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mardi 11 juillet 2023

DOLORES

POUR L'AMOUR DE MARIA
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Dans un cabaret désuet de Varsovie un homme se souvient. 1930. Avec sa sœur Maria il a dansé ici. "Imperio et Dolorès" ont fait les beaux jours de ce lieu. Leurs vrais noms : Maria et Sylvin Rubinstein. Le flamenco, il l'ont appris auprès des tziganes installés près de leur village, proche de la frontière russe, là où est restée leur maman. C'était avant la guerre, avant Hitler, avant le nazisme, avant le ghetto, la Shoah. L'Histoire a fini par séparer Maria et Sylvin. Lui a alors connu un destin hors norme : danseur, travesti, résistant, tueur de nazis.

Ils sont 7 sur scène pour interpréter les dizaines de personnages de cette fresque historique qui rend hommage à ces jumeaux, danseurs juifs au succès fulgurant stoppé par la guerre.

La mise en scène de Virginie Lemoine est toujours aussi délicate, sensible, fluide. Elle nous emporte dans la folie des années 1930 puis la violence de la Seconde Guerre mondiale. Le rythme est soutenu. Le récit de Sylvin âgé de 81 ans alterne avec les scènes de flashback, le tout dans un décor sobre et une lumière très travaillée.


Maria et Sylvin sont interprétés par deux duos : côté comédie Olivier Sitruk et Joséphine Thoby, côté danse Sharon Sultant et Ruben Molina, tous deux magnifiques dans les chorégraphies de Marjorie Ascione. Joséphine Thoby donne vie avec grâce innocence à Maria. Son sourire et son regard en font un être lumineux au destin tragique. Olivier Sitruk est impérial. Il passe en un clin d'œil du vieil homme secoué par les tremblements de la main et à la voix rauque au jeune homme qui va se battre pour sa sœur et sa mère. Autour d'eux François Feroleto est notamment un gradé allemand. Sharon Sultan, Ruben Molina et les musiciens se font aussi acteurs pour faire incarner les différents personnages de cette histoire.

En bref : un bel hommage sensible à un couple de danseurs oubliés. Olivier Sitruk est formidable au sein d'une troupe très juste.

Dolorès, de Yann Guillon et Stéphane Laporte, mise en scène Virginie Lemoine, avec Olivier Sitruk, François Feroleto, Joséphine Thoby, Sharon Sultan, Ruben Molina, Cristo Cortes (chant et musique), Dani Barba (musique), scénographie Grégoire Lemoine, Costumes Julia Allègre, lumières et vidéo Mehdi Izza, chorégraphie Marjorie Ascione en collaboration avec Sharon Sultan et Ruben Molkna

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 023
Théâtre Actuel - Rue Guillaume Puy
Du 7 au 29+ juillet - 17h35 - durée 1h2
représentation à 11h45 les 11 - 178 et 25 juillet

lundi 17 juillet 2017

ON NE VOYAIT QUE LE BONHEUR

LA LONGUE VOIE DU PARDON ET DE LA RÉDEMPTION
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Une atmosphère zen règne dans la salle lorsque l'on entre. Chants d'oiseau et bruit de ressac. Rideau blanc agité par une légère brise. Sentiment de calme et de sérénité également dans le pas de deux par lequel Grégory Baquet et Muriel Huet des Aunay font leur entrée. Pourtant l'histoire d'Antoine et de Joséphine est loin d'être un long fleuve tranquille.

Antoine, la quarantaine, est expert en assurance. En cas de vol ou accident de voiture il fixe le montant de l'indemnité, le prix d'une vie. Cynisme ? Il dresse de lui-même un portrait peu valorisant: un être lâche (il le doit à son père), sans consistance, père de famille, trompé par sa femme qui a une situation meilleure que la sienne. Un jour il laisse parler son empathie pour une victime et remet un rapport falsifié. Il est licencié. La chute commence. Le mépris de la part de sa femme, de ses enfants, de lui-même. Mais un jour il décide que plus personne ne le prendra plus pour un imbécile. Il se retourne sur sa vie, se demande ce qu'elle vaut, comment un geste irréparable. Le pardon et la rédemption sont-ils toujours possibles ?

Cette adaptation du roman de Grégoire Delacourt (La liste de mes envies) qui raconte toute l'horreur d'une tragédie familiale, met l'accent sur l'adolescence et la re-construction de soi. Sans reprendre la trame du livre, la pièce entremêle le récit d'Antoine et celui de sa fille Joséphine. Tandis que l'un tout en ne fuyant pas ses responsabilités entame un long chemin vers la rédemption, l'autre, adolescente à l'époque du drame, va mener un combat pour retrouver une vie normale et arriver au pardon. Pour Antoine comme pour Joséphine les non-dits, les silences, les secrets de famille, tout ce qui dans l'enfance a mené à une misère affective pour l'un, à la désillusion pour l'autre, vont devoir être surmontés pour atteindre le pardon, la rédemption et finalement la réconciliation.

Grégory Baquet donne à Antoine toute sa sensibilité. Antoine est touchant de fragilité. Malgré l'horreur de son geste on est en empathie avec lui qui affirme sa lâcheté, sa souffrance d'avoir reproduit le schéma de son enfance, celle d'avoir commis ce geste. A ses côtés Muriel Huet des Aunay, qui interprète plusieurs rôles, est éblouissante de justesse, de douceur, de sensibilité. Tous deux sont bouleversants et touchent au cœur dans ces parcours parsemés de colère, de rage, de doute, de désespoir, de remords. La fluidité de la mise en scène rend l'intensité dramatique du texte, sans artifices qui le ferait tomber dans le mélo. Sans complaisance c'est une réflexion introspective qui prend de la distance par rapport à la violence du drame, laissant le spectateur secoué par des émotions contradictoires.

En bref : deux comédiens bouleversants pour une adaptation fluide et sensible de ce drame familial

On ne voyait que le bonheur, roman de Grégoire Delacourt, adaptation et mise en scène de Grégori Baquet, avec Muriel Huet des Aunay et Grégori Baquet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Théâtre Actuel
Rue Guillaume Puy 84000 Avignon
du 6 au 30 juillet 2017 - 10h15 - Durée : 1h15