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samedi 1 août 2020

LA NUIT DE MADAME LUCIENNE - LE QUAI - ANGERS

NUIT DE FOLIE



En ce mois de juillet 2020 où le théâtre se fait rare pour cause de crise sanitaire, Le Quai à Angers nous invite à un été plein de surprises. Deux mois de spectacles, de musique, de performances, et l'occasion de profiter du bar ou du restaurant en terrasse, avec la belle vue sur le château d'Angers, mais aussi de découvrir d'autres lieux avec les spectacles hors les murs. Pour tout découvrir de la programmation cliquez ICI et n'hésitez pas à lancer l'ancre et à accoster au Quai, vous ne le regretterez pas.

QUE C'EST BEAU UN THÉÂTRE LA NUIT

Pour ma part j'ai assisté à une représentation de La nuit de Madame Lucienne de Copi, mis en scène par Thomas Jolly. Dans un théâtre vide 2 comédiens et leur metteur en scène répètent de nuit. La première est dans moins d'une semaine et il reste bien des choses à caler. Mais la répétition ne va pas se dérouler comme prévu.

Ce texte, cela faisait longtemps que Thomas Jolly pensait à le monter. Quel meilleur moment que cette crise sanitaire et ses conséquences sur le spectacle vivant pour montrer ce texte qui tente de répondre à la question "pourquoi le théâtre". La mise en scène s'est adaptée aux contraintes sanitaires : le public entre par la cour qui reçoit normalement les décors, et se retrouve sur la scène dans un dispositif bi-frontal. Chaises espacées d'un mètre ou plus, jauge réduite. Le rideau de fer s'ouvre sur le parterre et les gradins vides. Nous sommes au cœur de cette répétition de nuit, dans un théâtre (presque) vide.


UNE DOUCE FOLIE

Après un (long) début surprenant le spectacle s'emballe et sombre dans une douce folie. Alors que l'on ne voyait pas où Copi voulait nous emmener avec la première partie de la répétition d'une fable lunaire, on plonge dans l'absurde. Le texte multiplie les rebondissements (et ne comptez pas sur moi pour vous en dévoiler ne serait-ce que l'ombre d'un seul). Dans cette enquête policière qui met en exergue la difficulté de la création, les acteurs en rajoutent dans l'exagération et l'amplitude du jeu.

Damien Avice est l'homme à tout faire, régisseur qui doit jongler entre les humeurs de la diva et les exigences du metteur en scène. Bruno Bayeux prend un plaisir évident à moduler ses délires et angoisses de metteur en scène, débordant d'une énergie communicative. Emeline Frémont est, comme ses partenaires de jeu, d'une précision extrême dans le rôle de la comédienne très exubérante et capricieuse. Le trio de départ est rejoint en cours de spectacle par Charline Porrone et Hélène Raimbault, deux personnages pas vraiment secondaires qui prennent autant plaisir à être sur scène.

En bref : quel plaisir de retrouver le théâtre dans ces conditions. La mise en scène de Thomas est aussi folle que le texte tout en étant totalement en phase avec le contexte global et mondial. Comment mieux se demander à quoi et à qui sert le théâtre ? Un spectacle et des comédiens aussi exubérants que le texte de Copi.

La nuit de Madame Lucienne, de Copi, mise en scène Thomas Jolly, avec Damien Avice, Bruno Bayeux, Emeline Frémont, Charline Porrone et Hélène Raimbault

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Le Quai
Cale de la Sabatte - Angers
Du 15 juillet au 1er août puis du 18 au 29 août 2020
Du lundi au vendredi à 20h30 - samedi 18h 


Crédit photo @Nicolas Joubart

lundi 6 juillet 2020

COVID-19 - NOUS N'IRONS PAS A AVIGNON, NI AU PUY DU FOU !

UN ÉTÉ SANS FESTIVAL OU PRESQUE

Lundi 13 avril. Nous le savions depuis plusieurs semaines mais nos esprits ne voulaient pas le croire, l'accepter. Le 8 avril Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon, livrait sur Facebook la programmation de la 74e édition prévue pour se tenir du 3 au 23 juillet 2020. Cela faisait déjà plusieurs jours que le Fringe, festival trois fois plus grand que le Off et qui se tient en août à Édimbourg avait annoncé son annulation. Mais confinés que nous étions depuis le 17 mars et espérant un durée limitée à 6 semaines nous avons voulu croire que les compagnies auraient le temps de se retrouver pour répéter. Je dis "nous" parce que je sais que je ne suis pas la seule à avoir voulu / rêvé / espéré que cela soit possible, que je retournerai à Avignon cet été.

Mais ce lundi 13 avril il a bien fallu raison garder. Non nous n'irons pas à Avignon cet été (pour plagier le nom d'un festival de région parisienne). Bien sûr la spectatrice assidue du festival que je suis, celle qui pendant 4 jours ou 3 semaines enchaîne entre 4 et 6 spectacles par jour, est déçue. Mais bien vite cette déception laisse place à la tristesse.

Tristesse en pensant à tous ceux qui vivent du spectacle vivant et qui souffrent tant depuis des mois déjà.

La culture en général et le théâtre en particulier ne servent à rien dans l'esprit de beaucoup de gens. Les intermittents sont considérés comme des feignants qui vivent sur le dos de la société avec leur système d'indemnisation soit disant privilégié. Ces gens-là ont-il idée de critiquer les joueurs de foot au salaires faramineux qui se contentent de courir après un ballon ? (je force le trait volontairement, et encore, je reste sobre).

Mais nous voici le 6 juillet. La culture se dote d'une nouvelle ministre. Wait and see, voir si la culture peut incuber comme dans un laboratoire médical et donner rapidement cet élan que l'on attend depuis trop longtemps.

