dimanche 16 février 2020

JE M'APPELLE ERIK SATIE COMME TOUT LE MONDE

SATIE...L'EXUTOIRE !

Le regard de Corinne


Laétitia Gonzalbes, auteur, metteur en scène prolixe (récemment trois pièces à l'affiche au  Théâtre de la Contrescarpe) lève un coin de voile sur des épisodes de la vie de ce personnage atypique qu'était Erik Satie : auteur, compositeur, célébré dans le monde et pourtant, seul et sans attache, mort dans une grande pauvreté ignorée de ses amis. Mais le récit de ce personnage n'est qu'un prétexte, comme nous le découvrirons à la fin de la pièce.

Sur la toile du fond de scène, devenue grand écran pour l'heure, un dessin intuitif de Suki, illustrateur poétique, nous apprend l'évasion d'un hôpital psychiatrique d'une femme et d'un homme. L'alerte est donnée pour les rechercher. Puis, grâce à une horloge animée, nous remontons le temps pour comprendre.

Une heure plus tôt donc : dans une salle de ce même hôpital, arrive Anna (Anaïs Yazit) jeune infirmière inexpérimentée. Anxieuse, alors qu'elle attend son patient, elle demande les
conseils à sa collègue. Arrive alors Erik Satie et le face à face peut débuter. Une grande proximité, complicité s'installe entre ces deux-là, ils dansent, jouent du piano, se confient, à tel point que nous nous interrogeons sur leurs véritables liens.

Laétitia Gonzalbes met en scène, avec beaucoup de finesse et de délicatesse ce texte (dont elle est aussi l'auteur). Elle nous amène à nous interroger sur la perception, la compréhension de l'autre, supposé ou non, différent. Excentricité, originalité voire même génie pour les uns. Déséquilibre, fragilité pour les autres. Où placer le curseur? Le seul regret que nous pouvons, peut-être formuler, est que cette suggestion intervient tardivement dans le spectacle.

Elliot Jenicot (récent ex sociétaire de la comédie française) est tout simplement remarquable dans son interprétation de Satie. Dans sa diction, sa gestuelle il est son personnage. Quant à Anaïs Yazit sa prestation va crescendo. Elle peine à nous convaincre au début du spectacle, mais, peu à peu, son jeu s'installe pour finir par devenir vraiment convaincant et poignant quand les masques tombent.

En bref : C'est un spectacle en trompe l'œil dont le sujet est intéressant même si pas facile à appréhender, servi par deux beaux et émouvants artistes.


Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde de Laétitia Gonzalbes avec Elliot Jenicot, Anaïs Yazit,  costumes et décors Claire Avias, illustration et animation : Suki


Théâtre de la contrescarpe
5 Rue Blainville 75005 Paris
Du 17 novembre 2019 au 6 mars 2020

samedi 11 janvier 2020

LA MOUCHE

LA MOUCHE PIQUE AU COEUR
****




Il y a 4 ans Christian Hecq et Valérie Lesort enchantaient petits et grands avec leur adaptation théâtrale de 20.000 lieues sous les mers. Le duo revient sur scène avec ses marionnettes et son théâtre d'objet pour La mouche, nouvelle fantastique qui avait été adapté à l'écran par David Cronenberg. Un univers étrange et drôle.

Lorsque le talent de plasticienne de Valérie Lesort rencontre le talent et l'humour de Christian Hecq cela ne peut que faire mouche ! L'univers un peu étrange de Valérie Lesort convient parfaitement au registre du fantastique. Son art, cette spécialiste du masque l'a agrémenté avec la marionnette, les accessoires et les effets spéciaux et peaufiné tant au théâtre qu'au cinéma ou à la télévision. Quant à Christian Hecq, celui qui se voyait physicien trouve au théâtre le moyen d'exprimer son côté clownesque. Avec sa compagne Valérie Lesort il crée avec La mouche un spectacle qui nous surprend, nous fait rire et nous émeut.

