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dimanche 6 février 2022

LE CANARD A L'ORANGE

UN CANARD SAVOUREUX



Ceux qui me lisent depuis longtemps le savent, le théâtre de boulevard n'est pas ma "cup of tea". C'est certainement pour cette raison que j'avais laissé passer cette mise en scène du fameux Canard à l'orange lors de sa création en 2019. Peut-être aussi parce que pour moi qui comme beaucoup, j'ai grandi avec "Au théâtre ce soir" et des boulevards d'une qualité qui se retrouve rarement aujourd'hui sur les scènes parisiennes. Alors pourquoi aller à la Michodière pour cette reprise ? Peut-être parce qu'après deux années de pandémie, de frustration et d'une ambiance plus que morose, j'avais besoin d'un peu de légèreté. Bien m'en a pris.


La pièce commence par une partie d'échec entre Hugh Preston et son épouse Liz. Il l'a bat à plate couture, comme toujours, puis la piège pour lui faire avouer son infidélité (lui qui n'a pas manqué au cours de leurs 15 années de mariage de succomber aux charmes de nombreuses jeunes femmes !). Liz s'est amourachée de John Brownlow, riche héritier qui en est déjà à son troisième divorce. Commence alors une partie d'échec d'un autre genre, où le roi Preston va enchaîner les coups répondant à une stratégie implacable pour au final mettre son rival échec et mat et ainsi récupérer sa reine.

Le texte de William Douglas-Home, bien que datant de 1967, est adaptée avec brio par Marc-Gilbert Sauvajon, est encore plus modernisé par la mise en scène de Nicolas Briançon. Bien sûr, il y a du Jean Poiret dans cette mise en scène, un hommage au maître, mais il y a aussi le talent d'une équipe qui est à l'unisson. On est loin des portes qui claque et des rebondissements improbables. L'écriture est fine, intelligente, traitant du mariage et de la vie de couple avec plus de profondeur qu'il n'y parait. La traduction et l'adaptation ont su garder toute la richesse de l'humour anglais.

Si le décor de Jean Haas a gardé le charme un peu suranné des années 1960, la mise en scène est très dynamique. Les 5 comédiens ont plaisir à jouer ensemble, en parfaite osmose (mention particulière pour Hélène Médigue qui a repris en 15 jours le rôle de Liz, précédemment interprété par Anne Charrier). Nicolas Briançon en fait des tonnes dans l'humour et l'absurde, sans jamais être dans la caricature ni dans le mauvais goût. On se surprend à être en empathie pour cet homme blessé qui est toujours amoureux de cette femme qui veut le quitter. François Vincentelli est tout aussi hilarant en séducteur benêt et colérique à l'accent belge. Coté féminin, on n'est pas en reste. Sophie Artur est la rigueur de la gouvernante britannique à qui les subtilités des situations provoquées par Hugh Preston échappent totalement. Camille Lavabre est "Patty Pat", Mlle Forsyth, la secrétaire bimbo et ambitieuse de Preston, et élément perturbateur et pièce maîtresse de sa stratégie. Avec ses jambes longues comme un jour sans pain, elle ne laisse pas les hommes indifférents. Elle est pétillante et superbe quand en un geste elle laisse enfin paraître sa vraie personnalité. Et puis il y a Hélène Médigue, la seule qui ne semble pas emportée par ce tourbillon de folie, figure un brin tragique interprétée avec beaucoup de sensibilité.

En bref : Avec cette mise en scène brillante qui doit beaucoup à Jean Poiret, et une distribution brillante et à l'unisson, Nicolas Briançon rend ses lettres de noblesse au théâtre de boulevard de qualité. Ne passez pas à côté de ce Canard à l'orange plus que savoureux.

Le canard à l'orange de William Douglas-Home, adaptation de Marc-Gilbert Sauvjon, mis en scène par Nicolas Briançon, avec Nicolas Briançon, Hélène Médigue, François Vincentelli, Camille Lavabre et Sophie Artur.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre de la Michodière
4 bis rue de la Michodière 75002 Paris
Reprise depuis le 19 janvier 2022
Du mercredi au samedi 20h - dimanche 15h30


Vu février 2022
Crédit photo @Céline Nieszawer

dimanche 8 juillet 2018

OU EST JEAN-LOUIS ?

STAR D'UN SOIR !

**



Envie de connaître les sensations du comédiens face au public parisien ? Au théâtre de la Michodière "Où est Jean-Louis" vous offre la possibilité d'être la star d'un soir.

L'intrigue est légère, le texte aussi : Philippe organise une soirée déterminante pour l'avenir de sa boîte qui est en difficulté. Il a invité un investisseur potentiel et réunit ses principaux collaborateurs. Mais l'un d'entre eux manque à l'appel. Enfin le comédien qui joue le rôle est absent. C'est donc un volontaire dans le public qui va prendre sa place.

En fait dans la soirée trois Jean-Louis vont se succéder. Trois spectateurs choisis au hasard parmi ceux qui se sont portés volontaires en remplissant un petit papier avant de s'installer dans le public. Si vous êtes chanceux / chanceuse vous aurez trois beaux numéros d'improvisation. Parce qu'il faut bien le reconnaître il faut avoir du cran pour oser passez de spectateur à acteur.

On l'a dit plus haut, ce n'est pas la qualité du texte qui retient l'attention (désolée pour Gaëlle Gauthier). "Où est Jean-Louis" s'inscrirait très bien dans la tradition du Café de la Gare. Du théâtre de boulevard qui tire sur la corde de l'absurde avec 5 acteurs aguerris à jouer la comédie. Flavie Péan assiste stoïquement à cette soirée où tout semble déraper. Sébastien Pierre en fait des caisses avec son maquillage et accessoires évolutifs, Loïc Legendre et Alexandre Texier jouent les troublions, Karine Dubernet en fait des tonnes en dragueuse désinhibée. Quand à Arnaud Gidoin il donne au spectacle tout son rythme avec quelques moments assez délirants.

La mise en scène d'Arthur Jugnot est sans grande surprise. Ce qui va faire le succès de ce spectacle c'est la surprise d'un spectacle renouvelé chaque soir au gré des invités surprise piochés dans le public. Arnaud Gidoin les accueille avec une grande bienveillance et la troupe n'est pas en reste car tous font un beau travail d'adaptation et d'improvisations.

Mais pour ne rien vous cacher, dans le style participatif je préfère retourner voir "Derniers coups de ciseaux".

En bref : une comédie de boulevard qui se renouvelle chaque soir grâce au jeu d'improvisation entre comédiens et volontaires du public. Envie de connaître les sensations de l'acteur ? Tentez votre chance.

"Où est Jean-Louis", de Gaëlle Gauthier, mis en scène par Arthur Jugnot, avec Arnaud Gidoin, Alexandre Texier, Flavie Péan, Sébastien Pierre, Loïc Legendre, Karine Dubernet...et vous peut-être

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de la Michodière
4 bis rue de la Michodière 7500 Paris
A partir du 15 juin 2018 - du mardi au samedi à 21h