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mercredi 2 août 2017

LE SYNDROME DE CASSANDRE

ET SI LE CLOWN NE FAISAIT PLUS RIRE !
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Personne n'accordait de crédit aux prophéties de Cassandre, victime d'une malédiction qui lui fut jetée par Apollon après qu'elle se refusa à lui. Seule elle continua à faire ses prédictions jusqu'à la vision de sa propre mort, alors que sa famille avait été décimée. Le clown de Yann Frisch est atteint de ce même syndrome. Et si le clown ne faisait plus rire ? Le public ne le croit pas. Il menace de s'immoler par le feu, raconte des histoires à l'aide d'une tasse, fait le pitre au risque au prix de cascades athlétiques, met le public au défi, le somme de partir. Rien n'y fait. Le public refuse de croire que le merveilleux n'est plus.

Ce clown gris enfermé dans un univers sombre semble promis à un destin bien funeste dans un monde où le merveilleux disparaît. Pourtant il s'accroche, tente de nous faire rire. Et il y arrive sans mal. Un humour grinçant, à prendre au 50e degré au moins. Tel Cassandre il semble voué à prêcher dans le vide, condamné à répéter inlassablement les mêmes gags demandés à un public finalement sans grande imagination. Ce n'est pas un lapin qui sort du chapeau mais un cochon qui "chante" la Marseillaise.

Avec son regard de clown désenchanté, en quête d'empathie de la part de son public, avec son humour noir comme le deuil de sa mère qu'il manipule avec irrévérence et tendresse, Yann Frisch se met à nu, au propre comme au figuré. Dans une ultime prophétie il va jusqu'à dévoiler ses trucs comme un dernier acte désespéré pour enterrer ce qui reste de merveilleux. Il étonne, déroute, surprend, harangue le public, le secoue par les rires et par la provocation. 

Et au final la magie opère, avec poésie et finalement beaucoup d'amour. Parce que franchement, ce n'est pas facile "d'égayer un quotidien qui n'est pas toujours mirobolant". Mais cette fois encore Yann Frisch aura égayé le nôtre.

En bref : entre clowns, théâtre d'objet, marionnette et magie, Yann Frisch déploie un humour dérangeant dans un monde absurde pour nous secouer, nous surprendre, nous déconcerter. Au final la magie opère, et le clown gris nous fait rire et nous émeut. 

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Paris 15
Du 20 au 29 juillet 2017
Tout public dès 14 ans



Crédit photo @Giovanni Citadinni Cesi
Vu juillet 2017 - Théâtre Le Monfort

lundi 11 juillet 2016

BIGRE

MÉLO
 BURLESQUE BIGREMENT RÉUSSIE
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FRESQUE DU DÉSASTRE DE LA VIE CITADINE

Trois minuscules appartements. Trois chambres de bonne nichées sous les toits. Deux hommes, une femme. Trois univers. Trois ambiances. Trois personnalités. Ils n'ont à priori rien en commun à part un palier et des toilettes. Ils se croisent, se toisent, se rencontrent, échanges des petits services, se lient d'amitié, s'aiment, se jalousent, se disputent, se réconcilient, vivent tout simplement. Enfin pas si simplement que ça. Et ce faisant ils nous emportent dans un tourbillon burlesque et poétique à la fois. 

TROIS CLOWNS MUETS


Sur la scène trois clowns mixent avec brio la poésie de Jacques TATI et l'absurde des Deschiens. On rit du début à la fin. Les situations s'enchaînent avec rythme, hilarantes, absurdes, poétiques, tendres. L'un après l'autre on fait connaissance avec ces trois univers. Il y a l'employé hyper connecté et obsédé par la propreté dans son studio d'un blanc immaculé. A l'opposé une jeune femme très girly qui cherche sa voie, ce qui donne lieu à des expérimentations surprenantes sur ses voisins de palier. Entre les deux un baba cool dégingandé, amateur de bio, qui sait mettre à profit le moindre espace son minuscule lieu de vie. Petit à petit une histoire s'écrit, des liens se nouent, la vie s'installe avec ses joies et ses coups de blues, ces moments de folie, ses bourrasques et ses tempêtes. 


La mise en scène est rythmée, s'autorisant quelques plages de calme pour mieux repartir dans le tourbillon de la vie et des sentiments. Pas de dialogue. Seulement la gestuelle et quelques onomatopées, des effets techniques et une bande son variée. Sans parler d'un karaoké d' anthologie. 


