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samedi 20 juillet 2019

L.U.C.A.

DU THÉÂTRE CONFÉRENCE A L'HUMOUR PERCUTANT
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Gregory Carnoli et Hervé Guerrisi ne sont pas des inconnus du Festival Off. Certains se souviendront peut-être de l'excellent Fight Night présenté à la Manufacture il y a quelques années. On se souviendra de l'humour et du ton corrosif mais précis qui imprégnait cette réflexion sur le droit de vote. C'est ce même esprit de décortication des à priori, ce même théâtre percutant qui sont mis en oeuvre dans L.U.C.A. Dans un spectacle entre théâtre et conférence ils nous démontrent avec le même humour et la même rigueur scientifique que si nous ne sommes pas tous identiques nous n'en sommes pas moins tous semblables.

Les deux artistes sont belges et tous deux d'origine italienne. Un passé et une expérience commune qui les a poussé à se pencher sur une question pas si anodine qui est systématiquement posée à chacun d'entre nous : "d'où viens-tu ?". Pourquoi ce besoin de coller un drapeau, une identité définitive sur les individus ? Ne sommes nous pas tous issus d'une émigration plus ou moins lointaine ? Qu'est-ce qui fait la différence entre un migrant d'aujourd'hui et un migrant d'hier ? L'un est-il plus légitime que l'autre ? Et le fait d'avoir été migrant donne-t-il plus de droits ? Permet-il d'avoir un autre regard sur l'immigration et est-il une prévention contre le repli identitaire qui fleurit partout en Europe ? 

Gregory et Hervé vont se lancer sur les traces des origines de leur famille. A départ de cette quête le grand-père d'Hervé qui était un "cincali", ces mineurs italiens vendus par leur pays à la Belgique contre du charbon, et le mantra de son père "n'oublies jamais d'où tu viens". Une démarche qui ne les mènera pas seulement en Italie mais au-delà, aux confins de l'histoire, de la généalogie, de la biologie. Tout au long de ce spectacle en forme de conférence théâtrale ils nous livrent leurs réflexions, leurs recherches, les témoignages de leurs familles.

Dans une démonstration à la rigueur scientifique ils dressent un réquisitoire sans appel contre tous les racistes. Ils battent en brèche les clichés, les stéréotypes que nous avons tous et nous interpellent sur notre regard sur l'autre. Car derrière la question du "d'où viens-tu" se cache beaucoup de non-dits, de secrets de famille, des mensonges, des adultères, des violences. L'amour dans le couple n'est-il pas une notion assez récente ? 

Gregory et Hervé iront jusqu'à faire un test ADN pour remonter au plus loin de leurs origines. Et dans le bus de retour de la patinoire ils étaient nombreux à se demander combien cela coûtait et où s'adresser. Signe que cette question des origines et du besoin de s'accrocher à des racines tourment les esprits de tous âges et de toutes cultures. Mais au final qu'y apprendrions-nous que nous ne savons déjà : que les migrants d'aujourd'hui ne sont pas différents des migrants d'hier, que nous sommes tous issus d'une immigration, que ce qui est important aujourd'hui est de vivre en endosymbiose : vivre ensemble à l'intérieur.

L.U.C.A. signifie Last Universal Commun Ancestor, cette cellule primitive de laquelle nous sommes tous issus puisque toutes les espèces vivantes en descendent.

En bref : un spectacle en forme de conférence théâtrale au propos percutant pas sa pertinence et sa rigueur scientifique, le tout entouré de cet humour belge que l'on aime tant. Un spectacle à voir et revoir. Un message d'espoir.


L.U.C.A. , conception, texte et interprétation Hervé Guerrisi et Gregory Carnoli, co-mise en scène Quantin Meert, création lumière et vidéo Antoine Vilain, son Ludovic Van Pechterbeke

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture
Rue des Ecoles 84000 Avignon
Du 5 au 25 juillet 2019 - 17h30 - Durée : 1h45 (trajet navette inclus)

Crédit photo @Luci Artamonow

vendredi 19 juillet 2019

VIES DE PAPIER

UNE ENQUÊTE PASSIONNANTE
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Théâtre documentaire, théâtre d'objet, roman policier, récit historique, il y a un peu de tout cela dans ce spectacle à nul autre pareil. Tout commence lorsque Benoit Faivre achète un album photo sur une brocante à Bruxelles. Un album rouge, en bon état, qui semble avoir été fait pour une petite fille. Rapidement l'envie d'en savoir plus sur cette petite fille va mener Benoit Faivre et son comparse Tommy Laszlo sur les routes de l'Allemagne et de la Belgique, à la rencontre d'une famille dont la petite histoire croise la grande histoire.

Les deux amis vont se lancer dans une enquête policière, sur les traces de Christa, née à Berlin en 1933, dont la famille a fui en Belgique dans les années 1950. Un parcours qui va faire écho à la propre famille des deux enquêteurs dont les grands-parents ont parcouru un chemin similaire.

Le spectacle nous restitue leur enquête. Après avoir exposé les prémices de cette aventure nous les suivons et découvrons en même temps qu'eux la vie de Christa, les lieux où elle a grandi, enfant heureuse et protégée dans un monde en furie, celui de la Seconde Guerre mondiale. Les photos, exposées au sol et projetée sur un grand écran en fond de salle servent de support à la narration de l'enquête, de même de ces vidéos tournées lors des déplacements. Le récit est commenté par Benoît Faivre et Tommy Laszlo, s'appuyant sur des cartes, des post-it aux dessins ou commentaires humoristiques. Ils partagent avec nous leurs doutes, leur questionnement, leur excitation, leur déception parfois. 

