Affichage des articles dont le libellé est Porte Saint Martin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Porte Saint Martin. Afficher tous les articles

dimanche 22 septembre 2019

LA DAME DE CHEZ MAXIM- Théâtre de la Porte Saint Martin

UNE DAME QUI NE SÉDUIT QU'A MOITIE
***


Après sa mise en scène du Système Ribadier à la Comédie Française saluée par la critique et le public Zabou Breitman a choisi à nouveau Feydeau pour le Théâtre de la Porte Saint Martin. Avec une distribution prestigieuse. Mais de bons comédiens suffisent-ils à donner de l'intérêt à un texte désuet ?

QUIPROQUOS A FOISON

Le pitch est simple et compliqué comme toujours dans un vaudeville. Le docteur Petypon se réveille sous son canapé au lendemain d'une nuit bien arrosée. Dans son lit La Môme Crevette, danseuse du Moulin Rouge. Par une série de quiproquos Petypon fait passer la danseuse pour son épouse au cours du mariage d'une cousine. A la fin tout rentre dans l'ordre, Petypon obtient le pardon de sa femme et sauve son train de vie obtenu grâce à l'argent de son épouse à l'apparence revêche, ainsi que son héritage de la part de son oncle le Général. Ce dernier repart en Afrique couler des jours heureux avec La Môme Crevette.

Il n'y a pas grand-chose à reprocher au quatuor de comédiens qui se démène avec une belle énergie pour donner à la pièce le rythme propre au genre. Celui n'est pas toujours réussi d'ailleurs, pas tant par la faute des comédiens que de celle des artifices de mise en scène qui ne tombent pas toujours à pic. Ainsi le duel factice ou l'accélération façon film muet. 

UN QUATUOR DANS LE TEMPO

Micha Lescot promène sa grande stature avec aisance dans le rôle du médecin Petypon qui est rapidement dépassé par la situation. André Marcon est impérial en Général pris d'une seconde jeunesse. Anne Rotger est impeccable de rigidité et de folie extatique dans le rôle de Gabrielle Petypon. Enfin Léa Drucker est une truculente et irrésistible Môme Crevette à la gouaille parisienne et l'énergie tourbillonnante.

Mais malgré quelques scènes hilarantes (la double apparition de l'ange), malgré ou à cause des partis pris de mise en scène qui veulent casser les codes (les provinciales, les changements de décor, l'intermède chanté de la Môme) la folie Feydeau n'est pas présente. On sourit, on rit un peu, on s'ennuie parfois

En bref : un bon casting et un quatuor de comédiens bien dans leurs rôles ne suffisent pas à masquer le vide du texte. Une mise en scène qui ne convainc pas. Et au final toujours la même question : quel est l'intérêt de monter ces textes vieillots et vieillis. Les amateurs du genre seront certainement néanmoins séduits par cette proposition.

La Dame de chez Maxim, de Georges Feydeau, mise en scène de Zabou Breitman, avec Léa Drucker, Micha Lescot, André Marcon, Eric Prat, Christophe Paou, Anne Rotger, Reinhardt Wagner, Valérian Béhar-Bonnet, Philippe Caulier, Ghislain Decréty, Solal Forte, Constance Guiouillier, Pierre-Antoine Lenfant, Damien Sobieraff, Pier-Niccolo Sasseti, Madlyn Farjot, et la participation des élèves du studio d'Asnières

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de la Porte Saint Martin
10 Boulevard Saint Martin 75010 Paris
Du 10 septembre au 10 novembre 2019


samedi 23 juin 2018

L'OISEAU VERT - Théâtre de la Porte Saint Martin

SUIVONS L'ENVOL DE L'OISEAU VERT

*****



Il y a un an à peu près je lisais une critique enflammée de la nouvelle création de Laurent Pelly. Me souvenant de son Macbeth vu aux Amandiers à Nanterre je n'avais qu'une hâte : voir ce spectacle à Paris. Oui mais voilà, pas de programmation rapide en vue sur les scènes publiques. Heureusement il y a le Théâtre de la Porte Saint Martin qui, à l'image de quelques autres scènes, a choisi d'appliquer la célèbre maxime de Laurent Terzieff : "le théâtre n'est pas ceci ou cela mais ceci et cela" et donc de briser cette ligne invisible mais tenace qui tend à séparer le théâtre public du théâtre privé, et qui a donc eu la bonne, l'excellente idée de programmer l'Oiseau vert en cette fin de saison.

Et quel bonheur. L'attente fut longue mais cela en valait la peine. Laurent Pelly nous fait cadeau d'une revigorante fable écrite par Carlo Gozzi en 1765. Ce contemporain de Goldoni nous entraîne dans une cité imaginaire où au retour d'une longue campagne un roi a perdu trace de sa famille. Il ne sait pas que sa femme a été enterrée vive par la reine mère, laquelle a jeté les deux enfants royaux dans la rivière. Seul avec la marâtre il pleure la perte de ces êtres chers. Pendant de temps dans la ville un couple de bouchers se plaint de l'ingratitude de ses deux enfants qu'ils ont jadis sauvés de la noyade.

Voila posées les bases d'un imbroglio familial qui réserve moult surprises et rebondissements sous la protection et la direction d'un mystérieux oiseau vert. Dans une scénographie étonnante vont se croiser cadres, statues géantes et parlantes, philosophes et sorcières, chœur de pommes etc.

Le décor imaginé par Laurent Pelly est composé d'un long plateau qui monte vers le fond de la scène en ondulant, bordé de lampes. Des cintres descendent les façades de la ville comme dans un jeu d'ombre chinoise, les cadres qui figurent les ors et la royauté, des statues translucides, etc. Un univers poétique, étrange, d'une très grande richesse esthétique. Jusqu'à l'égout dans lequel la reine survit depuis des années sous la protection de l'oiseau vert. Quant aux costumes ils sont d'une créativité réjouissante, entre cartoon et théâtre, entre drame et burlesque, hauts en couleur comme les personnages qu'ils habillent.

