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jeudi 15 juin 2017

ADIEU M. HAFFMANN

AMOUR ET FILIATION EN TEMPS D'OCCUPATION
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UN BIJOUTIER JUIF ET L'OCCUPATION

Paris, Mai 1942. Joseph HAFFMANN est bijoutier. Comme tous les juifs de France il doit porter l'étoile jaune. Pour sauver sa bijouterie au bord de la faillite il demande à son employé Pierre Vigneau d'en prendre la direction, et de le cacher jusqu'à des jours meilleurs. L'employé finit par accepter le risque, à la condition que M. Haffmann ait des relations sexuelles avec Mme Vigneau, car le couple n'arrive pas à avoir d'enfant. Comment chacun des trois protagonistes va-t-il vivre en huis clos dans ce contexte et ce singulier marché ?

DÉLICATESSE, JUSTESSE ET SENSIBILITÉ

Jean-Philippe DAGUERRE, plus connu pour ses mises en scène, propose avec ADIEU MONSIEUR HAFFMANN une belle histoire d'amour et d'amitié. Tout en délicatesse, il aborde des questions dramatiques avec subtilité et sensibilité.

L'ombre de la mort plane sur l'époque mais elle ne peut éteindre le besoin d'amour et de vie. Joseph HAFFMANN (Alexandre BONSTEIN) et Pierre Vigneau (Grégori BAQUET) s'estiment et sont liés par l'amitié au-delà des rapports hiérarchiques de la petite bijouterie. Dès lors comment refuser à l'autre ce qui lui tient tant à cœur.

Dans l'intimité de la maisonnée, dans le double secret de ce marché, les sentiments évoluent. La gêne d'Isabelle Vigneau (Julie CAVANNA) et de Joseph, la jalousie de Pierre. Les angoisses des uns et des autres se cumulent, se conjuguent : l'angoisse d'être découvert par l'occupant allemand, celle que la grossesse tant désirée ne vienne pas. Le malaise s'installe au sein du trio. D'autant plus que le plus gros client n'est autre qu'Otto Abetz, l'ambassadeur d'Allemagne et proche d'Hitler. Ce dernier à notamment pour mission de dénicher les trésors picturaux de la France et soupçonne Haffmann d'en posséder un.

La finesse de l'écriture et du jeu des comédiens permet d'éviter tous les pièges de la situation créée, contournant tout manichéisme et toutes les ambiguïtés possibles. Chacun des protagonistes se trouve confronté à la question du pacte avec le diable, à la tentation de la trahison, à la lutte pour garder son intégrité.

La mise en scène est sobre, laissant le temps filer doucement mais pas tranquillement. Si l'atmosphère et la situation se font lourdes pour le trio Haffmann / Vigneau, le spectateur est constamment tenu par l'émotion, le danger permanent qui pèse sur les personnages, sans jamais subir cette lenteur. Jusqu'au rebondissement final qui ne manque pas d'humour.

Une fois encore Grégori BAQUET fait montre de tout son talent de grand comédien discret et sensible. Alexandre BRONSTEIN excelle dans les sentiments ambigus qui traversent l'homme en besoin de filiation. Julie CAVANNA sait se faire épouse effacée et femme de tempérament placée dans une situation scabreuse. Franck DESMEDT et Charlotte MATZNEFF sont délicieusement détestables dans le rôle de l'ambassadeur et de son épouse plus nazis et avides l'un que l'autre.

