Louis Jouvet disait "Au théâtre il n'y a rien à comprendre, mais tout à sentir". Au théâtre le côté Cour c'est celui du coeur. De là est né ce blog de critiques théâtrales, qui a pour objectif de vous faire partager ma passion pour le théâtre, mes coups de cœur, mes impressions, mes envies, mes émotions, et vous donner envie d'aller au Théâtre à Paris, à Avignon ou ailleurs.
samedi 4 juillet 2026
MAINTENANT JE N’ECRIS PLUS QU’EN FRANCAIS
CUT, DES HISTOIRES , DES VIES
DROLE, DERANGEANT ET QUESTIONNANT
PATIENTE 66
CACHER CE QUI FAIT TACHE
vendredi 3 juillet 2026
GIRLS AND BOYS
vendredi 11 juillet 2025
A CE STADE DE LA NUIT
EN MEMOIRE DE
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Il est minuit. À ce stade de la nuit, comme chaque soir, elle boit son café, sa journée terminée. Un moment de calme et de sérénité. Mais la radio annonce un (nouveau) naufrage d'un bateau de migrants au large de Lampedusa. Une tasse vole vers le sol, rejoindre d'autres débris.
Lampedusa,
"Le Guépard" de Visconti, adapté du roman de Giuseppe Tomasi du Lampedusa.
A ce nom, la femme fait l'association avec le film, les yeux de Burt Lancaster, l'opposition avec Alain Delon. La fin d'un monde qui doit laisser place à un nouveau monde.
Des scènes du film sont projetées sur l'écran en fond de scène. Suivent des scènes du film "The swimmer", autre film avec Burt Lancaster, ou la fuite en avant d'un homme, de piscine en piscines, pour rentrer chez lui. Puis l'artiste peintre kurde en exil Mahmood Peshawa commence à dessiner des visages, en résonnance avec le texte.
La toute petite scène de la salle du Chapitre se fait écrin et écho de ce court texte écrit par Maylis de Kerangal en 2013. Sur ce bateau, il y avait plus de 500 migrants. Plus de 350 ont péri. Les services de secours n'ont pas sauvé ceux qu'ils auraient pu sauver apprendra-t-on plus tard.
La langue singulière de Maylis de Kerangal est portée avec force, clarté mais sans emphase, par Sophie Cattani, magistrale. Pas de théâtralité mais de la sobriété pour souligner l'impuissance ressentie par cette femme (par nous spectateurs) face à ces drames répétés, une révolte intérieure qui se répète, inlassablement, sans que le monde ne semble changer. Sur la toile, les visages peints par Mahmood Peshawa se multiplient, effrayés, le regard vide, la bouche ouverte tel un dernier cri.
Le collectif ildi ! eldi a inscrit dans son projet général, depuis 2020, le travail avec des migrants artistes, pour leur permettre d'exprimer leur art, via un lieu, une plateforme nommée "Boa". "À ce stade de la nuit" s'inscrit dans cette démarche. Le spectacle présenté au théâtre des Halles dans le Off 2025 est la continuité d'un projet de 2020 initié par le peintre et le comédien Antoine Oppenheim, augmenté de la musique (angoissante) de Pierre Avia.
Le texte ne parle pas de la réponse des politiques à cette situation. Il montre une femme hébétée, impuissante, sidérée, face à un monde qui perd son humanité. Un texte à la mémoire de ces naufragés, pour ne pas oublier.
En bref : la langue de Maylis de Kerangal portée majestueusement par Sophie Cattani, et mise en peinture live par Mahmood Peshawa, pour un spectacle fort qui ne laisse pas indifférent.
À ce stade de la nuit, texte de Maylis de Kerangal, mise en scène Antoine Oppenheim et Sophie Cattani, avec Sophie Cattani et Mahmood Peshawa ; Lumières Cyril Meroni ; Musique Pierre Aviat ; scénographie Cyril Meroni ; vidéo Antoine Oppenheim - Production Collectif ildi ! eldi.
