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lundi 2 avril 2018

SANDRE - Maison des Métallos

SAISISSANTE ÉVOCATION D'UNE ÂME BLESSÉE
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DESTIN DE FEMME

Un fauteuil vieillot au centre de la scène. Sur sa gauche une lampe à frange, vieillotte elle aussi. Une lumière chaude centrée sur les deux objets. Trois notes de musiques étirées en un rythme lancinant en boucle. Lorsque le noir se fait pour laisser Erwan Daouphars s'installer l'ambiance est lourde, le silence se fait, temps suspendu avant que ne se livre cette confession d'une femme.

Dans une formidable progression dramatique elle égrène ses souvenirs de femme amoureuse puis trompée et enfin abandonnée. Le ton navigue entre nostalgie, recul, humour grinçant, colère, distanciation, émotion. "Je ne me plains pas. Ça change rien aux choses". Si elle semble parfois désabusée, ce qu'elle nous livre c'est le destin tragique d'une femme élevée dans des principes d'un autre temps. En tant qu'épouse elle doit tout faire pour le bonheur de son mari, jusqu'à s'oublier. Elle a toujours pensé et agit pour le bonheur de cet aime qui l'a épousée, écoutant les bons conseils de sa mère. Mais le temps a fait son oeuvre. La passion, pour autant qu'elle ait jamais existé, s'est émoussée comme le corps de cette femme qui s'est épaissi à force de grossesse et de bonne cuisine. Car n'est-ce pas par une bonne table que l'on (re)tient un homme ? Est-elle pour autant une femme soumise ?

Son récit est à la fois confus et lucide. "On ne s'empare pas d'un ventre pour lui tourner le dos". Le texte de Solenn Denis est d'une extrême finesse, comme l'interprétation d'Erwan Daouphars. Il ne cherche pas à singer ou imiter la femme qui parle. Malgré la force et la carrure du comédien Elle est là, dans son peignoir défraîchi, le corps alourdi par la bonne cuisine et le temps. Elle n'est pas folle, elle est morte. Elle transpire le drame, l'abnégation, le malheur, la solitude. Une vie de soumission à un amour fantôme. Est-elle une Médée moderne ? En commettant cet affreux acte irréparable cherche-t-elle à garder cette homme ou veut-elle inconsciemment les punir tous les deux ? "Tu me reprends l'amour, je reprends la chair de ma chair".

Le subtil travail de lumière fait de diagonales de lignes horizontales ou verticales, d'alternance de ton chauds ou froids accompagne la tension dramatique pour atteindre son acmé dans une formidable et saisissante image finale.

En bref : un texte fin et ciselé porté par une saisissante et magistrale interprétation. Un destin de femme entre les espoirs d'une jeune mariée aux désillusions de l'épouse abandonnée. Un voyage poignant dans un âme blessée. Un spectacle intimiste tout en sobriété et retenue.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Maison des Métallos
Du 27 mars au 8 avril 2018
du mardi au dimanche


dimanche 4 mars 2018

PAPA VA BIENTÔT RENTRER - Théâtre de Paris

DESPERATE FEMMES DE SOLDAT
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DEUX SOLITUDES

Mia et Suzan sont femmes de soldat. Dans cette petite ville du Maine, en 1967, elles partagent leur solitude tandis que leurs maris sont ensemble plongés dans la guerre du Vietnam. L'attente est longue dans un quotidien où seuls les enfants mettent de l'animation. Surgit Isaac, un déserteur. Alors que la ville se mobilise pour retrouver le mauvais citoyen les deux femmes vont devoir choisir entre devoir et émancipation.

Sur la scène de la salle Réjanne "Papa va bientôt rentrer" est une des bonnes surprises de cette deuxième partie de saison. Derrière cette comédie qui brosse le portrait d'une Amérique assez conformiste face à une vision progressiste, se cache une réflexion sur une société en plein bouleversement et qui fourmille de questionnement.

DEUX VISIONS DE L'AMERIQUE

Suzan (merveilleuse et pétillante Lysiane Meis) est l'archétype de la bonne épouse américaine. Fidèle femme au foyer elle a axé sa vie autour de son fils et trompe l'ennui de l'absence de son mari par les potins qu'elle vient raconter à sa voisine tout en sifflant ses bières. Derrière sa bonne humeur permanente elle camoufle son angoisse permanente pour son homme au combat.


Mia (magnifique Marie-Julie Baup) est son contrepoint. Celle qui a eu une jeunesse militante semble s'être assagie avec le mariage et la naissance de sa petite fille. Assagie mais pas résignée. Elle continue à  se battre à sa manière. Sans avoir jamais renié son engagement politique elle l'a transformé. Entre devoir et émancipation elle parle de libération sexuelle, de contraception, de travail. L'arrivée d'Isaac (très bon Benoit Moret), son ex qu'elle a quitté depuis 5 ans, réveille le souvenir de la combattante qu'elle a été et qui ne s'est jamais complètement endormie. Car que vient-il chercher en refaisant surface dans la vie de Mia alors qu'il est confronté à un engagement qui semble le dépasser ? Tous les trois devront choisir leur destin qui sera à jamais changé par ces quelques heures, tout comme la société nord-américaine sera à jamais changée par ce conflit du bout du monde.


Le texte de Jean Franco est rempli de dialogues vifs, plein d'humour pour mieux souligner le tragique des situations. Il fait preuve d'une bonne connaissance de l'époque, sans anachronisme. Une ambiance qui est complètement reflétée dans le très beau décor et les choix sonores (discours, informations, musiques). Ma mise en scène de José Paul est dynamique. Le tout s'enchaîne avec fluidité, dosant accélérations et temps de pose.

En bref : "Papa va bientôt rentrer" est un de ces petits bonheurs théâtreux que l'on aime partager. Une comédie romantique attendrissante et drôle portée par deux comédiennes au jeu brillant d'intelligence et de subtilité dans une mise en scène vive. 

