jeudi 2 avril 2020

THE PRISONER

QUELLE EST NOTRE PRISON ?
****


Cette période étrange et inédite de confinement qui nous prive de contact physique et, entre autres, de l'accès libre à nos loisirs et nos passions, s'avère finalement très riche en découvertes culturelles grâce au foisonnement d’œuvres en tout genre mises en ligne par les théâtres ou les compagnies. Ainsi les Bouffes du Nord nous donnent-ils à voir plusieurs spectacles de leur catalogue dont "The prisoner". Voici ma première chronique d'un spectacle vu en captation pendant cette période où le temps s'étire différemment.


UN THÉÂTRE PUR

Un homme nous narre un récit étrange. C'est l'histoire d'un homme assis dans le désert avec pour seul horizon une prison. Il lui est interdit de partir. Pourquoi est-il là ? A qui lui pose la question il répond "I am here to repair" (je suis la pour réparer). Quel crime doit-il ainsi expier ? Pourquoi n'est-il pas dans la prison ? Combien de temps cela va-t-il durer ?

La force du théâtre de Peter Brook et de Marie-Hélène Estienne réside pour moi dans trois axes : la sobriété des décors alliés à la subtilité de la scénographie, la perfection de la direction d'acteur et la virtuosité de comédiens, la part belle faite au texte, toujours limpide (même en anglais).

The prisoner a été créé en 2018, né d'une rencontre en Afghanistan avec un homme assis devant une prison. On pourrait être dans une tragédie grecque. Le prisonnier de Peter Brook a tué son père parce que que ce dernier couchait avec sa fille. Il a agi par jalousie, lui-même étant également amoureux de sa sœur. Mais l'argument n'est que le prétexte à la mise en oeuvre de la punition. Le narrateur nous conte en fait une fable philosophique, un conte initiatique. L'homme vivra sa sentence non pas privé de sa liberté physique. C'est enfermé en lui-même qu'il fera le chemin qui le mènera vers sa liberté. Mais ceux qui viennent le voir sont-ils pour autant plus libres? Condamné à vivre mentalement son emprisonnement, son silence et son immobilisme perturbent sa famille, les villageois voisins et le fonctionnement de la prison qui lui fait face. Chaque personnage de cette fable, coupable ou acteur de la tragédie, juge ou témoin de l'exécution de la sentence, suivra son propre chemin intérieur pour trouver sa propre vérité.

Quelques éléments de décor (un banc en bois, quelques branches, un peu de foin, un jerrican, une couverture) suffisent à permettre au spectateur de visualiser la cellule, la montagne, la forêt, le désert, la prison, le village dans le lointain. Les magnifiques lumières de Philippe Vialatte créent l'atmosphère du conte, propice à la réflexion intérieure, illuminent ce chemin intime et jouent la proximité avec le spectateur. Les comédiens et la comédienne sont magnifiques de justesse, de sensibilité et de retenue. Le jeune Hiran Abeysekera (le prisonnier) est splendide de fraîcheur. La candeur de son regard d'enfant se durcit avec l'épreuve du châtiment pour retrouver sa sérénité au bout du chemin. 


CONFINEMENT INTÉRIEUR

Je n'ai pas vu ce spectacle lors de sa création. Le voir aujourd'hui, alors que depuis 16 jours la France vit un confinement général où chacun est reclus dans son "home sweet home" seul ou en famille, donne un angle bien différent de ce que j'aurai pu ressentir entre les murs rouges du beau théâtre des Bouffes du Nord. Comment ne pas faire un parallèle entre cet homme et ce que vit aujourd'hui plus de la moitié de la population mondiale ? Cet enfermement pour raison sanitaire n'est-il pas pour chacun d'entre nous l'occasion inespérée de nous interroger sur notre monde d'avant, celui que nous avons contribué, d'une manière ou d'une autre, à construire (ou à détruire, c'est selon), et à envisager le monde d'après, celui dans lequel nous avons vraiment envie de vivre et voir grandir les générations futures ?

"To pay you must free yourself. You have learned to survive but this is not enough. You must go deeper in yourselg. One day you will know that your time is over [..] One day you will know that day you'll be free to leave and go back to life and take place in life".

Comme le narrateur Peter Brook ne nous donnera pas de réponse toute faite. Chacun partira avec ses interrogations et sa vérité ou bien le point de départ de sa quête intérieur.

N'est-ce pas ce à quoi nous incite aujourd'hui Peter Brook, à profiter de cette période de privation de libertés pour mener notre quête intérieure ?