Le Festival d'Avignon et le Off auraient du commencer il y a 3 jours. Pourtant en cette première semaine de vacances d'été il y a des raisons d'espérer ne pas passer un été sans culture, sans théâtre, sans cirque, sans musique, sans danse. "Innovez" a-t-on intimé aux professionnels de la culture, eux qui font de l'innovation le moteur de leur action quotidienne.

Nous n'irons pas à Avignon, ni au Puy du Fou mais nous irons à Paris pour le Festival Paris l'Eté dans une version raccourcie du 29 juillet au 2 août.  Du théâtre immersif avec "A game of you", du cirque avec Les filles du renard pâle ou avec Nicolas Fraiseau et Christophe Huysman, de la danse avec François Alu, Sébastien Barrier et avec la compagnie Philippe Louranço, de la magie avec Yann Frisch, du théâtre avec David Lescot (ma chronique de "j'ai trop peur" en cliquant ICI  ) ou avec le Munstrum Theatre, des lectures, des installations, bref des spectacles pour tous les goûts et pour tous les âges.



A Paris nous irons aussi au Théâtre 14 qui donne la possibilité à quelques spectacles qui auraient du être joués dans le Off 2020 de présenter leur travail du 13 au 18 juillet grâce au "Paris Off Festival". Le programme complet sur le site pour découvrir 15 propositions dont, entre autres, "Mon premier c'est désir" version moderne de "La princesse de Clèves" par la compagnie MSKT, "Spéciment" un spectacle sur l'adolescence de la compagnie "La rousse" ou "Moi Malvolio" où la compagnie des 7 sœurs explore l'univers de Shakespeare;


Nous irons à La Colline du 7 au 18 juillet où Wajdi Mouawad propose une nouvelle mise en scène de "Littoral" avec de jeunes comédiens, "parce qu'on a tous besoin d'un miracle" ; au Théâtre de la Ville  tout le mois de juillet pour un été solidaire : 5 spectacles à 10€ et gratuit pour les moins de 14 ans et pour les soignants, dont "J'ai trop d'amis" de David Lescot (la suite de "j'ai trop peur" (cf ci-dessus) et "Alice traverse le miroir" de Fabrice Melquiot, Lewis Caroll et Emmanuel Demarcy-Mota ; à La Villette pour du cinéma en plein air pendant tout l'été, de la danse du 2 juillet au 2 août, Plaine d'artistes / dans les coulisses de la création avec avec Mourad Merzouki, François Chaignaud ou Angelin Preljocaj.

Nous irons au Quai à Angers où Thomas Jolly propose un été impromptu, théâtral et festif pendant les mois de juillet et d'août. Au programme, entre autres, "La ferme des animaux" d'après Georges Orwell mis en scène par Youssouf Abi-Ayad, ou "La nuit de Madame Lucienne" mis en scène par le maître des lieux pour une promenade dans un théâtre vide, et une dizaine d'autres propositions théâtrales ou musicales.


Nous irons sur les bases de loisirs d’île de France du 18 juillet au 30 août pour retrouver les Tréteaux de France et l'Ile de France fête le théâtre : un été de spectacle et d'animation pour petits et grands. Au programme du théâtre classique avec "Britanicus", du grand théâtre populaire avec "Faire forêt", et deux spectacles jeune public : "Frissons" (à partir de 4 ans) et Venavi (à partir de 7 ans) . Et en plus c'est GRATUIT !

Nous irons peut-être à Bussang, où le théâtre du Peuple pourrait proposer une petite forme suite à l'annulation historique de son festival d'été.

Et nous irons partout où les scènes ouvertes ou fermées accueillerons un public toujours plus avide de culture.

Bonnes vacances à tous, bel été sous le signe de la culture qui se ré-invente.

Pour que vive le spectacle vivant
Allez au théâtre
et au Cirque

jeudi 2 avril 2020

THE PRISONER

QUELLE EST NOTRE PRISON ?
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Cette période étrange et inédite de confinement qui nous prive de contact physique et, entre autres, de l'accès libre à nos loisirs et nos passions, s'avère finalement très riche en découvertes culturelles grâce au foisonnement d’œuvres en tout genre mises en ligne par les théâtres ou les compagnies. Ainsi les Bouffes du Nord nous donnent-ils à voir plusieurs spectacles de leur catalogue dont "The prisoner". Voici ma première chronique d'un spectacle vu en captation pendant cette période où le temps s'étire différemment.


UN THÉÂTRE PUR

Un homme nous narre un récit étrange. C'est l'histoire d'un homme assis dans le désert avec pour seul horizon une prison. Il lui est interdit de partir. Pourquoi est-il là ? A qui lui pose la question il répond "I am here to repair" (je suis la pour réparer). Quel crime doit-il ainsi expier ? Pourquoi n'est-il pas dans la prison ? Combien de temps cela va-t-il durer ?

La force du théâtre de Peter Brook et de Marie-Hélène Estienne réside pour moi dans trois axes : la sobriété des décors alliés à la subtilité de la scénographie, la perfection de la direction d'acteur et la virtuosité de comédiens, la part belle faite au texte, toujours limpide (même en anglais).

The prisoner a été créé en 2018, né d'une rencontre en Afghanistan avec un homme assis devant une prison. On pourrait être dans une tragédie grecque. Le prisonnier de Peter Brook a tué son père parce que que ce dernier couchait avec sa fille. Il a agi par jalousie, lui-même étant également amoureux de sa sœur. Mais l'argument n'est que le prétexte à la mise en oeuvre de la punition. Le narrateur nous conte en fait une fable philosophique, un conte initiatique. L'homme vivra sa sentence non pas privé de sa liberté physique. C'est enfermé en lui-même qu'il fera le chemin qui le mènera vers sa liberté. Mais ceux qui viennent le voir sont-ils pour autant plus libres? Condamné à vivre mentalement son emprisonnement, son silence et son immobilisme perturbent sa famille, les villageois voisins et le fonctionnement de la prison qui lui fait face. Chaque personnage de cette fable, coupable ou acteur de la tragédie, juge ou témoin de l'exécution de la sentence, suivra son propre chemin intérieur pour trouver sa propre vérité.

