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vendredi 11 juin 2021

LA MENAGERIE DE VERRE - Odéon théâtre de l'Europe

 MEMOIRE TROUBLE

Pour sa réouverture le théâtre de l'Odéon reprend un spectacle interrompu par le second confinement. Ivo Van Hove s'empare du texte de Tenessee Williams, "La ménagerie de verre" et dirige Isabelle Huppert entourée d'un très beau trio.

En ce soir de dernière (et de couvre-feu décalé à 23h) le public est heureux de retrouver le chemin du théâtre avant de profiter de la restauration sur le parvis après le spectacle. Isabelle Huppert quant à elle nous a fait le cadeau d'une belle interprétation. C'est ce que j'aime notamment chez Ivo Van Hove : la qualité de sa direction d'acteur. Dans cette "Ménagerie de verre" qui donne à voir l'enfermement de cette famille par le prisme de la mémoire trouble du fils Tom, chacun des trois comédiens est parfaitement à sa place. A commencer par Isabelle Huppert qui est Amanda, la mère, nostalgique du Sud de sa jeunesse, fière de ses enfants qu'elle étouffe néanmoins. Elle est malicieuse, espiègle, manipulatrice, colérique, cajoleuse : une pile électrique qui varie les expressions sur un rythme effréné. Une mère possessive et aimante, encourageante et castratrice, femme blessée par le départ de son mari, mère fragile et résiliente. 

Dans la mémoire de Tom, le narrateur, il y a trois personnages autour de cette mère instable, à commencer par lui. Entre colère et résignation, enfermé entre sa mère et sa soeur il n'a que deux modes d'évasion : son travail à l'entrepôt, qui lui permet de faire vivre le trio, et le cinéma où il prétend se rendre tous les soirs. Antoine Reinartz est ce Tom protecteur de sa soeur Laura, et qui n'arrive pas à partir ni à affronter sa mère. Justine Bachelet est Laura, jeune femme fragile, maladivement timide, qui boite et est affreusement mal à l'aise où qu'elle soit, ne se sentant utile et rassurée que lorsqu'elle s'occupe de ses animaux de verre, ménagirie tout aussi fragile qu'elle. Silhouette fine, au jeu très animal, elle est d'une présence souvent silencieuse, qui trouve sa force dans la bienveillance des autres, celle de Tom mais aussi celle de Jim. Ce dernier est le prétendant qu'espère Amanda pour sa fille, et celui que Laura admire depuis le lycée. Cyril Guel tient avec justesse, aisance et brio ce jeune homme sûr de lui, bienveillant et encourageant, inspirant confiance et sur l'épaule duquel Laura aimerait poser son épaule. Il incarne la possibilité de l'ouverture sur un ailleurs heureux.

Mais la fuite est impossible. Le magnifique décor, la scénographie et la lumière de Jan Versweyveld représentent l'enfermement psychique du trio familial. Pas de sortie possible hormis un petit escalier coincé entre deux murs, qui monte vers la rue, la liberté, le monde. Dans ce rectangle en sous-sol, où la cuisine occupe une place imposante, les couleurs chaudes des peintures murales (images floues du père qui les a abandonnés) et de la moquette, ces tons à dominante marron, d'une texture soyeuse, donnent une illusion trompeuse d'une chaleur humaine. Dans ce cadre enfermant, la mise en lumière magnifie le texte et le jeu des comédiens, comme dans la scène entre Laura et Jim où on se sent au chaud et en sécurité comme dans une grotte, aussi exigüe soit-elle. 

En bref : La magie Van hove opére encore une fois. Dans une mise en scène qui met l'accent sur l'enfermement psychique du trio familial, il démontre une fois de plus la qualité de sa direction d'acteur, dans une scénographie et une lumière d'une grande subtilité.

La ménagerie de verre, de Tennessee Willams, mise en scène Ivo Van Hove, avec Isabelle Huppert, Justine Bachelet, Cyril Guei, Antoine Reinartz, scénographie et lumière Jan Versweyveld, costumes An D'Huys, son et musique Georges Dhauw

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

C'était à L'Odéon, Théâtre de l'Europe
Place de l'Odéon 75006 Paris
Reprise du 19 mai au 9 juin 2021


Crédit photo @Jan Versweyveld

dimanche 26 mai 2019

LES DAMNES - Comédie Française - Le regard de Corinne

Lutte de pouvoir


Le regard de Corinne

Dans le silence de la salle Richelieu, une sirène, placée à l'avant de la scène, au centre, retentit faisant sursauter le public, surpris. Son cri strident annonce la célébration d'une mort. Ce sifflement aigu rappelle celui d'un train, celui des trains de la mort. Tout au long de la soirée cette sirène rythmera chacun des décès au sein de la famille Von Essenbeck.