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Crédit photo @ Antoine Oppenheim
mercredi 9 juillet 2025
RODA FAVELA
FIERTE
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Pendant une heure et demi, c'est la vie bouillonnante de la favela qui s'exprime devant nous, avec ses bonheurs et ses drames, ses moments de joie et sa violence quotidienne, sa précarité et sa solidarité, le tout au rythme des tambours de la batucada et de la danse. Le décor aux multiples panneaux, se transforme au gré de l'histoire, se fait écrans sur lesquels sont projetées des vidéos tournées dans les ruelles de la favela d'où viennent les 12 artistes. Parfois, la danse remplace les mots, les tambours et un instrument à corde ponctuent les phrases.dimanche 7 juillet 2024
FRANTZ
DU MIME, DU RIRE, DE L'EMOTION
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Frantz est un jeune homme comme tout le monde. Employé dans une entreprise de fabrication d'équipement électroménager sa vie est réglée comme du papier à musique. Il y a le travail et son dossier fétiche (le 658), les collègues et les coups bus ensemble après la journée de boulot, les amours passés, le chat qui l'attend chez lui. Bref, tout s'enchaîne, jour après jour. Un peu monotone, mais Frantz ne se pose pas de question.
Tout semble donc immuable dans la vie de Frantz, jusqu'à cet appel reçu un lundi soir à 23h13 alors qu'il a éteint la lumière à 23h comme tous les soirs. Un appel qui fait qu'il n'y aura plus jamais un seul mardi semblable aux 208 précédents.
La jeune compagnie BPM ose un pari : celui du mime et du bruitage. Ils sont 5 sur scène. Ils se sont rencontrés à l'Ecole International de Théâtre Jacques Lecoq. Ils sont plein d'énergie et d'inventivité. Grâce aux objets du quotidien, alignés sur une étagère et une table sur tréteau, permettent à trois des membres de l'équipe de développer tout un panel varié de bruitages. Les corps eux-mêmes sont mis à contribution. Sans oublier que le chant fait aussi partie de la formation de ces artistes, lesquels nous offrent de jolies moments chantés.
Avec "Frantz" la compagnie BPM nous propose un spectacle empreint de magie, de poésie, de rire et d'émotion. Il y a du Jacques Tati teinté de Tex Avery dans cette belle histoire de relation père/fils, de deuil et de résilience.
En bref : un spectacle original, drôle et touchant, par une jeune compagnie qui relève avec brio un pari osé. Une initiative à soutenir et à encourager. Un très joli moment.
Frantz, texte et mise en scène Marc Granier, avec Paul Ménage, Chloé Louis, Samy Morri, ClaraLloret,Parra, Marc Granier.
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
dimanche 9 juillet 2023
LA DERNIERE ALLUMETTE - LA LUMIERE DES MISERABLES
MAGIE DES MOTS****
La scène s'ouvre sur une scène hivernale. Assise dans la neige, une petite fille semble transformée en statue de glace. Arrive un garçon. C'est Gavroche, descendu de sa barricade. Réalisant que la petite fille est encore vivante il va être touché par la fragilité, la détresse et la force de cette enfant de 8 ans, orpheline, abandonnée dans les rues de la ville où passé 6 ans tu ne fais plus pitié à personne.
Elle lui rappelle cette petite vendeuse d'allumettes d'une histoire qu'on lui racontait lorsqu'il était enfant. Elle reconnait Gavroche, connait son destin car il est inscrit dans le livre qu'elle garde avec elle, son trésor, seul souvenir de sa grand-mère défunte.
Le pari est audacieux de faire se rencontrer ces deux personnages de la littérature, qui ses ressemblent tant. Pari relevé haut la main par la Compagnie Premier Acte. On retrouve dans ce spectacle tout ce qui fait le charme de leur travail.
Cette fois encore la magie de Sarkis Tcheumlekdjian opére, l'esthétisme du décor, des lumières, des costumes. On retrouve la fidèle narratrice qui ici semble veiller sur ces deux orphelins, ces enfants dont "le poète veut qu'ils soient innocents".
En bref : En s'appuyant sur les personnages de Victor Hugo et d'Anderson, la Compagnie Premier Acte questionne la condition des enfants, ici ou ailleurs, hier, aujourd'hui ou demain. Un spectacle d'une grande qualité en tous points.