Commentaire : Chronique faite sur la distribution du Off 2016. Pour le Off 2017 Grégori BAQUET est remplacé par Charles LELAURE

En bref : Une histoire d'amour et d'amitié, un besoin de filiation et de transmission dans une époque troublée. Une lutte pour l'intégrité, contre la tentation du mal. ADIEU MONSIEUR HAFFMANN est un récit humain porté par un magnifique trio d'acteur

ADIEU MONSIEUR HAFFMANN, de Jean-Philippe Daguerre, mis en scène par Jean Philippe Daguerre, avec Charles Lelaure, Julie Cavanna, Alexandre Bonstein, Franck Desmedt ou Jean-Philippe Daguerre en alternance, Charlotte Matzneff ou Salomé Villiers en alternance 

(Vu avec distribution Avigon Off 2017) Charles Lelaure, Julie Cavanna, Alexandre Bonstein, Franck Desmedt ou Jean-Philippe Daguerre, Charlotte Matzneff


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Petit Monparnasse
31 Rue de la Gaîté 75014 Paris
A partir du 12 janvier 2018 
du mardi au samedi 21h - dimanche 15h - Durée : 1h20


Vu Avignon Off 2016 - Théâtre Actuel

dimanche 11 septembre 2016

WE LOVE ARABS

PILONNAGE EN RÈGLE DU MUR DES PRÉJUGÉS
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LE BUZZ DU OFF 2016

Le Off 2016 s'est enflammé avec justesse pour WE LOVE ARABS, une pièce qui tire à boulets rouges sur les préjugés concernant la relation israélien / arabes. Le titre en lui-même est déjà un pied-de-nez à la bien-pensance. Dans cette satire fine et mordante le chorégraphe Hillel KOGAN imagine le processus de création d'un spectacle kitch, prétentieux, pseudo-engagé, qui durera 3 jours, se déroulera dans le désert, et qui aurait pour thème l'identité et le partage de l'espace entre Juifs et Arabes. Vaste programme ! Oui mais pour cela il a besoin d'un danseur arabe. Sauf qu'il n'en a aucun dans son répertoire ! Se présente un danseur Arabe, le seul d'Israël, mais qui ne correspondant pas tout à fait à ce que recherche le chorégraphe.


SE JOUER DES PRÉJUGÉS

Avec WE LOVE ARABS Hillel KOGAN dresse un réquisitoire lapidaire contre les réflexes racistes les plus sournois. Tout dans le spectacle est d'une profonde intelligence. Chaque mot, chaque mouvement est réfléchi, drôle, (im)pertinent. Il ne s'agit pas tant "d'une rencontre ou d'un conflit entre juif et arabe" mais de "la confrontation entre deux images" traitant avec subtilité les préjugés les plus larvés que l'on exprime sans même en avoir conscience. Dans cette perspective le duo avec Adi BOUTROUS est d'autant plus savoureux tant le danseur ne correspondant pas du tout à l'image typique de l'arabe. contrariant ainsi le projet de chorégraphe, le contraste entre les deux n'étant soudain plus aussi marqué qu'il le souhaiterait, ce qui donne lieu a de savoureux échanges, notamment dans les expressions.

Hillel KOGAN réalise également une satire savoureuse des milieux de la danse. Le chorégraphe qu'il interprète est une caricature assumée emplie d'auto-dérision. Que ce soit dans le vocabulaire ou dans la gestuelle il jongle avec les ressorts du comique, entre premier, deuxième, trentième degré. On se délecte de ce faux Hillel KOGAN qui impose à son danseur une relation dominant / dominé, infantilisant le danseur sans jamais lui laisser la parole. On savoure ce chorégraphe qui dans l'expression de son art utilise les danseurs comme une matière malléable qu'il peut triturer comme il l'entend pour en restituer sa pensée, sa vision créatrice, dans un processus de création qui peut être violent sans qu'il en ait parfois conscience. Une collaboration qui se termine en apothéose dans un magnifique duo, avant de partager l'houmous avec le public.