L'enquête est captivante. Le récit parsemé de touches d'humour et de moments d'émotion. On est happé par le destin de Christa et comme Benoit et Tommy on veut tout savoir de sa vie tout en s'interrogeant sur notre propre histoire. Car au bout du compte ce qui est raconté dans cette formidable aventure c'est le processus de construction de la mémoire : ce que nous choisissons de garder ou de taire, ce que nous assumons ou nous fuyons, ce que nous décidons de transmettre en s'arrangeant parfois avec la vérité.

En bref : du théâ

tre documentaire qui se regarde comme une enquête policière. A la recherche d'une histoire familiale qui croise la grand Histoire. Une réflexion sur la construction de la mémoire et la transmission. Drôle, émouvant et passionnant. #Coup2Coeur

Vies de papier, écriture Benoît Faivre, Tommy Laszlo, Kathleen Fortin, Pauline Jardel, direction artistique Benoît Faivre, Tommy Laszlo, Prises de vues Pauline Jardel, Création musicale Gabriel Fabing, création lumière Marie-Jeanne Assayag-Lion, construction Marie Jeanne Assayag-Lion, Olivier Gaille, David Gallaire, Thierry Mathieu, Daniel Trento

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
11 Gilgamesh Belleville
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 5 au 26 juillet 2019 - 15h10 - Durée : 1h20

Dates de tournée sur le site de la Compagnie La Bande passante en cliquant ICI

Crédit photo @Thomas Fargeron

LE PETIT BOUCHER

UNE ECRITURE SINGULIÈRE
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Félicité est une adolescente heureuse. Elle mène une vie paisible dans son village paisible. Un peu rebelle, elle est entourée d'une famille aimante. Tout va bien dans son petit village loin de tout. Elle est amoureuse. Il vont se marier. Mais le destin en a décidé autrement. Une ombre rode sur le village. Félicité ne sera pas épargnée par le drame. Mais comment raconter, comment prononcer les mots pour décrire ce qui lui est arrivée, ce qu'elle ressent ?

Dans cet hôpital où elle séjourne aujourd'hui Félicité doit parler, raconter son histoire, ce matin qui va bouleverser sa vie et celle de ses proches. Petit à petit les mots vont venir, prêts à être déposés dans la boite. Progressivement elle va renaître, dépasser le déni, accepter son destin, faire sien ce petit boucher, cet enfant qu'elle porte et qu'elle n'a pas voulu et qu'elle va réussir à nommer.

Le texte de Stanislas Cotton se déroule comme un long poème dramatique. Une écriture singulière faite de phrases courtes et de narration. Une écriture poétique mais aussi parfois âpre, qui peut être déroutante. Marion Bottolier s'en empare pour une prestation étonnante. Elle incarne avec beaucoup de sensibilité et une étonnante maturité cette adolescente perdue, victime d'un viol, et son long chemin vers la résilience.

La scénographie et l'ambiance sonore participent à la délicatesse de ce spectacle qui parvient à parler d'un sujet douloureux avec beaucoup de poésie. Le drap blanc de fait théâtre d'objet puis théâtre d'ombres. Le décor se déconstruit au fur et à mesure de la reconstitution du puzzle par Félicité, comme pour faire place nette pour son nouveau départ.

En bref : Un texte à l'écriture singulière et une interprétation forte pour un spectacle qui aborde avec délicatesse la question des violences faites aux femmes. Fascinant.

Le petit boucher, de Stanislas Cotton, mise en scène Agnès Renaud, avec Marion Bottollier, chorégraphies Marjorie Duprès, scénographie Anne Bothuon, lumières Véronique Hemberger, univers sonore Jean de Almeida, costumes et accessoires Lou Delville, Conseil marionnettique Brice Coupey

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
11 Gilgamesh Belleville
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 5 au 26 juillet 2019 - 13h50 - Dure : 1h15

jeudi 18 juillet 2019

MA COLOMBINE

NAISSANCE D'UN CLOWN
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"Ma Colombine" c'est la rencontre entre un artiste et un auteur, l'admiration de l'un pour l'autre et inversement. Fabrice Melquiot a écouté Omar Porras, vu ses spectacles, et a écrit avec lui et pour lui une autobiographie théâtrale en forme de monologue poétique dont le personnage principal Omar Tupak a du mal à se détacher du comédien colombien.

Tout commence dans une classe de primaire à Bogotá. Le petit Omar a un besoin urgent mais, malgré les demandes répétées et de plus en plus insistantes le maître refuse de le laisser sortir puis finit par lui dire de s'en sortir seul. Et c'est d'une manière toute nature que l'enfant se sort de cette situation très inconfortable....et qui le devient encore plus lorsque le maître l'oblige à porter une robe pour remplacer ses vêtements souillés. Objet des moqueries de ses camarades le petit Omar va puiser dans cet épisode qui en aurait traumatisé plus d'un, la source de ce qui fera de lui le clown et comédien de réputation internationale qu'il est devenu.

La suite nous raconte avec humour, à la manière d'un conte philosophique, le parcours de cet homme de théâtre hors du commun, ses voyages et son apprentissage en Europe, à Paris et en Suisse. On y croise toutes sortes d'animaux, des plantes étonnantes, des personnages mythologiques et surtout un saltimbanque qui joue avec le public comme avec les mots. Les mots empreints de poésie de Fabrice Melquiot.

Tel un petit lutin malicieux Omar Porras bondit, court, danse, joue avec agilité de son corps et nous enjôle de sa voix et de son accent. Baigné dans une lumière lunaire il démontre toute sa capacité à émerveiller. Et on se prend à regretter de ne pas avoir encore eu la chance de voir ses créations tant il fascine par son art.

