Affichage des articles dont le libellé est Théâtre Michel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Théâtre Michel. Afficher tous les articles

lundi 10 décembre 2018

LA MACHINE DE TURING - Le regard de Corinne

LA CHUTE D'UN GÉNIE
Le regard de Corinne


Grace au film "Imitation Game" nous savons tous, en 2018, ce que nous devons à Alan
Turing. Mathématicien de génie, il a réussi à décoder en 1942 la machine Enigma utilisée
par l'armée allemande. Il a permis de sauver beaucoup de vie. Il ne devait cependant pas en
parler, mission secrète oblige. Son travail ne sera connu du public que bien plus tard.

Avec"La Machine de Turing", Benoit Solès choisit de mettre l'accent sur un épisode de la vie
privée de Turing. La pièce débute au commissariat de police où Alan Turing, victime d'un vol,est venu déposer plainte. Nous sommes en 1951.

Par son attitude et la faible valeur des objets volés, le policier en charge de l'enquête, est
intrigué, il décide de creuser un peu, et finit par en découvrir plus sur le passé de Turing.

Par le jeu de flashback, petit à petit, nous déroulons le fil de sa vie: son recrutement pour
cette mission secrète, son homosexualité, son procès pour indécence et perversion sexuelle
puis sa condamnation, point final de la pièce.

Sur scène, deux comédiens pour nous faire vivre, et apprécier cette histoire, ce spectacle.
Benoit Soles interprète avec brio Alan Turing, personnage complexe. La timidité qu'il incarne, un pied légèrement rentré et se dandinant sur place, nous donne l'impression d'être face à un grand enfant mal à l'aise avec les autres, naïf, maladroit, s'essayant à l'humour. Et avec naturel et facilité, le comédien se glisse dans la peau du Turing aux capacités intellectuelles impressionnantes, hors du commun, capable de résoudre une partie d'échec en un rien de temps. Il est transfiguré dés qu'il s'agit de résoudre un problème d'ordre scientifique.

Quant à Arnaud de Crayencour, il est tour à tour ce commissaire de police fouineur, le
copain homosexuel un peu voyou sur les bords, complice du vol à l'origine de la chute de
Turing, et l'officier recruteur hautain et autoritaire. Il passe de l'un à l'autre avec aisance et en un clin d'œil.

La mise en scène est rythmée, tonique, avec ce va et vient dans la vie d'Alan Turing. Nous
passons de 1942 à 1951, et vice et versa, en un jeu de lumière sur le décor mural. Les
épisodes s'imbriquent avec harmonie et donnent un équilibre, un équilibre émotionnel à la
pièce.

C'est un beau spectacle, sobre, que nous livre-là Benoit Solès.


La machine de Turing, de Benoit Soles, mise en scène de Tristan Petitgirard assisté de Anne Plantey, avec Benoit Soles et Aumaury de Crayencourt, décor Olivier Prost, costumes Virgnie H, lumières Denis Schlepp, musique Romain Trouillet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Michel
Rue des Mathurin 75009 Paris
Jusqu'au 30 mars 2019

du mardi au samedi 21h - dimanche 16h



Crédit photo @Fabienne Rappeneau

dimanche 9 décembre 2018

LA MACHINE DE TURING - Théâtre Michel

PLUS QU'UNE IMITATION GAME* UNE INCARNATION
*****


1952. Un professeur de mathématiques vient porter plainte pour vol. Pourtant le butin du voleur est maigre. L'inspecteur est intrigué par l'homme qu'il a devant lui. Ce dernier, mal dans sa peau, stressé, bègue, n'est pas très clair dans ses explications. Il se nomme Alan Turing. Mathématicien de génie il a joué un rôle primordial pendant la Seconde Guerre Mondiale en déchiffrant le code Enigma. Mais en 1952 personne ne le sait. La pièce va nous raconter, avec moult flashback, l'histoire de cet homme au destin tragique. Le rôle d'une vie pour Benoît Soles.

LE DESTIN TRAGIQUE D'UN GÉNIE

Depuis le film "Imitation Game" avec Benedict Cumberbatch tout le monde connait le nom d'Alan Turing. En 1942 il déchiffra le code Enigma, code au plus de 159 milliards de combinaison qu'utilisaient les Allemands pour leurs communications chiffrées pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il participa ainsi à sauver des millions de vies, à écourter la guerre de 2 ans. Pourtant il est mort dans la solitude. Condamné pour homosexualité sous le coup d'une loi datant de 1885 il choisit la castration chimique plutôt que la prison. Car à l'époque l'homosexualité est considérée comme un délit et une maladie mentale. Diminué physiquement et surtout intellectuellement il se suicida en 1954, en avalant une pomme recouverte de cyanure, comme Blanche-Neige qu'il aimait tant. Ses travaux sont précurseurs des ordinateurs. Une pomme, ça ne vous fait pas penser à quelque chose ?

"La machine de Turing" met l'accent sur la personnalité d'Alan Turing. On le rencontre en 1952, alors que la plainte pour vol à domicile qu'il va s'apprête à déposer va être le déclencheur de sa chute. Partant de ce moment clé de sa vie le spectacle nous fait voyager dans le temps, avant et après cette date funeste. Nous le découvrons alors qu'il est recruté à l'université pour le projet Enigma, partageons ses souvenirs et notamment celui de Christopher, vivons ses doutes, ses angoisses, ses élans de cœur, ses frustrations. Une vie en marge d'un monde qui ne le comprend pas. "Quoi de mieux qu'une machine pour battre une machine, ou qu'un fou pour battre un autre fou". Ainsi se définit-il face à la machine Enigma.