La machination infernale en ordre de marche...
L'histoire est inspirée de celle de la famille Krupp, propriétaire d’aciéries dans la Ruhr. Pour célébrer l'anniversaire du patriarche Joachim Von Essenbeck (Didier Sandre), la famillese réunit. L'annonce, pendant le repas, de l'incendie du Reichtag le pousse à se déclarer en faveur du rapprochement du régime nazi. Il pressent que face à celui-ci la neutralité ne sera pas possible. Il prend cette décision dans l'intérêt de la famille. A partir de cet instant, les événements s'enchaînent et la lutte pour le pouvoir sera féroce et meurtrière, comme par mimétisme à la montée et à l'affirmation de l'idéologie nazie. 

Friedrich Bruckmann (Guillaume Gallienne) et sa maîtresse, Sphie Von Essenbeck (Elsa Lepoivre), proches des SS et avides de pouvoir, complotent pour récupérer la direction des aciéries. Friedrich tue le baron et fait accuser Herbert Thgallman, neveu de Joachim (Loïc Corbery), fermement opposé au régime nazi. La famille sombre alors progressivement dans la sauvagerie, la barbarie, jusqu'à sa quasi élimination.

Ivo van Hove adapte pour  la première fois en 2016 au  Festival d'Avignon, puis à  la Comédie Française, le scénario du  film culte de Luchino Visconti "Les Damnés". Sa  mise  en scène est brute comme pour ne pas nous influencer dans notre perception du climat de cette époque. Il nous donne l'opportunité de saisir l'ambiance qui régnait en Allemagne en février 1933, au moment de l'accession au pouvoir d'Hitler. L'usage qu'il fait de la vidéo (projection d'images d'archives mais aussi diffusion en direct du jeu des comédiens sur scène) donne corps à cette sensation de basculement dans l'arbitraire et la décadence. Les bouleversements, tant de la société que des individus, se déroulent là, sous nos yeux, grâce à ce média.

Un texte fort et exigeant...
Pour transcrire cette ambiance lourde, pesante et décadente qui règne dans cette famille, il fallait des comédiens capables d'aller loin dans leur interprétation. La violence et la folie, maîtresses chez les Von Essenbeck, sont ainsi magistralement interprétées par une Denis Podalydès (baron Konstantin Von Essenbeck) et son acolyte de beuverie des SA, au point de finir nus sur scène dans des postures pas toujours avantageuses, ou encore par Christophe Montenez (Martin Von Essenbeck) qui, de victime manipulée fini par être le bourreau de sa mère et de son amant. Elsa Lepoivre et Guillaume Gallienne quant à eux incarnent avec beaucoup de réalisme l'avidité et le machiavélisme.

En bref, le public sort de ce spectacle sans pouvoir dire s'il l'a aimé ou pas. Par contre il est sûr que celui-ci est déroutant, dérangeant, et que c'est précisément l'effet recherché par son metteur en scène.

Les Damnés, d'après Luchino Visconti, mise en scène Ivo van Hove, avec Elsa Lepoivre, Adeline d'Hermy, Anna Carvinka, Sylvia Bergé, Didier Sandre, Denis Podalydès, Guillaume Gallienne, Loïc Corbery, Eric Génovèse, Christophe Montenez, Clèment Hervieu-Léger, Alexandre Pavloff, Pierre-Louis Calixte, Sébastien Pouderoux



C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française
Place Colette - 75001 Paris
Du 20 mars au 2 juin 2019

lundi 2 juillet 2018

TRAGÉDIES ROMAINES - Théâtre National de Chaillot

BREAKING NEWS DANS LA ROME ANTIQUE
*****


Ceux qui comme moi n'ont pas vu le spectacle lors de sa création il y a 10 ans et qui depuis sont tombés amoureux-amoureuses du théâtre d'Ivo van Hove, attendaient avec impatience cette fin de saison au Théâtre National de Chaillot pour découvrir ce triptyque.

Précurseures de "Kings of war" ces Tragédies romaines réunissent trois pièces de Shakespeare : Coriolan, Jules César et Antoine et Cléopâtre. Ivo van Hove a choisi de les présenter non pas leur ordre d'écriture mais dans le respect de la chronologie historique, pour une meilleure compréhension pour le spectateur.

