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dimanche 5 mai 2019

OPENING NIGHT - Bouffes du Nord

LA MATRIOCHKA ADJANI
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"C'est un spectacle en chantier, toujours au bord de la dissolution. Très curieusement dans "Opening night" les numéros ne sont jamais fixés et se répètent sans qu'on puisse les rattacher à une forme préétablie, à un modèle. Le mouvement de la scène importe plus que le spectacle lui-même". Ainsi John Cassavetes parlait-il de "Opening night".

A l'origine un film avec Gena Rowlands qui date de 1977. Film que je n'ai pas vu ce qui m'évite d'avoir la tentation de la comparaison. Cyril Teste, metteur en scène pionnier dans l'introduction de la vidéo, s'empare de ce matériau pour en faire un spectacle intense qui a parfaitement tiré l'essence de ce que John Cassavetes décrit. Postulat qui est inscrit dès le début qualifié de "Essai 36 - 3 avril 2019". De là à penser que chaque soir, chaque représentation peut être différente il n'y a qu'un pas que nous franchirons allègrement.

La pièce s'ouvre sur les coulisses filmées en direct, souvent très proche des comédiens. Isabelle Adjani échange avec Frédéric Pierrot. Non, en fait ils font une italienne de la pièce qu'ils vont jouer dans quelques jours, quelques instants. "On fait au mieux, faut bien qu'on plaise au public" dit la maquilleuse. "Toi tu ne me laisses pas tomber ce soir" dit le metteur en scène (Morgan Lloyd Sicard / Manny. "Tout le monde veut être aimé", "Ça devient difficile pour moi de convoquer une émotion qui soit sincère"

Très vite on comprend que nous sommes dans une mise en abyme qui a plusieurs niveaux. Il y a la pièce de théâtre qui est travaillée par ces comédiens sous le regard plus ou moins patient de leur metteur en scène. Une comédienne vieillissante est tourmentée par le doute et par le fantôme d'une jeune admiratrice (Zoé Adjani) qui est décédée accidentellement devant elle un soir de première. Ces doutes et ses tourments sont-ils ceux de Myrtel ? Sont-ils ceux de la comédienne qui joue Myrtel ? Sont-ils ceux d'Isabelle Adjani elle-même ? Le doute s'installe très vite pour le spectateur. Troublant. Le texte traverse les différents niveaux au point qu'on ne sait jamais à quel niveau de mise en abyme se situe le moment qui se joue devant nous : est-ce la répétition, le questionnement de Myrtle, de Manny, du personnage joué par Isabelle Adjani ou bien le sien ? La plongée est à son apogée lorsque Myrtle / Adjani lit un extrait de La mouette de Tchekhov.

Cette construction parfois déstabilisante, est mise en scène et en image avec le talent conjugué de Cyril Teste et de son cameraman (Nicolas Dorémus ou Christophe Gaultier). La quasi-omniprésence de la caméra et de la projection en direct est la marque de fabrique du metteur en scène. Elle permet de démultiplier les espaces de jeu mais aussi de saisir au plus près les expressions de comédiens. Elle instaure aussi une distance et un déséquilibre : l'objet théâtral laisse la place à l'objet cinématographique. Ce sera ma seule réserve.

Car pour le reste cet "Opening night" est un spectacle qui marque indiscutablement. Isabelle Adjani n'a plus à faire la démonstration de son talent de comédienne. La dernière fois qu'elle était montée sur scène à Paris c'était pour Kingship qui n'a pas laissé un souvenir impérissable. Avec Opening night elle démontre le contre-pied de ce que le texte dit des comédiennes vieillissantes. Son jeu est d'une justesse telle que les mots manquent pour décrire sa prestation. Toutes les émotions sont présentes avec force. Elle est fascinante par cette justesse constante malgré l'instantanéité des changements de personnage, de contexte. Qu'elle soit dans le jeu théâtral ou dans l'intimité de la proximité de la caméra elle nous transmet des émotions intenses. Et ce regard. Ces yeux !