En bref : entre tragédie grecque et conte initiatique, The Prisoner sème en nous les graines d'une quête intérieure. Graines qui dans cette période de confinement sanitaire pourraient faire éclore des nombreuses surprises lorsque tomberont nos prisons intérieures et s'ouvriront à nouveau les portes vers l'extérieur.

The prisoner, de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, mise en scène des auteurs, avec Hiran Abeysekera, Ery Nzaramba, Omar Silva Kalieaswari, Srinivasan, Sean O'Callaghan

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
A voir en captation jusqu'au 6 avril 2020 sur Viméo :
Lien en cliquant ICI

et pour une fois (le moins longtemps possible j'espère) je vous dis

RESTEZ CHEZ VOUS !

et prenez soin de vous


Vu en captation - Avril 2020

mercredi 18 mars 2020

Confinement gourmand : la tarte tatin de patate douce et carottes

TIN TIN TIN TIN !



Faisons rimer "confinement" avec "gourmand". Pour mettre un peu de douceur et de légèreté dans cette période inédite, à défaut de chroniques sur le théâtre je vous propose quelques recettes à partager en famille ou à cuisiner seul.


Pour entamer ce séquence je vous propose une recette simple de tarte tatin de carottes et patate douce.

Pour 4 personnes il vous faut

1 pâte brisée
(Voici une recette si vous n'en avez pas en réserve et que les rayons de votre supérette ont été dévalisés : https://www.marmiton.org/recettes/recette_pate-brisee-vite-faite_31639.aspx)
1 petite patate douce
2 ou 3 carottes
1 oignon rouge
1 c. à soupe de sucre
un peu d'huile d'olive


du thym
1 four
1 plat à tarte
1 couteau
1 plat rond ou une grande assiette


Temps de préparation : 15 mn
Temps de cuisson : 55 mn (30 + 25) à 180°
Vous êtes prêts ? C'est parti : 

1 - Épluchez les légumes et coupez les en rondelles plutôt fines
2 - Étalez-les sur une plaque de four, arrosez d'huile et parsemez de thym
3 - Salez, poivrez et enfournez 30 mn à 180°
4 - Saupoudrez de sucre le fond d'un plat à tarte
5 - Étalez dessus les légumes en les mélangeant
6 - Déroulez la pâte brisée par-dessus les légumes et rentrez bien les bords à l'intérieur du plat
7 - Mettre au four 25mn à 180°
8 - Au sortir du four retournez la tarte du un plat ou une grande assiette plate
9 - Servez et dégustez

Bon appétit
Gardez le moral et Restez chez vous

lundi 9 mars 2020

LE QUAI DE OUISTREHAM

LA VOIX DES INVISIBLES
****


Il y a 10 ans Florence Aubenas écrivait le récit de  mois d'immersion dans l'univers des personnels d'entretien. Au théâtre 14 Magali Bonat et Louise Vignaud portes à la scène la parole de ces invisibles. Un spectacle et un live chocs.

2009. Au cœur de la crise la journaliste Florence Aubenas a le sentiment de ne pas comprendre le monde autour d'elle, de perdre pied avec la réalité. Elle décide de partir en province, vivre la vie des victimes de la crise, chercher anonymement un travail.. Elle s'est fixé quelques limites dont celle de terminer l'expérience lorsque lui sera proposé un CDI. Cela arrivera au bout de 6 mois.

Lorsque Louise Vignaud découvre ce texte elle décide de s'en emparer pour lui donner un autre écho politique, sur les planches. C'est Magali Bonat qui sera la voix de ces femmes devenues invisibles qui dès avant l'aube et jusque tard dans la nuit font de nos lieux de travail des espaces propres. C'est en Normandie, autour de Caen, que la journaliste va vivre cette plongée dans un monde du silence. "Ici on ne cherche pas du travail, on cherche des heures". Car sans autre diplôme que le BAC, sans expérience professionnelle, seule, une femme n'a d'autre voie professionnelle possible que celle du nettoyage.

