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mardi 21 février 2017

HOTEL DES DEUX MONDES

RETOUR GAGNANT POUR UN TEXTE INTEMPOREL
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En 1999 Eric-Emmanuel Schmitt créait au Théâtre Marigny, HOTEL DES DEUX MONDES avec notamment Rufus, Catherine Arditi, Bernard Dhéran. Il revient sur scène au Théâtre Rive Gauche avec une nouvelle distribution. Retour gagnant pour cette réflexion métaphysique.

ENTRE DEUX MONDES

Lorsque Julien Portal (Davy SARDOU) sort de l'ascenseur, comme tous les clients de cet hôtel étrange il ne sait pas comment il est arrivé dans ce lieu ni combien de temps il y restera. Et il n'est pas au bout de ses surprises. Guidé par le docteur S (Odile COHEN) il va croiser 4 personnages au destin suspendu. Le mage Radjapour, Marie, le Président Delbec et Laura le confrontent à ce qu'il a oublié : la vie. De ce séjour entre rêve et réalité, entre doutes et certitudes, trouvera-t-il un sens à ce mystère ?


QUESTIONNEMENT INTEMPOREL

J'ai eu la chance de découvrir ce texte lors de sa création en 1999. Depuis, comme pour beaucoup de spectateurs, il ne m'a pas quittée et je le relis souvent, au point de figurer parmi mes meilleurs souvenirs de théâtre pour l'intense émotion ressentie alors. C'est donc avec une certaine appréhension que j'abordais cette reprise. 

18 ans plus tard le texte n'a pas pris une ride. Cet hôtel suspendu entre deux mondes nous interroge sur notre façon d'appréhender la vie et la mort. Ce temps suspendu pour Julien, Marie, le Mage, le Président ou Laura est une parenthèse, un moment de grâce, une chance qui est donnée à chacun de se repenser, de repenser sa vie, ses actes, ses certitudes. Sauront-ils en tirer profit ? Auront-ils la possibilité de récolter les fruits de leurs réflexions ? Et nous ?

UNE INTERPRÉTATION SENSIBLE

Davy SARDOU se glisse avec bonheur dans la peau de Julien Portal. Le quadra sûr de lui mais désabusé, qui brûle la vie par les deux bouts, reprend espoir grâce à Laura, dynamique Noémie ELBAZ. Elle, boulimique de la vie, et un tourbillon de fraîcheur et d'optimisme. Michèle GARCIA est une Marie réservée qui sait s'affirmer. Hésitante parfois elle est touchante d'humanité et de sagesse. Jean-Jacques MOREAU est un Président Delbec puant de suffisance, inflexible membre d'une élite économique et politique que rien n'ébranle, sur qui tout glisse et convaincu d'être le seul à détenir la vérité, le seul auquel tous les écarts sont dus et qui ne comprend pas l'attitude du Docteur S à son égard. Jean-Paul FARRE a la délicieuse malice du Mage Radjapour. Débonnaire et calme il a fait la part des choses.

Ce petit monde est encadré par 3 figures aussi virginales que mystérieuses. Il y a Gabriel, ou Emmanuel, ou Michel (Günther VANSEVEREN), chacun lui donnant le nom qu'il veut, et l'ange sans nom (Roxanne LE TEXIER). Muets, féminin et masculin, ils ont le regard et le sourire énigmatiques mais inspirent confiance et sont empreints de malice et de compassion. Ils sont les assistants dévoués du Docteur S, magnifique Odile COHEN, porte-parole des deux mondes et responsable de la stricte application des règles...pour mieux parfois s'en affranchir.

Le décor de Stéphanie JARRE rend imposant et un peu écrasant ce mur qui encadre l'ascenseur symbolique. Les variations de lumière sont parfois trop appuyées dans les intentions, voulant dicter les émotions au spectateur. Mais un soin particulier a été apporté à la bande-son qui joue habilement du mystère ou de la réalité.

En bref : une reprise réussie pour cet HOTEL DES DEUX MONDES. Grâce à une mise en scène soignée et à des comédiens sensibles Eric-Emmanuel SCHMITT nous ramène à l'essentiel : la vie.

"La confiance est une petite flamme qui n'éclaire rien, mais qui tient chaud"

HOTEL DES DEUX MONDES, de Eric-Emmanuel Schmitt, mise en scène d'Anne Bourgeois, avec Davy Sardou, Jean-Paul Farre, Jean-Jacques Moreau, Michèle Garcia, Odile Cohen, Noémie Elbaz, Günther Vanseveren et Roxanne Le Texier

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Rue de la Gaîté 75015 Paris
Depuis le 19 janvier 2017
Du mardi au samedi à 21h - Dimanche 15h

Crédit photo @Fabienne RAPPENEAU

dimanche 14 février 2016

BARBARA ET L'HOMME EN HABIT ROUGE

HOMMAGE A UNE FEMME EXCEPTIONNELLE

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Roland ROMANELLI avait 20 ans lorsque la longue dame brune est entrée dans la boutique d'instrument de musique où il travaillait. Le début de 20 ans de travail en commun. Ces vingt années aux côtés de celle dont il partagea plus que la scène il en livre quelques images dans ce spectacle hommage. Eric-Emmanuel SCHMITT a réussi à le convaincre de se raconter, de la raconter. "Ce spectacle, je le lui devais" dit le musicien.

