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vendredi 27 mai 2016

CHAPITRES DE LA CHUTE - Saga des Lehman Brothers

INTRODUCTION A LA FINANCE DE WALL STREET
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1844 - 2008 : NAISSANCE, VIE ET MORT D'UN EMPIRE

Lorsqu'il débarque à Ellis Island en 1844 Heinrich ne met pas longtemps à comprendre que pour survivre dans ce nouveau monde lui, le juif bavarois doit s'adapter. Il devient Henri Lehman. Rejoint par ses deux frères Emmanuel et Mayer il fait sien le rêve américain. Les trois frères vont l'illustrer au-delà de leurs espérances. 15 ans seulement entre l'ouverture de la petite boutique de vente de tissus d'Alabama "H. Lehman" et l'installation à New York des bureaux de "Lehman Brothers", négociants en coton, non "gestionnaires" puis banquiers. La tête (Henri), le bras (Emmanuel) et la patate (Mayer) avancent à pas de géant dans un monde en construction. Ils incarnent l'esprit d'entreprendre et font preuve d'une grande complémentarité qui leur permet de faire fructifier rapidement leurs idées souvent visionnaires qui mettra leur nom en lettre d'or sur les frontons de dizaines de bâtiments dans le monde entier.


Les fils aînés reprendront le flambeau, transformant la petite entreprise familiale en un groupe international. Deux générations qui ont vu la guerre de Sécession, l'un des frères au Nord, l'autre au Sud. Ils ont vu le chemin de fer traverser le continent. Ils ont participé activement à la naissance de Wall Street. C'est le petit-fils qui en verra l'éclatement de la bulle, la dérive des opérations de trading, la défaillance des organismes de contrôle. Lehman Brothers avait résisté à la crise de 29, ne bougeant pas tandis que tombaient les concurrents. En 2008 le système devait sacrifier l'un des siens pour survivre. C'est la fin de Lehman Brothers dont la chute entraîne dans son sillage toutes les économies mondiales dans une crise dont nous ne sommes toujours pas sortis.


BELLE CONSTRUCTION NARRATIVE


En 2013 Arnaud MEUNIER met en scène le texte de Stefano MASSINI. Trois chapitres pour une saga passionnante qui va décortiquer avec simplicité les rouages complexes de cette machine infernale qui en trois générations traverse presque deux siècles de l'histoire du capitalisme, le tout concentré en un spectacle de 3h40. Brillant


La construction narrative nous présente un conte, une belle histoire, qui se transforme progressivement en thriller économique et sociologique. Trois parties, trois chapitres, trois générations. Les pères fondateurs, sincères, travailleurs, idéalistes, en quête d'une revanche sur la vie et d'une renaissance que seule cette terre d'Alabama pouvait leur offrir. Puis les fils constructeurs, parfaits exemples de l'ascenseur social. Ils ont fait des études dans les plus grandes universités. Ils vont faire fructifier le patrimoine sous le regard protecteur mais parfois dépassé des patriarches. Puis la troisième génération celle qui, dans beaucoup de sagas familiales, va dilapider rapidement ce que les deux précédentes ont mis des dizaines d'années à construire. Une troisième génération qui se croyait immortelle mais qui restera stérile en tous points puisque l'héritier n'aura pas d'enfant malgré trois mariages.


La mise en scène rythmée d'Arnaud MEUNIER nous emporte dans les deux premières parties dans un mouvement enthousiasmant, virevoltant. Entre la première scène et la fin de la deuxième partie il s'est écoulé 85 ans. Le monde a changé sous nos yeux. La petite boutique pleine de balles de coton et de bandes de tissu a fait place aux bureaux cossus, à sa grande table donnant sur une large vitre avec vue sur ses buildings en construction. A l'horizon plus de champs de coton mais des tours rivalisant de hauteur, de grandeur.

Mais la crise de 29 éclate. Un premier séisme ? En tout cas la fin d'une époque. Fin de la stabilité. Fin de l’ascension. Bonjour l'instabilité, à l'image de ce plateau incliné sur lequel la troisième génération tente de s'accrocher. Tous les ingrédients sont en place pour la lente descente vers la crise suivante, vers la chute finale.


LES LIMITES DU PARTI PRIS DIDACTIQUE

Si les deux premières parties sont remarquablement écrites, jouées et mises en scène, la troisième laisse un goût d'inachevé. L'auteur prend le parti d'un récit didactique, sans jamais porter de jugement sur cette épopée, sur les choix pas toujours éthiques. Pas de critique du système, juste une belle et triste histoire. Hélas il manque une dimension dramatique et encore plus réaliste : à peine mentionne-t-on le rôle des traders dans la crise des subprimes de 2008 (le mot n'est pas prononcé). Ils sont présentés comme ces étrangers (ils n'appartenaient pas à la famille), qui pratiquaient un jeu qui rapporte mais dont on n'était pas très fier. La preuve, moins d'un an après qu'ils se soient emparés des rênes (car cette troisième génération a non seulement dilapidé mais elle n'a même pas réussi à assurer la continuité de la dynastie), donc en moins d'un an ils ont tué cet empire colossal, aussi colossal que King Kong.