A ses côtés ses partenaires sont tout aussi remarquables. Il ne semble pourtant pas simple de ne pas être complètement mangé par un tel talent. Frédéric Pierrot est lui aussi porté par cette mise en abyme, déstabilisé par le comportement de sa partenaire. La révélation de ce spectacle est Morgan Lloyd Sicard qui interprète le metteur en scène. Il tente de rassurer ses comédiens, de les secouer, de faire progresser cette répétition (ces répétitions), lutte pour ne pas se décourager. Le jeune comédien est lui aussi d'une grande justesse tout au long du spectacle et fait preuve d'une grande présence. Un comédien à suivre que l'on a déjà hâte de retrouver dans d'autres propositions.

En bref : on pourrait croire que John Cassavetes a écrit "Opening night" pour Isabelle Adjani. Dans ce huis clos théâtral aux multiples niveaux de mise en abyme, elle laisse à nouveau éclater tout son talent de comédienne, entourée de deux comédiens dont le très prometteur Morgan Lloyd Sicard. Un spectacle d'une rare intensité, plus cinématographique que théâtral.

Opening night, d'après le scénario de John Cassavetes, mis en scène par Cyril Teste, avec Isabelle Adjani, Morgan Lloyd Sicard, Frédéric Pierrot et la participation de Zoé Adjani

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Bouffes du Nord
37 bis boulevard de la Chapelle 75010 Paris
Du 3 au 26 mai 2019 - 20h30 - Durée 1h20

A Marseille et au Printemps des Comédiens en Juin


Crédit photo @Simon Gosselin


dimanche 3 février 2019

KANATA -Episode 1 La controverse - Théâtre du Soleil

LA MAGIE LEPAGE MANQUE DE FOND
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 Evènement attendu du Festival d'Automne "Kanata" arrive au Théâtre du Soleil auréolé, précédé, baigné dans cette controverse qui s'est glissée dans le titre du spectacle et qui a failli faire avorter ce projet conjointement défendu par Robert Lepage et Ariane Mnouchkine. Les attentes déjà importantes n'en sont que décuplées. C'est peut-être une des raisons qui expliquent le sentiment de frustration qui gâche la beauté du spectacle.

LA POLÉMIQUE

Robert Lepage voulait faire un spectacle de 5h dédié à l'histoire du Canada et plus précisément celle des amérindiens.Mais au cours de l'été 2018 des associations amérindiennes reprochent au dramaturge de monter ce spectacle sans représentant des populations autochtones. Et pour cause répondent Robert Lepage et Ariane Mnouchkine, le spectacle est mis en scène avec les comédiens du Théâtre du Soleil. Le spectacle a failli être annulé. Mais Lepage et Mnouchkine tiennent à ce qu'il voit le jour. Pour la première fois ce n'est pas Ariane qui va les diriger, et si elle a l'habitude d'inviter des troupes étrangères à se produire au Théâtre du Soleil, sa troupe, qui réunit 30 nationalités, restera unie et la directrice du Théâtre du Soleil ne cédera pas à la critique venue d'outre-Atlantique. Le spectacle sera donc produit, dans une version raccourcie, de gros producteurs américains ayant retiré leur soutien financier. Quand on connait l'histoire du Théâtre du Soleil peut-on  décemment reprocher à sa directrice de ne pas respecter les cultures autochtones ?

Certes "le théâtre donne la permission de jouer l'autre", et il n'est nul besoin d'être juif pour jouer un Juif, mais alors que les minorités sont déjà si peu présentes sur les scènes faut-il les ignorer totalement au nom d'un parti pris artistique ? Le débat ne sera pas tranché avec cette production, alors qu'en France nous ne savons toujours pas si un acteur blanc peut jouer Othello.

