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vendredi 13 juillet 2018

L'ANNEE DE RICHARD - Avignon OFF 2018

LE MONSTRE ET LE POUVOIR
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Richard. Homme blessé. Difforme. Rejeté de tous. Misanthrope qui hait la famille. "Je jure de vous faire perdre la foi en la démocratie". Voilà comment se présente celui qui dans quelques minutes dira "S'ils ne peuvent m'aimer alors qu'ils aient peur de moi" tout en nous enjoignant à profiter de l'été pour ne pas penser à ce qui arrivera après.

"Je demande un parti". Voilà un cri bien étrange lancé par cet homme qui n'est que cynisme, qui jette le chaud et le froid. Tantôt il veut nous amadouer, tantôt il se fait menaçant. Le pouvoir est son dû. Il l'a bien mérité après tout l'argent qu'il a investit ou permis d'investir.  Et qu'importe qu'il n'agisse pas au nom d'une idéologie "Ce que le peuple a besoin avant tout c'est d'un Napoléon".

Qui est donc cet homme qui fait preuve d'un cynisme et d'une froideur glaçants ? Angelica Liddelle a écrit ce texte en 2009. Elle s'empare de la figure du cruel Richard III et dresse un constat visionnaire des dérives de la démocratie dans les sociétés occidentales. Richard est un être qui n'a aucun scrupule. A travers son discours, ses tentatives de séduction, ses menaces, son langage brut, il nous jette au visage nos incohérences, notre paresse, notre torpeur. Ce n'est pas l'action qui l’intéresse mais la puissance du verbe, comment la communication jongle avec les désirs, les pulsions, les peurs d'un peuple qui se laisse endormir. "On ne traite pas d'assassin un président démocratiquement élu" qui va ensuite poser avec son cheval ou son chien. 



Dans ce réquisitoire sans fard sur nos démocraties endormies Angelical Liddell nous incite à nous regarder. Avons-nous envie de laisser n'importe quel beau parleur un tant soit peu intelligent jouer avec nos cordes sensibles et nous manipuler pour prendre le pouvoir en toute légalité. Et quand on regarde l'Europe de 2018 comment ne pas trouver se dire que la dramaturge avait déjà tout compris.

Il y a trois ans Anne-Frédérique Bourget et la compagnie Maskantête présentait déjà un texte fort de la même autrice, "Et les poissons partirent combattre les hommes", qui nous parlait du drame des migrants en Méditerranée.  Cette nouvelle mise en scène appuie avec la même force un texte très tout aussi ravageur. Elle joue sur les contrastes : dans les changements de ton, dans les chansons qui répondent au texte, dans couleur des costumes (bleu roi, argent), dans les rythmes, dans le choix de ses comédiens.

Sur scène deux comédiens et un musicien. Azeddine Benarnara a la puissance du monstrueux Richard. Tantôt séducteur, tantôt dictateur, il dit avec force ce texte engagé. La force des mots prend tout son sens dans son interprétation. Richard ne cherche pas à convaincre par l'action mais gagne par sa capacité à manipuler par les mot Face à lui Lauriane Durix compose une figure tout aussi complexe. Elle rassure parfois, à l'air de s'inquiéter comme nous des propos tenus par Richard, le cajole, nous séduit de ses yeux clairs. Comédienne et danseuse elle est le complément charme et séduction de Richard. Tous les deux ont une large palette d'expression. Accompagnés par la musique live de Alexis Sibeleau ils forment un redoutable tandem qui tisse sa toile pour nous faire tomber dedans. Et quand dans la dernière partie des spectres sortis du public viennent tourner autour du corps de Richard sommes nous rassurés de voir la bête tomber ?

En bref : La compagnie Maskantête réussi à nouveau à porter avec force, énergie et conviction un texte puissant. Porté par un duo de comédiens complémentaires, au jeu très expressif, elle nous incite à la réflexion. Réveillons-nous nous dit-elle avec ce texte visionnaire d'Angelica Liddell !

L'année de Richard, de Angelica Liddell, par la compagnie Maskantete, mise en scène Anne-Frédérique Bourget,  avec Azeddine Benarnara, Lauriane Durix et Alexis Sébileau

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Festival Avignon Off 2018
Artephile - 7 Rue Bourg Neuf - Avignon
du 6 au 27 juillet - 15h45 - relâche le dimanche

lundi 20 juillet 2015

ET LES POISSONS PARTIRENT COMBATTRE LES HOMMES

AFFRONTER NOS STRATÉGIES D'AVEUGLEMENT
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Une plage d’Espagne. Parce qu'il n'y a d'autres Lampedusa. Parce qu'avant les plages d'Italie il y avait ce détroit de Gibraltar, porte de l'espoir, porte de la mort pour les marocains en quête d'un ailleurs meilleur.

Ils sont deux sur scènes. Ils interpellent Monsieur Pute. Parce qu'il y a cette femme noire qui rampe sur le sable, délivrant son bébé. Ils voient bien la scène depuis leur transat. Mais ils ne font rien de mal, n'est-ce pas Monsieur Pute ? Mais quand même, ils viennent vomir leur pauvreté sur nos plages.

Angelica LIDDELL est aujourd'hui connue pour ses spectacles performance. Ce texte mis en scène par Anne Frédérique BOURGET vise plus à mettre en avant le discours politique tout en faisant vibrer toute la poésie du texte de l'auteure. Il questionne et accuse sans culpabiliser. Il amène chacun à regarder ce qu'il y a derrière son nombril et comment ses propres viscères de touriste blanc de passage réagissent à la connaissance ou a la vue de ces être noires qui viennent s’échouer sur nos plages de vacancier, quand ils ne font pas tout ce qu'ils peuvent pour se noyer avant et ainsi prendre un rôle étonnant dans la chaîne alimentaire.

Dans un décor minimaliste, les bâches de plastique se font vagues qui déferlent délivrant leur lot de corps, couverture de survie, manteau dans lequel on se camoufle. Illustration des stratégies que chacun met en place intérieurement pour se voiler la face, pour éviter la réalité qui dérange.

Torses nu, avec leur pantalons de zouaves qui donnent encore plus d'ampleur à leurs mouvements, tels deux combattants ou deux partenaires, les deux comédiens (Arnaud AGNEL et Adrien MAUDUIT) disent avec force, énergie et conviction toute la poésie d'un texte fort. Les voix se répondent, de complètent, se font une. L'ensemble baigne dans une ambiance musicale envoûtante grâce aux percussions d'Alexis SEBILEAU. 

En bref : une très belle mise en valeur d'un texte fort. Deux comédiens combattants pour un théâtre engagé. Un message de révolte et d'espoir. A voir et à entendre parce qu'il dérange, parce que le théâtre est aussi axe de réflexion.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival
15 Rue du 58ème RI 84000 Avignon
Du 4 au 2+6 juillet 2015 - 18h25 - Durée : 50 mn