur et metteur en scène est le bon comédien que l'on connaît, transformant l'ours mal léché en gros matou en besoin d'amour. Quant à Jennifer Bailly, quelle progression depuis les ateliers théâtre dans lesquels je l'avais vu évoluer il y a quelques années. Elle est lumineuse, solaire, d'une aisance et d'une présence remarquables.

Le duo fonctionne à merveille. L'émotion est présente et forme un bon équilibre avec les moments comiques, qu'ils viennent du texte ou du jeu, comme le comique de répétition autour d'un tiroir ou d'une position pour s'endormir. Le seul regret que je pourrai formuler est un peu de longueur. Pour le reste, "Joyeux anniversaire" est une comédie romantique classique et efficace, portée par un duo complice et au jeu très naturel.

Joyeux anniversaire, quand même, de Lillian Lloyd, mis en scène par l'auteur, avec Lilian Lloyd et Jennifer Bailly

Vu le 29/05/202 - Vieille Eglise - Maisons Laffitte

Photo : Tompointcom 

POUR UN THEÂTRE SOLIDAIRE


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LE PORTEUR D'HISTOIRE - 30e Festival de Maisons Laffitte

 LA FORCE DU RECIT CHORALE


Deux pièces d'Alexis Michalik au programme de cette 30è édition du Festival de Maisons Laffitte. Au soir de ce 4è jour c'est la compagnie "Tous en scène" qui s'attaque au "Porteur d'histoire", pièce phare de l'auteur, récompensée par deux Molières en 2014 et qui n'a pas quitté l'affiche des théâtres parisiens depuis. Bref, un sacré challenge !

Petit rappel sur l'histoire : Martin Martin roule sur une piste en Algérie, arrive à Mechta Layadat où il fait la connaissance d'Allia et de sa fille Jeanne. Commence (mais est-ce bien le début) un récit digne d'Alexandre Dumas, une quête littéraire qui nous transportera sur 3 continents et au travers des siècles, sur les traces d'un trésor et d'une famille légendaires.

Tout comme pour "Edmond" vu plus tôt dans la semaine, le défi est relevé avec panache. Le plateau est divisé en deux parties dans lesquels vont se jouer les différentes étapes de ce récit à tiroirs, les pièces du puzzle se mettant en place progressivement jusqu'à la surprise finale. Le décor est composé de quelques cubes que les comédiens déplacent selon les besoins, qui servent à recueillir les nombreux accessoires et se transformant également en jeep, en avion, en fontaine. Au centre deux panneaux figurent une bibliothèque et servent de passage (d'un lieu à un autre, d'une époque à une autre).

Le rythme est soutenu. Les comédiens passent d'un personnage à un autre avec rapidité, sans temps mort. Les astuces de décor et de mise en scène permettent au spectateur de ne pas se perdre dans ce récit en forme de puzzle. Les dialogues à travers le temps et l'espace fonctionnent bien.

Au sein d'une distribution mêlant des comédiens et comédiennes amateurs aux niveaux d'expérience variés, du débutant au plus aguerri, je retiens plus particulièrement l'œil malicieux de Christian Haton (Martin Martin de 2011) qui a le don de raconter des histoires et de convaincre tous ses interlocuteurs de le suivre ou de l'aider à mener sa quête ; les multiples facettes de Christophe Ecobichon qui donne une couleur unique à chacun de ses personnages, de Michel le fossoyeur au pape Clément VI en passant par le cafetier ou le berbère (entre autres); ainsi que la prestation de Catherine Duval qui multiple les rôle féminin et est aussi à l'aise dans la peau de la douce mais libre Allia que dans le rôle d'Eugène Delacroix.

Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai vu cette pièce que j'aime faire découvrir à mes amis. Il aurait donc été facile d'être déçue par une mise en scène autre que celle de l'auteur. Aussi, même si je n'ai pas été aussi emportée que d'habitude, j'ai beaucoup apprécié la proposition de la Compagnie Tous en Scène et la mise en scène de Laurent Viers, ainsi que le beau travail de cette troupe très attachante.

