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lundi 5 mars 2018

1 heure 23' 14" ET 7 CENTIÈMES - J. Gamblin - Théâtre du Rond Point

PLUS LOIN, PLUS HAUT, PLUS FORT !
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DE LA RECHERCHE DE LA PERFECTION

Un gymnase. Au sol des marques pour délimiter les zones, marquer les temps, les départs. Le coach (Jacques Gamblin) entre en premier. L'élève (Bastien Lefèvre), l'athlète, arrive ensuite, bondissant, insaisissable, hyperactif. Commence un entrainement un brin déconcertant pour qui ne connaît pas l'ambiance des compétitions sportives (comme c'est le cas de votre serviteuse). Entre danse et mime les deux hommes vont pendant un peu plus d'une heure livrer un spectacle qui en forme de performance physique et théâtrale.

PERFORMANCE PHYSIQUE

Depuis quelques années Jacques Gamblin nous offre des escapades sur la scène. Après le poétique "Tout est normal mon cœur scintille" et le musical "Ce que le djazz fait à ma jambe" c'est l'univers du sport qui est prétexte à une double performance. C'est le danseur Bastien Lefèvre qui est son acolyte (et son neveu). Avec force déhanchés, gesticulations, courses, sauts, pas de deux ou solos, pirouettes et contorsions en tous genres, il réalise une performance hautement physique. 

Coach et élève se livrent à une chorégraphie réglée au millimètre, empreinte de prises de risque, proposant des mouvements et des enchaînements qui paraissent absurdes. Entre les encouragements ou directives étranges du coach et la mise en application silencieuse du sportif on assiste à une recherche de perfection ésotérique. Avec peu de parole et pas d'intrigue l'ensemble peut paraître décousu. Sommes-nous en train d'assister à une critique de l'absurdité de l'effort ou à la sublimation de la quête de perfection ?

"...à chaque pas que tu fais, tu veux gagner. Mais gagner quoi là maintenant ? Attention Grand, tu peux tout perdre du trop de désir de tout gagner. Tu peux tout perdre de la peur de tout perdre. Si tu veux gagner là maintenant quand il n'y a rien à gagner, qu'est-ce qui va te rester quand y aura plus rien à perdre, tu me suis ... ?"

Le coach conclura en réunissant dans une longue énumération de tous les sports existants, cités par ordre alphabétique. Las, malgré la qualité de la double performance l'émotion ne passe pas, me laissant sur ma fin et avec le beau souvenir de "Tout est normal mon cœur scintille".

En bref : Une double performance sportive et théâtrale qui ne manque pas d'humour et de poésie, mais qui peine à transmettre une émotion.

1 heure 23' 14" et 7 centièmes, de et avec Jacques Gamblin et Bastien Lefèbre, scénographie Alain Burharth, Lumières Laurent Béal, équipe d'entrainement Anne Bourgeois, Yannick Hugron

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
2 bis avenue Franklin rosevelt 75008 Paris
du 13 au 25 février -18h30
du 28 février au 18 mars 20h30


Vu au Théâtre du Rond-Point - Février 2018
Crédit photo @Giovanni Cittadini Cesi

lundi 5 juin 2017

FUNAMBULE / FLOE

SE JOUER DE L’APESANTEUR
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Ce sont deux spectacles courts que nous propose Le Printemps des Comédiens en début de soirée. Deux prestations sur le thème de l'équilibre : FUNAMBULE de Pierre DEAUX et FLOE de Jean-Baptiste ANDRE.

FUNAMBULE : UN CLOWN EN APESANTEUR

Pierre DEAUX porte l'art du funambule très haut. Dans les jardins du domaine d'O à Montpellier il a planté ses mats et tendu son fil pour un spectacle court (30 minutes) qui met en scène un personnage lunaire. Enfin plutôt plus proche du paresseux de Zootopia. Assez gauche, le regard de l'idiot du village, c'est au prix de moult contorsions d'apparence maladroite qu'il finit par se hisser sur son fil. Défiant les lois de la physique et paraissant aussi à l'aise que sur le plancher des vaches, il se joue du public, de ce fil tendu entre le sol et lui, de cette perche qui se fait balancier.


Le corps nerveux et souple de ce circassien lui permet de se tordre dans des mouvements de reptation hilarants. Seul au monde entre ciel et terre il déplace constamment son centre de gravité. Une performance beaucoup plus physique qu'il n'y parait. 

Formé au conservatoire puis à l'Ecole des Arts du Cirque de Chalons en Champagne il est venu tardivement au fil. Pour le plaisir du spectateur, qu'il soit grand ou petit, Pierre DEAUX a trouvé son identité de spectacle. Depuis plus de dix ans il promène son personnage lunaire sur les routes de France. Après le Printemps des Comédiens, vous pourrez le retrouver cet été à Lodève, ou dans d'autres festivals. Si vous croisez sa route ne manquez pas sa prestation.

