mercredi 7 novembre 2018

L'OCCUPATION - Théâtre de l'Oeuvre

SUBLIME ROMANE BOHRINGER
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Elle entre sur scène, l'air de rien, un mug à la main, lance un disque, vérifie d'un oeil distrait la disposition des accessoires, ressort. après l'installation de Christophe "Disco"Minck, le musicien qui l'accompagne en live. Elle revient, une livre à la main, se dirige vers un micro, lit quelques lignes, pose le livre et devient cette quadra qui vit un moment crucial de sa vie sentimentale. Pendant un peu plus d'une heure Romane Bohringer incarne avec magnificence la femme jalouse qu'à décrit Annie Ernaux. Quelle belle rencontre.

DÉSIR ET JALOUSIE

Elle est belle et sensuelle. Elle est cette femme qui après de belles années de vie commune a décidé de quitter cet homme qu'elle a aimé mais auprès duquel, au bout de 6 ans, elle s'ennuyait. Ils ont gardé de bonnes relations, se voient souvent. Et un jour il lui annonce qu'il déménage. Ou plutôt qu'il emménage avec une autre femme. Et soudain la voilà toute "occupée" par l'image affabulée de cette autre, de la nouvelle femme de son ex, cette intruse dont il ne livre rien. La jalousie se glisse alors insidieusement dans sa tête et peut-être aussi dans son coeur. "C'est le squat d'une femme que je n'ai jamais vue".

SENSUALITÉ ET MALICE

Avec un peu de malice, pas mal de fougue et beaucoup de seconde degré Romane Borhinger s'empare des mots d'Annie Ernaux et les fait siens. Elle y met de la passion, incarne à merveille la femme jalouse à la limite de l'hystérie et en même temps a ce regards détaché qui analyse avec lucidité le comportement extravagant de cette femme. Elle traite avec humour et parfois un ton décalé les non-sens de ses réflexions, de ses actions, et distille avec réalisme la douleur qui "occupe" l'esprit. "le corps de mon ennemi réincarné dans le corps enseignant !". 

La mise en scène de Pierre Pradinas déroute au départ par l'utilisation de la vidéo. Les images projetée en fond de scène perturbent le texte, le polluent pas ses couleurs, ses mouvements sans rien apporter au propos. Mais passées les 20 premières minutes elles se font moins présentes et laissent la place à l'interprétation. Habillés de lumières chaudes la scène se fait écrin pour l'expression de cette confession. Le rythme joue des élans et des freins des sentiments du personnage. Quelques passages chantés ajoutent au ton décalé façon chanson de corps de garde. L'accompagnement musical de Christophe "Disco" Minck s'articule entre la douceur de la harpe, du piano ou de la guitare et la frénésie de la musique électro.

En bref : Intensément femme Romane Borhinger nous livre un spectacle qui montre toutes les contradictions d'une femme jalouse. Un spectacle sur le corps, le désir, la jalousie, empreint d'humour, de tendresse et de sensualité. Une très belle interprétation à ne pas manquer.

L'occupation, d'après le texte d'Annie Ernaux, mise en scène Pierre Pradinas,avec Romane Borhinger et Christophe "disco" Minck.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
55 Rue de Clichy 75009 Paris
Du 4 octobre au 2 décembre 2018
Du jeudi au samedi à 19h - dimanche 17h30



Crédit photo @Marion Stalens

CLOUÉE AU SOL - Théâtre Les Déchargeurs - Le regard de Corinne

MADIEU, TIGER CHÉRI !

(Le regard de Corinne)



Il était une fois une jeune femme qui réalise son rêve, devenir pilote de chasse. Aux commandes de son Tiger, elle côtoie le bleu du ciel et se sent libre. Elle est fière dans sa combinaison de pilote. C'est la période Bleue.

Puis un jour, à sa grande surprise, elle rencontre l'amour et devient maman. Elle met alors entre parenthèses sa vie de pilote, le temps de la maternité. C'est la période Rose / Guimauve.

Elle doit pourtant lâcher ce "petit bonheur" pour reprendre le travail. Elle deviendra pilote de drone. C'est la reconversion professionnelle qui lui est imposée. Plus de bleu du ciel, plus de Tiger, juste un écran gris et des caméras de surveillance. Commence alors la période Grise.

Durant toute la pièce (1h15), l'actrice est seule face au public. La mise en scène, épurée, est du coup risquée. Tout repose sur les épaules de Pauline Bayle. C'est pourtant elle qui, par son jeu remarquable, donne toute son épaisseur au texte.

