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dimanche 1 décembre 2019

PLUS HAUT QUE LE CIEL Théâtre Antoine - Le regard de Corinne

LE PYLONE

Le regard de Corinne



Il suffit d'évoquer la Tour Eiffel pour penser automatiquement à Paris. C'est très
probablement le monument historique Français le plus connu. C'est le symbole de Paris. Et
pourtant, elle ne s'est pas imposée comme tel en 1884 quand deux ingénieurs passionnés,
ses pères, l'ont présentée à Gustave Eiffel.

A travers cette pièce originale, Florence et Julien Lefebvre nous retracent le contexte
historico - financier de la naissance de la dame de fer. La mise en scène rythmée, endiablée,
de Jean Laurent Silvi nous fait entrevoir toutes les péripéties qu'il a fallu affronter pour faire
aboutir ce projet.

1884, Nouguier et Koechlin, ingénieurs chez Eiffel, lui présentent leur dernière idée originale : une tour de 300 m, la plus haute au monde, une prouesse de technologie. Ce projet est pourtant fraîchement accueilli, et par Eiffel qui ne voit pas immédiatement l'intérêt qu'il peut tirer de cette innovation ni la notoriété qu'elle peut lui apporter, et par Monsieur Salles son futur successeur à la tête de l'entreprise et futur gendre qui la trouve trop risquée et trop onéreuse. Les deux concepteurs font face au scepticisme, aux sarcasmes de leurs pairs qui ne voient en la tour qu'un pylône. Rien de bien glorieux, de bien grandiose. Mais c'est sans compter sur une alliée inattendue, Claire Eiffel, qui voit là le moyen de s'impliquer dans l'entreprise familiale et de prouver ses compétences.

La mise en scène de Jean Laurent Silvi impulse une dynamique à la pièce à la hauteur de
l'enthousiasme et du rejet suscités par cette tour. Nous sommes dans un tourbillon. Cette
construction exacerbe les passions, tranche les avis : pas de demi mesure, nous l'aimons ou
nous la détestons.

Le décor contribue à cette sensation d'assister à un événement historique. Il faut agir vite, convaincre les uns et les autres, il faut se battre pour sa réalisation ou non. Nous changeons donc fréquemment de lieux (tour à tour dans les bureaux de l'entreprise Eiffel, dans ses appartements privés, dehors…) pour marquer, accentuer l'énergie qu'il faut déployer.

L'interprétation des comédiens alimente la frénésie provoquée par cette "idée du siècle" (qui
est loin d'en être une pour certains). Nous avons un Gustave Eiffel (Frédéric Imberty) tout en bonhomie mais une fois convaincu, qui retrouve ses réflexes d'entrepreneur déterminé à mener à bien cette aventure. Nouguier (Axel Blind) et Koechlin (Nicolas Le Guen) tels des enfants, sont excités par leur trouvaille et par l'envie de la faire partager. Ils sont passionnés voire même survoltés pour Nouguier au tempérament plus chaud. Une Claire Eiffel (Margaux Van Den Plas), jeune fille de bonne famille, mais pas prête à rendre les armes face à son père et son futur époux. Elle aussi est gagnée par l'excitation du moment car consciente que c'est le chemin pour exister. Monsieur Salles (Thomas Ronzeau) guindé dans son costume de "directeur financier" obnubilé par ses chiffres mais qui finalement se laisse happer par la folie ambiante. Et enfin que dire du ministre (Jean Franco) et de son épouse (Héloïse Wagner), dont nous savons très vite qui porte la culotte! Ils sont hilarants tant ils sont caricaturaux.


En bref: Nous passons un bon moment au théâtre Fontaine avec cette pièce rafraîchissante.

Plus haut que le ciel Une pièce de Florence et Julien Lefebvre, mise en scène de Jean Laurent Silvi avec Frédéric Imberty, Margaux Van Den Plas, Thomas Ronzeau, Alex Blind, Nicolas Le Guen, Jean Franco, Héloïse Wagner

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Fontaine
10 Rue Pierre Fontaine 75009 Paris
Du 17 octobre 2019 au 19 janvier 2020.
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dimanche 3 mars 2019

LES CHATOUILLES ou la danse de la colère - Théâtre Antoine - Le regard de Corinne

La danse comme planche de salut

Le regard de Corinne


C'est l'histoire d'une petite fille, abusée par un proche de la famille, qui parvient à s'en sortir grâce à la danse et à une force de caractère inouïe. C'est l'histoire d'Andréa Bescond, auteure et interprète de ce spectacle « coup de poing ».

Seule en scène face à son destin : 
Tout repose sur les épaules de l'auteure, seule en scène. Le décor est volontairement minimaliste : juste une chaise pour la psychologue ou encore le policier.  L'espace est libre pour les mouvements, pour l'expression, pour l'expulsion du mal. L'intensité du spectacle n'en est que plus grande.

Notre attention est focalisée sur l'évolution de cette enfant, victime de violences, en adolescente révoltée, puis en adulte, apaisée. Les séquences de danse sont entrecoupées de tranches de la vie d'Andréa Bescond. 

Grâce à cette adaptation toute en simplicité, Eric Métayer, nous fait parcourir, ressentir le chemin chaotique fait de douleur, de destruction et de renaissance par la danse de l'auteure.

 Moment crucial dans le spectacle: le témoignage d'Odette au tribunal. Pas un mot n'est prononcé, pas un geste n'est esquissé, juste une chanson pour expliquer, avec pudeur, le traumatisme vécu petite fille. C'est d'une puissance incroyable.

Andréa Bescond dans le rôle de...
Tour à tour, elle se glisse, avec force et énergie, dans la peau des personnes qui ont jalonné son parcours , qu'elles soient de premier plan (sa mère, son agresseur, sa professeure de danse) ou secondaires (la psychologue, le policier, le chorégraphe –  employeur). Il y a aussi Manu, à la croisée des chemins, probablement l'élément déclencheur d'une prise de conscience. Avec maîtrise et justesse, Andréa Bescond passe du rôle de la mère, froide et refusant d'admettre que sa fille est une victime, à sa première professeure de danse, avec son accent chantant, affectueuse et protectrice. Que dire de l'interprétation de son agresseur, personnage cynique et se posant en victime prenant même à témoin le président du tribunal?

C'est simple, c'est efficace, c'est glaçant. Et enfin, son propre rôle à différentes étapes de sa vie, prenant une toute petite voix timide, un ton agressif, alcoolisé/ shooté ou enfin  déterminé.

Quelle prouesse !

En bref : Impossible de passer à côté de ce spectacle. C'est une véritable leçon de courage et d'acharnement pour s'en sortir/ pour exorciser ce traumastime et essayer de reprendre le cours normal de sa vie, un plaidoyer pour inciter les victimes à sortir de leur silence et oser, oser raconter ce qu'elles ont vécu, oser demander réparation ne serait-ce que pour se reconstruire. C'est tout simplement magistral.



Les chatouilles ou la danse de la colère, de et avec Andréa Bescond, mis en scène Eric Metayer

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Antoine – 14 Bd de Strasbourg – Paris 10 ème.
C'était du 3 février au 25 Février 2019
Reprise Avignon OFF 2019 avec une nouvelle distribution