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mardi 1 octobre 2019

THE WAY SHE DIES - Théâtre de la Bastille

DE LA PUISSANCE DE LA FICTION
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Tiago Rodrigues aime la littérature, les mots, l'amour. Après "Antoine et Cléopâtre", "Bovary" et "Sopro" il propose au collectif néerlandais du TG Stan de mettre en scène une libre adaptation d'Anna Karénine de Léon Tolstoi. Un rencontre qui porte au plus haut la puissance de l'oeuvre de l'auteur russe.

UNE LONGUE COLLABORATION

C'est la première fois que Tiago Rodrigues écrit pour le TG Stan, même si "The way she dies" n'est pas leur première collaboration. Un travail collectif autour du thème de la puissance de la fiction. Le spectacle met en scène deux couples à deux époques différentes. Un livre fait le lien entre les deux : une vieille édition d'Anna Karénine. "Le seul héritage que tu m'as laissé a été ce livre, la seule chose qui m'appartient véritablement pèse 490 grammes". Ce n'est rien 490 grammes. Et pourtant c'est tout pour ces deux couples. Pour l'un il sert de support pour apprendre le français. Pour l'autre il est l'outil qui devrait apporter toutes les réponses à la crise que traverse le couple.

A quelques dizaines d'années d'intervalle les deux couples vivent la même dilution de leur amour. Comme Anna Karénine l'aveu à l'époux de l'infidélité de l'épouse va les plonger dans un tourbillon d'interrogations. La force de Tiago Rodrigues et de son écriture, celle du jeu des comédiens du TG Stan, c'est de mettre en exergue toute la puissance de la fiction. Ils nous parlent de désir, de besoin d'être désiré(e), de liberté, de conventions sociales, de transmission. Ils nous amène à regarder l'importance de la traduction, la façon dont chacun interprète les mots. Ils démontrent avec talent comment le roman vient se cogner à la vie quotidienne, à moins que ce ne soit le contraire.

L’UNIVERSALITÉ DE LA LITTÉRATURE

L'amour de la littérature et des mots porte cette puissance. Un livre qui passe de main en main. Des listes de sensations ou d'absence de sensation. Des pages qui s'envolent et se répandent au sol. Une langue universelle qui ricoche sur les êtres. Des langues qui se font échos, que se répondent, malgré leurs différences. Les comédiens s'expriment en français, en portugais, en néerlandais, et contrairement à la tour de Babel ils se comprennent et nous, spectateurs, comprenons tout. Tiago Rodrigues tente de semer le trouble, mais les pièces du puzzle se mettent clairement en place et on sort apaisé malgré le tragique destin d'Anna Karénine.

Les quatre comédien.ne.s sont tout simplement remarquables. Jolente De Keersmaeker, Isabel Abreu, Pedro Gil et Franck Vercruyssen déroulent les émotions, les questionnements de ces deux couples portugais et flamand qui vivent chacun à leur façon les affres de la passion, du désir, et nous jouent la mort d'Anna Karénine pour en livrer toute la poésie tragique.

Nul besoin de décor somptueux. Quelques accessoires, un plateau dépouillé où les changements de costume se font à vue, une lumière qui pointe l'essentiel. Le texte, résultat d'une écriture de plateau et de la collaboration d'artistes qui ont une longue habitude de travail en commun, a toute la force de Tolstoï et la beauté de l'écriture de Tiago Rodrigues.

En bref : quand autant de talents se retrouvent réunis autour d'un même amour d'un texte le bonheur est total pour le spectateur. Tiago Rodrigues et le TG Stan nous font le cadeau d'une adaptation qui sublime la puissance de la fiction. Un spectacle intense et poétique.