En bref : un petit bijou d'autodérision qui traite avec humour et subtilité des comportements ordinaires. Hillel KOGAN et Adi BOUTROUS nous offrent un spectacle d'une rare intelligence qui foule aux pieds la bien-pensance sur la coexistence israelo-arabe, tout en n'épargnant pas les milieux artistiques. Une pépite à ne manquer sous aucun prétexte.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
Avenue Franklin Roosevelt - Paris
du 12 septembre au 8 octobre 2017
Durée : 45 mn

LIEN VERS LE TRAILER EN FRANCAIS EN CLIQUANT ICI

Vu Avignon 2016 - La Manufacture
Mise à jour du 12/09/17

vendredi 29 juillet 2016

PARLONS D'AUTRE CHOSE

UNE JEUNESSE ASPHYXIÉE
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UNE COMMUNAUTÉ SOUDÉE

Ils sont 9 : huit filles et un garçon. Ils ont entre 17 et 20 ans. Ils sont en terminale L. Une communauté soudée, munie de ses règles, de ses codes. Ils ne se quittent jamais vraiment : s'ils ne sont pas au lycée ou en soirée ils restent connectés grâce à leurs ordinateurs, leurs smartphones, leurs forfaits illimités.

Ils n'ont connu que "la crise". Enfants de la génération de mai 68 ils vivent cernés par les interdits fixés par leurs parents. N'est-ce pas un comble de la part de ceux qui couvraient les murs de "il est interdit d'interdire" ? C'est une génération en colère. C'est à cause d'Amy Winehouse. C'est à cause de l'espoir. L'espoir ? Quel espoir ? Une génération qui veut mener sa révolution assise derrière son ordinateur, dans une solitude illimitée, qui ne rêve pas mais se demande seulement "comment s'en sortir". Triste constat.

Alors pour oublier cette peur permanente, pour oublier que l'amour ce n'est bien que chez les vieux, que l'image de la femme c'est celle de cette chanteuse internationale qui n'a plus besoin du rappeur pour réussir dans l'industrie du X, pardon dans l'industrie du disque, il y a les soirées. Ces espaces de liberté. Mais "sait-on ce que c'est que d'être libre ?".

Telles des amazones les filles se veulent combattantes, guerrières, fortes, indépendantes. Tel Achille, Tom est le seul admis dans le cercle. Jusqu'à ce 2 mai 2016 où les choses ont dérapé.

ECRITURE COLLECTIVE

PARLONS D'AUTRE CHOSE est une création collective née de la rencontre de jeunes comédiens âgés de 19 à 25 ans avec deux artistes expérimentées : Léonore CONFINO et Catherine SCHAUB. La première a aidé à l'écriture, la seconde a mis en scène les émotions, interrogations, espoirs de ces jeunes réunis au sein du collectif BIRDLAND.

Un projet qui ne se veut pas que culturel. L'objectif du collectif, en plus d'avoir pu présenter son travail à Paris au Théâtre de Belleville et à la Pépinières Théâtre, et de le porter auprès des acteurs de la vie éducative, professeurs et lycéens, pour en faire un objet socio-éducatif source de tables rondes et d'ateliers.

UNE OEUVRE ORIGINALE

Grâce à une écriture directe, jeune, impertinente, pleine d'humour le collectif BIRDLAND nous interpelle, au sens propre comme au figuré, nous étonne, nous dérange parfois, nous déroute, nous émeut, nous touche au cœur.

Les 9 jeunes comédiens sont bourrés de talent, plein d'énergie. Ils secouent le public et tout parent devraient non seulement écouter mais aussi entendre ce que cette jeunesse souvent incomprise a à nous dire.

En bref : Avec PARLONS D'AUTRE CHOSE le collectif BIRDLAND dresse le portrait d'une génération asphyxiée. Une oeuvre originale qui questionne et émeut. Un spectacle actuel. Une parole libérée qu'il faut entendre

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre Tristan Bernard
645 Rue du Rocher 75008 Paris
A partir du 10 octobre 2018 - 19h
 Durée : 1h10


Vu Théâtre du Nouveau Ring - Avignon - Juillet 2016
Mise à jour du 14/10/2018

PIGMENTS

SI ON POUVAIT TOUT RECOMMENCER ...
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UNE SI BELLE HISTOIRE...

Chloé est peintre et a du mal à percer, mais si elle doute parfois, Nicolas , neurologue, est là pour l'encourage. 4 ans d'un amour intense dont témoignent 8732 textos échangés, du plus romantique au plus terre à terre, et les photos qui sont accrochés sur cette toile de fils tendue dans leur appartement. Mais la passion s'émousse. Avec elle arrive la trahison. Leur belle histoire arrive à sa fin. C'est alors que survient un événement tragique qui pourrait être une nouvelle chance pour repartir à zéro.