Pourtant l'histoire est connue. Un scientifique un peu fou va tester sur lui-même son invention qui permet la télé-transportation. Mais une mouche s'est glissée dans le télépod et après l'expérience le chercheur va progressivement se transformer en insecte. S'ils se sont inspirés de la nouvelle de George Langelaan, les deux artistes ont trouvé leur inspiration dans le film de Cronenberg mais aussi et surtout dans la série télévisée Strip tease et plus particulièrement dans l'épisode "la soucoupe et le perroquet".

Ainsi nous voici dans le terrain occupé par Robert (Christian Hecq) et sa mère Odette (Christine Murillo). L'ambiance de Strip Tease est parfaitement reconstituée. Au cœur d'une certaine ruralité le couple formé par la mère et le fils a une relation à la fois désopilante et étrange. Robert, vieux garçon pas très fin, passe ses journées dans son garage où il multiplie les expériences de téléportation. Tout ce qui lui tombe sous la main, objet ou organisme vivant, est susceptible de lui servir de cobaye. La mère Odette n'essaie plus de comprendre son fils mais s'interroge sur les disparitions qui se multiplient autour d'elle, surtout qu'elle aurait bien aimé caser son Robert avec la petite Marie-Pierre (Valérie Lesort) qui est revenue au pays. Lorsque l'inspecteur Langelaan (Stephen Wojtowicz) arrive pour mener l'enquête sur la disparition de Marie-Pierre il faudra bien qu'Odette accepte la sombre réalité sur le destin de son fils chéri.

La force du spectacle est de réussir à nous surprendre. Pas de grands effets spéciaux comme au cinéma, mais une créativité qui crée un univers décalé, entre humour et fantastique, où s'exprime notamment tout le potentiel du jeu physique de Christian Hecq. La scénographie d'Audrey Vuong, les accessoires et éléments de costume ou de décor, tout concours à la fois à un certain réalisme mis en parallèle avec un monde fantastique. Ainsi les télépods qui, tels un théâtre noir, permettent de créer l'illusion, enfermant des objets ou des cobayes soumis à la lévitation, à la déformation ou autres phénomènes matérialisant la téléportation. Idem pour la mise en scène de la transformation physique de Christian Hecq.

S'il fallait émettre un critique on peut regretter le nombre de noirs qui cassent le rythme de l'action, quand bien même l'univers choisi par Valérie Lesort et Christian Hecq intègre un tempo lent. 

On ne peut que saluer la qualité de jeu du quatuor. S'il est un brin caricatural, Stephen Wojtowicz campe un inspecteur Langelaan entre Clouseau et Tati. Valérie Sort est une irrésistible Marie-Pierre très nunuche. Christine Murillo est une Odette d'un naturel hyperréaliste. Quant à Christian Hecq il est drôle et bouleversant, jouant sur toutes les facettes du clown et du comédien.

En bref : Entre polar, comédie et science-fiction, Valérie Lesort et Christian Hecq misent sur l'humour et l'absurde et réussissent à nous surprendre et à nous émouvoir en adaptant avec brio cette nouvelle fantastique.

La mouche, librement inspiré de la nouvelle de George Langelaan, adaptation et mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq, avec Christian Hecq de la Comédie Française, Valérie Lesort, Christine Murillo, Stephan Wojtowicz, scénographie Audrey Vuong, Lumières Pascal Laajili, création sonore et musique Dominique Bataille, guitare Bruno Polius-Victoire, costumes Moïra Douguet, plasticiennes Carole Allemand et Valérie Lesort, assistant à la mise en scène Florimond Plantier, création vidéo Antoine Roegiers, technicien vidéo Eric Perroys, accessoiristes Manon Choserot et Capucine Grou-Radenez

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Bouffes du Nord
37 bis boulevard de la Chapelle - 75010 Paris
Du 8 janvier au 1er février 2020



Vu le 8 janvier 2020 - Bouffes du Nord
Crédit photo @Fabrice Robin

dimanche 5 janvier 2020

LA PUCE A L'OREILLE - Comédie Française

LA PUCE FAIT MOUCHE
*****



Alors que Feydeau séduit toujours plus les metteurs en scène et que ses pièces se multiplient dans les programmations, la Comédie Française présente une Puce à l'oreille relookée par Lilo Baur. Un spectacle des plus réjouissants.