LE RÔLE D'UNE VIE

Écrite avec beaucoup de finesse et d'intelligence la pièce de Benoit Soles est d'une grande finesse en tout point. Le texte reconstitue avec générosité, humour, finesse, un parcours atypique. Dressant le portrait d'un homme à la personnalité complexe il nous montre le génie un peu autistique concentré sur la complexité de la machine Enigma, un défi qu'il veut relever pour l'intérêt intellectuel plus que pour l'enjeu pour l'armée en ce temps de guerre. Il dépend aussi un homme d'une extrême sensibilité, gauche dans ses relations avec les êtres humains, ému par Blanche-Neige mais en apparence sourd à la tragédie de la guerre.

Benoit Soles n’interprète pas Alan Turing. Il EST Alan Turing, cet homme tantôt gauche et bourré de tics, tantôt petit garçon face au voyou qu'il aime. Il passe d'un état, du professeur désabusé et un brin cynique au savant fou capable de fulgurances intellectuelles, d'une époque à l'autre avec une facilité déconcertante. Il déploie un jeu d'une extrême finesse et sensibilité. La direction d'acteur de Tristan Petitgirard lui permet d'exprimer toutes les subtilités d'un personnage extrêmement attachant. Il y a de la graine de Molière dans cette interprétation.

Il est épaulé par Amaury de Crayencourt qui tire remarquablement son épingle du jeu en interprétant 3 personnages : le commissaire Ross qui reçoit la plainte, Alexander le génie des échecs qui sera en compétition avec Alain Turing pour déchiffrer Enigma, et Arnold, le peu scrupuleux mauvais garçon des faubourgs qui abuse de la sensibilité de Turing. Un changement dans un élément de costume et il devient l'un ou l'autre

La mise en scène de Tristan Petitgirard est dynamique, rythmée. Jouant les volte-face elle inscrit la pièce dans une sorte de thriller psychologique tout en jouant avec les codes des films d'espionnage. La scénographie utilise avec réussite la vidéo pour créer l'atmosphère de l'époque.

NB : Il faudra attendre 2009 pour que le Prime Minister Gordon Brown présente les excuses du gouvernement britannique pour la manière dont Alan Turing fut traité. C'est en 2013 que la Reine Elizabeth exprima un pardon posthume. Plus de 40.000 homosexuels furent victimes du Criminal Law Amendment Act avant son abolition en 1967.

En bref : La machine de Turing rend hommage avec générosité et finesse à Alan Turing, génie maltraité du XXe siècle. Un rôle incandescent pour Benoît Soles qui signe une écriture et une interprétation qui embrasse toute la complexité du personnage et de l'époque. Avec intelligence, sobriété et humour il nous offre un spectacle d'une grande qualité ou l'émotion est présente du premier au dernier mot. On n'a pas fini d'entendre parler de cette Machine de Turing.

La machine de Turing, de Benoit Soles, mise en scène de Tristan Petitgirard assisté de Anne Plantey, avec Benoit Soles et Aumaury de Crayencourt, décor Olivier Prost, costumes Virgnie H, lumières Denis Schlepp, musique Romain Trouillet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Michel
Rue des Mathurin 75009 Paris
Jusqu'au 30 mars 2019
du mardi au samedi 21h - dimanche 16h


Crédit photo @Fabienne Rappeneau

samedi 5 août 2017

LE JARDIN D'ALPHONSE

"LA JOURNÉE DE LA TORGNOLE"
****


Le jardin c'est celui du défunt Alphonse. Nous y retrouvons la famille Lemarchand et leurs plus proches amis pour le repas qui suit l'enterrement du patriarche. Comme souvent dans les familles c'est lors de ce type d'événement que se réunissent ceux qui parfois ne se sont pas vus depuis plusieurs années. Jean-Claude, nouveau chef de famille, profite de cette journée pour annoncer à ses trois enfants qu'il souhaite leur léguer la maison de famille. Magali sa fille rétorque qu'elle n'en veut pas de sa part sur cette maison. Elle lance ainsi la "journée de la torgnole". Au cours de l'heure qui suit tous vont en finir avec les non-dits, faire craquer le vernis des apparences, lâcher les rancœurs si longtemps enfouies, délivrer les petits et grands secrets. Jusqu'à Alphonse qui par-delà les cieux leur adresse un dernier message.


Rien de bien nouveau donc dans cette situation de famille. Et pourtant Didier Caron a réussi à éviter tous les clichés. On ne s'ennuie pas une seconde et on rit beaucoup. Le texte est truffé d'humour, de bons mots, de répliques parfois acerbes mais toujours fines, de clin-d’œil à la société française de 2017. On y voit une famille reconstituée, des demi-frères et demi-sœur, des communautés religieuses qui se côtoient dans la convivialité, un couple de lesbiennes, un anarchiste et un libéral, des couples en crise, des individus en quête de racine, qui ont besoin de savoir d'où ils viennent pour pouvoir aller plus loin. (Bon je ne vous cache pas que ça manque encore de diversité pour être vraiment le miroir de la France de 2017, mais c'est un autre débat).