S'immerger dans BIGRE c'est prendre un bain de jouvence. Pari osé dans lequel s'est lancé Pierre GUILLOIS et ses coauteurs Olivier MARTIN-SALVAN et Agathe L'HUILLIER : un spectacle burlesque muet. Et le succès est au rendez-vous, d'abord au Quartz, scène nationale de Brest, puis au Théâtre du Rond-Point avant de faire succomber le public du Théâtre Tristan Benard à Paris. Au point que BIGRE pourrait bien devenir culte.

Pierre GUILLOIS, Agathe L'HUILLIER et Jonathan PINTO-ROCHA s'en donnent à cœur joie dans les rôles des ces trois olibrius qui enchaînent les catastrophes, dans un décor recelant une machinerie digne du grand guignol, où les espoirs, les rires et les peines s'envolent, se noient ou prennent feu dans un joyeux délire jusqu'à l'explosion finale.

En bref : Embarquez sans hésitation dans cette délicieuse plongée dans le burlesque, l'absurde et la poésie. Un condensé de tranches de vie. Une énorme explosion de rire. On en a tellement besoin.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

64 Rue du Rocher 75008 Paris
Du mardi au samedi à 20h30
Relâche du 9 au 14 juillet 2016



Crédit photo @Pascal Perennec

Vu au Théâtre Tristan Benard - Juin 2016

mardi 3 mai 2016

RICHARD III LOYAULTE ME LIE

EGO TRIP : RICHARD ET SES DOUBLES
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En cette année anniversaire de la disparition de William SHAKESPEARE il semble que l'oeuvre du dramaturge britannique n'ait jamais autant été à l'affiche des salles dans le monde entier. L'adaptation de RICHARD III cela faisait des années que Jean Lambert-wild la préparait. Après celle de Thomas OSTERMEIER dans le cadre du Festival d'Avignon 2015 et la puissante interprétation de Lars EIDINGER, puis la version punk-rock de Thomas JOLLY cet hiver à l'Odéon, c'est une vision très différente qui nous est présentée.

Jean Lambert-wild nous donne à voir sous un angle différent du monstre de pouvoir généralement présenté. Dans cette traduction à quatre mains avec Gérald GARRUTI, il le définit comme l'incarnation du Moi absolu. Sa motivation ne serait pas le pouvoir et la vengeance sur une famille qui le méprise du fait de son infirmité, mais l'expression d'une volonté d'anéantissement d'un monde abject veule et corrompu. Sous les traits du clown se cache un personnage dont on ne soupçonne pas une sensibilité telle qu'on pourrait être prise de compassion pour ce prince. Enfin si l'on fait abstraction de l'immonde jeu de massacre auquel il se livre pour arriver au pouvoir, fidèle jusqu'au bout à sa devise : "Loyaulté me lie". Comme s'il n'était pas maître de son destin mais prisonnier d'une volonté qui le dépasse, pantin lui-même manipulé par une force plus puissante que lui.

Le magnifique décor construit par les Ateliers du Théâtre de l'Union place l'action dans une ambiance de fête foraine. Un rire féroce qui nous cueille lorsque les formes les plus originales illustrent les morts qui se succèdent au sein de la famille royale, chacune rapprochant RICHARD de plus en plus du trône mais aussi de l'abomination et de la solitude. Entre train fantôme et temple tribal, avec ses ouvertures multiples, ses trappes, ses rideaux, ses transformations, ses figures étranges, polymorphes, matérielles ou immatérielles, c'est l'univers irréel de la folie rageuse du futur roi qui s'anime devant nous. Un décor qui constitue un troisième acteur de cette inéluctable progression vers la folie.

C'est avec EN ATTENDANT GODOT, vu la saison dernière au théâtre de l'Aquarium à Vincennes, que le clown de Jean Lambert-wild a commencé sa métamorphose vers la parole. Un besoin profond, puissant qui ne pouvait s'accomplir qu'avec ce personnage complexe. Dès lors le clown apparaît comme un miroir renvoyant au monstre l'image de ses contradictions, de sa folie. Lorsqu'il entre en scène dans son pyjama il se lance dans le monologue de Richard, cette description de son cauchemar. Lorsqu'il a terminé il a perdu sa jambe. Comme s'il était tombé au sein du songe, au milieu de la multitude de fantômes qui errent dans le cerveau perturbé du prince et endossait le costume de l'être difforme en entrant dans son moi tout aussi complexe.