Avec finesse, nous l'accompagnons dans le déroulé de sa vie qui, au fond, pourrait être la nôtre, exception faite de sa profession qui n'est quand même pas anodine. La joie d'accomplir son rêve, de se donner les moyens pour atteindre son but. Etre si fière de porter cette combinaison, symbole de sa réussite et de sa liberté. L'étonnement et le bonheur d'être amoureuse et enceinte. C'est nouveau pour elle qui jusqu'à cet instant était concentrée sur sa carrière. L'enthousiasme de reprendre son travail, ou plutôt de revoir le bleu et d'être aux commandes de son très cher Tiger. La surprise puis la volonté de croire à cette reconversion professionnelle obligée. Puis vient la désillusion et la résignation de travailler sous surveillance et d'accepter de participer à cette "guerre sous forme de jeu vidéo".

Pour finir, même si elle a essayé, même si elle s'est accrochée, avec le soutien indéfectible de sa famille, elle sombre et tombe ….c'est la dépression. Tout cela est trop loin de ce pourquoi elle s'est engagée. Tout s'embrouille.

L'actrice est subtile dans l'interprétation de cette palette de sentiments. A chaque période, elle nous transmet son émotion.

Pas facile de capter notre attention et de nous tenir en haleine 1h15 avec un sujet aussi peu vendeur.  Et pourtant, grâce au talent et à la maturité de Pauline Bayle, c'est chose faite. Nous sommes embarqués dans l'aventure.

C'est une performance de haut vol qui nous cloue à notre fauteuil.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre des Déchargeurs
Du 17 octobre au 3 novembre 2018
puis du 18 au 22 décembre 2018 
Et en tournée : Chartres 06/11 - Metz 8-10/11 - Eybens 16-17/11 - Vitrolles 20-21/11
Antibes 27-30/11 - Villeneuve Saint Georges 01/12 - Meudon 06/12
Surgères 25/01/19 - Carros 31/01/19

Retrouvez les mises en scène de Paulien Bayle : "Iliade-Odyssée" en tournée en France ainsi que "Chanson douce", adaptation du roman de Leïla Slimani à la Comédie Française à partir de mars 2019


Crédit photo @ Ifou pour le Pôle Média

dimanche 4 novembre 2018

CLOUÉE AU SOL - Théâtre Les Déchargeurs

SCOTCHANTE
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DOMMAGE COLLATÉRAL


Elle est là, debout, plantée sur ses deux jambes, solidement posée sur le sol blanc de ce carré qui semble prêt à recevoir tous les combats. Pourtant elle n'a qu'un but dans la vie : se plonger dans le bleu, le bleu du ciel, aux commandes de son Tiger. Elle est ce qu'elle a toujours voulu être : pilote de chasse. Toute puissante dans les airs elle file dans le bleu sans se soucier des dégâts causés par les bombes qu'elle a lâchées sur ces villages ennemis.

Mais voilà qu'au cours d'une permission au pays elle croise Eric. "Séquence guimauve" dit-elle. De son regard, de ses bras, de ses mots naissent des sensations jusqu'alors inconnues. Elle repart en mission. La combinaison commence à la serrer. La voilà enceinte. Retour au pays. Loin de Tiger un travail dans un bureau, le temps d'aider à grandir cette enfant non désirée mais acceptée et tant aimée et qui a besoin de présence. Mais l'objectif reste le même : retrouver le bleu. Or c'est le gris qui lui est proposé. Dans le désert qui entoure Las Vegas ses nouvelles commandes seront un manche et un clavier numérique, son Tiger : un drone, son rôle : le guider dans le ciel, surveiller les "jeunes hommes en âge de combattre", traquer le numéro deux dit "Le Prophète". Le bleu lui manque. Mais la sensation de toute-puissance revient "Tu est le prophète et je suis Dieu". Mais comment retrouver la maison, Eric, si patient, et cette petite fille et ses mignons petits poneys après avoir passé 8h à survoler et tuer ces ennemis dans un autre désert si loin du sien ? Comment ne pas perdre son humanité ?