Il manque à cette fin trop lisse, trop propre parce que trop simplifiée, un peu du sang qui éclaboussait Wall Street en 1929 et qui a coulé sur toutes les places boursières mondiales en 2008 laissant d'une manière plus sournoise que les années 30 des plaies béantes dans des pans entiers de l'économie mondiale.

FRESQUE REMARQUABLE

Il n'en demeure pas moins qu'Arnaud MEUNIER et Stefano MASSINI construisent une fresque remarquable qui vaut mieux que tous les cours d'histoire et d'économie que l'on puisse jamais avoir. C'est documenté, plutôt complet, et si la démonstration est rapide et faite parfois de raccourcis, elle est d'une grande simplicité et d'une grande limpidité. 6 comédiens pour décrire un monde d'hommes. Les femmes n'y sont que des génitrices. Celle qui a des velléités d'être autre chose, tiens pourquoi pas membre du conseil d’administration tant qu'on y est, ne fait pas long feu. 6 comédiens qui font vivre tous les hommes (et les femmes) importants de cette saga.


Le décor évolue pour passer avec facilité et fluidité du comptoir de débarquement d'Ellis Island à la modeste boutique de l'Alabama dont la clanche de la porte ne tient pas pour se terminer dans l'environnement cossu du bureau du conseil d'administration. Simple. efficace. 

En bref : une saga familiale qui traverse avec brio deux siècles de l'histoire des Etats-Unis. Bâtie comme un thriller économique l'écriture y est intelligente, la mise en scène brillante, les comédiens éclatants. Une leçon d'histoire à montrer dans tous les lycées. Malgré une troisième partie qui manque d'acidité, une reprise à ne pas manquer.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
2bis avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris
du 11 au 29 mai 2016


dimanche 19 octobre 2014

OPUS CŒUR

PARTITION SENSIBLE POUR DEUX SOLITUDES

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RENCONTRE IMPROBABLE


L'action se passe à Gloucester une de ces petites villes du Massachussetts qu'Israël HOROWITZ sais si bien décrire. Le professeur Jacob BRACKISH engage Katheen HOGAN comme employée de maison. Cette rencontre de deux solitudes, de deux âmes esseulées qui avaient perdu tout espoir, va provoquer une confrontation à la fois drôle et acerbe au cours de laquelle chacun va finir par se révéler et être mis face à sa vérité.
(source : Compagnie Calliopé)

L'OURS ET LA VEUVE

Professeur de musicologie à la retraite  Jacob BRAKISH est malade et recrute une aide à domicile pour l'aider à vivre ses derniers mois. Ours bourru il ne s'est jamais marié. Ses enfants ce sont ces milliers de jeunes qui ont défilés sur les bancs de ses cours d'anglais et de musique. Personnage égocentrique l'interprétation sensible de Jean-Claude BOUILLON crée un être malheureux et attachant (reprise au Petit Hébertot saison 2014/2015 avec Marcel MARECHAL).

Kathleen HOGAN est veuve, sans enfant sans éducation et sans diplôme. Enfant de cette ville perdue au bord de la mer elle est aussi fille d'un docker violent qui battait sa femme. Dernière de trois filles elle n'a connu que l'école publique qui ne lui a pas laissé sa chance. Nathalie NEWMAN compose une femme émouvante, blessée mais pas brisée.

Deux destins qui semblent s'opposer, d'un côté le grand professeur de l'autre la laisser-pour-compte de l'éducation. Ce sont aussi deux personnes seules en quête d'amour. Lui se veut dur mais juste comme il l'a été tout au long de sa carrière. Ses journées il les passent en compagnie de son fauteuil et de sa radio qui diffuse en continue de la musique classique. Elle aime le rock, la pop musique, les balades de Paul SIMON. Il a étudié à Harvard, elle n'a pas pas dépassé le collège. Il a vécu dans l'aisance, elle a grandi dans une famille modeste.


FINESSE DE L'INTERPRETATION

Comme dans "Le baiser de la veuve" un secret lie ces deux êtres blessés par la vie. Le texte est simple, juste, d'une dramaturgie croissante, distillant progressivement sa saveur. La tension monte et soudain chacun libère sa vérité, ses frustrations, sa rage, sa colère. Alors qu'elle croit qu'il ne l'entendait pas elle livre son message empli de rancœur si longtemps contenue.

À la fin c'est l'espoir et la tendresse qui l'emporteront. Les douleurs du passé laissent place à une complicité nouvelle, au partage du souvenir, d'émotions, d'occasions ratées. La nostalgie à à peine le temps de s'installer que la tendresse est déjà là.

Il y a beaucoup de douceur et de force dans le jeu des deux comédiens. Ils nous livrent une partition vibrante d'émotion et de sensibilité. On les accompagne sur le chemin de cette rencontre qui est bien plus que celle d'un prof et d'une de ses anciennes élèves. Ils déploient toute une palette d'émotions : l'ironie, la colère, le jovialité, la rancœur, l'empathie, la haine, la tendresse la jalousie, l'envie. Et même si la fin est connue dès le début on se retrouve pris par l'émotion qui nous est si bien offerte.