En bref : Une biographie en forme de conte philosophique, avec la poésie de Fabrice Melquiot, pour raconter le parcours unique d'une grand homme de théâtre. Fascinant

Colombine, de Fabrice Melquiot, mise en scène et interprétation Omar Porras

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
11 Gilgamesh
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 5 au 26 juillet 2019 - 11h50 - durée : 1h15

Crédit photo @Ariane Catton Balabeau

LE CHAMPS DES POSSIBLES

A CŒUR VAILLANT TOUT EST POSSIBLE
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Il n'est pas toujours aisé de mettre sa vie en mot et de l'exposer sur scène. C'est pourtant ce que fait avec talent Elise Noiraud. Après "La banane américaine" et "Pour que tu m'aimes encore" elle aborde avec ce troisième spectacle le passage à la vis d'adulte. Récit tendre et drôle d'un oiseau qui quitte le nid familial.

Nul besoin d'avoir vu les deux précédents spectacles pour se plonger dans l'univers d'Elise Noiraud. Après avoir parlé de l'enfance et de l'adolescence c'est son passage à la vie d'adulte qu'elle détaille dans ce seule en scène. Armée de son bac la voilà qui quitte son Poitou natal pour partir à l'assaut de Paris. L'adolescente aimée et entourée quitte le giron familial pour l'apprentissage de la solitude et de la vie à Paris. Pas facile pour une étudiante qui a peu voyagé de se retrouver dans la vie bouillante de la capitale, surtout quant on a une mère aussi aimante et aussi envahissante qui refuse de couper le cordon ombilical.

Elise Noiraud interprète les 19 personnages de cette saga du début de l'âge adulte. De la conseillère en éducation au père, du professeur de théâtre à l'enseignant en fac, toute une galerie de personnages bien campés mais pas caricaturés. Le tout culminant avec le rôle de la mère, aussi présent dans le spectacle qu'il a pu l'être dans la vie d'Elise à cette étape cruciale de la construction de son identité.

Avec fougue, énergie, humour et tendresse elle nous entraîne dans un univers où chacun se reconnaîtra un peu pour avoir expérimenté peu ou prou le même parcours. On rit, on est ému, on partage les sentiments parfois contradictoires qui animent Elise et sa mère. Une belle performance pour cette comédienne promise à un bel avenir.

En bref : Un seul en scène intelligent, drôle, tendre et sensible. Le délicat passage de l'adolescence à l'âge adulte dans un seule en scène touchant où l'on ri beaucoup. Une belle performance d'actrice.

Le champs des possibles, de et avec Elise Noiraud, mise en scène de l'autrice, collaboration artistique Baptiste Ribault, création lumière François Duguest


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
Théâtre Transversal
Rue d'Amphoux 84000 Avignon
Du 5 au 28 juillet 2019 - 18h50 - Durée : 1h25

AFTER THE END

TROP DE FRAÎCHEUR
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Louise se réveille dans un abris souterrain. Mark lui annonce qu'il y a eu un attentat, une explosion atomique. Il l'a sauvée en l'amenant dans cet abri, mais ils doivent rester enfermés, en sécurité, le temps que les secours les trouvent. Dans ce huis clos Dennis Kelly, qui affectionne le genre, aborde à nouveau la question des rapports de domination. Un sujet intéressant mais un traitement décevant.

Créée en août 2005, quelques semaines après les attentats qui secouèrent Londres cet été-là, la pièce de Dennis Kelly s'interroge sur qui sont les monstres, sur notre façon d'aborder le bien et le mal. Mark et Louise sont des adolescents. Elle est plutôt populaire, lui est plutôt le souffre-douleur. L'événement décrit par Mark et qui les conduit dans cet espace clos et restreint va mettre à l'épreuve les rapports qui les lient ou qui les séparent. Les rôles de dominant / dominé s'inversent, se retournent. Est-il le gentil qu'il prétend être? Est-elle le monstre d'égoïsme et de moquerie qu'il lui assigne ?

"After the end" se présente donc comme un huis clos glaçant doublé d'un thriller psychologique. Si le fond du sujet est digne d'intérêt la direction d'acteurs peine à faire ressentir de la compassion et de l'intérêt pour ces adolescents. Si Marie Petiot (Louise) est globalement convaincante dans le rôle de l'adolescente doublement perturbée par l'attentat et l'enfermement forcé avec un individu dont elle va rapidement se méfier, Xavier Guelfi manque de maturité dans son jeu d'acteur pour nous faire adhérer à son personnage d'adolescent noyé dans son mal-être, à l'humeur changeante, parfois timide et maladroit, souvent colérique et violent.

En bref : un sujet intéressant pour un texte de qualité mais un spectacle qui pêche par un traitement maladroit. Déception.

After the end, de Dennis Kelly, mise en scène Antonin Chalon, avec Xavier Guelfi et Marie Petiot, scénographie & costumes Salma Bordes, lumières Quentin Maudet et Antonin Chalon, son Rémi Billardon et Antoine Henry de Villeneuve

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture
Rue des Ecoles 84000 Avignon
du 5 au 25 juillet 2019 - 13h40 - durée : 1h15

Crédit photo @C. Raynaud Delage

ETRE LA

PAROLE D'AIDANTS / PAROLES D'AIDES

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L'un des progrès du 20e siècle est d'avoir augmenté de manière significative l'espérance de vie, faisant naître ainsi une nouvelle problématique dans les sociétés occidentales : comment aborder le vieillissement ? Comment accompagner nos aînés ? Un sujet qui ne laisse pas le monde de la culture indifférent. La compagnie "A vrai dire" a décidé de traiter ce sujet avec "Etre là". Du beau travail pour un spectacle qui fait sens.