PERFORMANCE SCOTCHANTE

Dans ce monologue l'auteur George Brant dresse le portrait d'une femme appartenant à l'élite de l'armée américaine. Une femme forte, une machine de guerre, froide, qui mène sa mission sans sentiment, sans état d'âme, et qui va s'effriter confrontée à une autre forme de guerre. Si tout danger de mort est écarté pour le pilote de drone c'est une guerre psychologique qui s'invite sur le terrain. "Moi avec cette tenue. Je l'avais gagnée. Ça c'était moi, maintenant. Voilà qui j'étais. Ça c'est moi"

Pour interpréter cette femme Gilles David, sociétaire de la Comédie Française, a choisi Pauline Bayle. La jeune metteur en scène dont on a pu voir la saison dernière l'adaptation de l'Iliade et l'Odyssée (toujours en tournée) montre ici tout son talent de comédienne. Pendant 1h15 elle tient le public entre ses mains. Par la force de sa respiration, son souffle, sa diction, par sa gestuelle et notamment ses bras, par ses ruptures de rythme elle décuple la force du texte. Passionnée au début elle s'enfièvre lorsqu'elle tombe amoureuse, se fait douce lorsqu'elle est maman puis lutte contre la dépression, la schizophrénie. Le mouvement inexorablement engagé monte en puissance, dans une mise en scène précise qui fait la place au jeu de la comédienne.

Sans autre accessoire que cette combinaison elle parvient à nous transmettre toutes les émotions qui traversent son personnage. C'est à peine si l'on fait attention à l'environnement sonore pourtant soigneusement distillé.

On pourrait ne pas se sentir concerné par cette histoire d'une armée qui n'est pas la notre. Pourtant ce récit d'une criante actualité nous touche par la simplicité relative de la mise en scène (comme il est bon de ne pas voir de vidéo illustrer ce que les mots et l'interprétation nous transmettent si bien), par la force et la fragilité de cette jeune femme, dommage collatéral d'une guerre moderne qui se joue sur les terrains d'un Moyen-Orient pas si lointain, par la puissance de jeu de Pauline Bayle.


En bref : Pauline Bayle dit avec force et sensibilité la déstabilisation d'une femme pilote de chasse confrontée à une nouvelle forme de guerre, qui devra choisir entre déshumanisation et désobéissance. Au-delà de l'intérêt du texte une performance scotchante.

Clouée au sol, de George Brant, mise en scène Gilles David, de la Comédie Française, avec Pauline Bayle

C'EST OU ? C'EST QUAND ? 
Théâtre des Déchargeurs
Du 17 octobre au 3 novembre 2018
puis du 18 au 22 décembre 2018 
Et en tournée : Chartres 06/11 - Metz 8-10/11 - Eybens 16-17/11 - Vitrolles 20-21/11
Antibes 27-30/11 - Villeneuve Saint Georges 01/12 - Meudon 06/12
Surgères 25/01/19 - Carros 31/01/19

Retrouvez les mises en scène de Paulien Bayle : "Iliade-Odyssée" en tournée en France ainsi que "Chanson douce", adaptation du roman de Leïla Slimani à la Comédie Française à partir de mars 2019


Crédit photo @ Ifou pour le Pôle Média


vendredi 2 novembre 2018

JE PARLE A UN HOMME QUI NE TIENT PAS EN PLACE - Théâtre du Rond-Point - Le regard de Corinne

AU FIL DE L'EAU ET DE L’AMITIÉ

(Le regard de Corinne)


Jacques Gamblin, seul en scène, nous invite à partager la correspondance qu'il a eue avec Thomas Coville au cours de sa 4e tentative de record du Tour du Monde à la voile en solitaire.

Le décor est simple, minimaliste : un ordinateur, pour écrire et recevoir des messages, un grand planisphère pour suivre l'avancée de l'aventurier, et ...une petite balle jaune !

Avec élégance et humour l'acteur anime ce monologue et esquisse un pas de tango de temps en temps. Il avance doucement dans sa relation avec Thomas Coville. On ne connaît pas le degré de complicité entre les deux hommes. Ils se connaissent, ont partagé des moments ensemble à terre.

Cette correspondance deviendra durant cette course un accélérateur de leur amitié. Cela commence comme une confidence, de l'admiration de Jacques Gamblin pour cet homme qui ose, qui va de l'avant. Elle va crescendo au fil de l'eau, pour finir par exploser à l'annonce de l'abandon du navigateur, faute de vent, malgré l'aide de Jac...

C'est l'heure de vérité pour l'acteur : trouver les bons mots pour réconforter son ami. Ceux que l'on aurait soi-même envie d'entendre dans une situation pareille, ceux qui vont faire mouche et amener à un dialogue, un échange.

