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samedi 4 juillet 2026

CUT, DES HISTOIRES , DES VIES

DROLE, DERANGEANT ET QUESTIONNANT

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Le théâtre de Mathilda May est unique par sa forme. Ce nouveau spectacle n’échappe pas à ce qui fait cette unicité : peu de mots et des situations burlesques voire absurdes.

Au travers d’une multiplicité de petites scènes, allant de quelques secondes à quelques minutes, "Cut ! des histoires, des vies ", nous place face à nos peurs, à notre hypocrisie, à nos craintes, à nos vérités profondes. 

Ces petites scènes du quotidien ont pour point commun un moment de bascule, une coupure, un arrêt inattendu qui souvent fait rire le spectateur. Mais c’est un rire souvent grinçant, qui dérange, qui questionne.

Les six comédiens, trois hommes et trois femmes, incarnent avec complémentarité et beaucoup d'autodérision, une multitude de personnages, sur un rythme très soutenu. Cage d'ascenseur, casting, bac à sable, hôpital psychiatrique, les lieux et situations se succèdent, dans une écriture fragmentée mais rigoureuse. D'un geste, d'une mimique parfois clownesque, l'émotion naît, navigant du tragique au comique, faisant naître chez le spectateur un certain malaise. Et il est bon d'être ainsi secoué.

La mise en scène mixe les disciplines : chant, jeu d'acteur, danse, musique.

Matilda May sait manier l'humour comme une arme. Une fois le rire passé, la réflexion s'installe de manière insidieuse dans l'esprit du spectateur. Je ne saurai mieux le dire que l'auteur :

"En surfant sur nos petites lâchetés ou nos grands courages, j'ai à cœur d'interroger les normes, les rapports de force, les règles qui entravent les libertés ou au contraire, les libertés qui émergent face aux entraves"


En bref : rien de tel que l'humour pour secouer les esprits. De l'humour absurde et revigorant

Cut ! Des histoires et des vies, de Mathilda May, avec Mathieu Alexandre, Benoît Blanc, Marie Desgranges, Emilie Deletrez, Matthias Girbig, Ana-Karina Lombardi, Lumières Laurent Beal, Régie Loïc Beaudron, Musique Julles Darmon et Sly Johnson, décors Patrice Le Cadre, costumes Mathilde Chollot


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2026
La Scala Provence
Du 4 au 25 juillet 2026 - Relâche 6 - 13 - 20
11h55 - Durée 1h15


dimanche 7 juillet 2024

FRANTZ

 DU MIME, DU RIRE, DE L'EMOTION

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Frantz est un jeune homme comme tout le monde. Employé dans une entreprise de fabrication d'équipement électroménager sa vie est réglée comme du papier à musique. Il y a le travail et son dossier fétiche (le 658), les collègues et les coups bus ensemble après la journée de boulot, les amours passés, le chat qui l'attend chez lui. Bref, tout s'enchaîne, jour après jour. Un peu monotone, mais Frantz ne se pose pas de question.

Tout semble donc immuable dans la vie de Frantz, jusqu'à cet appel reçu un lundi soir à 23h13 alors qu'il a éteint la lumière à 23h comme tous les soirs. Un appel qui fait qu'il n'y aura plus jamais un seul mardi semblable aux 208 précédents.

La jeune compagnie BPM ose un pari : celui du mime et du bruitage. Ils sont 5 sur scène. Ils se sont rencontrés à l'Ecole International de Théâtre Jacques Lecoq. Ils sont plein d'énergie et d'inventivité. Grâce aux objets du quotidien, alignés sur une étagère et une table sur tréteau, permettent à trois des membres de l'équipe de développer tout un panel varié de bruitages. Les corps eux-mêmes sont mis à contribution. Sans oublier que le chant fait aussi partie de la formation de ces artistes, lesquels nous offrent de jolies moments chantés.