Dans la mise en scène dépouillée de Louise Vignaud, Magali Bonat restitue toute la clarté, la force, la beauté des mots de Florence Aubenas. Seule ne scène pendant un peu plus d'une heure la comédienne restitue ce qui relève plus du documentaire que du texte théâtral. Avec humanité et humour la langue de la journaliste fait la démonstration réaliste d'un monde où la pénibilité n'est pas qu'un mot lâché sur les bancs de l'Assemblée Nationale mais le quotidien de ces femmes dont les corps ploient sous les contraintes d'un travail méprisé et pourtant si nécessaire. Un monde où sans voiture tu ne peux pas travailler, un monde où payer son carburant quelques centimes de plus est une charge insupportable par rapport au salaire horaire payé (sans parler des heures non payées, celles du trajet, de l'attente, ou les heures supplémentaires qui passent à l'as mais qu'elles ne vont pas réclamer pour ne pas perdre ce boulot si mal payé mais si indispensable).

L'émotion est là, sans pathos mais brute et vraie. La plume de Florence Aubenas est précise, prend parfois des accents lyriques. Chaque description de situation, d'environnement, de personnalité est ciselée, et l'interprétation de Magali Bonat est si limpide que Marilou et les autres prennent vie devant nos yeux, avec leurs maigres espoirs et surtout leurs galères quotidiennes pour survivre à défaut de vivre. L'autrice / narratrice se fait parfois spectatrice de cette précarité subie.

Le décor n'est fait que d'un paperboard et d'une chaise. Un décor aussi dépouillé que la vie des invisibles. La mise en scène de Louise Vignaud est fluide, énergique, dynamique. Elle permet à Magali Bonat d'exprimer pleinement la précarité de ces vies, l'univers harassant et contraignant dans lequel ces femmes évoluent quotidiennement, dans le silence et la douleur. "Vous êtes plutôt le fond de la casserole" dira le conseiller de Pôle Emploi.

Créé à Lyon aux Célestins en 2018 "La quai de Ouistreham aura mis 2 ans à arriver à Paris. Merci aux jeunes directeurs du Théâtre 14 d'avoir ouvert leur scène à cette parole nécessaire.

En bref : Magalie Bonat porte avec force et justesse les mots de salariés précaires et invisibles, dans une mise en scène sobre de Louise Vignaud qui restitue avec émotion le récit autobiographique de Florence Aubenas. Un spectacle nécessaire

Le quai de Ouistreham, de Florence Aubenas, mise en scène Louise Vignaud, avec Magali Bonat

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre 14 
20 Avenue Marc Sangnier 75014 Paris
Du 3 au 14 mars 2020

Tournée
8 avril 2020 - Le pied aux planches - Largentière
19-28 mars 2020 - Théâtre de la Croix Rousse, Lyon
31 mars 4 avril - Scène nationale de Sète



Crédit photo @Rémi Blasquez
Vu Mars 2020 - Théâtre 14 - Paris

dimanche 16 février 2020

JE M'APPELLE ERIK SATIE COMME TOUT LE MONDE

SATIE...L'EXUTOIRE !

Le regard de Corinne


Laétitia Gonzalbes, auteur, metteur en scène prolixe (récemment trois pièces à l'affiche au  Théâtre de la Contrescarpe) lève un coin de voile sur des épisodes de la vie de ce personnage atypique qu'était Erik Satie : auteur, compositeur, célébré dans le monde et pourtant, seul et sans attache, mort dans une grande pauvreté ignorée de ses amis. Mais le récit de ce personnage n'est qu'un prétexte, comme nous le découvrirons à la fin de la pièce.

Sur la toile du fond de scène, devenue grand écran pour l'heure, un dessin intuitif de Suki, illustrateur poétique, nous apprend l'évasion d'un hôpital psychiatrique d'une femme et d'un homme. L'alerte est donnée pour les rechercher. Puis, grâce à une horloge animée, nous remontons le temps pour comprendre.

Une heure plus tôt donc : dans une salle de ce même hôpital, arrive Anna (Anaïs Yazit) jeune infirmière inexpérimentée. Anxieuse, alors qu'elle attend son patient, elle demande les
conseils à sa collègue. Arrive alors Erik Satie et le face à face peut débuter. Une grande proximité, complicité s'installe entre ces deux-là, ils dansent, jouent du piano, se confient, à tel point que nous nous interrogeons sur leurs véritables liens.

Laétitia Gonzalbes met en scène, avec beaucoup de finesse et de délicatesse ce texte (dont elle est aussi l'auteur). Elle nous amène à nous interroger sur la perception, la compréhension de l'autre, supposé ou non, différent. Excentricité, originalité voire même génie pour les uns. Déséquilibre, fragilité pour les autres. Où placer le curseur? Le seul regret que nous pouvons, peut-être formuler, est que cette suggestion intervient tardivement dans le spectacle.