C'est le tournant de la pièce : le partage des émotions, des doutes, des remises en question. Peur de l'échec pour deux hommes qui osent, qui essaient, qui risquent.

Le monologue devient dialogue car Thomas Coville répond à Jac. Ses mots sont rares, percutants, touchants. Ils se rejoignent enfin.

Et la petite balle jaune devient un énorme ballon jaune !


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris
du 16 octobre au 18 novembre 2018 - 18h30

jeudi 25 octobre 2018

LE BANQUET - Théâtre du Rond Point - Le regard de Corinne

PARI GAGNANT POUR MATHILDA MAY
(Le regard de Corinne)



Préambule : Le Théâtre Côté Cœur s'ouvre pour la deuxième fois à une seconde plume. Tourangelle de cœur, Parisienne par intermittence c'est au théâtre que Corinne préfère passer ses soirées dans la capitale. Je lui ai proposé de partager cet espace d'échange pour vous faire bénéficier d'un deuxième ou d'un autre regard sur les spectacles que nous aurons vus ensemble ou pas. Pour inaugurer cette collaboration c'est avec "Le banquet" que Corinne fait ses débuts de chroniqueuse de spectacle vivant. Elle m'a demandé l'indulgence. Pour un premier essai c'est encourageant (comme disait Marie-Paule Belle)

oOo

Nous sommes conviés à assister à un mariage.L'action se déroule au cours du banquet.

A priori rien d'original. Le spectateur peut même se demander ce qui va bien pouvoir l’intéresser, le surprendre dans cette pièce, avec peut-être une petite pointe d'angoisse à l'idée d'assister à un énième vaudeville ou comédie de boulevard.

Mais le rideau n'est pas encore tiré que le doute est levé.

La serveuse qui accompagne son levé nous donne le ton : ce sera du burlesque, du loufoque !

Autant le dire tout de suite : on aime ou on n'aime pas, pas de demi mesure avec une mise en scène originale, rythmée et finalement osée. 

Aucune phrase, compréhensible du public, n'est prononcée. C'est comme si les mignons de Moi, moche et méchant s'adressaient à nous. Et pourtant, grâce au jeu remarquable des acteurs, les messages passent.

Le spectateur renouera avec des connaissances croisées au cours de mariages, fêtes ou beuveries :le mari dragueur, les quinquas célibataires en quête de, le gamin qui s'ennuie par ces adultes et qui cherche la bêtise qu'il va pouvoir faire, la mariée dont le doute sur son choix marital va grandissant.

Une belle performance d'acteurs, croissante au fur et à mesure que la soirée avance et que les effets de l'alcool se font ressentir.

Au final nous nous laissons embarquer dans ce délire et nous passons un bon moment de franche rigolade.

Le pari de Mathilda May est relevé et, pour ma part, gagnant.



C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris
Du 10 oct au 10 nov 2018 - 21h


Vu par Corinne - Octobre 2018

mercredi 24 octobre 2018

LA DERNIÈRE SAISON - CIRQUE PLUME

UN AU REVOIR DANS LA JOIE
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Plus de 30, ans que Bernard Kudlak et le Cirque Plume partage avec son public son univers empreint de poésie. Mais voici que l'aventure se termine. Créé il y un peu plus d'un an "la dernière saison", dernier spectacle d'un troupe qui aura au cours de ses 2500 représentations fait rêver plus de 2.000.000 de spectateurs.

UN PRÉCURSEUR

Le Cirque Plume est l'un de ceux qui ont révolutionné l'univers du cirque. Créateur de ce cirque contemporain qui n'a pas besoin de Monsieur Loyal, un cirque où chaque spectacle est une histoire et pas une suite de numéro sans queue ni tête. Avec "la dernière saison" c'est un hommage à la nature, un voyage au fil des 4 saisons, où la poésie et la joie d'être ensemble l'emportent sur la nostalgie que l'on pourrait éprouver pour cet au-revoir.

