dimanche 21 mai 2017

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT

ENQUÊTE POLICIÈRE ET QUÊTE DE SOI
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Adaptation réussie du livre de Mark HADDON, LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT nous plonge dans le monde d'un autiste au travers d'une enquête surprenante. Un petit bijou notamment grâce à la remarquable interprétation de Pierre Lefebvre Adrien.

QUI A TUE WELLINGTON ?

Christopher Boone a 15 ans, est passionné par les mathématiques, l'espace. Il est doté d'une logique imparable et d'une intelligence hors norme. Incapable de mentir il aime la vérité et Sherlock Holmes. Mais Christopher n'est  pas doué pour les relations avec les autres. Il est autiste et n'a jamais dépassé seul le bout de sa rue. Alors quand il trouve le chien de la voisine planté d'une fourche il n'a plus qu'un but : découvrir qui a tué l'animal. Commence une enquête qui se transforme en parcours initiatique qui lui permettra de se révéler et de se libérer de ses contraintes intérieures.

Repris pour une deuxième saison au théâtre de la Tempête, cette adaptation du roman de Mark Haddon, succès de librairie et sur la scène londonienne, est une petite pépite. Sans pathos aucun il nous amène à voir le monde par le prisme de Christopher. Un monde "plein de choses évidentes que personne ne remarque"

La mort brutale de Wellington va sortir Christopher de son petit monde entouré de son père de Siobhan, son éducatrice. Sébastien BRAVARD est Ed, ce père courageux et blessé qui lutte seul pour élever cet enfant passionnant mais si difficile à accompagner et qui refuse tout contact physique. Juliette POISSONNIER est Siobhan. Une amie plus qu'une éducatrice. Calme, attentive, elle accompagne Christopher, faisant le lien entre le théâtre et le récit par les lectures du livre de Christopher. Elle semble être celle qui comprend et gère le mieux les comportements du syndrome d'Asperger dont est atteint son élève. Elle est le soutien le plus solide du surdoué des maths, hermétiques aux codes qui gèrent la société autour de lui, cette société de faux-semblants, de mensonges et de métaphores, tout ce que Christopher ne peut pas être, lui qui n'est que franchise, vérité et précision.

FINESSE ET MAÎTRISE


Si tous les rôles sont interprétés avec justesse Pierre LEVEBVRE ADRIEN est tout simplement éblouissant. Il incarne avec sobriété Christopher. Son jeu tout en sensibilité nous fait partager les émotions qui traversent le jeune homme perdu, perturbé, qui voit son univers complètement chamboulé. Dans ce parcours initiatique il va redéfinir son monde, donner un autre angle aux relations familiales, trouver sa vérité et sa liberté. La finesse et la maîtrise de l'interprétation étonnent, captivent, impressionnent. 

La scénographie ouverte et aérée fait la part belle aux lumières qui créent et délimitent les espaces. Les vidéos de Olivier ROSER et l'environnement sonore créé par Stéphanie GIBERT sont d'une grande précision. La scénographie et la mise en scène se conjuguent pour rendre la perception amplifiée de l'autisme vis-à-vis du monde extérieur. Violence du ressenti, besoin de se mettre à l'écart, ralenti, apesanteur : autant d'effets qui servent à illustrer le parcours intérieur de Christopher, à nous faire partager les émotions violentes qui le traversent et finissent par nous toucher. 


Le bizarre incident du chien pendant la nuit, d'après le roman de Mark Haddon, adaptation Simon Stephens, texte français Dominique Hollier, Mise en scène Philipe Adrien, avec Pierre Lefebvre Adrien, Juliette Poissonnier, Sébastien Bravard, Nathalie Vairac, Bernadette Le Saché, Mireille Roussel en alternance avec Joanna Liannoux, Laurent Montel, Laurent Ménoret, Tadié Tuéné en alternance avec Christian Julien

En bref : Dans une ambiance de polar LE BIZARRE INCIDENT DU CHIENT PENDANT LA NUIT nous fait découvrir le monde par le regard de l'autiste, avec intelligence et subtilité. Entouré d'une belle distribution toujours juste Pierre LEVEBFRE ADRIEN est saisissant de finesse et de maîtrise. A ne manquer sous aucun prétexte.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
La Cartoucherie - Route du Champ-de-Manoeuvre 75012 Paris
du 20 avril au 28 mai
du mardi au samedi 20h - dimanche 16h