Ce qui intéresse le metteur en scène néerlandais c'est, comme dans "Kings of war", la dialectique du pouvoir. Dans un dispositif scénique qui permet au public d'assister à la plus grande partie du spectacle depuis des canapés disposés sur scène, le temps de l'action politique se fond dans le quotidien de la plèbe ou du peuple. Ainsi lorsque Coriolan s'interroge sur la validité du poids politique de la plèbe ("Sont-ils dignes d'une voix ceux qui la donnent pour la retirer aussitôt?") le public en immersion vaque à ses occupations : il regarde la télé confortablement installé dans ces canapés design ou fait la queue au bar pour acheter son sandwich.

La quinzaine ou vingtaine d'écrans disposés sur scène, tournés en tous sens, diffusent les captations en directs des comédiens mais aussi des images d'actualité récentes : Donald Trump sur un dialogue de Coriolan, l'annonce de la mort de JFK par les journalistes de la télévision américaine pendant que se construit le complot autour de Brutus pour assassiner Jules César, un discours d'Hillary Clinton tandis que parle Cléopâtre. Un dispositif scénique qui renvoie à notre monde de communication, où les chaînes d'information s'animent au rythme des "breaking news", où seuls les événements exceptionnels (ou présentés comme tel) attirent l'attention du téléspectateur abreuvé d'information en tout genre. Des news, qu'elles soient rapports sur l'état des armées, conclusion des guerres ou annonce des morts, sont annoncées via un plateau du 20h ou par des textes défilant en rouge au bas des écrans pendant les changements de décor.

Ivo van Hove a choisi de ne pas montrer les scènes de guerre, remplacées par une musique live tonitruante à grand renfort de percussions et de timbales et un texte qui défile sur l'écran. Ce faisant il renforce son propos : les méandres de la politique. Pour autant via le dispositif et les costumes de notre époque, les empereurs qui tendent à se rapprocher des Dieux de l'Olympe, ou plutôt du Panthéon romain, sont ramenés à leur condition d'homme. Issus de la plèbe ils sont aussi imparfaits et parfois aussi simples que le commun des mortels aux destinés desquels ils président. Et lentement mais sûrement se dessine le chemin qui fera d'Octavius l'Empereur suprême. Dans une telle mise en scène comment ne pas faire le parallèle avec l'état du monde en 2018 ?

Ces Tragédies romaines c'est pour le spectateur le bonheur de retrouver la troupe du Toneelgroep Amsterdam. Comme il l'a fait avec la troupe de la Comédie Française pour "Les Damnées" Ivo van Hove sait pousser ses comédiens pour leur permettre de donner des prestations d'une rare intensité. S'il ne fallait en citer que trois je retiendrais Gijs Scholten van Aschat, impétueux, colérique Coriolan. Il transcende cette première tragédie. Hans Kesting irradie de tout son incroyable charisme, endossant la cuirasse fragile d'un Marc Antoine hypnotisé par les charmes de Cléopâtre. La tirade de l'hommage de Marc Antoine à la dépouille de son ami Jules César est l'un des grands moments du spectacle. Et enfin l'apothéose avec Chris Nietvelt, Cléopâtre femme libre, amoureuse jalouse et possessive, femme de passion. Son interprétation est sauvage, sensuelle, brûlante, passionnée, incandescente.

D'aucuns pourraient trouver répétitifs certains dispositifs que l'on a déjà pu voir dans d'autres spectacles d'Ivo van Hove. Mais c'est oublier que ces Tragédies romaines ont déjà dix ans et qu'elles portaient déjà en leur sein ce que le brillant metteur en scène batave allait produire ensuite. J'espère que j'aurai la chance de pouvoir assister à la création de son prochain spectacle, "Die Dinge de Voorbijgaan" dans quelques jours dans le cadre du Festival d'Avignon.

En bref : Créées il y a 10 ans ces "Tragédies Romaines" reviennent enfin en France. Précédent "Kings of War", "The Fontainhead", "Les Damnés" ou "Vu du pont" elles portent en elles les prémices du travail du génial Ivo van Hove. Portées par la magnifique troupe du Toneelgroep Amsterdam cette dissection de la vie politique donne une fois de plus aux mots de Shakespeare tout leur caractère intemporel.

