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mardi 24 octobre 2017

MON ANGE

LA RÉSISTANCE MAGNIFIÉE !
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Le destin d'une jeune femme de son temps, qui se destinait à être avocate et que l'histoire de son pays transforme en héroïne de la résistance kurde. Un texte fort porté avec fouge et détermination par une extraordinaire jeune comédienne.

UNE JEUNESSE PERDUE

Rehana aime Beyoncé, les livres, l'école, ses amies. Elle sera avocate. Hors de question de reprendre la ferme et de suivre les pas de son père qu'elle adore. Mais la vie en a décidé autrement. Son village est à une trentaine de kilomètres de Kobané. Cette ville deviendra une place forte de Daesh. C'est alors la fuite avec sa mère. Mais elle ne supporte pas l'idée d'abandonner son père. Pour le retrouver elle repasse de l'autre côté de la ligne de front. Elle reviendra à Kobané et malgré elle deviendra une héroïne de la résistance kurde.

La jeune Lina El Arabi (tout juste 21 ans) porte ce récit avec force, hargne, rage, ferveur. Sa voix est puissante, rugueuse et âpre comme l'énergie que met Rehana à lutter, contre les forces ennemies. Ennemies de son pays, ennemies de sa communauté, ennemies des femmes. "Mon ange" comme l'appelle son père va se brûler les ailes dans cette plongée progressive dans le conflit, au cœur de l'horreur. Le ton est grave. L'ambiance est sombre. La mise en lumière, les sons (parfois un peu trop fort), le texte nous plongent au cœur des combats. Combat externe et combat interne de cette jeune vie qui se perd dans les ravages de la guerre. "A chaque fois que je tue je meurs un peu".

BOULEVERSANTE INCARNATION

La scénographie est un nuage de plume qui se fait arbre rédempteur, camp de réfugiés, bunker, cour d'école, champ de bataille. Sur cette scène en clair-obscur, avec un extraordinaire travail de lumière, le spectateur cherche la jeune femme, la suit dans cette obscurité prenante. Son et lumière nous entourent tandis que Lina El Arabi capture et captive notre attention. Les mains crispées jamais elle ne décolère, jamais elle ne lâche prise, même lorsqu'une rare plaisanterie voudrait donner une respiration. Dans un seule en scène d'une rare intensité la comédienne éblouie. Pas de temps mort. Le rythme est soutenu, les personnages se succèdent, dialoguent, un mouvement du corps, une modulation dans la voix faisant passer Lina El Arabi de l'un à l'autre. Le spectateur est tendu comme la comédienne dans un spectacle intense, grave et magnifique. On sort du théâtre bouleversé, terrassé par notre impuissance collective et individuelle face à cette évocation puissante de la fin d'un monde, rappel de la triste universalité de cette humanité qui se déchire. Dans ce chaos Mon ange devient un symbole universel de résistance qui fait écho dans le coeur des hommes et des femmes bien au-delà de Kobané.

En bref : un seule en scène grave et intense, bouleversant. Lina El Arabi incarne avec énergie, colère et magnificence le destin d'un jeune combattante kurde en Syrie. Un spectacle essentiel.

Mon Ange de Henry Naylor, traduction de Adelaïde Pralon, mise en scène Jérémie Lippmann assisté de Capucine Delaby, avec Lina El Arabi, décor Jacques Gabel, Costumes Colombe Lauriot-Prevost, lumières Joël Hourbeigt, Musique originale Adrien Lollocou

Angel est le troisième volet de la trilogie Cauchemars d'Orient. Le texte est disponible aux Editions Avant-Scène Théâtre - Renaud&Richardson

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Tristan Bernard
64 Rue du rocher 75008 Paris
du mardi au samedi 21h


vendredi 29 juillet 2016

PARLONS D'AUTRE CHOSE

UNE JEUNESSE ASPHYXIÉE
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UNE COMMUNAUTÉ SOUDÉE

Ils sont 9 : huit filles et un garçon. Ils ont entre 17 et 20 ans. Ils sont en terminale L. Une communauté soudée, munie de ses règles, de ses codes. Ils ne se quittent jamais vraiment : s'ils ne sont pas au lycée ou en soirée ils restent connectés grâce à leurs ordinateurs, leurs smartphones, leurs forfaits illimités.

Ils n'ont connu que "la crise". Enfants de la génération de mai 68 ils vivent cernés par les interdits fixés par leurs parents. N'est-ce pas un comble de la part de ceux qui couvraient les murs de "il est interdit d'interdire" ? C'est une génération en colère. C'est à cause d'Amy Winehouse. C'est à cause de l'espoir. L'espoir ? Quel espoir ? Une génération qui veut mener sa révolution assise derrière son ordinateur, dans une solitude illimitée, qui ne rêve pas mais se demande seulement "comment s'en sortir". Triste constat.

Alors pour oublier cette peur permanente, pour oublier que l'amour ce n'est bien que chez les vieux, que l'image de la femme c'est celle de cette chanteuse internationale qui n'a plus besoin du rappeur pour réussir dans l'industrie du X, pardon dans l'industrie du disque, il y a les soirées. Ces espaces de liberté. Mais "sait-on ce que c'est que d'être libre ?".

Telles des amazones les filles se veulent combattantes, guerrières, fortes, indépendantes. Tel Achille, Tom est le seul admis dans le cercle. Jusqu'à ce 2 mai 2016 où les choses ont dérapé.

ECRITURE COLLECTIVE

PARLONS D'AUTRE CHOSE est une création collective née de la rencontre de jeunes comédiens âgés de 19 à 25 ans avec deux artistes expérimentées : Léonore CONFINO et Catherine SCHAUB. La première a aidé à l'écriture, la seconde a mis en scène les émotions, interrogations, espoirs de ces jeunes réunis au sein du collectif BIRDLAND.

Un projet qui ne se veut pas que culturel. L'objectif du collectif, en plus d'avoir pu présenter son travail à Paris au Théâtre de Belleville et à la Pépinières Théâtre, et de le porter auprès des acteurs de la vie éducative, professeurs et lycéens, pour en faire un objet socio-éducatif source de tables rondes et d'ateliers.

UNE OEUVRE ORIGINALE

Grâce à une écriture directe, jeune, impertinente, pleine d'humour le collectif BIRDLAND nous interpelle, au sens propre comme au figuré, nous étonne, nous dérange parfois, nous déroute, nous émeut, nous touche au cœur.

Les 9 jeunes comédiens sont bourrés de talent, plein d'énergie. Ils secouent le public et tout parent devraient non seulement écouter mais aussi entendre ce que cette jeunesse souvent incomprise a à nous dire.

En bref : Avec PARLONS D'AUTRE CHOSE le collectif BIRDLAND dresse le portrait d'une génération asphyxiée. Une oeuvre originale qui questionne et émeut. Un spectacle actuel. Une parole libérée qu'il faut entendre

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre Tristan Bernard
645 Rue du Rocher 75008 Paris
A partir du 10 octobre 2018 - 19h
 Durée : 1h10


Vu Théâtre du Nouveau Ring - Avignon - Juillet 2016
Mise à jour du 14/10/2018