LE SPECTACLE

Cependant, après avoir vu cet Episode 1 on se demande ce qu'il reste de l'idée de départ de parler du destin tragique des amérindiens. Robert Lepage a situé l'action à Vancouver. Une peintre française s'installe dans un quartier populaire de la ville. Après ses rencontres avec la population, composée de SDF, de drogués, de prostituées, elle se lance dans une collection de portraits qui sera exposé dans une galerie locale et se prend d'amitié pour l'une des ces laissés-pour-compte. Mais elle se voit rapidement reprocher le fait de ne pas être une artiste locale et donc dénuée du droit d'être porte-parole de ces êtres abandonnés par la société. Ça ne vous fait pas penser à quelque chose dont on aurait parlé un peu plus haut ? Du destin tragique des autochtones reste le parcours d'une jeune femme qui se trouve être d'origine amérindienne mais dont l'histoire pourrait arriver à n'importe quelle autre jeune femme en quête de repère. Elle a la malchance de croiser le chemin d'un tueur en série. L'argument semble mince et la polémique semble l'avoir emporté sur le sujet initial.

Cet épisode 1 ne manque néanmoins pas d'intérêt. S'il me semble avoir perdu de ce qui était le prétexte à sa création pour se retrouver phagocyté par la controverse dont sa genèse a été l'objet, il reste marqué par la double touche du Théâtre du Soleil et de Robert Lepage. On retrouve tout le talent de cette troupe singulière, unie et toute la poésie et la magie de la mise en scène du dramaturge québécois. De la disparition de la forêt et des symboles des autochtones au voyage onirique sous stupéfiant la scénographie et la mise en scène offrent de très beaux tableaux. La mise en lumière est magnifique, travaillée comme toujours chez Lepage.

En bref : quel dommage que la polémique qui a entouré la création de ce spectacle tant attendu ait pris le pas sur le sujet qui devait être traité et que cet épisode 1 de Kanata ne se soit transformé en mise en abyme du questionnement de Robert Lepage. Reste une esthétique qui fait la marque du dramaturge et le talent de la troupe du Théâtre du Soleil. En attendant un épisode 2 que l'on espère débarrassé de la controverse pour se concentrer sur les populations amérindiennes.

Kanata, Episode 1 - La controverse, mise en scène Robert Lepage, avec Shaghayeh Beheshti, Vincent Mangado, Sylvain Jailloux, Omid Rawendah, Ghulam Reza Rajabi, Taher Baig, Aref Bahunar, Martial Jacques, Seear Kohi, Shafiq Kohi, Duccio Bellugi-Venniccini, Sayed Ahmad Hashimi, Frédérique Voruz, Andrea Marchant, Astrid Grant, Jean-Sébastien Merle, Ana Dosse, Miguel Nogueira, Saboor Dilawar, Alice Milléquant, Augustin Letelier, Samir Abdul Jabbar Saed, Arman Saribekyan, Wazhma Tota Khil, Nirupama Nityanandan, Camille Grandville, Aline Borsari, Man Wai Fok, Dominique Jambert, Sébastien Brottet-Michel, Eve Doe Bruce, Maurice Durozier

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Soleil
La Cartoucherie - Paris
Du 15 décembre 2018 au 17 février 2019




Crédit photo @Michèle Laurent


mardi 6 juin 2017

LE JOUR DU GRAND JOUR

VOYAGE ONIRIQUE EN ABSURDIE
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A l'occasion de la programmation de ce spectacle au Monfort à Paris en mai 2022,  mise à jour de cette chronique initialement publiée en 2017, après l'avoir découvert en 2017.

Le Théâtre Dromesko, habitué du Printemps des Comédiens, revient cette année avec deux spectacles dont une création. Double dose de plaisir pour ce théâtre d'ambiance et d'onirisme que depuis 27 ans Igor et Lily promènent dans leur petite baraque.


PETITE BARAQUE POUR GRANDES CEREMONIES

C'est dans une petite baraque en bois que Le Théâtre Dromesko nous donne rendez-vous. Un dispositif bi frontal avec au centre quelques sièges rendus inaccessibles par un ruban de chantier. Tandis que le public s'installe le maire vérifie les derniers dispositifs avant la cérémonie.

LE JOUR DU GRAND JOUR c'est une succession de moments importants de la vie : inauguration d'une "yourte de la vie", mariage, enterrement. Tout ce qui fait d'une journée particulière le grand jour d'une vie, avec ses préparatifs, ses festivités, ses aléas.