Ceux qui me connaissent ou qui me suivent depuis plus ou moins longtemps savent que les histoires d'amant dans le placard et les portes qui claquent ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Il faut donc tout le talent de la troupe du français, la vision scénique de Lilo Baur et le pouvoir de persuasion de mes comparses de Radio Mortimer pour me convaincre de prendre une place pour ce spectacle que je n'avais pas retenu dans mon abonnement.

Et je dis merci à Lilo Baur et à cette troupe magnifique qui a su me faire aimer (enfin) le théâtre de Feydeau. Ça commence par un magnifique décor. L'action est transposée à la montagne, dans un chalet des années 1960. La chaleur de ce salon fait contraste avec la neige qui enrobe les sapins que l'on distingue derrière une grande baie vitrée qui occupe un tiers du fond de scène, libérant un espace intelligemment en lui donnant vie par des passages de personnages dans le ton de cette comédie très enlevée.

Dès les premières secondes l'ambiance 1960's s'installe avec une musique et une danse décalée du Docteur Finache (magnifique Alexandre Pavloff qui campe un personnage qui fait beaucoup penser à l'inspecteur Clouzot ou à un Jacques Tati très volubile). L'intrigue est simple : Mme Chantebise (Anna Cervinka) soupçonne son mari (Serge Bagdassarian) de la tromper. Avec l'aide de sa meilleure amie Lucienne (Pauline Clément) elle imagine un stratagème pour confondre l'époux supposé volage. Entre le chalet et l'hotel du Minet Galant les quiproquos ne vont pas manquer jusqu'à ce que la vérité ne se fasse.

On le sait, la mécanique du rire des pièces de Feydeau repose essentiellement sur une mise en scène et un jeu millimétrés. Le rythme de la mise en scène de Lilo Baur est effréné. Certains mots sont soulignés avec intelligence par le jeu des comédiens. Tout est en place et on rit à gorge déployée. Jusqu'aux changements de décor à vue, par les comédien.ne.s, qui se font dans cette ambiance décalée, avec cette le pétillant des années yé-yés, et aux costumes totalement réussis.

Quant aux comédiens ils sont tous tout simplement excellents. Parmi eux mentions particulières au pétillant duo Anna Cervinka / Pauline Clément, dont les mimiques souvent en miroir sont d'une irrésistible drôlerie, et qui composent des personnages hilarant. Alexandre Pavloff est un inénarrable Docteur Finache. Jérémy Lopez semble prendre un grand plaisir dans son rôle d'hidalgo. Nicolas Lormeau compose un magnifique Etienne à la prononciation déformée. Quant à Sébastien Pouderoux il excelle dans son interprétation du séduisant Romain Tournel. Sans oublier la double prestation de Serge Bagdassarian, digne M. Chamdebise et rustique Poche.

En bref : même (et surtout) si vous n'êtes pas fan des vaudevilles courrez à la Comédie Française savourer cette formidable "Puce à l'oreille" mise en scène avec brio par Lilo Baur. Vous ne le regretterez pas. Du Feydeau grand format ! Immanquable !

La puce à l'oreille, de Georges Feydeau, mise en scène Lilo Baur, scénographie Andrew D. Edwards, costumes Agnès Falque, avec Thierry Hancisse, Cécile Brune puis Clotilde de Bayser, Alexandre Pavloff, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Jérémy Lopez, Sébastien Pouderoux, Anna Cervinka, Pauline Clément, Jean Chevalier, Elise Lhormeau, Birane Ba, et les comédiens de l'académie de la Comédie Française Camile Seitz, Aksel Carrez, Mickaël Pelissier, Nicolas Verdier, des skieurs et une fanfare

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française
Salle Richelieu - Place Colette - 75001 Paris
Du 21 septembre 2019 au 23 février 2020

Vu janvier 2020 - Comédie Française

jeudi 2 janvier 2020

WARM

37,2 LE MATIN, 50 LE SOIR
***


Alors qu'elle reprend les représentations de "Elephant Man" aux Folies Bergères, Béatrice Dalle donne rendez-vous à son public pour une expérience théâtrale singulière. Mise en scène par David Bobée et accompagnée de deux acrobates, l'actrice au caractère bien trempé propose une partition sensuelle et torride. Un show très chaud.