La dernière allumette - la lumière des misérables, d'après Victor Hugo et Hans Christian Andersen, mises en scène Tarkis Tcheumlekdjian, avec Deborah Lamy, Alice Perrier, Inès Plancher, lumière Laetitia Bonnet, musique Gilbert Gandil
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Crédit photo : David Anémian
samedi 8 juillet 2023
APRES COUP
"NOUS TOUTES"****
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
dimanche 25 juin 2023
Le degré au-dessus de zéro
"A PARTIR DE QUAND TU DIS STOP" ?
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C'EST OU ? C'EST QUAND ?
mardi 19 juillet 2022
HERMANN
EMOUVANTE REVERIE
Léa est neurologue dans un hôpital du nord de la France. Un soir, en quittant son travail, elle passe devant le bureau d'un collègue et entend une voix et une phrase qui vont la projeter 13 ans en arrière. Flashback : nous voici dans le sud de la France. Léa est une jeune interne en gériatrie. Un jour un jeune homme est amené. Il souffre de trouble de la mémoire, ne sait plus d'où il vient, qui il est. IL sait quelques mots de russe et ne se rappelle qu'un seul nom : Olia, un amour perdu. Léa ne peut se détacher de ce patient. Il y a une Olia proche, l'épouse de Daniel Steiberg, un cardiologue de l'hôpital. Olia vient rencontrer Hermann mais nie le connaître.
La suite du récit est comme un voyage, une rêverie mélancolique. Une quête pour retrouver l'amour absolu. Dans un décor sombre, fait de cloisons sur trois côtés et d'un voile de projection en avant-scène, quatre personnages évoluent autour du sentiment amoureux : Léa, Daniel, Olia et Hermann. De récit en confidence, le spectateur est happé par ce voyage au creux des sentiments, un voyage dans le temps, un voyage dans l'espace, témoin de la force du désir qui se joue de la réalité. L'amour est-il plus fort que tout, plus fort que l'oubli, plus fort que le temps, plus fort que l'espace, plus fort que la maladie ?La mise en scène de François Rancillac est très esthétique, subtile. Elle crée une atmosphère troublante. Le quatuor de comédiens est remarquable : Claudine Charreyre (Léa), Daniel Kenigsberg (Daniel) Lenka Lutakova (Olia) et le troublant Clément Proust (Hermann). La justesse de leur jeu nous transporte dans cette émouvante rêverie.
En bref : l'histoire d'un amour absolu, une quête qui nous transporte dans le temps et dans l'espace, une rêverie romantique, un très beau moment de théâtre.
Hermann, de Gilles Granouillet, mise en scène François Rancillac, avec Claudine Charreyre, Daniel Kenigsberg, Lenka Luptakova, Clément Proust, scénographie Raymond Sarti, Lumière Guillaume Tesson, création son Sébastien Quencez
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
lundi 18 juillet 2022
POURQUOI JESSICA A-T-ELLE QUITTE BRANDON ?
INGENIEUX, ORIGINAL, INSTRUCTIF
Voilà un titre qui intrigue, qui sonne comme un mauvais soap opéra. Si ce spectacle n'était pas présenté à La Manufacture il est probable que je passerai mon chemin. Et ce serait une erreur. Autre question posée dès les premières minutes à propos d'une image projetée sur l'écran en fond de scène : "voyez-vous une enfant ou un chien ? Et qu'est-ce qui différencie une enfant d'un chien ?". Question incongrue ? A la fin du spectacle vous y repenserez et rétrospectivement regarder l'image sous un autre angle.
La scène est remplie de technologie : ordinateurs, écrans, jeu vidéo, synthé. Pierre et Manu nous accueillent et l'humour belge en tarde pas à pointer son nez : Pierre joue à Duck Hunt alors que le public s'installe. Après nous avoir présenté le contexte, ce café dans lequel la rupture entre Jessica et Brandon est intervenue, ils nous lancent dans leur enquête : qu'est-ce que Brandon a bien pu raconter à Jessica pour qu'elle se décide à le quitter soudainement ?
