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jeudi 10 juillet 2025

CONSPIRATIONS

UN CRIMINOLOGUE CHEZ LOUIS XIV

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Un salon grand siècle avec juste ce qu'il faut de mystère, une assistante qui distribue un questionnaire à quelques personnes dans la foule, et entrée théâtrale du sire Nicolas de La Reynie. Mis à la retraite par Louis XIV, le grand enquêteur, qui figure parmi ceux qui ont mis fin à la triste affaire des poisons, donne désormais des masterclass de criminologie, science qu'il a inventée.

C'est sur fond de faits divers du 18e siècle que Benoit Facerias, alias Nicolas de la Reynie, démontre ses indéniables talents de mentaliste. On sait bien que c'est truqué, mais on se fait avoir, on ne voit rien venir, on reste surpris, étonné des coïncidences, des convergences, des résolutions qui se forment sous nos yeux.

Le spectacle mélange donc mentalisme et théâtre. Et c'est peut-être sur ce second aspect que le spectacle pêche un peu : un manque de rythme, peut-être dû aux nombreuses sollicitations de la participation du public (c'est inhérent à ce type de spectacle), un personnage de professeur pas très sympathique tant il est imbus de sa personne. Si l'histoire est assez bien construite, je n'ai toutefois pas entièrement adhéré.

En bref : Entre théâtre et mentalisme, un spectacle plaisant mais qui ne convainc pas intégralement.

Conspirations, de Benoît Facerias, Maxime Schicht et Sylvain Vip, mise en scène de Mattieu Hornuss,  avec Benoît Vacerias, Solène Cornu, Alice Preyssas.

C'EST OU ? C'EST QUAND

Avignon Festival Off 2025
Théâtre du Roi René
 Du 5 au 26 juillet - 19h25 - Durée 1h25
Relâche 9 - 16 - 23 juillet

Crédit photo @ mathieu Duthilleul et @ Lisa Lesourd

lundi 6 juillet 2020

COVID-19 - NOUS N'IRONS PAS A AVIGNON, NI AU PUY DU FOU !

UN ÉTÉ SANS FESTIVAL OU PRESQUE

Lundi 13 avril. Nous le savions depuis plusieurs semaines mais nos esprits ne voulaient pas le croire, l'accepter. Le 8 avril Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon, livrait sur Facebook la programmation de la 74e édition prévue pour se tenir du 3 au 23 juillet 2020. Cela faisait déjà plusieurs jours que le Fringe, festival trois fois plus grand que le Off et qui se tient en août à Édimbourg avait annoncé son annulation. Mais confinés que nous étions depuis le 17 mars et espérant un durée limitée à 6 semaines nous avons voulu croire que les compagnies auraient le temps de se retrouver pour répéter. Je dis "nous" parce que je sais que je ne suis pas la seule à avoir voulu / rêvé / espéré que cela soit possible, que je retournerai à Avignon cet été.

Mais ce lundi 13 avril il a bien fallu raison garder. Non nous n'irons pas à Avignon cet été (pour plagier le nom d'un festival de région parisienne). Bien sûr la spectatrice assidue du festival que je suis, celle qui pendant 4 jours ou 3 semaines enchaîne entre 4 et 6 spectacles par jour, est déçue. Mais bien vite cette déception laisse place à la tristesse.

Tristesse en pensant à tous ceux qui vivent du spectacle vivant et qui souffrent tant depuis des mois déjà.

La culture en général et le théâtre en particulier ne servent à rien dans l'esprit de beaucoup de gens. Les intermittents sont considérés comme des feignants qui vivent sur le dos de la société avec leur système d'indemnisation soit disant privilégié. Ces gens-là ont-il idée de critiquer les joueurs de foot au salaires faramineux qui se contentent de courir après un ballon ? (je force le trait volontairement, et encore, je reste sobre).

Mais nous voici le 6 juillet. La culture se dote d'une nouvelle ministre. Wait and see, voir si la culture peut incuber comme dans un laboratoire médical et donner rapidement cet élan que l'on attend depuis trop longtemps.