Versant jusqu'alors dans le domaine de la comédie Nicolas TAFFIN se lance avec sa quatrième pièce dans la comédie dramatique. Et c'est une réussite sur tous les plans. L'écriture est riche, les dialogues aiguisés, l'histoire cohérente et l'intrique se déroule avec fluidité tout en réservant quelques rebondissements intéressants dont il faut laisser la surprise. Dilemmes, mensonges, secrets : autant de touches de vies qui viennent tacher la toile de leur relation. La vie leur donne l'occasion d'essayer de redonner des couleurs à cette toile devenue blanche. Mais quelles traces indélébiles resteront gravées ?

Dès les premières secondes Mathilde MOULINAT (Chloé) et Nicolas TAFFIN (Nicolas) nous attrapent avec leurs relations parfois sauvages, souvent tendres. Chloé est énergique, espiègle, colérique, câline. Nicolas, plus posé, est taquin, provocateur, charmeur. Leur amour est addictif, complice, avec quelques désaccords solides. Pourraient-ils l'oublier à tout jamais? Le spectateur est immédiatement en empathie avec ces deux être si attachants, si vrais. Comme une petite souris que se serait glissée dans leur appartement on rit avec eux, on vibre au rythme de leur histoire, on souffre pour l'un comme pour l'autre sans porter aucun jugement, on espère.


PIGMENTS est un spectacle où tout a été travaillé dans un objectif d'excellence. La direction d'acteur  et mise en scène de Elodie WALLACE sont parfaites, alternant rythme et moments de poésie. Les deux comédiens sont criants de justesse et de vérité, énergiques, sensibles, transmettant les émotions variées de leurs personnages. L'habillage du spectacle est en parfaite cohérence : la composition musicale originale de Dian POITRENAUD, la mise en lumière subtile de Jean-Philippe De OLIVEIRA, jusqu'à la communication visuelle de Gatsby ETEVE-SAURE et de l'équipe de myfourmi.com.

En bref : PIGMENTS est une très belle comédie-dramatico-romantique écrite avec talent et interprétée avec justesse et sensibilité par un magnifique duo de comédiens. On espère le retrouver très vite à l'affiche d'un beau théâtre parisien et en tournée car tout est là pour que ce spectacle ait une longue vie. Un régal !

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival Off 2017
La Luna
1 Rue Séverine - Avignon - 17h20 - Durée : 1h12
du 6 au 30 juillet 2017

Vu Avignon Off 2016 - La Luna

mercredi 27 juillet 2016

LES FILLES AUX MAINS JAUNES

ODE AUX COURAGE DES FEMMES DANS LA TOURMENTE DE 14-18
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LA LIBERTÉ, A QUEL PRIX !

Elles s'appellent Julie, Rose, Jeanne, Louise. Fiancée, épouse, mère, sœur elles sont fières de voir partir leurs hommes au combat en août 1914. Avec leurs beaux pantalons rouges il vont rejoindre Berlin en quelques semaines, mettre une déculottée à Guillaume et revenir avant qu'on ait le temps de s'apercevoir qu'ils sont partis. Mais pour Julie, Rose, Jeanne, Louise et les autres l'attente commence à se faire longue. Il faut trouver de quoi vivre, nourrir les enfants. Et tandis qu'elles se font ouvrières et prennent la place laissée vacante par les hommes sur les chaînes de production des usines d'armement, les robes noires fleurissent plus vite que les coquelicots.

Julie, Rose, Jeanne et Louise font connaissance dans un atelier de fabrication d'obus. Un travail répétitif, fait de gestes précis car dangereux. Toute la journée elles manipulent des matières explosives. La poudre jaune s'incruste dans la peau, dans les cheveux, dans les poumons. Un travail pénible, 12h par jour, payé à la pièce (deux fois moins que les hommes), avec de temps en temps un dimanche de repos. Dans les ateliers des femmes, partout, encadrées par des contremaîtres masculins rappelés du front pour superviser le travail des femmes. Un salaire de misère, et un verre de lait quotidien.