Crédit photo @Antonia Bozzi
Vu Mai 2017 - Théâtre La Tempête

dimanche 14 mai 2017

LE KLAN

DRAME POLITIQUE ET SOCIAL : AUX RACINES DU MAL
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1984. Dans une petite ville de Louisiane Mark DUKE est accusé du meurtre d'un juif. Membre du Ku Kux Klan il risque la chaise électrique. Contre son gré, alors qu'il plaide coupable, c'est son frère Tony qui va le défendre. Chronique d'une haine ordinaire sur fond de rancœurs familiales. Un showcase dont on espère qu'il n'est que le début d'une longue aventure.

UN HISTOIRE D'HOMMES

LE KLAN est un projet longuement mûri, fruit de rencontres et de solides amitiés. Lilian LLOYD, l'auteur, rencontre Alex METZINGER il y a 4 ans. Alex a quitté son parcours professionnel pour exercer sa passion : le théâtre. C'est au sein de l'association Amathéà, sous la direction de Lilian, qu'il déploie son talent. Puis il crée il y a deux ans sa structure "Le bruit du murmure". Un objectif : défendre des textes engagés. Alors quand Lilian lui parle du KLAN il n'hésite pas une seconde a lui emboîter le pas pour lancer cette aventure.

Avec cette pièce Lilian change de registre et aborde avec réussite le drame politique et social.  LE KLAN nous parle du racisme. Plongeant dans les racines du mal, il démontre comment l'environnement social, familial et culturel fait naître la haine irraisonnée de l'autre. En se transposant dans l'Amérique profonde des années 1980, Lilian nous interpelle sur la France de 2017, celle qui voit la montée des extrémismes, l'augmentation des actes antisémites, la multiplication des agressions racistes, homophobes, l'expression de la peur et du rejet de l'autre.


UNE HISTOIRE DE FRÈRES

Bien que frères, Mark (Alex METZINGER) et Tony (Lilian LLOYD) aient suivi des voies différentes. Tandis que Mark est resté dans cette Louisiane pauvre qui l'a vu naître, Tony est devenu avocat et s'est installé à New York. Cela fait des années qu'ils ne se sont plus vus. Les drames de leur enfance leur ont fait prendre des chemins divergents. Pourtant c'est la même haine qui leur a servi de berceau. Mark s'est marié. Désormais père de deux jeunes enfants il traîne sa vie de petits boulots en soirées alcoolisées. Jusqu'au jour où il est arrêté et accusé de meurtre.

UN HISTOIRE DE FEMMES

Entre ces deux hommes deux femmes. Il y a Betty (Emilie DEVILLE) la femme de Mark. Elle le sait innocent. Sensible c'est une femme du sud, solide, battante. Épouse fidèle mais pas soumise, mère dévouée, elle connaît tous de ces deux hommes qui s'affrontent dans un même combat. Il y a aussi Kate (Victoria GROBOIS), l'assistante de Tony. Jeune avocate ambitieuse elle est rigoureuse et froide. Au contact de Tony elle découvre qu'il n'est pas besoin d'être monstre pour faire des choses monstrueuses. Qui de Tony l'avocat séducteur ou de Mark le père assassin est le pire connard ? Ne sont-ils pas tous deux victimes d'un système malgré leurs trajectoires différentes ? Progressivement les ombres du passé vont être mises à jour, éclairant d'un jour nouveau les motivations des uns et des autres.

DÉMARCHE CITOYENNE ET PÉDAGOGIQUE

Ce spectacle qui n'avait pas encore trouvé ses producteurs lors du showcase du 24 avril 2017, prend de la distance pour mieux évoquer la situation de la France de 2017. Dans l'esprit de la compagnie .Le bruit du murmure, il s'inscrit dans une démarche citoyenne et pédagogique et à vocation à susciter le débat. Il a obtenu le soutien de la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme et l'antisémitisme

"Parce que nous sommes convaincus que l'histoire, la culture et l'éducation sont les meilleurs remparts contre le racisme et l'antisémitisme, nous souhaitons aller à la rencontre du grand public comme d'un public jeune pour aborder avec eux ces sujets" peut-on lire sur le site de la compagnie. C'est tout le mal que l'on souhaite à ce spectacle particulièrement réussi dans tous ses aspects : une écriture fluide, intelligente, une interprétation sensible, juste du quatuor de comédiens, une mise en scène précise, une scénographie subtile d'Emmanuel CHARLES, des musiques originales de Michel JOUVEAUX totalement ancrées dans les années 1980 et des costumes réalistes de Julia ALLEGRE. Un spectacle très cinématographique, co-produit par FousdeThéâtre Prod et la compagnie.