Quelques éléments de décor (un banc en bois, quelques branches, un peu de foin, un jerrican, une couverture) suffisent à permettre au spectateur de visualiser la cellule, la montagne, la forêt, le désert, la prison, le village dans le lointain. Les magnifiques lumières de Philippe Vialatte créent l'atmosphère du conte, propice à la réflexion intérieure, illuminent ce chemin intime et jouent la proximité avec le spectateur. Les comédiens et la comédienne sont magnifiques de justesse, de sensibilité et de retenue. Le jeune Hiran Abeysekera (le prisonnier) est splendide de fraîcheur. La candeur de son regard d'enfant se durcit avec l'épreuve du châtiment pour retrouver sa sérénité au bout du chemin. 


CONFINEMENT INTÉRIEUR

Je n'ai pas vu ce spectacle lors de sa création. Le voir aujourd'hui, alors que depuis 16 jours la France vit un confinement général où chacun est reclus dans son "home sweet home" seul ou en famille, donne un angle bien différent de ce que j'aurai pu ressentir entre les murs rouges du beau théâtre des Bouffes du Nord. Comment ne pas faire un parallèle entre cet homme et ce que vit aujourd'hui plus de la moitié de la population mondiale ? Cet enfermement pour raison sanitaire n'est-il pas pour chacun d'entre nous l'occasion inespérée de nous interroger sur notre monde d'avant, celui que nous avons contribué, d'une manière ou d'une autre, à construire (ou à détruire, c'est selon), et à envisager le monde d'après, celui dans lequel nous avons vraiment envie de vivre et voir grandir les générations futures ?

"To pay you must free yourself. You have learned to survive but this is not enough. You must go deeper in yourselg. One day you will know that your time is over [..] One day you will know that day you'll be free to leave and go back to life and take place in life".

Comme le narrateur Peter Brook ne nous donnera pas de réponse toute faite. Chacun partira avec ses interrogations et sa vérité ou bien le point de départ de sa quête intérieur.

N'est-ce pas ce à quoi nous incite aujourd'hui Peter Brook, à profiter de cette période de privation de libertés pour mener notre quête intérieure ?


En bref : entre tragédie grecque et conte initiatique, The Prisoner sème en nous les graines d'une quête intérieure. Graines qui dans cette période de confinement sanitaire pourraient faire éclore des nombreuses surprises lorsque tomberont nos prisons intérieures et s'ouvriront à nouveau les portes vers l'extérieur.

The prisoner, de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, mise en scène des auteurs, avec Hiran Abeysekera, Ery Nzaramba, Omar Silva Kalieaswari, Srinivasan, Sean O'Callaghan

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
A voir en captation jusqu'au 6 avril 2020 sur Viméo :
Lien en cliquant ICI

et pour une fois (le moins longtemps possible j'espère) je vous dis

RESTEZ CHEZ VOUS !

et prenez soin de vous


Vu en captation - Avril 2020

lundi 9 mars 2020

LE QUAI DE OUISTREHAM

LA VOIX DES INVISIBLES
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Il y a 10 ans Florence Aubenas écrivait le récit de  mois d'immersion dans l'univers des personnels d'entretien. Au théâtre 14 Magali Bonat et Louise Vignaud portes à la scène la parole de ces invisibles. Un spectacle et un live chocs.

2009. Au cœur de la crise la journaliste Florence Aubenas a le sentiment de ne pas comprendre le monde autour d'elle, de perdre pied avec la réalité. Elle décide de partir en province, vivre la vie des victimes de la crise, chercher anonymement un travail.. Elle s'est fixé quelques limites dont celle de terminer l'expérience lorsque lui sera proposé un CDI. Cela arrivera au bout de 6 mois.

Lorsque Louise Vignaud découvre ce texte elle décide de s'en emparer pour lui donner un autre écho politique, sur les planches. C'est Magali Bonat qui sera la voix de ces femmes devenues invisibles qui dès avant l'aube et jusque tard dans la nuit font de nos lieux de travail des espaces propres. C'est en Normandie, autour de Caen, que la journaliste va vivre cette plongée dans un monde du silence. "Ici on ne cherche pas du travail, on cherche des heures". Car sans autre diplôme que le BAC, sans expérience professionnelle, seule, une femme n'a d'autre voie professionnelle possible que celle du nettoyage.

Dans la mise en scène dépouillée de Louise Vignaud, Magali Bonat restitue toute la clarté, la force, la beauté des mots de Florence Aubenas. Seule ne scène pendant un peu plus d'une heure la comédienne restitue ce qui relève plus du documentaire que du texte théâtral. Avec humanité et humour la langue de la journaliste fait la démonstration réaliste d'un monde où la pénibilité n'est pas qu'un mot lâché sur les bancs de l'Assemblée Nationale mais le quotidien de ces femmes dont les corps ploient sous les contraintes d'un travail méprisé et pourtant si nécessaire. Un monde où sans voiture tu ne peux pas travailler, un monde où payer son carburant quelques centimes de plus est une charge insupportable par rapport au salaire horaire payé (sans parler des heures non payées, celles du trajet, de l'attente, ou les heures supplémentaires qui passent à l'as mais qu'elles ne vont pas réclamer pour ne pas perdre ce boulot si mal payé mais si indispensable).