Elliot Jenicot (récent ex sociétaire de la comédie française) est tout simplement remarquable dans son interprétation de Satie. Dans sa diction, sa gestuelle il est son personnage. Quant à Anaïs Yazit sa prestation va crescendo. Elle peine à nous convaincre au début du spectacle, mais, peu à peu, son jeu s'installe pour finir par devenir vraiment convaincant et poignant quand les masques tombent.

En bref : C'est un spectacle en trompe l'œil dont le sujet est intéressant même si pas facile à appréhender, servi par deux beaux et émouvants artistes.


Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde de Laétitia Gonzalbes avec Elliot Jenicot, Anaïs Yazit,  costumes et décors Claire Avias, illustration et animation : Suki


Théâtre de la contrescarpe
5 Rue Blainville 75005 Paris
Du 17 novembre 2019 au 6 mars 2020

samedi 11 janvier 2020

LA MOUCHE

LA MOUCHE PIQUE AU COEUR
****




Il y a 4 ans Christian Hecq et Valérie Lesort enchantaient petits et grands avec leur adaptation théâtrale de 20.000 lieues sous les mers. Le duo revient sur scène avec ses marionnettes et son théâtre d'objet pour La mouche, nouvelle fantastique qui avait été adapté à l'écran par David Cronenberg. Un univers étrange et drôle.

Lorsque le talent de plasticienne de Valérie Lesort rencontre le talent et l'humour de Christian Hecq cela ne peut que faire mouche ! L'univers un peu étrange de Valérie Lesort convient parfaitement au registre du fantastique. Son art, cette spécialiste du masque l'a agrémenté avec la marionnette, les accessoires et les effets spéciaux et peaufiné tant au théâtre qu'au cinéma ou à la télévision. Quant à Christian Hecq, celui qui se voyait physicien trouve au théâtre le moyen d'exprimer son côté clownesque. Avec sa compagne Valérie Lesort il crée avec La mouche un spectacle qui nous surprend, nous fait rire et nous émeut.

Pourtant l'histoire est connue. Un scientifique un peu fou va tester sur lui-même son invention qui permet la télé-transportation. Mais une mouche s'est glissée dans le télépod et après l'expérience le chercheur va progressivement se transformer en insecte. S'ils se sont inspirés de la nouvelle de George Langelaan, les deux artistes ont trouvé leur inspiration dans le film de Cronenberg mais aussi et surtout dans la série télévisée Strip tease et plus particulièrement dans l'épisode "la soucoupe et le perroquet".

Ainsi nous voici dans le terrain occupé par Robert (Christian Hecq) et sa mère Odette (Christine Murillo). L'ambiance de Strip Tease est parfaitement reconstituée. Au cœur d'une certaine ruralité le couple formé par la mère et le fils a une relation à la fois désopilante et étrange. Robert, vieux garçon pas très fin, passe ses journées dans son garage où il multiplie les expériences de téléportation. Tout ce qui lui tombe sous la main, objet ou organisme vivant, est susceptible de lui servir de cobaye. La mère Odette n'essaie plus de comprendre son fils mais s'interroge sur les disparitions qui se multiplient autour d'elle, surtout qu'elle aurait bien aimé caser son Robert avec la petite Marie-Pierre (Valérie Lesort) qui est revenue au pays. Lorsque l'inspecteur Langelaan (Stephen Wojtowicz) arrive pour mener l'enquête sur la disparition de Marie-Pierre il faudra bien qu'Odette accepte la sombre réalité sur le destin de son fils chéri.

La force du spectacle est de réussir à nous surprendre. Pas de grands effets spéciaux comme au cinéma, mais une créativité qui crée un univers décalé, entre humour et fantastique, où s'exprime notamment tout le potentiel du jeu physique de Christian Hecq. La scénographie d'Audrey Vuong, les accessoires et éléments de costume ou de décor, tout concours à la fois à un certain réalisme mis en parallèle avec un monde fantastique. Ainsi les télépods qui, tels un théâtre noir, permettent de créer l'illusion, enfermant des objets ou des cobayes soumis à la lévitation, à la déformation ou autres phénomènes matérialisant la téléportation. Idem pour la mise en scène de la transformation physique de Christian Hecq.

S'il fallait émettre un critique on peut regretter le nombre de noirs qui cassent le rythme de l'action, quand bien même l'univers choisi par Valérie Lesort et Christian Hecq intègre un tempo lent. 

