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mardi 1 janvier 2019

FRANCHIR LA NUIT - Théâtre National de Chaillot - Le regard de Corinne

Voyage au delà de la nuit !
Le regard de Corinne


La mer sur scène...très certainement la Méditerranée.

Un homme court dans l'eau, trébuche, manque de tomber, se relève, court encore et encore. Il fuit dans la nuit. Il tente de la franchir.

De quel côté sommes-nous ? Européen, Africain ? A vous de le deviner, de l'imaginer.
Il est rejoint par d'autres personnes, adultes, enfants, hommes, femmes. Il fait toujours nuit.
Tous essayent, veulent fuir la misère et la violence qui sévissent dans leur pays pour espérer
accéder à un meilleur ailleurs....mais tous n'y arriveront pas. Leurs corps échouent alors en
bordure de mer, roulent sur le sable, bercés par les vagues. Cette barrière naturelle,
symbole d'espoir, de renaissance pourquoi pas, peut finalement l’anéantir.
Et au bout du chemin, au bout de cette nuit, qu'est-ce qui les attend ? Quel avenir
entrevoir? Quel accueil leur sera réservé ?

A travers ses spectacles, Rachid Ouramdane, danseur et chorégraphe, a pour credo la
rencontre et l'établissement de liens avec les autres....que ce soit pour faire parler son père,
algérien, sur la guerre d'Indochine, pour diriger des sportifs d'Aubervilliers pour « Surface de réparation » ou dernièrement pour évoquer le sort des réfugiés climatiques pour
« Smufato ». Sa réflexion, peut-être nourrit par ses origines, tourne autour de l'identité.
Ce dernier opus ne déroge pas. Ici, Rachid Ouramdane nous interroge, nous interpelle sur la
question des réfugiés, des exilés quels qu'ils soient, sujet grave alimenté par l'actualité. Il
ouvre le débat, sans porter de jugement, tout en laissant place à l'imaginaire, au rêve, à
l'espoir.

La chorégraphie est très poétique. La grâce et l'élégance des danseurs sont un parallèle au
courage et à la dignité des migrants. La fluidité des gestes est accentuée par la projection
des gerbes d'eau, prolongement de leurs mouvements. Les danseurs – migrants se tiennent,
s'agrippent puis se repoussent. C'est d'une beauté saisissante. Peu à peu ils nous amènent
à la lumière, au jour, au renouveau, c'est en tous les cas le souhait véhiculé. Les jeunes,
migrants ou de banlieue, sont conviés à entrer dans cette danse au côté des professionnels.
Ils sont l'espoir.

David Bowie et Bob Dylan, par la voie de Déborah Lennie Bisson sont aussi de la partie.
Leurs paroles chantées renforcent la beauté grave et singulière de ce spectacle qui se situe
entre la danse et le documentaire.

Et à la fin de la représentation, le public, ébloui, est debout et applaudit à tout rompre !


Franchir la nuit, de Rachid Ouramdane, avec Annie Hanauer, Deborah Lennie-Bisson, Ruben Sanchez, Leandro Villavicencio, Aure Wachter et la participation de 29 enfants de l'école Chaptal à Paris et de 12 mineurs non-accompagnés migrants, accueillis par Gaä94 du groupe SOS.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
dans le cadre de la programmation 
Hors les murs du Théâtre de la Ville
du 15 au 21 décembre 2018

Crédit photo @Patrick Imbert

lundi 2 juillet 2018

TRAGÉDIES ROMAINES - Théâtre National de Chaillot

BREAKING NEWS DANS LA ROME ANTIQUE
*****


Ceux qui comme moi n'ont pas vu le spectacle lors de sa création il y a 10 ans et qui depuis sont tombés amoureux-amoureuses du théâtre d'Ivo van Hove, attendaient avec impatience cette fin de saison au Théâtre National de Chaillot pour découvrir ce triptyque.

Précurseures de "Kings of war" ces Tragédies romaines réunissent trois pièces de Shakespeare : Coriolan, Jules César et Antoine et Cléopâtre. Ivo van Hove a choisi de les présenter non pas leur ordre d'écriture mais dans le respect de la chronologie historique, pour une meilleure compréhension pour le spectateur.