Les tragédies romaines d'après William Shakespeare, mise en scène Ivo van hove, traduction Tom Kleijn, vidéo Tal Yarden, scénographie, lumières Jan Versweyveld, avec Hélène Devos, Fred Goessens, Janni Goslinga, Marieke Heebink, Robert de Hood, Hans Kesting, Hugo Koolschijn, Maria Kraakman, Chris Nietvelt, Frieda Pittoors, Gijs Scholten van Aschat, Harm Duco Schut, Bart Slegers, Eelco Smits (comédiens), Ruben cooman, Yves Goemaera, Hannes Nieuwlaet, Christiaan Saris (musiciens)


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre National de Chaillot
Place du Trocadéro - Paris
Du 29 juin au 5 juillet 2018
Durée : 5h45 - En néerlandais surtitré en français


Crédit photo @Jan Versweyveld

mardi 30 mai 2017

MOLIERES 2017 - Mes coups de coeur

MOLIÈRES 2017
LES CHOIX DU THÉÂTRE COTE CŒUR

Une nouvelle saison s'achève. L'heure du bilan marqué par la cérémonie des Molières qui s'est tenue le 29 mai 2017, avec ses imperfections, ses surprises, ses oubliés. Ainsi la dernière création du Théâtre du Soleil qui n'apparaît pas dans la liste pour cause de formulaire transmis hors délai. Pluie de nominations pour EDMOND, l'hommage d'Alexis Michalik au monde du théâtre qui affiche complet depuis septembre 2016, mais aussi pour LA GARÇONNIÈRE au succès bien plus confidentiel. C'est ça aussi les paradoxes des Molières.

Une année marquée par la qualité des spectacles programmés à la Comédie Française. Un cru d'exception qui se reflète dans les nominations et dans le palmares. Deuxième saison pour Eric Ruf à la tête de l'institution et une troupe qui semble n'avoir jamais été aussi prodigieuse.

Voici le palmarès de l'Académie des Molières en regard de mes choix parmi les nommés 2017 (article rédigé avant la proclamation du palmarés mais de publication tardive, victime des aléas de la technologie)

MOLIÈRE DU SPECTACLE DU THÉÂTRE PRIVE


C'est LE succès de l'année et la confirmation, si besoin était, de l'incroyable talent de conteur d'Alexis Michalik. Avec EDMOND il rend hommage au théâtre par le récit de la création de la plus emblématique des pièces du répertoire français : Cyrano de Bergerac. 


Autres nommés : Bigre (Tristan Bernard), La Garçonnière (Th. de Paris), Les femmes savantes (Th de la Porte Saint Martin)

Molière attribué à : EDMOND 

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MOLIÈRE DU SPECTACLE DU THÉÂTRE PUBLIC

LES DAMNES ont marqué le retour de la Comédie Française dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes. Ivo van Hove donne une adaptation choc du film de Visconti. Et une troupe en touts points remarquable. L’événement du Festival d'Avignon 2016 et du début de saison à Paris.

Autres nommés : Karamazov (TGP), La grenouille avait raison (Rond Point), Les enfants du silence (Comédie Française)

Molière attribué à : LES DAMNES

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MOLIÈRE DE LA COMÉDIE

Avec BIGRE Pierre Guillois a fait le pari d'un spectacle atypique. Pas tout à fait muet mais sans dialogue. Une histoire entre burlesque et absurde avec une touche de poésie et de folie. Deux heures de rire avec 3 comédiens magnifiques

Autres nommés : Edmond (Palais Royal), La Garçonnière (Théâtre de Paris), Silence on tourne (Théâtre Fontaine)

Molière attribué à : BIGRE

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MOLIÈRE DE LA CRÉATION VISUELLE

Spectaculaire par l'utilisation de la Cour d'Honneur (plus dans ce lieu magique que lors de la reprise dans la salle Richelieu), par la force de la vidéo, par la puissance de l'ensemble, mon choix va sans hésitation à LES DAMNES, mis en scène par Ivo Van Hove avec la troupe de la Comédie Française.

Autres nommés : Edmond (Palais Royal), La Garçonnière (Théâtre de Paris), La grenouille avait raison (Rond Point)

Molière attribué à : LES DAMNES

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MOLIÈRE DU SPECTACLE MUSICAL

Il manque dans cette liste 31, le succès surprise d'Avignon Off 2017. Mon choix va donc à OLIVER TWIST, le musical et la très belle adaptation française de Christopher Delarue. Une production de qualité qui n'a rien à envier à Broadway. Présenté à la Salle Gaveau.