Le porteur d'histoire, d'Alexis Michalik, mise en scène Christophe Viers, avec Laurent Charpiot, Catherine Duval, Christophe Ecobichon, Victor François Galichon, Christian Haton, Lise Huss, Céline Laboisse, Jérôme Raimbault, et (à partir d'octobre 2022) Anne-Brigitte Lecorvaisier

Vu le 28/05/2022 - Salle Malesherbes - Maisons Laffitte


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dimanche 29 mai 2022

VOUS QUI PASSEZ SANS ME VOIR - 30e Festival de Maisons Laffitte

 LES OMBRES DU PASSE


En 2019 j'assistais à la première de "Vous qui passez sans me voir", pièce de Frédéric Biessy. Cet amoureux du théâtre, qui anime depuis 30 ans avec son épouse Béatrice, leurs enfants et leurs amis le festival de Maisons Laffitte, passait un autre cap. J'avais été sensible à cette création, avec ses qualités et ses défauts.

Il s'agit ici d'un drame : un comédien en fin de carrière, trouve dans sa loge à la fin de sa dernière représentation d'Othello, une femme qui dit ne rien connaître au théâtre mais qui semble tout savoir de lui, tout en se défendant d'être une fan de l'artiste. Par petites touches elle va livrer les raisons de sa présence et le confronter à son passé, au souvenir d'une jeune Hélène et au rôle qu'il joua dans son destin tragique.

Contrairement au cinéma le théâtre permet de ne pas figer les choses. Pour tout spectacle chaque représentation offre la possibilité de corriger, modifier, revoir des choix. J'ai retrouvé avec plaisir la sensibilité de l'écriture de Sébastien Biessy. Certaines facilités de la création ont été gommées, le texte a été resserré, donnant à l'ensemble plus de fluidité et plus de profondeur.

Béatrice Biessy est toujours aussi lumineuse. Son jeu s'est encore affiné et on se régale de sa capacité à exprimer les sentiments variés, parfois ambivalent, qui animent le personnage de Maria dans sa quête de vérité. Son partenaire, Yves Chambert-Loir, a gagné en rondeur, en amplitude, apportant de nouvelles nuances à son personnage.

L'ensemble a gagné en épaisseur, en rondeur, en fluidité, et les voyages dans le temps ainsi que les passages de Maria à Hélène sont maîtrisés. Dans le cadre intimiste de la vieille église et sous une très belle mise en lumière, l'émotion passe, tant pour l'hommage au théâtre que pour cette histoire d'amour et de frustration.

Vous qui passez sans me voir, de Sébastien Biessy, avec Béatrice Biessy et Yves Chambert-Loir - Compagnie La Mansonnière

Ce spectacle a reçu un Prix Spécial du Jury du 30e Festival de Maisons Laffitte

Le point de vue de Véro du blog Théâtr'elle en cliquant ICI

(Re)vu le 28/05/2022 - Vieille église - Maisons-Laffitte

Ma chronique de 2019 en cliquant ICI


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samedi 28 mai 2022

LA FIEVRE COURTELINE - 30e Festival de Maisons Laffitte

 UNE FIEVRE QUI ME LAISSE DE MARBRE


L'affiche est belle et prometteuse de la compagnie Les Sentiments Alternés. Quatre courtes pièces de Courteline (mais elles le sont toutes) réunies pour un spectacle sans fil conducteur sinon le parti pris de mise en scène : placer le tout dans les années 1970, disco et chansons populaires à l'appui.

"Gros chagrin" est un dialogue entre deux femmes dont l'une vient de découvrir que son mari la trompe et dont l'autre est au désespoir car elle vient de licencier sa cuisinière. La troupe étant composée de deux garçons et une fille, le choix a été fait de faire interpréter les deux femmes par des travesties tout en paillettes. Si le côté "Cage aux folles" est amusant, l'ensemble donne un goût d'inachevé.

Avec "Ma petite sœur" on change de registre. Un professeur de français pédant fait passer un test à une élève de cinquième, s'attardant sur la première phrase du "Chêne et le roseau" de Jean de la Fontaine.

La troisième pièce, "Le gora", met en scène, sur fond de "Véronique et Davina", un couple dont l'épouse niaise veut accueillir un chat, donnant ainsi prétexte au mari à se moquer du manque de culture de sa compagne.

Le spectacle se termine avec "La voiture renversée" qui commence comme un vaudeville (la femme, l'amant potentiel) et se termine en thriller (le mari menaçant l'amant), dévoilant un couple diabolique. Hélas, le diabolique voulu par Courteline ne ressort pas dans la mise en scène.