On ne peut que saluer la qualité de jeu du quatuor. S'il est un brin caricatural, Stephen Wojtowicz campe un inspecteur Langelaan entre Clouseau et Tati. Valérie Sort est une irrésistible Marie-Pierre très nunuche. Christine Murillo est une Odette d'un naturel hyperréaliste. Quant à Christian Hecq il est drôle et bouleversant, jouant sur toutes les facettes du clown et du comédien.

En bref : Entre polar, comédie et science-fiction, Valérie Lesort et Christian Hecq misent sur l'humour et l'absurde et réussissent à nous surprendre et à nous émouvoir en adaptant avec brio cette nouvelle fantastique.

La mouche, librement inspiré de la nouvelle de George Langelaan, adaptation et mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq, avec Christian Hecq de la Comédie Française, Valérie Lesort, Christine Murillo, Stephan Wojtowicz, scénographie Audrey Vuong, Lumières Pascal Laajili, création sonore et musique Dominique Bataille, guitare Bruno Polius-Victoire, costumes Moïra Douguet, plasticiennes Carole Allemand et Valérie Lesort, assistant à la mise en scène Florimond Plantier, création vidéo Antoine Roegiers, technicien vidéo Eric Perroys, accessoiristes Manon Choserot et Capucine Grou-Radenez

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Bouffes du Nord
37 bis boulevard de la Chapelle - 75010 Paris
Du 8 janvier au 1er février 2020



Vu le 8 janvier 2020 - Bouffes du Nord
Crédit photo @Fabrice Robin

dimanche 5 janvier 2020

LA PUCE A L'OREILLE - Comédie Française

LA PUCE FAIT MOUCHE
*****



Alors que Feydeau séduit toujours plus les metteurs en scène et que ses pièces se multiplient dans les programmations, la Comédie Française présente une Puce à l'oreille relookée par Lilo Baur. Un spectacle des plus réjouissants.

Ceux qui me connaissent ou qui me suivent depuis plus ou moins longtemps savent que les histoires d'amant dans le placard et les portes qui claquent ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Il faut donc tout le talent de la troupe du français, la vision scénique de Lilo Baur et le pouvoir de persuasion de mes comparses de Radio Mortimer pour me convaincre de prendre une place pour ce spectacle que je n'avais pas retenu dans mon abonnement.

Et je dis merci à Lilo Baur et à cette troupe magnifique qui a su me faire aimer (enfin) le théâtre de Feydeau. Ça commence par un magnifique décor. L'action est transposée à la montagne, dans un chalet des années 1960. La chaleur de ce salon fait contraste avec la neige qui enrobe les sapins que l'on distingue derrière une grande baie vitrée qui occupe un tiers du fond de scène, libérant un espace intelligemment en lui donnant vie par des passages de personnages dans le ton de cette comédie très enlevée.

Dès les premières secondes l'ambiance 1960's s'installe avec une musique et une danse décalée du Docteur Finache (magnifique Alexandre Pavloff qui campe un personnage qui fait beaucoup penser à l'inspecteur Clouzot ou à un Jacques Tati très volubile). L'intrigue est simple : Mme Chantebise (Anna Cervinka) soupçonne son mari (Serge Bagdassarian) de la tromper. Avec l'aide de sa meilleure amie Lucienne (Pauline Clément) elle imagine un stratagème pour confondre l'époux supposé volage. Entre le chalet et l'hotel du Minet Galant les quiproquos ne vont pas manquer jusqu'à ce que la vérité ne se fasse.

On le sait, la mécanique du rire des pièces de Feydeau repose essentiellement sur une mise en scène et un jeu millimétrés. Le rythme de la mise en scène de Lilo Baur est effréné. Certains mots sont soulignés avec intelligence par le jeu des comédiens. Tout est en place et on rit à gorge déployée. Jusqu'aux changements de décor à vue, par les comédien.ne.s, qui se font dans cette ambiance décalée, avec cette le pétillant des années yé-yés, et aux costumes totalement réussis.

Quant aux comédiens ils sont tous tout simplement excellents. Parmi eux mentions particulières au pétillant duo Anna Cervinka / Pauline Clément, dont les mimiques souvent en miroir sont d'une irrésistible drôlerie, et qui composent des personnages hilarant. Alexandre Pavloff est un inénarrable Docteur Finache. Jérémy Lopez semble prendre un grand plaisir dans son rôle d'hidalgo. Nicolas Lormeau compose un magnifique Etienne à la prononciation déformée. Quant à Sébastien Pouderoux il excelle dans son interprétation du séduisant Romain Tournel. Sans oublier la double prestation de Serge Bagdassarian, digne M. Chamdebise et rustique Poche.