Avec "Frantz" la compagnie BPM nous propose un spectacle empreint de magie, de poésie, de rire et d'émotion. Il y a du Jacques Tati teinté de Tex Avery dans cette belle histoire de relation père/fils, de deuil et de résilience.


En bref : un spectacle original, drôle et touchant, par une jeune compagnie qui relève avec brio un pari osé. Une initiative à soutenir et à encourager. Un très joli moment.

Frantz, texte et mise en scène Marc Granier, avec Paul Ménage, Chloé Louis, Samy Morri, ClaraLloret,Parra, Marc Granier.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2024
La Scala Provence
du 29 juin au 21 juillet - 10h10 - durée : 1h10
Relâche les lundis

Yė (L'eeau) - Baobab Circus

LA BATAILLE DE L'EAU

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Une jeune femme entre sur scène.  Le regard dur. Au sol, des dizaines de bouteille d'eau en plastique, écrasées. La jeune femme avale régulièrement une gorgée d'eau. Autour d'elle des hommes commencent à se battre. Elle reste imperméable.

"Yé" signifie "l'eau" en soussou. Le cirque Baobab s'est emparé de ce thème pour construire une fable écologique. L'eau qui manque tant à  Conakry, capitale de la Guinée, pays qui est le château d'eau de l'Afrique de l'ouest. Le spectacle est articulé autour des tensions créées par la fragilité de cette ressource naturelle.

Dans une atmosphère postapocalyptique, les hommes luttent. Les bagarres sont nombreuses (un peu répétitives dans le spectacle).  Elles sont le prétexte à de belles acrobaties chorégraphiées. Les artistes sont virtuoses, les pyramides humaines impressionnantes, les prises de risque réelles. Amara Camara, le contorsionniste, est un incroyable homme caoutchouc.

Le Baobab Circus s'est donné un rôle social et culturel important.  Entre deux tournées il retourne en Guinée, s'entraîner et former. Il a rôle d'inclusion et d'éducation. Le prochain spectacle parlera le l'excision.

En bref : un cirque tonique et virtuose qui allie hip-hop, breakdance et culture africaine.

Yé (l'eau),  Baobab Circus, direction artistique Kerfalla Bakala Camara, metteur en cirque et compositeur Yann Ecauvre, chorégraphe Nedjma BenchaÏb, troupe de 13 acrobates : Bangoura Hamidou, Bangoura Momo, Camara Amara Den Wock, Camara Bangaly, Camara Ibrahima Sory, Camara Moussa, Camara Sekou, Keita Aïcha, Sylla Bangaky, Sylla Fode Kaba, Sylla M'Mahawa, Youla Mamadouba, Camara Facinet


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2024
La Scala Provence
du 29 juin au 21 juillet - 11h45 - durée : 1h
Relâche les lundis

samedi 26 octobre 2019

MACHINE DE CIRQUE - La Scala Paris - Le regard de Corinne

HAUTE VOLTIGE

Le regard de Corinne



Cinq garçons, en terre inconnue, cherchent désespérément à communiquer avec d'éventuels
survivants, grâce à une machine faite de bric et de broc tout droit sortie de leur  imagination. Pour tromper l'ennui, la peur d'être vraiment seuls au monde, ils se distraient,  se défient, jonglent, font de la musique, jouent avec des serviettes.

Avec des matériaux de récupération, ils inventent des instruments, de musique ou autres, vraiment originaux. Que dire de cette machine/échafaudage faite de hublots, à laquelle sont accrochés des monocycles, reliée à tout un tas de ficelles permettant de monter et descendre un trapèze, de déplacer les fameuses fenêtres, si ce n'est qu'elle porte bien son nom : La Machine de cirque.

Quatre jongleurs/acrobates et un musicien/instrumentaliste déploient tout leur talent et leur ingéniosité pour nous épater. Ils n'ont aucun mal à obtenir de nous des  applaudissements et des "Ah !" de satisfaction tant nous sommes ébahis et admiratifs de leurs prouesses. Nous sommes face à des artistes complets et complémentaires qui innovent, réinventent les numéros de cirque, en apportant une touche personnelle.