L'émotion est là, sans pathos mais brute et vraie. La plume de Florence Aubenas est précise, prend parfois des accents lyriques. Chaque description de situation, d'environnement, de personnalité est ciselée, et l'interprétation de Magali Bonat est si limpide que Marilou et les autres prennent vie devant nos yeux, avec leurs maigres espoirs et surtout leurs galères quotidiennes pour survivre à défaut de vivre. L'autrice / narratrice se fait parfois spectatrice de cette précarité subie.

Le décor n'est fait que d'un paperboard et d'une chaise. Un décor aussi dépouillé que la vie des invisibles. La mise en scène de Louise Vignaud est fluide, énergique, dynamique. Elle permet à Magali Bonat d'exprimer pleinement la précarité de ces vies, l'univers harassant et contraignant dans lequel ces femmes évoluent quotidiennement, dans le silence et la douleur. "Vous êtes plutôt le fond de la casserole" dira le conseiller de Pôle Emploi.

Créé à Lyon aux Célestins en 2018 "La quai de Ouistreham aura mis 2 ans à arriver à Paris. Merci aux jeunes directeurs du Théâtre 14 d'avoir ouvert leur scène à cette parole nécessaire.

En bref : Magalie Bonat porte avec force et justesse les mots de salariés précaires et invisibles, dans une mise en scène sobre de Louise Vignaud qui restitue avec émotion le récit autobiographique de Florence Aubenas. Un spectacle nécessaire

Le quai de Ouistreham, de Florence Aubenas, mise en scène Louise Vignaud, avec Magali Bonat

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre 14 
20 Avenue Marc Sangnier 75014 Paris
Du 3 au 14 mars 2020

Tournée
8 avril 2020 - Le pied aux planches - Largentière
19-28 mars 2020 - Théâtre de la Croix Rousse, Lyon
31 mars 4 avril - Scène nationale de Sète



Crédit photo @Rémi Blasquez
Vu Mars 2020 - Théâtre 14 - Paris

dimanche 16 février 2020

JE M'APPELLE ERIK SATIE COMME TOUT LE MONDE

SATIE...L'EXUTOIRE !

Le regard de Corinne


Laétitia Gonzalbes, auteur, metteur en scène prolixe (récemment trois pièces à l'affiche au  Théâtre de la Contrescarpe) lève un coin de voile sur des épisodes de la vie de ce personnage atypique qu'était Erik Satie : auteur, compositeur, célébré dans le monde et pourtant, seul et sans attache, mort dans une grande pauvreté ignorée de ses amis. Mais le récit de ce personnage n'est qu'un prétexte, comme nous le découvrirons à la fin de la pièce.

Sur la toile du fond de scène, devenue grand écran pour l'heure, un dessin intuitif de Suki, illustrateur poétique, nous apprend l'évasion d'un hôpital psychiatrique d'une femme et d'un homme. L'alerte est donnée pour les rechercher. Puis, grâce à une horloge animée, nous remontons le temps pour comprendre.

Une heure plus tôt donc : dans une salle de ce même hôpital, arrive Anna (Anaïs Yazit) jeune infirmière inexpérimentée. Anxieuse, alors qu'elle attend son patient, elle demande les
conseils à sa collègue. Arrive alors Erik Satie et le face à face peut débuter. Une grande proximité, complicité s'installe entre ces deux-là, ils dansent, jouent du piano, se confient, à tel point que nous nous interrogeons sur leurs véritables liens.

Laétitia Gonzalbes met en scène, avec beaucoup de finesse et de délicatesse ce texte (dont elle est aussi l'auteur). Elle nous amène à nous interroger sur la perception, la compréhension de l'autre, supposé ou non, différent. Excentricité, originalité voire même génie pour les uns. Déséquilibre, fragilité pour les autres. Où placer le curseur? Le seul regret que nous pouvons, peut-être formuler, est que cette suggestion intervient tardivement dans le spectacle.

Elliot Jenicot (récent ex sociétaire de la comédie française) est tout simplement remarquable dans son interprétation de Satie. Dans sa diction, sa gestuelle il est son personnage. Quant à Anaïs Yazit sa prestation va crescendo. Elle peine à nous convaincre au début du spectacle, mais, peu à peu, son jeu s'installe pour finir par devenir vraiment convaincant et poignant quand les masques tombent.

En bref : C'est un spectacle en trompe l'œil dont le sujet est intéressant même si pas facile à appréhender, servi par deux beaux et émouvants artistes.


Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde de Laétitia Gonzalbes avec Elliot Jenicot, Anaïs Yazit,  costumes et décors Claire Avias, illustration et animation : Suki


Théâtre de la contrescarpe
5 Rue Blainville 75005 Paris
Du 17 novembre 2019 au 6 mars 2020

samedi 11 janvier 2020

LA MOUCHE

LA MOUCHE PIQUE AU COEUR
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Il y a 4 ans Christian Hecq et Valérie Lesort enchantaient petits et grands avec leur adaptation théâtrale de 20.000 lieues sous les mers. Le duo revient sur scène avec ses marionnettes et son théâtre d'objet pour La mouche, nouvelle fantastique qui avait été adapté à l'écran par David Cronenberg. Un univers étrange et drôle.

Lorsque le talent de plasticienne de Valérie Lesort rencontre le talent et l'humour de Christian Hecq cela ne peut que faire mouche ! L'univers un peu étrange de Valérie Lesort convient parfaitement au registre du fantastique. Son art, cette spécialiste du masque l'a agrémenté avec la marionnette, les accessoires et les effets spéciaux et peaufiné tant au théâtre qu'au cinéma ou à la télévision. Quant à Christian Hecq, celui qui se voyait physicien trouve au théâtre le moyen d'exprimer son côté clownesque. Avec sa compagne Valérie Lesort il crée avec La mouche un spectacle qui nous surprend, nous fait rire et nous émeut.