Les trois comédiens prennent visiblement plaisir à jouer. Malheureusement ce plaisir ne traverse pas le 4ème mur, ou très peu. Très rapidement deux questions me sont venues à l'esprit: 1/ est-ce que le fait de placer l'action dans l'ambiance des années1970 apporte quelque chose au texte ? 2/ Quel est l'intérêt de monter ces textes en 2022. Mes réponses seront peut-être cruelle pour les amateurs du genre : rien et aucun.

Le point de vue de Véro du blog Théâtr'elle en cliquant ICI

La fièvre Courteline par la compagnie Les Sentiments Alternés

Vu le 27/05/2022 - Vieille Eglise - Maisons Laffitte


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vendredi 27 mai 2022

EDMOND - 30e Festival de Théâtre de Maisons Laffitte

ODE A L'ESPRIT DE TROUPE



Depuis sa création en 2016 au Théâtre du Palais-Royal à Paris, "Edmond", d'Alexis Michalik, ne désemplit pas. Pièce chorale, c'est une ode au théâtre et au théâtre de troupe. Il faut donc du courage et du culot pour s'attaquer à cette pièce auréolée de  5 Molières. La Compagnie la Trappe relève haut la main ce défi, avec certes quelques petits défauts qu'on leur pardonne aisément.

Petit rappel sur le sujet. Tout commence début décembre 1897. La dernière tragédie en vers d'Edmond Rostand est un four. Le public demande des comédies, de la légèreté, et Feydeau et Courteline sont les rois de Paris. En dehors de Rosemonde, l'épouse du poète dramaturge, il en est une qui croit dur comme fer au talent du jeune Edmond : la grande Sarah Bernhardt. Sur sa recommandation le grand comédien Jean Coquelin va commander une comédie en prose et en trois actes à Rostand. Ce sera "Cyrano de Bergerac", drame en cinq actes et en alexandrin qui sera écrit et monté en 3 semaines, et qui est la pièce du répertoire français la plus jouée dans le monde. Avec le talent de conteur qui est le sien Alexis Michalik fait de cette histoire, avec laquelle il prend quelques libertés, un spectacle jubilatoire.

Cette jubilation on la retrouve avec la proposition de la Compagnie La Trappe. Très rapidement on sent la force de cohésion d'une troupe qui se connaît bien et qui a durement travaillé pour monter ce spectacle. Les scènes se succèdent selon le rythme que l'on connaît des créations d'Alexis Michalik. Ne disposant pas des moyens techniques du théâtre du Palais-Royal, la compagnie a mis en œuvre de nombreuses astuces pour créer un décor modulable. On retrouve ici ce qui fait le succès des créations de l'auteur : les changements de décor à vue, les accessoires à usages multiples (deux panneaux mobiles agrémentés de rideaux, des palettes qui se font scène, réception d'hôtel ou barricades), les comédiens qui interprètent plusieurs rôles et passent de l'un à l'autre en un temps records avec tous les changements de costume que cela implique.

Toute la troupe déborde d'une énergie communicative. Difficile de tous les citer. Ils sont douze sur scène dans un tourbillon  Xavier Maufroy est un Edmond qui doute. Amoureux de sa Rosemonde (sensible et jalouse Amandine Bordon-Eymard), c'est grâce à la belle Jeanne (magnifique Johanna Manteaux) qu'il va retrouver l'inspiration et écrire son chef-d'œuvre. Je retiens également Stéphanie Poisson juste dans tous ses rôles, notamment dans celui d'Honorine (rôle féminisé) et l'hilarante prestation de Jean-Michel Laroudie en réceptionniste. Sans oublier la musique jouée live sur scène.

Le public du Festival de Maisons Laffitte ne s'y trompe pas et a salué de long applaudissements ce "Edmond" joué avec enthousiasme et plaisir intense par la Compagnie La Trappe, sous la direction de Christophe Lesage.

Le point de vue de Véro du blog Théâtr'elle est à lire en cliquant ICI

Edmond, d'Alexis Michalik, mise en scène et scénographie Christophe Lesage, avec Victor Balédent, Amandine Bourdon-Eymard, Suzy Dupont, Gilbert Edelin, Pascal Etting, Jean-Michel Laroudie, Nicolas Lemonnier, Johanna Manteaux, Xavier Maufroy, Anne Pazdzior, Stéphanie oisson, Robin Sautel, décors et création graphique Xavier Maufroy, création musicale Victor Balédent.