Ainsi, Maxim Laurin évolue au trapèze avec la grâce et l'élégance du danseur. Elias Larsson manie avec dextérité et le « cerceau » taille XXL et les quilles. Nous rigolons aussi beaucoup avec Frédéric Lebrasseur qui incarne un personnage qui se situe entre le Schtroumpf grincheux et Monsieur Linéa, bougon, râleur mais très attachant. L'apparition des groupies, munies de leur perruque de récupération, est hilarante alors que nous sommes à un moment de grand défi pour Raphaël Dubé, qui dompte des monocycles de différentes tailles.

Et que de frissons et de peur quand Ugo Dario et Maxim Laurin s'emparent de la planche coréenne pour effectuer leurs sauts de plus en plus périlleux. C'est très  impressionnant.

Complices, les deux artistes s'encouragent l'un l'autre dans cette épreuve. Ils marquent quelques secondes de pause, histoire de reprendre leur souffle, pendant que nous nous retenons le nôtre, et c'est reparti. Nous percevons alors l'énergie et la technique qu'il faut pour exécuter ces figures.

Avec ce spectacle, ces saltimbanques ont su créer un univers d'imaginaire, d'innovation pour faire revivre le cirque sous une autre forme et pour qu'il continue à nous captiver, à nous faire rêver.

La magie opère car ils nous embarquent sans difficulté dans cette aventure.


Machine de cirque, idée originale et écriture Vincent Dubé, collaboration à l'écriture et à la mise en scène Yohann Trepanier, Raphaël Dubé, Maxim Laurin, Ugo Dario, Frédéric Lebrasseur, avec Elias Larsson, Raphaël Dubé, Maxim Laurin, Ugo Dario, musicien : Frédéric Lebrasseur

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
La Scala Paris
13 Boulevard de Strasbourg 75010 Paris
Du 19 octobre au 3 novembre 2019 - 18h30

dimanche 13 octobre 2019

LA VIE DE GALILEE - La Scala Paris - Le regard de Corinne

La confrontation

Le regard de Corinne


Début du XVIIème en Italie, Galilée perfectionne la lunette astronomique, à l'origine une
invention hollandaise. En bon scientifique qu'il est, il observe assidûment l'univers. S'appuyant sur la théorie de Copernic, il fait des découvertes majeures et notamment que la terre tourne autour du soleil. Il en apporte la preuve et remet ainsi en cause les théories d'Aristote et de Ptolémée qui prônent un univers composé de sphères de cristal, théories soutenues par l'Eglise. Il bat en brèche le système géocentrique défendu par cette dernière et fragilise son emprise, son autorité. La découverte de Galilée présente un danger indéniable car elle tend à bouleverser l'ordre établi par la religion et ses croyances. L'inquisition va se charger de le lui rappeler.

Bertolt Brecht, auteur de « la Vie de Galilée », a, dans ce texte mis en avant l'humanisme de ce scientifique pour qui « le seul but de la science consiste à soulager les peines de l'existence humaine. Quand des hommes de science intimidés par des hommes de pouvoir égoïstes se contentent d'amasser le savoir pour le savoir, la science peut s'en trouver mutilée».

Claudia Stavisky a bien perçu l'intention de l'auteur. Sa mise en scène nous fait découvrir certes un scientifique, mais avant tout un homme, ayant des doutes, proche de ses contemporains et de leurs préoccupations parfois terre à terre, mais aussi un homme intelligent qui sait s'adapter à son public (pour preuve la séance de présentation du télescope à l'université de Venise).

Le choix d'un décor épuré accentue cette perception de simplicité de la vie de Galilée dont nous suivons le déroulé grâce à une inscription sur le mur, situant dans le temps et dans l'espace les actions.

