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lundi 16 septembre 2019

EDMOND - THÉÂTRE DU PALAIS ROYAL - Le regard de Corinne

LA NAISSANCE DE CYRANO DE BERGERAC
Le regard de Corinne





Inutile de le présenter : plusieurs pièces à l'affiche, toutes aussi variées les unes que les autres, et autant de succès. Quelle créativité ! Edmond, première mise en scène en 2016, une flopée de Molière en 2017, est actuellement joué au théâtre du Palais Royal pour une séance de rattrapage. Fait inhabituel, le triomphe d'Edmond, pièce de théâtres, a permis son adaptation au cinéma alors qu'initialement elle était écrite pour le 7ème art. Le film est lui aussi une réussite.

Qui mieux qu'Alexis Michalik, auteur et metteur en scène, peut comprendre le long chemin, souvent semé d’embûches, qu'est l'écriture. En se glissant dans la peau de l'auteur Rostand, il nous raconte, en apportant sa touche, l'accouchement difficile et chaotique de l'un des chefs d'œuvre de la littérature française. Rostand n'a rien écrit depuis un certain temps. Il est en panne d'inspiration quand Sarah Bernhard, son admiratrice, le présente à Monsieur Coquelin, un comédien célèbre de l'époque. Sans avoir commencé à écrire une ligne de la pièce, il doit persuader ce dernier de la jouer, de quoi alimenter encore plus ses angoisses.

La mise en scène d'Alexis Michalik est dynamique et virevoltante comme pour souligner l'urgence (financière pour Coquelin) et la nécessité (de se rassurer pour Rostant) de réaliser cette pièce, Cyrano de Bergerac. La vivacité des échanges entre les deux est marquée par l'intérêt commun qu'ils ont à la créer. Coquelin ne laisse pas le temps à Rostand de réfléchir, il le pousse dans ses retranchements, l'oblige à avancer et à trouver l'inspiration. Il faut dire que la vedette de l'époque c'est Feydeau, qui fait rire tout Paris. Comme un parallèle, Alexis Michalik dans Edmond, lui emprunte les quiproquos, les malentendus, les rebondissements (portes qui claquent, pseudo adultère), sans pour autant faire du vaudeville.

Le décor est constamment en mouvement et accentue encore ce sentiment d'urgence. Les comédiens à tour de rôle poussent un lit, un bureau, une porte, pour nous amener dans l'intimité créatrice de Rostand. Ils poussent ces mêmes meubles, et nous voilà, avec quelques chaises et un comptoir, dans le bistrot de Monsieur Honoré. Ce rythme soutenu de changement de lieu provoque l’enchaînement des actions comme pour ne pas laisser retomber le soufflet de la création. Cette troupe de comédiens déborde d'énergie entièrement au service de la pièce impulsant une dynamique incroyable.


La Michalik Touch continue de tracer sa route.


Edmond, une création et une mise en scène d'Alexis Michalik avec en alternance : Adrien Melin, Alice Allwright, Anna Mihalcea, Ary Gabison, Augustin Ruhabura, Benoît Cauden, Catherine Arondel, Christian Mulot, Cyril Descours, Eric Mariotto, Eric Pucheu, Eriq Ebouaney, Fabienne Galula, Fannie Dunglas, Gall Gaspard, Jacques Bourgaux, Jean Michel Martial, Jeanne Guittet, Juliette Lamboley, Nathan Dunglas, Nora Giret, Pierre Bénézit, Pierre Forest, Régis Vallée, Sandra Dorset, Valérie Baurens, Valérie Vogt, Vincent Viotti.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Palais Royal 
38 Rue de Montpensier - 75001 Paris
Du 15 au 31 décembre 2019

dimanche 2 octobre 2016

EDMOND

A LA FIN LA MAGIE MICHALIK TOUCHE

*****


Molière 2014 dans les catégories Metteur en scène et Auteur Francophone Vivant Alexis MICHALIK démontre à nouveau avec EDMOND qu'il est un conteur admirable. Cette nouvelle création est une vibrante déclaration d'amour au théâtre qui prend pour prétexte la genèse de la plus grande pièce du répertoire français : CYRANO DE BERGERAC.