Papa va bientôt rentrer, de Jean Franco, mise en scène José Paul avec Marie-Julie Baup, Lysiane Meis, Benoit Moret

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de Paris - Salle Réjanne
15 rue Blanche 75009 Paris

Jusqu'au 11 mars 2018
du mardi au samedi 21h - matinée samedi 17h et dimanche 15h


jeudi 21 septembre 2017

L'INVERSION DE LA COURBE

GRANDEUR ET DÉCADENCE D'UN CADRE D'AUJOURD'HUI
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Productivité, croissance, compétition, objectifs, dépassement : et si un jour la courbe s'inversait ? Avec justesse, réalisme et humour Samuel Valensi livre une comédie satirique du quotidien du salarié, servie avec brio par les talentueux comédiens de La poursuite du bleu.

PLUS VITE, PLUS HAUT, PLUS FORT

Paul-Eloi est au sommet. Sa carrière connaît une croissance exponentielle. Il n'atteint pas ses objectifs, il les pilonne, les dépasse, les explose. Toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus fort. Peu importe qu'il n'ait qu'une vie sociale restreinte à ses deux amis qu'il voit immanquablement tous les mercredis soirs, ou que ses seuls contacts avec le monde hors travail soient les visites à son père malade, les séances à la salle de sport ou la course à pied pour rester en forme. Depuis toujours il fait tout pour être le premier. Premier au travail, avec ses amis, avec sa famille. Et il réussit. Pas de place pour le moindre grain de sable dans ce quotidien entièrement orienté sur la culture du résultat, du dépassement. Jusqu'à ce qu'arrive un plus rapide, plus grand, plus fort. Jusqu'à ce que la vie déraille. Jusqu'au plongeon et la remontée.

Sur scène un vélo d'appartement. Coaching sportif et managérial se fondent pour construire cette satire politico-sociale. Paul-Eloi est l'archétype du cadre commercial animé par le goût de l'argent, de la victoire, de la reconnaissance. Grandeur et décadence d'un cadre de notre société moderne. Le texte du Samuel Valenti sonne juste dans ses moindres phrases. La mise en scène mêle dialogue entre les personnages et adresse directe au public auquel Paul-Eloi communique ses pensées, à la manière de Franck Underwood dans House of Cards.  Mais avant de chercher à caricaturer ou à accuser l'auteur cherche à apporter un témoignage sur l'omniprésence de la productivité dans notre quotidien et sur la manière dont la société traite ceux qui trébuchent parce que la vie les aura un jour empêchés de faire aujourd'hui plus qu'hier et moins que demain.

LES MOTS DES LAISSER POUR COMPTE

Ces mots, ces situations, ces émotions Samuel Valensi est allé les recueillir de la bouche même de ceux qui ont trébuché. Il est allé à leur rencontre chez les Petits Frères des Pauvres. A force d'écoute, d'échange il a rassemblé un matériau riche qui lui permet de rendre compte d'un état de fait. Un éclairage juste et poignant sur des mécanismes qui font que personne n'est à l'abri de la précarité, de la pauvreté, de la chute, sur ce pan de la société que l'on ne voudrait pas voir.

La scénographie légère permet de se concentrer sur le texte. Le rythme est soutenu, laissant quelques plages de respiration (les réunions avec les amis, les visites au père). La création lumière est particulièrement intéressante : le blanc froid du monde du travail, le bleu métallique de la salle de sport, les lumières floues et à peine colorées de la ville. L'auteur a particulièrement soigné le langage, ces termes "modernes", anglicisés, pseudo-techniques mis en contraste avec la verve de Victor Hugo cité par le père, parallèle entre Les Misérables et les travailleurs des sociétés de services du début du XXIè siècle. La confrontation entre le père et le fils constitue à ce titre une émouvante description des relations entre les deux générations, avec Michel Derville majestueux de dignité face à Paul-Eloi Forget le fils qui cache sa fragilité sous l'armure du commercial implacable.

En bref : une satire politico-sociale qui témoigne, confronte, questionne le spectateur. Un texte solide et des comédiens talentueux bien dans le rythme. Un spectacle à découvrir sans tarder.

L'inversion de la courbe, de Samuel Valensi, mis en scène par l'auteur et Brice Borg, avec Michel Derville, Paul-Eloi Forget, Alexandre Molitor, Maxime Vervonck, lumières Anne Coudret et Angélique Bourcet, Motion design Alexandre David, Musique Léo Elso et Samuel Valensi, Scénographie Julie Mahieu

Toutes les informations sur la compagnie La Poursuite du Bleu sur leur site internet en cliquant ICI

Interview de l'auteur et son expérience avec Les Petits Frères des Pauvres en cliquant ICI


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
94 Rue du Faubourg du Temple 75011 Paris
Reprise du 7 janvier au 26 février 2018
Les lundis à 21h15 et dimanche à 20h30

Du 10 septembre au 3 octobre 2017
Lundi et mardi 21h15 - Dimanche 20h30


Vu septembre 2017 - Théâtre de Belleville

lundi 4 septembre 2017

INDOCILES

INVITATION A LA LIBERTE
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Audrey Dana et Murielle Magellan portent à la scène un spectacle joyeux, décalé. Un récit en partie autobiographique écrit à quatre mains dans lequel Audrey Dana convoque sans amertume son enfance et son adolescence hors du commun. Un premier coup de poing en ce début de saison.

ETRE SOI

Peintre. Elle sera peintre. Dès l'âge de 8 ans elle sait qu'elle sera peintre. Mais d'abord il lui faut passer son bac. Ainsi le veut le pacte passé avec son père adoré. La route sera longue, tortueuse, une course de haies. À chaque obstacle surmonté un nouveau apparaît qu'il faut écraser pour continuer. Le prix à payer pour la liberté d'être.