Le Festival d'Avignon et le Off auraient du commencer il y a 3 jours. Pourtant en cette première semaine de vacances d'été il y a des raisons d'espérer ne pas passer un été sans culture, sans théâtre, sans cirque, sans musique, sans danse. "Innovez" a-t-on intimé aux professionnels de la culture, eux qui font de l'innovation le moteur de leur action quotidienne.

Nous n'irons pas à Avignon, ni au Puy du Fou mais nous irons à Paris pour le Festival Paris l'Eté dans une version raccourcie du 29 juillet au 2 août.  Du théâtre immersif avec "A game of you", du cirque avec Les filles du renard pâle ou avec Nicolas Fraiseau et Christophe Huysman, de la danse avec François Alu, Sébastien Barrier et avec la compagnie Philippe Louranço, de la magie avec Yann Frisch, du théâtre avec David Lescot (ma chronique de "j'ai trop peur" en cliquant ICI  ) ou avec le Munstrum Theatre, des lectures, des installations, bref des spectacles pour tous les goûts et pour tous les âges.



A Paris nous irons aussi au Théâtre 14 qui donne la possibilité à quelques spectacles qui auraient du être joués dans le Off 2020 de présenter leur travail du 13 au 18 juillet grâce au "Paris Off Festival". Le programme complet sur le site pour découvrir 15 propositions dont, entre autres, "Mon premier c'est désir" version moderne de "La princesse de Clèves" par la compagnie MSKT, "Spéciment" un spectacle sur l'adolescence de la compagnie "La rousse" ou "Moi Malvolio" où la compagnie des 7 sœurs explore l'univers de Shakespeare;


Nous irons à La Colline du 7 au 18 juillet où Wajdi Mouawad propose une nouvelle mise en scène de "Littoral" avec de jeunes comédiens, "parce qu'on a tous besoin d'un miracle" ; au Théâtre de la Ville  tout le mois de juillet pour un été solidaire : 5 spectacles à 10€ et gratuit pour les moins de 14 ans et pour les soignants, dont "J'ai trop d'amis" de David Lescot (la suite de "j'ai trop peur" (cf ci-dessus) et "Alice traverse le miroir" de Fabrice Melquiot, Lewis Caroll et Emmanuel Demarcy-Mota ; à La Villette pour du cinéma en plein air pendant tout l'été, de la danse du 2 juillet au 2 août, Plaine d'artistes / dans les coulisses de la création avec avec Mourad Merzouki, François Chaignaud ou Angelin Preljocaj.

Nous irons au Quai à Angers où Thomas Jolly propose un été impromptu, théâtral et festif pendant les mois de juillet et d'août. Au programme, entre autres, "La ferme des animaux" d'après Georges Orwell mis en scène par Youssouf Abi-Ayad, ou "La nuit de Madame Lucienne" mis en scène par le maître des lieux pour une promenade dans un théâtre vide, et une dizaine d'autres propositions théâtrales ou musicales.


Nous irons sur les bases de loisirs d’île de France du 18 juillet au 30 août pour retrouver les Tréteaux de France et l'Ile de France fête le théâtre : un été de spectacle et d'animation pour petits et grands. Au programme du théâtre classique avec "Britanicus", du grand théâtre populaire avec "Faire forêt", et deux spectacles jeune public : "Frissons" (à partir de 4 ans) et Venavi (à partir de 7 ans) . Et en plus c'est GRATUIT !

Nous irons peut-être à Bussang, où le théâtre du Peuple pourrait proposer une petite forme suite à l'annulation historique de son festival d'été.

Et nous irons partout où les scènes ouvertes ou fermées accueillerons un public toujours plus avide de culture.

Bonnes vacances à tous, bel été sous le signe de la culture qui se ré-invente.