Et c'est une nouvelle démonstration de toute la force du théâtre qui, lorsqu'il réunit un bon texte, une belle histoire, une belle mise en scène et des bons comédiens, nous laisse à la fin d'un spectacle plus riche d'émotions que nous ne l'étions en arrivant.


Après avoir rencontré le succès en juin 2013 au théâtre des Béliers Parisiens, à La Fabrik' Théâtre dans le Festival Off 2013, la Compagnie CALLIOPE est en tournée depuis 2013. Elle se poursuit en 2014 et 2015.

En bref : La force des mots d'Israël HOROWITZ, la finesse de l'interprétation. Une belle histoire chargée d'émotion.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre PANDORA
3 rue Pourqueyrie de Boisserin - Avignon

Du 4 au 26 juillet 2015 - 14h00 - Durée : 1h25

Toutes les dates de tournée sur le site de la Compagnie CALLIOPE en cliquant ICI

Mis à jour  03/06/15

dimanche 7 septembre 2014

LES ELANS NE SONT PAS TOUJOURS DES ANIMAUX FACILES

ÉLANCEZ VOUS DANS UN JAM EUPHORISANT

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TROIS FOUS CHANTANTS

C'est en entonnant CHANSON D'AUTOMNE de Charles TRENET que ces trois là entament le show pour nous offrir un spectacle fou fou fou dont on ressort plein d'énergie, avec une  folle envie de chanter et de faire la fête.


C'est un OTNI que ce spectacle qui, à juste titre, affiche complet quasiment tous les soirs. OTNI pour Objet Théâtral Non Identifié. Ce n'est pas tout à fait du théâtre et pas tout à fait non plus un concert. Un spectacle déjanté qui alterne chansons et moments de jeu théâtral.

Ils sont trois, réunis dans ce qui pourrait être un salon. Costume, cravate et vouvoiement de rigueur. Trois amis qui échangent sur tout et surtout sur rien, tout en descendant consciencieusement chacun sa bouteille de whisky, une ambiance jazzy qui évoque la complicité des bons copains et la l'amitié studieuse des musiciens qui répètent. 


UN UNIVERS DÉJANTÉ

On y parle de Verlaine que l'un dit avoir croisé la nuit précédente, d'une voisine rousse, d'un bout d'arc-en-ciel dont ont veut se débarrasser, d'un prototype moitié homme-moitié femme. Un spectacle où la musique sert de fil rouge. Un piano, une guitare (pour gaucher), une valise-contrebasse et trois formidables acteurs-chanteurs-musiciens. Sans oublier la poésie avec une danse des mains d'une très grande tendresse et incroyable de dextérité.

Les dialogues s'enchaînent plein d'esprit et ne sont pas sans rappeler l'univers absurde des "Diablogues" de Dubillard. Une écriture ciselée, minutieuse, qui ne manque pas de piquant. Des rythmes variés, de GERSHWIN à NOUGARO en passant par COCHRAN et du chant à cappella.

Que dire si ce n'est que ce spectacle est en tous points remarquable. Les trois voix sont complémentaires. Emmanuel QUATRA a été remarqué récemment dans "Avenue Q" et "Tout Offenbach ou presque". Pascal NEYRON a fait partie de l'aventure "La bande du Tabou" créé au théâtre 13. Quant à Benoit URBAIN il a récemment assuré la direction artistique et les arrangements du Cabaret Boris Vian et du Cabaret Brassens au Studio Théâtre de la Comédie Française. Trois talents réunis sous la direction de Laurent SERRANO, metteur en scène éclectique dont les talents se sont exprimés du théâtre à l'opéra en passant par la comédie musicale et le spectacle jeune public. Une mise en scène millimétrée mais pas figée.

"Le choix des musiques et chansons que nous avons fait ensemble au cours de l'élaboration du spectacle n'a été guidé que par le plaisir" dit Laurent SERRANO dans le dossier de presse. Et ce plaisir que l'équipe a eu à construire et interpréter ce spectacle se ressent tout au long de la soirée. Trois rappels ne sont pas assez. Le public en redemande encore et encore. 

En bref : une de ces pépites estivales qui font souffler un vent de fraîcheur sur le monde du spectacle vivant. A ne manquer sous aucun prétexte.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

53 Rue Notre Dame des Champs 75006 Paris
Du 24/08/16 au 06/11/16 - 
Du mardi au samedi 21h  - Dimanche 19h - Durée : 1h20




Vu le 28 Août 2014 au Lucernaire
Mise à jour du 31/08/16

Photo : Compagnie Laurent Serrano

samedi 6 septembre 2014

LES FIANCES DE LOCHES

LES FIANCES ENCHANTENT LE PUBLIC

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OH GAI ! AU GAI ! MARIONS NOUS !

Si vous me lisez depuis un peu de temps vous savez que FEYDEAU et LABICHE ne sont pas ma tasse de thé. Mais comme je suis curieuse et que je ne demande qu'à être convaincue je ne pouvais résister à l'envie de me rendre au Théâtre du PALAIS ROYAL et répondre à l'appel des FIANCES DE LOCHES. Car depuis le début de l'été même les réfractaires au genre multiplient les commentaires élogieux. Alors comme ce n'est plus à l'affiche que jusqu'au 6 septembre prochain je m'empresse de rejoindre l'avis général pour vous dire tout le bien que je pense de ce spectacle.