"Papa, c'est quoi Indocile" ? C'est le qualificatif qui lui est attribué par cette maîtresse, dans cette école où on s’ennuie tant. Pas facile de se construire dans cette fratrie, lorsque Papa voulait à tout prix un garçon, qu'on est la troisième fille non désirée et que Maman n'est qu'un concept tant elle est submergée par sa dépression. Difficile de grandir entourée d'indociles.

Alors elle va se construire seule, avec un peu l'aide de grande sœur lumière, avec un but et une détermination chevillés au corps : passer ce bac pour enfin être peintre, être elle-même. Un parcours plutôt discipliné pour cette indocile née. L'expression d'une soif de liberté, d'expression de soi.


DIALOGUE AVEC LA BATTERIE

Seule sur scène, avec la complicité musicale de Lucie Antunes, Audrey Dana est les 14 personnages qui se croisent, se chevauchent, s'entrechoquent, se télescopent ou s'ignorent. Qui tous ont leur part d'indocilité. L'énergie de la batterie fait écho au dynamisme de la comédienne, fait corps avec elle, dialogue, lui répond dans des improvisations parfois qui sont en osmose avec le texte. Les chorégraphies de Karine Briançon s'intègrent subtilement au jeu de la comédienne. Sans temps mort, dans un décor d'atelier de peintre en devenir, on découvre à coups d'incursion du passé dans un présent à la fois fragile et volontaire le combat d'une enfant devenue femme, d'une fille en admiration devant un père absent mais aimant, d'une enfant puis d'une adolescente qui ravale ses frustrations, tendue vers un seul but, d'une femme éprise de liberté.

L'écriture de Murielle Magelan et d'Audrey Dana est fine, précise. L'interprétation d'Audrey Dana nous prend par la main, par le cœur, par les tripes et nous emporte dans un tourbillon d'émotions. On rit, on subit, on vibre de colère retenue, on trépigne et s'impatiente, on suit cette jeune femme forte et fragile qui veut mettre de la couleur dans la vie des gens et vivre sa vie en couleur. En sortant de la salle on a une furieuse envie d'être une indocile.

Extrait : 


"Ce qu'ils sont, des indociles. Des marcheurs de côté. Des êtres qui échappent à la définition [...] Ils sont conventionnels puis ne le sont plus. Réactionnaires puis profondément ancrés dans leur époque[...] Ils dansent sur les fils de leurs émotions, et de leur intelligence, passant de l'un à l'autre quand on les attend ailleurs [...] Les indociles débordent. Calmement réfractaires. Rarement militants. Souvent discrets..."

Indociles écrit et mis en scène par Murielle Magellan et Audrey Dana, avec Audrey Dana, accompagnée à la batterie par Lucie Antunes, chorégraphie Karine Briançon


En bref : premier uppercut de la rentrée. La subtilité de sa plume de Murielle Magellan conjuguée à la sensibilité de la comédienne Audrey Dana (et inversement), accompagnée par l'énergie de la batteuse Lucie Antunes font de ce spectacle un moment d'émotion festive, intense, décalée et suscite une impulsion de révolte ou au moins une furieuse envie d'être une indocile

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
36 Rue des Mathurins 75008 Paris
Du 30 août au 18 novembre 2017
Du mardi au samedi à 19h00


Vu septembre 2017 - Théâtre des Mathurins

dimanche 21 mai 2017

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT

ENQUÊTE POLICIÈRE ET QUÊTE DE SOI
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Adaptation réussie du livre de Mark HADDON, LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT nous plonge dans le monde d'un autiste au travers d'une enquête surprenante. Un petit bijou notamment grâce à la remarquable interprétation de Pierre Lefebvre Adrien.

QUI A TUE WELLINGTON ?

Christopher Boone a 15 ans, est passionné par les mathématiques, l'espace. Il est doté d'une logique imparable et d'une intelligence hors norme. Incapable de mentir il aime la vérité et Sherlock Holmes. Mais Christopher n'est  pas doué pour les relations avec les autres. Il est autiste et n'a jamais dépassé seul le bout de sa rue. Alors quand il trouve le chien de la voisine planté d'une fourche il n'a plus qu'un but : découvrir qui a tué l'animal. Commence une enquête qui se transforme en parcours initiatique qui lui permettra de se révéler et de se libérer de ses contraintes intérieures.

Repris pour une deuxième saison au théâtre de la Tempête, cette adaptation du roman de Mark Haddon, succès de librairie et sur la scène londonienne, est une petite pépite. Sans pathos aucun il nous amène à voir le monde par le prisme de Christopher. Un monde "plein de choses évidentes que personne ne remarque"

La mort brutale de Wellington va sortir Christopher de son petit monde entouré de son père de Siobhan, son éducatrice. Sébastien BRAVARD est Ed, ce père courageux et blessé qui lutte seul pour élever cet enfant passionnant mais si difficile à accompagner et qui refuse tout contact physique. Juliette POISSONNIER est Siobhan. Une amie plus qu'une éducatrice. Calme, attentive, elle accompagne Christopher, faisant le lien entre le théâtre et le récit par les lectures du livre de Christopher. Elle semble être celle qui comprend et gère le mieux les comportements du syndrome d'Asperger dont est atteint son élève. Elle est le soutien le plus solide du surdoué des maths, hermétiques aux codes qui gèrent la société autour de lui, cette société de faux-semblants, de mensonges et de métaphores, tout ce que Christopher ne peut pas être, lui qui n'est que franchise, vérité et précision.

FINESSE ET MAÎTRISE


Si tous les rôles sont interprétés avec justesse Pierre LEVEBVRE ADRIEN est tout simplement éblouissant. Il incarne avec sobriété Christopher. Son jeu tout en sensibilité nous fait partager les émotions qui traversent le jeune homme perdu, perturbé, qui voit son univers complètement chamboulé. Dans ce parcours initiatique il va redéfinir son monde, donner un autre angle aux relations familiales, trouver sa vérité et sa liberté. La finesse et la maîtrise de l'interprétation étonnent, captivent, impressionnent. 

