vendredi 16 août 2019

CYRANO - Le Funambule - Le regard de Corinne

Un trio de Cyrano

Le regard de Corinne



Une énième mise en scène de Cyrano de Bergerac ...certes !
Et pourtant on ne s'en lasse pas, surtout quand celle-ci sert aussi admirablement ce splendide texte.

A la recherche de l'intention de l'auteur
Bastien Ossart, metteur en scène pour  la compagnie Les Pieds Nus, ose une revisite originale et audacieuse de ce classique. Un décor épuré, un éclairage tel qu'il pouvait l'être au 19ème siècle (ce sont les débuts de la fée électricité), le metteur en scène nous met dans les meilleures conditions pour apprécier cette célèbre histoire d'amour servie par une écriture d'un autre temps, riche et poétique. Son approche a pour ambition une compréhension plus fine de l'intention de l'auteur.

Et cette lourde tâche incombe à un trio de comédiennes dont l'interprétation mérite un coup de chapeau.


La ronde des rôles principaux
Elles endossent tour à tour les rôles de Roxane, Cyrano et du Comte de Guiche. Cette rotation ne nuit en rien à la pièce, au contraire. A aucun moment, nous ne perdons le fil de l'histoire. A grand renfort de perruques, de masques et de maquillage, elles habitent leurs personnages.

Chacune, avec sa propre sensibilité, sa propre perception, nous offre une interprétation
remarquable, mêlant humour, dérision, tendresse et sensualité. Même si au début de la pièce on redoute que le trait ne soit trop forcé, trop grimaçant, l'histoire se déroule tambour battant et nos trois comédiennes s'installent dans leurs rôles et nous embarquent avec elles.

Un vrai coup de cœur pour la dernière scène : lorsque que Roxane découvre l'amour que son
cousin lui porte depuis tant d'années sans qu'elle ne se soit doutée de quoi que ce soit. Cyrano, l’archétype du macho, du mâle, fort n'ayant peur de rien ni de personne (sauf de sa cousine), aussi sensible laissant libre court à sa part féminine, c'est particulièrement émouvant, poignant.

La comédienne (Iana Serena de Freitas ce soir là) qui a cette mission, est très convaincante.

En résumé
Ce serait dommage de passer à côté de ce spectacle dont la mise en scène
est une vraie surprise et dont l’interprétation est toute en justesse et en sensibilité. C'est une belle revisite.

Cyrano, d'après Edmond Rostand, mise en scène de Bastien Ossart Avec Iana Serena de Freitas, Lucie Delpierre, Nathalie Florez en alternance avec Marjorie de Larquier. 

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Le Funambule Montmartre 
53 Rue des Saules – Paris 18 ème.
Du 9 juillet au 27 octobre 2019


Vu Août 2019 - Le Funambule Montmartre

jeudi 8 août 2019

CYRANO

QUEL PANACHE
****



Il faut du cran pour s'attaquer à Cyrano. Elles sont 3 sur la scène du Funambule Montmartre à se lancer dans ce challenge qu'elles relèvent avec panache. Une proposition innovante de la compagnie Le Théâtre Les Pieds Nus qui réussit à surprendre et à séduire sans trahir le texte.

Sur le devant de la scène trois boites rectangulaires ouvertes vers les comédiennes. A l'intérieur des bougies qui éclairent la scène. Au plafond et au sol quelques lampions. Pas de décor, seulement les pendrillons noirs. Un décor épuré. Comme le texte qui, débarrassé des personnages secondaires, dont certains passages sont narrés, garde l'essentiel : l'intensité dramatique, les histoires et rapports entre les principaux personnages (Cyrano, Roxanne, Christian, De Guiche, Ragueneau, Le Bret, La Duègne).