"Je voulais que ce spectacle soit un poème avec des lumières, de l'ombre, des branches d'arbre et les neiges de plumes. Un poème à partager, une dernière fois" dit Bernard Kudlak. Et c'est parfaitement réussi. Certes les artistes sont virtuoses et les numéros de circassien nous laissent bouche bée. Mais au-delà de la technique circassienne il y a une âme. Au mât chinois, sur le double fil du funambule,au sol dans les mouvements déroutants de la contorsionniste (dont ses hilarants démêlés avec ses skis), dans les merveilleux intermèdes clownesques, au son de la musique composée par Benoît Schick, tous partagent avec le public ravi le plaisir d'être ensemble, encore une fois. Car l'une des particularité du Cirque Plume est de ne pas avoir une troupe fixe mais des artistes recrutés pour un spectacle. La bonne humeur règne sur la scène, une scène de théâtre pas une piste circulaire (encore une innovation des frères Kudlak). Mi-hommes, mi-animaux (dans ce cirque contemporain ce sont les hommes qui font les animaux), danseurs et musiciens déambulent, s'animent, rythment le défilé des saisons. La lumière imaginée par Fabrice Crouzet est extrêmement travaillée, léchée, soignée. Tout concours à créer cette poésie si caractéristique du Cirque Plume.

VISIONNAIRE ET POÉTIQUE

Lorsque finalement arrive cette 5e saison, lorsque les sacs plastique envahissent la scène, est-ce la fin du monde ? La fin d'un monde ? Un sursaut poétique et l'espoir renaît, la foi en l'humain. Une fin plus que dans l'air du temps. Un rappel à la réalité mais aussi à la marque de fabrique de cette troupe qui dès 1984, sous l'impulsion des frères Kudlak, faisait du cirque un lieu où s'exprime "l'esprit de la fête, la politique, le rêve, la poésie, la musique et les corps, dans une envie fraternelle, non violent et populaire".

Et c'est pour cela que bien que conscient de ce "dernier" spectacle c'est malgré tout le sourire sur les lèvres et les yeux pétillants de toute la magie qui nous a été offerte que nous quittons le chapiteau. Impossible de se dire que c'est la dernière fois.

"Nous seront présent, 
vous aussi.
Ensuite nous irons pêcher d'autres rêves sur d'autres rivières
Et vous irez partager d'autres éternités avec d'autres artistes. Avec ceux qui jouent dans cette dernière saison, je n'en doute pas.
Nous serons toujours avec vous
Peut-être même assis à vos côtés sur le gradin trop dur d'un chapiteau épanoui.
On n'a pas fini de s'émouvoir".

Merci Messieurs Pierre et Bernard Kudlak, merci à tous ceux qui ont fait partie de cette aventure, merci pour les moments magiques et les émotions que vous nous avez permis de vivre à vos côtés. Longue route à vous sur de nouveaux chemins. Votre cirque continuera à vivre dans nos mémoires, et dans tous les cirques que vous avez inspirés et auxquels vous avez ouvert la route.

La dernière saison, écriture, mise en scène, scénographie et direction artistique Bernard Kudlak, composition, arrangements et direction musicale Benoît Schick, costumes Nadia Genez, Lumière Fabrice Crouzet, son Jean-François Monnier, assistance à la mise en scène Hugues Fellot, direction technique Jean-MArie Jacquet, Direction de production Dominique Rougier, acrobatie danse hip hop Hichem Serir Abdallah anneau aérien Analia Serenelli danse Nicolas Sannier Mât chinois Andréa Schulte contorsion Anaëlle Molinario, fil, acrobatie Nathalie Good, performer acrobate zoomorphe Cyril Casmèze, musiciens Nicolas Boulet, Julien Chignier, Pierre Kudlak, Jacques Marquès, Bernard Montrichard, Yacine Sbay, Benoit Schick, Jonathan Volson

En bref : Une dernière saison en apothéose pour les adieux du Cirque Plume. Dans la bonne humeur et le plaisir d'être ensemble, une au-revoir à partager entre petits et grands pour garder en soi longtemps la poésie et toute la magie de l'univers créé par les frères Kudlak et tous ceux qui les ont accompagnés dans leur utopie devenue réelle.

Le calendrier de la tournée d'adieu qui nous emportera jusqu'en 2020 est disponible sur le site du Cirque Plume en cliquant ICI.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
du 26/09/18 au 30/12/18
Chapiteau du Parc de la Vilette


Crédit photo @Loll Willems Photography et @Pascal Sulochat
Vu Septembre 2018 - La Vilette

lundi 22 octobre 2018

JE PARLE A UN HOMME QUI NE TIENT PAS EN PLACE - Théâtre du Rond Point

"DIALOGUE MONLOGOGUÉ"
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Jacques Gamblin n'en finit pas de nous surprendre et de nous séduire. Artiste protéiforme comme le dit le programme, il multiplie les rencontres, les engagements, les actes d’humanité. Avec "Je parle à un homme qui ne tient pas en place" il nous plonge au cœur d'un échange entre deux solitudes, une rencontre au-delà des mers et au-delà des mots, un éclat d'humanité. Et que c'est beau !