UN TEXTE ÉMOUVANT CRIANT DE VÉRITÉ

Le texte émouvant de Michel BELLIER fourmille de détails sur le quotidien de ces femmes qui n'avaient d'autre choix que le courage. Au travers des histoires de ces 4 femmes d'âge et de situation différentes ce sont toutes les émotions, toutes les difficultés, toutes les petites joies et les grandes peines qui sont mises en mots et en action. 

La mise en scène sobre de Joëlle CATTINO permet de faire entendre ces paroles de femmes et la beauté du texte. Le talent de Valérie BAUCHAU (Rose), Céline DELBECQ (Louise), Anne SYLVAIN (Jeanne) et Blanche Van HYFTE (Julie) donne une interprétation toute en finesse et en sensibilité, transmettant au spectateur toutes les émotions de leurs personnages : la fougue de Louise l'étudiante suffragette qui aspire à devenir journaliste, les craintes de Rose, le Bibelot, pour son époux, les réticences de Jeanne qui rejoint l'usine car elle n'en peut plus de coudre des robes noires et qui tremble pour ses trois hommes répartis sur le front, la douleur de Julie lorsqu'elle apprend la mort de son mari. On tremble pour leur vie, leur santé tant les conditions de travail se font au mépris de toute réglementation. On peine à les voir faire leur dur labeur. On pleure avec elles leurs hommes sacrifiés. On respire avec elles cet air de liberté qui remplit un dimanche de printemps, ces espoirs de changement de la société quand la grève les mobilise alors que la révolte gagne aussi le front. On espère avec elles en des jours meilleurs.

UN PETIT BIJOU

Cette création délicate et criante de vérité est un petit bijou dans tous les domaines. Le texte et la direction d'acteur sont magnifiés par la qualité et l'esthétique de la mise en lumière et la scénographie de Jean-Luc MARTINEZ, la musique de Dominique LAFONTAINE et les costumes de Camille LEVAVASSEUR.

En cette période de commémoration du centenaire de la Première Guerre Mondiale, LES FILLES AUX MAINS JAUNES permet d'aborder la Grande guerre sous un angle rarement retenu : celui de la prise de conscience des femmes de leur rôle dans la société et le début de leur émancipation. Le chemin est long pour et il en reste encore à parcourir mais les premières marches ont été gravies pendant ces années de sacrifices. Quel paradoxe que ces femmes courageuse aient pu découvrir la voie de l'émancipation en fabriquant les objets de mort qui retenaient leurs hommes sur le champ de bataille. Dans ces ateliers d'une usine d'armement ces quatre portraits de femme remettent en lumière des valeurs que l'on a trop tendance à oublier, à commencer par la solidarité.

« Si les femmes s’arrêtaient de travailler vingt minutes, les Alliés perdraient la guerre ! » Maréchal Joffre

En bref : LES FILLES AUX MAINS JAUNES est une petite pépite théâtrale. LE COUP DE COEUR que j'attendais depuis le début de ce OFF 2016. Des comédiennes lumineuses, une mise en scène délicate, un texte brillant. L'émotion est intense. Un théâtre social d'une qualité rare.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival Off 2016
Théâtre le Girasole
24 bis Rue Guillaume Puy - Avignon
Du 7 au 27 juillet 2016 - 20h45 - Durée : 10h20


Crédit photo @ Bruno Mullenaerts

STAVANGER

RÉCONCILIER L'INCONCILIABLE
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JUSQU'AU BOUT DE LA NUIT

Florence Bernstein est avocate. Cette nuit-là elle a réussi à convaincre Simon de ne pas rester allongé sur les rails. Il est désemparé alors qu'il la suit chez elle. Dans cet appartement très chic, tout de noir et d'argent, où elle lui offre du champagne et du caviar il est comme perdu. Elle est élégante, calme, sereine. Il a froid, il ne cesse de le répéter. Il est replié sur lui-même, nerveux, instable. Elle semble savoir quelque chose qu'il ignore. Le temps semble suspendu. Ils ont quelques heures pour échanger sur leur vie, leur passé, et pourquoi pas sur leur avenir. Jusqu'à ce qu'ils se trouvent un point commun : la ville portuaire de Stavanger en Norvège. Une coïncidence ?