Ce qui intéresse le metteur en scène néerlandais c'est, comme dans "Kings of war", la dialectique du pouvoir. Dans un dispositif scénique qui permet au public d'assister à la plus grande partie du spectacle depuis des canapés disposés sur scène, le temps de l'action politique se fond dans le quotidien de la plèbe ou du peuple. Ainsi lorsque Coriolan s'interroge sur la validité du poids politique de la plèbe ("Sont-ils dignes d'une voix ceux qui la donnent pour la retirer aussitôt?") le public en immersion vaque à ses occupations : il regarde la télé confortablement installé dans ces canapés design ou fait la queue au bar pour acheter son sandwich.

La quinzaine ou vingtaine d'écrans disposés sur scène, tournés en tous sens, diffusent les captations en directs des comédiens mais aussi des images d'actualité récentes : Donald Trump sur un dialogue de Coriolan, l'annonce de la mort de JFK par les journalistes de la télévision américaine pendant que se construit le complot autour de Brutus pour assassiner Jules César, un discours d'Hillary Clinton tandis que parle Cléopâtre. Un dispositif scénique qui renvoie à notre monde de communication, où les chaînes d'information s'animent au rythme des "breaking news", où seuls les événements exceptionnels (ou présentés comme tel) attirent l'attention du téléspectateur abreuvé d'information en tout genre. Des news, qu'elles soient rapports sur l'état des armées, conclusion des guerres ou annonce des morts, sont annoncées via un plateau du 20h ou par des textes défilant en rouge au bas des écrans pendant les changements de décor.

Ivo van Hove a choisi de ne pas montrer les scènes de guerre, remplacées par une musique live tonitruante à grand renfort de percussions et de timbales et un texte qui défile sur l'écran. Ce faisant il renforce son propos : les méandres de la politique. Pour autant via le dispositif et les costumes de notre époque, les empereurs qui tendent à se rapprocher des Dieux de l'Olympe, ou plutôt du Panthéon romain, sont ramenés à leur condition d'homme. Issus de la plèbe ils sont aussi imparfaits et parfois aussi simples que le commun des mortels aux destinés desquels ils président. Et lentement mais sûrement se dessine le chemin qui fera d'Octavius l'Empereur suprême. Dans une telle mise en scène comment ne pas faire le parallèle avec l'état du monde en 2018 ?

Ces Tragédies romaines c'est pour le spectateur le bonheur de retrouver la troupe du Toneelgroep Amsterdam. Comme il l'a fait avec la troupe de la Comédie Française pour "Les Damnées" Ivo van Hove sait pousser ses comédiens pour leur permettre de donner des prestations d'une rare intensité. S'il ne fallait en citer que trois je retiendrais Gijs Scholten van Aschat, impétueux, colérique Coriolan. Il transcende cette première tragédie. Hans Kesting irradie de tout son incroyable charisme, endossant la cuirasse fragile d'un Marc Antoine hypnotisé par les charmes de Cléopâtre. La tirade de l'hommage de Marc Antoine à la dépouille de son ami Jules César est l'un des grands moments du spectacle. Et enfin l'apothéose avec Chris Nietvelt, Cléopâtre femme libre, amoureuse jalouse et possessive, femme de passion. Son interprétation est sauvage, sensuelle, brûlante, passionnée, incandescente.

D'aucuns pourraient trouver répétitifs certains dispositifs que l'on a déjà pu voir dans d'autres spectacles d'Ivo van Hove. Mais c'est oublier que ces Tragédies romaines ont déjà dix ans et qu'elles portaient déjà en leur sein ce que le brillant metteur en scène batave allait produire ensuite. J'espère que j'aurai la chance de pouvoir assister à la création de son prochain spectacle, "Die Dinge de Voorbijgaan" dans quelques jours dans le cadre du Festival d'Avignon.

En bref : Créées il y a 10 ans ces "Tragédies Romaines" reviennent enfin en France. Précédent "Kings of War", "The Fontainhead", "Les Damnés" ou "Vu du pont" elles portent en elles les prémices du travail du génial Ivo van Hove. Portées par la magnifique troupe du Toneelgroep Amsterdam cette dissection de la vie politique donne une fois de plus aux mots de Shakespeare tout leur caractère intemporel.