On oublie vite qu'elles ne sont que 3 pour laisser entendre ce texte magnifique. A l'aide de masques et de costumes façon Commedia dell'Arte, théâtre asiatique ou théâtre baroque elles donnent une identité claire à chaque personnage, n'hésitant pas à échanger les rôles. Ainsi Cyrano qui est joué tour à tour par les 3 ce qui ne crée aucune perturbation pour le spectateur. Bien au contraire chacune apporte au personnage une touche personnelle tout en permettant une parfaite homogénéité dans la vision du rôle.Cette influence du théâtre baroque et du théâtre asiatique est la marque de fabrique de la compagnie. Pour le metteur en scène qui y emprunte des éléments de jeu ou de création (masques, maquillage, jeu frontal, gestuelle, symbolique de l'espace de jeu) c'est créer une "autre forme qui puisse à la fois honorer l'oeuvre [.] et ouvrir de nouvelles perspectives scéniques [pour un] théâtre qui n'est ni réaliste ni psychologique".

La mise en scène de Bastien Ossart est d'une grande fluidité. Sa direction d'actrice tire parti des qualités multiples et pluridisciplinaires de ses comédiennes. Nathaly Florez est aussi danseuse et acrobate, Iana-Serena de Freitas est formée à la musique et au chant, Lucie Delpierre à la danse et au chant. Autant d'éléments auxquels s'ajoute une bande-son éclectique qui n'hésite pas, pour le grand plaisir du public, à mêler accents classiques et pop/rock, toujours dans un esprit d'intemporalité de l'oeuvre d'Edmond Rostand.

En bref : La Compagnie Le Théâtre Les Pieds Nus prouve avec panache que l'on peut encore être créatif avec une oeuvre aussi connue et populaire que Cyrano de Bergerac. Le talent du trio qui porte avec brio ce texte, continue à nous faire rêver et à nous émouvoir, à nous faire rire ou sourire. On aime quand le théâtre sait ne pas rester classique et nous fait passer une si belle soirée.

Cyrano, d'après Edmond Rostand, par le Théâtre Les Pieds Nus, mise en scène Bastien Ossart, avec Iana-Serena de Freitas, Lucie Delpierre, Nataly Florez (en alternance avec Marjorie Larquier)

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Funambule Théâtre
53 Rue des Saules 75018 Paris
A partir du 9 juillet 2019
du mardi au samedi 19h ou 21h - dimanche 18h

dimanche 4 août 2019

BRONX - Le regard de Corinne

LA TENTATION DU MAL


Le regard de Corinne


Robert de Niro l'avait adapté au cinéma dans les années 90. C'est au tour de Steve Suissa de mettre en scène au théâtre « Bronx », le chef d'oeuvre de Chazz Palminteri avec comme unique interprète un Francis Huster intense, habité par ses rôles.

En toile de fond : une rue du Bronx dans les années 60...
Cologio vit avec sa famille dans le quartier italien du Bronx où la mafia sévit. Du haut de ses 9 ans, il est impressionné et attiré par ce milieu, et plus particulièrement par son chef Sunny, craint de tous. Un soir, Cologio est témoin d'un meurtre commis par Sunny. Il décide pourtant de se taire quand la police l'interroge. Sunny lui en est reconnaissant et le prend sous son aile jusqu'à le considérer comme son fils.

La mise en scène est rythmée et efficace. Le ton narratif de Cologio, rebaptisé C par le caïd, rend palpable l'ambiance de cette époque où les règlements de compte entre mafieux sont monnaie courante et où les familles assistent, impuissantes et terrorisées, à cette violence. Même si l'histoire de ce texte est assez classique, Steve Suissa, par le prisme de Cologio, parvient à lui donner de l'intensité. On assiste à l'évolution de cet enfant qui peu à peu, au contact des uns et des autres, prend conscience et se fait sa propre idée. Lentement, il mûrit sous nos yeux pour devenir capable de faire ses propres choix.

Une interprétation haute en couleur :
Francis Huster est seul en scène, fort, puissant. Il interprète tour à tour Cologio, son père Lorenzo, Sunny, ou encore biens d'autres. Il est tout en nuance selon le personnage qu'il joue. Dans la peau du gamin, il est intimidé par ce chef de la mafia, crâneur face aux copains ou blessant avec son père, cet homme aux antipodes de celui qu'il admire, de celui qu'il voudrait être.

Lorsqu'il se glisse dans celle de Lorenzo, le père, Francis Huster joue l'humilité et la droiture, parfois même l'austérité. Il interprète avec beaucoup de sensibilité ce père qu a choisi de ne pas suivre la voie mafieuse et qui redoute de voir son fils l'emprunter. Quand il est Sunny le comédien incarne avec justesse ce personnage frois, sûr de lui et de la crainte qu'il inspire aux autres, crainte que son protégé prend à tord pour du respect. Cette métamorphose en un clin d’œil d'un personnage à un autre est impressionnante.