Accompagné au chant par Rébecca MAI, sa compagne d'aujourd'hui, et par Jean-Philippe AUDIN au violoncelle, l'accordéoniste, qui fut l'un de ceux dont parle BARBARA dans "MES HOMMES", reprend 20 chansons sur répertoire si riche pour un tendre hommage.

"Barbara est un cadeau du ciel pour moi. Elle m'a tout appris". Emporté par sa jeunesse et son admiration pour la chanteuse il n'a pas hésité une seconde à la suivre sur la route des tournées pour écrire les pages de leur collaboration. Il lui écrira des chansons, comme "A peine", "Vienne" ou "Cette enfant-là". Elle lui apprit la musique, l'amour, la vie.

La voix de Rébecca MAI, juste mais sans la force émotionnelle, se fait l'interprète de ces succès. Entre chaque chanson une confidence, une image, une anecdote sur la création d'une chanson, une scénette pour la faire revivre quelques secondes ou encore la voix de la grande Barbara dans un extrait d'interview. L'émotion gagne par moments. Et chacun de se plonger dans ses propres souvenirs de la chanteuse, de sa voix, des émotions qu'elle nous faisait vivre, du poids de son absence. Émotion qui vibre dans la voix de Roland ROMANELLI, sincère, troublante.

Si le souvenir de l'interprète de GOTTINGEN est évoqué avec chaleur et nostalgie, il est a regretter la faiblesse de la mise en scène et de la scénographie : trois panneaux qui servent de support à des projections de fonds de papier peint sortis des années 70, atteignant leur apogée avec un ciel étoilé pour L'AIGLE NOIR, et un rocking-chair qui se balance sur la voix off de la chanteuse. 

En bref : un vibrant hommage à la longue dame brune de la part de l'homme en habit rouge. Émotion et nostalgie.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Rue de la Gaité 75014 PARIS
Métro Gaité, Vavin, Montparnasse

Depuis le 28 janvier 2016
Du mardi au samedi à 19h - matinée à 15h le samedi


lundi 8 février 2016

LIBRES SONT LES PAPILLONS

L'ENVOL VERS LA VIE
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LIBERTE

Quentin est fier de son émancipation. Il a 20 ans. Son petit appartement est vieux, défraîchi mais il y est libre, loin de sa mère. Et si les murs sont peu étanches au bruit ce n'est que pour mieux faire la connaissance de Julie BOULANGER, sa jeune et jolie voisine. Il est réservé et peu confiant dans ses talents de compositeur. Elle est vive du haut de ses 20 ans, énergique, gaie, insouciante en apparence. Elle papillonne. Elle est libre elle aussi. Libre de vivre. Libre d'aimer. Libre de chanter. C'est le coup de foudre. Mais leurs secrets auront-ils raison de la sincérité de leurs sentiments ? Sans compter l'influence de Florence, mère castratrice mais surtout aimante, qui n'entend pas lâcher si vite dans la nature sa progéniture fragile.

La pièce de Leonard GERSHE, écrite au début des années 70, est adaptée avec bonheur par Eric Emmanuel SCHMITT. L'auteur voulait y montrer une jeune femme profitant de la révolution sexuelle pour vivre librement. En transposant l'intrique aujourd'hui le texte ne perd rien de sa modernité. Chacun des personnages est amené à se métamorphoser pour s'accepter, accepter l'autre et sa différence, déployer ses ailes et s'envoler vers sa vie avec la force nécessaire pour en accepter les hauts et les bas.

CHARME ET FRAICHEUR DE LA JEUNESSE

Anouchka DELON est rayonnante. Son sourire illumine la pièce. Un peu fragile au début elle s'installe avec plaisir dans le rôle de Julie, belle et impétueuse. Elle entre comme un ouragan de fraîcheur dans la vie de Quentin. Comme elle nous tombons sous son charme. Elle interprète avec enthousiasme et fougue cette jeune femme qui n'entend pas s'encombrer des codes rigides de la société, et laisse paraître sa fragilité sous son apparence de femme libre assumée.


Julien DEREIMS est Quentin, un jeune homme fragile mais déterminé. Telle la chrysalide qui vient de sortir de son cocon et qui se transforme en papillon il est fragile, hésitant à se lancer dans cette nouvelle vie, et pourtant animé d'une soif de liberté. Il incarne un personnage d'une touchante humanité qui suscite l'empathie dès les premières secondes. Simple, charmant, vulnérable. Comme Julie il est libre de prendre une autre direction ou de risque de se brûler les ailes sur les feux d'un amour aussi fougueux et fragile que ces deux enfants.

Ils évoluent sous le regard anxieux et protecteur de Nathalie ROUSSEL. Celle qui apparaît comme une mère castratrice a surtout un regard protecteur sur son fils qu'elle a plus d'une raison de vouloir garder près d'elle. Toute en retenue et en sensibilité elle saura elle aussi accepter d'évoluer et sera celle qui finalement fera le plus de chemin. Guillaume BEYELER est le dernier protagoniste de cette comédie. La mise en scène de Jean-Luc MOREAU est simple et efficace, laissant s'exprimer toutes les contradictions et tous les doutes des personnages.


En bref : Portée par la jeunesse et l'enthousiasme de ses jeunes acteurs, LIBRES SONT LES PAPILLONS est une comédie romantique réussie sur l'émancipation, la liberté et l'acceptation de soi et des autres. Un moment de fraîcheur avec de talentueux comédiens


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

A partir du 15 janvier 2016
Du mardi au samedi à 21h - Matinée le dimanche à 15h



Crédit photo @Fabienne Rappeneau