Les tragédies romaines d'après William Shakespeare, mise en scène Ivo van hove, traduction Tom Kleijn, vidéo Tal Yarden, scénographie, lumières Jan Versweyveld, avec Hélène Devos, Fred Goessens, Janni Goslinga, Marieke Heebink, Robert de Hood, Hans Kesting, Hugo Koolschijn, Maria Kraakman, Chris Nietvelt, Frieda Pittoors, Gijs Scholten van Aschat, Harm Duco Schut, Bart Slegers, Eelco Smits (comédiens), Ruben cooman, Yves Goemaera, Hannes Nieuwlaet, Christiaan Saris (musiciens)


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre National de Chaillot
Place du Trocadéro - Paris
Du 29 juin au 5 juillet 2018
Durée : 5h45 - En néerlandais surtitré en français


Crédit photo @Jan Versweyveld

jeudi 9 février 2017

VANISHING POINT

MARC LAINE RENOUVELLE LE ROAD-TRIP THEATRAL
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Avec Vanishing Point Marc Lainé nous emmène en voyage dans le grand nord  canadien. Bercé par la musique du groupe Moriarty et la voix chaude de Marie Sophie Ferdane, un road-trip théâtral folk, poétique et envoûtant, à la rencontre de soi-même.


BALADE DANS LE GRAND NORD CANADIEN

Une voiture, des écrans, des caméras, quatre musiciens en fond de scène. Une femme prend le micro et s'adresse au public dans une langue étrange avant d'être interrompue par un appel téléphonique. C'est Suzanne qui la harcèle au téléphone. Suzanne qui monte dans sa voiture dans un garage, quelque part à Montréal, avant de s'effondrer sur le volant sous les effets des fumées d'échappement.

Commence alors le double voyage de Suzanne. Flashback. Sur la route vers Winnipeg elle prend en stop un jeune homme qui a l'air encore plus perdu qu'elle. Il traque un amour perdu. Ce voyage sur les traces d'un amour fou qui s'enfuit dès qu'on s'en approche, dans un univers blanc et froid ou l'horizon est rompu par le vert des sapins, Suzanne et Tom vont découvrir leur vérité et rencontrer leur destin. "Peut-on être dans deux endroits différents en même temps" ?


FOLK ET POÉSIE

La mise en scène de Marc Lainé alterne récit et chanson. Le voyage de Suzanne (Sylvie Léonard) et Tom (Pierre-Yves Cardinal) est ponctué par les chansons et interventions de Jo (Marie-Sophie Ferdane), comme un écho ou une ponctuation dans l'épopée de ces naufragés de la route, naufragés de la vie. Si le voyage de Suzanne et Tom nous semble bien réel, Jo apparaît comme un songe, un fantôme, une apparition tantôt rassurante tantôt inquiétante. Plane en elle l'esprit chamanique des tribus amérindiennes du nord canadien à la rencontre desquelles Marc Lainé est allé. 

Sylvie Léonard et Pierre-Yves Cardinal nous touchent par la sensibilité de leur jeu et la qualité de direction d'acteur. Elle se fait optimiste, encourageante, compatissante face à lui qui n'est que désespoir, inquiétude et violence. La vidéo, élément désormais indissociable du théâtre contemporain, permet, grâce aux captations projetées en direct, de nous faire littéralement voyager aux côtés des personnages, dans cette vieille voiture. Sans être omniprésente la caméra nous fait voir au plus près les émotions des comédiens et fixe le décor. Le théâtre n'est plus un lieu figé.

Marie-Sophie Ferdane est extraordinaire dans le rôle de Jo. Marc Lainé a souhaité intégrer le groupe Moriarty pour son univers musical, sans sa chanteuse Rosemary. Sans remplacer cette dernière Marie-Sophie Ferdane montre qu'elle a plus d'une corde à son arc. Sa voix grave et chaude se marie avec bonheur aux mélodies suaves de Moriarty. L'univers folk de ces derniers accompagne la totalité du spectacle et concours à créer cette atmosphère entre rêve et réalité. Il s'agit de la deuxième collaboration entre le metteur en scène et le groupe. L'écriture de la BO s'est faite au fur et à mesure des répétitions, par les quatre musiciens présents sur scène pour jouer en live (Stephan Zimmerlin Thomas Puéchavy, Vincent Talpaert et Charles Carmignac).

On pense aux road-trips de la culture américaine comme l'emblématique "Sur la route" de Kerouac. Mais Marc Lainé réussit le pari de mettre en scène pour le théâtre un format jusqu'à présent surtout littéraire ou cinématographique, sans perdre en intensité dramaturgique. Il réussit également à nous plonger dans un espace-temps particulier, empreint d'une magie chamanique.