Le texte de Vincent Ecrepont s'appuie sur une observation du réel, le recueil de la parole avant de la transposer pour le théâtre. Pendant 3 ans il a recueilli des témoignages au sein du pôle gérontologie du CH de Beauvais. En découle trois histoires, trois familles. Trois comédien.ne.s nous font le récit de ces vies qui s'articulent autour de la vieillesse. A tour de rôle ils et elles seront le parent qui vieillit, l'enfant qui aide, le soignant qui accompagne. Aucun pathos mais beaucoup d'énergie, de dynamisme, de sincérité et de générosité. Des histoires simples, banales du quotidien de tant de familles, qui posent la question que tout adulte vient à se poser : si mes parents ont été de bons parents pour moi, serai-je un bon enfant pour eux lorsqu'ils auront besoin de moi ?

"Etre là" c'est ne pas se dérober, être présent pour celui ou celle qui voit sa mémoire se flanche, qui peine à assumer les gestes du quotidien ou qui en pleine conscience va se donner les moyens de nouveaux bonheurs. Ainsi cette maman qui vit ses derniers émois amoureux "Je n'aurai pas d'avenir avec lui mais au moins j'ai un présent". Parce que "être là", pour celui qui vieillit c'est aussi pouvoir être dans l'instant présent, en pleine conscience.

Les changements de costumes se font à vue, le décor mobile se transforme au fil des trois histoires. Les situations, l'écriture et le jeu authentique du trio brossent une large palette d'émotions, du rire à la tendresse, de la colère au pardon, de l'espoir au chagrin, de la compassion à la culpabilisation.

En bref : un théâtre de l'intime qui aborde des questions essentielles. Un trio de comédiens d'une grande justesse et au jeu généreux. Une mise en scène simple, pudique, efficace. Un spectacle très touchant, sincère, poétique et optimiste.

Etre là, texte et mise en scène Vincent Ecremont, avec Céline Bellanger, Véronic Joly, Sylvain Savard

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
Présence Pasteur
13 Rue du Pont Trouca 84000 Avignon
Du 5 au 28 juillet 2019 - 16h30 - durée 1h15

Dates de tournée :17 mars 2020 - Le Palace Montataire (60)
19 mars 2020 - Centre culturel Saint André - Abbeville  (80)
24 mars 2020: Centre culturel - Saint Just en Chaussée (60)
31 mars - Théâtre Ailly sur Noye (80)
10 avril - Centre culturel Hesdin (62)

mercredi 17 juillet 2019

HERCULE A LA PLAGE

DANS LE LABYRINTHE DE LA MÉMOIRE ET DU TEMPS
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Dans la nuit noire de ce labyrinthe Angelo, Charles et Melvil cherchent  India qui les cherche aussi. Lorsqu'ils se retrouvent enfin après avoir arpenté les couloirs ils peuvent laisser exploser leur joie. Ces quatre là se connaissent depuis l'enfance.  Mais alors qu'ils avaient 15 ans India a déménagé. La vie et la distance ont fait leur oeuvre. Ils se sont perdus de vue. Alors quelle bonne  surprise de se retrouver là, toutes ces années plus tard.

Mais où sont-ils réellement ? Ils ont 15 ans. Ou 40. Ou 10. Ils sont dans la cour de récréation, sous les peupliers, sur cette plage qui fut le témoin de leur dernière journée ensemble. Ils se souviennent de leur enfance, de leur adolescence. India était la plus belle, la plus intelligente, la plus spirituelle. Ils étaient tous les trois amoureux d'elle évidemment. Alors elle leur lança un défi. Comme tous les soirs sa mère depuis qu'elle était toute petite sa mère lui racontait les exploits d'Hercule, ils devront réaliser les 12 travaux. Celui qui aura le plus de points gagnera le cœur d'India. 

Elle a à peine 10 ans quand sa mère meurt. Pendant 5 ans jusqu'à leur séparation,  les trois garçons vont rivaliser de créativité, de ruse, d'humour pour marquer des points. Concurrent mais pas adversaire. Ils grandiront ensemble, jusqu'à ce jour où sur la plage India leur annoncera que sa famille déménage.

Fabrice Melquiot nous invite à nous interroger sur ce qui constitue la mémoire. Ces quatre là sont les souvenirs qu'ils se sont fabriqués. Il sont les ombres du passé qui resurgi dans les mémoires. Hercule à la plage est également une fable sur la construction de l'identité,  l'amitié, la séparation, le deuil, la normalité, l'identité, la vérité et le mensonge. Le texte nous promène dans le temps et dans l'espace, dans la réalité et l'imaginaire. Aucune linéarité et pourtant quelle fluidité dans cette écriture subtile et poétique.


La mise en scène de Mariama Sylla est elle aussi fluide. La direction d'acteur est parfaite. Raphaël Arcinard (Melvil),Julien George (Charles) et Miami Themo (Angelo) forment un trio de soupirants soudé par leur amitié et leur désir de plaire à India. Cette dernière, interprétée avec la même justesse par Hélène Hudovernik, est malicieuse, frondeuse, émouvante. Les 4 comédiens et comédiennes sont à l'unisson. Leur interprétation est généreuse, complice, naturelle. Ils ont la malice de l'enfance, la provocation de l'adolescence, l'inquiétude de l'approche de l'âge adulte, la sensibilité de ceux qui se cherchent ou qui sont dans la peine.

La scénographie de Khaled Khouri combinée à la création lumière de Rémi Furrer et à la création sonore de Simon Aeschimann, la délicatesse de la mise en scène, la précision et le naturel du jeu d'acteur, la poésie du texte : tout semble parfait. On suit avec bonheur les aventures de ces 4 fantastiques, on se régale de cette mythologie ancienne qui se confronte à la mythologie moderne, on a plaisir à se perdre dans ce labyrinthe de la mémoire guidé par India / Ariane. Jusqu'à la scène finale toute en émotion qui a fait un fort écho en moi.