La scénographie ouverte et aérée fait la part belle aux lumières qui créent et délimitent les espaces. Les vidéos de Olivier ROSER et l'environnement sonore créé par Stéphanie GIBERT sont d'une grande précision. La scénographie et la mise en scène se conjuguent pour rendre la perception amplifiée de l'autisme vis-à-vis du monde extérieur. Violence du ressenti, besoin de se mettre à l'écart, ralenti, apesanteur : autant d'effets qui servent à illustrer le parcours intérieur de Christopher, à nous faire partager les émotions violentes qui le traversent et finissent par nous toucher. 


Le bizarre incident du chien pendant la nuit, d'après le roman de Mark Haddon, adaptation Simon Stephens, texte français Dominique Hollier, Mise en scène Philipe Adrien, avec Pierre Lefebvre Adrien, Juliette Poissonnier, Sébastien Bravard, Nathalie Vairac, Bernadette Le Saché, Mireille Roussel en alternance avec Joanna Liannoux, Laurent Montel, Laurent Ménoret, Tadié Tuéné en alternance avec Christian Julien

En bref : Dans une ambiance de polar LE BIZARRE INCIDENT DU CHIENT PENDANT LA NUIT nous fait découvrir le monde par le regard de l'autiste, avec intelligence et subtilité. Entouré d'une belle distribution toujours juste Pierre LEVEBFRE ADRIEN est saisissant de finesse et de maîtrise. A ne manquer sous aucun prétexte.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
La Cartoucherie - Route du Champ-de-Manoeuvre 75012 Paris
du 20 avril au 28 mai
du mardi au samedi 20h - dimanche 16h

Crédit photo @Antonia Bozzi
Vu Mai 2017 - Théâtre La Tempête

samedi 8 avril 2017

INTRA MUROS

ALEXIS MICHALIK GOMME LES MURS
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Il n'en finit pas de créer des succès. Alors que EDMOND affiche complet tous les soirs au Théâtre du Palais Royal, que Le Porteur d'Histoire ne désemplit pas au Théâtre des Béliers Parisiens, que Le Cercle des Illusionnistes va être repris à La Pépinière, c'est avec un nouveau choc qu'Alexis MICHALIK inaugure la réouverture du Théâtre 13 Jardin.

REPOUSSER LES MURS

Ange et Kevin ont déjà passé un certain nombre d'années en prison, en maison centrale plus précisément, la catégorie d'établissements pénitentiaires qui prend en charge les condamnés à de lourdes peines. Ce jour-là ils vont participer pour la première fois à un atelier théâtre animé par Richard, metteur en scène à la gloire passée, et son ex-compagne et comédienne fétiche. Le tout sous le regard d'Alice, une jeune assistante sociale inexpérimentée. De ce huis clos va naître une introspection pour chacun des protagonistes, entremêlant fiction et réalité,


INTRA MUROS est né de la rencontre entre Alexis MICHALIK et un groupe de détenus, il y a quelques années, à l'occasion d'une remise d'un prix décerné par les détenus d'une centrale. Deux ans de travail pour que le projet soit prêt pour la renaissance du Théâtre 13 Jardin après deux ans de travaux. Un symbole en forme de remerciement pour cette salle qui a vu les premiers pas du PORTEUR D'HISTOIRE.

De cet échange est né une réflexion sur l'espace et le temps. Ce cours de théâtre que va donner Richard va ramener chacun des intervenants à son rapport avec ces deux notions. La scène comme la prison est un espace clos pendant lequel le temps va pouvoir s'étirer ou se rétrécir, où les repères du monde réel se perdent pour laisser place à l'abstraction et à la liberté de la fiction, de l'imaginaire, du rêve.

REVENIR AUX BASES

Pour INTRA MUROS Alexis MICHALIK est revenu aux règles qu'il a utilisé pour le PORTEUR D'HISTOIRE : une écriture de plateau à partir d'improvisations dirigées, une scénographie simple et dépouillée, des portants devant lesquels les comédiens changent de costumes à vue. Ils sont 5 sur scène, plus un musicien. 6ème homme à part entière Raphaël CHARPENTIER tisse en direct un univers musical qui nous enveloppe sans être envahissant.

Sur le plateau les 5 personnages se cherchent. Le spectacle commence doucement, comme un cours de théâtre qui a du mal à se mettre en place quand les participants ne sont pas très motivés. RICHARD (Paul JEANSON) est un peu lourd avec des jeux de mots mal à propos et son comportement insistant et gauche vis-à-vis de Jeanne (la toujours fabuleuse Jeanne ARENES). Alice (Alice de LENCQUESAING) est timide, gauche, hésitante et téméraire. Kevin (Fayçal SAFI) est un jeune fou, gamin issu de banlieue, victime de la société, écorché et sacrifié, que l'absence de père a jeté dans la petite délinquance et dans la spirale de la violence. Et puis il y a Ange (Bernard BLANCAN), le Corse solide et froid comme un roc, mais généreux comme son île. Victime de sa loyauté il est pour Kevin l'image de ce père absent, et sera celui que saura calmer le cheval fougueux et remettre le jeune homme sur le droit chemin.

LE TRESSEUR D'HISTOIRES

Je l'avoue j'ai d'abord eu un sentiment de déception pendant le spectacle. N'ayant lu que le pitch je m'attendais à assister à un spectacle très différent de ce qu'Alexis MICHALIK, dont chacun sait que je suis une grande fan, a l'habitude de nous présenter. Je crois que j'attendais une réflexion plus orientée sur l'univers carcéral. Et c'est finalement une histoire pleine d'humanité qui emporte et bouleverse.