En bref : Mac Lainé nous emporte dans un beau voyage qui mêle trois destins connectés par le hasard. La musique du groupe Moriarty sublime ce road-théâtre empreint d'une poésie mélancolique et tragique. Entre rêve réalité une balade dans le grand nord canadien qui nous mène sur la route de la quête de soi.

VANISHING POINT, de Marc Lainé, Avec Pierre-Yves Cardinal, Marie-Sophie Ferdane, Sylvie Léonard, et les musiciens de Moriarty, vidéo Benoit Simon et Baptiste Klein.

L'eau vive par Marie-Sophie Ferdane et le groupe Moriarty sur youtube en cliquant ICI

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
C'était Théâtre de Saint Quentin en Yvelines
31 janvier 2017


Crédit photo @
Vidéo Théâtre National de Chaillot

lundi 14 décembre 2015

EN AVANT MARCHE

UNE FANFARE QUI MANQUE D'ALLANT

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MUSIQUE MON AMOUR, MA VIE,


Dans son nouveau spectacle EN AVANT MARCHE Alain PLATEL et les ballets C de la B se glissent au cœur des fanfares, harmonies et autres associations musicales qui animent les communes et les régions. L'objectif est de montrer comment une association d'individualités se met en marche pour former un collectif compact, uni et tendu vers une direction unique. Enfin c'est le postulat de départ si j'ai bien compris la présentation sur la note distribuée aux spectateurs. Et pendant la première demi-heure c'est effectivement ce que l'on ressent. Mais passé l'humour de la mise en bouche on rentre dans un long tunnel de musique plus classique, assez ennuyeux, qui cède la place à un capharnaüm ne manquant pas de poésie et qui redonne de l'intérêt au spectacle sans pour autant déchaîner un enthousiasme délirant.

Dans cet hommage à la musique, c'est effectivement l'humour qui marque le début. Une sorte d'autodérision avec celui qui sera le fil rouge de cette fanfare. On l'appellera l'homme aux cymbales. Ancien joueur de trombone souffrant d'une maladie pulmonaire (ou hypocondriaque qui ne trompe plus son monde), il a du abandonner son instrument de prédilection mais pas la musique. Il donne le "la" d'une partition principalement animée par un quatuor, lequel s'entoure de deux cercles. Le premier est composé des comédiens / musiciens  de la troupe, le second des musiciens professionnels ou amateurs d'une fanfare locale. C'est la Fanfare du Nouveau Théâtre de Montreuil qui accompagne le spectacle sur la scène du Théâtre National de Chaillot.


L'homme aux cymbales (impressionnant et magnifique Wim OPBROUCK) nous raconte une partie de son histoire. Les langues se mélangent (français, anglais, italien, allemand, néerlandais) dans ses déclamations passionnées ou dans une déclaration d'amour par micro interposé. Son amie nous fait démonstration de son attachement tandis qu'au second plan un autre couple vit un moment intense. Quatre personnalités, quatre histoires, quatre trajectoires esquissées. On a un peu l'impression d'avoir d'un côté la rock star et sa groupie et de l'autre le batteur avec la seconde majorette (un peu défraîchie). Et lorsque la fanfare s'installe le spectacle prend de l'ampleur. Grandi, grossi, éclate et retombe à plat comme un soufflé trop tôt sorti du four. On se retrouve alors entraîné dans un long tunnel de musique calme, celle d'une harmonie plus que d'une fanfare. Mais peut-être n'ai pas le bagage culturel musical suffisant pour apprécier toutes les subtilités des choix musicaux mis en parallèle avec la mise en scène. Vu le nombre de sorties (pas très discrètes, merci mesdames et messieurs pour le respect vis-à-vis des comédiens et des autres spectateurs), il semble que je ne sois pas la seule à être passée à côté de ce passage.


CLAQUEMENTS DE SIÈGES ET REBOND


Mais ces frustrés impatients ont eu tort de partir. Car après une sortie en file indienne la fanfare cède la place au groupe des comédiens et on bascule dans un autre univers ou le poétique côtoie l'absurde, ou la danse rejoint la musique, ou le théâtre n'est qu'un instrument de plus pour laisser exploser les émotions. A moins que ce ne soit que grâce au capharnaüm final que naisse la cohésion et que le groupe se mette en marche pour former ce tout. J'avoue ne pas avoir été convaincue.