Pourtant l'histoire est connue. Un scientifique un peu fou va tester sur lui-même son invention qui permet la télé-transportation. Mais une mouche s'est glissée dans le télépod et après l'expérience le chercheur va progressivement se transformer en insecte. S'ils se sont inspirés de la nouvelle de George Langelaan, les deux artistes ont trouvé leur inspiration dans le film de Cronenberg mais aussi et surtout dans la série télévisée Strip tease et plus particulièrement dans l'épisode "la soucoupe et le perroquet".

Ainsi nous voici dans le terrain occupé par Robert (Christian Hecq) et sa mère Odette (Christine Murillo). L'ambiance de Strip Tease est parfaitement reconstituée. Au cœur d'une certaine ruralité le couple formé par la mère et le fils a une relation à la fois désopilante et étrange. Robert, vieux garçon pas très fin, passe ses journées dans son garage où il multiplie les expériences de téléportation. Tout ce qui lui tombe sous la main, objet ou organisme vivant, est susceptible de lui servir de cobaye. La mère Odette n'essaie plus de comprendre son fils mais s'interroge sur les disparitions qui se multiplient autour d'elle, surtout qu'elle aurait bien aimé caser son Robert avec la petite Marie-Pierre (Valérie Lesort) qui est revenue au pays. Lorsque l'inspecteur Langelaan (Stephen Wojtowicz) arrive pour mener l'enquête sur la disparition de Marie-Pierre il faudra bien qu'Odette accepte la sombre réalité sur le destin de son fils chéri.

La force du spectacle est de réussir à nous surprendre. Pas de grands effets spéciaux comme au cinéma, mais une créativité qui crée un univers décalé, entre humour et fantastique, où s'exprime notamment tout le potentiel du jeu physique de Christian Hecq. La scénographie d'Audrey Vuong, les accessoires et éléments de costume ou de décor, tout concours à la fois à un certain réalisme mis en parallèle avec un monde fantastique. Ainsi les télépods qui, tels un théâtre noir, permettent de créer l'illusion, enfermant des objets ou des cobayes soumis à la lévitation, à la déformation ou autres phénomènes matérialisant la téléportation. Idem pour la mise en scène de la transformation physique de Christian Hecq.

S'il fallait émettre un critique on peut regretter le nombre de noirs qui cassent le rythme de l'action, quand bien même l'univers choisi par Valérie Lesort et Christian Hecq intègre un tempo lent. 

On ne peut que saluer la qualité de jeu du quatuor. S'il est un brin caricatural, Stephen Wojtowicz campe un inspecteur Langelaan entre Clouseau et Tati. Valérie Sort est une irrésistible Marie-Pierre très nunuche. Christine Murillo est une Odette d'un naturel hyperréaliste. Quant à Christian Hecq il est drôle et bouleversant, jouant sur toutes les facettes du clown et du comédien.

En bref : Entre polar, comédie et science-fiction, Valérie Lesort et Christian Hecq misent sur l'humour et l'absurde et réussissent à nous surprendre et à nous émouvoir en adaptant avec brio cette nouvelle fantastique.

La mouche, librement inspiré de la nouvelle de George Langelaan, adaptation et mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq, avec Christian Hecq de la Comédie Française, Valérie Lesort, Christine Murillo, Stephan Wojtowicz, scénographie Audrey Vuong, Lumières Pascal Laajili, création sonore et musique Dominique Bataille, guitare Bruno Polius-Victoire, costumes Moïra Douguet, plasticiennes Carole Allemand et Valérie Lesort, assistant à la mise en scène Florimond Plantier, création vidéo Antoine Roegiers, technicien vidéo Eric Perroys, accessoiristes Manon Choserot et Capucine Grou-Radenez

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Bouffes du Nord
37 bis boulevard de la Chapelle - 75010 Paris
Du 8 janvier au 1er février 2020



Vu le 8 janvier 2020 - Bouffes du Nord
Crédit photo @Fabrice Robin

dimanche 5 janvier 2020

LA PUCE A L'OREILLE - Comédie Française

LA PUCE FAIT MOUCHE
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Alors que Feydeau séduit toujours plus les metteurs en scène et que ses pièces se multiplient dans les programmations, la Comédie Française présente une Puce à l'oreille relookée par Lilo Baur. Un spectacle des plus réjouissants.

Ceux qui me connaissent ou qui me suivent depuis plus ou moins longtemps savent que les histoires d'amant dans le placard et les portes qui claquent ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Il faut donc tout le talent de la troupe du français, la vision scénique de Lilo Baur et le pouvoir de persuasion de mes comparses de Radio Mortimer pour me convaincre de prendre une place pour ce spectacle que je n'avais pas retenu dans mon abonnement.

Et je dis merci à Lilo Baur et à cette troupe magnifique qui a su me faire aimer (enfin) le théâtre de Feydeau. Ça commence par un magnifique décor. L'action est transposée à la montagne, dans un chalet des années 1960. La chaleur de ce salon fait contraste avec la neige qui enrobe les sapins que l'on distingue derrière une grande baie vitrée qui occupe un tiers du fond de scène, libérant un espace intelligemment en lui donnant vie par des passages de personnages dans le ton de cette comédie très enlevée.

Dès les premières secondes l'ambiance 1960's s'installe avec une musique et une danse décalée du Docteur Finache (magnifique Alexandre Pavloff qui campe un personnage qui fait beaucoup penser à l'inspecteur Clouzot ou à un Jacques Tati très volubile). L'intrigue est simple : Mme Chantebise (Anna Cervinka) soupçonne son mari (Serge Bagdassarian) de la tromper. Avec l'aide de sa meilleure amie Lucienne (Pauline Clément) elle imagine un stratagème pour confondre l'époux supposé volage. Entre le chalet et l'hotel du Minet Galant les quiproquos ne vont pas manquer jusqu'à ce que la vérité ne se fasse.