Le Klan de Lilian Lloyd, mis en scène par Lilian Lloyd assisté de Bénédicte Bailby à la direction d'acteurs, avec Emilie Deville, Victoria Grosbois, Lilian Lloyd et Alex Metzinger.

En bref : Avec Le Klan Lilian Lloyd aborde un drame politique et social. Une écriture fine empreinte de sensibilité pour aborder les problématiques toujours actuelles du racisme et de l'antisémitisme. Portée par un quatuor de comédiens talentueux, un spectacle fort que l'on espère voir très rapidement programmé sur les scènes parisiennes (et au-delà).

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
C'était à la Comédie de Paris
24 avril 2017
Et on espère bientôt vous donner des dates

BOUTELIS

CIRQUE ONIRIQUE ET POÉTIQUE
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Après SIX PIED SOUS TERRE la Compagnie Lapsus nous entraîne avec BOUTELIS dans un univers onirique, où une jeune femme affronte ses peurs d'enfant. Un cirque acrobatique et une plongée dans l'imaginaire. Poétique

ÉTRANGE IMAGINAIRE

Dans cette chambre de jeune fille le lit et la coiffeuse sont entourés de deux portes, celle de la chambre et celle de l'armoire. Deux ouvertures sur le monde, sur l'imaginaire, deux portes qui ne sont pas toujours ce que l’on attend d'elles. Incapable de sortir de ce lieu la jeune fille s'endort. Nous entrons alors dans un univers entre "Monstres & Cie" et "Alice au Pays des Merveilles" : un monde imaginaire, sombre, entre rêves et cauchemars.

Dans ce cadre onirique à l'esthétique léchée vont se côtoyer des créatures étranges : chiens ou singes à la chevelure aveuglante et camouflante, Tarzan sur talons aiguilles, employés en costume gris. La robe bleue de la jeune fille est la seule tache de couleur. C'est avec le soutien de ses amis imaginaires, de ses doubles, que la jeune fille va affronter ses peurs enfantines et ses monstres intérieurs pour mieux s'en libérer.


CIRQUE ACROBATIQUE ET AÉRIEN

Les 7 artistes de la Compagnie Lapsus enchaînent les acrobaties, exercices de portée et de main à main et les numéros de circassiens. Cet univers onirique offre de beaux moments de poésie, tels ce duo-combat entre un homme et un cerf-volant ou celui des monocycles. L'étrange côtoie le réel, le temps semble distendu. Les ombres du subconscient comme autant de facettes de la personnalité, manipulent l'homme statufié, jonglent avec les sensations.

La musique originale de Marek HUNHAP et les créations lumière de Mathieu SAMPIC participent à la composition de cette ambiance onirique étrange, irréelle et poétique.

En bref : pour sa seconde création la Compagnie Lapsus nous entraîne dans le subconscient et l'imaginaire de l'enfance. Une plongée onirique dans un univers étrange. Laissez-vous envoûter

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
C'était à la Nacelle
Rue de Montgardé 78 Aubergenville
Les 12 et 14 mai 2017

Ce sera en tournée en France et
Festival OFF Avignon
L'Occitanie fait son cirque
Du 11 au 23 juillet 2017



Crédit photo @ Daniel Michelon et Mathieu Sampic
Vu Mai 2017 - La Nacelle Aubergenville

samedi 13 mai 2017

GEHENNE

DANS LA TÊTE D'UN TERRORISTE
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Il y a 3 ans Ismaël SAIDI créait la surprise avec DJIHAD, Le spectacle. Deuxième volet d'un triptyque sur la radicalisation GEHENNE s'installe au Palais des Glaces. Confronté à un prêtre et à une mère juive, comment le terroriste Ismaël va-t-il réagir à l'aube de son procès ? Un deuxième volet en dessous du premier, en attendant le troisième.