Dès que le rideau se lève et que la troupe entonne les premières strophes nous sommes plongés dans l'ambiance des grandes heures de FEYDEAU . Nous sommes dans un bureau de placement de domestique et le ton est donné tant dans le rythme que dans les bons mots du texte. Par un concours de circonstance comme seul le vaudeville sait en créer, les lochais vont confondre agence de placement de domestique et agence matrimoniale.

Les personnages et les quiproquos se mettent en place et ces fiancés venus de la province se trouver un conjoint à Paris prend le public par le cœur pour l'emporte dans son tourbillon de rebondissements. La joyeuse troupe ne se ménage pas. Les effets comiques font mouches à tous les coups et la salle rit à l'unisson tout au long du spectacle, comme lors de la danse des lochais.

UNE AMBIANCE TRÈS RÉUSSIE


Les éléments de décors sont judicieusement utilisés pour créer les différentes scènes de ce Paris bourgeois : un bureau de placement, l'entre-chambre d'un appartement cossu, une salle de soin d'hôpital psychiatrique. Ils permettent aussi de jouer avec la profondeur de la scène. Des voiles tantôt opaques, tantôt transparents laissent à voir ou deviner les trois musiciens qui jouent en direct ou un chœur de femme répondant aux personnages évoluant sur la scène.

Il faut saluer le talent de comédiens et de chanteur de tous et toutes. Les tessitures se répondent et se complètent, participant à la construction des personnages caricaturaux. L'ensemble est d'une grande qualité de jeux et de chants. C'est drôle, remarquablement adapté, un pur plaisir.

Tous les codes du vaudeville sont présents et cette adaptation en comédie musicale permet de voir l'oeuvre de FEYDEAU autrement, d'une façon originale et extraordinairement distrayante.

En bref : plus que quelques heures pour courir applaudir ce joyeux spectacle qui réussi à concilier avec talent vaudeville et comédie musicale. Un succès estival amplement mérité. Un spectacle qui distribue du bonheur et de la joie et pour lequel on espère des prolongations ou une reprise afin de le partager avec le plus grand nombre.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Après deux saisons de succès reprise pour 30 dates
Théâtre de la Michodière
4 bis rue de la Michodière 75002 Paris
Du 3 décembre 2016 au 8 janvier 2017
du mardi au samedi à 20h30 - dimanche 16h00



Vu le 2 septembre 2014 - Théâtre du Palais Royal
Mise à jour du 11/12/2016

mercredi 20 août 2014

HISTOIRES D'HOMMES

LES HISTOIRES D'AMOUR FINISSENT...
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MONOLOGUE A TROIS VOIX

"Ce sont des monologues de femmes qui parlent des hommes, des textes courts, une panoplie d'histoires, de sensations, de petites chansons, de l'amour sur toutes les coutures. Et puis quand l'amour s'évapore, il reste de grandes plages de solitudes où elle vagabonde d'histoires en souvenirs comme des éclats, des fragments. Et les hommes apparaissent et disparaissent, véritables fantômes."

C'est ainsi que Xavier DURRINGER parle de ce texte dont il écrivit les premiers monologues pour Judith MAGRE et lues au Festival d'Avignon 2002. Un recueil d'une quarantaine de monologues, parlés ou chantés, qui dans le style si particulier de l'auteur présente une multitude de personnages.

La version présentée tout l'été au Lucernaire a remporté les louanges de la critique et des spectateurs lors de sa programmation au Poche Montparnasse au cours de la saison 2013/2014. 

TROIS COMEDIENNES ENERGIQUES ET COMPLEMENTAIRES


Ce qui marque dans cette mise en scène de Christophe LUTHRINGER c'est la qualité de l'interprétation.

Magalie BROS, Pauline DEVINAT et Aude KERIVE sont les trois voix qui portent ces récits, ces témoignages, ces émotions, ces souvenirs, ces élans, ces silences, ces moments de bonheur, ces douleurs, ses rires et ses souffrances. Trois voix auxquelles chaque femme pourra s'identifier, trouver écho à au moins une pensée, une anecdote, une expérience passée. 


Le décor est minimaliste comme il est de plus en plus de règle : trois chaises, un sac à main chacune, des changements de costume en public. Il laisse ainsi s'exprimer la belle interprétation des trois comédiennes qui illuminent la scène par leur énergie, aidées par le très beau travail d'éclairage d'Alexandre URSINI . Elles sont belles, radieuses, complices. Les scénettes se suivent, rythmées des intermèdes chantés qui mettent en valeur les qualités vocales des trois jeunes femmes. Elles se répondent, se complètent comme autant de versions de l'éternel féminin. Qu'elles se préparent pour un nouveau rendez-vous, qu'elle soient dans le quotidien, qu'elles subissent la violence de l'autre, qu'elles soient seules avec leurs désirs, leurs souvenirs, leur détresse, elles font bloc et telles des phœnix renaissent des cendres de chaque amour malheureux grâce à la solidarité et à leur liens.