Dans l'espace scénique prolongé des deux côtés par des absides d'où émergent comédiens, éléments de décor, animaux, son de fête, les personnages défilent au fil des scènes. Entre tragédie et comédie, entre parodie et burlesque, les situations grinçantes se succèdent avec une certaine mélancolie. L'hilarante ouverture sur l'inauguration de la yourte de la vie donne le ton de l'univers dans lequel nous plonge le théâtre Dromesko: étrange, décalé, drôle, sensible.


UN UNIVERS FORAIN ET ONIRIQUE

Que ce soit la très belle scène de bal avec des couples danseurs-mannequins qui valsent à l'horizontale, la nostalgie du vieux couple (Igor et Lily) qui mange sa soupe en silence tandis que Guillaume DURIEUX dit à haute voix leur dialogue de sourds (Qui es-tu ? Que suis-je au fond pour toi ? Qui partira le premier ?) sous un éclairage diaphane, l'entrée de la mariée à quatre pieds, chaque situation est prétexte à faire vive un univers onirique, absurde et nostalgique. Ainsi ce petit chien qui tarde à arriver, ce cochon qui déroule un tapis rouge, ce jeu de voile qui déshabille la mariée pour transformer le maire en momie, cette sarabande envoûtante entre la rousse Lily, Igor et un marabout, oiseau majestueux. Un moment magique, d'une grande beauté.

Le défilé final des mariées enchaînées par leurs traînes est un autre grand moment qui résume à lui seul toute l'ambiance de ce spectacle étrange et extrêmement séduisant. Du théâtre forain nimbé de musique, de chants et qui se termine dans la convivialité autour d'un verre.

En bref : Quel meilleur spectacle pour découvrir ou redécouvrir le travail de Lily et Igor Dromejko. Un monde de rire et de nostalgie, d'absurde et de magie, de rêve et de convivialité. On en redemande !

LE JOUR DU GRAND JOUR conception, mise en scène et scénographie Igor et Lily, texte Guillaume Durieux, jeu, danse et musique Lily, Igor, Guillaume Durieux, Violeta Todo-Gonzalez, Florent Hamon, Zina Gonin-Lavina, Revaz Matchabeli, Manuel Perraudin, Valérie Perraudin

Chronique écrite en 2017 - Vu au Printemps des Comédiens - Montpellier

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Monfort - Espace chapiteau
du 19 au 28 mai 2022 - 20h
Relâche les 22 et 26 mai

Mise à jour du 02/05/22



Crédit photo @Fanny Godin-Lavinan et Marie Clauzade

ANGELUS NOVUS

UN ANTIFAUST PAS CONVAINCANT
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Pour sa nouvelle création Sylvain CREUZEVAULT s'attaque au mythe de Faust. Mettant en scène trois scientifiques qui affrontent leurs démons intérieurs il présente un spectacle foisonnant mais brouillon qui perd le spectateur par manque de clarté du propos et du traitement. Dommage.

TROIS SCIENTIFIQUES EN QUÊTE AUTHENTICITÉ

Tout commence dans un laboratoire miteux où une souris vient enfin, au bout de 4 ans de recherches, de valider une hypothèse scientifique. Pendant ce temps de l'autre côté du plateau Théodore, grand chef d'orchestre ne cesse de s’énerver contre son meilleur ami qui n'est pas venu à son grand concert de la veille tandis que son épouse Marguerite aimerait bien qu'il lui accorde plus d'attention ne serait-ce que pour le Prix Nobel qu'elle vient de recevoir. Plus tard elle déraille complètement pendant une conférence de presse, et tandis que Théodore devient Président elle se lance dans la contestation avant de prendre la fuite.

La suite des aventures rocambolesques de nos trois héros est bien trop confuse pour pouvoir résumer la ligne directrice d'ANGELUS NOVUS. Confrontés à leurs démons intérieurs nos trois scientifiques vont choisir de ne pas sombrer dans la complaisance pour rester / devenir eux-mêmes. Contrairement à Faust ils ne signeront pas le pacte qui les ferait devenir ce qu'ils ne sont pas.