Afficher l'image d'origineAu final je suis ressorti avec un sentiment très mitigé. Je n'ai pas ou peu retrouvé l'ambiance festive des fanfares de fêtes de villages, notamment celles du nord de la France et de l'Europe. Malgré quelques beaux moments comme le premier morceau d'ensemble sous la direction d'un chef d'orchestre très présent, une déclaration d'amour inattendue, un étonnant et courageux pas de deux ambitieux et poétique, et un final en point d'orgue, le sentiment général reste cette langueur de la partie centrale qui plombe le dynamisme attendu et une vision baroque et sombre. Sans compter que je suis restée sur ma faim pour ce qui est de la rencontre de trajectoires individuelles, les individus et leurs histoires, motivations, frustrations, émotions et tout ce qui participe à la construction d'un personnage n'étant pas assez présents ni multiples.

Au milieu de ce verre à moitié vide ressort la magnifique prestation de Wim OPBROUCK, le joueur de cymbales, d'une étonnante légèreté et fragilité, avec le regret que la force de son personnage soit si présente qu'elle phagocyte les autres. Hendrik LEBON, batteur énergique est aussi un excellent danseurs qui offre un contraste réussi et bluffant à Wim OPBROUCK dans leur pas de deux d'une étonnante légèreté un peu anachronique. Chris THYS et Griet DEBACKER, les deux majorettes sur le retour, illuminent la scène de leur blondeur et de leur jeunesse. Les comédiens / chanteurs forment in premier pack compact et solidaire.

La mise en scène alterne moments très lents et fulgurances et énergie mais peine à raconter une histoire cohérente et riche. Quand au décor il est d'une grande sobriété : un mur avec quelques niches permettant des visuels intéressants, et, au sol, uniquement quelques chaises. Ce spectacle étant mon premier PLATEL je n'ai pas de point de repère par rapport à l'ensemble de son travail. J'espère que 2016 me permettra de découvrir COUP FATAL, également présent dans la programmation de Chaillot cette saison mais aussi dans d'autres lieux de proche banlieue (dont Saint Quentin en Yvelines).


En bref : un hommage aux fanfares et harmonies municipales qui manque d'allant. Des longueurs et quelques éclairs de poésie et de légèreté donnent un ensemble qui manque de cohésion. Paradoxal au vues des ambitions du projet.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Du 9 au 12 décembre 2015

Et en tournée en France et en Belgique. Toutes les dates en cliquant ICI


Crédit photo @Phile DEPREZ

mardi 8 septembre 2015

RENTRÉE THÉÂTRES PARISIENS SEPTEMBRE 2015 - THÉÂTRE PUBLIC

SÉLECTION SAISON 2015-2016
THÉÂTRE PUBLIC


Au fond je ne suis pas favorable à cette distinction Théâtre Privé / Théâtre Public. Mais pour que ma sélection de rentrée théâtrale ne soit pas trop longue je l'ai scindée en deux, comme l'année dernière, et retenir ce critère me semblait sinon le plus logique tout du moins le plus facile.

COMÉDIE FRANÇAISE

Pour sa première saison en tant qu'administrateur de la maison de Molière Eric RUF présente un mélange d'audace (pas assez pour certains) et de traditions, de continuité et d'innovations. Ainsi nous retrouverons les "Ecole d'Acteur" et les Cabarets, avec un hommage à Léo FERRE. Parmi les nouveautés "Le grenier des acteurs" où dans un espace intimiste des membres de la troupe confieront au public leurs livres de chevet,  et les "Journée particulières" pour remonter le temps dans le répertoire du Français.

Parmi les reprises je note 
- LE MISANTHROPE et sa mise en scène mélancolique de Clément Hervieu-Léger, 
- LA MAISON DE BERNARDA ALBA, grande réussite de la saison dernière pour la mes de Lilo BAUR, 
- le CYRANO DE BERGERAC de Denis Podalydes, 
- LE CHAPEAU DE PAILLE D'ITALIE qui n'en finit pas de réjouir les spectateurs de la Salle Richelieu

Les créations les plus attendues : 
- LE PÈRE d'Auguste Strindberg mis en scène par Arnaud DESPLECHIN, 
- 20.000 LIEUES SOUS LE MERS vu par Christian HECQ et Valérie LESORT, 
- LES RUSTRES de Goldoni par Jean-Louis BENOIT, 
- BRITANNICUS sous la coupe de Stéphane BRAUSCHWEIG et 
- ROMEO & JULIETTE mis en scène par Eric RUF. 