STAVANGER est une pièce d'ambiance. Le décor, la lumière, la musique, les sons : tout concours à instaurer une atmosphère froide, feutrée, troublante, un peu fantasmagorique. Un projecteur dans un angle diffuse sa lumière vive sur une diagonale formée par une froide table de bar et un fauteuil accueillant. Florence, tout de noir vêtue, est tantôt bienveillante, tantôt inquisitrice. Elle se dérobe dès que les questions de Simon la dérangent. Un regard, un mouvement des sourcils, un plissement des lèvres : le jeu de Silvia ROUX est d'une sensibilité, d'une justesse et d'une précision extraordinaires, faisant passer des messages et des émotions par des petits riens que la précision de la lumière permet de révéler.


UNE DIRECTION D'ACTEUR REMARQUABLE

Face au mélange de chaud et froid de Florence Simon est perdu, désarçonné, tendu, vulnérable. Les questions de l'avocate, rouée à l'art de faire parler, le ramènent à son passé, à la mort de sa mère. Petit à petit Florence le pousse à revivre son enfance, à exprimer ses frustrations, ses colères, à revenir aux racines des ruptures familiales successives. Elle qui a eu un parcours en apparence plus paisible, saura-t-elle l'amener sur la voie de la réconciliation ? Tout aussi juste que sa partenaire Thomas LEMPIRE incarne un Simon fragile, constamment en équilibre, à la limite de la folie. 

La mise en scène de Quentin DEFALT rend parfaitement l'esprit de ce que voulait l'auteur Olivier SOURISSE : mettre une voix sur des non-dits. "Avec Stavanger j'ai voulu trouver la clé qui permet de modifier le cours d'une vie. A travers le prisme d'un secret de famille, on aborde l'enfance, ce qu'elle a été, ce qu'elle aurait dû être". Le texte est limpide et fin. L'intrigue est construite avec intelligence, ménageant des rebondissements, jusqu'au final très émouvant.

Il faut saluer le travail d'Olivier OUDIOU pour la mise en lumière et de Ludovic CHAMPAGNE pour l'ambiance sonore qui donnent à STAVANGER une très belle qualité esthétique.

En bref : Première pièce d'Olivier SOURISSE, STAVANGER se révèle être une très bonne surprise. L'écriture est fine, la direction d'acteur remarquable, l'interprétation subtile. Une réussite

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival Off
L'Arrache-Coeur
12 Rue du 58ème RI Porte Limbert - Avignon
Du 7 au 30 juillet 2016 - 16h50 - Durée : 1h15

Sera repris au Studio Hébertot du 17 février au 29 avril 2017
Du mardi au samedi - matinée à 15h le dimanche


Crédit photo @ Courtois

vendredi 22 juillet 2016

FIGHT NIGHT

UNE EXPÉRIENCE DE LA DÉMOCRATIE
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DÉMOCRATIE ET LIBRE ARBITRE

Le vote populaire c'est une sortie de l'Europe sur référendum, le choix ultime entre un écologiste ou un populiste, un outsider auquel personne ne croyait qui sera candidat à l'élection présidentielle de la plus grande démocratie, un peuple qui pousse son Premier Ministre à la démission suite à son implication dans un scandale financier. L'absence de vote c'est le lot des dictatures ou des royaumes. En 2016 quel est le sens du mot "démocratie" ? Et au-delà, de quoi notre vote est-il fait ?