Philippe Torreton se charge d'incarner ce Galilée exalté, excité par ses découvertes, convaincu de faire progresser la société pour le bien de tous. Il interprète à merveille ce Galilée qui livre son combat contre l'obscurantisme persuadé de pouvoir le remporter. Philippe Torreton est omniprésent sur scène, déclamant ou murmurant son texte, sans pour autant effacer la performance des autres comédiens. Au contraire, tous ensemble, ils forment une belle unité au service de ce spectacle.

Si les époques changent, les combats à mener pour lutter contre les croyances de toutes
sortes, les idées reçues, demeurent. Le texte et la mise en scène de « La Vie de Galilée » sont
profondément, tragiquement d'actualité. Ce spectacle sonne comme un rappel à la vigilance.


La Vie de Galilée, Texte de Bertolt Brecht Mise en scène de Claudia Stavisky avec Philippe Torreton, Gabin Bastard, Frédéric Borie, Alexandre Carrière, Maxime Coggio, Guy-Pierre Couleau, Mathias Distefano, Manou Garcia, Michel Hermon, Benjamin Jungers, Marie Torreton.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre La Scala
3 Bd de Strasbourg – 7501 Paris
Du 10 septembre au 9 octobre 2019
Puis en tournée en France dont Les Célestins à Lyon du 15/11 au 01/12/2019

dimanche 5 mai 2019

TRISSOTIN OU LES FEMMES SAVANTES - Le regard de Corinne

Avis de tempête !


Le regard de Corinne

Créée en 2015 par Macha Makeieff, directrice du Théâtre National La Criée à Marseille, cette
pièce rencontre un franc succès auprès du public, bien au-delà de nos frontières. En tournée en Chine, en mars 2018, le spectacle est ovationné. Pour ceux qui ont raté la première session, La Scala nous offre une seconde chance, qu'il ne faut pas rater.

Molière, éternelle source d'inspiration...

La mise en scène de Macha Makeïeff est surprenante et originale. Elle choisit d'adapter cette
pièce à une époque contemporaine, les années 70, tout en conservant le texte en vers de
Molière. Les années 70 probablement la période la plus marquée par les revendications des
femmes pour s'émanciper et bousculer le cadre rigide et traditionnel de l'époque, quitte à glisser vers des comportements jusqu'au-boutistes. La résonance est parfaite avec les propos de Molière : fustiger l'ordre établi tout en moquant les attitudes extrémistes qui virent au ridicule.

Même si le mélange époque/langage est déroutant les premières minutes du spectacle, très vite nous sommes entraînés dans la spirale du comique de la pièce.

Un Trissotin haut en couleur :

Personnage central de la pièce, son entrée en scène est digne de celle d'une rock star : jeu de
lumière, musique à fond, chemise rose ouverte sur sa poitrine velue, longue crinière rousse,
Geoffroy Rondeau, incarne parfaitement ce Trissotin pédant, imbu de sa personne, précieux et de surcroit fourbe. Il a bien compris l'intérêt qu'il a d'entretenir les dissensions de cette famille. Il encourage donc ses trois protectrices : à commencer par la meneuse de ce petit groupe, l'exubérante femme de Chrysale, Philaminte (Marie Armelle Deguy), la très sérieuse Armande sa fille ainée (Caroline Espargilière) et Bélise la sœur de Chrysale (Jeanne Marie Levy / Anna Steiger), vieille fille, érotomane et follement drôle. 

Mais le tableau ne serait pas complet sans les détracteurs de Trissotin au nombre desquels on retrouve Chrysale (Vincent Winterhalter) qui se veut le maître de maison mais d'une grande lâcheté face à sa femme, son frère Ariste (Philippe Fenwick) qui parviendra à démasquer Trissotin, Henriette, fille cadette de Chrysale (Vanessa Fonte) qui n'aspire qu'à épouser son fiancé Clitandre (Ivan Ludlow).