J'ai pu admirer le trio dans une mise en scène de Maxence MAILFORT lors du Festival d'Avignon Off 2009. Si j'ai passé un bon moment au Lucernaire, j'ai préféré cette précédente version, dans un décor plus intimiste, plus féminin, un choix de texte différent qui, autant qu'il m'en souvienne, racontait plus d'anecdotes en donnant un nom à ces fantômes masculin, dans un 'univers plus poétique que créaient ces anges venus du ciel. Il m'a semblé que certains textes n'étaient pas repris, donnant de l'homme une image fantasmagorique, un être à la fois irréel et unique, manquant de concret d'une manière générale. 


En bref : trois remarquables comédiennes belles et complices pour un texte écrit par un homme comme un hommage aux femmes. 

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
53 Rue Notre Dame des Champs
75006 Paris
Métro Notre Dame des Champs / Vavin / Edgar Pinet

Du 11 juin au 6 décembre 2014
Du mardi au samedi à 18h30
Durée : 1h



Photo : @Cie La Gargouille


Vu le 14/08/2014 au Lucernaire - Paris

vendredi 25 juillet 2014

O VOUS FRERES HUMAINS

"NE PAS HAÏR IMPORTE PLUS QUE L'AMOUR DU PROCHAIN"

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C'est en 1972 qu'Albert COHEN publie ce texte. Se sentant mourant il décide de livrer un épisode pour le moins marquant de son enfance. Il a tout juste 10 ans en ce jour de 1905. Sa famille habite alors à Marseille. Avec dans la poche les 3 francs que sa mère lui a donné en cadeau d'anniversaire il est subjugué par le discours d'un camelot. Et alors qu'il s'avance pour acheter l'objet de la propagande, un bâton détacheur qu'il entend offrir à sa maman, son élan est stoppé par le bonimenteur qui le traite de "youpin" et lui ordonne de s'en retourner à Jérusalem.

L'apostrophe laisse l'enfant interloqué. Il découvre avec brutalité et stupéfaction que le fait d'être juif le rend coupable. Mais coupable de quoi ? Pendant des heures il va errer dans la ville, en proie à un questionnement qui le plonge dans l'incompréhension la plus totale.

Le texte est ici dit par trois comédiens aussi différents que complémentaires tant dans leur physique que dans leur gestuelle et leur diction. Trois voix pour dire toute les interrogations de cet enfant confronté à la haine ordinaire, imbécile. Qui est-il ? De quoi est-il coupable ? Que doit-il penser de l'hypocrisie des valeurs spirituelles bourgeoises ? 

La scénographie d'Alain TIMAR est constituée de 3 panneaux recouverts de lambeaux de papier peint fleuri, varié et vieillot, dont la modularité le fait passer d'une pièce étroite au mur d'une rue. Les intermèdes musicaux et chorégraphiés permettent une respiration dans ce texte dense. Dans ce monologue à trois voix, Paul CAMUS, Gilbert LAUMORD et Issam RACHYQ-AHRAD apportent force et fantaisie au récit de ce petit juif à l'histoire universelle. 

Le fond du propos n'est pas la Shoah, mais les racines de cette haine ordinaire. Pourquoi un commerçant en vient-il à crier sa haine à un enfant inconnu au seul motif qu'il est né dans une autre culture ? "La lucidité extrême de la vision de l'écrivain et cette salle histoire prennent valeur d'exemple pour chacun d'entre nous" dit Alain TIMAR.

En bref : un texte fort porté par trois voix qui résonnent haut et fort, suscite de vives émotions et que l'on a envie de lire et relire pour l'apprécier pleinement

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre des Halles
Rue du Roi René 84000 AVIGNON
Du 4 au 26 juillet 2015 - 11h00

Du 5 au 27 juillet 2014 -16h
Durée : 1h30

Crédit photo @Manuel Pascual

Mise à jour du 23/05/2015

CHALLENGE THÉÂTRE 2014 - Lecture-Spectacle : le blog d'Eimelle

LE MISANTHROPE

ALCESTE A LA FOIS SOMBRE ET LUMINEUX

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"Un monsieur qui veut parler à une dame pendant cinq actes, et qui n'y parviendra pas". Ainsi résumait Jacques COPEAU l'intrigue du Misanthrope. 

Après la version  mélancolique vue à la Comédie Française en mai dernier j'avais hâte de découvrir la mise en scène de Michèle ANDRÉ qui avait fait le bonheur du public de La CIGALE à Paris la saison dernière et que je n'avais pu voir à ce moment là.

Que dire qui n'aurai pas encore été écrit sur cette splendide version ? Arnaud DENIS y est magistral et si je ne fait pas preuve d'originalité pour décrire sa performance c'est peut-être parce qu'il n'y a pas d'autre mot. Il campe un ALCESTE sombre comme son habit noir, s'approprie le texte avec brio donnant à l'entendre avec naturel. Il met en évidence toutes les contradictions du personnage. C'est un homme colérique, déchiré entre son amour pour CELIMENE dont il voit les défauts sans vouloir reconnaître qu'ils sont ce qu'il veut fuir. Torturé par ce qu'il entend et voit il est émouvant comme jamais.


Le  sobre décor de voiles blanc renforce la fluidité du texte.  Elodie NAVARRE est une CELIMENE changeante, provocante. Jean-Laurent SILVI campe un PHILINTE assez sobre. L'ensemble de la troupe est remarquable. Les costumes d'inspiration classique ont une touche de modernité.