En résumé : 
Même si le thème du texte demeure classique (l'adolescence, les choix à faire, l'influence de l'entourage, la tentation de ce qui à l'apparence de l'aventure), la mise en scène est efficace et l'interprétation de Francis Huster est remarquable. Sa faculté à passer d'un personnage à un autre instantanément est la marque des grands comédiens.


Bronx, de Chazz Palminteri, adaptation de Alexia Perimony, mise en scène Steve Suissa, avec Francis Huster

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de Poche 
75 Bd du Montparnasse – Paris 6 ème.
Du 16 avril au 07 juillet 2019

samedi 20 juillet 2019

L.U.C.A.

DU THÉÂTRE CONFÉRENCE A L'HUMOUR PERCUTANT
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Gregory Carnoli et Hervé Guerrisi ne sont pas des inconnus du Festival Off. Certains se souviendront peut-être de l'excellent Fight Night présenté à la Manufacture il y a quelques années. On se souviendra de l'humour et du ton corrosif mais précis qui imprégnait cette réflexion sur le droit de vote. C'est ce même esprit de décortication des à priori, ce même théâtre percutant qui sont mis en oeuvre dans L.U.C.A. Dans un spectacle entre théâtre et conférence ils nous démontrent avec le même humour et la même rigueur scientifique que si nous ne sommes pas tous identiques nous n'en sommes pas moins tous semblables.

Les deux artistes sont belges et tous deux d'origine italienne. Un passé et une expérience commune qui les a poussé à se pencher sur une question pas si anodine qui est systématiquement posée à chacun d'entre nous : "d'où viens-tu ?". Pourquoi ce besoin de coller un drapeau, une identité définitive sur les individus ? Ne sommes nous pas tous issus d'une émigration plus ou moins lointaine ? Qu'est-ce qui fait la différence entre un migrant d'aujourd'hui et un migrant d'hier ? L'un est-il plus légitime que l'autre ? Et le fait d'avoir été migrant donne-t-il plus de droits ? Permet-il d'avoir un autre regard sur l'immigration et est-il une prévention contre le repli identitaire qui fleurit partout en Europe ? 

Gregory et Hervé vont se lancer sur les traces des origines de leur famille. A départ de cette quête le grand-père d'Hervé qui était un "cincali", ces mineurs italiens vendus par leur pays à la Belgique contre du charbon, et le mantra de son père "n'oublies jamais d'où tu viens". Une démarche qui ne les mènera pas seulement en Italie mais au-delà, aux confins de l'histoire, de la généalogie, de la biologie. Tout au long de ce spectacle en forme de conférence théâtrale ils nous livrent leurs réflexions, leurs recherches, les témoignages de leurs familles.

Dans une démonstration à la rigueur scientifique ils dressent un réquisitoire sans appel contre tous les racistes. Ils battent en brèche les clichés, les stéréotypes que nous avons tous et nous interpellent sur notre regard sur l'autre. Car derrière la question du "d'où viens-tu" se cache beaucoup de non-dits, de secrets de famille, des mensonges, des adultères, des violences. L'amour dans le couple n'est-il pas une notion assez récente ? 

Gregory et Hervé iront jusqu'à faire un test ADN pour remonter au plus loin de leurs origines. Et dans le bus de retour de la patinoire ils étaient nombreux à se demander combien cela coûtait et où s'adresser. Signe que cette question des origines et du besoin de s'accrocher à des racines tourment les esprits de tous âges et de toutes cultures. Mais au final qu'y apprendrions-nous que nous ne savons déjà : que les migrants d'aujourd'hui ne sont pas différents des migrants d'hier, que nous sommes tous issus d'une immigration, que ce qui est important aujourd'hui est de vivre en endosymbiose : vivre ensemble à l'intérieur.

L.U.C.A. signifie Last Universal Commun Ancestor, cette cellule primitive de laquelle nous sommes tous issus puisque toutes les espèces vivantes en descendent.