Face à lui une comédienne qui s'empare de tous les autres rôles de la tragi-comédie. Emportée dans un manège qui s’accélère jusqu'à la rupture elle se métamorphose en quelques secondes, se faisant femme fragile ou miroir féminin du clown-monstre. Elle confronte RICHARD à ses doubles. Elodie BORDAS s'empare avec force et énergie de cette cohorte de personnalités. Là ou le rôle-titre écrase généralement les autres par la puissance du caractère et de son interprète Elodie BORDAS fait jeu égal avec Jean Lambert-wild. La marque aussi de Lorenzo MALAGUERA à la direction d'acteur (déjà aux manettes du Godot).

L'ensemble de cette création est éblouissant. Un travail d'équipe dans lequel il n'est pas un détail qui n'ai été travaillé avec précision. Du travail d'orfèvre, à l'image de cette armure de céramique, conçue par Stéphane BLANQUET (qui est également le concepteur des décors) et confectionnée par Christian COUTY, créateur céramiste limougeaud qui l'a réalisée dans les ateliers de la manufacture La Fabrique. Ou de l'ambiance musicale. La composition de Jean-Luc THERMINARIAS enveloppe le spectacle dans cette atmosphère étrange du rêve. Le tout se terminant dans un final d'une très grande beauté qu'il vous faudra découvrir sur place.

En bref : Un grand RICHARD III dans un univers clownesque qui donne à voir une version plus introspective de la personnalité du roi-monstre. Une création qui fourmille de créativité. Jean Lambert-wild et Elodie BORDAS rivalisent de force et de subtilité pour une interprétation magistrale dans un décor éblouissant.

Pour en savoir plus : Chaque vendredi et jusqu'à la fin de la tournée vous pouvez suivre le journal de bord de la création et entrer dans les coulisses de cette aventure théâtrale : Récits en photo et en vidéos sur le site de France 3 Limousin : http://france3-regions.blog.francetvinfo.fr/richard-3-loyaulte-me-lie/ 

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
C'était à La Ferme du Buisson 
dans le cadre du Festival PULP
les 9 et 10 avril 2016


Ce sera en tournée en France, Belgique et Suisse en 2016 et 2017 et notamment :

24 au 26 mai 2016 - L'Apostrophe - Cergy Pontoise
3 novembre - 4 décembre 2016 - L'Aquarium à Paris / Vincennes
et en 2016/2017 à Dijon, Brive, Chelles, Rochefort, Vesoul, en Martinique et autres dates à venir sur le site du Théâtre de l'Union



Crédit photo @Tristan Jeanne-valès

dimanche 17 avril 2016

LE CRIME DE L'ORPHELINE

DU NOIR ET BLANC AU ROUGE SANG : DE SURPRISES EN FOU RIRE
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NE PAS SE FIER AUX APPARENCES

J'aime quand le théâtre me réserve de si bonnes surprises. En toute honnêteté si les Théâtres Parisiens Associés ne m'avaient pas proposé de les accompagner pour un livetweet du spectacle LE CRIME DE L'ORPHELINE je crois bien que je ne serai pas retournée avant longtemps dans ce très beau théâtre du Ranelagh lieu qui pour moi restera à jamais associé à GILDA et à Rita HAYWORTH.

Mais je m'égare. C'est une petite pépite que je découvrais ce soir-là. L'histoire est simple. C'est celle de Joséphine pauvre Causette adoptée par une mystérieuse dame un peu revêche. Joséphine, telle Colombine, aime Alfred, son Pierrot. Mais sa mère adoptive et protectrice la destine à Rodolphe, l'obséquieux, vaniteux et violent fiancé. Les éléments du drame sont en place. On sait comment ça va finir avant même d'avoir commencé. Cette histoire est cousue de fils blancs. Et bien non !

ENTRE TIM BURTON ET BUSTER KEATON

Dans le très étrange décor de Casilda DESAZARS, rappelant l'univers de Tim BURTON, la troisième dimension tente de perturber les codes. Le pianiste (Philippe BROCARD) installé en contrebas de la scène restitue l'ambiance des films muets. Du grand-guignol en noir et blanc, et une fleur pour une touche de couleur. Une fleur et de l'hémoglobine. N'oublions pas que nous sommes dans une parodie de grand-guignol. Pourtant, dans cette atmosphère où devrait régner le macabre et la tension, deux clowns mélomanes vont s'en donner à cœur joie. Mimes dans les scènes de récit il laisse éclater tout leur talent de chanteur dans des envolées lyriques.