Plus que la satire de la cour c'est la joute entre CELIMENE et ALCESTE qui est mise en évidence, un combat sur deux visions opposées de l'amour, et dont aucun des deux ne sortira vainqueur.

En bref : un Misanthrope sombre magistralement interprété par Arnaud DENIS. Une mise en scène qui rend le texte fluide à entendre.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Actuel
80 Rue Guillaume Puy 84000 AVIGNON
Du 5 au 27 juillet 2014 - 22h30
Durée : 1h45
Réservation : 04 90 82 04 02

Photo : @france3

CHALLENGE THEATRE 2014 - Lecture / Spectacle : le blog d'Eimelle

LES CAVALIERS

UNE ÉPOPÉE DANS LES STEPPES AFGHANES

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Voilà un des spectacles qui marquera le Festival Off 2014.

Le talentueux Eric BOUVRON (que j'avais adoré dans "BUSHMAN") s'est associé à Anne Bourgeois pour mettre en scène le récit épique de Joseph KESSEL. Un projet ambitieux que de transposer pour le théâtre le pavé (dans les 600 pages) qui raconte une des plus belles aventures qui ait jamais été contées.

OUROZ est le fils du grand TOURENE. Lourde charge que de succéder au héros qui s'est maintes fois illustré lors des courses de chevaux. En 1957 son père l'envoie à Kaboul, représenter et défendre l'honneur du clan au cour du Bouzkachi du Roi, le plus grand tournoi du pays. Pour ce faire il lui cède son cheval le plus valeureux : JEHOL, le cheval fou.

C'est empli d'orgueil et de fierté qu'OUROZ se lance dans la course. Mais il chute de cheval, se brise la jambe. C'est un autre membre du clan qui gagnera la course. Dès lors comment rentrer et affronter la père ? C'est lors de son long périple dans les montagnes et les steppes afghanes qu'il retrouvera sa dignité. Transformé par cette aventure qui se révélera aussi un voyage intérieur, il regagnera la confiance de son père et surmontera son handicap.


Comment décrire la magie de ce grand spectacle? Il aura suffit de 3 comédiens, d'un tapis, de 3 tabourets et d'un musicien  pour nous faire voyager pendant 1h20 dans une contrée splendide. Par la force des mots, une mise en scène soignée, le jeu talentueux d'Eric BOUVRON et de Grégori BAQUET, l’envoûtante ambiance musicale créée par Khalid K, la grâce de Maia GUERITTE, les beaux costumes de Sarah COLAS et la sublime mise en lumière de Stéphane BAQUET ces héroïques cavaliers surgissent devant nous. On frémit lorsque le patriarche fait éclater sa colère, on s'emballe lorsque la course est lancée, on souffre lorsque Ouroz chute, on tremble lors des combats sans pitié, on espère pour OUROZ. Et surtout on entend le hennissement des chevaux, personnages à part entière du récit. Un rêve éveillé. Une épopée. Et c'est la tête rempli de somptueuses images que l'on sort du théâtre, semblant encore sentir la poussière de ce pays d'aventure venu d'un siècle révolu.

En bref : une de ces pépites à côté desquelles il ne faut pas passer.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Essaïon
6 Rue Pierre au lard 75004 Paris
Du 11 octobre 2019 au 18 janvier 2020
les vendredis et samedis à 19h30


Photo : © Sabine Trensz

Mise à jour du 04/08/2019 03/02/2016  24/05/15

CHALLENGE THEATRE 2014 - Lecture / Spectacle : le blog d'Eimelle

jeudi 24 juillet 2014

CINQ VISAGES POUR CAMILLE BRUNELLE

PORTRAIT D'UNE JEUNESSE A LA DERIVE

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Le plateau est jonché de vêtements disposés avec soin. Pas un centimètre de la scène qui ne soit recouvert. Entrent cinq jeunes : trois femmes, deux hommes. Ils ont la trentaine. Chacun son tour va se présenter, se définir par ses goûts culturels, gastronomiques, son style vestimentaire, ce qu'il ferait s'il ou elle avait 5.000 $ à dépenser dans les prochaines 24h. Puis des listes de films vus, de livres lus, de séries télé regardées. Et arrive la première rupture. Quatre d'entre entre changent de tenue, miment une brève danse / agitation, reviennent à leur tenue de départ. Illustré par des photos qui défilent sur l'écran ils commencent à parler de la soirée de la veille, d'il y a deux jours, (déjà deux jours), d'il y a une semaine, (déjà une semaine), d'il y a deux ans.

Ils sont jeunes, beaux insouciants. La vie leur sourit. Ils sont riches d'amis, de joie de vivre, de talent. Le temps passe rythmé par le souvenir régulier de cette soirée, au cours de laquelle chacun a croisé la belle Camille BRUNELLE. L'une d'entre n'était pas à la soirée. Alors que les autres commencent à évoquer cette merveilleuse soirée elle va donner le premier coup qui va briser cette image de jeunesse dorée. Sur l'écran les photos sont commentées en live.