Ce spectacle a reçu le Prix d'interprétation masculine pour Xavier Maufroy pour le rôle d'Edmond au 30e festival de Maisons Laffitte.

Vu le 26/05/2022 - Salle Malesherbes - Maisons Laffitte

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NUIT CAPITALE - 30è Festival de Théâtre de Maisons Laffitte

 PARIS NE BRULERA PAS


"Nuit capitale" est un peu une version Reader's digest de la pièce de Cyril Gély "Diplomatie". L'auteur imagine un dialogue fictif entre le Général Dietrich von Choltitz, chef des armées allemandes à Paris, et le consul de Suède Raoul Nordling. La scène se déroule dans la nuit du 25 août 1944 à l'hôtel Meurice. Nuit capitale puisqu'elle scellera le destin de la ville lumière. Si la pièce originale dure plus de 2h, la Compagnie de la Trille Blanche en donne une version raccourcie de moins d'une heure.

Au cours de cette rencontre deux visions s'opposent. Le Général von Choltitz n'est en poste que depuis deux semaines. Hitler lui a confié la mission de détruire Paris avant l'arrivée des troupes alliées. Le consul Raoul Nordling dispose de quelques heures pour le faire changer d'avis. Le militaire allemand, rompu à l'obéissance et à la loyauté à sa patrie, est mis face à sa conscience. Si le diplomate suédois joue sur la fibre de la culture, du patrimoine historique et du jugement des générations futures, le général est tiraillé entre tout ce qui a fait sa vie et l'amour de ses proches retenus en otage par Hitler.

Le spectateur le sait : l'armée allemande ne mettra pas à exécution le projet de destruction de la capitale française. C'est donc ailleurs que se situe l'intérêt du texte. Dans l'ensemble la mise en scène pose bien cette dualité entre les deux personnages. L'un est posé, tempéré, érudit, solennel. L'autre ne tient pas en place.

Dans cette mise en scène de qualité portée par deux comédiens de très bon niveau, il m'a manqué peu de choses pour que je sois totalement convaincue. Un peu plus de force dans le jeu, plus de tension dans l'affrontement entre les deux personnages. J'aurais aimé plus de colère, plus de force dans le Général von Choltitz. Par ailleurs le parti pris d'une version très courte précipite la bascule du général. Elle arrive trop vite et devient peut-être moins compréhensible.

Il n'en demeure pas moins une belle composition qui laisse suffisamment de place au questionnement sur la réalité historique et le miracle qui nous permet toujours de jouir aujourd'hui de la magnificence de notre belle capitale.

Le point de vue de Véro du blog Théâtr'elle à lire en cliquant ICI

Nuit capitale, d'après Cyril Gély, mise en scène de Dom Lakanal, avec Olivier Heyraud et Dominique Chivot, avec la participation de Carole Dardenne et l'aimable collaboration de Fabien Moulin, costumes Constance Talewee

Vu le 26/05/2022 - Vieille église - Maisons Laffitte


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jeudi 26 mai 2022

Monsieur chasse - 30e festival de Maison Laffitte

 TO BE OR NOT TO BE LA CIBLE


RETROUVAILLES

Deux ans que nous n’étions revenus à Maison Laffitte, dans ce festival de théâtre amateur créé il y a 30 ans par Sébastien et Béatrice Biessy. Revenir à la salle Malesherbes c’est se dire que la vie a enfin repris ses droits. Et comme le dit M . Jacques Myard, maire de Maison Laffitte, un vrai amoureux du théâtre, le théâtre a ceci de magique et unique dans l’histoire de l’humanité que rien ne peut le mettre à terre, rien ne peut le détruire. Il traverse les siècles toujours plus fort parce qu’il est la vie.

Ce 30e festival, le dernier pour Sébastien et Béatrice, s’ouvre et se fermera sur l’empereur du boulevard : Georges Feydeau (que l’on croisera également jeudi soir dans « Edmond »). C’est la Compagnie Les Joyeux de la Couronne qui ouvre le bal avec « Monsieur chasse ». Créée en 2019 la pièce a été jouée plus de 100 fois et rencontre partout le succès public et critique, et a récolté 3 nominations au P’tits Molières en 2019 dont celle de la meilleure comédie.

QUE DE FEYDEAU !