En bref : Énorme coups de cœur pour Hercule à la Plage. Une fable sur la mémoire et l'identité qui touchera adultes et adolescents. Un voyage onirique, porté par un quatuor de comédiens généreux, drôles et sensible.

Hercule à la plage, de Fabrice Melquiot, mise en scène Mariama Sylla, avec Raphaël Arcinard, Julien George, Miami Themo, Hélène Hudovernik

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
11 Gilgamesh Belleville
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 5 au 26 juillet 2019 - 10h10- durée : 1h10
Théâtre de la Ville - Espace Cardin - Paris
Du 24 avril 2020 au 3 mai 2020

Crédit photo @Ariane Catton Balabeau

mardi 16 juillet 2019

COMMENT CA VA ?

CA VA MAL !
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Voilà bien la question la plus banale qui soit, et certainement la plus hypocrite également puisque celui qui la pose n'en attend que très rarement une réponse ou bien ne prend-t-il qu’occasionnellement le temps d'entendre et d'écouter celle qui lui est faite. Paul, Florence, Pat et Phil est sont la parfaite illustration. Dans cette famille tout le monde parle mais personne n'écoute tant chacun ne semble préoccupé que par sa situation personnelle et son problème du moment. Florence revient d'un voyage à Shanghai, Paul désespérément au chômage se désole de la vacuité de leur vie sexuelle tandis que leur fils enfermé dans la salle de bain veut devenir djihadiste, que leur amie Pat s'enfonce dans sa maladie psychique depuis que son traitement n'est plus remboursé, et que son fils Phil il ne craque que pour les femmes d'âge mûr.

Cette communauté est incapable de communiquer. Pendant la première partie de la pièce tout n'est que brouhaha, dialogues qui tournent à vide. Chacun est en boucle sur sa problématique du moment, incapable d'entendre ce que l'autre dit ou essaie de lui dire. On l'a compris, c'est le propos de la pièce. Là où le bas blesse c'est que les situations et les personnages mettent du temps à s'installer. On ne comprend pas où l'auteur veut en venir.

Si le texte est faible, confus, la mise en scène ne permet pas, malgré la qualité des comédiens, à nous intéresser à la vie des ces personnages. Certes Florence Pernel est crédible en quinqua magnifique, belle à damner un saint, mais est-il nécessaire de la mettre autant dans des positions obscènes ? Patrick Catalifo peine à faire entendre la voix de son personnage, Raphaëline Goupilleau n'est pas mise en position de démontrer son talent, quant à Pascal Gauthier il est péniblement dans l'ombre de ses aînés.

En bref : On ri peu, et sourit à peine, ce qui est le comble pour une comédie. Malgré le talent de ses comédiens, de part son écriture confuse  "Comment ça va ?" n'arrive pas à susciter le moindre intérêt ni la moindre compassion pour ces personnages en mal de communication. Déception compte tenu de la distribution.

Comment ça va ? de Stéphane Guérin, mise en scène Raphaëlle Cambray, avec Florence Pernel, Patrick Catalifo, Raphaëline Goupilleau, Pascal Gautier

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
Théâtre La Luna
1 Rue Séverine 84000 Avignon
Due 5 au 28 juillet 2019

Crédit photo @Pascal Victor

dimanche 14 juillet 2019

GARDIENNES

HISTOIRES DE FEMMES

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Fanny Cabon nous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas mais devraient connaître. Dans cette chronique de la conditions féminine elle dresse 10 portraits de femmes d'une lignée familiale. Une plongée dans la vie intime des mères de 1920 à nos jours, avec beaucoup de tendresse.

Finalement, que savons-nous de ce que fut la vie de nos mères, grand-mères, arrières-grand-mère au début du siècle. Rares sont celles qui se sont ouvertement exprimées sur leur parcours de femme. Amour, sexualité, parentalité, dans ma famille on n'évoquait jamais ces sujets. A une époque qui ne connaissait pas la contraception ma grand-mère adorée n'a eu qu'une fille unique. A l'écoute des témoignages portés par Fanny Cabon, cela relève de l'exploit. A moins que ma Mémé n'ait eu moult recours à des pratiques illégales. Je ne connaîtrais jamais cette vérité.

Dans un seul en scène poignant Fanny Cabon livre dix récits parfois drôles, toujours bouleversants, de femmes d'une lignée familiale. Amour, sexualité, enfantement, plaisir, désir, fausses-couches, avortement. Autant de sujets tabous dans la plupart des familles comme dans la mienne. 

Au départ il y a Mémé Titine. Avec Pépé ils eurent 7 enfants dont 6 filles...et 7 qui ne sont pas nés. Il y eu Jacqueline, Yvonne, Micheline, Monique, Denise, Jeanine. Puis leurs propres filles dont Catherine et Laurence, et enfin Elle, celle qui va réunir leurs témoignages, leurs paroles pleines de bon sens et d'amour, de tendresse et de poésie.

Les 6 filles nous parlent d'une époque pas si lointaine où l'avortement, bien qu'illégal ("L'Eglise, Ogino et Petain ils en ont fait du mal aux femmes") faisait partie du quotidien des femmes. Pas de celui des hommes qui imposaient les lois et les relations sexuelles mais qui ne voulaient pas savoir comment leurs épouses et leurs maîtresses géraient les conséquences de ces choix politique et de ces actes. Pour les générations qui n'ont vécu que l'âge de la pilule et de la loi Veil, comment imaginer ce que nos aînées ont vécus.

L'amour subi, la solitude et la solidarité féminine, les risques mortels encourus, les douleurs physiques et psychologiques (parce qu'aucune femme n'avorte par plaisir il est nécessaire de le rappeler), le désir, le plaisir ou son absence (parce que faire l'amour c'était à chaque fois la peur de tomber à nouveau enceinte et de devoir à nouveau faire ce qu'il faut pour ne pas garder cet enfant que la famille ne peut pas accueillir), l'amour filial. Toutes ces paroles Fanny Cabon nous les livre avec chaleur, tendresse, sans jamais tomber dans le pathos. Les mots sont parfois crus, souvent poétiques.