Ne comptez pas sur moi pour vous donner la réponse. L'histoire que nous racontent Pierre et Manu est si bien ficelée que livrer trop d'informations serait faire injure à leur travail. On se contentera de dire, comme c'est annoncé dans le pitch, que Brandon est un lanceur d'alerte. Pour nous amener à comprendre pourquoi Jessica l'enquête se décline en plusieurs chapitres ("Les jeux vidéo", "Mythologie et rumeurs du monde", "l'effet cercueil et la guerre propre"., "La vraie intimité de Brandon") qui permettent non seulement de donner corps au personnage de Brandon, mais aussi à replacer son histoire dans un contexte global.
Le spectacle se base sur une histoire vraie et réussit non seulement à nous divertir par sa mise en scène pleine d'humour et de réflexion bien plus intelligentes qu'il n'y paraît, mais aussi à nous apporter des informations très enrichissantes. Tout est finement pensé, réfléchit. Les deux auteurs / interprètes savent parfaitement où ils veulent nous mener et réussissent avec brio à nous surprendre.
En bref : un spectacle intelligent avec un titre en total décalage par rapport au sujet grave qu'il traite. Une enquête théâtrale qui diverti tout en questionnant. Du très beau travail.
Pourquoi Jessica a-t-elle quitté Brandon ? de et avec Pierre Solot et Emmanuel De Candido, co-mise en scène Olivier Lenel, lumières Clément Papin, scénographie Marie-Christine Meunier, dramaturgie sonore Milena Kipfmüller.
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Crédit photo @Lionel Devuyst
OUBLIE-MOI
AMOUR, TOUJOURS !
Comme il est beau ce couple qui se rencontre dans cette boîte de nuit. Evidemment au départ ce n'est pas gagné tant ils semblent si différents. Mais ils ont le même grain de folie qui va les souder, leur faire vivre une histoire d'amour hors norme, unique, magique. Une histoire qui ne s'oublie pas. Et pourtant...
Marie-Julie Baup et Thierry Lopez ont adapté le roman de Matthew Seager "In other words". Un projet mené de bout en bout puisqu'ils sont aussi les metteurs en scène et acteurs de ce huis clos. Dans un décor ultra contemporain, le couple évolue dans un univers qui leur est propre, vivant en parfaite symbiose une histoire d'amour, une histoire d'oubli, une histoire de maladie qui arrive trop tôt, qui bouffe petit à petit leur bonheur. L'histoire d'une maladie qui s'invite, qui tente de modifier les caractères, qui les met à l'épreuve, qui commence par une broutille et s'installe irrésistiblement. En dire plus serait divulgacher.
La mise en scène, qui manque parfois de dynamisme, alterne scènes de dialogue et adresse au public. On partage les émotions d'Arthur et Jeanne dans leurs échanges mais aussi dans le ressenti qu'ils nous expriment au travers d'un micro en avant-scène, à cour ou à jardin. Le tout sans jamais tomber dans le mélodrame.La mise en lumière de Moïse Hill nous dessine la vie en rose, en rouge, en bleu en venant peindre l'intégralité d'un décor monochrome. Étrange impression, entre rêve et réalité. L'essentiel de l'action se passe dans l'appartement du couple. Ils forcent l'admiration, notamment Jeanne, par leur force de caractère, leur résilience, la patience et l'abnégation de Jeanne et leur amour absolu, solaire, qui rayonne et nous éclaire.
En bref : Elle est triste cette histoire d'amour. Elle est pleine de folie, de tendresse, de courage et de résilience. Mais elle est si belle est si magnifiquement interprétée par Marie-Julie Baup et Thierry Lopez.