C'est avant tout une comédie où toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Les neuf personnages sont parfois caricaturés mais jamais on ne tombe dans la lourdeur ni le rire gras. Chacun d'eux nous parle, nous rappelle quelqu'un dans notre entourage ou une situation déjà vécue. La réussite de cette comédie ne tient pas qu'à la qualité de la plume de Didier Caron. Les neuf comédien.nes sont tous justes. Les personnalités sont bien définies, l'interprétation est naturelle, la complémentarité parfaite, l'émotion sincère. Et puis il y a ce décor d'une grande beauté, si bien réalisé qu'on sent le souffle du vent qui secoue le pin parasol venir nous soulever les cheveux. Malgré la tempête qui secoue les protagonistes on aspire à se poser avec eux à l'ombre de l'arbre plusieurs fois centenaire.

En bref : Dans le jardin d'Alphonse on rit, on cri, on pleure, on s'aime, on se déchire, on se cherche, on se provoque, on se chamaille, bref, on vit. Et comme on est en France, tout se termine en chanson. Une halte s'impose dans ce jardin qui appelle à la paix et à la sérénité à l'ombre de son pin parasol.

Le jardin d'Alphonse, de Didier Caron, mise en scène de l'auteur de de Véronique Viel, avec Julia Dorval, Sandrine Le Berre, Véronique Viel, Michel Feder, Arnaud Pfeiffer, Didier Caron, Karina Marimon, Christiane Ludot, Romain Fleury.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
38 Rue des Mathurins 75008 Paris
Du mercredi au samedi 21h - samedi matinée 16h
Relâche le 9 août remplacé par le 8 août


jeudi 23 mars 2017

MICHAEL HIRSCH - INTERVIEW

RENCONTRE AVEC UN ÉTERNEL ENFANT 


Depuis trois ans il vit une aventure incroyable avec son spectacle POURQUOI ? Après deux saisons à Avignon, au Studio Hébertot puis au Lucernaire à Paris et en tournée en France, Michaël Hirsch a un planning bien chargé pour 2017 puisque nous le retrouverons à Avignon cet été (à 17h45 au Roi René) avant qu'il ne reparte compléter son tour de France. Enfant de son siècle il maîtrise parfaitement les réseaux sociaux : twitter, facebook, mais aussi sa chaîne Youtube sur laquelle il diffuse chaque mardi à 17h une nouvelle "Lettre ou ne pas lettre". Le  lundi 27 mars il sera le maître de cérémonie d'une soirée consacrée à la liberté de la presse et de l'expression à l'Unesco dans le cadre de la semaine de la Francophonie. 

Cet amoureux des mots, d'une extraordinaire gentillesse et générosité sur scène et dans la vie, m'a accordé quelques minutes de son temps pour une interview. C'est dans le restaurant du Lucernaire où il se produit depuis le 18 janvier 2017, que nous nous sommes retrouvés. Un entretien riche que j'ai plaisir à partager avec vous. J'aurais voulu que toutes mes questions commencent par "Pourquoi" mais je n'ai pas son talent pour jouer avec les mots.

Théâtre Côté Coeur : Bonjour Michael. Merci d'avoir accepté cet entretien. Pour commencer : pourquoi un spectacle qui s'appelle "POURQUOI ?"

Michael Hirsh : Parce que je ne suis toujours pas sorti de l'âge du "Pourquoi". J'essaie de rester un grand enfant, pour garder ce regard un peu naïf sur le monde et me donner envie en permanence de ne pas être trop sérieux même si tout nous pousse à l'être. Quand j'ai commencé à écrire les textes je n'avais pas imaginé la vie de cet homme-là. Mais je me suis rendu compte que ce qui reliait tous ces textes c'est leur questionnement sur le monde. Parmi toutes les questions celle qui correspond le plus à ce personnage et à ce que je suis c'est le "POURQUOI ? ".C'est une porte ouverte merveilleuse à la fois sur la fiction et pour parler de l'absurdité du monde.  j'avais envie d'emmener les gens dans un univers autre que le quotidien, parce que les plus belles émotions que j'ai vécu au théâtre c'est parce qu'on m'emmenait ailleurs. Le personnage est à la quête du sens de la vie en général et le "POURQUOI" est son élément.

Que ressens-tu lorsque l'on te compare à Raymond Devos ou à Pierre Desproges ?

Mon ressenti a évolué. Au tout début je n'y ai pas cru. Je me suis dit que c'était de la flatterie. Et puis après j'y ai trop cru, j'étais vraiment flatté. Ce sont des gens pour lesquels j'ai une estime immense. Je les ai tellement regardés, écoutés. Ils ont eu une influence considérable sur ma vie. J'ai un peu un caractère d'éponge. Ils font partie de moi.Il y a eu une période où c'était un poids que d'être comparé à eux pour un premier spectacle d'humour. Pour moi aujourd'hui c'est une grande chance et un honneur. Un honneur au sens médiéval du terme. Certains viennent voir le spectacle parce que des journalistes ont fait ces comparaisons. Dans la catégorie d'humour que je défends nous ne sommes pas nombreux et c'est bien qu'il y ait eu ces gens-là avant moi. En même temps c'est aussi un peu une responsabilité et quand je monte sur scène j'ai comme un honneur à défendre [en portant ces deux grands humoristes comme références]. Tu sais c'est Lopé de Vega qui appelait les comédiens "les chevaliers du miracle" car à l'époque du théâtre de tréteaux chaque soir ils créaient un miracle avec rien.