ENTRE MER ET BRETAGNE

Ils se sont rencontrés il y a quelques années. De l'instant de cette rencontre Jacques Gamblin ne nous livre pas grand-chose et ce n'est pas le plus important. Ils se sont rencontrés sur un bateau, son voisin en Bretagne. Mais le lien qui s'est tissé entre ces deux personnalités est ce qui a motivé le comédien à écrire chaque soir au navigateur dès le premier jour de sa 4e tentative pour battre le record du tour du monde en solitaire en 2014.

Comme un terrien solitaire le comédien commence à rédiger et lire à haute voix ce qui ressemble à un journal intime. Mais l'ami invisible est bien réel. C'est ce grand navigateur parti pour vaincre le temps et les éléments. Pendant des jours le comédien qui ne tient pas en place sur scène écrit chaque soir au navigateur qui ne tient pas en place sur la mer. Des mails comme des bouteilles jetées à la mer et dont on ne sait pas si elles attendront un jour leur destinataire. Des mots d'un quotidien qui parait désuet. Que dire à cet homme coupé du monde ? Quels mots utiliser pour l'encourager, lui ce voisin mais pas encore tout à fait ami ? Puis la parole se fait plus intime, plus introspective. Le comédien commence à se livrer. Un jour il comprend que son ami a bien lu ses messages. Et lorsque Thomas Coville est contraint à l'abandon le monologue devient dialogue. Un échange d'une immense profondeur et intensité. Les mots jetés vers le navigateur prennent toute leur force.

DEUX SOLITUDES EN COMMUNION

Ni portrait ni confession "Je parle à quelqu'un qui ne tient pas en place" est un moment privilégié dans la vie de deux êtres exceptionnels. Alors que l'on pourrait penser qu'ils n'ont rien en commun le dialogue à distance, la situation hors du commun font de cette amitié une force pour l'un comme pour l'autre. Quelle émotion lorsque le navigateur exprime ce qu'il a ressenti à la lecture des messages de son ami. Cette communion que le navigateur n'avait jamais jusqu'alors éprouvée. Que d'humilité dans l'amitié et l'admiration que le comédien voue au navigateur.

Il y a le fond et il y a la forme. Quelle belle utilisation de la vidéo. Cet écran hissé telle une voile au début du spectacle, la progression de ce petit point sur l'immense planisphère. Ce petit point qui grossit comme le lien entre ces deux hommes. Ces images qui nous donnent l'impression d'être à bord du trimaran, secoué par les vagues comme Thomas Coville, le visage fouetté par les embruns

On pourrait se demander pourquoi faire un spectacle d'une correspondance aussi intime. Et puis on sort de la salle avec l'envie d'acheter le texte pour lire et relire ces textes empreint d'amitié, d'amour, de la richesse de cette bienveillance et de cette admiration mutuelles. Des mots témoins de la grande sensibilité de Jacques Gamblin, qui nous ont parfois fait rire ou sourire, qui souvent nous ont émus.

En bref : fruit de la correspondance entre Jacques Gamblin, le comédien adepte du seul en scène et Thomas Coville, le navigateur seul en mer, "Je parle à quelqu'un qui ne tient pas en place" est un moment de grâce, une double introspection au coeur des émotions de deux solitaires passionnés. Merci Messieurs de l'avoir partagé avec nous et de nous avoir entraîné dans votre sillage sur la route de la vie et de l'amitié.

Je parle à un homme qui je tient pas en place de Jacques Gamblin et Thomas Coville, avec Javques Gamblin, collaboration à la mise en scne Domitille Bioret, collaboration artistique Bastien Lefèvre Françoise Lebeau, scénographie et vidéo Pierre Nouvel, son Lucas Lelièvre, lumières Laurent Béal

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
2 bis av. Franklin Roosevelt 75008 Paris
Du 16 oct au 18 nov 2018
Du mercredi au dimanche 18h30



Crédit photo @Vincent Curutchet (Thomas Coville) 
Vu octobre 2018 - Théâtre du Rond Point