Après "A game of you" en 2014 la compagnie ONTROEREND GOED de Gand (Belgique) nous propose de vivre une nouvelle expérience théâtrale. Cinq candidats. 5 tours de scrutin. Équipé d'un boitier chaque spectateur va voter et choisir le candidat qu'il va mener à la victoire. Sur quels critères le public va-t-il fonder son choix ? Quelle part d'objectivité ou de subjectivité ? Quels mécanismes conscients ou inconscients derrière le fait d'appuyer sur le bouton 1 ou 2 ? Comment réagissons-nous à la manipulation ? Qu'en est-il de notre libre-arbitre ?


UNE EXPÉRIENCE UNIQUE

Toute un série de questions ou de situations parfois déroutantes sont proposées aux spectateurs. Certaines vont le conforter dans ses positions, d'autres interpellent. D'autant plus que le tout est fait de manière très intelligent et que l'on rit beaucoup. L'équipe technique au second plan du plateau donne en direct les résultats de chaque sondage : pas moyens de tricher. Mais ce n'est qu'un jeu n'est-ce pas ?

Derrière les rires, les sondages guignolesques, les questions étonnantes c'est une réflexion profonde sur le sens que nous donnons à notre voix, à notre vote, à notre représentativité, sur nos valeurs. Pourtant ici aucune idéologie n'est présentée. Le jeu nous amène à nous interroger sur le fonctionnement même de nos démocraties.


Les 6 comédiens (Angelo Tijssens, Aurélie Lannoy, Charlotte De Bruyne, Grégory Canoli, Hervé Guerrisi et Jonas Vermeulen) sont parfaits chacun dans leur rôle. Chacun représente un personnage qui réagit en direct au vote du public dont chacun voit le résultat sur un double écran. Chaque candidat délivre son message, est plus ou moins honnête, tente le tout pour le tout pour séduire le public. Le meilleur va-t-il gagner ? Qu'est-ce qui fait de lui le meilleur ? Qu'est-ce que la majorité ?

En bref : une aventure politico-théâtrale qui pose avec intelligence et humour une réflexion sur les mécanismes du jeu démocratique. Un spectacle participatif et en immersion qui interpelle. Une expérience unique que chacun devrait tenter.



C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture (Patinoire)
2 Rue des Ecoles - Avignon
Du 7 au 24 juillet 2016 - 14h15 - Durée : 1h50 (navette comprise)

31

QUAND LE MOT FIN MARQUE LE DÉBUT
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RETROUVAILLES RITUELLES

Quatre amis se retrouvent tous les ans pour le 31 décembre. Pas vraiment pour faire la fête, mais parce que ce jour-là il y a déjà plusieurs années qu'ils ont décidé qu'ils le passeraient ensemble. Mais en ce 31 décembre 1999 il y a de l'électricité dans l'air. Ce soir, les non-dits et les frustrations du passé vont surgir et peut-être changer leurs relations.


Virginie LEMOINE met en scène avec sobriété cette belle comédie (musicale). Comédie avant tout. Une histoire d'amitié déroulée jusqu'à ses racines 20 ans plus tôt, alors que les 4 protagonistes avaient 8, 13, 16 et 25 ans. Musicale car agrémentée de 9 chansons de Gaétan BORG et Stéphane LAPORTE sur une musique de Stéphane CORBIN, qui permettent aux personnages d'exprimer leurs émotions, coupant parfois l'action, mais sans s'intégrer dedans comme dans une vraie comédie musicale.


VOYAGE DANS LE TEMPS

L'originalité de la narration tient dans sa construction à rebours. Nous remontons le temps, année après année, et découvrons progressivement pourquoi en 1989 ils décidèrent d'être toujours ensemble pour la Saint Sylvestre. Un autre bond en arrière nous amènera à leur toute première rencontre avant de revenir en 1999 pour un nouveau départ.

Au fil de ce voyage dans le temps nous découvrons les écueils que la vie a mis sur leur chemin, les joies et les peines, les espoirs et les désillusions, tous ces petits cailloux qui bout à bout ont construit leur personnalité.