2h15 de spectacle mené tambour battant par cette troupe de comédiens virtuoses. L'esprit de
Molière est constamment présent. La touche Pop/Rock de Macha Makeïeff apporte la preuve de la modernité de ce texte, pourtant écrit en 1672. Critique sociale, comédie des mœurs, refus du sectarisme, guerre des sexes ou plutôt parité homme-femme, les thèmes en sont intemporels.

Ce spectacle est un pur régal.


Trissotin ou les femmes savantes, de Molière, mi en scène : Macha Makeïeff, Avec Vincent Winterhalter, Marie Armelle Deguy, Arthur Igual en alternance avec Philippe Fenwick, Caroline Esparrgilière, Vanessa Fonte, Geoffroy Rondeau, Jeanne Marie Levy en alternance avec Anna Steiger, Ivan Ludlow, Pascal Ternisien, Karyll Elgrichi en alternance avec Louise rebillaud, Arthur Deschamps, Valentin Johner.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
La Scala Paris
13 Bd de Strasbourg  75010 Paris

Du 10 avril au 10 mai 2019

dimanche 3 février 2019

COLD BLOOD - La Scala - Le regard de Corinne

LA POÉSIE AU BOUT DES DOIGTS

Le regard de Corinne


Les lumières s’éteignent, l’écran se lève, la voix off nous promet une expérience unique, celle de vivre, sous hypnose, les derniers instants avant la mort. Que se passe-t-il à ce moment précis ? Quelle image, quelle odeur, quelle sensation nous reviennent en mémoire ? La voix off compte...un, deux, trois, nous sommes prêts pour le voyage.

Le défi este taille : comment aborder ce sujet sans pour autant rebuter le spectateur, mais au contraire l’embarquer dans cette aventure ? C’est ce que Thomas Gunzig, l’auteur du texte, Michèle Anne de Mey, chorégraphe, Jaco Van Dormael, cinéaste, et le collectif belge Kiss and Cry parviennent à réaliser avec Cold Blood.


Le thème du spectacle est grave mais traité avec humour, forcément décalé. Il aborde sept morts, toutes aussi loufoques qu’improbables (Imaginez-vous un jour mourir d’une intolérance à la purée ou encore d’une indigestion due à une agrafe de soutien - gorge...) et les dernières pensées qui les accompagnent (une caresse pour certains, un baiser soufflé dans le cou d’une inconnue ou encore un pas dans la neige pour d’autres).

L’idée originale de ce spectacle tient à la mise en scène qui est une plongée multimédia mêlant cinéma, chorégraphie, la musique et le théâtre. Huit manipulateurs / accessoiristes mettent en scène sous nos yeux la représentation qui est simultanément projetée sur l’écran.

Mais là encore, une autre surprise nous attend. Les personnages principaux sont des doigts et des mains. Avec beaucoup de grâce et de sensualité, ils improvisent une danse, caressent le bras d’une inconnue, s’animent dans un paysage miniature. Et le ballet de doigts prend de l’ampleur sur l’écran.


En gardant leur âme d’enfants, fait d’imaginaire et de créativité, Michèle Anne de Mey, Jaco Van Dormael et le collectif Kiss and Cry nous livre un spectacle aussi innovant qu’enchanteur. Ils font naître un monde fantaisiste et mélancolique, un monde qui parle peut-être encore plus à Michèle Anne de Mey du fait de son expérience personnelle.

La voix off reprend sa litanie....un, deux, trois, vous vous réveillez. Et le spectateur réalise alors qu’il vient effectivement d’assister à une représentation magnifique, magique.