La mise en scène orchestrée par Philippe LELIEVRE et Marcela MAKAROVA reprend avec une parfaite maîtrise les codes de ce cinéma d'avant le parlant. Les scènes de film sont criantes de vérité. Florence ANDRIEU et Flannan OBE restituent les mimiques et la gestuelle de ce cinéma qui faisait les délices de nos grands-parents (ou arrières-grands-parents). Ils passent avec aisance de cette ambiance à celle du cirque, notamment lors d'un entracte extrêmement réjouissant, ou celle de l'opéra comique. Ils sont la grande force de ce spectacle surprenant à ne surtout pas prendre au premier degré. Les deux comédiens (et l'Arlésienne Jeannette SALVADOR) prennent un grand plaisir à jouer cette bluette et ces gags simples, leur donnant une nouvelle jeunesse en enchaînant les scènes avec générosité et enthousiasme. Cette histoire d'orpheline n'est finalement que le prétexte à rendre hommage à l'art du mime, du cinéma muet, et du grand-guignol. Le tout constituant un ensemble surprenant, un peu hétéroclite, sur lequel se construit une magie indéfinissable, un moment qui fait du bien.


RETROUVEZ LES DÉLICES DU CINÉMA MUET

Alors laissez tomber vos préjugés. Ne vous arrêtez pas au pitch un peu sommaire et franchissez la porte du Théâtre du Ranelagh pour vous laisser surprendre par ce spectacle atypique, dans lequel rien ne se passe comme on l'imaginait. Vous en raconter plus serait vous en gâcher la saveur de la découverte.

Si le spectacle démarre dans l'esprit du grand-guignol il sort vite de ce cadre pour rendre un magnifique hommage au cinéma muet tout en y entremêlant une comédie musicale comme on n'est voit jamais. Chaque genre est maîtrisé et la qualité du travail artistique et humoristique se révèle à chaque instant et dans chaque élément, du jeu au décor, du texte aux costumes, des chants aux mimes, le tout vous réservant des grands éclats de rire.  

En bref : Un bel hommage aux cinéma de Méliès et de Buster Keaton, avec une pointe de Jean-Louis BARRAULT dans les Enfants du Paradis. Un de ces spectacles qui font du bien, qui font oublier pendant 1h20 les soucis du quotidien et la fatigue de la journée, et dont vous sortez la joie au cœur. Riche, drôle, énergique : une réussite

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
5 Rue des Vignes75016 PARIS

Du 1er avril (oui, c'est une farce) au 18 juin 2016
Du mardi au samedi à 20h30 - matinée le dimanche à 17h

Et pour vos réservations deux pistes : le site des Théâtres Parisiens Associés (et ses offres régulières) ou directement sur le site du Ranelagh.

lundi 26 janvier 2015

FRAGMENTS

SAVOUREUSE ÉCHAPPÉE AU PAYS DE BECKETT

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65 MN DE BONHEUR

C’est une soirée de pur bonheur théâtral, que nous ont offert Peter BROOK et les Bouffes du Nord. Une soirée qui permet au spectateur de toucher de près ce qui fait l'essence même du théâtre. Un spectacle d'une pureté rare, où l’on rit beaucoup et qui nous émeut. Un grand moment de théâtre trop court, mais qui remplit de joie et vous laisse au sortir de la salle avec le sentiment d'avoir vécu quelque chose d'unique et de fort. FRAGMENTS est la reprise d'un spectacle créé en 2006 dans ce même théâtre par Peter BROOK et Marie-Hélène ESTIENNE d'abord en français avant de le reprendre en anglais en 2007. Mais pour les deux metteurs en scène "on ne reprend jamais un spectacle - on le "refait" et c'est un nouveau "FRAGMENTS" qui voit le jour" en 2014.

Sans avoir l'avoir vu lors de sa création on comprend rapidement que l'équipe ait envie d'y revenir. C'est un joyau qui nous est offert. 5 fragments de l'oeuvre de BECKETT. De quoi donner une autre image du dramaturge que l'on voit souvent sous un angle austère en oubliant tout l'humour de ses textes.

5 PÉPITES

Présentés en anglais surtitré en français (en français le week-end) ces 5 textes ou plutôt ces 5 scènes permettent de se plonger avec délice dans l'univers drôle et absurde de l'auteur. "Rought for theatre I" met en scène deux hommes de la rue, 2 laissés pour compte, l'un unijambiste l'autre aveugle. Pourront-ils unir leur infirmité pour s'aider l'un l'autre ? D'entrée de jeu le ton est donnée. Ces deux-là portent en eux l'expression du pessimisme de l'auteur dans le genre humain et l'expriment avec ce que cette rencontre porte en elle d'absurde et de sensibilité.