DE LA CULPABILITÉ DU TUEUR

A la fin de DJIHAD le spectacle nous avons laissé Ismaël alors qu'il a commis l'irréparable : un attentat terroriste. Au début de GEHENNE nous le retrouvons à l'ouverture de son procès. Blessé par l'explosion il a perdu l'usage de ses jambes et se déplace désormais en fauteuil roulant. Son acte a causé la mort de plusieurs enfants juifs. Alors qu'il se présente devant ses juges aucun regret, aucun remords dans son attitude ni dans ses paroles.

Nous le retrouvons ensuite dans un face à face avec un prêtre, (Shark CARRERA) un représentant de l'église catholique commis d'office. Un personnage à la parole libre qui essaie d'engager un dialogue avec le terroriste, de le confronter à sa culpabilité, de semer le doute dans ses certitudes. Un prêtre qui le provoque dans la parole et le geste, le poussant dans ses retranchements.

Un questionnement et une remise en cause qui sont aussi provoqués par la rencontre avec une jeune femme juive qui a perdu la raison (formidable Audrey DEVOS) qu'il croise à l'hôpital où il se rend pour ses soins. Avec son enfant poupée elle intrigue Ismaël dont le premier réflexe est de la rejeter du fait de sa religion avant de tomber sous son charme et de ne plus penser qu'à elle à longueur de journée. Un amour pour une juive qui va perturber le musulman qui a grandi dans la haine du juif.

Les nuits d'Ismaël sont agitées. Ses cauchemars résonnent des échos de l'attentat. Ses journées sont secouées par l'alternance des entretiens avec le prêtre catholique et la femme juive. Jusqu’à la révélation finale.

UN DEUXIÈME VOLET DÉCEVANT

Dans ce deuxième volet de son triptyque Ismaël SAIDI voulait montrer comment la haine de l'autre nourrit dès l'enfance peut conditionner le comportement. Dans DJIHAD Le spectacle il montrait avec réussite le parcours de trois jeunes de la banlieue de Bruxelles sur la toute du djihad : leur naïveté, leurs espoirs, leur crédulité, leurs désillusions. Si GEHENNE fourmille de références et d'idées fortes la mise en oeuvre n'est malheureusement pas aussi réussie par manque de rythme, et un texte qui manque de profondeur.

Ismaël SAIDI inscrit son travail dans une démarche résolument pédagogique. Jouée 19 fois sur la scène à Bruxelles et depuis le 19 avril à Paris c'est avant tout à un public de collégiens et de lycéens qu'il s'adresse. De fait l'écriture est très jeune, trop peut-être pour vraiment séduire un public adulte. Le personnage du prêtre est caricatural. On en comprend très tardivement le pourquoi. Le second personnage qui pourrait amener Ismaël à mener une réflexion sur ses actes est une jeune femme qui a perdu la raison. Confronté aux deux religions qu'il déteste Ismaël pourrait être amené à réfléchir sur les motivations de son acte. Mais là où DJIHAD nous menait vers une réflexion sur les rêves et désillusions des jeunes sur la route de la guerre en Syrie, GEHENNE peine à nous faire entrer dans l'esprit du terroriste.  "Je voulais écrite une pièce où il n'y a rien de sociétal, où tout n'est que religieux" dit l'auteur qui interprète également le rôle du terroriste. Malheureusement le poids du religieux n'est pas assez ou maladroitement démontré.

En bref : avec ce deuxième volet de la trilogie sur la radicalisation Ismaël SAIDI nous emmène dans l'esprit d'un terroriste et convoque les trois grandes religions. Un spectacle en demi-teinte qui a pour objectif de susciter le dialogue et le questionnement chez un public adolescent. En attendant le troisième volet.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
37 Rue du Faubourg du Temple 75010 Paris
Du 19/04/17 au, 03/06/17
du mercredi au samedi à 19h30


Retrouvez mon article sur DJIHAD le spectacle en cliquant ICI

Vu avril 2017 - Palais des Glaces Paris

mardi 9 mai 2017

LES NOCES DE FIGARO - Opéra en plein air

DÉMOCRATISER L’OPÉRA




Le cercle OPERA EN PLEIN AIR est né en 2001. Avec un objectif : mettre l'opéra à portée de tous tout en présentant les oeuvres majeurs du répertoire lyrique dans des cadres historiques et permettre la découverte de nouveaux talents. Pour l'édition 22017 ces sont LES NOCES DE FIGARO de Mozart qui ont été retenues. La mise en scène est confiée à Julie GAYET et Ken HIGELIN, sous la direction musicale de Yannis POUSPOURIKAS. C'est à l'auditorium du Musée de l'Armée que l'équipe a présenté le 21 avril dernier la tournée 2017.