C'est ce qui se créé aussi avec POURQUOI ? Il y a de plus en plus d'interaction avec le public.

La semaine du 7 mars on va fêter la 200ème du spectacle. Créer cette interaction avec le public crée un vent nouveau pour moi. Avant de monter sur scène je me sens comme un funambule. Je dois être très concentré. J'ai ma trajectoire, je sais que le bout du fil est là-bas, et par moments, au milieu du fil, je vais avoir envie de jouer un peu avec l'équilibre. Quand je me permets cette petite phrase en plus, ce petit jeu en plus, le résultat est bon, car la tension galvanise.

"Avant de monter sur scène je me sens comme un funambule"

En quoi l'expérience d'Avignon a-t-elle été formatrice ?

Pour le fait de jouer tous les jours et d'être dans une énergie puissante. Quand il m'arrive d'être fatigué je repose à Avignon, à la puissance de beaucoup donner et de recevoir énormément, tout le temps. Dans la rue tu distribues un flyer et hop tu as repris un peu d'énergie. Le contact avec les gens, cette énergie, ça m'a appris à être plus généreux. Les jours où je sens que j'ai le pied sur le frein je lâche et c'est là que j'ai les meilleurs retours. Je fais le spectacle sur l'énergie du public. Et c'est merveilleux de recevoir autant.

Dirais-tu que faire Avignon (le Off) est indispensable pour un spectacle aujourd'hui?

Ça dépend du spectacle. Avignon est un lieu particulier. Tous les spectacles ne marchent pas et si un spectacle ne marche pas à Avignon ça ne veut pas dire qu'il ne marchera pas ailleurs. Inversement ce qui marche à Paris peut ne pas y plaire. Avignon c'est un public de connaisseur, de gens qui aiment profondément le théâtre et qui ont aussi un esprit de découverte. Le côté merveilleux d'Avignon c'est que pendant 3 semaines il y a tout le monde, toute la profession et que les barrières tombent. Dans la rue je peux aller voir Alex Lutz ou des grands comédiens, metteurs en scène que j'estime et leur dire "merci pour ce que vous faites". Et puis Avignon m'a permis de décoller parce que tout le métier était là, parce que ça a tout de suite été un succès public, parce que j'ai pu partir en tournée. Grâce à mes deux Avignon j'ai fait le tour de France. La vie de "Pourquoi" n'est pas terminée, il y a à nouveau Avignon cet été et une tournée jusqu'à décembre. C'est rare pour un premier spectacle. Je me rends compte de la chance que j'ai, des responsabilités aussi. Comme disent les super héros américains "pas de grand pouvoir sans grandes responsabilités". A la fin de l'année on arrivera à la 300ème.

Je me rends compte de la chance que j'ai, des responsabilités aussi"

D'où te viens cet humour littéraire ?

De la découverte de Raymond Devos. Une révélation. J'ai été pris du virus du jeu de mots alors que j'étais très mauvais en français. Aujourd'hui mes parents n'en reviennent pas de voir tous ces livres dans mon appartement. La langue française ce n'est pas que des règles de grammaire. C'est un formidable terrain de jeu. C'est important de donner envie de bien parler le français car mieux on connaît la langue plus on s'amuse et plus on a de chances de bien se comprendre les uns les autres.

Comment est né "Lettre ou ne pas Lettre" ?

De l'envie de me frotter au métier de chroniqueur. Ce qui est formidable avec le seul-en-scène c'est le sens du danger tous les soirs devant les spectateurs, mais pas dans l'écriture. Le spectacle est écrit, peut bouger un peu mais je n'écris pas de grandes choses. J'avais besoin de parler d'autres choses, de choses qui me touchent. En cherchant un concept je trouvais rigolo de se dire on va faire une correspondance 2.0, des lettres sur Youtube, réseau qui peut être soit un journal intime, soit un cours. Ce qui m'amuse c'est de faire des lettres à l'heure des SMS Je trouve aujourd'hui ce que j'étais venu chercher au départ : un besoin de créer et une mise en danger permanente. Je tiens à ce rendez-vous du mardi. Quelque chose de très fort est en train de se créer. Je ne percevais pas ce que pouvait être la relation avec une communauté en ligne, avec ce rendez-vous en ligne, qui me manque aussi si je ne peux pas le tenir.