CALIENTE !

Dès l'entrée dans la salle le spectateur ressent la chaleur. En moins de 10 minutes les programmes se transforment en éventail. Les spots rouges braqués sur le spectateur font leur effet sur le public dont l'image se reflète dans le mur de panneaux argentés / miroirs installé en fond de scène.

Béatrice Dalle entre sur scène, passe devant un mur de 55 spots à jardin, les allume d'un mouvement furtif. Même chose de l'autre côté. 110 spots illumine désormais la scène. Elle commence à lire un texte de Ronan Chéneau. Un songe érotique dont la tension sexuelle va aller grandissante.

Mais malgré la lecture très animale de la sulfureuse comédienne, là n'est pas la performance. Au bout de quelques minutes deux acrobates commencent à s'échauffer sur la scène, avant de se lancer pendant 45 minutes dans une succession de portés tous plus époustouflants les uns que les autres.


PERFORMANCE PHYSIQUE

Rapidement les corps musclés se mettent à luire sous le feu des 110 spots (la chaleur montera jusqu'à 50° sur scène). Les mouvements se succèdent au rythme d'un texte que l'oreille délaisse rapidement tant les rêveries et fantasmes décrits n'ont rien de captivant. Par contre on reste fasciné par l'incroyable performance de Edward Aleman et de Wilmer Marquez dit El Nucleo.

Ces deux-là se connaissent depuis si longtemps qu'ils sont frères de sueur et d'effort. Leur art ils aiment le mettre à l'épreuve. Ici la contrainte est double : la chaleur et l'intensité lumineuse des spots. Les portés acrobatiques se font force ou légèreté, puissance et douceur, excitation et temporisation, technicité et fragilité, offrant de magnifiques tableaux.  Si le texte donne à leur chorégraphie unique l'intensité et la sensualité, la performance de ces acrobates de très haut niveau est stupéfiante. Le porteur comme le voltigeur ne ménagent pas leurs efforts, ne font pas semblant, prenant des risques toujours plus grands. La souffrance est visible, elle n'est pas feinte. Enrobée par la musique lancinante et hypnotique de Frederic Deslias la performance capte l'attention du spectateur pour ne la relâcher qu'après un long silence final, laissant les deux hommes épuisés.

En bref : une expérience théâtrale d'une grande intensité. On est ébloui par la performance des deux acrobates Edward Aleman et Wilmer Marquez qui, sous la double contrainte de la lumière et de la chaleur, livrent un spectacle stupéfiant.

Warm, de Ronan Chéneau, mis en scène par David Bobée, avec Béatrice Dalle, Edward Aleman et Wilmer Marquez

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris
Du 10 décembre 2019 au 5 janvier 2020


Vu décembre 2019 - Théâtre du Rond Point
Crédit photo @Arnaud Bertereau

dimanche 22 décembre 2019

STELLAIRE - Stéréoptik - Le regard de Corinne

BIG BANG AMOUREUX

Le regard de Corinne


Le nouveau spectacle de la compagnie Stéréoptik est une invitation à la flânerie, à la rêverie cosmique, une balade à mi chemin entre le réel et la fantaisie/ l'imaginaire.

Pas facile de rebondir après le succès mondial de « Dark Circus », présenté au Festival d'Avignon en 2015. Jean Baptiste Maillet et Romain Bermond ont accompli cette prouesse avec « Stellaire » une création originale, inventive à travers laquelle nous  retrouvons leurs fondamentaux : la musique, la peinture, le dessin.

De part et d'autre de la scène, chacun devant son établi créatif, le duo d'artistes « touche à tout » déroule, sur grand écran, l'histoire, il est vrai assez classique, d'une rencontre, d'un coup de foudre entre une astrophysicienne et un peintre.