Une Comédie Française au site internet relooké mais qui reste fidèle à sa tradition.


THÉÂTRE NATIONAL DE CHAILLOT


 Au Théâtre National de Chaillot la saison 2015-2016 est très orientée "danse", peut-être encore plus que les saisons précédentes. On pourra notamment y retrouver RETOUR A BERRATHAM, création du Festival d'Avignon 2015 par Angelin PREJLOCAJ sur un texte de Laurent MAUVIGNIER. Le théâtre rendra hommage au chorégraphe le 10 octobre au cours d'une soirée spéciale pour les 30 ans de sa compagnie. Autre spectacle marquant du Festival d'Avignon, mais en 2014, KVS et les ballets C de la B présentent COUP FATAL, spectacle coup de poing et hymne à la vie mais aussi EN AVANT MARCHE, une fanfare qui pourrait réserver des surprises. Anne NGUYEN et la Compagnie par Terre m'a séduite avec AUTARCIE qui prend le hip-hip pour une formidable terrain de création. Introduction idéale à l'OPUS 14 de Kader ATTOU, créé pour la dernière biennale de Lyon. Les démonstrations de la soirée de présentation de saison m'ont fait très envie. 

Coté théâtre on retrouvera REPETITION de Pascal RAMBERT, une réflexion sur la création portée par Emmanuelle BEART, Audrey BONNET et Denis PODALYDES. Un duo étonnant formé par Brigitte SETH et Roser MONTLLO GUBERNA, plein d'un humour lucide met à nu la dramaturgie des émotions dans COÛTE QUE COÛTE d'Elisabeth GONCALVES. Mais mes deux grands moment de théâtre en ce lieu seront certainement KINGS OF WAR, ou Shakespeare vu par Ivo van HOVE, une épopée de 4h30 d'après Henry V, Henri VI et Richard III, puis LE DERNIER JOUR DE SA VIE, trois pièce d'après SOPHOCLE revisitées par la sensibilité de Wajdi MOUAWAD (sensibilité et poésie à laquelle je me suis convertie la saison dernière).

Et si j'avais le temps je signerai pour SUNG-SOO AHN sur Pick Up Group ou l'un des spectacles présentés dans le cadre d'une collaboration avec les plus belles scènes et compagnies de Corée, ainsi que pour le ASA NISI MASA de José MONTALVO


THÉÂTRE DE LA VILLE






Avant de fermer pour 2 ans pour travaux a la fin de la saison 2016 Le Théâtre de la Ville nous promet cette année encore de grands moments parmi lesquels je retiens plus particulièrement les 6 spectacles suivants, créations ou reprises :


- 887 de Robert LEPAGE. Un solo sur la mémoire et ses mécanismes. Un travail intégrant les hautes technologies. 887 c'est le numéro du lieu de son enfance à partir duquel il "interroge le souvenir intime et commun".
- CELUI QUI TOMBE, programmé hors les murs au Montfort. La compagnie Yoann BOURGEOIS dans un spectacle où  6 acrobates intrépides sont embarqués sur une plateforme qui tangue et tournoie. Voilà qui promet du spectaculaire
- ALICE ET AUTRES MERVEILLES : un texte de Fabrice MELQUIOT mis en scène par Emmanuel DEMARCY-MOTA. De retrouvailles qui s'annoncent féériques.
- LES LIAISONS DANGEREUSES. Dans cette adaptation du texte de Choderlos de LACLOS Christine LETAILLEUR mes en scène Dominique BLANC et Vincent PEREZ. Un duo choc pour cette relation entre séduction et de rivalité.
- UND : le premier rôle au théâtre de Nathalie DESSAY a séduit de façon unanime le public et la critique. Un choc pour certains. Et déjà inmanquable
- 6 PERSONNAGES EN QUÊTE D'AUTEUR : reprise du texte de Pirandello qui fait le succès du Théâtre de la Ville depuis plusieurs saisons (et que je n'ai toujours pas vu)


THÉÂTRE DU CHÂTELET

Tout comme le Théâtre de la Ville d'importants travaux sont prévus au Théâtre du Châtelet d'ici fin 2016. Pour la saison 2015/2016, de grands moments musicaux et de l'humour s'annoncent dont le nouveau spectacle de Valérie LEMERCIER qui occupera la scène tout le mois d'octobre et qui jouera certainement à guichet fermé. La voix chaude de MAURANNE lui succédera avant les adieux à la scène de Juliette GRECO. 