Autre nommés : Ivo Livi ou le destin d'Yves Montant (Tristan Bernard et Gaîté Montparnasse), Les Sea Girls (pas de scène parisienne sur la période), Traviata (Bouffes du Nord)


Molière attribué à : IVO LIVI ou le Destin d'Yves Montant

Mes chroniques sur 31 et sur Oliver Twist

MOLIÈRE DE L'HUMOUR

Catégorie qui n'est pas ma tasse de thé et qui peine à se renouveler selon mon avis très personnel et assumé. J'ai été séduite par la tendresse, la simplicité, la délicatesse de Vincent DEDIENNE dans son premier seul en scène, S'IL SE PASSE QUELQUE CHOSE. Un ton nouveau dans le domaine de l'humour, que l'on retrouve dans ses chroniques radio et télé. Mais que ne me font pas oublier qu'il est aussi un comédien très sensible (Je marche dans la nuit par un chemin mauvais).

Autres nommés : Dany Boon dans Dany Boon des Hauts de France, François-Xavier Demaison, Gaspard Proust

Molière attribué à : Vincent DEDIENNE, S'IL SE PASSE QUELQUE CHOSE (notamment au théâtre de l'Atelier)

Ma chronique de S'IL SE PASSE QUELQUE CHOSE en cliquant ICI


MOLIÈRE DU SEUL(E) EN SCÈNE

Choix difficile entre deux spectacles. Malgré la belle prestation de Thomas Solivérès dans Venise n'est pas en Italie, c'est à RÉPARER LES VIVANTS que va mon vote. L'adaptation d'Emmanuel Noblet a pour moi su transmettre l'urgence de l'écriture de Maylis de Kerangal et l'intensité de l'émotion de cette histoire à la fois tragique et emplie d'espoir.

Autres nommés : L'asticot de Shakespeare (Clémence Massart), L'esprit de contradiction (Camille Chamoux), Venise n'est pas en Italie (Thomas Solivérès)

Molière attribués à : RÉPARER LES VIVANTS de Emmanuel Noblet

Ma chronique en cliquant ICI

MOLIÈRE DU COMÉDIEN DANS UN SPECTACLE DU THÉÂTRE PRIVE
Ces dernières années, à force de jouer des textes écrits pour lui, son jeu manquait de nuances. Dans LE CAS SNEIJDER Pierre Arditi prouve qu'il peut jouer toujours jouer autre chose que son personnage cabotin pour pièces de boulevard. Mis en scène par Didier Bezace, il est touchant dans ce rôle d'homme brisé (Théâtre de l'Atelier)

Autres nommés : Jean-Pierre BACRI (Les Femmes Savantes au Théâtre de la Porte Saint Martin), Jean-Pierre BOUVIER (excellent dans La version Browning au Poche Montparnasse), Guillaume de TONQUEDEC (La Garçonnière au Théâtre de Paris)



Molière attribué à : Jean-Pierre BACRI pour Les Femmes Savantes (reprise)


MOLIÈRE DU COMÉDIEN DANS UN SPECTACLE DU THÉÂTRE PUBLIC

C'est encore une fois LES DAMNES qui m'a le plus marque. Si tous les comédien-ne-s étaient d'une rare excellence, l'académie des Molières a nommé Denis PODALYDES. C'est à Christophe MONTENEZ qu'irait mon suffrage, pour son personnage torturé. Choix difficile dans une catégorie où l'on retrouve également Laurent Natrella, remarquable dans la reprise des Enfants du Silence.

Autres nommés : Patrick Catalifo pour Timon d'Athènes, Philippe Caubère pour Le Bac 68, Laurent Natrella pour L.es Enfants du Silence

Molière attribué à : Philippe Caubère pour Le Bac 68


MOLIÈRE DE LA COMÉDIENNE DANS UN SPECTACLE DU THÉÂTRE PRIVE

Rude concurrence pour des rôles forts. Béatrice AGENIN est une Reine de France implacable et protectrice des intérêts de son fils, le futur François Ier dans LA LOUVE. Une leçon d'histoire sous un angle à la fois classique et décalé.

Autres nommées : Catherine Arditi pour Ensemble, Clémentine Célarié pour Darius, Cristiana Réali pour M'man

Molière attribué à : Catherine Arditi pour Ensemble


MOLIÈRE DE LA COMÉDIENNE DANS UN SPECTACLE DU THÉÂTRE PUBLIC

Encore une catégorie qui souligne l'excellence de la troupe de la Comédie Française cette saison encore plus que par le passé. Difficile de choisir entre Elsa LEPOIVRE et Françoise GILLARD. C'est cette dernière que je retiens pour son rôle dans LES ENFANTS DU SILENCE, repris hors les murs au Théâtre Antoine. Une interprétation poignante.