Car puis-je en vouloir à ce tresseur d'histoires d'avoir réussi une fois de plus à me prendre dans sa toile pour m'emmener dans un récit romanesque, où les destins se croisent au rythme de multiples rebondissements, où une fois encore il a prouvé que "le théâtre c'est d'abord un endroit où il se passe quelque chose, un endroit où on peut rire, et pleurer, en un mot être traversé par des émotions".

Car le talent d'Alexis MICHALIK est de tresser avec habileté une trame d'une redoutable efficacité qui se vérifie dans chacune de ses créations. Dans cette rencontre entre le monde du théâtre et celui de la prison, l'auteur et metteur en scène aborde des questions profondes : la filiation, la relation mère-fille / père-fils, le rapport au temps, la solitude, la position de la société vis-à-vis de ceux qui ne respectent pas ses lois et vice-versa. Pour la première fois il se penche sur un contexte contemporain. Egalement comédien au cinéma et dans des séries télévisées il crée une mise en scène très cinématographique et nous laisse songeurs au sortir du spectacle : Avons-nous rêvé cette histoire ? Tout ceci n'est-il qu'une mise en scène de Richard ou bien une fiction bien réelle ?

Et si le théâtre pouvait changer la vie ?



INTRA MUROS de Alexis MICHALIK, mis en scène par Alexis Michalik, avec Jeanne Arenes, Bernard Blancan, Paul Jeanson, Alice de Lencquesaing, Fayçal Safi, Raphaël Charpentier

En bref : En choisissant un univers contemporain Alexis MICHALIK fait à nouveau preuve de son habileté à tresser des destins et conter des histoires romanesques portées par des comédiens talentueux. Un nouveau succès pour la réouverture de cette belle salle du Théâtre 13.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2017
Théâtre des Béliers
Rue du Portail Magnanen - 64000 Avignon
Du 7 au 30 juillet 2017 - 10h30 + 22h35 les jeudis- Durée : 1h45
Relâche les vendredi

Vu mars 2017 - Théâtre 13 Paris
Mise à jour du 18/06/17

samedi 11 mars 2017

LE CAS SNEIJDER

PIERRE ARDITI TOUCHANT HOMME BRISE
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Au Théâtre de l'Atelier Didier BEZACE adapte LE CAS SNEIJDER. La descente dans la folie d'un homme brisé par un accident d'ascenseur. 1er prix Toja du théâtre pour cette réflexion sur le sens de la vie. Pierre ARDITI dans un rôle sensible, touchant, subtil, entre gravité et humour noir.

SURVIVRE. POURQUOI ? COMMENT ?

Paul est un survivant. Un rescapé. Le seul d'un accident d'ascenseur dans lequel il a perdu sa fille. Depuis il traîne sa carcasse cabossée comme son esprit. Sa femme Anna lui reproche constamment son attitude. Ses jumeaux de fils la soutiennent. Alors il trouve un travail : promeneur de chiens. Et personne ne comprend cette décision qui semble tellement irrationnelle. Jusqu'où le conduira cette chute vertigineuse entamée dans cet ascenseur de malheur ?

Sur la scène trois pans de mur délimitent l'espace. Tableaux noirs sur lesquels Paul dessine avec rage des mécanismes d'ascenseur. Par-ci par-là des citations de Confucius, Spinoza, Nietzsche, sur le hasard, le travail, la liberté. Au centre une porte coulissante s'ouvre sur le salon ou la chambre de l'appartement de Paul, le bureau de son employeur, la rue.

Pour sortir de sa solitude, incapable d'être en contact avec les hommes dans ce qu'il appelle cette société verticale construite autour des ascenseurs, Paul démissionne du poste que sa femme lui avait permis d'obtenir et choisit un travail qui étonne son entourage : il promène des chiens. Un surtout, Charlie, avec lequel naît une grande complicité. Mais ni sa femme ni ses fils ne comprennent les choix de Paul, ses besoins, ses colères, sa douleur. Alors Paul devient "un cas", un individu unique, complexe, attachant.

ADAPTATION NOIRE ET FIDÈLE

En adaptant le livre de Jean-Paul DUBOIS, Didier BEZACE nous plonge dans l'esprit d'un homme fragilisé par un drame. Comment Paul peut-il comprendre et accepter d'être le seul survivant d'un accident d'ascenseur, lui qui a 61 ans, alors que sa fille figure parmi les 4 victimes. Il nous propose plusieurs niveaux de lecture, de notre relation à la machine, au malheur des autres, au travail, à notre place dans la société. Une adaptation sombre tant par l'humour noir que par l'univers étrange, onirique renforcé par la scénographie, les fumées qui envahissent le plateau, les déclenchements intempestifs d'une alarme qui a fait défaut lors de l'accident.

Confronté à une femme tyrannique, insensible, égocentrique, froide (Sylvie DEBRUN, agaçante d'égoïsme et de détachement), Paul lutte contre sa culpabilité, ses doutes, ses cauchemars, s'interroge sur le sens de sa vie, sur la verticalité de la société, l'emprise des machines, l'impossibilité de la transmission, la filiation, l'amour, le rapport aux autres. La scénographie imaginée par Didier BESACE et Jean HAAS reflète l'enfermement intérieur de Paul, ses délires tragi-comiques. Tel un funambule Pierre ARDITI semble constamment à la limite de l'équilibre. Sommes-nous dans le monde réel ? Paul a-t-il déjà sombré dans la folie?


ARDITI SUBTIL ET ATTACHANT

Pierre ARDITI interprète un Paul subtil, fragile, confus, empreint d'autodérision face à l'infidélité de sa femme, de cynisme face à ses fils jumeaux qui le méprisent et multiplient les occasions de créer la confusion (mais qui crée cette confusion ?). Il jette un regard désabusé sur la vie. Avec humour, gravité, justesse il crée un personnage attachant, tant par sa présence physique que par sa voix off qui nous enveloppe.