Côté comédies musicales ce sera la reprise du magnifique SINGIN' IN THE RAIN que j'ai adoré la saison dernière. On attend avec impatience KISS ME KATE, la comédie musicale par excellence sur les péripéties d'un metteur en scène qui recrute son ex-femme au tempérament énergique pour jouer le rôle titre de La Mégère Apprivoisée. Et de ce côté-ci aussi de la place du Châtelet on intéressera à l'oeuvre de Lewis CARROLL avec wonder.land, un nouveau musical rock qui s'inspire des aventures d'Alice, pour un public intergénérationnel.


ODÉON - THÉÂTRE DE L'EUROPE



Odéon-Théâtre de l'EuropeLa plus belle présentation de saison (la plus festive) pour un contenu dans lequel il est cruel de devoir choisir. Et pourtant ! Côté reprises une nouvelle chance de tomber sous le charme de Micha LESCOT, romantique et ténébreux IVANOV entouré d'une troupe harmonieuse dont la lumineuse Marina HAND, et une autre de (re)découvrir la capacité de Joël POMMERAT à ré-écrire les contes de notre enfance avec PINOCCHIO. Côté créations, on ne sait où donner de la tête. Je retiens plus particulièrement

- VU DU PONT d'Arthur Miller mis en scène par Ivo Van Hove avec Charles BERLING et Caroline PROUST, ou le mythe du paradis perdu transposé dans le New York prolétaire des années 50
- RICHARD III : après la (si agréable) folie "Henri VI" on ne peut que se réjouir de voir tout de suite la manière dont Thomas JOLLY va mettre en scène la suite de l'oeuvre de William SHAKESPEARE
- OTHELLO vu par Luc BONDY réunissant à nouveau Micha LESCOT (Iago) et Marina HAND (Desdémonde) ainsi que Philippe TORRETON qui sera le Maure de Venise
- PHEDRES, ou quand Krzysztof WARLIKOWSKI met en scène Isabelle HUPERT pour une Phèdre multiplie inspirée de Sarah Kane, d'Euripide, de Sénèque et de JM Coetzee
- LA MOUETTE : parce qu'après avoir été éblouie par le RICHARD III de Thomas OSTERMEIER à Avignon j'ai envie de découvrir sa vision de l'oeuvre de TCHEKHOV
- LES PALMIERS SAUVAGES, deuxième création de la saison pour l'Odéon par Séverine CHAVRIER qui adapte le texte de William FAULKNER (spectacle déconseillé aux moins de 16 ans)

Mais ne me sens pas encore prête pour le travail de Roméo CASTELLUCI pour ORESTIE ni pour celui d'Angelica LIDDELL et son PRIMERA CARTA DE SAN PABLO A LOS CORINTIOS. L'année prochaine peut-être ! 