L'intérêt du spectacle n'est pourtant pas là mais plutôt dans la façon d'accompagner ce couple dans le voyage poétique qu'ils réalisent. L'idée de ces auteurs, passionnés d'astronomie, est de créer un parallèle entre l'expansion de l'univers, que nous avons longtemps cru délimité, et l'alchimie, la fusion générée par une rencontre amoureuse.

Comme l'univers, la relation de ces deux-là chemine, évolue, s'étend. Ainsi, nous les accompagnons au cours d'une balade dans la nature qui, en quelques coups de pinceaux, se transforme en promenade dans l'univers (nous croyons reconnaître Saturne, mais peut-être est-ce une autre planète).

En quatimini, Jean Baptiste Maillet rejoint Romain Bermond pour réaliser une peinture à quatre mains, ce qu'ils n'avaient encore pas expérimenté. Puis de retour à sa place, il nous propulse dans l'univers grace à quelques gouttes de peinture laissées tomber dans un aquarium filmé.


Ces deux artistes bricoleurs, motivés par les différentes façons de raconter les histoires, poussent plus loin la création en intégrant des images filmées à leurs planches de peinture, tout cela sur fond musical et jeu de lumière. C'est la proposition qu'ils nous font pour nous émerveiller, pour nous embarquer dans leur univers.

Seul bémol à ce spectacle, les conférences sur l'univers, passages parlés, qui entrecoupent cette balade et qui du coup lui donnent un coup d'arrêt (sans pour autant nous en apprendre beaucoup plus sur le cosmos).

En résumé : L'inventivité, la créativité de ces deux artistes nous enchantent et parvient à nous faire participer, adhérer à ce voyage poético - cosmique.

Stellaire, un spectacle de Stéréoptik, créé et interprété par Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Olympia
Rue de Luce Tours (37000)
Du 12 au 20 décembre 2019

WAR HORSE

PLUS VRAI QUE NATURE
*****


Albert est fils de fermier. Vivant dans le sud de l'Angleterre avec ses parents il voit sa vie changer le jour où son père achète Joey, un cheval de la cavalerie. Mais lorsque survient la Première Guerre Mondiale son père vend Joey à l'armée. Dès lors Albert n'aura plus d'autre but que de partir sur les champs de bataille de France pour retrouver son cheval et le ramener au pays.

Inspiré du premier roman de Michel Morpugo, "Cheval de guerre" le spectacle arrive en France auréolé du succès et bardé de prix et récompenses, pour seulement quelques dates à la Seine Musicale. Si la salle elle-même ne marque pas les esprits pour son confort le spectacle mérite largement sa réputation.

Pendant 2h35 le public est happé par l'action. Toute la technique et le professionnalisme du West-End sont en action. Et pourtant il suffit de peu de décors ou d'accessoires pour que l'on passe de la ferme anglaise aux tranchées, d'une maison dans la campagne française à une infirmerie du front. La mise en scène de Marianne Elliott et Tom Morris est inventive, énergique, fluide. Les effets sonores et visuels donnent l'illusion du champ de bataille, les scènes s'enchaînent à un rythme soutenu. Ils ne sont pas moins de 34 comédiens et chanteurs pour donner vie à cette fresque historique et humaine.

Mais le plus surprenant, le plus étonnant, le plus exceptionnel réside dans la présence des chevaux. Des marionnettes géantes dont Joey, magnifique animal plus vrai que nature. Fabriquées à la main par les équipes sud-africaine de la Compagnie Handspring Muppet, elles sont faites de rotin, de cuir et d'aluminium. Les trois marionnettistes qui manipulent le superbe cheval (ils sont en fait 12 à se relayer pendant le spectacle) lui donnent souffle, mouvement, en font un animal de chair et de sang, un personnage à part entière, bien vivant, suscitant empathie et émotion. On vibre, tremble pour le noble animal. On espère qu'il traversera la guerre, retrouvera Albert et la tranquillité de la campagne anglaise. On sait que comme les hommes il sortira traumatisé par les horreurs de cette guerre.