BROUILLON ET OPAQUE

Enfin c'est ce que dit la note d'intention du metteur en scène. La réalisation s'avère bien plus laborieuse. Les personnages sont ballottés entre décembre 2016 et avril 2017. Outre les voyages dans le temps ils sont aussi confrontés à leurs doubles plus ou moins bienveillants. Entre fantasme et réalité le spectateur est vite perdu et le public est clairsemé à la reprise après l'entracte.

La deuxième partie nous emporte dans un opéra d'une noirceur et d'une opacité qui contraste avec la folie et l'humour de la première partie. Dominé par un élan de création bouillonnant et bordélique (il faut bien le dire), ANGELUS NOVUS, malgré quelques fulgurances, gâche le talent de ses comédiens. Ils sont le point positif de ce spectacle. L'énergie, l'enthousiasme et la sincérité de la troupe réussit l'exploit de nous tenir éveillé par l'excellence de leur jeu malgré un propos qui ne s'éclaircit pas au fur et à mesure du déroulé du spectacle.

Si Sylvain CREUZEVAULT s'interroge sur la place de la science dans une société de finance et de marchandisation, son propos manque de clarté. Certes je n'attends pas du théâtre qu'il me serve sur un plateau des réponses toutes faites à des problématiques plus ou moins complexes, mais quand il ne me distrait pas il participe à enrichir ma réflexion. J'avais très envie de me laisser porter par l'univers critique, sarcastique et bourré d'humour du dramaturge de NOTRE TERREUR qui avait ébloui la critique. Hélas, une écriture et une mise en oeuvre trop hermétiques et trop confuse ne m'ont pas permis d'adhérer à ce spectacle.

En bref : a vouloir trop démontrer et trop partir dans le cinquantième degré Sylvain CREUZEVAULT se perd dans les lacets brouillons de son anti-faust. Dommage que le talent incontestable de ses comédiens soit ainsi gâché.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
CDN  - Domaine de Grammond - 34000 MONTPELLIER
Les 2-3 et 4 juin 2017


ANGELUS NOVUS mis en scène par Sylvain Creuzevault, avec Antoine Cagarra, Eric Charron, Pierre Devérines, Evelyne Didi, Lionel Dray, Servane Ducorps, Michèle Goddet, Arthur Igual, Frédéric Noaille, Amandine Pudlo, Alysée Soudet
Opera Kind des Faust : Musique originale de Pierre-Yves Macé, avec Juliette de Massy (soprano) Laurent Bourdeaux (baryton basse) Léo-Antonin Lutinier (contre-ténor) Vincent Lièvrfe-Picard (ténor) Naaman Sluchin (violon) Barbara Giepner (alto) Maitane Sebastian (violoncelle)


Crédit photo @ Marie Clauzade 

lundi 5 juin 2017

TERABAK DE KYIV

ENTRE CABARET PUNK ET CIRQUE
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Il y a deux ans les Dakh Daughters enflammaient le festival Off à Avignon après avoir séduit le public du Monfort à Paris. Elles reviennent avec un nouveau spectacle. Entre cabaret punk/rock et cirque pourquoi choisir ?

DES UKRAINIENNES DÉJANTÉES

Elles sont 6. Musiciennes, danseuses, chanteuses, les Dakh Daughters (les filles du Dakh) font souffler sur l'amphithéâtre du Domaine d'O un vent de fraîcheur ukrainien. Avec leur look gothique, leur visage blanchi comme le mime Marceau et leurs voix suaves elles habillent ce TERABAK de KYIV de douceur, de rage, de rock, de punk, de mélodies traditionnelles, de jazz, de rap. En français, anglais, ukrainien elles séduisent par leur énergie, leur poésie, leur folie.

Ces artistes militantes savent ce que lutter veut dire. Elles ont créé l'hymne de l'Euromaidan, rassemblements ukrainiens qui en 2013 ont été considérés comme la plus grande manifestation pro-européenne, alors que les pays qui ont créé l'Europe doutent de sa nécessité.