FLOE : ATTEINDRE LE SOMMET


Jean-Baptiste ANDRE a une approche plus intellectuelle de ce jeu d'équilibriste. Son spectacle est le fruit d'une rencontre avec le plasticien Vincent LAMOUROUX. Créé en 2016 à Rennes FLOE est destiné à être présenté dans des espaces ouverts, in situ : milieux naturels, espaces urbains, lieux semi-ouverts. Il est conçu comme une pièce chorégraphique qui va à la rencontre d'un paysage et de son public.

Fasciné par les paysages du Grand Nord Jean-Baptiste ANDRE a imaginé avec Vincent LAMOUROUX une sculpture inspirée de la banquise. Le Floe est un morceau détaché de glace de mer, généralement de grande taille. Le terme peut aussi désigner le chaos de ces blocs de glace irréguliers qui forment la banquise.

Mêlant art contemporain et performance physique FLOE est une forme courte (30 minutes) qui met l'homme en prise avec le risque et la fragilité de l'ascension. Sur ce paysage chaotique il s'agrippe, glisse, rampe, saute, se contorsionne, ruse. Tout comme le funambule il est constamment sur le fil (ou l'arête) et le moindre faux pas, la moindre hésitation peut lui être fatale. La sécurité est-elle au sommet ?

Projet nomade, FLOE est programmé dans une dizaine de lieux à retrouver sur le site d'association w en cliquant ICI

Crédit photo @ Nicolas Joubard

En bref : deux formes courtes réunies en un spectacle déambulatoire dans les jardins du Domaine d'O par le Printemps des Comédiens. Deux perspectives et approches différentes et complémentaires de la recherche d'équilibre. Performances physiques et artistiques

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Printemps des Comédiens
Domaine d'O - 34000 MONTPELLIER
2, 3 et 4 juin 2017 - 18h

Festival de Lodève - Juillet 2017

dimanche 27 novembre 2016

COLD BLOOD

VOYAGE ONIRIQUE EN NANO DANSE
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En 2013 j'avais été éblouie par KISS AND CRY au Théâtre du Rond Point. Forts de cette première expérience Anne de Mey et Jaco Van Dormael ont peaufiné leurs bricolages géniaux pour nous offrir un nouveau spectacle alliant nano-danse et cinéma et nous émouvoir par un récit onirique et poétique.

CRÉATION EN LIVE

"Fermez les yeux. A trois vous dormirez. Un...Deux...Trois". La voix de voix grave de Jaco Van Dormael nous invite à une déambulation onirique au pays de la grande faucheuse. Comme hypnotisé nous embarquons pour une expérience unique. Sur le plateau s'anime une équipe tout de noir vêtue, se déplaçant de part et d'autre de la scène occupée par des rails, des tables surmontées des maquettes, des bras mécaniques portant des caméras, tandis que le tout est surplombé d'un écran géant.



"Kiss and Cry" nous racontait une histoire d'amour et de vie. "COLD BLOOD" n'est pas une suite mais une aventure différente. Le texte de Thomas GUNZIG nous distille avec humour, mélancolie et une bonne dose d'absurde, sept morts idiotes. Septs tableaux, sept univers, sept histoires pas vraiment banales, sept souvenirs venus de l'au-delà. Comme des instantanés, des sensations captées lors de ces dernières secondes de vie.

La magie opère dès les premiers instants. Tandis que Michèle Anne De Mey, Grégory Grosjean et Gabriella Iacono déroulent une gestuelle subtile, chorégraphiée avec précision, Julien Lambert les filme en direct, qui se meuvent dans les maquettes de Sylvie Olivé. Se crée en direct un "film éphémère" comme le décrivent ses créateurs, lequel qui est projeté en live sur l'écran géant.

Là où KISS AND CRY ne faisait danser que les doigts dans une nano-danse féerique, COLD BLOOD fait la place aux corps, ombres ou images lointaines, grain de peau ou silhouette évanescente et fantomatique évoluant dans l'espace aérien d'une chambre.

MULTIDISCIPLINAIRE

Chaque séquence, chaque plan est travaillé dans le moindre détail comme pour le cinéma. La disposition de la scène permet au spectateur d'assister à la création sur le plateau (installation des décors et maquettes éphémères, visualisation des ingénieux bricolages, effets de lumière) et de visualiser immédiatement le rendu filmé. Danse, cinéma, théâtre, musique, les disciplines artistiques se mélangent et se fondent en un objet poétique où l'imaginaire prend forme. De l'eau, du savon, des brosses qui tournent grâce à une visseuse électrique, et sur l'écran c'est un car-wash qui apparaît. Un bac avec un fond d'eau et c'est un ballet à la Esther Williams qui nous ravit.