Le reste de la distribution est de la même justesse. Didier BEZACE est parfait dans le rôle de l'avocat de la compagnie d'ascenseur tout aussi ambiguë (ou peut-être pas) que Paul. Thierry GIBAULT, empathique propriétaire de DogDogWalk, est le moteur qui fait bouger le rescapé. Morgane FOURCAULT est un magnifique fantôme. Quant à Charlie, superbe border Collie, il apporte une touche de poésie, de calme et de sérénité dans l'univers de Paul.

Le cas Sneijder est lauréat du 1er prix Toja de la Fondation Jacques Toja pour le Théâtre

En bref : Didier BEZACE réalise une fidèle et belle adaptation du livre de Jean-Paul DUBOIS. Entre onirisme et réalité Pierre ARDITI interprète brillamment un homme en rupture avec la société, refusant de se plier à une vie étriquée, préférant la solitude et la liberté. Une interprétation juste, subtile. Une réflexion qui ne laisse pas indifférent. Une des réussites de la saison théâtrale 2016/2017.

"Un accident servait aussi à ça. A comprendre l'origine du malheur. A démonter la machine et à la remonter"

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
1 Place Charles Dullin 75018 PARIS
Depuis le 21 février 2017
Du mardi au samedi à 21h - Matinées samedi à 18h - Dimanche à 15h



Le cas Sneijder, adaptation et mise en scène de Didier Bezace, avec Pierre Arditi, Sylvie Debrun, Didier Bezace, Thierry Gibault, Morgane Fourcault et Charlie.


Crédit photo @ Hervieux

dimanche 29 janvier 2017

DES ROSES ET DU JASMIN

LE SOUFFLE ÉPIQUE D'ADEL HAKIM
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Après la reprise d'ANTIGONE c'est une nouvelle création d'Adel Hakim qui met à l'honneur le Théâtre de Palestine au Théâtre des Quartier d'Ivry. Trois générations de femmes malmenées par l'Histoire, 40 ans d'amour et de haine entre Israël et Palestine. Le souffle de la tragédie porté par une troupe qui excelle dans son art.


HISTOIRE FAMILIALE ET COLLECTIVE

1944. Miriam est une jeune femme juive pleine de vie. Elle a fui l'Allemagne pour Jérusalem. Dans un bal elle rencontre John, officier britannique. L'amour de sa vie lui donnera une fille, Léa, et mourra dans l'attentat contre l’hôtel King David le 22 juillet 1946, étape importante de la construction d'Israël. Miriam se pardonnera-t-elle d'avoir donné à l'Irgoun, qu'elle a rejoint sous l'impulsion de son frère, les informations qui ont permis le succès de cette opération ?


20 ans plus tard Léa, qui refuse de devenir soldat, rencontre Moshen. Il est palestinien. C'est le coup de foudre. Leur fille Yasmine naît au moment de la guerre des 6 jours. Léa est séquestrée à Tel-Aviv par son oncle Aaron, qui la contraint à abandonner son mari et sa fille. Moshen rejoint l'organisation clandestine OLP. 20 ans plus tard Yasmine est une activiste convaincue lors de la première Intifada. Arrêtée par l'armée israélienne elle est interrogée par Rose, soldate impitoyable. Lorsque Moshen retrouve sa femme et sa fille il découvre l'existence de sa deuxième fille, Rose. Mais il est trop tard. Yasmine meurt sous la torture et Rose se suicide.


OEUVRE MAGISTRALE

Avec cette fresque historique en trois tableaux Adel Hakim restitue avec simplicité et limpidité une partie de l'histoire du Moyen-Orient, prenant à témoin les femmes sur trois générations. Son récit est clair. C'était un pari osé que de tenter de raconter le conflit israélo-palestinien, sans tomber dans la caricature ni le manichéisme.

Chaque tableau est introduit par un duo de clowns, transposition du chœur antique. clowns masculins en noir et blanc dans la première partie, duo féminin tout de rouge vêtu dans la seconde, duo des grands-parents dans la dernière. Il offre un contraste permettant de délivrer les parties les plus dures du récit.

C'est une tragédie contemporaine. Bien sûr on pense à Romeo et Juliette, mais, comme le dit l'un des personnages dans l'oeuvre de Shakespeare "les enfants dépassent les préjugés de leurs familles". Les destins individuels sont indissociables du destin collectif. Chacune des héroïnes devra choisir entre l'amour et la patrie. L'imbrication des personnages démontre toute la complexité de la situation politique, des rapports homme-femme. Une oeuvre riche de différents niveaux de lecture.

TROUPE MAJESTUEUSE

Pourtant il n'allait pas de soin de faire interpréter par des acteurs palestiniens une histoire qui commence avec une famille juive partiellement décimée dans les camps de concentration. Adel Hakim a commencé l'écriture en 2014. Le texte, travaillé entre la France et Jérusalem, a été resserré pour donner cette version magnifique présentée pour la première fois en Palestine en juin 2016.

La troupe du Théâtre de Palestine présente un travail d'une très grande qualité. Shaden Saleem, qui était Antigone dans la précédente création, est une Miriam qui traverse les épreuves du temps et de la vie pour sombrer dans la folie, hantée par le fantôme de son mari, témoin impuissant des drames éprouvés par sa famille. Hussam Abu Eisheh passe d'un Créon impitoyable à un Aaron tout aussi intransigeant. Tous sont remarquables, passant d'un personnage à un autre selon les époques : Alaa Abu Gharbieh (Alphan Dov), Kamel El Bashan (Saleh) Yasmin Hamaar (Gamma, Léa) , Faten Khoury (Epsilon, Rose), Sami Metwasi (John), Lama Namneh (Lamba, Yasmine) et Daoud Toutah (Béta, Mohsen). Ils évoluent dans un décor simple fait de panneaux translucides mobiles et d'un écran en fond de scène, avec pour seuls accessoires deux tables et quelques chaises. Mention particulière pour la mise en musique.