On nage dans le bonheur devant le foisonnement du texte (parfois bavard), la beauté de la scénographie, l'habileté du jeu des comédiens, la force comique des situations, de mots et de la mise en scène. Sous la direction de Laurent Pelly la troupe virevolte, danse, roule, s'amuse dans cet univers protéiforme. Au sein de cette troupe qui respire la liberté on retient notamment la truculente composition de Marilù Marini, hilarante sorcière, mante religieuse, reine mère aux grimaces irrésistibles.

En bref : Laurent Pelly nous offre avec l'Oiseau vert une fable poétique d'une extrême beauté. Une farce burlesque et onirique portée par une troupe qui excelle dans l'humour. Un rêve éveillé.

L'oiseau vert, de Carlo Gozzi, traduction Agathe Mélinand, mise en scène, décor et costumes Laurent Pelly, avec Pierre Aussedat, Georges Bigot, Sabine Zovighian, Emmanuel Daumas, Nanou Garcia, Eddy Letexier, Régis Lux, Olivier Augrond, Marilù Marine, Jeanne Piponnier, Antoine Raffalli, Fabienne Rocaboy.

C'EST OU ? C'EST QUAND ? 
Théâtre de la Porte Saint Martin
18 boulevard Saint Martin 75010 Paris
Jusqu'au 23 juin 2018


Crédit photo @Les trois coups & Polo Garat

dimanche 11 février 2018

LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD - mes C. Hiegel - Théâtre de la Porte Saint Martin

UN MARIVAUX EN OR*****





Au théâtre de la Porte Saint Martin les saisons se suivent et se renouvellent. Après "Les femmes savantes" Catherine Hiegel met en scène Marivaux et fait à nouveau appel à des comédiens d'horizons différents. Une réussite presque parfaite.


QUAND LE CŒUR DÉCIDE

Sylvia est promise à Dorante. Un mariage arrangé entre pères. Mais M. Orgon ne saurait imposer à sa fille chérie un mari que son cœur n'aurait accepté. La promise imagine alors un stratagème pour évaluer son promis : avec l'accord de son père elle échangera sa place avec Lisette, sa servante. M. Orgon accepte d'autant plus facilement qu'il a appris que Dorante a imaginé le même stratagème et que c'est son valet qui se présentera sous son nom tandis que lui-même pourra espionner sa future. Sans rien dire à Sylvia, M. Orgon et son fils Mario laisseront faire le jeu de l'amour et du hasard pour laisser les cœurs décider librement de leur penchant. Les identités ainsi dissimulées laisseront-elles les cœurs choisir librement ?

Maîtres et valets s'en donnent à cœur joie dans ce marivaudage cruel qui sous couvert de se jouer des conventions remettra chacun à sa place. Valet et servante auront goûté à la liberté de leur maître et feront contre mauvaise fortune bon cœur en retrouvant leur condition d'origine. Au bout du compte chacun y aura trouvé l'amour et les conventions seront respectées.


UN CLASSIQUE DYNAMISE

Dans le magnifique décor de Goury, une splendide façade d'hôtel particulier avec balcon et jardin verdoyant et fleuri, sublimé par les lumières de Dominique Borrini. La mise en scène de Catherine Hiegel donne à ce classique un regain de modernisme et de fraîcheur. 

C'est le nom de Vincent Dedienne qui a été mis en avant dans la communication. Le grand public le connaît en tant qu'humoriste par son seul en scène "S'il se passe quelque chose" et ses chronique télévisées. C'est oublier qu'il est aussi est excellent comédien drôle et sensible comme j'avais pu le découvrir en 2013 dans "Je marche dans la nuit par un chemin mauvais". Parfaitement dirigé par Catherine Hiegel il est un Arlequin facétieux, au sourire dévastateur, cabotin en diable mais pas insensible. Il forme avec Laure Calamy (Lisette) un duo hilarant, joyeux, tourbillonnant, qui donne un air de jeunesse à ce texte qui n'a par ailleurs pas vraiment vieilli. 

Face à eux le duo Sylvia / Dorante est déséquilibré. Nicolas Maury (Dorante) est soit mal dirigé soit pas du tout à l'aise avec son costume. Son jeune terne et maladroit est contrecarré par la radieuse interprétation de Clotilde Hesme. Elle s'empare du rôle de Sylvia et en rend toutes les subtilités, se faisant cruelle, joueuse, capricieuse, malicieuse, calculatrice, provocante, fine et aristocrate. Alain Pralon est un parfait Orgon malicieux et digne. Quant à Cyrille Thouvenin il complète avec réussite cette belle distribution, sans oublier la violoniste qui rythme les différentes liaisons (Camille Gueirard en alternance avec Vérène Westphal).

En bref : Lorsque les textes classique sont mis en scène et interprétés avec autant de dynamisme et de modernisme c'est un bonheur de les (re)découvrir. Le trio Hesme / Dedienne / Calamy est irrésistible. A savourer avec délice.

Le jeu de l'amour et du hasard, de Marivaux, mis en scène Catherine Hiegel, avec Laure Calamy, Vincent Dedienne, Clotilde Hesme, Nicolas Maury, Alain Pralon, Cyrille Thouvenin, décors Goury, costumes Renato Blanchin lumières Dominique Borrini, chorégraphie Cécile Bon.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de la Porte Saint Martin
18 Boulevard Saint Martin 75010 Paris
Du mardi au dimanche - Jusqu'au 29 avril 2018


Crédit photo @Pascal Victor