Celle d'hier, 7  mars, veille de la  journée des droits des femmes, était adressée à Simone Veil

C'est vraiment une lettre particulière. C'est la première fois que "Lettre ou ne pas lettre" est un hommage. C'est un personnage qui me bouleverse de courage, d'abnégation, de dignité. Pour la première fois je n'ai pas cherché à être drôle. Je vais parler de sa vie, de l'avortement. Je voulais donc écrire quelque chose de touchant pour dire autour de moi que c'est une femme importante. C'est un pan de mon travail sur internet que je vais développer, parler avec les gens des gens que j'aime bien. Nous sommes dans un pays où on parle rarement des gens qu'on admire sans être pris pour quelqu'un qui fait de la lèche. J'ai envie de parler des gens que j'admire plutôt que de faire des blagues sur nos hommes politiques qui sont tout sauf des modèles, pour la plupart. Jean-Laurent Cochet chez qui j'ai été élève pendant longtemps disait "Dans le monde dans lequel on est il faut savoir se créer des oasis", de petits lieux de douceur, où on se retrouve soi-même. C'est pour cela qu'on a besoin de modèle. Il y a des gens dont on parle très peu, comme Jules Renard

"Dans le monde dans lequel on est il faut savoir se créer des oasis" 

Jules Renard, un auteur tombé en désuétude

Alors que c'est prodigieux Jules Renard. Son journal est une merveille à avoir sur sa table de chevet pour en lire 3 lignes chaque matin et chaque soir. C'est une source intarissable de bonheur. Quand on a ça à portée de la main et qu'on s'en prive.

Quand tu étais enfant est-ce que tu saoulais tes parents avec des "Pourquoi" ?

Je crois que oui. J'ai toujours été hyper curieux

Y'a-t-il un "Pourquoi" resté sans réponse ?

Il y en a plein, mais ce ne sont pas des pourquoi d'enfant. Ce sont des pourquoi d'adulte. Par exemple "Pourquoi on s'impose des mauvaises nouvelles à longueur de journée". Nous nous jetons sur nos smartphones. Mais est-ce vraiment important de s'infliger ces mauvaises nouvelles qui de plus nous rendent impuissants. On se sent coupable de ne pas faire grand-chose mais c'est plus fort que nous on a besoin de se faire mal.

Quelque chose de plus joyeux : ton premier souvenir de théâtre ou de spectacle vivant ?

"La Vie de Galilée" avec Nicolas Bouchaud, mis en scène par Jean-François Sivadier, à Thionville. Là je me suis dit j'aime le théâtre, ce lieu où on peut nous emmener ailleurs et être ensemble, cela me fait un bien fou. C'était une expérience très forte. Après il y a eu des humoristes comme Gad Elmaleh. Je me suis dit "quel pouvoir, quelle force"

Et tu as quand même fait une école de commerce

J'avais une sensibilité créative. J'ai toujours créé des choses, mais à 18 ans je n'avais pas le courage de me lancer dans une carrière artistique. Ça me paraissait trop aléatoire. Je viens d'une famille où mes parents on des parcours classiques et je n'étais pas prêt à cela. Mais aujourd'hui je ne le suis toujours pas. C'est plein d'inconscience. Tout ce qui se passe là dans ma vie c'est vraiment des moment d'inconscience profonds entrecoupés de quelques moments de lucidité. A un moment je vois ma bonne étoile dans le ciel et je rebaisse la tête et j'avance. C'est plein d'insouciance et d'inconscience.

J'envie cette inconscience et cette insouciance

En même temps c'est ce qui me permet de tenir. Parce que ce métier est très in-sécurisant. Dans un monde où tout se programme à l'avance les métiers artistiques imposent une relation au temps très différente du reste de la société. Ma manière de ne pas avoir peur du lendemain c'est de ne pas y penser.

Quel est ton mot préféré ?

En ce moment c'est "POURQUOI?".

Le mot que tu ne pourrais pas prononcer sur scène ?

[longue réflexion] Concupiscent. Pourtant il y aurait un paquet de jeux de mots à faire avec. Après je ne sais pas s'il y a des mots que je n'aimerais pas dire sur scène. Les mots existent pour une bonne raison et dans la bouche d'un personnage, si c'est justifié, cela peut avoir un sens. Si c'est dire "putain" pour dire "putain ça n'a pas de sens. Si c'est pour le personnage le fait de dire "putain" tout le temps révèle quelque chose de lui, pourquoi pas.

Tu n'as pas beaucoup de temps pour voir des spectacles. Y'en a-t-il un que tu recommanderai en ce moment ?

LA PEUR au Théâtre Michel. Je l'ai vu à Avignon et ça a été une grosse claque. J'adore quand le théâtre nous transporte. Cette pièce a un pouvoir merveilleux. Belle interprétation, belle mise en scène. J'étais pris dans cette histoire, tiraillé, et je trouve que cette fin est éblouissante.

"J'adore quand le théâtre nous transporte"

Ton prochain challenge ?

Le challenge est permanent, le fait de jouer 5 soirs par semaine, de faire "Lettre ou ne pas Lettre".

Ton challenge c'est de tenir

Exactement. Mais j'ai aussi des envies, D'écrire plein d'histoire, de la fiction. Peut-être aussi un autre programme sur ma chaîne Youtube, en parallèle. "Lettre ou ne pas lettre" la difficulté c'est que ça demande beaucoup de temps pour l'écriture jusqu'à ce que j'arrive à un niveau de satisfaction.

Dernière question : le génie de la lampe t'accorde un vœu, un seul. Lequel ?

D'être heureux chaque jour

Ce que tu es aujourd'hui ?