Cold Blood, Texte de Thomas Gunzig, mise en scène de Michèle Anne de Mey, Jaco Van Dormael, avec la participation du collectif Kiss and Cry

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
La Scala Paris
13 Bd de Strasbourg – Paris 10 ème.
Du 10 au 26 janvier 2019, 21h00

Crédit photo @Marteen von den Abeele

mardi 18 septembre 2018

SCALA

POÉTIQUE ET INQUIÉTANT
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C'est avec "Celui qui tombe" que j'ai découvert le travail de Yoann Bourgeois, et que j'en suis devenue fan. Alors c'est un immense plaisir de le retrouver avec une création pour l'ouverture (ou la réouverture) de La Scala Paris. Et quel autre titre que "Scala" pouvait-il donner à ce spectacle construit à partir de ce que lui ont inspiré ses pérégrinations dans ce lieu lors des travaux réalisés selon les voeux des nouveaux propriétaires de cette salle mythique, Mélanie et Frédéric Biessy.

RENAISSANCE

Commençons par rendre hommage à ces deux amoureux du spectacle vivant qui transforment leur passion en un défi exaltant. La Scala, comme l'a rappelé un petit film avant le spectacle lors des soirées d'inauguration, c'est une salle au destin mouvementé. Musical, cabaret, salle de spectacle, cinéma porno, et finalement à nouveau lieu d'expression de la diversité de la culture au cœur d'un quartier lui-même multiculturel avec ses plus de 100 nationalités.

Après deux ans de travaux les murs bleus, ce bleu Scala, vont enfin pouvoir raisonner de mots et de musique. Mélanie et Frédéric Biessy se sont entourés d'une équipe chevronnée composée notamment d'Olivier Schmitt comme conseiller artistique, Rodolphe Bruneau-Boulmier comme conseiller musical et Aline Vidal comme conseillère arts visuels. Sans oublier le travail de rénovation mené par Richard Peduzzi. C'est un phénix qui renaît de ses cendres. Et quand on voit la passion qui pétille dans les yeux du couple Biessy on ne peut que leur souhaiter de réussir ce formidable pari.


DES ARTISTES VIRTUOSES

Il faut dire que la programmation qui lance la salle et la saison est plus qu'alléchante. (Voir mon article sur la rentrée des théâtres parisiens). A commencer donc par ce poétique et inquiétant Scala créé par Yoann Bourgeois. 

La recherche de l'équilibre est toujours au cœur de son travail. Les artistes évoluent dans un décor plein de chausse-trappes, de pleins et de vides, d'objets en déséquilibre, de trampolines. Un univers un peu sombre où trône un grand escalier (l'ai-je bien descendu ?). Dans ces pleins et ces creux, ces espaces délimités et ces vides, tout semble possible. Un univers en devenir, comme cette salle. Yoann Bourgeois sait comme personne créer cet univers ni tout à fait circassien ni tout à fait théâtral. Ils sont 5 hommes et 2 femmes à explorer ce nouveau monde. Leur habileté à jouer avec leur corps, avec les rythmes, avec les espaces est tout bonnement étonnante et captivante. 

Après un début de spectacle qui traîne un peu l'ambiance s'installe. La poésie et le mystère ne font plus qu'un pour nous emporter dans quelques tableaux magiques. La descente d'escalier, le ballet des mains, la chute dans un espace "aquarium", les rebondissements, des séquences empreintes d'un onirisme d'une grande beauté teinté d'inquiétude : des prises de risque, des plongées dans l'inconnu, des pauses, un monde qui se construit, évolue. Le temps semble parfois se figer puis se redynamise. Les objets s'animent tout seul, se désarticulent comme les danseurs, se reconstruisent.

En bref : avec Scala Yoann Bourgeois donne déjà une âme à cette salle qui renaît de ses cendres. Un spectacle très symbolique où l'on retrouve les qualités du travail de ce circassien de formation qui aime mixer les genres. Des artistes étonnants, du mystère et du rêve. Voilà un beau lancement de salle et de saison.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

13 boulevard de Strasbourg 75010 Paris
du 11 septembre au 24 octobre 2019 à 21h - Dimanche 15h



Vu le 12/09/18 - La Scala Paris

dimanche 27 novembre 2016

COLD BLOOD

VOYAGE ONIRIQUE EN NANO DANSE
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En 2013 j'avais été éblouie par KISS AND CRY au Théâtre du Rond Point. Forts de cette première expérience Anne de Mey et Jaco Van Dormael ont peaufiné leurs bricolages géniaux pour nous offrir un nouveau spectacle alliant nano-danse et cinéma et nous émouvoir par un récit onirique et poétique.

