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samedi 4 juillet 2026

MAINTENANT JE N’ECRIS PLUS QU’EN FRANCAIS

MERE OU PATRIE ? HEROS OU TRAITRE ?

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25 février 2022 ! Vous souvenez-vous de cette date ? Elle n'est pourtant pas si lointaine. 

Pour Viktor Kyrylov et ses 43 millions de compatriotes, cette date est celle de l’écroulement de leur monde. Dans la nuit, l’armée russe a envahit leur pays, bombardé leurs villes, sans sommation, au nom de l’idéologie d’un homme.

Ce jour-là, Viktor est à Moscou. Il y habite depuis trois ans. Il est étudiant en théâtre et est à la veille de réaliser son rêve : jouer sur les planche du Théâtre d’art, l’équivalent de la Comédie Française. Mais l’Histoire en a décidé autrement.

Ce que nous raconte Viktor à travers son spectacle, ce n’est pas seulement l’histoire d’un ukrainien en exil, c’est la douleur d’un peuple trahit par son grand frère, le déchirement entre deux cultures, la peur et la haine qui en quelques heures a infiltré les corps et les âmes, la (re)naissance d’une nation et d’une identité nationale.

C’est l’histoire d’un jeune homme qui a choisi la culture dans ce qu'elle a de plus noble, et qui se retrouve tiraillé entre l’envie de défendre sa patrie et de mourir pour elle, ou l’amour de sa mère qui lui demande de ne pas rentrer en Ukraine et de vivre. C’est la remise en question de tout ce qu’il aime, de cette culture russe qui était sa raison d’être et fait soudain de lui un traître à sa patrie. C'est redécouvrir une Histoire ré-écrite par le voisin envahisseur. C'est devoir choisir entre les deux langues qui ont bercé sa vie.

Pendant, des heures, des jours après le début de la guerre, Viktor ne sait plus comment vivre, que penser, comment interagir avec ses amis russes qui voient la situation sous un angle biaisé par le discours officiel. Faut-il rentrer pour mourir en héros ? Faut-il écouter sa mère et vivre ?

Ce déchirement, de dilemme, Viktor nous le confie dans un seul en scène émouvant, touchant, sans mélodrame et avec une pointe d'humour. Merci d'avoir choisi la France pour cet exil. Souhaitons qu'il puisse bientôt retourner chez lui librement, en sécurité, et accéder aux rôles dont il rêve depuis l'enfance.

L'espace scénique se découpe en deux : d'un côté un écran sur lequel sont projetés des cartes, des photos qui appuient le propos de Viktor. De l'autre la table de sa chambre d'étudiant, avec une chaise et des piles de livres. Si Viktor s'adresse principalement au public, quelques dispositifs sont intéressant, notamment lorsqu'il qu'il retourne l'écran, dévoilant un miroir, permettant à l'artiste d'interroger visuellement son moi intérieur.


En bref : un seul en scène touchant sur les déchirements du peuple ukrainien depuis le début de la guerre initiée par la Russie.

Maintenant je n'écris plus qu'en français, de et avec Viktor Kyrylov, son T. cany, scénographie C. Chiassai-Polin, Régie J. Duquesnoy.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2026
11 - 11 boulevard Raspail - Avignon
Du 4 au 23 juillet 2026 - Relâche 10-17
15h05 - Durée 1h30

CUT, DES HISTOIRES , DES VIES

DROLE, DERANGEANT ET QUESTIONNANT

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Le théâtre de Mathilda May est unique par sa forme. Ce nouveau spectacle n’échappe pas à ce qui fait cette unicité : peu de mots et des situations burlesques voire absurdes.

Au travers d’une multiplicité de petites scènes, allant de quelques secondes à quelques minutes, "Cut ! des histoires, des vies ", nous place face à nos peurs, à notre hypocrisie, à nos craintes, à nos vérités profondes. 

Ces petites scènes du quotidien ont pour point commun un moment de bascule, une coupure, un arrêt inattendu qui souvent fait rire le spectateur. Mais c’est un rire souvent grinçant, qui dérange, qui questionne.

Les six comédiens, trois hommes et trois femmes, incarnent avec complémentarité et beaucoup d'autodérision, une multitude de personnages, sur un rythme très soutenu. Cage d'ascenseur, casting, bac à sable, hôpital psychiatrique, les lieux et situations se succèdent, dans une écriture fragmentée mais rigoureuse. D'un geste, d'une mimique parfois clownesque, l'émotion naît, navigant du tragique au comique, faisant naître chez le spectateur un certain malaise. Et il est bon d'être ainsi secoué.

La mise en scène mixe les disciplines : chant, jeu d'acteur, danse, musique.

Matilda May sait manier l'humour comme une arme. Une fois le rire passé, la réflexion s'installe de manière insidieuse dans l'esprit du spectateur. Je ne saurai mieux le dire que l'auteur :

"En surfant sur nos petites lâchetés ou nos grands courages, j'ai à cœur d'interroger les normes, les rapports de force, les règles qui entravent les libertés ou au contraire, les libertés qui émergent face aux entraves"


En bref : rien de tel que l'humour pour secouer les esprits. De l'humour absurde et revigorant

Cut ! Des histoires et des vies, de Mathilda May, avec Mathieu Alexandre, Benoît Blanc, Marie Desgranges, Emilie Deletrez, Matthias Girbig, Ana-Karina Lombardi, Lumières Laurent Beal, Régie Loïc Beaudron, Musique Julles Darmon et Sly Johnson, décors Patrice Le Cadre, costumes Mathilde Chollot


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2026
La Scala Provence
Du 4 au 25 juillet 2026 - Relâche 6 - 13 - 20
11h55 - Durée 1h15


PATIENTE 66

CACHER CE QUI FAIT TACHE

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Ils étaient 9 enfants. Les fils et filles de Joseph et Rose. Mais à partir des années 1940, l’une des filles disparait des photos : Rosemary.