On le sait, la mécanique du rire des pièces de Feydeau repose essentiellement sur une mise en scène et un jeu millimétrés. Le rythme de la mise en scène de Lilo Baur est effréné. Certains mots sont soulignés avec intelligence par le jeu des comédiens. Tout est en place et on rit à gorge déployée. Jusqu'aux changements de décor à vue, par les comédien.ne.s, qui se font dans cette ambiance décalée, avec cette le pétillant des années yé-yés, et aux costumes totalement réussis.

Quant aux comédiens ils sont tous tout simplement excellents. Parmi eux mentions particulières au pétillant duo Anna Cervinka / Pauline Clément, dont les mimiques souvent en miroir sont d'une irrésistible drôlerie, et qui composent des personnages hilarant. Alexandre Pavloff est un inénarrable Docteur Finache. Jérémy Lopez semble prendre un grand plaisir dans son rôle d'hidalgo. Nicolas Lormeau compose un magnifique Etienne à la prononciation déformée. Quant à Sébastien Pouderoux il excelle dans son interprétation du séduisant Romain Tournel. Sans oublier la double prestation de Serge Bagdassarian, digne M. Chamdebise et rustique Poche.

En bref : même (et surtout) si vous n'êtes pas fan des vaudevilles courrez à la Comédie Française savourer cette formidable "Puce à l'oreille" mise en scène avec brio par Lilo Baur. Vous ne le regretterez pas. Du Feydeau grand format ! Immanquable !

La puce à l'oreille, de Georges Feydeau, mise en scène Lilo Baur, scénographie Andrew D. Edwards, costumes Agnès Falque, avec Thierry Hancisse, Cécile Brune puis Clotilde de Bayser, Alexandre Pavloff, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Jérémy Lopez, Sébastien Pouderoux, Anna Cervinka, Pauline Clément, Jean Chevalier, Elise Lhormeau, Birane Ba, et les comédiens de l'académie de la Comédie Française Camile Seitz, Aksel Carrez, Mickaël Pelissier, Nicolas Verdier, des skieurs et une fanfare

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française
Salle Richelieu - Place Colette - 75001 Paris
Du 21 septembre 2019 au 23 février 2020

Vu janvier 2020 - Comédie Française

dimanche 22 décembre 2019

STELLAIRE - Stéréoptik - Le regard de Corinne

BIG BANG AMOUREUX

Le regard de Corinne


Le nouveau spectacle de la compagnie Stéréoptik est une invitation à la flânerie, à la rêverie cosmique, une balade à mi chemin entre le réel et la fantaisie/ l'imaginaire.

Pas facile de rebondir après le succès mondial de « Dark Circus », présenté au Festival d'Avignon en 2015. Jean Baptiste Maillet et Romain Bermond ont accompli cette prouesse avec « Stellaire » une création originale, inventive à travers laquelle nous  retrouvons leurs fondamentaux : la musique, la peinture, le dessin.

De part et d'autre de la scène, chacun devant son établi créatif, le duo d'artistes « touche à tout » déroule, sur grand écran, l'histoire, il est vrai assez classique, d'une rencontre, d'un coup de foudre entre une astrophysicienne et un peintre.

L'intérêt du spectacle n'est pourtant pas là mais plutôt dans la façon d'accompagner ce couple dans le voyage poétique qu'ils réalisent. L'idée de ces auteurs, passionnés d'astronomie, est de créer un parallèle entre l'expansion de l'univers, que nous avons longtemps cru délimité, et l'alchimie, la fusion générée par une rencontre amoureuse.

Comme l'univers, la relation de ces deux-là chemine, évolue, s'étend. Ainsi, nous les accompagnons au cours d'une balade dans la nature qui, en quelques coups de pinceaux, se transforme en promenade dans l'univers (nous croyons reconnaître Saturne, mais peut-être est-ce une autre planète).

En quatimini, Jean Baptiste Maillet rejoint Romain Bermond pour réaliser une peinture à quatre mains, ce qu'ils n'avaient encore pas expérimenté. Puis de retour à sa place, il nous propulse dans l'univers grace à quelques gouttes de peinture laissées tomber dans un aquarium filmé.


Ces deux artistes bricoleurs, motivés par les différentes façons de raconter les histoires, poussent plus loin la création en intégrant des images filmées à leurs planches de peinture, tout cela sur fond musical et jeu de lumière. C'est la proposition qu'ils nous font pour nous émerveiller, pour nous embarquer dans leur univers.

Seul bémol à ce spectacle, les conférences sur l'univers, passages parlés, qui entrecoupent cette balade et qui du coup lui donnent un coup d'arrêt (sans pour autant nous en apprendre beaucoup plus sur le cosmos).

En résumé : L'inventivité, la créativité de ces deux artistes nous enchantent et parvient à nous faire participer, adhérer à ce voyage poético - cosmique.

Stellaire, un spectacle de Stéréoptik, créé et interprété par Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Olympia
Rue de Luce Tours (37000)
Du 12 au 20 décembre 2019

lundi 9 décembre 2019

VOUS QUI PASSEZ SANS ME VOIR - Théo Théâtre

UNE BELLE SURPRISE
***


Dans la famille Biessy on a le théâtre dans le sang. Si le public parisien commence à bien connaître Frédéric et Mélanie Biessy qui depuis 2 saisons font revivre La Scala Paris. Le monde du théâtre amateur de son côté connaît très bien Sébastien et Béatrice Biessy, et leurs enfants, qui cette année encore, comme ils le font depuis 28 ans, mèneront de main de maître le festival de Théâtre de Maison Laffitte. Organisateurs, programmateurs mais aussi metteur en scène, comédien et comédienne. Et voilà que Sébastien Biessy ajoute une corde à son arc en écrivant et mettant en scène sa première pièce : Vous qui passez sans me voir.