Suit un extraordinaire moment, un de ceux qui sont inoubliables, quand Katrhyn HUNTER entame "ROCKABY". Sa voix grave et éraillée égrène le texte répétitif, berceuse pour une âme qui s'en va. Tandis que le récit de cette femme se déroule comme une litanie d'une extrême musicalité, la formidable comédienne transmet par ses mimiques et sa gestuelle tout une gamme d'émotions. Un moment d'une beauté rare et indescriptible, d'une exigence technique de très haut niveau et d'une immense intensité émotionnelle.

"Act without words" nous offre un magnifique numéro de clowns entre un Jos HOUBEN gauche, malchanceux, comme une résurrection de Stan LAUREL, face à Marcello MAGNI irrésistible contre-poids qui nage dans l'optimisme. Leur numéro racontant dans une scène sans texte la journée de deux clochards est encore un grand moment.

"Neither" apparait comme une parenthèse tenue à nouveau par Kathryn HUNTER. Comme un prologue au bouquet final réunissant les trois comédiens dans "COME AND GO" (va et vient), où trois vieilles dames se remémorent le temps passé tout en médisant sur l'absente dès que l'une d'elle s'écarte du groupe.

Des textes qu'il ne faut pas détailler plus de peur de gâcher le plaisir de les découvrir. Des textes qui parlent de la vérité que cherchait BECKETT en observant les gens et qui sont autant de tranches de vie extraites de l'absurdité du quotidien. Un festival en 5 étapes que l'on quitte à regret, le sourire béat sur le visage, en en demandant "More". S'il vous plait, M. BROOK, Mme HUNTER, M. HOUBEN, M. MAGNI, racontez-nous encore des histoires de M. BECKETT.

Et comme je n'ai pas tous les mots pour le décrire, je reprends un extrait de ce que Alain BADIOU écrit dans un essai sur BECKETT, lorsqu'il parle de "tradition carnavalesque" :

"Il faut jouer BECKETT dans la plus intense drôlerie, dans la variété constante des types théâtraux hérités, et c'est alors seulement qu'on voir surgir ce qui de fait est la vraie destination du comique : non pas un symbole, non pas une métaphysique déguisée, encore moins une dérision, mais un amour puissant pour l'obstination humaine, pour l'increvable désir, pour l'humanité réduite à sa malignité et à son entêtement."

Pour en savoir plus :
Jos HOUBEN et Marcello MAGNI sont à nouveau à l'affiche des Bouffes du Nord du 29 janvier 2015 au 14 février 2015 dans "MARCEL", un spectacle né de leur désir "de retrouver le silence et le jeu du corps" de leurs début avec Théâtre de Complicité : une célébration de l'univers burlesque.

Jos HOUBEN sera de retour au Théâtre du Rond Point du 2 au 28 juin 2015 avec son spectacle "L'art du rire".

En bref : Du théâtre dans ce qu'il a de plus pur. Un texte magnifié par trois comédiens au talent exceptionnel. Un très grand moment de théâtre à voir encore et encore.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
C'était aux BOUFFES DU NORD
37 Bis Boulevard de La Chapelle 75010 PARIS
Métro : La Chapelle / Gare du Nord

Du 6 au 24 janvier 2015
Du mardi au samedi à 20h30
Matinées les samedi 17 et 24 janvier à 15h30.

Crédit photos @Päscal Victor / Agence Max PPP

Vu le 21 janvier 2015

dimanche 9 mars 2014

LES CHAISES ?

DEUX FORMIDABLES CLOWNS DANS HUIS CLOS BURLESQUE ET POÉTIQUE

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IL ÉTAIT UNE FOIS UN VIEUX COUPLE SOLITAIRE

Deux vieux, âgés de 94 et 95 ans, vivent isolés dans une maison située sur une ile battue par les flots. Pour égayer leur solitude et leur amour désuet ils remâchent inlassablement les mêmes histoires. Mais le vieil homme, auteur et penseur, détient un message universel qu'il souhaite délivrer à l'humanité. Il a donc convoqué un grand nombre d'invités et un orateur est censé transmettre sa pensée. Les invités invisibles arrivent. La scène se peuple de ces fantômes qui lient puis séparent le couple dans son incapacité à communiquer.
(source : La Nacelle - Aubergenville)

UNE VERSION CHORÉGRAPHIQUE CONTEMPORAINE

Transposer le texte d'Eugène IONESCO dans l'univers de la danse contemporaine et du hip-hop, le pari était osé. Il est relevé avec brio par Blandine LAIGNEL et Alexis OCHIN dans cette chorégraphie créée par Marie-Claude PIETRAGALLA et Julien DEROUAULT, les fondateurs du Théâtre du Corps. A la fois danseurs, comédiens et clowns ils nous offrent des moments magiques pleins d'humour, de tendresse et d'émotion.