Avec pour seul décor une sorte de large escabeau, sur un fond noir et dans une ambiance très intime la comédienne donne vie à ses dix femmes, gardiennes de la vie, gardiennes des secrets, gardiennes des corps, chacune étant représentée par un accessoire de couleur rouge. Rouge comme le sang, celui des règles, celui des hémorragies, celui de la vie. Fanny Cabon est fascinante tant par le récit des ces vies que par son interprétation toujours juste.

En bref : Un spectacle salutaire, instructif, magistral. Des récits bouleversants que tous et toutes devraient entendre. Sans pathos mais avec beaucoup de bon sens et de tendresse, un seul en scène remarquable de Fanny Cabon. 

Gardiennes, de et avec Fanny Cabon, mis en scène par Bruno de Saint Riquier

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
Théâtre des 3 Soleils
4 Rue Buffon 84000 Avignon
Du 5 au 28 juillet 2019 - 20h00 - Durée : 1h15
Relâche le lundi

LE FANTOME D'AZIYADE

ÉPURE NOSTALGIQUE
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Pierre Loti est jeune officier de marine lorsqu'il part en mission à Istanbul. Un jour, déambulant dans les rues de la ville, il croise le regard vert d'un jeune femme. Cachée derrière les barreaux d'une maison il en devine le visage, tombe amoureux. Elle a dix-huit ans, s'appelle Aziyadé, et est cloîtrée dans un harem. Pendant des semaines ils vont vivre une histoire d'amour, se retrouver tous les soirs dans une barque. Elle aussi tombe amoureuse, redoute l'inéluctable départ dont elle subodore qu'il causera sa mort par désespoir.

L'ordre de départ arrive. Les amants continuent leur histoire par courrier. Mais le temps passe, fait sont office, crée la distanciation. Elle cesse d'écrire. Il l'oublie, explore d'autres pays, d'autres continents. Dix ans plus tard il part trois jours à Istanbul, sur les traces de cet amour perdu. Déterminé, avec l'aide de quelques complices, il va chercher Aziyadé. Il arpente à nouveau les rues d'Istanbul, retrouve les odeurs de l'Orient. Mais déjà tout n'est plus pareil. Il assiste à la fin d'un monde, la fin d'un orient magique. Il ne reconnaît plus la ville qui a déjà subi la transformation sous l'influence d'un occident bien présent. Comme la ville dont il garde le souvenir Aziyadé est morte et c'est dans un cimetière éloigné de la ville qu'il fera un dernier adieu à cet amour et à cette époque.

Xavier Gallais et Florient Azoulay adaptent ici deux romans de Pierre Loti : Aziyadé et Fantôme d'Orient. Dans une mise en scène minimaliste qui tient plus de la lecture que du jeu, Xavier Gallais, assis sur une chaise posée sur un cadre carré, dirige les sons, création originale d'Olivier Innocenti, qui accompagnent sa narration. Dès les premiers mots sa voix chaude et sensuelle nous plonge dans l'atmosphère de cet Orient idéalisée. Tel Pierre Loti on ressent la nostalgie d'une époque révolue, d'une terre de mystère et de sensualité. On suis la quête du romancier, on plonge avec délice dans les rues d'Istanbul, happé par ses odeurs, ses couleurs. On vibre au rythme de cette déambulation, tantôt animée et énergique, tantôt posée et douce. Les images suggérées par la langue de Loti se forment dans notre imaginaire et on se laisse porter par cette nostalgie.

Le fantôme d'Aziyadé, d'après Pierre Loti, adaptation et mise en scène Florient Azoulay et Xavier Gallais, avec Xavier Gallais

En bref : une évocation sensuelle, sensible, mélancolique d'un Orient disparu. Une narration épurée qui nous transporte vers ce monde et cet amour disparu. Poétique. Onirique.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Lucernaire
Rue Notre Dame des Champs - Paris
Du 11 janvier au 1er mars 2020

Crédit photo @pascal Gely
Vu #Off2019 - Avignon - Théâtre de la Reine Blanche - Juillet 2019

DESOBEIR - Pièce d'actualité n° 9

SAVOIR DIRE "NON"
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Dès leur entrée sur scène on sent leur détermination,  leur force, leur volonté d'affirmer qui elles sont. Elles sont 4 : Charmine, Lou, Hatice et Sephora. Elles ont des origines diverses : Iran, Kabylie, Maroc. Elles sont débordantes d'énergie. Elles vont nous parler d'elles, de leur famille, de la tradition, de leur féminité, de la façon dont elle se sont construites. Parole coup de poing et vivifiante.

C'est en 2017 qu'est né ce projet. 4ème saison de cet exercice d'écriture sur les problématiques sociologiques et politiques actuelles initié par La Commune à Aubervilliers sous la direction de Marie-Josée Malis. La rencontre de Julie Berès avec ces quatre jeunes femmes donne naissance à cette 9ème pièce d'actualité.

L'écriture s'est faite sur les croisement de deux méthodes. Celle de Julie Bérès, faite d'observation des faits de la réalité appuyé par une recherche documentaire approfondie. Elle l'a combinée à la méthode dite "Alexievitch", écriture de romans qui entremêle les témoignages recueillis pour créer de "roman à voix".