The way she dies, texte de Tiago Rodrigues librement adapté d'Anna Karénine de Léon Tolstoï, spectacles créé par Isabel Abreu, Pedro Gil, Jolente de Keersmaecker, Tiago Rodrigues et Franck Vercruyssen, avec Isable Abreu, Pedro Gil, Jolente de Keersmaecker et Franck Vercruyssen, scénographie et lumières Thomas Walgrave, costumes An d'Huyset Britt Angé, traductions Thomas Resendes etMartine Bom.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Festival d'Automne
Théâtre de la Bastille
76 Rue de la Roquette 75011 Paris
Du 11 septembre au 6 octobre 2019


Crédit photo @Felipe Ferreira

dimanche 25 novembre 2018

SOPRO - Le regard de Corinne

NOUVEL HORIZON
Le regard de Corinne



Une femme, entre deux âges, vêtue de noir, entre en scène, seule, son carnet à la main. Elle
fait le tour de ce théâtre laissé à l'abandon. La nature a repris ses droits, l'herbe pousse à
travers le plancher, le vent traverse ce lieu hanté par ses souvenirs, les rideaux, encore
présents, ondulent.

Elle marche, semble réfléchir. Elle fait le bilan peut-être…Elle ne peut plus exercer son
métier de souffleuse, il n'existe plus. Alors quoi? Accepter la proposition de l'auteur
d'inventer un spectacle autour d'elle? Pourquoi pas.

Elle parcourt la scène qu'elle accepte de partager avec les comédiens, sans pour autant prononcer une parole. Ainsi, elle prend possession de ce nouvel espace, elle qui a toujours été dans l'ombre, dissimulée.

Apparaissent alors à tour de rôle 5 acteurs et c'est un enchaînement de scénettes dont
certaines sont des évocations de son expérience passée.

De souffleuse, elle devient chef d'orchestre. Elle les guide, les oriente sur scène. Tout
doucement, elle prend place dans la lumière.

Parfaitement ignorante de l'œuvre de Tiago Rodrigues, j'ai découvert un auteur d'une grande
poésie. Nous sommes en immersion durant le spectacle avec ce vent dont on entend le
souffle et qui nous donne des frisons, on a presque froid. Ce jeu d'ombre et de lumière,
accentué par le mouvement des rideaux, ajoute à la nostalgie.

L'auteur rend hommage à Cristina Vidal, inspiratrice de cette pièce. Il lui taille un rôle dans
ce nouvel horizon théâtral et la met au centre des regards. Tout naturellement, elle devient
visible de tous et s'approprie l'espace dont elle avait, jusqu'ici, une toute autre perception.


Seul bémol : la pièce est sous titrée car jouée en portugais. Je ne le savais pas, je n'avais
pas envisagé de voir ce spectacle. Je dois dire que cela m'a gêné. Je n'ai pas pu pleinement
profiter et apprécier le jeu des comédiens car trop occupée à ne pas perdre une miette de la
traduction.

Mais peut-être qu'au contraire, il fallait lâcher l'écran pour ressentir pleinement ce spectacle.

Sopro  Beatriz Bras et Cristina Viocal


Sopro, de Tiago Rodrigues, avec Beatriz Bras, Cristina Vical, Isabel Abreu, Joao Pedro Vaz, Sofia Dias, Vitor Roriz, Scénographie et lumière Thomas Walgrave, costumes Aldina Jesus, son Pedro Costa, assistante à la mise en scène Catarina Rolo Salgueiro, traduction en français Thomas Resendes

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Dans le cadre du Festival d'Automne
Théâtre de la Bastille - Paris
12 novembre - 8 décembre 2018




Le commentaire de Christine : Ce Sopro je l'attendais depuis Avignon 2017, n'ayant pas pu le voir alors. Un empêchement de dernière minute et je propose ma place à Corinne, sans lui donner aucune information sur le spectacle autre que le fait que c'était le plus beau spectacle du Festival d'Avignon 2017 et que j'avais adoré Antoine et Cléopatre. Son commentaire le lendemain : "je n'étais pas prête, c'est un peu tôt pour moi, mais quelle poésie dans ce spectacle". Quant à moi il ne me reste plus qu'à espérer que Sopro sera à nouveau programmé pas trop loin de chez moi la saison prochaine.

Crédit photo @Boris Horvat