DANS LES COULISSES DE LA CRÉATION

1895. Edmond ROSTAND vient de faire un four avec La Princesse Lointaine pourtant interprétée parla grande Sarah BERNHARD. Deux ans plus tard il n'a rien écrit de nouveau. Acculé par les dettes il propose au grand Constant COQUELIN une nouvelle pièce. L'époque est au vaudeville et à la prose, sa pièce sera en alexandrin. On lui demande une comédie courte pour un public qui en a marre de Strindberg et d'Ibsen, ce sera une tragédie épique en 5 actes. Coquelin s'emballe, les producteurs corses signent un blanc-seing mais imposent leur comédienne, la troupe est prête à répéter pour jouer dans trois semaines. Un seul (léger) problème : Edmond n'a pas encore écrit une seule ligne. Il a tout juste un titre : CYRANO DE BERGERAC.

Comme dans ses précédents spectacles Alexis MICHALIK nous entraîne dans une folle aventure : celle de la création de l'un des plus célèbres textes du répertoire français. Quelle est la part du vrai, qu'est-ce qui est du domaine du romanesque dans cette bouillonnante évocation ? Est-ce vraiment important. Edmond ROSTAND avait depuis longtemps un intérêt pour Savinien de Cyrano de Bergerac, écrivain du 17ème siècle. Mais c'est en aidant un de ses amis à trouver les phrases qui sauraient séduire une femme désirée qu'il eut l'idée de créer son personnage romanesque. Il y a là tous les éléments pour imaginer une gestation fiévreuse et chaotique pour ce qui est aujourd'hui l'un des textes français les plus joués dans le monde et le rôle que tous les acteurs rêvent d'interpréter.

LA TOUCHE MICHALIK

On retrouve de nombreux éléments qui constituent la touche MICHALIK, 12 comédiens qui recréent un esprit de troupe, un mouvement ininterrompu qui fait évoluer une multitude de personnages, des changements de décors à vue qui s'enchaînent sans temps mort, un tourbillon qui nous emporte pendant près de 2h pour nous laisser le regard émerveillé et le cœur en joie devant ce spectacle brillant. Avec talent et virtuosité l'auteur nous plonge au cœur d'une époque faisant revivre sous nos yeux émerveillés la grande Sarah Bernhardt, le comique de situation des vaudevilles de Feydeau, les questionnements d'un monde du théâtre en pleine évolution qui voit émerger la concurrence du cinéma de Méliès et des Frères Lumières, les mœurs d'une société bourgeoise, la frénésie d'une création artistique.

Toute la troupe est d'une parfaite justesse de jeu. Guillaume SENTOU est le génial Edmond, auteur en proie au doute puis emporté par l'enthousiasme de la création grâce à l'inspiration de sa muse (Stéphanie CAILLOL - romantique Jeanne), mais fidèle à sa douce Rosemonde (Anna MIHALCEA) et à son ami Léo (Kévin GARNICHAT), l'amoureux maladroit. Christine BONNARD campe une Maria Legault caricature de l'actrice gouailleuse et diva, protégée des producteurs et proxénètes corses magistralement interprétés par Christian MULOT et Pierre BENEZIT. Jean-Michel MARTIAL est la dignité personnifiée dans le rôle d'Honoré. Pierre FOREST est un Coquelin touchant et un Cyrano très convaincant. Nicolas LUMBRERAS dévoile, entre autres rôles, un Feydeau provocateur, hautain et comique. Valérie VOGT est une irrésistible Sarah BERNHARDT. Enfin Régis VALLEE se surpasse entre le sérieux Courteline et le niais Jean Coquelin. Sans oublier le travail de toute la technique, de la scénographie aux lumières en passant par la musique et les costumes. Pas une fausse touche dans cette évocation du Paris de la fin du 19ème siècle. Et si par moments le rythme semble s'emballer ce n'est que pour mieux refléter l'urgence de la création, son bouillonnement, ses avancées par à-coups.

Une évocation historique avec de truculents anachronismes comme les notes du boléro de Ravel qui surgissent de façon incongrue, comme pour souligner que tout ceci n'est qu'une comédie qui ne se prend pas au sérieux tout en étant d'un grand professionnalisme. Et lorsque Pierre FOREST déclame les mots d'Edmond ROSTAND et que Cyrano meurt sur scène on ne sait plus si nous sommes en 2016 ou à la première en 1897.


En bref : Le génial conteur qu'est Alexis MICHALIK réussi le tour de force de nous emporter à nouveau dans un tourbillon de rire et d'émotions. Avec EDMOND il ne rend pas seulement hommage au génial auteur de CYRANO DE BERGERAC. Il adresse une émouvante et brillante déclaration d'amour au théâtre. Un spectacle bonheur dont on sort les yeux émerveillés et le cœur en joie, avec l'envie de revenir encore et encore au théâtre. Une troupe à l'unisson avec une mention spéciale pour Guillaume SENTOU qui s'empare avec justesse et énergie du trublion Edmond, clé de voûte de cette double aventure.