Benjamin PATOU a une devise : "le non étant déjà acquis tentons le oui". C'est avec ce mantra en tête que le producteur d'Opéra en plein air a approché Julie GAYET pour lui proposer de relever le défi 2017. Après une année 2016 difficile, entre attentats et inondations, la question se posait de savoir s'il fallait continuer. Mais sa conviction que la culture est fondamentale l'a emporté sur le doute.  

Si Julie GAYET a accepté avec enthousiasme, c'est aussi parce que cet opéra est lié à un souvenir d'enfance et à sa première prestation en public où elle chanta l'air de Barberine. La productrice, comédienne et metteur en scène a en effet une formation au chant lyrique. C'est parce que son professeur de chant ne voulait pas qu'elle pleure sur l'air de Barberine qu'elle a commencé le théâtre pour ne plus jamais revenir au chant. Pour elle le challenge est d'apporter quelque chose de nouveau. Elle inscrit cette aventure dans la continuité de son travail de productrice qui met en avant des artistes en devenir. Un choix évident pour Tristan DUVAL, qui s'inscrit dans une opposition à l’ostracisme du monde de l'art lyrique fermé au grand public et aux artistes qui ne sont pas de son sérail

Pour Anne GRAVOIN qui est partenaire depuis 2006, ce qui lie les équipes c'est cette passion pour l'opéra. Il y a pour tous "une envie et un niveau d'engagement merveilleux". Un travail qui résulte également de la volonté de faire toujours travailler des intermittents du spectacle, avec des budgets toujours. Comme le rappelle Tristan DUVAL, "la culture est un investissement, pas un coût"

Un investissement individuel et collectif salué également par Yannis POUSPOURIKAS qui assure la direction musicale et qui se réjouit de monter LES NOCES DE FIGARO dans ces lieux. Car pour lui, "s'il y a un endroit où on peut faire une satire sociale c'est bien en France". Son challenge a été de former deux couples en contraste. Soulignant l'importance des auditions et des prises de rôles qui marquent à jamais les interprètes, c'est à une jeune chanteuse, Cécile MADELIN, qu'il a confié le rôle de Chérubin. Les deux rôles principaux seront tenus par deux voix claires, des profils difficiles à trouver selon le musicien

C'est aussi la volonté de faire de l'événement un tremplin pour les jeunes artistes. Car si la France a de grandes écoles lyriques, il y est très difficile de lancer une carrière du fait de la concurrence internationale qui alimente les scènes françaises. Car chaque année "Opéra en plein air" c'est une création artistique ambitieuse, soutenue par de nombreux partenaires et sponsors, et notamment le soutien de la Sedidam.

Des partenariats qui permettent de proposer des places à des prix trois fois moins chers que dans une salle classique. Mais aussi de réaliser deux séances pour des scolaires, au parc de Sceaux. Une démarche d'ouverture vers un public qui ne viendrait pas spontanément vers l'opéra et l'art lyrique.

Dans leur mise en scène Julie GAYET et Ken HIGELIN ont voulu profiter pleinement du cadre qui leur est offert à chaque fois, faisant dire à Tristan DUVAL "vous réalisez notre rêve de départ de ne pas avoir d'autre décor que le patrimoine architectural". Un dispositif qui permettra au public d'être proche mais qui mettra également en valeur les musiciens, complètement imbriqués avec la mise en scène. Dans un univers s'inspirant de la commedia dell'arte la scénographie a imaginé un kiosque à musique. La boucle est bouclée pour cet opéra qui aura pour décor l'espace dans lequel se déroule l'intrigue : un château.

Une 18ème édition qui promet de belles soirées et de belles émotions.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?


Domaine de Sceaux - 16 & 17 juin 2017
Château du Champs de Bataille (Eure) - 24 juin 2017
Château de Vincennes - 30 Juin 2017
Cité de Carcassonne - 13 juillet 2017
Château de Haroué (54) - 1er et 2 septembre 2017
Hôtel National des Invalides - 7/8 et 9 septembre 2017

Toutes les informations sur le site Opéra en Plein Air en cliquant ICI



lundi 1 mai 2017

POURQUOI ? - Michaël Hirsch

UN GRAND ENFANT ! UN IMMENSE COMÉDIEN !
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Depuis 3 ans Michaël HIRSCH promène ses "Pourquoi ?" sur toutes les scènes de France. Un succès qui ne se dément pas pour ce digne héritier de Devos et de Desproges. Plongez sans hésitation dans son univers insolite et décalé.