Tout l'univers absurde est retranscrit brillamment dans une mise en mise en scène sobre. Accompagnés au piano par Yannaël QUENEL, ce fabuleux couple de clown donne vie à deux personnages attachants. On partage avec émotion, curiosité et émerveillement leur complicité, leurs chamailleries, leurs souvenirs, leur regrets, leur attente. Le burlesque du clown, notamment au travers du masque, renforce le tragique du vide et de l'incommunicabilité, à l'image de ces chaises qui restent vides, peuplées de ces fantômes fruits de l'imagination des vieux amants. L'ambiance musicale moderne qui les accompagne s'accorde des détours dans le passé pour rendre hommage à Maurice CHEVALIER ou à Charlie CHAPLIN.



UN COUPLE DE DANSEURS-CLOWN FABULEUX

Alexis OCHIN est éblouissant. La scène de l'arrivée de la Belle et de son mari est un grandiose et hilarant moment de clown. Blandine LAIGNEL est magnifique dans ses expressions. Les deux danseurs rivalisent de maîtrise technique dans leurs duos et leurs solos. Lorsqu'ils jouent les marionnettistes l'émotion est palpable et le public est saisi.

Conçu pour le jeune public cette version des Chaises séduit tous les publics.

En bref : un éblouissant spectacle de danse et de clown qui permet d'aborder l'univers absurde de IONESCO. 


POUR EN SAVOIR PLUS
Le spectacle existe en version jeune public, d'une durée de 50 mn ou tout public d'une durée d'1h10.
La Compagnie présentera du 12 au 22 mars 2014 au Grand Rex à Paris son spectacle M&Mme Rêve.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
C'était à La Nacelle (Aubergenville) le 7 mars 2014.



Théâtre LE CHIEN QUI FUME
75 Rue des Teinturiers
Les jours pairs - en alternance avec "ETRE OU PARAITRE" (les jours impairs)
Du 5 au 27 juillet 2014

(Mise à jour du 11/06/14)


Toutes les dates de tournée sur le site de la Compagnie Pietragalla-Derouault en cliquant ICI



CHALLENGE THÉÂTRE 2014

samedi 23 novembre 2013

ALEGRIA - LE CIRQUE DU SOLEIL

DEUX HEURES DE FEERIE

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(photo : cirque du soleil)

UNE HISTOIRE DE PASSATION DE POUVOIR

"Alegría, c'est une émotion, un état d'esprit. Les leviers d'inspiration du spectacle, dont le nom veut dire « allégresse » en espagnol, sont nombreux. Le pouvoir et la mutation du pouvoir au cours des âges, le passage des monarchies anciennes aux démocraties contemporaines ainsi que la vieillesse et la jeunesse tissent la toile de fond sur laquelle les personnages d'Alegría évoluent. Cet univers est habité par des fous du roi, des ménestrels, des gueux, des vieux aristocrates, des enfants ainsi que des clowns, seuls personnages capables de résister aux changements d'époques et aux transformations sociales qui en découlent."

RECONCILIATION


Apres la déception ressentie lors du "Michael Jackson Immortal World Tour" (lire ici) il était indispensable de voir un autre show du Grand Cirque du Soleil. Avant que "KOOZA" ne soit annoncé pour la fin de l'année sur l’île Seguin, j'avais réservé des places pour "ALEGRIA" au Zénith de Lille. L'occasion de passer un weekend dans cette belle ville du nord.


Et me voila réconciliée avec la célèbre troupe canadienne. Si l'histoire de ce royaume en fin de règne où les jeunes prennent la relève de la vieille garde n'est pas parfaitement lisible pour qui n'a pas lu le programme avant le début, toute la magie du Cirque du Soleil est là, et c'est l'essentiel. La scène en forme de diamant baigne dans des lumières chatoyantes tandis que les miroirs sans glace ne font plus la différence entre passé et futur.



FÉERIE EN MUSIQUE


Le cirque contemporain ou cirque moderne, par opposition au cirque traditionnel, a notamment pour particularité l'absence d'animaux dans un spectacle complet qui ne se contente pas de juxtaposer les numéros mais les met en scène dans une logique dramaturgique et en présence de musiciens. Les numéros s'inscrivent dans un ensemble et non plus comme la mise en avant d'un artiste en particulier. Cette vision moderne a été développée en France par les troupes telles le Cirque Plume ou le cirque Archaos, et dans le monde par le plus emblématique de tous Le Cirque du Soleil.