Deux fans d’urbex entrent dans un hôpital désaffecté et font renaître le destin de Rosemary Kennedy. L’histoire commence avec Joseph P. Kennedy, le patriarche aux grandes ambitions. Elles seront en partie réalisées : un fils président, deux sénateurs, un héro de la guerre. Et les filles ? 

Rosemary est le troisième enfant de la fratrie, l'aînée des filles. Rapidement la famille constate qu’elle est différente, un peu lente. En grandissant, la belle Rosemary attire les regards de hommes. Elle fugue souvent le soir, rentre les habits chiffonnés. On la montre lors des soirées mais elle fait tâche dans le paysage idéal du clan. Alors on l’envoie dans un couvent avant de prendre la décision de la faire opérer selon une méthode nouvelle. Elle sera la 66e patiente du docteur Walter J. Freeman, l’inventeur de la lobotomie, une opération que altère ou sectionne le lobe cérébral.

Sur un ton décalé, suivant l’esprit de "Patiente 66, une lobotomie américaine" de Dorothée Zumstein dont la pièce est une adaptation, ce spectacle lève le voile sur le terrible destin de la fille Kennedy, destin partagé par des milliers de femmes aux Etats-Unis et en France, aux débuts de la psychiatrie. Des femmes qui ne rentraient pas ou plus dans le moule que la société patriarcale voulait leur imposer, ou des hommes traités pour "guérir" leur homosexualité. Cette pratique est depuis interdite dans de nombreux pays. Elle était pratiquée à plus de 85% sur les femmes.

Les trois comédiennes nous livre avec un humour parfois noir cette page peu glorieuse de la psychiatrie. Le décor emprunte au cinéma des années 1930/1950 un côté burlesque pour mieux souligner l’absurdité du traitement. Alice-Maïa Lefebvre, comédienne et pianiste (accompagnement en live), est Rosemary, touchante de douceur et de candeur. Ses deux partenaires endossent plusieurs rôles dans une mise en scène qui dose avec intelligence les différents rythme et les émotions. 

En bref : Sur un ton décalé, un spectacle captivant qui, par le biais d’une personnalité, lève le voile sur un pan peu glorieux de la psychiatrie.

Patient 66, d'après Dorothée Zumstein, mise en scène Laurent Eychenne Régie, avec Emilie Jouffrey, Alice-Maïa Lefebvre, Christelle Salert, création son et lumière Romain Deldon, Régie Rémy Caillavet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Of 2026
Factory - Chapelle des Antonins
Les 3 - 5 - 7 - 10 - 12 - 14 - 17 - 19 - 21 et 24 juillet - 20h20 - Durée 1h05


NB : si vous souhaitez aller plus loin dans la connaissance de ce scandale de la première moitié du 20e siècle, je vous recommande la lecture de "Mon vrai nom est Elizabeth" d'Adèle Yon (Ma chronique sur Babelio)

vendredi 3 juillet 2026

GIRLS AND BOYS

INTERPRETATION LUMINEUSE
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Elle commence par nous raconter la rencontre avec celui qui est devenu son mari. La surprise, la passion qui s’émousse mais l’amour, la confiance et la complicité qui restent. Elle qui doute, lui qui l’encourage. Les enfants, Lynn et Danny, formidables et fatigants. Le travail, passionnant, prenant, enrichissant intellectuellement.

Mais arrive un moment où le spectateur se demande d’où cette femme nous parle. On sent bien que quelque chose s’est grippé. Jusqu’à la révélation finale.

Le théâtre de Denis Kelly n’est jamais tendre. L’écriture est dense, les émotions intenses. On en sort rarement indemne. Si l'humour est présent, il est souvent piquant. Le monologue se fait intimiste, avec une mise en lumière soignée.

Au théâtre du Tremplin - Salle Les Baladins, c’est Ophélie Audon qui porte ce texte, seule en scène. Sa présence lumineuse éclaire ce drame du masculinisme. Dans un décor très épuré, d’un geste, un regard, une expression, elle transmet avec justesse toutes les émotions qui traversent cette femme brisée par le geste d'un mari jaloux de la réussite de son épouse quand lui perd pied.

En bref : un spectacle fort. Une interprétation saisissante

Girls and boys, de Dennis Kelly, mis en scène par Marc Delétoille et Thibault Truffert, avec Ophélie Audon


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre le Tremplin - Salle les Baladins
1 rue du Bon Pasteur - Avignon
Du4au 25 juillet 2026 - 12h - durée 1h15
Relâche 9 - 16 - 23


vendredi 11 juillet 2025

A CE STADE DE LA NUIT

EN MEMOIRE DE

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Il est minuit. À ce stade de la nuit, comme chaque soir, elle boit son café, sa journée terminée. Un moment de calme et de sérénité. Mais la radio annonce un (nouveau) naufrage d'un bateau de migrants au large de Lampedusa. Une tasse vole vers le sol, rejoindre d'autres débris.

Lampedusa,

"Le Guépard" de Visconti, adapté du roman de Giuseppe Tomasi du Lampedusa.

A ce nom, la femme fait l'association avec le film, les yeux de Burt Lancaster, l'opposition avec Alain Delon. La fin d'un monde qui doit laisser place à un nouveau monde.

Des scènes du film sont projetées sur l'écran en fond de scène. Suivent des scènes du film "The swimmer", autre film avec Burt Lancaster, ou la fuite en avant d'un homme, de piscine en piscines, pour rentrer chez lui. Puis l'artiste peintre kurde en exil Mahmood Peshawa commence à dessiner des visages, en résonnance avec le texte. 

La toute petite scène de la salle du Chapitre se fait écrin et écho de ce court texte écrit par Maylis de Kerangal en 2013. Sur ce bateau, il y avait plus de 500 migrants. Plus de 350 ont péri. Les services de secours n'ont pas sauvé ceux qu'ils auraient pu sauver apprendra-t-on plus tard.

"Il faut que tout change pour que rien ne change" dit Alan Delon. L'auteur en fait le parallèle avec la situation politique de l'Europe vis-à-vis des mouvements migratoires en Méditerranée, situation qui n'a pas évolué positivement depuis ce naufrage de 2013.