PARCOURS INITIATIQUE

Souvenez lorsque vous étiez enfant et que vous ne cessiez de vous étonner sur le monde. De l'enfance curieuse au vieil homme malicieux en passant par l'adolescent blasé, le jeune homme en quête d'avenir et l'homme mûr entre résignation et résistance, "POURQUOI" promène le regard d'un être en quête de sens. Passant par les différents stades d'une vie d'homme il interroge la vie et nous interpelle sur le sens du monde qui nous entoure, sur notre place, le tout avec un humour fin.

Jonglant avec les mots avec une aisance et une rapidité déconcertantes Michaël HIRSCH ne laisse personne indifférent. Héritier de Raymond DEVOS et de Pierre DESPROGES qu'il admire depuis toujours, il pratique les jeux de mots et les calembours avec la virtuosité de ses maîtres spirituels. 

Chaque questionnement est posé avec subtilité. De l'espièglerie de l'enfant à la malice du vieillard Michaël surprend à chaque mot d'esprit et nous laisse hilares et ébahis par la la fluidité et la pertinence de ses interrogations qui finalement rejoignent les nôtres, sur la famille, le travail, la société, l'amitié, l'amour, la politique, la vie.

Avec générosité et sincérité il joue avec le public, partenaire plus que spectateur. Une interactivité qui s'est installée au fil des représentations. Il nous entraîne dans son univers poétique. Un voyage existentiel et une savoureuse et attachante galerie de personnages : les parents, les personnes qui ont marqué la construction de soi, l'ami de toujours. Un imaginaire entre dérision et réflexion, abordant des sujets légers ou plus graves.

La mise en scène d'Ivan CALBERAC est simple, dépouillée, laissant la place au texte. La mise en lumière accentue la poésie du spectacle. Le rappel permet d'entendre un poème de 125 vers de 8 pieds : le mille-pattes, réflexion sur les défis d'une époque troublée."N'oublions pas qu'il ne faut pas consentir pour ne pas se sentir con"

En savoir plus :
Retrouvez l'entretien que m'a accordé Michaël HIRSCH en cliquant ICI.
Et pour ne rien manquer que son actualité suivez le sur twitter, sur Facebook, sur son site
Retrouvez toutes les "Lettres ou ne pas lettres" sur sa chaîne Youtube

En bref : un petit bijou pour les amoureux de la langue française. Digne héritier de Devos et de Desproges Michaël HIRSCH nous secoue les neurones et les zygomatiques avec ses calembours et jeux de mots subtils, impertinents, émouvants et intelligents. C'est drôle et ça fait du bien. A voir et revoir

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

En tournée en France jusqu'en décembre 2017. Toutes les dates en cliquant ICI

Avignon Off 2017
Théâtre du Roi René
4 Rue Grivolas
8 au 30 juillet 2017 - 17h30

Vu Avignon Off 2016 - Théâtre du Roi René et Mars 2017 Lucernaire Paris

dimanche 9 avril 2017

LA REGLE DU JEU

FALLAIT-IL BRISER LES RÈGLES ?
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S'ouvrant aux nouveaux auteurs et aux metteurs en scène la Comédie Française a fait appel à la brésilienne Christiane JATAHY. Consécration pour cette dramaturge inconnue en France il y a trois ans et qui présente une adaptation du scénario de Jean RENOIR, lequel met en scène l'insouciance d'une classe bourgeoise. En cassant le 4ème mur, fallait-il briser les règles ?