Autres nommés : Romande Bohringer pour La Cantatrice Chauve, Isabelle Carré pour Honneur à notre élue, Elsa LEPOIVRE pour Les Damnés 

Molière attribué à : Elsa LEPOIVRE pour Les Damnés (mais vaut pour tous ses rôles de la saison)
MOLIÈRE DU COMÉDIEN DANS UN SECOND RÔLE

Parce que j'ai une admiration sans borner pour ce comédien, parce qu'il se détache des autres quel que soit le spectacle, pour l'ensemble de ses rôles cette année plus que seulement pour celui du patriarche dans Les Damnés, c'est à Didier SANDRE que va ma voix (en attendant de pouvoir la lui donner pour un rôle principal).

Autres nommés : Jean-Pierre Bordes pour Vient de paraître, Jacques Fontanel pour La Garçonnière, Pierre Forest pour Edmond, Gilles Privat pour Le Temps et la Chambre, Patrick Raynal pour La Louve

Molière attribué à : Pierre Forest pour Edmond

MOLIÈRE DE LA COMÉDIENNE DANS UN SECOND RÔLE

N'ayant vu qu'un seul des spectacle cités je ne pourrai me prononcer sur cette catégorie. J'ai néanmoins beaucoup apprécié la prestation de Florence Viala dans Le Petit Maître Corrigé à La Comédie Française mais c'est dans Vania qu'elle m'a plus marquée cette saison.

Nommés : Evelyne Buyle pour Les Femmes Savantes, Ludivine de Chastenet pour Politiquement correct, Anne Loiret pour Avant de s'envoler, Josiane Stoléru pour Bella Figura, Dominique Valadié pour Le Temps et la chambre, Florence Viala pour Le Petit Maître corrigé

Molière attribué à : Evelyne Buyle pour Les Femmes Savantes

MOLIÈRE DE LA RÉVÉLATION MASCULINE

Entré à la Comédie Française en Juillet 2014 Christophe MONTENEZ a explosé cette année. D'abord dans le rôle de Martin dans LES DAMNES mais aussi dans le Petit Maître Corrigé ou dans Comme une pierre qui roule (que j'espère voir avant la fin de la saison). Il domine pour moi la saison, malgré les très belles prestations de Guillaume SENTOU, fabuleux Edmond Rostand, et de Mathieu SAMPEUR mis en scène par Thomas Ostermeier.

Autres nommés : Fabio Marra dans Ensemble, Matthieu Sampeur dans La Mouette, Guillaume Sentou dans Edmond

Molière attribué à : Guillaume SENTOU dans rôle de Edmond Rostand au Théâtre du Palais Royal


MOLIÈRE DE LA RÉVÉLATION FÉMININE

Si Mélodie RICHARD est une mouette extraordinaire dans la mise en scène de Thomas Ostermeier, c'est Anna CERVINKA qui se détache pour moi. Pour Les Enfants du Silence mais surtout pour son rôle dans VANIA (d'après Oncle Vania) à la Comédie Française, mis en scène par Julie DELIQUET.

Autres nommés : Hélène Degy dans La Peur, Delphine Depardieu dans Le dernier baiser de Mozart, Mélodie Richard dans La Mouette

Molière attribué à : Anna CERVINKA pour Les Enfants du Silence (et Vania)


MOLIÈRE DE L'AUTEUR FRANCOPHONE VIVANT

J'aurai aimé voir la nouvelle création de Nasser Djemaï. en attendant une reprise de Vertiges, c'est sur Alexis MICHALIK que se porte ma voir. Avec EDMOND il rend un vibrant hommage au théâtre. Avec INTRA MUROS il revient à une écriture plus instinctive, dans un registre plus intime. Deux créations qui lui permettent de nous éblouie encore et encore avec son incroyable talent de conteur

Autres nommés : Nasser Djemaï pour Vertiges, Salomé Lelouch pour Politiquement correct, Marie Ndiaye pour Honneur à Notre Elue, Pierre Notte pour C'est Noël tant pis, Gérard Watkins pour Scènes de violences conjugales

Molière attribué à : Alexis MICHALIK pour Edmond


MOLIÈRE DU METTEUR EN SCÈNE D'UN SPECTACLE DU THÉÂTRE PRIVE


Parce qu'il m'est impossible de les départager c'est à Pierre GUILLOIS pour Bigre et à Alexis MICHALIK pour Edmond (et Intra Muros), que va mon suffrage. Je me permets de tricher avec la règle de l'unique vainqueur, privilège de blogueuse.