Comme je le dis souvent, ceux qui me suivent depuis longtemps savent que le boulevard n’est pas mon registre de prédilection. Les textes de Feydeau, Labiche ou encore Courteline sont pour moi datés, dépassés, et il faut un sacré courage pour s’y attaquer. Car au-delà du fond il y a aussi la forme. Comme me le disait un metteur en scène dont j’ai oublié le nom, Feydeau ne supporte pas l’à-peu-près. Pour que la mécanique du rire fonctionne il faut que tout soit réglé au cordeau.

Il y a de bonnes choses dans la proposition de la Cie Les Joyeux de la Couronne, et particulièrement le choix de placer l’action dans les années 1930, en agrémentant le texte de chansons plus ou moins retravaillées, associées à des sympathiques chorégraphies. Un choix qui m’a beaucoup fait penser au « On purge bébé » mis en scène par Emeline Bayard en 2019 mais qui est aussi la marque de fabrique de la compagnie. Ici les choix sont judicieux et s’intègrent bien dans le contexte de la pièce. Il y est classiquement question de mari, d’épouse, d’amants, de maîtresses et de quiproquo. Les 6 comédiens / chanteurs ont de belles voix et ces intermèdes musicaux sont dans l’ensemble très réussis.

HOMMAGE OU CARICATURE ?

Là où je n’adhère pas au parti pris de mise en scène, c’est dans l’exagération poussée à l’extrême qui pousse le jeu d’acteur vers la caricature, les anachronismes qui tombent comme un cheveu sur la soupe (la commissaire imitation de Florence Foresti, certes bien faite mais hors de propos – la musique de Benny Hill ou de l’inspecteur Gadget, les appuis trop récurrents et trop marqués à la ville de Maison Laffite, etc), et surtout le recours à un jeu de scène parfois grossier pour ne pas dire vulgaire qui ne rend pas hommage à l'auteur.

Si le public a beaucoup ri et apprécié ce spectacle, personnellement je me suis ennuyée. Malgré la qualité du travail des comédiens, et plus particulièrement Séverine Wolf qui endosse trois rôles très différents, passant de l’un à l’autre avec une facilité remarquable, ou encore Kevin Maille et Loïc Brousoz, deux seconds rôles très justes, je n’ai pas adhéré à la mise en scène. Olivier Schmidt a souvent une diction trop rapide et pousse trop fort la voix, si rapide qu’il n’articule pas, si fort qu’on n'entend plus le texte. Alexandrin Magin est inégale dans le rôle de Léontine, tantôt nunuche, tantôt femme en colère. Quant à Julien Hammer, il est un peu effacé face aux extravagances de ses partenaires.

Bref, je serai certainement la seule note discordante dans un concert de louanges. Comme quoi il est facile de passer à côté d’un spectacle.

Ce spectacle a obtenu le Prix du Public du 30e Festival de Maisons Laffitte.

Monsieur Chasse, de Georges Feydeau, adaptation, mise en scène et scénographie Olivier Schmidt, piano et arrangements musicaux Justine Verdier, chorégraphies Séverine Wolff, avec Olivier Schmidt, Julien Hammer, Alexandra Magin, Séverine Wolff, Kevin Maille, Loïc Brousoz

Vu 25/05/2022 - Salle Malesherbes - Maisons Laffitte

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"A L'OMBRE D'OZ" A AVIGNON


Mais comme la qualité de cette troupe n’est plus à démontrer je vous invite à les retrouver cet été 2022 à Avignon, au théâtre de l’Observance ou du 7 au 30 juillet ils joueront à 12h « A l’ombre d’Oz » un spectacle en hommage à la grande Judy Garland.




POUR UN THEÂTRE SOLIDAIRE


On ne peut pas parler du Festival de Théâtre de Maisons-Laffitte sans parler de PSE - Pour un sourire d'enfant. Association d'intérêt général reconnue de bienfaisance, apolitique et non confessionnelle, PSE défend les Droits des Enfants.

Depuis plus de 25 ans elle agit au Cambodge pour sortir les enfants de l'extrême misère et les mener jusqu'à un métier. Reconnue par les autorité cambodgiennes, l'association intervient dans le respect du pays, en collaboration avec les habitants. Elle est lauréate du Prix des Droits de l'Homme de la République Française.

La famille Biessy et l'équipe du Festival soutiennent son action depuis de nombreuses années. Si le festival ne sert pas à lever des fonds pour PSE, c'est néanmoins pour moi l'occasion idéale de signaler son action et de vous inviter, si vous souhaitez participer à cette aventure, à faire un don en cliquant ICI.