La langue singulière de Maylis de Kerangal est portée avec force, clarté mais sans emphase, par Sophie Cattani, magistrale. Pas de théâtralité mais de la sobriété pour souligner l'impuissance ressentie par cette femme (par nous spectateurs) face à ces drames répétés, une révolte intérieure qui se répète, inlassablement, sans que le monde ne semble changer. Sur la toile, les visages peints par Mahmood Peshawa se multiplient, effrayés, le regard vide, la bouche ouverte tel un dernier cri.

Le collectif ildi ! eldi a inscrit dans son projet général, depuis 2020, le travail avec des migrants artistes, pour leur permettre d'exprimer leur art, via un lieu, une plateforme nommée "Boa". "À ce stade de la nuit" s'inscrit dans cette démarche. Le spectacle présenté au théâtre des Halles dans le Off 2025 est la continuité d'un projet de 2020 initié par le peintre et le comédien Antoine Oppenheim, augmenté de la musique (angoissante) de Pierre Avia.

Le texte ne parle pas de la réponse des politiques à cette situation. Il montre une femme hébétée, impuissante, sidérée, face à un monde qui perd son humanité. Un texte à la mémoire de ces naufragés, pour ne pas oublier.

En bref : la langue de Maylis de Kerangal portée majestueusement par Sophie Cattani, et mise en peinture live par Mahmood Peshawa, pour un spectacle fort qui ne laisse pas indifférent.

À ce stade de la nuit, texte de Maylis de Kerangal, mise en scène Antoine Oppenheim et Sophie Cattani, avec Sophie Cattani et Mahmood Peshawa ; Lumières Cyril Meroni ; Musique Pierre Aviat ; scénographie Cyril Meroni ; vidéo Antoine Oppenheim - Production Collectif ildi ! eldi.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2025
Théâtre des Halles
du 5 au 26 juillet 2025 - 16h15 - Durée 55'
Relâche 9 - 16 - 23

Crédit photo @ Antoine Oppenheim

mercredi 9 juillet 2025

RODA FAVELA

 FIERTE

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En arrivant sur le lieu du spectacle, la première réflexion qui m'est venue a été : "qu'est-ce que c'est que ce joyeux bordel ? ".

Avant même d'être assis, le spectateur est placé au coeur d'une favela de Recife, celle des ces jeunes qui, sur scène et autour de nous, dansent, chantent, s'interpellent depuis une fenêtre, jouent de la musique, boivent, s'engueulent, le tout dans une joyeuse cacophonie. Puis le spectacle se met en place, l'histoire prend forme. L'un annonce son mariage pour le lendemain. Un mariage gay, comme une réponse aux discours homophobes pas si lointains de l'ex-président Bolsonaro. La fête, toujours, et l'occasion de rappeler que le peuple, qui fait et défait les présidents, a chassé du pouvoir celui qui est aujourd'hui frappé d'inéligibilité, un défi lancé à celui dont les décisions pendant la crise du Covid-19, ont causé tant de morts comme le rappellent quelques vidéo projetées en fond de scène.

Pendant une heure et demi, c'est la vie bouillonnante de la favela qui s'exprime devant nous, avec ses bonheurs et ses drames, ses moments de joie et sa violence quotidienne, sa précarité et sa solidarité, le tout au rythme des tambours de la batucada et de la danse. Le décor aux multiples panneaux, se transforme au gré de l'histoire, se fait écrans sur lesquels sont projetées des vidéos tournées dans les ruelles de la favela d'où viennent les 12 artistes. Parfois, la danse remplace les mots, les tambours et un instrument à corde ponctuent les phrases.

Ces artistes complets bouillonnent d'énergie, d'optimisme, malgré les blessures que l'on sent toujours là, à fleur de peur et d'âme.

Laurent Poncelet travaille depuis 20 ans avec le Brésil. Au cours de ces années d'échange et d'immersion au sein des favelas, il a constitué un vivier de jeunes talents. "Roda Favela" est le 5e spectacle fruit de ce travail avec les jeunes et les associations locales.

Le résultat est un beau moment de partage, d'échange, d'ouverture sur une autre culture, de fraternité. Ces jeunes, très talentueux, nous communiquent leur amour de la vie, et, malgré les difficultés, leur fierté d'appartenir à ce peuple des favelas.

En bref : entre dans et théâtre, l'énergie électrique et vivifiante de 12 artiste brésiliens pour u spectacle hors-normes.

Roda Favela, de Laurent Poncelet, mise en scène de l'auteur, assisté de José W. Junion, avec Myria Vitoria Rufino Santos, Deivson Cunha de França, Tayna da Silva Salomé, José Lucas de Souza Carvalho, Marcio Luiz do Nascimento, Clécio Carlos dos Santos, Alyson Victor Oliveira da Silva Enerson, Fernando Ribeiro Alves da Silva, Glaucilerie Riveiro da Fonseca, Rinaldo Tenorio dos Santos, Rita de Kassia Tenorio dos Santos Laiza Vitoria da Silva, José Hilton ; Lumière Jonathan Argemin  ; Images Martin Monti-Lalaubie ; Musique Clécio Carlos dos Santos

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
11 - Espace Mistral
Du 7 au 24juillet 2025 - 21h30 - durée 1h35

Crédit photo @Laurence Fragnol

dimanche 7 juillet 2024

FRANTZ

 DU MIME, DU RIRE, DE L'EMOTION

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Frantz est un jeune homme comme tout le monde. Employé dans une entreprise de fabrication d'équipement électroménager sa vie est réglée comme du papier à musique. Il y a le travail et son dossier fétiche (le 658), les collègues et les coups bus ensemble après la journée de boulot, les amours passés, le chat qui l'attend chez lui. Bref, tout s'enchaîne, jour après jour. Un peu monotone, mais Frantz ne se pose pas de question.