En bref : un spectacle en forme de conférence théâtrale au propos percutant pas sa pertinence et sa rigueur scientifique, le tout entouré de cet humour belge que l'on aime tant. Un spectacle à voir et revoir. Un message d'espoir.


L.U.C.A. , conception, texte et interprétation Hervé Guerrisi et Gregory Carnoli, co-mise en scène Quantin Meert, création lumière et vidéo Antoine Vilain, son Ludovic Van Pechterbeke

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture
Rue des Ecoles 84000 Avignon
Du 5 au 25 juillet 2019 - 17h30 - Durée : 1h45 (trajet navette inclus)

Crédit photo @Luci Artamonow

vendredi 19 juillet 2019

VIES DE PAPIER

UNE ENQUÊTE PASSIONNANTE
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Théâtre documentaire, théâtre d'objet, roman policier, récit historique, il y a un peu de tout cela dans ce spectacle à nul autre pareil. Tout commence lorsque Benoit Faivre achète un album photo sur une brocante à Bruxelles. Un album rouge, en bon état, qui semble avoir été fait pour une petite fille. Rapidement l'envie d'en savoir plus sur cette petite fille va mener Benoit Faivre et son comparse Tommy Laszlo sur les routes de l'Allemagne et de la Belgique, à la rencontre d'une famille dont la petite histoire croise la grande histoire.

Les deux amis vont se lancer dans une enquête policière, sur les traces de Christa, née à Berlin en 1933, dont la famille a fui en Belgique dans les années 1950. Un parcours qui va faire écho à la propre famille des deux enquêteurs dont les grands-parents ont parcouru un chemin similaire.

Le spectacle nous restitue leur enquête. Après avoir exposé les prémices de cette aventure nous les suivons et découvrons en même temps qu'eux la vie de Christa, les lieux où elle a grandi, enfant heureuse et protégée dans un monde en furie, celui de la Seconde Guerre mondiale. Les photos, exposées au sol et projetée sur un grand écran en fond de salle servent de support à la narration de l'enquête, de même de ces vidéos tournées lors des déplacements. Le récit est commenté par Benoît Faivre et Tommy Laszlo, s'appuyant sur des cartes, des post-it aux dessins ou commentaires humoristiques. Ils partagent avec nous leurs doutes, leur questionnement, leur excitation, leur déception parfois

L'enquête est captivante. Le récit parsemé de touches d'humour et de moments d'émotion. On est happé par le destin de Christa et comme Benoit et Tommy on veut tout savoir de sa vie tout en s'interrogeant sur notre propre histoire. Car au bout du compte ce qui est raconté dans cette formidable aventure c'est le processus de construction de la mémoire : ce que nous choisissons de garder ou de taire, ce que nous assumons ou nous fuyons, ce que nous décidons de transmettre en s'arrangeant parfois avec la vérité.

En bref : du théâ

tre documentaire qui se regarde comme une enquête policière. A la recherche d'une histoire familiale qui croise la grand Histoire. Une réflexion sur la construction de la mémoire et la transmission. Drôle, émouvant et passionnant. #Coup2Coeur

Vies de papier, écriture Benoît Faivre, Tommy Laszlo, Kathleen Fortin, Pauline Jardel, direction artistique Benoît Faivre, Tommy Laszlo, Prises de vues Pauline Jardel, Création musicale Gabriel Fabing, création lumière Marie-Jeanne Assayag-Lion, construction Marie Jeanne Assayag-Lion, Olivier Gaille, David Gallaire, Thierry Mathieu, Daniel Trento

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
11 Gilgamesh Belleville
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 5 au 26 juillet 2019 - 15h10 - Durée : 1h20

Dates de tournée sur le site de la Compagnie La Bande passante en cliquant ICI

Crédit photo @Thomas Fargeron

LE PETIT BOUCHER

UNE ECRITURE SINGULIÈRE
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Félicité est une adolescente heureuse. Elle mène une vie paisible dans son village paisible. Un peu rebelle, elle est entourée d'une famille aimante. Tout va bien dans son petit village loin de tout. Elle est amoureuse. Il vont se marier. Mais le destin en a décidé autrement. Une ombre rode sur le village. Félicité ne sera pas épargnée par le drame. Mais comment raconter, comment prononcer les mots pour décrire ce qui lui est arrivée, ce qu'elle ressent ?