Progressivement les vêtements sont écartés du plateau tandis que chacun va se livrer un peu plus à chaque fois que revient l'évocation de la soirée, comme des couches de peau pelées une à une pour ne plus laisser que les chairs à vif. La soirée de rêve tourne au cauchemar. N'était-elle que cela : un rêve, une apparence de bonheur, l'illustration du paraître. Cette fête n'était-elle qu'une fuite, un refuge pour ces jeunes adultes dans une société qui ne ferai pas de place à ce qui ne serait pas parfaitement lisse et dans la norme établie, une société où il n'y a aucune place pour la fragilité ? 

Cinq façon de raconter cette soirée, comme autant de visages d'une même personne, autant de point de vue, autant de vérités. Et cinq voix pour exprimer un seul malaise, un seul mal-être dans une société où pour exister il faut continuellement s'exposer, partager en temps réel sur les réseaux sociaux. Chaque phrase commence par "MOI" :  "Moi je.. Moi je... Moi je... Moi j'ai... Moi j'ai...Moi avec... Moi faisant... Moi, moi, moi...". Cinq visages comme autant de Moi démultipliés, définition de l'identité d'une jeunesse qui ne vit que par l'image, celle que l'on partage, celle que la communauté renvoie.

Si le thème abordé par Guillaume CORBEIL n'est pas neuf, "CINQ VISAGES POUR CAMILLE BRUNELLE" marque par la mise en scène percutante de Claude POISSANT, le talent de ces cinq jeunes québécois, la force du texte. Je l'ai reçu comme un coup de poing. Bien que profondément pessimiste l'énergie qui s'en dégage m'est apparue comme une claque et restera l'un des trois textes qui m'auront le plus marqué au cours de ce Festival 2014.

Objectif atteint pour le Théâtre PAP,"compagnie montréalaise de création contemporaine à l'affût d'une parole qui, par son props, sa langue ou sa structure dramatique, questionne le temps présent" (source : Théâtre PAP)


En bref : un théâtre percutant dont on ne sort pas indemne.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
La Manufacture / Patinoire
Rue des Ecoles 84000 AVIGNON
Du 5 au 27 juillet 2014 - 12h35
Durée : 1H35 (y compris navette aller / retour)
Réservation : 04 90 85 12 71 

CHALLENGE THEATRE 2014 - Lecture Spectacle - Le blog d'Eimelle

L'HOMME QUI TUA DON QUICHOTTE

POÉTIQUE BALADE EN COMPAGNIE DU CHEVALIER A LA TRISTE MINE

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La Compagnie Premier Acte enchante le public du Festival Off depuis plusieurs années avec des spectacles d'une très grande qualité. ERENDIRA et MACONDO, inspirés de l'oeuvre de Gabriel Garcia Marques, restent gravés dans ma mémoire comme des moments magiques

L'Homme qui tua Don Quichotte est la troisième adaptation de l'oeuvre de Miguel de Cervantès faite par la compagnie lyonnaise. Si comme moi vos souvenirs de littérature sont un peu lointains, une précision s'impose : le récit des aventures du Chevalier à la triste mine parti se battre contre des moulins à vent pour séduire la belle Dulcinée et errant sur les chemins de la Mancha accompagné de son fidèle serviteur Sancho Panza est en fait composé de deux parties distinctes écrites à deux années d'intervalle. Si la première donne vie au héros, la seconde la lui retire, Cervantès voulant ainsi se prémunir contre toute tentation qu'aurait un écrivain sans scrupule d'exploiter le personnage qu'il avait créé avec tant de succès.

C'est cette deuxième partie que Sarkis TCHEUMLEKDJIAN a choisi de présenter (il s'agit d'une reprise d'une création de 2008). Le plus connu des auteurs espagnols y donne la parole à son héros: convaincu de son authenticité Don Quichotte parcours les routes d'Espagne son livre sous le bras : "Ecrivain ! Aiguise ta plume, je vais te donner la matière à écrire un chef d'oeuvre. Mais je te préviens que je ne tolérerai aucune approximation, aucun mensonge".

Dans une atmosphère qui s'inspire du théâtre oriental avec notamment présence d'un musicien sur scène (Gilbert GANDIL), c'est par la seule voix d'une conteuse que nous assistons au dialogue qui s'établit entre Don Quichotte et son serviteur. La voix suave de Déborah LAMY envoûte et donne vie avec tendresse et malice aux deux compagnons. Grâce à des jeux de lumière tamisée et à la discrète musique de la guitare et du luth on se laisse porter par ce récit d'aventure et d'amitié. La magie opère et notre imaginaire ainsi stimulé se met à visualiser les moulins à vent, le troupeau de mouton, la forêt dans laquelle le héros fatigué se repose, etc, nous emportant dans son souffle épique.

En bref : La Compagnie Premier Acte réussit à nouveau à nous conter un récit extraordinaire et nous emporte avec délice sur les traces d'un Don Quichote émouvant

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2017 
Théâtre du Roi René
Du 7 au 30 juillet 2017 - 19h45
Durée : 1h10



Vu juillet 2014 - Théâtre du Petit Chien - Avignon

LETTRE D'UNE INCONNUE

UN DESTIN DE FEMME AMOUREUSE

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Cela faisait longtemps que je souhaitais aller voir Sarah BIASINI dans ce texte de Stefan ZWEIG qui a été à l'affiche sur les scènes parisiennes ces deux dernières saisons. Je ne pouvais donc pas le manquer dans le Festival OFF 2014.