En découle un spectacle qui n'est pas du théâtre documentaire mais une pièce chorale, une polyphonie théâtralisée, rythmée, portée avec une énergie et une force incroyable par 4 jeunes femmes en tous points admirables. Elles témoignent de leur parcours et d'un moment de leur vie où elles ont posé un "non" fondateur. Non à la tradition, non à la famille, non à la société, non à l'avenir qu'on leur dessinait. Non face à la violence, au racisme, à l'intolérance, la discrimination. L'expression forte d'un droit à exister, à se déterminer, à vivre sa vie, à danser, faire du théâtre, rire, prier, écrire, vivre sans tabou, VIVRE. ETRE SOI

Elles nous renvoient sans haine et sans jugement l'image d'une société qui n'est que contraintes. Elles nous parlent de leurs rêves, de leurs désillusions, de leurs soumissions parfois, de leurs révoltes, de leur rapport au corps, aux hommes, à la sexualité. Elles sont drôles, touchantes, émouvantes, exubérantes, vivifiantes. Comme dans "F(l)ammes" de Madani elles dressent le portrait d'une génération plurielle.

Sont-elles culottées ? Non. ce sont 4 jeunes femmes libres dans une société qui voudrait les contraindre pour ne pas dire les mater. 4 jeunes femmes qui crient haut et fort qu'elles existent comme elles l'entendent, sans pour autant manquer de respect aux autres, y compris à leur environnement familial et culturel.

En bref : une grande bouffée d'énergie et d'optimisme par 4 jeunes femmes vraies, qui ont posé un "non" comme pierre angulaire de la construction de leur personnalité. Coup de coeur pour cette ode au courage d'être soi.

Désobeir, conception et mise en scène Julie Berès, avec Lou-Adriana Bouziouane, Charmine Fariborzi, Ava Baya (pour Avignon, en remplacement deHatice Ozer), Séphora Pondi

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture (La Patinoire)
Rue des Ecoles 84000 Avignon
Du 7 au 14 juillet 2019 - 2h (navette comprise)
Festival Contre Courant le 16 juillet à 22h
Et en tournée en France toute la saison 2019-2020

ILS N'AVAIENT PAS PREVU QU'ON ALLAIT GAGNER

UNE ENFANCE A PROTÉGER
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Voila un titre bien optimiste pour une situation qui a tout de dramatique. Pour sa première pièce Christine CITTI témoigne de son expérience dans un foyer d'urgence pour mineur à La Courneuve. La démonstration du constat fait par des juges pour enfants, des éducateurs spécialisés, des assistants sociaux et qui éclate aux yeux de tous en novembre 2018 dans le cri d'alarme lancé par une tribune publiée par 15 juges pour enfants du tribunal de Bobigny.

Dans un spectacle remarquable qui pourrait être une seconde tribune, Christine Citti décrit ces jeunes en rupture familiale et sociale, enfermés dans un système qui les précipite encore plus bas vers la délinquance et l'exclusion d'une société incapable de faire quoi que ce soit pour les aider.

Ils sont 8 jeunes femmes et jeunes hommes, tous issus de l'immigration. Dans ce foyer où tout manque y compris l'amour, tout mot, tout geste, tout regard peu être le prétexte à explosion dans cette cocotte-minute prête à exploser. Les corps, les esprits et les âmes sont à vif. Chacun raconte une partie de son parcours, des circonstances qui l'ont amenées à se retrouver dans cet espace clos. Que vient faire cette actrice dont le monde est si loin du leur. Elle vit à Paris, fait un métier qu'elle aime. Eux, leur univers c'est le chômage des parents, la misère affective, les difficultés économiques, les vols, la drogue, la violence, les garde-à-vue, les parents en prison, la solitude. La rage, la colère qui les étouffe nous gagne. Que fait-on pour eux ? Concrètement que fait notre société pour les aider à s'en sortir ?

Tous semblent avoir démissionné. La comédienne venue avec ses bons sentiments et la volonté d'ouvrir ces jeunes au monde du théâtre assiste impuissante au délabrement de cette structure, une parmi tant d'autres. Comme elle nous entendons les témoignages, tels celui d'Idriss qui rêvait de faire des études de médecine. La pièce s'est écrite sur un mix de ce que Christine Citti a vu, entendu, expérimenté au cours de cette tentative ratée. Il est fait de récits et de fiction, de souvenirs, de sensations. Un moyen pour elle de leur dire qu'elle ne les a pas abandonnés.

Les éducateurs sont tout aussi impuissants. Pas de moyens financiers, mais ce n'est pas qu'une question d'argent. "On est dans la pratique, pas dans le passé. Comment les aider à se projeter dans l'avenir". Car de l'avenir on n'en voit pas pour eux.

Les jeunes comédiens professionnels qui ont été choisis pour porter ces paroles sont criants de vérité, de sensibilité à fleur de peau, débordant d'une énergie dont on voit bien qu'elle est impossible à canaliser. Certains d'entre eux viennent de l'association Mille visages de Houda Benyamina, la réalisatrice de Divines.

On sort de la salle avec un sentiment de colère noire. Comment peut-on laisser faire ça à une jeunesse qui ne demande qu'à faire partie de cette société qui pourtant les rejette avec un mépris et une injustice insupportables. Ont-ils vraiment une chance de gagner ?

En bref : un théâtre qui se fait tribune politique pour dénoncer des situations injustes. Un cri d'alarme pour qu'enfin une prise de conscience soit faite, mais qui laisse le spectateur aussi impuissant que les acteurs de l'aide à l'enfance.

Ils n'avaient pas prévus qu'on allait gagner, de Christine Citti, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Cindy Almeida de Brito, Christine Citti, Yoan Denaive, Loïc Djani, Zkariya Gouramn, Yasin Houicha, Elisa Kane, Kenza Lagnaoui, Margot Madani, François-Xavier Phan, Mounia Raoui, Samira Sedira

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
Théâtre des Halles
Rue du Roi René 84000 Avignon
Du 5 au 28 juillet 2019 - 11h00 - durée : 1h35

CYRANO DE BERGERAC

UN CYRANO EMPREINT DE 
FRAÎCHEUR
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Au théâtre de l'Adresse une jeune compagnie présente un Cyrano tout en fraîcheur. C'est dans un univers forain, tout empreint de poésie, que se situe cette adaptation à l'action resserrée de la pièce de théâtre la plus adaptée dans le monde.