Autres nommés : Catherine HIEGEL pour Les Femmes Savantes, José Paul pour La Garçonnière

Molière attribué à : Alexis Michalik pour Edmond



MOLIÈRE DU METTEUR EN SCÈNE D'UN SPECTACLE DU THÉÂTRE PUBLIC

L'avantage de cette distinction public / privé est de pouvoir récompenser deux talents. Là encore choix difficile, sans oublier ceux qui manquent dans cette sélection. C'est à Julien GOSSELIN qu'irai ma voix pour 2666, le fabuleux pari de mettre en scène l'énorme et complexe roman de Roberto Balaño. Un spectacle fleuve à la mise en scène variée, inventive et puissante.

Autres nommés : Jean Bellorini pour Karamozov, James Thierrée pour La grenouille avait raison, Ivo van Hove pour Les Damnés

Molière attribué à : James Thierrée pour La grenouille avait raison (Théâtre du Rond Point)


MOLIÈRE DU SPECTACLE JEUNE PUBLIC

Pas de choix de la part du Théâtre Côté Coeur pour cette catégorie, n'ayant vu aucun des spectacles nommés, qui sont : Dormir 100 ans / L'après-midi d'un foehn / Le Bossu de Notre Dame / Les fourberies de Scapin

Molière attribué à : Dormir 100 ans de Pauline BUREAU mis en scène par Pauline Bureau, Cie La Part des Anges 



Un Molière d'honneur a été remis à Isabelle HUPPERT, par Ivo van Hove.

En attendant que soient dévoilés la totalité des programmes de la saison prochaine, qui ne manqueront pas de nous apporter notre dose de rires, d'émotions, de surprises, de révélations, de rêves, n'oubliez pas

Pour que vive le spectacle vivant, allez au théâtre ! (et au cirque)

lundi 18 juillet 2016

LES DAMNES

BARBARE DANSE DE LA MORT
*****



UNE SI LONGUE ABSENCE

C'était l'un des spectacles les plus attendus de cette 70e édition du Festival d'Avignon, pour ne pas dire le plus attendu. Prenez un film italo-germanique mythique, l'un des meilleurs metteurs en scène du moment et la plus grande troupe de comédiens de France et vous obtenez un spectacle qui marquera l'histoire du Festival d'Avignon.


23 ans que la Comédie Française n'était pas revenue à Avignon.  Et ce retour est un mistral gagnant (celui-ci soufflait bien fort dans la cour en ce soir de dernière, faisant trembler robes et pantalons, renforçant la fragilité apparente ou cachée de certains personnages, l'instabilité des positions sociales ou psychiques, giflant les comédiens et le public renforçant les effets glaçant du récit et de la mise en scène).


LIBRE ADAPTATION DU CHEF D’ŒUVRE DE LUCHINO VISCONTI

C'est le dramaturge flamant Ivo van Hove, doublement récompensé par l'APCTMD  pour "Vue du pont" à l'Odéon et "Kings of War" à Chaillot et primé dans plusieurs pays pour ses mises en scène percutantes, parfois dérangeantes, qui ne laissent personne insensible, qui a choisi d'adapter ce scénario. 

S'il s'agit d'une libre adaptation du scénario des DAMNES, le film de Luchino VISCONTI apparu sur les écrans en 1969, la trame reste fidèle. Nous suivons sur quelques mois le destin des Essenbeck, famille bourgeoise allemande, maîtres de la sidérurgie, au moment de la montée du nazisme. Le patriarche (Didier SANDRE) fête son anniversaire entouré des siens quand ils apprennent l'incendie du Reichstag. Tiraillé entre ses principes et les intérêts du groupe industriel familial il hésite à s’incliner devant les forces montantes du nazisme, l'incendie du Reichstag fait pencher la balance. Autour de lui gravite une famille qui rassemble tout ce qui fait la caricature des ces familles décadentes.  Tous pensent que les Essenbeck s'en sortiront toujours en faisant le bon choix au bon moment, surfant sur les courants politiques permettant de défendre les intérêts de la famille. Manque le fils aîné, le martyr mort pour la patrie. Ne restent que des bons à rien (du point de vue du patriarche) : un musicien, un gamin paumé, dépravé, sous l'emprise de sa mère, un cousin membre des SA, un autre chez les SS, un gendre qui pourrait faire de l'ombre, une mère qui veut faire monter son amant sur la plus haute marche, un directeur d'usine prêt à tout pour atteindre son ambition.