Un homme rentrant d'un voyage trouve dans son courrier une épaisse enveloppe d'une écriture inconnue. Lorsqu'il va commencer à lire la douzaine de feuillets manuscrits il découvre qu'ils lui sont envoyés par une femme qui lui a dédié sa vie entière à compter du jour où, alors adolescente de treize ans, elle tomba éperdument amoureuse de lui. Avec les années les émois de l'adolescente timide et impressionnée par le bel écrivain se sont transformés en une passion dévorante pour un séducteur auquel toute sa vie durant elle n'osa jamais avouer son amour. Incrédule, inconscient des sentiments qu'il a fait naître chez cette enfant devenue femme, il découvre impuissant la fascination dont il fut l'objet.

Sarah BIASINI donne vie avec intensité à cette femme fragile, obsédée par ce Dom Juan auquel à aucun moment elle ne tente de résister tout en lui taisant la passion qu'il lui inspire. Elle nous emporte dans la tourmente émotionnelle d'un destin de femme qui a choisi de lier sa vie à un homme dans l'ombre duquel elle choisi de vivre, lui laissant pour testament un secret avec lequel lui devra désormais vivre.

Dans le crescendo qui mène au drame final Frédéric ANDRAU nous saisi par sa sincérité, sa délicatesse, la finesse de son jeu. Il incarne à merveille le séducteur dont on comprend aisément qu'il ait pu susciter une passion aussi intense.

En bref : un drame et un destin comme savait si bien les écrire Stefan ZWEIG. Une interprétation intense.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Chien qui Fume
75 Rue des Teinturiers 84000 AVIGNON
Du 5 au 27 juillet 2014 - 11h00
Durée : 1h
Réservation : 04 90 85 25 87

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SOUTERRAIN BLUES

"CE N'EST QUE DE L'AMOUR"

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Dans un monologue d'une rare intensité nous sommes confrontés de plein fouet aux contradictions de notre société. Dans un métro imaginaire un homme interpelle les voyageurs, figures errantes d'un quotidien anesthésiant, ankylosés dans leur routine, leur désir ou leur besoin de paraître, voyageurs / spectateurs se reflétant dans le miroir sale au centre de la scène. Dans sa quête de beauté il les / nous confronte avec cynisme, vigueur et urgence à la laideur d'une société qui semble avoir abandonné le combat, tous les combats. Avec des mots incisifs il nous renvoie à nos petits arrangements avec le quotidien, tous ces actes / pensées / résignations gagent de notre bonne conscience, de notre tranquillité. Rien de notre comportement ne trouve grâce à ses yeux.

"Pourquoi toute cette haine" lance soudain une spectatrice (qu'elle ne m'en veuille pas de la citer ici). Troublé Yann COLETTE s'interrompt, "de la haine non, ce n'est que de l'amour". Perturbé quelques instants par cette interruption spontanée et authentique, le grand comédien reprend le fil de son texte. La jeune femme quittera la salle bouleversée par les émotions ressenties pendant le spectacle, s'excusant de son intervention.

Si j'ai choisi de citer cette épisode c'est pour illustrer à quel point le très beau texte de HANDKE et l'interprétation éclatante qu'en donne Yann COLETTE touche son public. Derrière la noirceur et la violence des propos c'est un humaniste qui tente de réveiller nos conscience de femmes et d'hommes du 21ème siècle. Il nous pousse à nous regarder avec honnêteté et lucidité : qu'avons nous fait de nous ? De l'humanité ? De notre humanité ? Après quoi courrons-nous ? Quel est-il notre bonheur ? C'est avec une rare générosité et une extrême bienveillance que sur la suite du texte Yann COLETTE s'est adressé à plusieurs reprises à cette jeune femme si troublée. Tout comme elle nous étions happés par son récit, à la fois captif et captivé, emporté dans sa réflexion lancée avec des touches d'humour et sans agressivité malgré la rudesse parfois des mots. 

Car ce monologue d'une grande poésie interpelle plus qu'il n'accuse. La mise en scène au millimètre et la subtilité du jeu du comédien en font une ode à la beauté et à l'amour. Le spectacle se termine par un court dialogue entre l'homme aigri et une jeune femme rayonnante, et nous laisse tout aussi chamboulés que cette spectatrice. En lisant la présentation je craignais cette noirceur. J'en suis sortie émue, avec le sentiment que ces mots résonneront longtemps dans mon esprit, qu'ils viendront souvent me chatouiller et me pousser à aller vers le meilleur, vers le beau.

Oui, c'est d'amour qu'il est question. Et d'espoir.

En bref : un texte qui ne laisse personne indifférent, porté par une interprétation magistrale, et que je vais porter longtemps en moi

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Condition des Soies
13 Rue de la Croix 84000 AVIGNON
Du 5 au 26 juillet 2015 - 19h00 - Durée : 1h10


Mise à jour du 20/06/15
Vu Juillet 2014 - Avignon Off

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