Parce que Cyrano, personnage charismatique, est universel, et que, n'en déplaise aux puristes, il peut se mouler dans tous les univers, la compagnie Les Evadés à choisi l'univers du cirque et une histoire centrée sur les amours de Christian et de Roxane, gomant l'environnement politique et historique dans lequel l'auteur a situé sa pièce. La mise en scène et la jeunesse des comédiens donnent une grande fraîcheur au texte.

Christian est amoureux de la belle Roxane, mais cette dernière ne peut aimer qu'un homme beau ET doué pour parler avec délicatesse. Pour son malheur Christian n'a pas cette intelligence. C'est Cyrano, l'homme au nez remarquable, qui officiera en clown de service, fera fi de son amour pour sa cousine Roxane et prêtera sa plume et son esprit au cadet de la compagnie. Roxane saura-t-elle faire la différence ?

Le Christian de cette adaptation est un jeune fou, un peu bête, très maladroit, qui s'efface derrière le panache de Cyrano. Roxane est une jeune femme superficielle, qui privilégie la beauté du corps et des mots à la beauté de l'âme. Elle danse avec la légèreté de son romantisme. Cyrano est un clown triste ou un pantin manipulateur pétri de contradictions. Du haut de sa balançoire un Pierrot la Lune veille sur le trio tandis qu'un Monsieur Loyal se fait narrateur de l'histoire.

Une adaptation qui est agrémentée des textes du véritable Savinien de Cyrano de Bergerac. L'occasion de (re)découvrir la plume de celui qui inspira à  Edmond Rostand son personnage si populaire.

En bref : Il y a beaucoup de poésie, de rêve, de nostalgie et de romantisme dans cette adaptation qui devrait séduire adolescents et adultes. Avec des comédiens plein de fraîcheur et une très jolie scénographie

Cyrano de Bergerac, d'après Edmond Rostand et Savinien de Cyrano de Bergerac, mise en scène Sébastien Jégou Briant, avec Ronan Bacikova, Sébastien Jegou Briant, Anthony Ponzio, Annaëlle Queuille, Blandine Rottier, direction d'acteur Jean Husson, scénographie Thibault Seyt

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
Théâtre de l'Adresse
2 Avenue de la Trillade 84000 Avignon
Du 5 au 28 juillet 2019 - 16h05 - Durée : 1h20


BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

LES JEUX DE L'AMOUR ET DES FAKE NEWS
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Messine. Dans la torpeur de l'été sicilien le temps coule paisible chez Léonato. Jeunes femmes et jeunes gens batifolent gaiement. Bien sûr les hommes vont bien partir mener une petite guerre parce qu'il faut bien marquer son territoire. Mais les soldats et les officiers reviennent vite et les jeux de l'amour un temps suspendus vont reprendre de plus belle. Claudio aime Hero, la fille de Léonato, tandis que Bénédicte et Béatrice jouent à je-t'aime-moi-non-plus et que Don John, frère bâtard de Don Pedro, aigri par son statut, va prendre un malin plaisir à mettre des bâtons dans les rouages des ces amours qu'il jalouse.

Avec "Beaucoup de bruit pour rien" Shakespeare écrit l'une de ses comédies les plus légères qui annonce le marivaudage et les fake news bien avant les écrit de Marivaux et les réseaux sociaux. Au-delà des propos galants et des arrangements entre pères et futurs époux ce sont les luttes de pouvoir et les rapports entre les hommes et les femmes qui sont ici détaillés.

La mise en scène moderne de Salomé Villiers et Pierre Hélie s'appuie sur la légèreté de l'histoire et de l'écriture tout en montrant toute la modernité du texte. Manipulations, confrontations, mensonges, jeux de séduction, désir d'émancipation de la femme, honneur d'une famille, hésitations d'une jeunesse face au sentiment amoureux, tout est présent. Il est courant de parler de la modernité des textes de Shakespeare. Il en est ici à nouveau fait la démonstration. L'écriture et les situations sont intemporelles. Sommes-nous en Italie au 18e siècle ou bien à Lond

res au début du 20e (cf les incongrus policiers british).

L'ensemble est rythmé. Dans un beau décor champêtre servi par une lumière qui rappelle l'été italien, on assiste à un spectacle charmant. La troupe est composée de par moins de 10 comédiens, format rare à Avignon. Si le jeu n'est pas toujours égal certains dominent nettement l'ensemble. Eric Laugérias campe avec son jeu assuré un Léonato léger comme le vent puis brisé par la prétendue trahison de sa fille. Salomé Villiers est une magnifique Béatrice, piquante, cinglante, vive face à un Bénédicte un peu bêta et pas assez misanthrope.

A noter les magnifiques masques et le travail de chorégraphie (on en aurait aimé une de plus pour le final).

Beaucoup de bruit pour rien, de William Shakespeare, mis en scène par Salomé Villiers et Pierre Hélie, avec Arnaud Denis, Clara Hesse, Eric Laugérias ou Didier Niverd, Etienne Launay, Bertrand Mounier, François Nambot, Violaine Nouveau, Georges Vauras, Salomé Villiers

En bref : une mise en scène moderne et rythmée de la plus légère des comédies de Shakespeare.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
Théâtre du Roi René
4 Rue Grivolas 84000 Avignon
Du 5 au 28 juillet 2019
Tous les jours à 20h25 - Durée : 1h30