Les quatre comédiens (Carole DEFFIT, Valérie ZACCOMER, Alexandre FAITOUNI et Fabian RICHARD) sont tous d'une grande justesse. Leur jeu, tout en sensibilité, nous touche au cœur. L'entente et le plaisir du quatuor sont communicatifs et participent à la crédibilité de cette famille recomposée

En bref : 31 est une comédie pleine d'humour et de tendresse, émaillée de jolies ballades musicales qui vous trottent dans la tête longtemps après le spectacle. Ses 4 comédiens sont justes et émouvants. Un spectacle "feel good" qui émeut et donne du baume au coeur. Un beau moment de théâtre. Un message optimiste et nécessaire.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Studio des Champs Elysées
15 Avenue Montaigne 75008
Du 3 février au 30 juillet 2017
Du mardi au samedi à 21h - Dimanche 16h




Crédit photo @Anthony KLEIN
Vu Juillet 2016 - Théâtre Buffon - Avignon
Mise à jour du 11/12/2016

mercredi 20 juillet 2016

L'AGE LIBRE

QUATRE FILLES DANS LE VENT
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FEMMES DES ANNÉES 2010

"Sauvagement inspiré de Fragments d'un discours amoureux de Roland Barthes" dit le sous-titre sur l'affiche. Sauvagement est bien le mot. Mais d'une sauvagerie rafraîchissante. Les quatre filles de la Compagnie Avant l'Aube s'emparent du texte du sémiologue pour nous le restituer avec une modernité et un humour captivant et complètement barré. La scène est un ring qui s'ouvrira sur le public. Quatre comédiennes dont une violoncelliste y livrent une vision ébouriffante des relations amoureuses. Il y est question de rupture, de coup de foudre, de déclaration, de solitude, de pleurs, d'attente, de rêves, de cachotterie et de vérité, de joies et de douleurs.

Les séquences s'enchaînent comme les rounds d'un combat. Celui d'une génération de femmes qui laissent parler leur désir, leurs corps, leurs émotions, sans tabou, dans un grand vent de liberté. C'est décoiffant. Mené tambour battant tout en laissant la place à des séquences plus calmes, empreintes de sensibilité. Il se dégage de ce quatuor une grande force dans cette féminité affirmée, y compris dans sa fragilité.


DECOIFFANTE ET RAFRAÎCHISSANTE ODE AU DÉSIR

Que les segments d'histoire soient contés, racontés, jouée, chantés ou dansés on évolue essentiellement dans un registre burlesque. Si on frise la caricature au début on rentre vite dans une légèreté et une fraîcheur vivifiante. Quelle énergie. Quelle modernité donnée au texte. Passé la surprise des premières secondes elles nous embarquent dans leur univers déjanté et on y plonge avec bonheur et délice.

La composition musicale de Inès COVILLE accompagne ces confessions libres. Le violoncelle, instrument hautement féminin par ses courbes, fait le lien entre les comédiennes et le public. Présente sur le ring Inès est la quatrième voix. La mise en scène de Maya ERNEST est enlevée. Sur scène Lucie LECLERC, Lillah VIAL et Agathe CHARNET dégagent une énergie et une joie de vivre phénoménales. Pas de place pour le pathos dans cet ode au plaisir. On en redemande !

Pour en savoir plus
Découvrez en cliquant ICI "vous êtes inadmissibles", la parodie d'une pub d'une célèbre marque de collant, faite par la Compagnie Avant l'Aube en réponse à la réalisation de Frédéric Beigbeder

En bref : Enorme coups de coeur pour ce quatuor féminin qui parle avec liberté, dans un univers burlesque, de la femme, de son désir, des ses amours. Quatre filles qui décoiffent. Déjanté, fin et sensible. A ne pas manquer

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 
Théâtre des Barriques
Rue Ledru Rollin
du 7 au 30 juillet 2017 - 18h15 (jours pairs) - Durée : 55mn


Crédit photo @Alois Lecerf
Vu en Juillet 2016 - Avignon Off - Théâtre des Barriques
Mise à jour du 16/06/17