En bref : cette seconde création avec le Théâtre de Palestine permet à Adel Hakim de nous offrir une fresque historique émouvante. Le souffle épique des grands traverse cette tragédie contemporaine. Une troupe dotée d'un immense talent pour une oeuvre magistrale qui traite avec simplicité et sans manichéisme d'une situation complexe au travers du destin de trois générations de femmes. A ne manquer sous aucun prétexte.

Des Roses et du Jasmin, de Adel Hakim, mis en scème par Adel Hakim, avec Hussam Abu Eisheh, Alaa Abu Gharbiehn JKamel El Basha, Yasmikne Hammar, Faten Khoury, Sami Metwasin Lama Namneh, Shaden Salim, Douad Toutah, Scénographie et lumières Yves Collet, Dramaturgie Mohmed Kacimi, Vidéo Matthieu Mullot, Costumes Dominique Rocher, Chorégraphie Sahar Damouni, Collaboration artistique Nabil Boutros

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre des Quartiers d'Ivry / Manufacture des Oeillets
1 Place Pierre Gosnat94200 Ivry sur Seine
du 20 janvier au 5 février 2017

Comédie de Genève
25 février 2017

Théâtre National de Strasbourg
du 28 février au 8 mars 2017

Crédit photo @Nabil Boutros / Vidéo Théâtre de Palestine

jeudi 26 janvier 2017

PIEGE MORTEL

SUCCOMBEZ A LA TENTATION DE CE PIÈGE MORTEL
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Quand un auteur de pièce policière en panne d'inspiration reçoit un texte prometteur on peut s'attendre au pire de sa part. Et c'est le meilleur qui ouvre la deuxième partie de saison au Théâtre La Bruyère où le duo Sibleyras / Metayer semble bien parti pour un nouveau succès avec ce polar aux rebondissements multiples mené avec talent par Nicolas BRIANCON.

SUSPENS

Sidney Brown a écrit il y a 18 ans une pièce qui fut un grand succès pendant plusieurs années. Marié depuis 11 ans il a de plus en plus de mal à retrouver l'inspiration. Arrive sur son bureau un texte extrêmement bien écrit envoyé par un jeune auteur qu'il a eu comme élève lors d'un séminaire. Pour le convaincre de collaborer avec lui Sidney l'invite pour discuter des moyens d'améliorer le texte. Sous le regard incrédule de sa femme qui se demande s'il est sérieux il imagine de se débarrasser du jeune homme pour s'approprier son texte.

Impossible d'en dire plus sans prendre le risque de vous priver du plaisir de découvrir par vous-même tous les méandres de ce PIEGE MORTEL. Je me contenterai de vous dire que l'écriture d'Ira LEVIN, adaptée par Gérald SIBLEYRAS fait mouche à tous les coups. Guidé par la mise en scène énergique d'Eric METAYER (Molière de la pièce comique en 2010 pour Les 39 marches), rebondissement et retournements se succèdent, laissant le spectateur scotché. Le scénario n'a rien à envier à celui du LIMIER, chef-d'oeuvre de Mankiewicz.

C'est dans le beau décor d'Olivier HEBERT que se déroule ce polar en huis clos. Un manoir ancien isolé, un mur de pierre déployant une collection d'armes, le bureau de l'écrivain, une baie vitrée qui donne sur le jardin, des volets qui claque les soirs d'orage, le feu qui crépite dans la cheminée, une voisine aux capacités surprenantes, un mur décoré d'affiches de pièces à succès (avec un petit clin d’œil aux 39 marches) : tout est en place pour nous faire vitre une soirée pleine de surprise.

LA TOUCHE METAYER

On retrouve la touche d'Eric METAYER dans la mise en scène. Des accessoires qui jouent des tours, des jeux de lumière précis, des comédiens affûtés qui nous mènent par le bout du nez sur des chemins que nous n'avions pas imaginés. Les positions des uns et des autres sont constamment chamboulés et si on pressent qu'il va se passer quelque chose de surprenant nous sommes constamment surpris par la tournure des événements.

Nicolas BRIANCON prend plaisir à être Sidney. Farceur, cynique, manipulateur, fourbe, inquiet, amoureux, jaloux : il excelle à brouiller les pistes pour mieux nous perdre. Virginie LEMOINE, anxieuse à souhait, a du mal à suivre les méandres de la réflexion de son mari. Dans le rôle du jeune Clifford Anderson, Cyril GARNIER (du duo Garnier et Sentoux), est intriguant, séduisant, intelligent. Si Marie VINCENT est parfois un peu caricaturale mais compose un personnage truculent. Damien GADJA clôture avec justesse la distribution.

PIEGE MORTEL, Deathtrap dans la version originale en anglais, a été adapté au cinéma par Sidney LUMET. Le duo Gérald SYBLEIRAS / Eric METAYER qui n'en est pas à son premier succès, transforme l'essai et nous a concocté un petit bonbon qui se savoure lentement et avec délice, qui laisse éclater à chaque bouchée une saveur différente et surprenante.


PIEGE MORTEL de Ira Levin, adatation Gérald Sibleyras, mise en scène Eric Metayer, avec Nicolas Briançon, Cyril Garnier, Virginie Lemoine, Marie Vincent et Damien Gajda

En bref  : Gérald Sibleyras adapte avec brio la pièce à succès d'Ira Levin. Un polar rondement ficelé mis en scène avec énergie et humour par Eric Metayer. Conduits par Nicolas Briançon en grande forme les cinq comédiens se plongent avec gourmandise dans une intrigue à rebondissements. Pas de temps mort pour le public qui frémit de plaisir.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Rue La Bruyère 75009 Paris
A partir du 24 janvier 2017
Du mardi au samedi à 21h - Matinée samedi 15h30

mardi 3 janvier 2017

F(l)AMMES

PORTEUSES D'HISTOIRES
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Après ILLUMINATION(s) L.a Compagnie MADANI revient avec un deuxième volet. Dix jeunes femmes issues de la banlieue. Dix personnalités. Dix silhouettes. Dix voix que l'on n'entend jamais. Dix images de cette diversité de la France. Avec ce deuxième volet de sa trilogie Ahmed MADANI récidive et livre un spectacle d'une grande force, des paroles de femmes.