UN CABARET CIRCASSIEN

Dans ce spectacle mis en scène par Stéphane RICORDEL, cofondateur des Arts Sauts, les voix et les chants des Dakh Daughters habillent des numéros de circassiens virtuoses. Julieta MARTIN au mat chinois est renversante, Benoît CHARPE émerveille avec sont monocycle. Mathias PILET, clown acrobate aux airs de Buster Keaton nous fait sursauter ou mourir de rire avec ses chutes spectaculaires autour de son trampoline. Oscar Nova de la Fuente impressionne avec son numéro de sangle. Enfin Daniel ORTIZ et Josefina CASTRO PEREYRA forment un  couple de voltigeurs qui aligne les figures avec une rapidité d’exécution vertigineuse, dans un numéro tout en finesse et poésie.

Un spectacle orchestré par un M. Loyal au verbe caustique. Yann FRISCH, que l'on retrouvera la saison prochaine au théâtre du Rond Point avec son camion-magie, ponctue les numéros de son humour direct. On ne se lasse pas de rester pantois devant son numéro de magie de close-up.

En bref : ce TERABAK DE KYIV est un florilège de numéros de cirque de haute qualité habillé par l4humour d'un M. Loyal magique et des belles voix des énergiques Dakh Daughters. Un voyage entre musique, théâtre et cirque. Tout un symbole pour le Printemps des Comédiens

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Domaine d'O 34000 Montpellier
Du 1er au 4 juin 2017 - 22h


TERABAK DE KYIV de Stéphane Ricordel, composition musicale Vlad Troitsky 
Avec les Dakh Daughters : Ruslanan Khazipova, Tanya Havrylyuk, Solomia Melnyk, Anna Nikitina, Natalia Halanevych et Zo
Avec les circassiens Daniel Ortiz et Josefina Castro Pereyra, Benoît Charpe, Julieta Martin, Oscar Nova de la Fuente, Mathias Pilet



Crédit photo @ Marie Clauzade

FUNAMBULE / FLOE

SE JOUER DE L’APESANTEUR
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Ce sont deux spectacles courts que nous propose Le Printemps des Comédiens en début de soirée. Deux prestations sur le thème de l'équilibre : FUNAMBULE de Pierre DEAUX et FLOE de Jean-Baptiste ANDRE.

FUNAMBULE : UN CLOWN EN APESANTEUR

Pierre DEAUX porte l'art du funambule très haut. Dans les jardins du domaine d'O à Montpellier il a planté ses mats et tendu son fil pour un spectacle court (30 minutes) qui met en scène un personnage lunaire. Enfin plutôt plus proche du paresseux de Zootopia. Assez gauche, le regard de l'idiot du village, c'est au prix de moult contorsions d'apparence maladroite qu'il finit par se hisser sur son fil. Défiant les lois de la physique et paraissant aussi à l'aise que sur le plancher des vaches, il se joue du public, de ce fil tendu entre le sol et lui, de cette perche qui se fait balancier.


Le corps nerveux et souple de ce circassien lui permet de se tordre dans des mouvements de reptation hilarants. Seul au monde entre ciel et terre il déplace constamment son centre de gravité. Une performance beaucoup plus physique qu'il n'y parait. 

Formé au conservatoire puis à l'Ecole des Arts du Cirque de Chalons en Champagne il est venu tardivement au fil. Pour le plaisir du spectateur, qu'il soit grand ou petit, Pierre DEAUX a trouvé son identité de spectacle. Depuis plus de dix ans il promène son personnage lunaire sur les routes de France. Après le Printemps des Comédiens, vous pourrez le retrouver cet été à Lodève, ou dans d'autres festivals. Si vous croisez sa route ne manquez pas sa prestation.

FLOE : ATTEINDRE LE SOMMET


Jean-Baptiste ANDRE a une approche plus intellectuelle de ce jeu d'équilibriste. Son spectacle est le fruit d'une rencontre avec le plasticien Vincent LAMOUROUX. Créé en 2016 à Rennes FLOE est destiné à être présenté dans des espaces ouverts, in situ : milieux naturels, espaces urbains, lieux semi-ouverts. Il est conçu comme une pièce chorégraphique qui va à la rencontre d'un paysage et de son public.