Pour que vive le spectacle vivant
Allez au théâtre
et au Cirque

lundi 7 novembre 2016

LE THEATRE COMME OUTIL DE MEDIATION ET DE PREVENTION DE LA RADICALISATION



Utiliser le théâtre pour parler de prévention contre la radicalisation c'est le pari de la pièce "Djihad" mais aussi de Yannick, acteur de terrain en banlieue parisienne. Dans les salles ou dans les lycées comment le théâtre libère-t-il la parole des jeunes sur un sujet sensible ?


PRÉVENTION : des mots à l'action, avec quels moyens?

Après l'attentat contre Charlie Hebdo le gouvernement a lancé un plan d'action contre la radicalisation et le terrorisme. Yannick Rudelle est directeur adjoint du pôle prévention de la mairie de Limay. Cette commune de l'ouest parisien compte 16000 habitants et est à 3 km de Magnanville où le 13 juin 2016 deux policiers étaient victimes d'un attentat islamiste.

Le projet élaboré par Yannick dans le cadre de ses missions est la création par une classe de terminale d'un spectacle sur la citoyenneté et la radicalisation. Pour ces jeunes de banlieue qui n'ont pas accès au théâtre, la pratique de cet art est un défi. Il faut apprendre la technique théâtrale (s'exprimer, gérer son corps, l'espace, la relation aux autres). Dans une deuxième phase ils écriront le spectacle qui sera présenté en juin aux autres élèves du lycée. Le projet s'inscrit dans le cursus des étudiants et sera noté.


Si la prévention de la radicalisation est un axe majeur de l'action du gouvernement les fonds manquent pour la mise en oeuvre. Dans les Yvelines, département fortement touché par la radicalisation, la préfecture n'a obtenu que 20% des sommes annoncées. Sur celles-ci environ 16000 euros ont pu être dégagés pour les actions de terrain, somme intégralement attribuée à la seule ville de Trappes. La majorité des fonds est affectée au fonctionnement, (affiches, numéro vert, séminaires de formation). Yannick doit batailler pour faire exister son projet par ailleurs très bien reçu par les administrations locales et par les lycéens qui s'impliquent avec enthousiasme et fierté.

ISMAEL SAIDI : "ma pièce pour réveiller les consciences"

Ecrit par Ismaël Saidi, un ancien policier belge, "Djihad" raconte sous forme de tragi-comédie le parcours de trois belges sur la route du Djihad. Depuis sa création le 26 décembre 2014 plus de 55000 personnes dont 27000 lycéens ont vu le spectacle. Il est à l'affiche des Feux de la Rampe et fait salle comble depuis septembre 2016. Déclaré d'utilité publique en Belgique, il était programmé le 30 octobre en ouverture de la conférence de l'Unesco sur la radicalisation des jeunes. 300 lycéens de Trappes qui ont pu le découvrir en avril 2016. Sous l'égide du ministère de l'Education Nationale il va être présenté dans 80 établissements scolaires...mais pas dans le bassin mantois. Yannick n'a pas encore le budget pour faire venir la troupe à Limay.

Ismael Saidi est lucide: ce spectacle populaire n'a pas la prétention de changer les mentalités. Mais il permet de libérer la parole. Chaque représentation est suivie d'une heure de débat. Loin des médias, sans jugement ni sanction les spectateurs profitent de ce temps d'échange pour s'exprimer. Un temps indispensable pour que les choses sortent.

Suivant depuis longtemps le spectacle de Ismaël Saidi j'espère que Yannick bouclera le budget qui permettra d'offrir aux jeunes du Lycée Condorcet la double satisfaction de créer une pièce de théâtre et d'aller voir "Djihad".



Pour en savoir plus :

- Guide interministériel de prévention de la radicalisation
- Prévenir la radicalisation : le site Eduscol de l'Education Nationale
- Le théâtre arme de dissuasion massive par Odile Tremblay dans le journal québécois Le Devoir
- Toutes les infos sur le spectacle Djihad le spectacle
-  Relire ma critique de la pièce sur le blog Le Théâtre Côté Coeur

Article écrit dans le cadre du mooc "écrire pour le web" de Rue89