ALEGRIA s'ouvre donc sur l'entrée des musiciens, guidés par Fleur, sorte de Monsieur Loyal, être dangereux qui se croit roi et qui nous guide dans ce royaume en transition. La création d'une ambiance musicale propre à chaque spectacle est bien une des caractéristiques du Cirque du Soleil. Celle d'Alegria est particulièrement belle. Elle rythme tout le spectacle, agrémentée par la magnifique voix limpide de la chanteuse en blanc (je n'ai pas trouvé son nom et ne peux donc pas la citer dans cet article), en opposition avec la chanteuse en noir, son double à l'âme troublée. Longtemps sa voix résonnera à notre oreille après le spectacle.





(photo : Cirque du Soleil)



Puis les numéros s’enchaînent, tous aussi virtuoses. Le premier est le duo d'amoureux sur les balançoires (trapèze synchronisé). On frémit lorsqu'ils se balancent si haut, se lançant avec souplesse et légèreté dans leurs exercices de voltige. 

Suit le Fast Track (devenu Power Track), numéro de tumbling très rapide sur deux trampolines en forme de X. La précision de la chorégraphie et la maîtrise technique des artistes me laisse sans voix à chaque fois. C'est de tous mon numéro préféré. Il y a un mélange d'énergie et de poésie, de rythme et de légèreté, un semblant de facilité résultat de tant d'heures de travail.

(photo : Cirque du Soleil)

La danse du feu est l'occasion d'une époustouflante démonstration de dextérité dans la tradition des danses polynésiennes. Puis le numéro manipulation de ruban et de cerceau est présenté par une jeune femme longiligne d'une souplesse incroyable. Sa grâce et son agilité à faire tourner les cerceaux autour de son corps par de petits mouvements rendent compte de la complexité de dissocier les différentes parties du corps. Impressionnant. Tout aussi étonnant le numéro de roue. La première partie s'achève sur un numéro empruntée au célèbre clown Slava : la tempête de neige.(voir mon article ici).

La deuxième partie est passée comme dans un rêve. Apres le bal c'est l'homme volant. Un numéro que je trouve très ingrat car le moins spectaculaire de tous. J'ai du mal a appréhender toute la difficulté technique de ce numéro de force.

Puis deux contorsionnistes s'emparent de la scène pour un numéro hallucinant. les torsions des corps sont tellement irréelles que l'on a du mal en en croire nos yeux. Les anges s'emparent de l'espace pour un numéro de barre russe qui met en vedette les acrobates et la force des porteurs. Encore un moment intense qui en appelle un autre : le trapèze. Mais nous sommes au cirque du soleil c'est donc une présentation originale de cet exercice classique de cirque, ou une dizaine de voltigeurs nous coupent le souffle par leur audacieux sauts, saltos, pirouettes et jetés au plus haut non du chapiteau mais du plafond de la salle du Zenith.

File:Cirque du Soleil Istanbul 2012 Alegria 1190979 nevit.jpg
Image: © Nevit Dilmen found at Wikimedia commons

Le lien entre les différentes séquences est assuré par les apparitions de Fleur et des vieux oiseaux, mais aussi et surtout par l'intervention des deux clowns qui font aussi le lien entre le vieux régime et les jeunes, entre le pouvoir déclinant et la jeunesse fringante. Chaque histoire qu'ils nous racontent est un grand numéro de clown, rempli de gags, de poésie, imprégné de l'esprit de l'enfant. Ils sont d'une tendresse et d'une drôlerie rares. Chacune de leurs interventions est source de rires, d'émotion. Ils captivent l'attention des petits et des grands.

La qualité du travail du Cirque du Soleil n'est plus à démontrer. Je suis toujours aussi impressionnée par la recherche de la précision et de la perfection dans le moindre détail, dans la mise en lumière, la féerie des costumes, les gestes de tous ceux qui sont sur scène, qu'ils soient acteur principal ou figurant. (Voir le reportage que consacre TF1 le dimanche 24 novembre dans son émission "Reportage", filmé sur la tournée de CORTEO).

Et déjà l'orchestre se reforme devant nous et s'élève le dernier chant d'ALEGRIA. Il est temps pour nous de dire au revoir à ce royaume enchanteur qui nous a porté sur ses ailes le temps d'un spectacle et que nous allons emporter avec nous, sans nos souvenirs, rêvant déjà avec impatience du prochain spectacle du Cirque du Soleil....KOOZA, à s'offrir en cadeau pour les fêtes de fin d'année.