CRÉATION EN LIVE

"Fermez les yeux. A trois vous dormirez. Un...Deux...Trois". La voix de voix grave de Jaco Van Dormael nous invite à une déambulation onirique au pays de la grande faucheuse. Comme hypnotisé nous embarquons pour une expérience unique. Sur le plateau s'anime une équipe tout de noir vêtue, se déplaçant de part et d'autre de la scène occupée par des rails, des tables surmontées des maquettes, des bras mécaniques portant des caméras, tandis que le tout est surplombé d'un écran géant.



"Kiss and Cry" nous racontait une histoire d'amour et de vie. "COLD BLOOD" n'est pas une suite mais une aventure différente. Le texte de Thomas GUNZIG nous distille avec humour, mélancolie et une bonne dose d'absurde, sept morts idiotes. Septs tableaux, sept univers, sept histoires pas vraiment banales, sept souvenirs venus de l'au-delà. Comme des instantanés, des sensations captées lors de ces dernières secondes de vie.

La magie opère dès les premiers instants. Tandis que Michèle Anne De Mey, Grégory Grosjean et Gabriella Iacono déroulent une gestuelle subtile, chorégraphiée avec précision, Julien Lambert les filme en direct, qui se meuvent dans les maquettes de Sylvie Olivé. Se crée en direct un "film éphémère" comme le décrivent ses créateurs, lequel qui est projeté en live sur l'écran géant.

Là où KISS AND CRY ne faisait danser que les doigts dans une nano-danse féerique, COLD BLOOD fait la place aux corps, ombres ou images lointaines, grain de peau ou silhouette évanescente et fantomatique évoluant dans l'espace aérien d'une chambre.

MULTIDISCIPLINAIRE

Chaque séquence, chaque plan est travaillé dans le moindre détail comme pour le cinéma. La disposition de la scène permet au spectateur d'assister à la création sur le plateau (installation des décors et maquettes éphémères, visualisation des ingénieux bricolages, effets de lumière) et de visualiser immédiatement le rendu filmé. Danse, cinéma, théâtre, musique, les disciplines artistiques se mélangent et se fondent en un objet poétique où l'imaginaire prend forme. De l'eau, du savon, des brosses qui tournent grâce à une visseuse électrique, et sur l'écran c'est un car-wash qui apparaît. Un bac avec un fond d'eau et c'est un ballet à la Esther Williams qui nous ravit.

Comment ne pas laisser parler nos coeurs d'enfant quand quatre doigts se lancent dans une chorégraphie énergique à la Fred Astaire et Ginger Rogers, quand sur un minuscule socle rond surgit le souvenir de Jorge Donn dansant le Boléro de Ravel sur la chorégraphie de Maurice Béjart, quand un homme attrape une fusée miniature et que c'est Ariane ou Apolo qui prend son envol.

Le rêve ne serait pas complet sans la qualité de la bande-son. De György Ligeti à Nina Simone, de Frantz Schubert à David Bowie, de Chico Buarque à Igo Stravinsky, les musiques s'enchaînent avec la même magie pour nous transporter dans cet univers intime et universel.

Un travail d'équipe (ils ne sont pas moins d'une douzaine à venir saluer) qui mérite amplement la standing ovation d'une salle séduite par ce travail minutieux et exigeant et par la beauté du voyage qui lui a été proposé. Celui-ci se termine en apothéose avec un kaléidoscope éblouissant.