Oui. C'est amusant, c'est arrivé totalement fortuitement mais chaque soir j'ai l'impression d'avoir une rencontre avec moi-même. Au moment où les spectateurs applaudissent et où la pression redescend, je me dis "qu'est-ce que je suis heureux"

Et je te souhaite qu'elle dure encore longtemps. Merci Michaël

INFORMATIONS PRATIQUES


Michaël Hirsch est à l'affiche au
53  Rue Notre Dame des Champs Paris
Jusqu'au 2 avril 2017 - du mercredi au samedi à 21h30 - dimanche 20h

Retrouvez toutes ses dates de tournées en cliquant ICI

Rendez-vous également à Avignon dans le Off 2017, tous les jours du 8 au 30 juillet à 17h45 au Théâtre du Roi René

(Re)découvrez les "Lettres ou ne pas lettres" sur la chaine Youtube de Michaël en cliquant ICI

Retrouvez ma chronique sur LA PEUR à l'affiche du Théâtre Michel en cliquant ICI



Entretien réalisé le 8 mars 2017 au restaurant Le Lucernaire
Crédit Photo @Fabienne Rappeneau

lundi 16 janvier 2017

LA PEUR

UN SUSPENS A LA HITCHCOCK
***


Dans toute son oeuvre Stefan ZWEIG décrit avec merveille les tourments intérieurs de ses personnages. Avec LA PEUR il nous plonge dans la psychologie d'une femme tourmentée par sa trahison envers son mari et la peur d'être découverte. Un succès public mérité pour cette prolongation au Théâtre Michel.

L'USURE DU COUPLE


Irène et Fritz sont mariés depuis 10 ans. Deux enfants, un bel appartement, une bonne : la réussite pour cette famille de la classe moyenne. Lui est très pris par son cabinet d'avocats qu'il a ouvert depuis un an. Elle s'occupe entre cours de piano et stylisme, mais ne tarde pas à s'ennuyer. Fritz n'a plus assez de temps à lui consacrer, ne la regarde plus, considère que les activités d'Irène ne sont que divertissement et futilité alors que lui s'occupe de dossiers sérieux. Alors elle succombe au charme de son professeur de piano qui lui sait se montrer attentionné.


Jusqu'au jour où la fiancée du musicien fait éruption dans la vie d'Irène. Elle demande à l'épouse infidèle d'en finir avec cette aventure et enchaîne rapidement sur du chantage. Irène met la main dans l'engrenage et ment chaque jour un peu plus à Fritz, effrayée par le risque qu'il n'apprenne un jour qu'elle l'a trahit.

UN SUSPENS A LA HITCHCOCK

Stefan ZWEIG était maître dans l'art de décrire les tourments de l'âme de ses personnages. Dans LA PEUR ce sont les angoisses d'une femme infidèle qui sont montrées. Comme dans un thriller nous assistons à sa descente dans un enfer personnel. Poursuivie par une femme elle s'enferme dans un cercle pervers dont elle ne sait plus sortir. Malgré sa volonté de mettre fin au chantage elle est incapable d'avouer la vérité à son mari.

Le personnage de la fiancée s'infiltre dans sa vie, dans sa conscience. Elle est troublante. Existe-t-elle vraiment ou n'est-elle qu'une hallucination, reflet de la culpabilité d'Irène. Cette dernière sombre dans la paranoïa confrontée à la double peur d'avouer la vérité à son mari ou que la vérité ne lui soit dévoilée par le maître-chanteur.

Ce soir-là c'est Elodie MENANT qui tenait le rôle d'Irène(qu'elle joue en alternance avec Hélène DEGY). La metteur en scène a su parfaitement transmettre tant dans sa scénographie que dans son interprétation l'enfermement psychique dans lequel s'inscrit Irène. La tension s'installe et comme dans un film d'Hitchcock le suspens monte jusqu'au coup de théâtre final.


Aliocha ITOVICH est un Fritz mature, attentif et préoccupé par l'état de sa femme. D'abord distant car préoccupé par la défense de ses clients et l'évolution de son cabinet, il reste à l'écoute de son épouse, fait des efforts pour se rapprocher d'elle, semble désarmé quand elle devient distante, puis est troublé par son attitude étrange.


Ophélie MARSAUD complète le trio. Elle joue à merveille l'intrigante et angoissante fiancée, manipulatrice et inquiétante figure traumatisant Irène.

En bref : Une très belle adaptation de la nouvelle de Stefan ZWEIG. Elodie MENANT monte et interprète avec brio un drame psychologique dans un huis clos intense. Le suspens est mené comme dans un film d'Hitchcock. Un très beau moment de théâtre

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Reprise  
38 Rue des Mathurins 75008 Paris

Prolongations jusqu'au 26 mars 2017
Jeudi, vendredi, dimanche à 19h - Samedi à 19h15


Vu le 13 janvier 2017 - Théâtre Michel Paris
Crédit photo @Olivier Brajon

dimanche 6 décembre 2015

CHUTE D'UNE NATION

FICTION OU ANTICIPATION ?
*****



SÉRIE THÉÂTRALE DE POLITIQUE-FICTION

En novembre 2012 La Manufacture des Abbesses prenait le pari de programmer une série théâtrale. Un projet qui me paraissait un peu fou : celui de faire revenir le même public 4 fois sur la saison pour assister aux 4 épisodes d'une saga de politique-fiction. Et je me souviens que dès les premières représentations le succès critique était éclatant. Et pourtant je suis passée à côté. Alors quand cette saison était annoncée une reprise de l'intégrale pour quelques dates au Théâtre du Soleil je n'ai pas hésité une seconde. Depuis début novembre le spectacle est repris au Théâtre Michel qui programme deux épisodes par soir.