Oublie-moi, de Matthew Seager, adapté, mis en scène et interprété par Marie-Julie Baup et Thierry Lopez, costumes Michel Dussarrat, scénographie Bastien Forestier, Lumières Moïse Hill, création sonore Clément Leotard, assistante à la mise en scène Pauline Tricot
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
dimanche 17 juillet 2022
ANGELA DAVIS, UNE HISTOIRE DES ETATS-UNIS
UNE VIE DE COMBATS
L'histoire d'Angela Davis c'est l'histoire des combats d'une vie dans des Etats-Unis en perpétuelle évolution ou révolution, y compris ses retours en arrière. Militante communiste, féministes, ex-membre des Blacks Panthers, recherchée pendant des années par le FBI, activiste, intellectuelle, elle reste la personnalité préférée des Américains. Pourtant longtemps ses combats ont été loin de faire consensus autour d'elle.
Très tôt elle prit conscience de sa condition de femme noire dans un pays où, dit-elle, "le racisme est structurel", inscrit "dans l'ADN de nos sociétés". De sa vie elle a fait une arme pour défendre les droits et faire entendre les voix des minorités, luttant contre toutes les formes de discriminations, "point d'intersection politique et combattante des luttes pour tous les opprimés". De ses seize mois d'emprisonnement pour un crime qu'elle n'a pas commis et qui lui fit frôler la peine de mort, elle gardera un engagement anti-incarcération.
La mise en scène de Paul Desveaux s'appuie sur le texte, la vidéo mais aussi une composition musicale de Blade AliMBaye, portée par la voix grave de rappeuse d'Astrid Bayiha. La comédienne impressionne par sa présence scénique, par la force qui se dégage de sa composition, de son regard ferme, froid et chaud à la fois. Elle nous parle de la vie d'Angela Davis, de son parcours d'intellectuelle, d'activiste, et de son engagement politique. Entre poésie et musicalité on est fasciné tant par le personnage d'Angela Davis, qui marquera de nombreuses générations, que par la prestation d'Astrid Bayiha.
En bref : un spectacle dense qui rend hommage à une combattante hors normes des droits des minorités. Astrid Bayiha, entre récit politique, poésie et musicalité, incarne avec force et conviction une Angela Davis exemplaire.
Angela Davis, une histoire des Etats-Unis, de Faustine Noguès, sur une idée de Véronique Felenbok et Paul Desveaux, mise en scène Paul Desveaux, avec Astrid Bayiha, musique, direction musicale et coaching chansons Blade AliMBaye, lumière Laurent Schneegans, images Jérémie Levy.
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
LA VIE EST UNE FÊTE
UNE COMEDIE MILITANTE
"La vie est une fête, habille-toi pour ça" disait Audrey Hepburn. Pour Romain la vie est belle. Nous sommes en 2019 et à 40 ans il a enfin trouvé sa place dans la vie. L'occasion de retracer son parcours, depuis sa naissance en 1973 dans une famille tranquille, banale, en province, une famille un peu vieille France. Mais sa mère voulait une fille. Elle ne parvient pas à créer un lien avec son bébé et sombre petit à petit dans une dépression qui ne la quittera jamais. Romain ne se laisse pas abattre. Il sait qu'un jour sa mère saura l'accueillir. Et puis il y a son père, attentionné, aimant, qui à chaque anniversaire lui offre un appareil lié à la musique. Et il y a les amis, les amours, Bowie. La découverte de la musique et de la personnalité de ce dernier est aussi pour Romain le début d'un questionnement sur sa sexualité. Et puis il y a la rencontre avec celui qui sera l'amour de sa vie.
Mais Romain veut être libre. Les combats qu'il voit autour de lui ne sont pas les siens. Jusqu'au jour où la discrimination sera plus forte et plus injuste et où il se lancera lui aussi dans le combat. Des années 1970 à aujourd'hui, Romain va nous faire traverser les décennies de lutte de la communauté homosexuelle pour ses droits. La vie de Romain c'est aussi le questionnement de l'engagement lorsque l'on appartient à une minorité. Ces années qui défilent avec le rappel des évènements phares sont aussi celle où se sont joués des combats forts pour la cause homosexuelle, de batailles décisives, avec de grandes victoires. Mais Lilian Lloyd nous rappelle aussi que ces victoires restent fragiles.