Tout semble donc immuable dans la vie de Frantz, jusqu'à cet appel reçu un lundi soir à 23h13 alors qu'il a éteint la lumière à 23h comme tous les soirs. Un appel qui fait qu'il n'y aura plus jamais un seul mardi semblable aux 208 précédents.

La jeune compagnie BPM ose un pari : celui du mime et du bruitage. Ils sont 5 sur scène. Ils se sont rencontrés à l'Ecole International de Théâtre Jacques Lecoq. Ils sont plein d'énergie et d'inventivité. Grâce aux objets du quotidien, alignés sur une étagère et une table sur tréteau, permettent à trois des membres de l'équipe de développer tout un panel varié de bruitages. Les corps eux-mêmes sont mis à contribution. Sans oublier que le chant fait aussi partie de la formation de ces artistes, lesquels nous offrent de jolies moments chantés.

Avec "Frantz" la compagnie BPM nous propose un spectacle empreint de magie, de poésie, de rire et d'émotion. Il y a du Jacques Tati teinté de Tex Avery dans cette belle histoire de relation père/fils, de deuil et de résilience.


En bref : un spectacle original, drôle et touchant, par une jeune compagnie qui relève avec brio un pari osé. Une initiative à soutenir et à encourager. Un très joli moment.

Frantz, texte et mise en scène Marc Granier, avec Paul Ménage, Chloé Louis, Samy Morri, ClaraLloret,Parra, Marc Granier.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2024
La Scala Provence
du 29 juin au 21 juillet - 10h10 - durée : 1h10
Relâche les lundis

dimanche 9 juillet 2023

LA DERNIERE ALLUMETTE - LA LUMIERE DES MISERABLES

 MAGIE DES MOTS
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La scène s'ouvre sur une scène hivernale. Assise dans la neige, une petite fille semble transformée en statue de glace. Arrive un garçon. C'est Gavroche, descendu de sa barricade. Réalisant que la petite fille est encore vivante il va être touché par la fragilité, la détresse et la force de cette enfant de 8 ans, orpheline, abandonnée dans les rues de la ville où passé 6 ans tu ne fais plus pitié à personne.

Elle lui rappelle cette petite vendeuse d'allumettes d'une histoire qu'on lui racontait lorsqu'il était enfant. Elle reconnait Gavroche, connait son destin car il est inscrit dans le livre qu'elle garde avec elle, son trésor, seul souvenir de sa grand-mère défunte.




Et si, par le pouvoir de la volonté, par la magie d'une page blanche ces deux enfants abandonnés pouvaient échapper au destin tragique que leurs auteurs leur ont réservé ? Devant nous ces deux enfants vont prendre leur destin en main.

Le pari est audacieux de faire se rencontrer ces deux personnages de la littérature, qui ses ressemblent tant. Pari relevé haut la main par la Compagnie Premier Acte. On retrouve dans ce spectacle tout ce qui fait le charme de leur travail.

Cette fois encore la magie de Sarkis Tcheumlekdjian opére, l'esthétisme du décor, des lumières, des costumes. On retrouve la fidèle narratrice qui ici semble veiller sur ces deux orphelins, ces enfants dont "le poète veut qu'ils soient innocents". 

En bref : En s'appuyant sur les personnages de Victor Hugo et d'Anderson, la Compagnie Premier Acte questionne la condition des enfants, ici ou ailleurs, hier, aujourd'hui ou demain. Un spectacle d'une grande qualité en tous points.

La dernière allumette - la lumière des misérables, d'après Victor Hugo et Hans Christian Andersen, mises en scène Tarkis Tcheumlekdjian, avec Deborah Lamy, Alice Perrier, Inès Plancher, lumière Laetitia Bonnet, musique Gilbert Gandil

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023 
Théâtre du Petit Chien
Du 7 au 29 juillet - 10h30 les jours pairs - Durée : 1h05
Relâche le 19

Crédit photo : David Anémian


samedi 8 juillet 2023

APRES COUP

"NOUS TOUTES"
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Elles étaient quatre amies, soudées comme les doigts de la man. Enfin c'est ce qu'elles voulaient croire. Une fois par an elles se retrouvaient dans ce chalet pour quelques jours rien qu'à elles. Cette fois-ci elles ne sont que trois. Belinda n'est plus. C'est pour lui rendre hommage, quelques mois après le décès de leur amie, que Sophie, Magali et Ambre sont là. Chacune a apporté quelque chose en souvenir de Belinda (des chaussures, un vêtement, ses cendres pour les disperser dans ce lieu qu'elle aimait).

Petit à petit on va découvrir l'histoire de Belinda, femme de caractère, morte sous les coups de son compagnon. Pour les trois amies qui restent, depuis 3 mois ce n'est que doute, culpabilité, questionnement. Comment n'ont-elles pas vu ce que leur amie traversait ? Auraient-elles pu éviter ce drame ?

Le texte de Tadrina Hocking et Sandra Colombo aborde avec finesse ce sujet grave qu'est celui des violences faites aux femmes et plus particulièrement les féminicides, toujours trop nombreux dans notre société. Il y a dans ce spectacle beaucoup de tendresse, de l'humour, aucune volonté moralisatrice ni aucun pathos. Seulement poser le sujet au travers du prisme de l'amitié, de la sororité.

Les quatre comédiennes explorent les paradoxes de l'être humain. Ambre (Tadrina Hocking) interpelle par le masque d'insensibilité qu'elle s'impose, par sa fragilité qu'elle cache, par la froideur apparente. Sophie (Aude Roman) est la figure maternelle, celle qui s'était donné pour mission de veiller sur le groupe, celle qui est aussi la seule à être maman, à avoir une vie plus "rangée" avec surtout moins de temps libre. Sophie (Valérie Moinet) est la célibataire qui a réussi sa vie professionnelle, qui ne vit que pour son travail, lequel implique une forte présence sur les réseaux sociaux, au détriment, parfois, de ses relations dans la vraie vie. Pendant ce week-end particulier, elles vont être traversées par des émotions intenses. Il y aura des rires et des pleurs, des moments de complicité et des engueulades. Et il y aura l'ombre, le fantôme de Belinda (Gwenda Guthwasser), ses apparitions, son souvenir bienveillant.