CHUTE D'UNE NATION nous "raconte la fragilité incroyable de la démocratie, l'engagement en politique et les responsabilités qui en découlent, la peur des hommes face à des choix qui vont modifier l'Histoire". Le dossier de presse le résume tellement bien que je ne voie pas de raison de reformuler. 4 épisodes pour raconter l'ascension d'un obscur député lancé dans la course vers la plus haute marche du podium.

Afficher l'image d'origine
Tout commence par une petite phrase lancée par M. PERCUIS qui décide de participer aux primaires de l'Union de la Gauche alors qu'il vient tout juste de purger une peine de 10 ans inéligibilité. Choqué le député Jean VAMPEL l'attaque. Quelle aubaine pour les médias! Et le voilà emporté dans un tourbillon politico-médiatique. Chahuté par le Parti adverse, manipulé par les médias il risque de devenir le jouet de son propre Parti. Sauf que l'Histoire en a décidé autrement et que des événements tragiques et exceptionnels vont modifier le cours des choses.

AUTOPSIE DE LA DÉMOCRATIE

Menée sur un rythme enlevé CHUTE D'UNE NATION nous plonge au cœur des mécanismes de la politique : les rêves et les certitudes, l'engagement politique confronté à la vie du parti, les renoncements, les compromis ou la droiture, les victoires et les échecs, la passion d'hommes et de femmes guidés par des convictions ou un désir de pouvoir. Des motivations des un(e) et des autres confrontées aux facéties du destin : comment vont-ils réagir lorsque le scénario ne se déroule pas comme on l'avait imaginé.

Politique-Fiction ? Politique-Anticipation ? Ou bien est-ce l'histoire qui a le hoquet ? Se souvient-on du nom de Von Papen, l'homme qui proposa Hitler comme Chancelier au Président Hindenburg ? Qu'en avons-nous retenu qui nous ferait éviter que l'histoire ne se répète ? Notre processus démocratique nous met-il à l'abri d'un tel retournement ? Car si Yann REUZEAU s'est inspiré de l'histoire de l'Allemagne de l'après 1re guerre mondiale on ne peut s'empêcher de penser à la France d'aujourd'hui. Et s'il est question de la responsabilité des politiques n'est-il pas aussi question de notre responsabilité de citoyen ?


Afficher l'image d'origineCar ce que nous montre CHUTE D'UNE NATION c'est bien la fragilité de notre démocratie. Alors que nous la pensons acquise n'oublions-nous pas qu'elle ne dépend que de la volonté des hommes et des femmes qui font la politique mais qu'elle dépend aussi de chaque citoyen ?



SUSPENS ÉLECTORAL

On retrouve dans cette série théâtrale tous les codes des séries TV à succès : la bande-annonce avec ses extraits attisant la curiosité, la mise en place des personnages et des situations, les phrases choc, la progression dramatique, les twists, les cliffhangers. Jusqu'au rappel "dans les précédents épisodes" avant de commencer l'épisode. Et pourtant nous sommes au théâtre et donc rien n'est figé : l'émotion, le timbre de voix, l'intonation peut varier. On se sent happé comme dans "House of Cards". Le rythme est soutenu, tonique. Chaque épisode réserve son lot de surprises et de rebondissement. 

Le format de la série permet également d'installer l'intrique et les personnages, de les développer, d'approfondir les ressorts de l'action, d'instiller le suspens d'une manière plus soutenue. En se déroulant sur un temps plus long il gagne en crédibilité par rapport à une pièce d'une durée classique. Un réalisme saisissant de vérité et à aucun moment la caricature d'une classe politique. Des personnages humains, avec leurs forces et leurs faiblesses.

Afficher l'image d'origine
La distribution est homogène. La direction d'acteur est impeccable. Walter HOTTON transcrit avec justesse et sincérité les hésitations et les conviction du député VAMPEL. Sophie VONLANTHEN incarne en POREMON une assistante parlementaire solidaire bien que souvent désarçonnée par le comportement de son député ou par les chemins empruntés par Leïla MOGUEZ, la pragmatique Conseillère en communication SPERANZA ou le très convaincant et politique WEIDER (Didier MERIGOU), l'homme de l'ombre qui dirige la campagne de VAMPEL. Il faudrait les citer tous un par un, car chacun est d'une grande générosité et parfaitement dans son rôle.

Le décor est d'une extrême simplicité : du mobilier de bureau. Les différents espaces sont mis en évidence par le très beau travail de mise en lumière créé par François-Eric VALENTIN, qui a accompagné tous les spectacles de Yann REUZEAU et qui est décédé en novembre 2012.