En bref : Le Collectif Kiss and Cry séduit à nouveau avec cette nouvelle aventure. Un OTNI que cette création live d'un "film éphémère". Un univers onirique créé par la magie de Michèle Anne de Mey et Jaco Von Dormael. Un rêve éveillé à ne pas manquer.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

La Scala Paris
 13 Boulevard de Stasbourg 75010 Paris
Du 4 au 27 janvier 2019
du mardi au samedi 21h - dimanche 15h

Retrouvez mon article sur KISS AND CRY en cliquant ICI


Crédit photo @Julien Lambert / Vidéo : Collectif Kiss and Kry
Vu novembre 2016 à L'Onde Vélizy

dimanche 30 juin 2013

KISS AND CRY

ÉBLOUISSANT

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A LA RECHERCHE DES AMOURS MORTES

Ils sont une douzaine sur le plateau, lequel est un vrai capharnaüm : tables, rails, train électrique, caméra, décors miniatures, PC, un écran géant qui domine la scène. Dans quelques minutes les portes vont se fermer sur les derniers spectateurs retardataires, mais avant de se déployer chacun à leur poste ils se rassemblent en un cercle pour s'encourager, se souder une dernière fois avant que les lumières ne baissent. Un concert de chants d'oiseaux et cette oeuvre étonnante est lancée.

Une voix chaude s'élève : "Il y a les gens qui ont disparu, les gens que l'on ne revoit jamais...". La caméra survole un désert de sable où sont parsemées des figurines miniatures. Le texte de Thomas Gunzig dit par Jaco Van Dormael nous emporte sur les traces de Gisèle, vieille dame assise sur un banc de quai de gare. Elle se souvient de ses amours passées. 5 histoires, 5 hommes, 5 passions. 5 souvenirs gravés à jamais dans la mémoire, enfermés dans des petites boites. Sur une table la caméra filme ces deux mains qui viennent de se mettre en mouvement. L'une masculine, l'autre féminine. Elle s'engagent dans une danse de la séduction projetée en direct sur l'écran.


Articulée autour de la "nanodanse" ou de danse de doigt, le spectacle mêle danse, cinéma, animation, vidéo, théâtre, musique, mots. Il nous attrape dès la première scène : la danse des doigts commence et ce ne sont plus des mains mais des silhouettes qui s'animent devant la caméra, une danse tantôt sensuelle et lascive, tantôt fougueuse et violente comme la passion.


MAGIQUE

Kiss and Cry est le fruit d'un travail collectif, initié par Michèle Anne De Mey et Jaco Van Dormael. Ce dernier dit qu'il est "une expérience à vivre avant d'être un spectacle". Expérience pour le collectif qui l'a créé "de bric-à-brac", dans un grenier, inventant ou ré-inventant chaque jour de nouvelles voies d'expression, avec pour défi "faire du grand avec du tout petit".


Ce travail de création se répète chaque soir sous nos yeux. La caméra nous plonge dans ce monde du petit où le lait devient big bang, où les univers se renversent, où les mains se font personnages, couples ou solitaires, animaux aquatiques ou dinosaures. Les histoires d'amour se composent et se décomposent au fil de la mémoire, la caméra filme ces décors miniatures, les paysages qui défilent vus de l'intérieur d'un train, les mains qui s'enlacent, s'aiment, se disputent, vivent et revivent, les personnages miniatures, les saisons qui passent. Une prouesse technique. Ce monde du petit nous plonge dans une grande émotion, encore plus exacerbée par la délicatesse avec laquelle sont réalisées toutes les actions qui se passent sur cette scène si chargée où chaque chose est à sa place.

Le tout crée un univers magique, hors du temps, à la fois présent et intemporel, poétique, nostalgique, sensuel dont on sort ébloui par tant de grâce

En bref : un intense moment de grâce unique et inoubliable





C'EST OU ? C'EST QUAND ?

13 Boulevard de Strasbourg 75010 Paris
du 4 au 31 décembre 2018
du mardi au samedi 21h - dimanche 15h 


Vu le 28 Juin 2013 - Théâtre du Rond Point Paris
Mise à jour du 25/11/18