Dans la loge d'un théâtre une femme attend le comédien renommé qui est en train de jouer Othello. Lui est sur la fin de sa carrière. Arrivé tardivement dans le monde du théâtre il est devenu rapidement un grand comédien et un grand séducteur. Mais qui est cette femme ? Qu'attend-elle de cet homme ? Comédienne amateur elle se lance avec lui dans l'interprétation de quelques scènes connues du répertoire. Il tente de la séduire, évidemment serait-on tenté de dire. Mais rapidement le séducteur va se trouver confronté à son passé, une vie qu'il a tenté d'oublier depuis de nombreuses années. Ce qui commence comme une mise en abyme du théâtre et une comédie devient une plongée dans la petite histoire au sein de la grande.

L'écriture de Sébastien Biessy n'est pas sans faire penser à Stefan Zweig. Oui, j'ose la comparaison tant elle m'est apparue évidente. Peut-être parce qu'il est question de la Deuxième Guerre mondiale, du Brésil, d'une fuite, de nazis en exil. Certainement aussi par la sensibilité, la qualité de l'écriture, la structure dramaturgique.

Ceux qui connaissent le travail de la compagnie de la Mansonnière on souvent vu Béatrice Biessy dans des rôles de comédie. Avec "Vous qui passez sans me voir" elle a l'occasion de démontrer qu'elle peut exprimer toute une palette d'émotions, de la comédie au drame. Quant à son partenaire Yves Chambert-Loir, s'il en fait parfois un peu trop au début (mais je l'ai vu un soir de première avec la tension que cela implique) il construit un personnage à la fois touchant, agaçant, que l'on se prend à détester mais qui au final reste attendrissant.

La mise en scène est très fluide. Une fois passé la légèreté de l'introduction on entre dans une trame dramatique où les flashbacks s'incrustent dans le présent. Ces voyages dans le temps se font avec aisance, Béatrice Biessy passant d'un personnage à un autre sans jamais nous perdre, sans que jamais nous ne doutions de quelle femme il est question. Le décor simple bascule lui aussi facilement d'un espace à un autre, d'une époque à l'autre, avec quelques belles idées de mise en scène.

En bref : Une histoire d'amour , de passion, de désir, de frustration et de désillusion. Un duo de comédiens qui nous fait vibrer. Une écriture émouvante. Tous les éléments sont réunis pour une belle soirée de théâtre, d'histoire et d'émotion.

Vous qui passez sans me voir, de Sébastien Biessy, avec Béatrice Biessy et Yves Chambert-Loir.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théo Théâtre
20 Rue Théodore Deck 75015 Paris
Tous les vendredis à 21h - du 8 novembre au 20 décembre 2019


mercredi 4 décembre 2019

FUNNY GIRL - Théâtre Marigny

ÉBLOUISSANTE CHRISTINA BIANCO
***** 



En 1964 New York découvre le talent de Barbra Streisand dans une comédie musicale qui raconte l'histoire de Fanny Brice, actrice et chanteuse du début du 20e siècle qui par son talent exceptionnel fit changer les codes des castings. La comédie musicale arrive à Paris grâce à Jean-Luc Choplin. Le nouveau directeur de Marigny réussi un sans faute et fait exploser le talent de Christina Bianco, digne successeur de la grande Barbra.

DANS LES PAS DE BARBRA

En 1910 Fanny Brice n'a pas le physique des grandes danseuses qui font la beauté et la renommée des Ziegfield Follies. Mais le talent et le culot l'emportent sur les principes du grand Florenz Ziegfield. Lorsqu'il entend Fanny Brice le grand Ziegfield tombe sous le charme, et ne lui résiste pas. Elle fera le bonheur de ces spectacles pendant plusieurs années avant que le personnage de Baby Snooks ne continue sa carrière à la télé et à la radio. des années passionnées pour la jeune femme, passion pour la scène et passion amoureuse pour Nicky Arnstein, son premier mari. En 1923 Fanny Brice fit scandale en se faisant opérer du nez, une correction de ce physique non conforme aux standards de l'époque.

LA RÉVÉLATION DE LA TRÈS GRANDE CHRISTINA BIANCO

Sur la scène du théâtre Marigny Christina Bianco reprend le rôle créé à Broadway par Barbra Streisand, cette dernière le portant au cinéma en 1968, remportant un Oscar ex-æquo avec Catherine Hepburn. Le challenge est donc élevé. Et Christina Bianco réussit à faire oublier son illustre modèle. Dès la première chanson sa voix séduit tout le public par sa force, sa justesse, sa virtuosité. La chanteuse et imitatrice à succès a fait traverser l'Atlantique à Jean-Luc Choplin et décroché le rôle-titre de cette nouvelle création. Et on ne peut que le remercier d'être allé la chercher aux USA. La  chanteuse est également une formidable comédienne qui se glisse avec talent dans la peu de Fanny Brice. Ce petit bout de femme laisse éclater un immense talent.

Le reste de la distribution est tout aussi parfait, et si le personnage de Fanny Brice est omniprésent les rôles secondaires sont tous au top du professionnalisme. Ashley Day est un fringuant et sémillant Nick Arnstein, touchant dans son amour pour la pétillante Fanny et dans sa dégringolade sociale tandis que la femme de sa vie monte vers le succès. Tous sont parfaitement dans leur rôle et séduisent par leurs talents. Les danseurs et danseuses nous emportent sur les scènes de Broadway au son de l'orchestre du théâtre Marigny dirigé par James McKeon.