Fasciné par les paysages du Grand Nord Jean-Baptiste ANDRE a imaginé avec Vincent LAMOUROUX une sculpture inspirée de la banquise. Le Floe est un morceau détaché de glace de mer, généralement de grande taille. Le terme peut aussi désigner le chaos de ces blocs de glace irréguliers qui forment la banquise.

Mêlant art contemporain et performance physique FLOE est une forme courte (30 minutes) qui met l'homme en prise avec le risque et la fragilité de l'ascension. Sur ce paysage chaotique il s'agrippe, glisse, rampe, saute, se contorsionne, ruse. Tout comme le funambule il est constamment sur le fil (ou l'arête) et le moindre faux pas, la moindre hésitation peut lui être fatale. La sécurité est-elle au sommet ?

Projet nomade, FLOE est programmé dans une dizaine de lieux à retrouver sur le site d'association w en cliquant ICI

Crédit photo @ Nicolas Joubard

En bref : deux formes courtes réunies en un spectacle déambulatoire dans les jardins du Domaine d'O par le Printemps des Comédiens. Deux perspectives et approches différentes et complémentaires de la recherche d'équilibre. Performances physiques et artistiques

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Printemps des Comédiens
Domaine d'O - 34000 MONTPELLIER
2, 3 et 4 juin 2017 - 18h

Festival de Lodève - Juillet 2017

UNE CHAMBRE EN INDE

LA COMÉDIE POUR VAINCRE LES HORREURS DU MONDE
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"Nous étions comme des réfugiés de l'Histoire. Autour de notre chambre les Temps étaient déchaînés. Nous nous demandions ce qui nous arrivait, nous les gens les plus divers, mais unis par le même souci, nous nous demandions comment nommer Ca, ce chaos (l'air était bouillant). A travers les portes-fenêtres on entendait les bruits de l'Inde, cette manif perpétuelle. Il ne dort donc jamais ce continent ?"


SAUVER LE THEATRE ! SAUVER LE MONDE !

Cet extrait du journal de Cornelia introduit l'esprit de la nouvelle création du Théâtre du Soleil. Cornélia (petite sœur ou double d'Ariane Mnouchkine) et sa troupe sont dans un village (une petite ville) du sud de l'Inde pour la création d'un spectacle. Le directeur les a conduits ici dans sa quête du théâtre absolu, pour y découvrir le Theru koothu. Il s'agit d'une forme de théâtre traditionnel tamoul généralement jouée par et pour les basses castes. Dehors, dans le monde, des attentats. Complètement déstabilisé le directeur dérape. "Il faut sauver le théâtre et donc le monde" lance-t-il dans une vidéo avant d'être arrêté par la police indienne pour outrage au père de la Nation. Cornélia se retrouve aux commandes de la troupe avec la mission de créer ce spectacle. Mais les directives du directeur sont inaudibles. Elle qui dit n'avoir aucune vision, être incapable de la moindre création, va (re)vivre dans cette chambre une expérience de tous les théâtres dans sa quête de création.

Ariane Mnouchkine a choisi la comédie, le burlesque pour parler de l'état du monde. Avec humour et autodérision  elle convoque tous les théâtres du monde pour parler du grand théâtre du monde, de ce chaos qui règne autour de cette chambre en Inde. Un microcosme où défilent toutes les calamités de la terre et toutes les formes de théâtre. Entre rêves et rappels à la réalité via la voix d'Astrid au téléphone, entre journées de travail et nuits bousculées, Cornélia erre dans les affres de la création à la recherche de son sujet. Les attentats ? Le réchauffement climatique ? La condition de la femme ? Les intégristes ? La pollution des nappes phréatiques ? Le moyen-orient ? L'environnement ? La guerre de l'eau ? Les sujets ne manquent pas...causant autant de dégâts dans le monde que dans les entrailles nouées de Cornélia.