Dans cet hôpital où elle séjourne aujourd'hui Félicité doit parler, raconter son histoire, ce matin qui va bouleverser sa vie et celle de ses proches. Petit à petit les mots vont venir, prêts à être déposés dans la boite. Progressivement elle va renaître, dépasser le déni, accepter son destin, faire sien ce petit boucher, cet enfant qu'elle porte et qu'elle n'a pas voulu et qu'elle va réussir à nommer.

Le texte de Stanislas Cotton se déroule comme un long poème dramatique. Une écriture singulière faite de phrases courtes et de narration. Une écriture poétique mais aussi parfois âpre, qui peut être déroutante. Marion Bottolier s'en empare pour une prestation étonnante. Elle incarne avec beaucoup de sensibilité et une étonnante maturité cette adolescente perdue, victime d'un viol, et son long chemin vers la résilience.

La scénographie et l'ambiance sonore participent à la délicatesse de ce spectacle qui parvient à parler d'un sujet douloureux avec beaucoup de poésie. Le drap blanc de fait théâtre d'objet puis théâtre d'ombres. Le décor se déconstruit au fur et à mesure de la reconstitution du puzzle par Félicité, comme pour faire place nette pour son nouveau départ.

En bref : Un texte à l'écriture singulière et une interprétation forte pour un spectacle qui aborde avec délicatesse la question des violences faites aux femmes. Fascinant.

Le petit boucher, de Stanislas Cotton, mise en scène Agnès Renaud, avec Marion Bottollier, chorégraphies Marjorie Duprès, scénographie Anne Bothuon, lumières Véronique Hemberger, univers sonore Jean de Almeida, costumes et accessoires Lou Delville, Conseil marionnettique Brice Coupey

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
11 Gilgamesh Belleville
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 5 au 26 juillet 2019 - 13h50 - Dure : 1h15

jeudi 18 juillet 2019

MA COLOMBINE

NAISSANCE D'UN CLOWN
***



"Ma Colombine" c'est la rencontre entre un artiste et un auteur, l'admiration de l'un pour l'autre et inversement. Fabrice Melquiot a écouté Omar Porras, vu ses spectacles, et a écrit avec lui et pour lui une autobiographie théâtrale en forme de monologue poétique dont le personnage principal Omar Tupak a du mal à se détacher du comédien colombien.

Tout commence dans une classe de primaire à Bogotá. Le petit Omar a un besoin urgent mais, malgré les demandes répétées et de plus en plus insistantes le maître refuse de le laisser sortir puis finit par lui dire de s'en sortir seul. Et c'est d'une manière toute nature que l'enfant se sort de cette situation très inconfortable....et qui le devient encore plus lorsque le maître l'oblige à porter une robe pour remplacer ses vêtements souillés. Objet des moqueries de ses camarades le petit Omar va puiser dans cet épisode qui en aurait traumatisé plus d'un, la source de ce qui fera de lui le clown et comédien de réputation internationale qu'il est devenu.

La suite nous raconte avec humour, à la manière d'un conte philosophique, le parcours de cet homme de théâtre hors du commun, ses voyages et son apprentissage en Europe, à Paris et en Suisse. On y croise toutes sortes d'animaux, des plantes étonnantes, des personnages mythologiques et surtout un saltimbanque qui joue avec le public comme avec les mots. Les mots empreints de poésie de Fabrice Melquiot.

Tel un petit lutin malicieux Omar Porras bondit, court, danse, joue avec agilité de son corps et nous enjôle de sa voix et de son accent. Baigné dans une lumière lunaire il démontre toute sa capacité à émerveiller. Et on se prend à regretter de ne pas avoir encore eu la chance de voir ses créations tant il fascine par son art.

En bref : Une biographie en forme de conte philosophique, avec la poésie de Fabrice Melquiot, pour raconter le parcours unique d'une grand homme de théâtre. Fascinant

Colombine, de Fabrice Melquiot, mise en scène et interprétation Omar Porras

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
11 Gilgamesh
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 5 au 26 juillet 2019 - 11h50 - durée : 1h15

Crédit photo @Ariane Catton Balabeau