La mise en scène de Christophe Luthringer est dynamique, juste, équilibrée, comme le jeu des quatre comédiennes.

En bref : un spectacle fort qui aborde avec finesse la question des féminicides et de l'impact sur l'entourage.

Après coup, de de Tadrina Hocking et Sandra Colombo, mise en scène Christophe Luthringer, avec Tadrina Hocking, Audre Roman, Valérie Moinet, Gwenda Guthwasser

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 202 - Théâtre des Carmes
du 7 au 26 juillet - 19h25 - durée 1h05
Relâche 13 et 20

Crédit photo : Lynda Mihoub

dimanche 25 juin 2023

Le degré au-dessus de zéro

"A PARTIR DE QUAND TU DIS STOP" ?

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J'avais beaucoup aimé le précédent spectacle de Fanny Cabon, "Gardiennes". Alors quand j'ai reçu un mail m'invitant à découvrir sa nouvelle création je n'ai pas hésité une seconde à me rendre au Studio Hébertot où il était présenté en avant-première dans le cadre du Festival Phénix dédié aux créations contemporaines.

Fanny Cabon continue sa démarche féministe en abordant cette fois-ci la question des violences faites aux femmes et aux enfants (vous savez, la grande cause du quinquennat !). Le spectacle commence avec pour fond musical "I'm every woman" de Chaka Kahn. Fanny va effectivement être sur scène ces survivantes dont elle a recueilli les témoignages pour construire ce spectacle. Un accessoire, un mouvement, une modulation de la voix et Fanny se transforme pour aborder un nouveau témoignage.

Sur une scène dépouillée où ne se trouvent qu'un pupitre équipé d'un écran rectangulaire et une chaise, ce sont ces femmes qui vont apparaître, nous raconter leur histoire, ses conséquences sur leur vie, sur leur physique, sur leur psychologie, sur leur couple, sur leur sexualité, sur leurs enfants.

La parole est forte, mais ne tombe jamais dans le pathos. Tous les cas de figure sont là ; tous les âges tous les milieux sociaux, toutes les époques, tous les lieux. Car ce que dénonce Fanny Cabon c'est un système, le patriarcat, qui imprègne la société dans tous ses aspects, de la vie de couple au travail, de la famille à la rue, du cercle amical à l'école.

Il est important ce pupitre et cet écran. Tout au long du spectacle Fanny Cabon y illustrera des statistiques, connues ou pas du public, toutes aussi hallucinantes, reflet de la réalité d'une société. 

Quelques mots reviennent dans ces histoire : "sidérée", "honte". Un point commun : le besoin de reconnaissance de la parole de la victime. Et quelques questions également. "Pourquoi", "Pourquoi les femmes trouvent-elles normal de supporter des comportements qu'aucun homme ne supporterait" ? 

Car ne l'oublions pas : 100% des femmes ont un jour été victime d'une agression sexiste. Eduquons nos filles et surtout nos fils. Et pourquoi pas en commençant par les emmener voir ce spectacle nécessaire et indispensable.

En bref : Un texte fort. Le nouveau spectacle de Fanny Cabon porte une parole nécessaire. Parce qu'il faut casser cette mécanique systémique pour un jour en finir avec ces violences faites aux femmes et aux enfants.

Le degré au-dessus de zéro : de et avec Fanny Cabon, mises en scène Xavier Simonin, constumes : Aux moyens du bord, lumières Ludovic Heime.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
Théâtre des 3 Soleils - Chapelle Sainte Marthe - Rue Saint Bernard
Du 7 au 29 juillet 2023 - 17h35 - Durée 1h15
Relâche les mardis

mardi 19 juillet 2022

HERMANN

 EMOUVANTE REVERIE

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Léa est neurologue dans un hôpital du nord de la France. Un soir, en quittant son travail, elle passe devant le bureau d'un collègue et entend une voix et une phrase qui vont la projeter 13 ans en arrière. Flashback : nous voici dans le sud de la France. Léa est une jeune interne en gériatrie. Un jour un jeune homme est amené. Il souffre de trouble de la mémoire, ne sait plus d'où il vient, qui il est. IL sait quelques mots de russe et ne se rappelle qu'un seul nom : Olia, un amour perdu. Léa ne peut se détacher de ce patient. Il y a une Olia proche, l'épouse de Daniel Steiberg, un cardiologue de l'hôpital. Olia vient rencontrer Hermann mais nie le connaître.

La suite du récit est comme un voyage, une rêverie mélancolique. Une quête pour retrouver l'amour absolu. Dans un décor sombre, fait de cloisons sur trois côtés et d'un voile de projection en avant-scène, quatre personnages évoluent autour du sentiment amoureux : Léa, Daniel, Olia et Hermann. De récit en confidence, le spectateur est happé par ce voyage au creux des sentiments, un voyage dans le temps, un voyage dans l'espace, témoin de la force du désir qui se joue de la réalité. L'amour est-il plus fort que tout, plus fort que l'oubli, plus fort que le temps, plus fort que l'espace, plus fort que la maladie ?

La mise en scène de François Rancillac est très esthétique, subtile. Elle crée une atmosphère troublante. Le quatuor de comédiens est remarquable : Claudine Charreyre (Léa), Daniel Kenigsberg (Daniel) Lenka Lutakova (Olia) et le troublant Clément Proust (Hermann). La justesse de leur jeu nous transporte dans cette émouvante rêverie.

En bref : l'histoire d'un amour absolu, une quête qui nous transporte dans le temps et dans l'espace, une rêverie romantique, un très beau moment de théâtre.

Hermann, de Gilles Granouillet, mise en scène François Rancillac, avec Claudine Charreyre, Daniel Kenigsberg, Lenka Luptakova, Clément Proust, scénographie Raymond Sarti, Lumière Guillaume Tesson, création son Sébastien Quencez

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2022
La Manufacture (Patinoire)
du 7 au 26 juillet 2022 - 19h30 - 2h (trajet compris)
Relâche 13-20
crédit photo @Christophe De Lage

lundi 18 juillet 2022

POURQUOI JESSICA A-T-ELLE QUITTE BRANDON ?