Tout est réussi dans ce spectacle. La mise en scène et les chorégraphies de Stephen Mear sont dignes des meilleures productions de Broadway. Rythme et émotion sont présents. Les décors Peter MacIntosh se succèdent avec fluidité. On pourrait regretter que tant de professionnalisme et de perfection soient au détriment de l'émotion. Ce serait oublier le charme de Christina Bianco qui nous tire une larme sur sa dernière chanson.

En bref: Avec Funny Girl le théâtre Marigny nous offre un beau cadeau pour les fêtes de fin d'année. La talentueuse et pétillante Christina Bianco est une lumineuse Fanny Brice qui amuse, séduit, émeut et nous emporte dans les coulisses du Broadway du début du 20ème siècle. Un spectacle bonheur à savourer en famille.

Funny Girl, de Bob Merrill, Jule Styne et Isobel Lennart, mise en scène Stephen Mear, avec Christina Bianco, Ashley Day, Rachel Stanley, Matthew Jeans, Mark Inscoe, Ashley Knight, Shirley Jameson, Jessica Buckby, l'orchestre du Théâtre Marigny, et les danseurs et danseuses Joanna Goodwin, Jinny Gould, Jennifer Louise Jones, Jessica Keable, Billie Kay, Gabby Antrobus, Emily Ormiston, Matthew John Gregory, Ben Oliver, Emma Johnson, Josh Andrews

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Marigny
Carré Marigny 75008 Paris
Du 7 novembre 2019 au 7 mars 2020


Crédit photo @Julien Benhamou

dimanche 1 décembre 2019

PLUS HAUT QUE LE CIEL Théâtre Antoine - Le regard de Corinne

LE PYLONE

Le regard de Corinne



Il suffit d'évoquer la Tour Eiffel pour penser automatiquement à Paris. C'est très
probablement le monument historique Français le plus connu. C'est le symbole de Paris. Et
pourtant, elle ne s'est pas imposée comme tel en 1884 quand deux ingénieurs passionnés,
ses pères, l'ont présentée à Gustave Eiffel.

A travers cette pièce originale, Florence et Julien Lefebvre nous retracent le contexte
historico - financier de la naissance de la dame de fer. La mise en scène rythmée, endiablée,
de Jean Laurent Silvi nous fait entrevoir toutes les péripéties qu'il a fallu affronter pour faire
aboutir ce projet.

1884, Nouguier et Koechlin, ingénieurs chez Eiffel, lui présentent leur dernière idée originale : une tour de 300 m, la plus haute au monde, une prouesse de technologie. Ce projet est pourtant fraîchement accueilli, et par Eiffel qui ne voit pas immédiatement l'intérêt qu'il peut tirer de cette innovation ni la notoriété qu'elle peut lui apporter, et par Monsieur Salles son futur successeur à la tête de l'entreprise et futur gendre qui la trouve trop risquée et trop onéreuse. Les deux concepteurs font face au scepticisme, aux sarcasmes de leurs pairs qui ne voient en la tour qu'un pylône. Rien de bien glorieux, de bien grandiose. Mais c'est sans compter sur une alliée inattendue, Claire Eiffel, qui voit là le moyen de s'impliquer dans l'entreprise familiale et de prouver ses compétences.

La mise en scène de Jean Laurent Silvi impulse une dynamique à la pièce à la hauteur de
l'enthousiasme et du rejet suscités par cette tour. Nous sommes dans un tourbillon. Cette
construction exacerbe les passions, tranche les avis : pas de demi mesure, nous l'aimons ou
nous la détestons.

Le décor contribue à cette sensation d'assister à un événement historique. Il faut agir vite, convaincre les uns et les autres, il faut se battre pour sa réalisation ou non. Nous changeons donc fréquemment de lieux (tour à tour dans les bureaux de l'entreprise Eiffel, dans ses appartements privés, dehors…) pour marquer, accentuer l'énergie qu'il faut déployer.

L'interprétation des comédiens alimente la frénésie provoquée par cette "idée du siècle" (qui
est loin d'en être une pour certains). Nous avons un Gustave Eiffel (Frédéric Imberty) tout en bonhomie mais une fois convaincu, qui retrouve ses réflexes d'entrepreneur déterminé à mener à bien cette aventure. Nouguier (Axel Blind) et Koechlin (Nicolas Le Guen) tels des enfants, sont excités par leur trouvaille et par l'envie de la faire partager. Ils sont passionnés voire même survoltés pour Nouguier au tempérament plus chaud. Une Claire Eiffel (Margaux Van Den Plas), jeune fille de bonne famille, mais pas prête à rendre les armes face à son père et son futur époux. Elle aussi est gagnée par l'excitation du moment car consciente que c'est le chemin pour exister. Monsieur Salles (Thomas Ronzeau) guindé dans son costume de "directeur financier" obnubilé par ses chiffres mais qui finalement se laisse happer par la folie ambiante. Et enfin que dire du ministre (Jean Franco) et de son épouse (Héloïse Wagner), dont nous savons très vite qui porte la culotte! Ils sont hilarants tant ils sont caricaturaux.


En bref: Nous passons un bon moment au théâtre Fontaine avec cette pièce rafraîchissante.

Plus haut que le ciel Une pièce de Florence et Julien Lefebvre, mise en scène de Jean Laurent Silvi avec Frédéric Imberty, Margaux Van Den Plas, Thomas Ronzeau, Alex Blind, Nicolas Le Guen, Jean Franco, Héloïse Wagner

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Fontaine
10 Rue Pierre Fontaine 75009 Paris
Du 17 octobre 2019 au 19 janvier 2020.
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