En bref : Le Grand Cirque du Soleil dans toute sa magie et sa poésie. Un spectacle emblématique de la troupe baigné par la voix ensorcelante de la chanteuse en blanc. Un grand moment de cirque moderne.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?


ALEGRIA
A Bordeaux du 20 au 24 novembre 2013
puis en tournée en Espagne et en Belgique
toutes les dates en cliquant ICI

KOOZA
Chapiteau de l'Ile Seguin du 22 Novembre 2013 au 19 janvier 2014
Toutes les dates en cliquant ICI




Vu le 16 novembre 2013 au Zénith de Lille



mardi 2 juillet 2013

CLOWNYWOOD

UNE BELLE PROMENADE DANS LE 7EME ART




Les "Clowns Rient" nous ont offert ce dimanche après-midi une belle incursion dans le 7ème art. Lorsque le clown Rosie attire sur l'écran les clowns Balada et Calodi, elle se retrouve projetée dans la salle. Balada et Calodi sont alors ballottés  de film culte en film culte, au gré des désirs de Rosie et de sa télécommande.



Les jongleurs nous emportent dans l'univers de Charlot avant que n'arrivent les inénarrables Yupito et Arthrose, duo de clown grandiose qui revient comme autant de fils rouges perturber les facéties de leurs compères (Dit Balada, tu me prêteras ta bouée canard ?).



Le spectacle fait la part belle aux clowns. Mais les autres numéros de cirque ne sont pas pour autant oubliés (même si j'avoue que j'en aurai peut-être apprécié deux ou trois de plus...quand on aime, on ne compte pas !). 



Je retiens notamment le rappel de Tron, numéro de jonglerie en lumière noire, les vélos qui ont revisité The Mask, un très beau numéro de magicien sur l'Illusioniste et Arthrose magnifique Superman.



Bref, un show d'amateur mais d'une qualité très professionnelle, et un spectacle qui me fait regretter de m'être mise en retrait cette année et d'être restée simple spectatrice.



Bravo à tous les membres des Clowns Rient, sans oublier Elo aux décors, costumes et maquillage, et rendez-vous en septembre pour leurs 10 ans et le festival Clownival.


mercredi 7 novembre 2012

SLAVA'S SNOW SHOW

UN CLOWN PHÉNOMÉNAL

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UN SUCCES MONDIAL

Depuis 18 ans, de Hong Kong à Sydney en passant par New York et de nouveau à Paris et en tournée en France, le clown russe Slava et sa troupe emportent les publics du monde entier dans leur univers magique et féerique. Chaque scène est un tableau merveilleux où s'active une dizaine de clowns verts au chapeau en forme d'hélice autour de la combinaison jaune de Slava.

UN SHOW D'UNE RARE BEAUTÉ

Bulles de savon, tempête de neige, gigantesque toile d'araignée, ballons géants : un univers poétique qui nous rappelle qu'il n'est pas d'âge pour rêver et qu'en chacun de nous sommeille une âme d'enfant. Petits et grands s'émerveillent devant la magie qui se déroule sous nos yeux et l'on souhaite que cela ne s'arrête jamais. La devise de Slava n'est-elle pas "Moi, enfant toujours".

L'ART DU CLOWN

Slava réssuscite l'art du clown dans toute sa finesse, sa douceur, se naïveté, loin de l'image du clown de cirque qui a tendance à faire peur aux enfants. Ici tout est magique : les décors, la gestuelle, les costumes, les histoires qui nous est racontée par chaque numéro, la spontanéité et la place laissée à l'improvisation tout en respectant et en magnifiant la tradition du clown de théâtre. Toutes les techniques clownesques sont là. On se laisse porter par l'ambiance musicale (Vangelis, Paolo Conte, Jorge Ben, Carl Orff, Beethoven, etc). Même si la deuxième partie manque un peu de cohérence à mon sens, cette soirée était plus qu'un show, c'était une expérience exceptionnelle.

Je l'avais raté l'année dernière. Je suis heureuse d'avoir réussi à avoir des places cette année et d'avoir partagé ce moment avec mes deux A. qui se reconnaîtront.


En Bref : courrez voir le Slava's Snowshow et laissez sortir l'enfant qui sommeille en vous.

Pour en savoir plus :
En tournée en France jusqu'à fin décembre (Blagnac, Roubaix, Dammary les Lys).
Nouvelles dates en France en 2014 :
Au Trianon - du 2 décembre 2014 au 5 janvier 2015



Vu le 6 Octobre 2012 au Casino de Paris