 INGENIEUX, ORIGINAL, INSTRUCTIF

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Voilà un titre qui intrigue, qui sonne comme un mauvais soap opéra. Si ce spectacle n'était pas présenté à La Manufacture il est probable que je passerai mon chemin. Et ce serait une erreur. Autre question posée dès les premières minutes à propos d'une image projetée sur l'écran en fond de scène : "voyez-vous une enfant ou un chien ? Et qu'est-ce qui différencie une enfant d'un chien ?". Question incongrue ? A la fin du spectacle vous y repenserez et rétrospectivement regarder l'image sous un autre angle.

La scène est remplie de technologie : ordinateurs, écrans, jeu vidéo, synthé. Pierre et Manu nous accueillent et l'humour belge en tarde pas à pointer son nez : Pierre joue à Duck Hunt alors que le public s'installe. Après nous avoir présenté le contexte, ce café dans lequel la rupture entre Jessica et Brandon est intervenue, ils nous lancent dans leur enquête : qu'est-ce que Brandon a bien pu raconter à Jessica pour qu'elle se décide à le quitter soudainement ?

Ne comptez pas sur moi pour vous donner la réponse. L'histoire que nous racontent Pierre et Manu est si bien ficelée que livrer trop d'informations serait faire injure à leur travail. On se contentera de dire, comme c'est annoncé dans le pitch, que Brandon est un lanceur d'alerte. Pour nous amener à comprendre pourquoi Jessica l'enquête se décline en plusieurs chapitres ("Les jeux vidéo", "Mythologie et rumeurs du monde", "l'effet cercueil et la guerre propre"., "La vraie intimité de Brandon") qui permettent non seulement de donner corps au personnage de Brandon, mais aussi à replacer son histoire dans un contexte global.

Le spectacle se base sur une histoire vraie et réussit non seulement à nous divertir par sa mise en scène pleine d'humour et de réflexion bien plus intelligentes qu'il n'y paraît, mais aussi à nous apporter des informations très enrichissantes. Tout est finement pensé, réfléchit. Les deux auteurs / interprètes savent parfaitement où ils veulent nous mener et réussissent avec brio à nous surprendre.

En bref : un spectacle intelligent avec un titre en total décalage par rapport au sujet grave qu'il traite. Une enquête théâtrale qui diverti tout en questionnant. Du très beau travail. 

Pourquoi Jessica a-t-elle quitté Brandon ? de et avec Pierre Solot et Emmanuel De Candido, co-mise en scène Olivier Lenel, lumières Clément Papin, scénographie Marie-Christine Meunier, dramaturgie sonore Milena Kipfmüller.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2022
La Manufacture
Du 7 au 26 juillet 2022  - 17h35 - Durée 1h27
Relâche 13 - 20

Crédit photo @Lionel Devuyst

OUBLIE-MOI

 AMOUR, TOUJOURS !

Comme il est beau ce couple qui se rencontre dans cette boîte de nuit. Evidemment au départ ce n'est pas gagné tant ils semblent si différents. Mais ils ont le même grain de folie qui va les souder, leur faire vivre une histoire d'amour hors norme, unique, magique. Une histoire qui ne s'oublie pas. Et pourtant...

Marie-Julie Baup et Thierry Lopez ont adapté le roman de Matthew Seager "In other words". Un projet mené de bout en bout puisqu'ils sont aussi les metteurs en scène et acteurs de ce huis clos. Dans un décor ultra contemporain, le couple évolue dans un univers qui leur est propre, vivant en parfaite symbiose une histoire d'amour, une histoire d'oubli, une histoire de maladie qui arrive trop tôt, qui bouffe petit à petit leur bonheur. L'histoire d'une maladie qui s'invite, qui tente de modifier les caractères, qui les met à l'épreuve, qui commence par une broutille et s'installe irrésistiblement. En dire plus serait divulgacher.

La mise en scène, qui manque parfois de dynamisme, alterne scènes de dialogue et adresse au public. On partage les émotions d'Arthur et Jeanne dans leurs échanges mais aussi dans le ressenti qu'ils nous expriment au travers d'un micro en avant-scène, à cour ou à jardin. Le tout sans jamais tomber dans le mélodrame.

La mise en lumière de Moïse Hill nous dessine la vie en rose, en rouge, en bleu en venant peindre l'intégralité d'un décor monochrome. Étrange impression, entre rêve et réalité. L'essentiel de l'action se passe dans l'appartement du couple. Ils forcent l'admiration, notamment Jeanne, par leur force de caractère, leur résilience, la patience et l'abnégation de Jeanne et leur amour absolu, solaire, qui rayonne et nous éclaire.

En bref : Elle est triste cette histoire d'amour. Elle est pleine de folie, de tendresse, de courage et de résilience.  Mais elle est si belle est si magnifiquement interprétée par Marie-Julie Baup et Thierry Lopez.

Oublie-moi, de Matthew Seager, adapté, mis en scène et interprété par Marie-Julie Baup et Thierry Lopez, costumes Michel Dussarrat, scénographie Bastien Forestier, Lumières Moïse Hill, création sonore Clément Leotard, assistante à la mise en scène Pauline Tricot

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival Off 2022
Théâtre Actuel
Du 7 au 30 juillet 2022 - 11h55 - durée 1h15
Relâche 11 - 18 - 25

Crédit photo : Frédérique Toulet

dimanche 17 juillet 2022

ANGELA DAVIS, UNE HISTOIRE DES ETATS-UNIS

UNE VIE DE COMBATS

****

L'histoire d'Angela Davis c'est l'histoire des combats d'une vie dans des Etats-Unis en perpétuelle évolution ou révolution, y compris ses retours en arrière. Militante communiste, féministes, ex-membre des Blacks Panthers, recherchée pendant des années par le FBI, activiste, intellectuelle, elle reste la personnalité préférée des Américains. Pourtant longtemps ses combats ont été loin de faire consensus autour d'elle.