En bref : Un thriller politique en forme de série-théâtrale qui nous plonge au cœur de la démocratie pour nous en rappeler toute la fragilité. Une représentation crédible du monde de la politique et de sa connivence avec les médias. Un rappel de l'Histoire pas si lointaine. Rappel historique ? Politique-Fiction ? Politique-Anticipation ? Un spectacle essentiel.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
38 Rue des Mathurins 75008 PARIS


Calendrier :

3 novembre : 19h  - Episode 1 / 21h - Episode 2 
17 novembre : 19h - Episode 1 / 21h - Episode 2 
24 novembre : 19h - Episode 1 / 21h - Episode 2 
1 decembre : 19h - Episode 3 / 21h - Episode 4 
8 decembre : 19h -  Episode 1 / 21h - Episode 2 
15 decembre : 19h - Episode 3 / 21h - Episode 4 
22 decembre : 19h - Episode 3 / 21h - Episode 4 

vendredi 28 août 2015

COIFFURE ET CONFIDENCES

PAPOTAGES, BIGOUDIS ET AMITIÉS
***

LE RENDEZ-VOUS DES BONNES COPINES

Le samedi matin le salon de coiffure de Thérèse à Paimpol c'est le rendez-vous des habituées. Nous sommes en 1981 à la veille du deuxième tour des élections présidentielles. Mais ce samedi c'est surtout le jour du mariage de Magali et autour de la jeune femme et de sa mère toutes se réjouissent de ce bonheur, malgré l'ombre qui semble planer. Et tandis qu'on imagine qu'au bar du commerce les hommes parlent politique, pêche, foot et femmes, chez "Thérèse Beauty" on parle futilités, querelles de voisinages, enfants, préparatifs de mariage et maris (qu'il faut bien malmener un peu).

6 FEMMES DE TEMPÉRAMENT

Ces 6 femmes, d'âge et de condition sociale différents forment un échantillon assez hétéroclite. Il y a Thérèse (énergique Marie-Hélène LENTINI), la patronne, qui distille sa bonne humeur et disserte avec humour sur sa vie de femme mariée depuis 25 ans. Son salon douillet et rose bonbon est le point de ralliement ces 4 clientes qui au fil du temps, dans cette petite ville de Bretagne où tout le monde se connait, sont devenues des amies. Il y a Claire (Isabelle TANAKIL), la veuve du maire, couguar en puissance, la pétillante Magali (Léa FRANCOIS) toujours sourire et qui respire la joie de vivre, Jeanne, sa mère (Elizabeth VITALI) fusionnelle et protectrice, l'élément le plus stable du groupe, et Odette la voisine (Brigitte FAURE) l'emmerdeuse indépendante et socialiste (le diable incarné). Et enfin Agnès (Sandrine Le BERRE), nunuche débarquée de sa profonde campagne, à la fois bigote et coincée.  (Distribution été 2015) 

Il faut bien l'avouer, l'affiche fait un peu peur et laisse à penser que l'on nous invite à assister à un spectacle très caricatural, passablement moqueur et très acidulé. Et là c'est la surprise de l'été. La force de la pièce est son casting exceptionnellement bien réussi. On vient voir une gentille comédie caricaturale, une gentille histoire de filles on sort émus par le jeu de 6 magnifiques et émouvantes comédiennes, particulièrement Elisabeth VITALI bouleversante de justesse et de sincérité, et Léa FRANCOIS pétillante jeune fille, symbole d'optimisme et de battante.

RIRE ET ÉMOTION

Certes l'histoire commence doucement. On parle de tout, de rien, surtout de rien entre deux coups de feux tirés au loin par le père de Magali pour chasser les oiseaux du jardin. On doute pendant les premières minutes. L'intrigue tarde un peu à se mettre en place et les blagues sont un peu éculées. Mais doucement, sans le voir venir, on est pris d'empathie pour ces 6 femmes et on découvre rapidement que leurs petites querelles bien rodées ne sont que du ciment pour sceller des liens amicaux indéfectibles, surtout lorsque les difficultés apparaissent et que le sort s'acharne. On se laisse prendre par l'intrigue, et être très ému(e)s par ces beaux portraits de femme. L'intrigue se déroule avec le rythme, alternant rires et émotions, temps calme et agitation.

COIFFURE ET CONFIDENCES est l'adaptation d'une pièce écrite par l'américain Robert HARLING, "Steel Magnolias", traduite dans des dizaines de pays, adaptée au cinéma avec Julia ROBERTS, Sally FIELD et Shirley MacLaine. Son adaptation en français par Didier CARON est toute en délicatesse.

Bémol : côté confort, il y a encore du travail à faire pour aérer les rangs, et pas seulement pour les grands de plus de 1m80.

REPRISE EN JANVIER 2016 AU THEATRE MICHEL / NOUVELLE DISTRIBUTION

En bref : la surprise de l'été est une comédie douce, tendre, drôle et émouvante portée par six comédiennes justes et sincères. Une belle histoire d'amitié et de solidarité féminine. Il fait bon se poser dans le salon "Thérèse Beauty", s'y nourrir d'émotion et se ressourcer d'énergie positive
.
C'EST OU ? C'EST QUAND ?

38 Rue des Mathurins 75009 Paris
Métro Havre Caumartin, Saint Lazare, Madeleine


Reprise au Théâtre Michel du 20 janvier au 24 avril 2016
Jusqu'au 29/08/15
du Mardi au Samedi à 21h - Matinée à 16h15 le samedi et le dimanche


Mise à jour du 27/12/2015  du 15/02/16
Crédit photo @Franck Harscouët