INTERPRÉTATION SAISISSANTE

La mise en scène d'Ivo van Hove fait beaucoup (trop) intervenir la vidéo. Pas facile de tirer le meilleur de l'immense scène de la Cour d’Honneur du Palais des Papes. S'il n'utilise la verticalité du mur que pour une scène, c'est le parti pris de l'horizontalité qui est retenu. D'un côté de la scène les coiffeuses et portant où les comédiens se changent à vue et qui dans la première partie permettent la mise en place et l'identification des personnages dans un long moment très cinématographique. De l'autre côté de l'immense plateau 6 cercueils alignés qui se rempliront l'un après l'autre, au fur et à mesure de la progression de la prise de contrôle par les nazis et de l'élimination des obstacles. Au centre au sol un plastique orange. Au fond un écran sur lequel sont projetés des documents d'archives, des captations en direct des comédiens et du public, des vidéos. Une omniprésence de l'image qui si elle permet des gros plans saisissants peut aussi être gênante pour le spectateur dont le regard est attiré au détriment parfois de ce qui se passe sur la scène. Elle offre aussi quelques-uns des moments très dérangeants de la mise en scène percutante.

La grande force de ces Damnés c'est l'intensité de l'interprétation. Sous la direction d'Ivo van Hove ces formidables comédiens qui constituent l'une des plus prestigieuses troupes au monde semblent être allés puiser au fond d'eux-même des émotions extrêmement puissantes. La présence de la caméra semble les décupler. La distribution est extrêmement bien réussie. Didier Sandre est un patriarche impérial. Eric Génovèse / Von Aschenbach est glaçant de cynisme. Denis Podalydès est un Baron Konstantin d'une extrême dureté. Guillame Galliène / Friedrich Bruckmann est un étonnant arriviste prêt à tout. Loïc Corbery / Herbert Thallman et Clément Hervieu-Léger / Günther von Essenbeck sont d'une très grande sensibilité. Elsa Lepoivre est une éclatante, sublime, fabuleuse Sophie von Essenbeck. Enfin celui qui éblouit le plus par sa composition extraordinaire est Christophe Montenez qui sublime les errances de Martin. On a hâte de le revoir très vite dans la salle Richelieu.

UN MONDE DE PERVERSION

Ivo van Hove donne des Damnés une vision qui porte la perversion à son paroxysme, que ce soit plus particulièrement au travers du personnage de Martin, le petit-fils à la sexualité et la personnalité perturbés, ou dans la grande et troublante scène de la Nuit des Longs Couteaux. Chacun des personnages est habité par cette perversion, plus ou moins profondément. Aucun ne semble pouvoir y échapper, pas même Günther le musicien. Martin finira par vendre son âme au diable, payant le prix cher, fustigeant le public qui a laissé faire sans bouger, témoin passif de la montée du monstre.

Comment ne pas faire de parallèle avec le monde actuel. Comment ne pas penser à la montée des nationalismes en Europe, des intégrismes un peu partout dans le monde. Lors des deux dernières représentations dans le cadre du Festival d'Avignon comment ne pas trouver Les Damnés d'une redoutable actualité.

Extrait du communiqué de la Direction du Festival le 15 juillet 2016 :

«Dans cette journée de deuil, nous réaffirmons qu'un spectateur est une femme, un homme, un enfant engagé. Sa seule présence fait mentir les ténèbres. Être ensemble aujourd'hui est notre force. C'est un geste de résistance.

Horatio dit à Hamlet: "Suspend ta douleur pour dire mon histoire" Nous n'allons ni suspendre ni nier notre douleur, mais la dire sans interrompre la vie de notre solidarité avec les victimes. Nous allons dire encore l'histoire commune, la commune présence et l'espoir que nous nous donnons les uns les autres. Face à ceux qui veulent imposer le silence, nous vous proposons de ne pas faire une minute de silence, mais d'applaudir ensemble les forces de la vie.»


Une minute de silence sera faite le 16 juillet.

En bref : Pour le retour de la Comédie Française dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes Ivo van Hove propose une mise en scène percutante et dérangeante qui porte les comédiens à un degré d'intensité rarement atteint et qui ne ménage pas le public. Un grand moment qui restera dans l'esprit des spectateurs, qu'ils soient conquis ou pas, et dans l'histoire du Festival.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Festival d'Avignon
Cour d'Honneur du Palais des Papes
du 6 au 16 juillet 2016

Comédie Française
Salle Richelieu
du 24 septembre 2016 au 13 janvier 2017


Crédit photo @Christophe Raynaud de Lage