Très tôt elle prit conscience de sa condition de femme noire dans un pays où, dit-elle, "le racisme est structurel", inscrit "dans l'ADN de nos sociétés". De sa vie elle a fait une arme pour défendre les droits  et faire entendre les voix des minorités, luttant contre toutes les formes de discriminations, "point d'intersection politique et combattante des luttes pour tous les opprimés". De ses seize mois d'emprisonnement pour un crime qu'elle n'a pas commis et qui lui fit frôler la peine de mort, elle gardera un engagement anti-incarcération.

Le spectacle, présenté comme une conférence, est tout aussi fort que la vie d'Angela Davis. Le texte, commande faite à Faustine Noguès, est dense, intense. Il fait totalement écho aux images qui sont projetées sur le fond de scène. Des images symboliques comme les poings levés des athlètes noirs nord-américains aux J.O. de 1968.

La mise en scène de Paul Desveaux s'appuie sur le texte, la vidéo mais aussi une composition musicale de Blade AliMBaye, portée par la voix grave de rappeuse d'Astrid Bayiha. La comédienne impressionne par sa présence scénique, par la force qui se dégage de sa composition, de son regard ferme, froid et chaud à la fois. Elle nous parle de la vie d'Angela Davis, de son parcours d'intellectuelle, d'activiste, et de son engagement politique. Entre poésie et musicalité on est fasciné tant par le personnage d'Angela Davis, qui marquera de nombreuses générations, que par la prestation d'Astrid Bayiha.

En bref : un spectacle dense qui rend hommage à une combattante hors normes des droits des minorités. Astrid Bayiha, entre récit politique, poésie et musicalité, incarne avec force et conviction une Angela Davis exemplaire.

Angela Davis, une histoire des Etats-Unis, de Faustine Noguès, sur une idée de Véronique Felenbok et Paul Desveaux, mise en scène Paul Desveaux, avec Astrid Bayiha, musique, direction musicale et coaching chansons Blade AliMBaye, lumière Laurent Schneegans, images Jérémie Levy.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2022
Théâtre des Halles
Du 7 au 30 juillet 2022 - 14h00 - Durée : 1H
Relâche 13 - 20 - 27
Tournée : 
Princeton - USA - 20 & 21/09/2022
Massachusetts International Festival of Arts - USA - du 30/09 au 04/10/2022

Crédit photo @Jeremie Levy

LA VIE EST UNE FÊTE

UNE COMEDIE MILITANTE

"La vie est une fête, habille-toi pour ça" disait Audrey Hepburn. Pour Romain la vie est belle. Nous sommes en 2019 et à 40 ans il a enfin trouvé sa place dans la vie. L'occasion de retracer son parcours, depuis sa naissance en 1973 dans une famille tranquille, banale, en province, une famille un peu vieille France. Mais sa mère voulait une fille. Elle ne parvient pas à créer un lien avec son bébé et sombre petit à petit dans une dépression qui ne la quittera jamais. Romain ne se laisse pas abattre. Il sait qu'un jour sa mère saura l'accueillir. Et puis il y a son père, attentionné, aimant, qui à chaque anniversaire lui offre un appareil lié à la musique. Et il y a les amis, les amours, Bowie. La découverte de la musique et de la personnalité de ce dernier est aussi pour Romain le début d'un questionnement sur sa sexualité. Et puis il y a la rencontre avec celui qui sera l'amour de sa vie.

Mais Romain veut être libre. Les combats qu'il voit autour de lui ne sont pas les siens. Jusqu'au jour où la discrimination sera plus forte et plus injuste et où il se lancera lui aussi dans le combat. Des années 1970 à aujourd'hui, Romain va nous faire traverser les décennies de lutte de la communauté homosexuelle pour ses droits. La vie de Romain c'est aussi le questionnement de l'engagement lorsque l'on appartient à une minorité.  Ces années qui défilent avec le rappel des évènements phares sont aussi celle où se sont joués des combats forts pour la cause homosexuelle, de batailles décisives, avec de grandes victoires. Mais Lilian Lloyd nous rappelle aussi que ces victoires restent fragiles.


D'un sujet grave l'auteur fait une comédie où l'on rit souvent, où l'on est émus parfois, où l'on pleure aussi. Avec la mise en scène rythmée de Virginie Lemoine, la pièce est menée tambour battant et dans la joie. Oui, c'est bien la légèreté qui l'emporte, mais sans occulter le questionnement pour chacun. La sensibilité de Lilian Lloyd et de Virginie Lemoine ne pouvait que donner un beau résultat. D'autant plus qu'ils se sont appuyés sur 5 comédiens et comédiennes aguerris à ce type d'exercice. Je n'ai pas compté le nombre de personnages qui se succèdent dans la vie Romain, mais je retiens notamment Valérie Zaccomer en inénarrable mère dépressive ; Ariane Brousse tout aussi engagée en tant que femen que comme fervente opposée au mariage pour tous ; Benjamin Tholozan en ami de toujours marié à une extrémiste tyrannique, Alexis Victor aussi touchant en père sensible qu'en amant engagé.

Et puis il y a l'immense sourire de Julien Alluguette, ses yeux pétillants de joie, son jeu naturel, l'amplitude des émotions qu'il nous transmet. Il compose un Romain extrêmement attachant, fils, gendre, amant, frère, ami idéal, à qui l'on pardonne tout tant il rayonne de joie de vivre.

En bref : sur un sujet grave "La vie est une fête" est un très joli moment de théâtre, tout en émotion et sensibilité, porté par cinq comédiens dynamique et juste, et démontre, s'il le fallait, qu'une comédie peut aussi être du théâtre engagé.