10 FEMMES LIBRES

Elles sont les porteuses d'histoires du quotidien de ces femmes des banlieues, de ces quartiers dits "sensibles" où beaucoup n'osent aller et ne connaissent que ce qu'en montre une certaine presse. 10 paroles de femmes pour exprimer cette vie qui semble silencieuse tant on ne leur donne jamais la parole. Et pourtant elles en ont des choses à dire, à nous dire. Elles expriment toute la sensibilité féminine de celles qui sont / ont été / seront confrontées à la discrimination ordinaire, au rejet de la part de leur propre pays. "J'ai choisi d'être différente de ma différence" dit la fan de culture japonaise. "Je n'ai pas d'histoire dramatique à raconter, je suis une française moyenne" semble s'excuser celle qui a grandi dans une famille heureuse, loin des clichés misérabilistes. "Je suis de nulle part" s'écrit l'une d'elles, provocant une réaction inattendue. "Nos cheveux sont nos racines" lancent-elles toutes.

Elles ont entre 19 et 28 ans. Elles sont nées, ont grandi à Garges-lès-Gonesse, au Val Fourré, dans le Boulogne ouvrier, à Neuilly sous Bois. Elles assument leurs origines que certains leur reprochent, sont fières de leur filiation, qu'elles viennent de la forêt comme le disait Claude Levy Strauss ou bien de la Guadeloupe. Elles refusent d'être les Pénélope du 21ème siècle. Elles ont fait des études, sont diplômées et foulent aux pieds les clichés sur la misère économique et culturelle des quartiers sensibles, ces zones mises à l'écart des villes. Elles sont gréées de ce que leurs parents leur ont appris.

10 récits, 10 témoignages, 10 voix qui parlent et chantent la liberté d'être soi, quelle que soient la couleur de la peau et la nature des cheveux, d'être française et différente, de porter l'héritage des générations précédentes avec fierté et non comme un fardeau.

ENERGIE ET PROFESSIONNALISME

Là où ILLUMINATION(s) bouillonnait d'énergie, de colère et de mouvement, F(l)AMMES prend le temps de poser ces paroles de jeunes femmes, pour laisser s'exprimer leur sensibilité, leurs doutes, leurs certitudes, leur colère parfois et surtout leur confiance inébranlable. Paroles de femmes battantes, sensibles, émouvantes.

La mise en scène d'Ahmed MADANI respecte ces temps de confession et d'expression en y mêlant des chants a capela qui introduisent des ruptures, des respirations après l'émotion. Les comédiennes amateurs laissent alors éclater toute l'énergie et la fougue de leur jeunesse, de leur colère, comme une danse combattante ou libératrice.

Le décor est simple et épuré. Un fond blanc sert d'écran à quelques projections vidéo. Sur la scène quelques chaises apparaissent et disparaissent au gré des récits. Une scénographie qui laisse la place aux mots, ponctuellement accentuée par le corps.

Il y a chez ces jeunes femmes une énergie positive communicative. Elles s'enflamment et enflamment le public qui se lève unanime pour les saluer à la fin du spectacle. Ahmed MADANI démontre une nouvelle fois quel brillant directeur d'acteur il est. Comme pour les jeunes gens d'ILLUMINATION(s) il donne à ses comédiennes amateurs une aisance, une force, une qualité de jeu et d'expression que certains professionnels pourraient leur envier.

On ne peut que souhaiter un succès encore plus grand à F(l)AMMES afin de permettre de revoir ILLUMINATION(s), et, dans la foulée, donner à la Compagnie MADANI les moyens pour créer le troisième volet de sa trilogie. Dès lors on pourra rêver à un marathon MADANI qui permettrait de vois les trois spectacles d'affilé.


Texte et mise en scène d'Ahmed Madani
Avec Anissa Aou, Ludivine Bah, Chrine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N'Diaye, Ines Zahoré
Création vidéo Nicolas Clauss
Création lumière et régie générale Christophe Séchet
Costumes Pascale Barré et Ahmed Madani
Chorégraphie Salia Sanou
Coaching vocal Dominique Magloire et Roland Chammougon




En bref : après le succès d'ILLUMINATION(s) Ahmed MADANI crée avec F(l)AMMES un volet féminin aussi fort que le volet masculin de la trilogie. 10 jeunes comédiennes amateurs portent avec fougue et énergie une parole forte, authentique et optimiste. Une parole libre et nécessaire pour battre en brèche les clichés sur les femmes de banlieue. Un spectacle à ne pas manquer

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de Halles - Avignon OFF 2017
du 6 au 29 juillet 2017
Salle Chapitre - 11h 

C'était à la Maison des Métalos
94 Rue Jean-Pierre Timbaud 75011 Paris
du 16 novembre au 4 décembre 2016

au Collectif 12 - Friche André Malraux 78200 Mantes la Jolie
8-10 décembre 2016

Tournée 2017
Toutes les dates France métropolitaine et Martinique 
sur le site de la Compagnie Madani en cliquant ICI
et notamment
MAC de Créteil - 26 - 28 janvier 2017
Vernouillet - L'atelier à spectacle - 2-3 mars 2017
etc.




Retrouver mes articles sur les précédents spectacles de la Compagnie Madani
- ILLUMINATION(s) - Avignon Juillet 2013


Crédit photo @François Louis Athénas

Vu novembre et décembre 2016 - Maison des Métallos et Collectif 12
Mise à jour du 25/04/17