D'un sujet grave l'auteur fait une comédie où l'on rit souvent, où l'on est émus parfois, où l'on pleure aussi. Avec la mise en scène rythmée de Virginie Lemoine, la pièce est menée tambour battant et dans la joie. Oui, c'est bien la légèreté qui l'emporte, mais sans occulter le questionnement pour chacun. La sensibilité de Lilian Lloyd et de Virginie Lemoine ne pouvait que donner un beau résultat. D'autant plus qu'ils se sont appuyés sur 5 comédiens et comédiennes aguerris à ce type d'exercice. Je n'ai pas compté le nombre de personnages qui se succèdent dans la vie Romain, mais je retiens notamment Valérie Zaccomer en inénarrable mère dépressive ; Ariane Brousse tout aussi engagée en tant que femen que comme fervente opposée au mariage pour tous ; Benjamin Tholozan en ami de toujours marié à une extrémiste tyrannique, Alexis Victor aussi touchant en père sensible qu'en amant engagé.Et puis il y a l'immense sourire de Julien Alluguette, ses yeux pétillants de joie, son jeu naturel, l'amplitude des émotions qu'il nous transmet. Il compose un Romain extrêmement attachant, fils, gendre, amant, frère, ami idéal, à qui l'on pardonne tout tant il rayonne de joie de vivre.
En bref : sur un sujet grave "La vie est une fête" est un très joli moment de théâtre, tout en émotion et sensibilité, porté par cinq comédiens dynamique et juste, et démontre, s'il le fallait, qu'une comédie peut aussi être du théâtre engagé.
La vie est une fête, de Lilian Lloyd, mise en scène Virginie Lemoine, avec Julien Alluguette, Ariane Brousse, Benjamin Tholozon, Alexis Victore et Valérie Zaccomer.
LES MEMOIRES DE PAUL PALANDIN
DANS LES MEANDRES DE LA MEMOIRE
Paul est un type plutôt banal. Il mène une vie tranquille entre sa petite amie et ses amis Auguste et Suzanne. Mais Paul voit un psy. En fait Paul a perdu la mémoire. Malgré les séances chez le psy, malgré les visites de ses amis, les souvenirs reviennent, partiellement, puis disparaissent. Pourquoi Paul a-t-il perdu la mémoire ? Pourquoi son esprit ne veut-il pas s'accrocher à ce qui lui revient ?
Le récit commence par nous perdre, comme est perturbé la notion du temps dans l'esprit de Paul Palandin. Les courtes scènes sont des flashbacks sans succession chronologique. Petit à petit les pièces du puzzle vont se mettre en place, notamment grâce à une pianiste aveugle que seul Paul peut voir, aiguillon et ressort comique de la pièce. Paul cherche-t-il à retrouver sa vie et son passé pour trouver le bonheur ou bien cherche-t-il son bonheur perdu et son cerveau refuse de rejoindre le présent par crainte de perdre ce sentiment de bonheur ?
La mise en scène de Christophe Canard et Constance Carrelet est bien rythmée. Elle s'inscrit dans un décor minimaliste où les changements se font à vu. L'écriture de Grégory Corre est déroutante au départ mais redoutablement efficace. L'histoire de Paul nous est distillée progressivement, avec un bon dosage d'humour et d'émotion. L'auteur nous tient en haleine de bout en bout, et nous promène dans des émotions variées.
La direction d'acteur participe à la justesse de la proposition. Tous sont dans le ton, qu'il s'agisse de Laetitia Vercken, lumineuse Rose, Sandra Colombo et Yannick Mazzilli, épatants Suzanne et Auguste, le couple d'amis proches, ou encore Emmanuelle Bougerol, impayable pianiste aveugle. Tous entourent Johann Dionnet qui interprète avec beaucoup de délicatesse et une large palette d'émotions.
En bref : une belle comédie romantique qui nous pose également la question de notre appréhension du bonheur et de son opposé le malheur, portée par une belle distribution.
Les mémoires de Paul Palandin, de Grégory Corre, mise en scène Christophe Canarde etConstance Carrelet, avec Johann, Dionnet, Laetitia Vercken, Yannik Mazzilli, Sandra Colombo et Emmanuelle Bougerol.
C'EST OU ? C'EST QUAND ?







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