Comment ne pas laisser parler nos coeurs d'enfant quand quatre doigts se lancent dans une chorégraphie énergique à la Fred Astaire et Ginger Rogers, quand sur un minuscule socle rond surgit le souvenir de Jorge Donn dansant le Boléro de Ravel sur la chorégraphie de Maurice Béjart, quand un homme attrape une fusée miniature et que c'est Ariane ou Apolo qui prend son envol.

Le rêve ne serait pas complet sans la qualité de la bande-son. De György Ligeti à Nina Simone, de Frantz Schubert à David Bowie, de Chico Buarque à Igo Stravinsky, les musiques s'enchaînent avec la même magie pour nous transporter dans cet univers intime et universel.

Un travail d'équipe (ils ne sont pas moins d'une douzaine à venir saluer) qui mérite amplement la standing ovation d'une salle séduite par ce travail minutieux et exigeant et par la beauté du voyage qui lui a été proposé. Celui-ci se termine en apothéose avec un kaléidoscope éblouissant.

En bref : Le Collectif Kiss and Cry séduit à nouveau avec cette nouvelle aventure. Un OTNI que cette création live d'un "film éphémère". Un univers onirique créé par la magie de Michèle Anne de Mey et Jaco Von Dormael. Un rêve éveillé à ne pas manquer.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

La Scala Paris
 13 Boulevard de Stasbourg 75010 Paris
Du 4 au 27 janvier 2019
du mardi au samedi 21h - dimanche 15h

Retrouvez mon article sur KISS AND CRY en cliquant ICI


Crédit photo @Julien Lambert / Vidéo : Collectif Kiss and Kry
Vu novembre 2016 à L'Onde Vélizy

mardi 21 juillet 2015

FLAT/GRAND DELIT - CRISTINA

QUAND LA DANSE TRANSCENDE

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Le plaisir du Festival Off c'est aussi de se laisser porter par le hasard, saisir l'instant et aller à la rencontre de spectacles que l'on aurait soi même pas pensé à inscrire sur son programme sans les conseils et recommandations glanés auprès des autres festivaliers, l'effet d'un tractage efficace ou l'invitation d'un ami croisé au détour d'une rue. C'est ainsi que j'ai découvert les deux spectacles courts proposés par la Compagnie Yann LHEUREUX au Théâtre de l'Oulle.

UN BMX SE FAIT DANSEUR

FLAT/GRAND DÉLIT donne à voir la relation fusionnelle entre un homme et une machine, celle qui l'accompagne depuis son plus jeune âge. Dans un duo-duel poétique Vincent WARIN, danse avec son vélo, cette machine qu'il connait depuis si longtemps. Elle se fait partenaire ou extension de son corps. Dans un sport où l'homme reste vulnérable sur sa machine le champion a voulu, au travers de ce spectacle, mettre en forme son envie de vivre d'autres moments avec cet engin qui lui a apporté beaucoup de souffrance mais aussi et surtout beaucoup de plaisir. FLAT/GRAND DÉLIT est un hymne à la paix. L'ancien champion de France et vice-champion du monde, las des séances de démonstration qui ne jouaient que sur la technique du sport, a souhaité offrir quelque chose de différent et de beau. 

La performance artistique est saisissante. Ce n'est pas un combat contre une machine mais l'expression du combat intérieur d'un homme en quête de sens. Il y a la violence des doutes et questionnements profonds qui agitent le danseur, la douleur et l'acceptation, l'apaisement de la paix retrouvée, la beauté et la poésie de quelqu'un qui s'est transcendé.

FLAT/GRAND DÉLIT s'inscrit dans un triptyque autour des pratiques urbaines, incluant FLAGRANT DÉLIT pour le Hip Hop et FLAGRANT DÉLIRE pour le Yamakasi. qui continue à tourner en France et dans le monde, et sera notamment à Bagneux, Suresnes et en Région Parisienne fin septembre / début octobre. A suivre sur le site de la compagnie. 

PASSION FLAMENCO

La deuxième partie du spectacle met en scène Cristina HALL dans une performance dédiée au flamenco et racontant l'histoire de la danse. Ce solo assez ésotérique ne m'a guère touchée. Il s'inscrit dans un nouveau triptyque en cour de création qui cette fois-ci se concentrera sur trois artistes féminines.

En bref : deux prestations inégales et sans lien entre elles. FLAT/GRAND DELIT saisi par la beauté et la poésie et donne envie de voir l'intégralité du triptyque.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2015
Théâtre de l'Oulle
19 Place Crillon 84000
du 4 au 26 juillet 2015 - 10h15 - Durée : 27 + 30 mn