La vie est une fête, de Lilian Lloyd, mise en scène Virginie Lemoine, avec Julien Alluguette, Ariane Brousse, Benjamin Tholozon, Alexis Victore et Valérie Zaccomer.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2022
Théâtre Actuel 
Du 7 au 30 juillet 2022 - 13h40 - durée 1h15
Relâche 12 - 19 et 26

Crédit photo @Frédérique Toulet

LES MEMOIRES DE PAUL PALANDIN

 DANS LES MEANDRES DE LA MEMOIRE


Paul est un type plutôt banal. Il mène une vie tranquille entre sa petite amie et ses amis Auguste et Suzanne. Mais Paul voit un psy. En fait Paul a perdu la mémoire. Malgré les séances chez le psy, malgré les visites de ses amis, les souvenirs reviennent, partiellement, puis disparaissent. Pourquoi Paul a-t-il perdu la mémoire ? Pourquoi son esprit ne veut-il pas s'accrocher à ce qui lui revient ?

Le récit commence par nous perdre, comme est perturbé la notion du temps dans l'esprit de Paul Palandin. Les courtes scènes sont des flashbacks sans succession chronologique. Petit à petit les pièces du puzzle vont se mettre en place, notamment grâce à une pianiste aveugle que seul Paul peut voir, aiguillon et ressort comique de la pièce. Paul cherche-t-il à retrouver sa vie et son passé pour trouver le bonheur ou bien cherche-t-il son bonheur perdu et son cerveau refuse de rejoindre le présent par crainte de perdre ce sentiment de bonheur ?

La mise en scène de Christophe Canard et Constance Carrelet est bien rythmée. Elle s'inscrit dans un décor minimaliste où les changements se font à vu. L'écriture de Grégory Corre est déroutante au départ mais redoutablement efficace. L'histoire de Paul nous est distillée progressivement, avec un bon dosage d'humour et d'émotion. L'auteur nous tient en haleine de bout en bout, et nous promène dans des émotions variées.

La direction d'acteur participe à la justesse de la proposition. Tous sont dans le ton, qu'il s'agisse de Laetitia Vercken, lumineuse Rose, Sandra Colombo et Yannick Mazzilli, épatants Suzanne et Auguste, le couple d'amis proches, ou encore Emmanuelle Bougerol, impayable pianiste aveugle. Tous entourent Johann Dionnet qui interprète avec beaucoup de délicatesse et une large palette d'émotions.  

En bref : une belle comédie romantique qui nous pose également la question de notre appréhension du bonheur et de son opposé le malheur, portée par une belle distribution.

Les mémoires de Paul Palandin, de Grégory Corre, mise en scène Christophe Canarde etConstance Carrelet, avec Johann, Dionnet, Laetitia Vercken, Yannik Mazzilli, Sandra Colombo et Emmanuelle Bougerol.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2022
Théâtre des Béliers
Du 7 au 30 juillet 2022 - 16h00 - Durée 1h20
Relâche 12-19 et 26

vendredi 15 juillet 2022

LES RAISINS DE LA COLERE

MIGRANTS DE L'INTERIEUR



Qui n'a pas en mémoire le film de John Ford ou le livre étudié au collège ? Le film de 1940 était la seule adaptation, faite du vivant de l'auteur. Depuis le décès de John Steinbeck, jamais ses héritiers n'avaient accordé les droits d'adaptation sous quelque forme que ce soit. Il aura fallu des années de négociations à Xavier Simonin pour obtenir ces droits. Ses plus de vingt ans de carrière et son savoir faire auront permis la concrétisation de ce projet, et on ne peut que s'en féliciter. Après "L'or", d'après Blaise Pascal, que j'avais beaucoup apprécié dans le Off 2011, c'est donc un nouveau spectacle musical que nous propose celui qui a adapté, mis en scène et qui interprète ce seul en scène... ou presque.

Car ils sont 4 sur scène en fait : 1 comédien et 3 musiciens chanteurs. La scénographie reconstitue un environnement rural, avec des caisses en bois, de la paille. Seuls des micros vintage paraissent légèrement incongrus. Une musique country et une lumière chaude finissent de poser le décor et l'ambiance.

Xavier Simonin est le narrateur. Sa voix grave captive immédiatement. L'émotion du livre est présente tout du long du spectacle. Au travers cette fresque familiale et le parcours de la famille Joad, on suit le destin tragique des Oakies, ces familles qui abandonnent leurs terres de l'Oklahoma pour trouver une vie qu'ils espèrent meilleure en Californie. Métayers chassés par la misère et les tempêtes de sable qui dessèchent les sols et les récoltes, victimes de la crise de 1929, ils sont la douloureuse expression de la violence économique et sociale qui frappa les États-Unis avec la Grande Dépression qui succéda l'effondrement de la bourse. 

Xavier Simonin s'est associé au musicien Jean-Jacques Milteau pour ce spectacle où la musique est un personnage à part entière. Les chants en anglais sont soit la musique de Woody Guthrie, rendue populaire par Bob Dylan et Bruce Springsteen, soit des créations de Claire Nivard (guitare et chant) et Glen Arzel (multi-instruments et chant) qui sont inspirés des extraits du livre non repris dans la narration. L'imaginaire est dès lors porté non seulement par le récit mais également par la musique et le chant. Le trio de musicien est complété par Stephen Harrison à la contrebasse, au violon et au chant). 

De cette adaptation Xavier Simonin veut faire un lien avec le temps présent : les difficultés de l'agriculture, les périodes de sécheresse qui reviennent de plus en plus souvent, les migrations, la pauvreté et les inégalités qui croissent partout dans le monde. A travers la voix des Joad c'est celle de nombreux migrants, intérieurs ou autres, qui s'exprime.

En bref : une adaptation réussie en tous points. Une émotions authentique portée par un jeu, une musique et des chants qui portent haut le chef-d'œuvre de John Steinbeck.

Les raisins de la colère, d'après John Steinbeck, adaptation et mise en scène Xavier Simonin, direction musicale Jean-Jacques Milteau, avec Xavier Simonin, Claire Nivard, Stephen Harrison, Emmanuel Bertrand en alternance avec Glen Arzel

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2022
Le Petit Louvre
Du 7 au 30 juillet 2022 - 13h45 - durée 1h45