THÉÂTRE DU ROND POINT



La saison commence très fort avec le très attendu DEMONS de Lars NOREN, mes Marcial Di Fonzo Bo, avec, entre autres, Romain DURIS et Marina FOIS, Gaspard ULLIEL, Anaïs DESMOUTIER. Un couple torturé face à un couple fragile. Un humour abrasif. Une distribution alléchante. Dans le même temps Claude Vanessa met en scène CIEL MON PLACARD de Nicole GENOVESE, un enchaînement de quiproquo, de courses poursuites, de catastrophes, sur le ton du boulevard, du cabaret, du café-théâtre etc. L'hommage au théâtre d'une autrice biberonnée à "Au théâtre ce soir". En octobre le grand et talentueux Jacques GAMBLIN reviendra nous faire rêver avec CE QUE LE DJAZZ FAIT A MA JAMBE. Après "Tout est normal mon cœur scintille" on est impatient de découvrir ce nouveau spectacle hors genre. Nicolas BOUCHARD sera également de retour, dans le cadre du Festival d'Automne, avec LE MÉRIDIEN, mise en lumière des textes de Paul CELAN considéré comme l'un des plus grands poètes européens. Le mois de Noël ramène les scintillements dans les yeux grâce à Victoria CHAPLIN et Jean-Baptiste THIERREE et leur CIRQUE INVISIBLE par lequel ils prouveront à nouveau que "les artistes peuvent peindre un monde en couleurs". Pour passer le cap du Nouvel An quoi de mieux que BIGRE, MELO BURLESQUE de et avec Pierre GUILLOIS qui permettra de retrouver le génial Olivier MARTIN-SALVAN. Et comment ne pas citer PAR-DELA LES MARRONNIERS, revu(e), mis en scène par Jean-Michel RIBES pour illustrer l'oeuvre de trois dandy poètes du début du 20ème siècle, ou SANS ELASTIQUE - Very Important Performances, festival qui pendant 2 semaines en avril réunira des auteurs, des créateurs, des conférenciers pour des formats hors tout et un maximum de prises de risques, avec, entre autres, Jos HOUBEN, Olivier MARTIN-SALVAN, Camille BOITEL, NORMAN, ou encore SUR LES CENDRES EN AVANT de Pierre NOTTE. Et pour finir la saison 3 reprises et autant de possibilités de séances de rattrapage pour CHAPITRES DE LA CHUTE ou la Saga des Lehman Brothers, fresque et feuilleton haletant pour revenir sur la crise financière ; RENDEZ-VOUS EN GARE DE L'EST avec Emilie INCERTI FORMENTINI, spectacle choc de la fin de saison dernière, théâtre documentaire, récit d'une vie de femme maniaco-dépressive ; FAIR-PLAY, où Patrice THIBAUD s’intéresse à l'acier du mental des sportifs. Mais quand c'est un clown - mime qui s'y colle on ne peut que s'attendre à faire travailler ses zygomatiques. 


ET LES AUTRES


Autre registre à la Maison des Métallos avec SOULEVEMENTS, dernière création des Comédiens Voyageurs de Marcel BOZONNET qui se demande comment et pourquoi un peuple se soulève, à Paris, Tunis, Le Caire ou Alep. 



Le Théâtre du Soleil accueille à la Cartourcherie 12 représentations exceptionnelles de l'intégrale de CHUTE D'UNE NATION. 9h15 de spectacle (y compris entractes) pour une réflexion sur la démocratie et les responsabilités qui en découlent. Remarquable en tous points

LES NOUVEAUX BARBARES

Comment choisir dans la toujours tentante programmation du THÉÂTRE DE BELLEVILLE qui promeut la création contemporaine et présentera sa saison le 7 septembre. On y remarque notamment une autre version de DÉMONS (à l'affiche du Rond Point sur la même période), LES NOUVEAUX BARBARES où Frédéric El Kaïm peint un monde où les indicateurs économique ont supplanté la dignité humaine, et une multitude de créations qui réservera son lot de surprises et de révélations


Le VINGTIEME THEATRE réjouit toujours avec sa programmation variée tournée elle aussi vers la création. J'y retiens notamment PÉDAGOGIE DE L’ÉCHEC de Pierre NOTTE que je n'ai pas pu voir à Avignon cet été, les classiques revisités par la Compagnie Chouchenko (de janvier à mars 2016), les spectacles enfant dont Kuwa Na Kichwa le 21/11. Espérons que les ombres qui planent sur l'avenir de cette structure resteront fugitives et s'éloigneront rapidement.

A Saint Quentin en Yvelines aussi la programmation donne le tournis. Celui que j'attendrai le plus sera le PEER GYNT mis en scène par Irina BROOK. Mais aussi l'occasion de séances de rattrapage pour des spectacles qui ont marqué le Festival d'Avignon 2014 : COUP FATAL d'Alain PLATEL, NOTRE PEUR DE N'ETRE de Fabrice MURGIA, ou l'opus 2015 comme RETOUR A BERRATHAM, le texte de MAUVIGNIER chorégraphié par Angelin PRELJOCAJ.

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Au Théâtre 13, côté Seine, en attendant la master-class Jean-Laurent COCHET on sera curieux de découvrir en ouverture de saison une création mes par Elsa ROYER : LE PHILOSOPHE ET LA PUTAIN de Jacques RAMPAL. Au programme également une adaptation déjantée du texte de Victor HUGO : RUY BLAS OU LA FOLIE DES MOUTONS NOIRS.





Et tant d'autres que m'ont échappés et qui font regretter que les semaines ne comportent que 7 jours.

Bonne rentrée théâtrale à tous, et n'oubliez pas


POUR QUE VIVE LE SPECTACLE VIVANT
ALLEZ AU THÉÂTRE (et au CIRQUE)