C'EST OU ? C'EST QUAND ?
38 Rue Montpensier 75001 Paris
Du mardi au samedi 21h - Dimanche 16h30




Vu septembre 2016 - Théâtre du Palais Royal
Crédit photo @Alejandro Guerrero

lundi 23 novembre 2015

LA DAME BLANCHE

UN THRILLER THÉÂTRAL RÉUSSI
****



LÉGENDE CELTIQUE

Qui ne connaît pas la légende de la Dame Blanche. Dans l'imaginaire collectif elle a plusieurs formes mais la plus courante de nos jours est celle de l'auto-stoppeuse qui conduit à l'accident mortel celui ou celle qui a le malheur de la prendre à son bord.

Dans la nouvelle production du duo Sébastien AZZOPARDI / Sacha DANINO (Le tour du monde en 80 jours, Derniers coups de ciseaux, Coup de Théâtre, Mission Florimon) La Dame Blanche est le fantôme d'Alice, jeune et jolie artiste heurtée par accident par la voiture de son amant, le gendarme Malo Tiercin après que le couple se soit querellé. Pour protéger sa femme légitime et leur enfant à naître Malo va cacher le corps. Dès lors Alice ne cessera de le hanter.

LE PARI DE LA PEUR

C'est à une expérience que nous convie Sébastien AZZOPARDI : jouer avec nos peurs. Et il met les moyens pour réussir ce pari : des effets spéciaux dignes du cinéma et un décor modulable qui permet pas moins de 52 tableaux. De la maison d'Alice perdue dans les bois, aux menhirs de Carnac, des locaux de la gendarmerie au salon confortable du foyer des Tiercin : les scènes et les changements de décor s'enchaînent avec fluidité et sans temps mort. Dans l'entrée dans la salle l'univers musical de Romain TROUILLET nous plonge dans cette atmosphère étrange. La mise en lumière de Philippe LACOMBE joue avec habileté des effets. Masques, magie, vidéo, costumes : tout est mis en oeuvre pour nous surprendre. Les objets s'animent, se transforment. L'ambiance est là et on se laisse facilement prendre par l'histoire de Malo.


UNE DISTRIBUTION HOMOGENE

La distribution est elle aussi très réussie. Arthur JUGNOT est très juste. Ne pouvant choisir entre deux femmes, sa vie bascule suite à un accident et à la décision qu'il prend sur l'instant. Petit à petit son monde glisse vers le paranormal, guidé par la culpabilité qui le ronge. La transformation est autant physique que morale et le comédien interprète avec énergie et sensibilité ce personnage torturé. Anaïs DELVA est lumineuse et pétillante dans le rôle d'Alice, inquiète dans celui de Nina. Elle est une troublante Dame Blanche.

Le reste de l'équipe est à l'unisson : du sympatique mais maladroit gendarme Alex Sébastien PIERRE) à la douce Réjane LEFOUL, future maman un peu seule,  Et surtout Michèle GARCIA, intrigante vieille femme parfois débonnaire et un peu envahissante, et Benoit TACHOIRES, version masculine de la sorcière de Blanche Neige toujours armé d'un plateau de pommes et phobique des chats.

Le texte est plein de bons mots, offre une progression cohérente tout en jouant sur des flashback. Et il faut saluer le travail énorme de cette armée de l'ombre qui réagit au quart de tour et gère avec efficacité les effets spéciaux où qu'il se présentent.

En bref : Courrez au Théâtre du Palais Royal pour vivre une expérience théâtrale très réussie. Une thriller fantastique de qualité, bien plus drôle à vivre que devant une télévision. Toutes les émotions sont réunis et ce travail de qualité mérite de prendre le risque de se confronter à ses peurs. Une équipe talentueuse qui réussi une fois de plus le pari de nous surprendre, de nous faire rire et de nous faire peur.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre de la Renaissance
20 Boulevard Saint Martin 75020 Paris

A partir du 23 septembre 2016
Du mardi au vendredi : 21h - Samedi 17h & 21h - Dimanche 17h



Commentaire (mise à jour du 04/09/16) : pour la reprise au Théâtre de la Renaissance Nastassja GIRARD reprend le double rôle d'Alice et Nina créé par Anaïs Delva au Théâtre du Palais Royal. Cet article a été rédigé ne novembre 2015 après la création au Palais Royal





Vu en novembre 2015 au Théâtre du Palais Royal
Crédit photo @Emilie Brouchon
Mise à jour du 04/09/16