ENTRE CINÉMA ET THÉÂTRE

Le spectacle s'ouvre sur un film. Cela devient récurrent au théâtre. Mais pour introduire ses personnages et le décor Christiane JATAHY choisit de mettre en scène la troupe de la Comédie Française dans un film de 26 minutes. 26 longues minutes qui nous promènent de la Place Colette avec l'arrivée des invités, aux loges des artistes transformées en chambres d'un important manoir, après que le buffet ait battu son plein dans le hall d'accueil du théâtre. Avec de longs plans séquence la caméra filme au plus près les acteurs du drame à venir. Transposé dans la France de 2017, le héros de la fête André Jurieux (Laurent Lafitte qui a l'air perdu) n'est pas un aviateur mais un marin qui a sauvé des migrants de la noyade. L'hôte Christine (merveilleuse et lumineuse Suliane BRAHIM) est devenue une fille d'immigré du Maghreb et Edouard Schumacher (Bakary Sangaré aux talents sous-utilisés) est un africain. Une volonté de nous confronter à notre rapport à l'étranger dans une époque pas moins troublée que celle du film.

Il y a très longtemps que je n'ai vu le film de Jean RENOIR et les détails de l'intrigue n'encombraient pas ma mémoire, me permettant d'aborder la représentation relativement vierge de tout a priori. Christiane JATAHY a été particulièrement remarquée la saison dernière pour WHAT IF THEY WENT TO MOSCOW, une adaptation des Trois Sœurs de Anton Tchekhov, à propos duquel elle disait "Je suis convaincue que l'on peut concevoir un travail expérimental qui ne soit pas hermétique. Faire tomber le mur qui nous sépare du public". Comme on pouvait le lire dans Le Monde, "sa marque de fabrique : interroger la porosité entre scène et cinéma". Mais après 26 minutes de film en début de spectacle et 10 à la fin, soit 36 mn de cinéma continue sur 2h de spectacle ne serait-ce pas remplacer le 4ème mur du théâtre par un écran blanc ?

La vidéo est devenue quasi omniprésente dans les mises en scène contemporaines. Toutefois son utilisation va de la facilité à la construction de nouvelles scénographies. Que ce soit chez Ivo van Hove (KINGS OF WAR, LES DAMNES) ou Julien GOSSELIN (LES PARTICULES ELEMENTAIRES, 2666) pour ne citer qu'eux, la vidéo, qu'elle soit filmée avant ou qu'il s'agisse de retransmission en direct de captation du plateau, s'intègre dans le spectacle, démultipliant l'espace, sans pour autant supplanter le jeu des comédiens. Si Christiane JATAHY utilise également ces procédés pour LA RÈGLE DU JEU, la longueur des parties filmées sans comédiens sur scène fait regretter qu'elle hésite autant entre cinéma et théâtre.

UN SPECTACLE FOUTRAQUE

Lorsque l'écran blanc se lève il fait place à une longue scène de cabaret. Un style déjanté que l'on si peu l'habitude de voir qu'il a fait fuir quelques spectateurs. Cette scène de joyeuse insouciance d'une bourgeoisie qui se veut contemporaine est un beau moment de comédie. Les lumières se rallument dans la salle et le public est appelé à participer, à réagir, à chanter, à lever les bras. D'abord surpris et dubitatif il se prend au jeu. On participe de bon gré à la fête, riant des frasques de Serge BAGDASSARIAN qui s'amuse avec sa montagne de déguisement, chantant avec Elsa LEPOIVRE (tous deux toujours remarquables).

Mais dans ce joyeux divertissement un peu foutraque se perd l’entrelacs des intrigues amoureuses qui sont le fond de l'histoire. La caméra nous renvoie des images de ce qui se passe dans les coulisses, derrière les pans de décors, mais avec des angles de projection pas toujours très lisibles pour le spectateur distrait par  le cabaret qui se joue et se rejoue. Jusqu'au dramatique dénouement final et ce drone qui prend de la hauteur, comme un ultime hommage à ce lieu magnifique qu'est la Comédie Française. Un lieu si chargé d'histoire qu'il m'a semblé avoir impressionné la metteur en scène. Le générique de fin dresse la liste des 42 spectacles joués en ces murs qui ont "inspiré" les décors et costumes de cette RÈGLE DU JEU. Hommage à l'Institution ou manque d'inspiration ?

En bref : Christiane JATAHY importe dans les murs une mise en scène expérimentale et contemporaine et secoue les habitudes de la vénérable maison de Molière. Une mise en scène très cinématographique, chargée et brouillonne qui ne permet pas la pleine expression de l'intrigue romanesque. Si l'on passe un agréable moment, notamment par la qualité de jeu de cette troupe extraordinaire, cette adaptation du film de Jean RENOIR ne convainc pas complètement.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française
Salle Richelieu - Place Colette 75001 PARIS
Du 4 février au 15 juin 2017