En bref : même (et surtout) si vous n'êtes pas fan des vaudevilles courrez à la Comédie Française savourer cette formidable "Puce à l'oreille" mise en scène avec brio par Lilo Baur. Vous ne le regretterez pas. Du Feydeau grand format ! Immanquable !

La puce à l'oreille, de Georges Feydeau, mise en scène Lilo Baur, scénographie Andrew D. Edwards, costumes Agnès Falque, avec Thierry Hancisse, Cécile Brune puis Clotilde de Bayser, Alexandre Pavloff, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Jérémy Lopez, Sébastien Pouderoux, Anna Cervinka, Pauline Clément, Jean Chevalier, Elise Lhormeau, Birane Ba, et les comédiens de l'académie de la Comédie Française Camile Seitz, Aksel Carrez, Mickaël Pelissier, Nicolas Verdier, des skieurs et une fanfare

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française
Salle Richelieu - Place Colette - 75001 Paris
Du 21 septembre 2019 au 23 février 2020

Vu janvier 2020 - Comédie Française

jeudi 2 janvier 2020

WARM

37,2 LE MATIN, 50 LE SOIR
***


Alors qu'elle reprend les représentations de "Elephant Man" aux Folies Bergères, Béatrice Dalle donne rendez-vous à son public pour une expérience théâtrale singulière. Mise en scène par David Bobée et accompagnée de deux acrobates, l'actrice au caractère bien trempé propose une partition sensuelle et torride. Un show très chaud.


CALIENTE !

Dès l'entrée dans la salle le spectateur ressent la chaleur. En moins de 10 minutes les programmes se transforment en éventail. Les spots rouges braqués sur le spectateur font leur effet sur le public dont l'image se reflète dans le mur de panneaux argentés / miroirs installé en fond de scène.

Béatrice Dalle entre sur scène, passe devant un mur de 55 spots à jardin, les allume d'un mouvement furtif. Même chose de l'autre côté. 110 spots illumine désormais la scène. Elle commence à lire un texte de Ronan Chéneau. Un songe érotique dont la tension sexuelle va aller grandissante.

Mais malgré la lecture très animale de la sulfureuse comédienne, là n'est pas la performance. Au bout de quelques minutes deux acrobates commencent à s'échauffer sur la scène, avant de se lancer pendant 45 minutes dans une succession de portés tous plus époustouflants les uns que les autres.


PERFORMANCE PHYSIQUE

Rapidement les corps musclés se mettent à luire sous le feu des 110 spots (la chaleur montera jusqu'à 50° sur scène). Les mouvements se succèdent au rythme d'un texte que l'oreille délaisse rapidement tant les rêveries et fantasmes décrits n'ont rien de captivant. Par contre on reste fasciné par l'incroyable performance de Edward Aleman et de Wilmer Marquez dit El Nucleo.

Ces deux-là se connaissent depuis si longtemps qu'ils sont frères de sueur et d'effort. Leur art ils aiment le mettre à l'épreuve. Ici la contrainte est double : la chaleur et l'intensité lumineuse des spots. Les portés acrobatiques se font force ou légèreté, puissance et douceur, excitation et temporisation, technicité et fragilité, offrant de magnifiques tableaux.  Si le texte donne à leur chorégraphie unique l'intensité et la sensualité, la performance de ces acrobates de très haut niveau est stupéfiante. Le porteur comme le voltigeur ne ménagent pas leurs efforts, ne font pas semblant, prenant des risques toujours plus grands. La souffrance est visible, elle n'est pas feinte. Enrobée par la musique lancinante et hypnotique de Frederic Deslias la performance capte l'attention du spectateur pour ne la relâcher qu'après un long silence final, laissant les deux hommes épuisés.

En bref : une expérience théâtrale d'une grande intensité. On est ébloui par la performance des deux acrobates Edward Aleman et Wilmer Marquez qui, sous la double contrainte de la lumière et de la chaleur, livrent un spectacle stupéfiant.

Warm, de Ronan Chéneau, mis en scène par David Bobée, avec Béatrice Dalle, Edward Aleman et Wilmer Marquez

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris
Du 10 décembre 2019 au 5 janvier 2020


Vu décembre 2019 - Théâtre du Rond Point
Crédit photo @Arnaud Bertereau