En bref : un spectacle d'une grande beauté, une histoire universelle sur le courage, la loyauté et l'amitié. Le travail remarquable des marionnettistes de la compagnie sud-africaine Handspring Puppet Company allié à la qualité des productions du West-End. Un spectacle à savourer en famille.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

La Seine Musicale
Du 13 au 29 décembre 2019
En anglais surtitré en français


Vu le 13 décembre 2019à La Seine Musicale

lundi 9 décembre 2019

VOUS QUI PASSEZ SANS ME VOIR - Théo Théâtre

UNE BELLE SURPRISE
***


Dans la famille Biessy on a le théâtre dans le sang. Si le public parisien commence à bien connaître Frédéric et Mélanie Biessy qui depuis 2 saisons font revivre La Scala Paris. Le monde du théâtre amateur de son côté connaît très bien Sébastien et Béatrice Biessy, et leurs enfants, qui cette année encore, comme ils le font depuis 28 ans, mèneront de main de maître le festival de Théâtre de Maison Laffitte. Organisateurs, programmateurs mais aussi metteur en scène, comédien et comédienne. Et voilà que Sébastien Biessy ajoute une corde à son arc en écrivant et mettant en scène sa première pièce : Vous qui passez sans me voir.

Dans la loge d'un théâtre une femme attend le comédien renommé qui est en train de jouer Othello. Lui est sur la fin de sa carrière. Arrivé tardivement dans le monde du théâtre il est devenu rapidement un grand comédien et un grand séducteur. Mais qui est cette femme ? Qu'attend-elle de cet homme ? Comédienne amateur elle se lance avec lui dans l'interprétation de quelques scènes connues du répertoire. Il tente de la séduire, évidemment serait-on tenté de dire. Mais rapidement le séducteur va se trouver confronté à son passé, une vie qu'il a tenté d'oublier depuis de nombreuses années. Ce qui commence comme une mise en abyme du théâtre et une comédie devient une plongée dans la petite histoire au sein de la grande.

L'écriture de Sébastien Biessy n'est pas sans faire penser à Stefan Zweig. Oui, j'ose la comparaison tant elle m'est apparue évidente. Peut-être parce qu'il est question de la Deuxième Guerre mondiale, du Brésil, d'une fuite, de nazis en exil. Certainement aussi par la sensibilité, la qualité de l'écriture, la structure dramaturgique.

Ceux qui connaissent le travail de la compagnie de la Mansonnière on souvent vu Béatrice Biessy dans des rôles de comédie. Avec "Vous qui passez sans me voir" elle a l'occasion de démontrer qu'elle peut exprimer toute une palette d'émotions, de la comédie au drame. Quant à son partenaire Yves Chambert-Loir, s'il en fait parfois un peu trop au début (mais je l'ai vu un soir de première avec la tension que cela implique) il construit un personnage à la fois touchant, agaçant, que l'on se prend à détester mais qui au final reste attendrissant.

La mise en scène est très fluide. Une fois passé la légèreté de l'introduction on entre dans une trame dramatique où les flashbacks s'incrustent dans le présent. Ces voyages dans le temps se font avec aisance, Béatrice Biessy passant d'un personnage à un autre sans jamais nous perdre, sans que jamais nous ne doutions de quelle femme il est question. Le décor simple bascule lui aussi facilement d'un espace à un autre, d'une époque à l'autre, avec quelques belles idées de mise en scène.

En bref : Une histoire d'amour , de passion, de désir, de frustration et de désillusion. Un duo de comédiens qui nous fait vibrer. Une écriture émouvante. Tous les éléments sont réunis pour une belle soirée de théâtre, d'histoire et d'émotion.

Vous qui passez sans me voir, de Sébastien Biessy, avec Béatrice Biessy et Yves Chambert-Loir.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théo Théâtre
20 Rue Théodore Deck 75015 Paris
Tous les vendredis à 21h - du 8 novembre au 20 décembre 2019