Comment choisir ? Comment évoquer toutes ces questions ? Comment le théâtre peut-il représenter le monde contemporain ? Tandis que les comédiens du Theru khootu reviennent régulièrement dans les rêves de Cornélia pour conter un épisode du Mahabharatha avec leurs costumes de lumière, leurs traditions et leurs chants, la troupe s'essaie à plusieurs propositions. Toutes les formes de théâtre sont mises à contribution : le théâtre japonais, Shakespeare, Tchekhov, les clowns, Charlie Chaplin. Le cinéma lui-même tente de fournir une réponse. A quoi sert le théâtre ? Que peut-il faire face au chaos environnant ? Quel est son pouvoir sur les hommes, sur les situations, sur le présent ? Sur l'avenir ?


UN PATCHWORK FOISONNANT

UNE CHAMBRE EN INDE est un patchwork, une trame qui se tisse progressivement. Comme dans tout patchwork les associations sont plus ou moins heureuses. Le tourbillon burlesque a de quoi décontenancer. Dans la première partie les liens entre les différents tableaux ne sont pas toujours fluides pour le public. Mais si on accepte de lâcher prise on se laisse emporter par le parti-pris comique et on savoure cette réflexion sur la nécessité du théâtre.

Hélène CINQUE est une Cornélia brillante de malice, d'humour, d'énergie, de dynamisme, de positivisme. Elle incarne les interrogations de tous les metteurs en scène, de tous les comédiens. Son personnage burlesque ne se laisse jamais démonter par le chaos environnant. Elle puise dans chaque proposition une ébauche de solution, une voie possible pour sortir de ce triple chaos : le monde, le spectacle qu'elle doit créer, sa situation personnelle.

La trentaine de comédiens, musiciens et chanteurs qui envahissent la scène sont d'une énergie communicative. Leurs évolutions sont des tourbillons burlesques. Dans un décor somptueux, entièrement reconstitué à Montpellier y compris jusqu'à la toiture du Théâtre du Soleil, c'est la magie du théâtre et tout l'art de la formidable équipe fédérée par Ariane Mnouchkine qui opèrent et nous laissent éblouis par ce voyage. Les musiciens accompagnent sur scène les comédiens, dans la plus pure tradition du théâtre indien.

En bref : avec UNE CHAMBRE EN INDE le Théâtre du Soleil nous emporte dans un voyage au pays du théâtre et de la création, nous interpellant sur son rôle dans le monde chaotique qui nous entoure. Une mise en abîme et une réflexion menées tambour battant sur l'angle de l'humour et du burlesque. Un voyage magique 



UNE CHAMBRE EN INDE, création collective du Théâtre du Soleil, dirigée par Ariane Mnouchkine, musique de Jean-Jacques Lemêtre, en harmonie avec Hélène Cixous, et la participation exceptionnelle de Kalaimamani Purisai Kannappa Sambandan Thambiran, avec (par ordre d'entrée en scène, Hélène Cinque Duccio Bellugi-Vannuccini, Shaghayegh Beheshiti, Dominique Jambert, Martial Jacques, Samir Abdul Jabbar Saed, Maurice Durozier, Sébastien Brotter-michel, Judit Jancso, Sylvain Jailloux, Eve Doe Bruce, Nirupama N ityanandan, Augustin Letellier, Taher Baig, Wazhma Tota Khil, Vijayan Panikkaveettil, Farid Gul Ahmad, Andrea Marchant, Aref Bahunar, Omid Rawendah, Shafiq Kohi, Sayed Ahmad Hashimi, Ghulam Reaz Rajabi, Seietsu Onochi, Man-Waï Fok, Seear Kohi, Armna Saribekyan, Palani Murugan, Naweed Kohi, Alice Milléquant, Quentin Lashermes, Thérèse Spirli, Marie-Jasmine Cocito, Aziz Hamrah, Ya-Hui Liang et la voix de Vadimir Ant

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Domaine d'O - 34000 Montpellier
Du 30 mai au 10 juin

La Cartoucherie - Paris
du 16 juin au 9 juillet 2017


Crédit photo @ Marie Clauzade