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dimanche 8 avril 2018

LIBRES ENFIN.... ! - Showcase / Lecture

HOMMAGE A DES COMBATTANTS POUR LA DIGNITÉ HUMAINE



Le 4 avril 1968 à 19h04 le Révérend Martin Luther King est officiellement déclaré mort. Une heure plus tôt il a reçu à la gorge une balle alors qu'il est sur le balcon du Lorraine hôtel à Memphis. Le 21 août 1971 George Jackson est tué dans ce qui est qualifié de tentative d'évasion. Il était entré dans la prison de Soledad à 18 ans pour un vol de 70 dollars.

Deux hommes. Deux afro-américains. Deux points de vue. Deux colères. Une même soif de justice. Pierre Tré-Hardy écrit "Libres enfin...!" en confrontant le récit épistolaire de George Jackson et les discours de Martin Luther King. Deux voix pour un même combat. Sally Micaleff voulait depuis longtemps porter à la scène ce texte empreint d'humanisme. 

En ce soir du 4 avril 2018, 50 ans après l'assassinat de l'apôtre de la non violence, Didier Long et le théâtre de l'Atelier accueillent pour une soirée exceptionnelle une lecture / mise en espace de ce texte qui résonne avec l'actualité. Soirée spéciale placée sous le parrainage de Lilian Thuram qui déclarait en préambule du spectacle "Nous devons rendre les hommes un peu plus humains et travailler ensemble pour lutter contre les injustices'".


Ce sont Lucien Jean-Baptiste et Cyril Guei qui se font les voix des deux combattants des droits civiques. Lucien Jean-Baptiste endosse avec sobriété la posture du révérend King. Comment ne pas être ému par les mots de celui qui dénonçait que "sans les mêmes droits pour tous une nation ne peut se regarder dans les yeux.". Cyril Guei est porte-parole de la colère et la sagesse de George Jackson.


Le choix des textes est judicieux. Ils se rencontrent, se répondent, se juxtaposent. Deux personnalités et deux modes d'action pour une même réflexion sur l'état d'un monde, sur une volonté, une soif de changement. Deux messages d'espoir et d'humanisme. Ces deux hommes cherchaient à changer le monde, pour une cohésion sociale, pour une justice.

'"Nous devons parvenir à comprendre que notre objectif est d'instaurer une société en paix avec elle-même, une société qui pourra vivre en paix avec sa conscience. Le jour où cela arrivera, ce ne sera pas une victoire, ni pour le Blanc ni pour le Noir. Ce sera une victoire pour l'Homme en tant qu'Homme"
Martin Luther King

"Tu ne sais pas combien il est difficile de vivre en paix, même un instant, avec ceux qui idolâtrent la violence, méprisent la paix et l'harmonie".
George Jackson

On ne juge pas un spectacle sur une lecture, mais un tel showcase donne un aperçu de ce que pourrait être le spectacle. Vu la qualité de la prestation donnée par tous en cette soirée commémorative on ne peut que souhaiter à Sally Micaleff de voir ce rêve se concrétiser, qu'elle trouve un producteur et que la rentrée théâtrale 2018 nous permette de venir applaudir sa mise en scène complète de "Libres enfin...!", afin qu'un public nombreux puisse découvrir ces textes qui, s'ils sont une image de la condition du peuple afro-américain dans les années 60/70, restent d'une poignante actualité. Et si ce n'est pas l'année du cinquantenaire de la mort de Martin Luther King que ce spectacle doit être montré, quand cela pourrait-il être ?

LIBRES ENFIN de Pierre Tré-Hardy, mise en scène Sally Micaleff avec Lucien Jean-Baptiste et Cyril Gueï


En bref : on espère vivement vous donner rendez-vous à la rentrée théâtrale 2018/2019 pour une chronique complète de ce spectacle en devenir.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
C'était à L'Atelier
Place Charles Dunin
le 4 avril 2018

Ce sera ..... on vous le dit ici dès qu'on a une bonne nouvelle


dimanche 28 janvier 2018

LE LIVRE DE MA MERE

ODE A TOUTES LES MÈRES
****


En 1954 Albert Cohen écrit une longue lettre à sa défunte mère. 64 ans plus tard Patrick Timsit dit ces mots plein d'amour et de nostalgie. Un seul en scène émouvant à voir et écouter dans le beau cadre du théâtre de l'Atelier.

UN AMOUR INCONDITIONNEL

Peu de livres traversent le temps comme "Le livre de ma mère" d'Albert Cohen. Dans une longue lettre adressée à sa mère défunte il décrit une femme ordinaire et exceptionnelle, une relation fusionnelle avec son fils unique, un amour filial intense et réciproque, mais aussi la culpabilité de cet enfant devenu homme qui ne se pardonne pas de n'avoir pas assez pris soin de cette femme qui a rempli sa vie.

1900. Elle avait débarqué à Marseille avec mari et fils, fuyant Corfou et les pogroms. Dès lors elle n'a plus que son fils comme univers, et lui n'a plus que sa mère comme lien social. Le théâtre dominical, les scènes de la vie quotidienne, c'est un amour fusionnel qui est décrit, avec toute la nostalgie d'une époque révolue, les souvenirs d'une enfance heureuse (vidéo de scènes de plages, de restaurant). Albert Cohen fait le portrait d'une mère juive esseulée, ultra-protectrice de son fils unique (ce qui sera certainement cause de son départ pour Genève pour y faire ses études), aimante et soucieuse du bonheur de ce fils, de son bien-être physique et affectif, qui jamais ne se plaindra de son sort d'exilée ni de l'éloignement de celui qui est pour elle source de tant de bonheur préférant savourer les visites qu'elle lui fait en Suisse.

"Mon enfance est morte en même temps que toi [ ] J'ai été un enfant, je ne le suis plus et je n'en reviens pas".

NOSTALGIE ET CULPABILITÉ

Cette déclaration d'amour d'un fils à sa mère n'est pas qu'un portrait idyllique. C'est aussi le regard contrit qu'un fils jette en arrière sur sa relation passée avec celle qui l'a aimé d'une manière aussi inconditionnelle. Dans ce flot d'amour et de nostalgie se mêle la culpabilité du fils qui réalise à la disparition de l'être aimé qu'il n'a pas toujours été juste avec elle, qu'il n'a pas su lui rendre tout cet amour dont elle l'a enveloppé sans rien demander en retour.

Albert Cohen écrivit la version finale du "Livre de ma mère" en 1954. Il s'appuya sur les 4 textes (chant de mort I - II - III - IV publiés à Londres entre  juin 1944 et mai 1945, quelques mois après le décès survenu en janvier 1944.

Sur la scène du théâtre de l'Atelier Patrick Timsit donne à ses mots toute leur chaleur, leur tendresse, leur humanité. Il dit ce texte avec beaucoup de retenue, d'émotion sincère. Avec humilité il donne corps à cette lettre d'amour qui se transforme en ode à toutes les mères, faisant prendre conscience ou rappelant à chaque spectateur que si "les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles" elles ne sont pas les seules et qu'il faut savoir profiter des ceux que l'on aime tant qu'il en est encore temps.

En bref : Dans un seul en scène sobre et émouvant Patrick Timsit porte avec humilité et émotion les paroles humanistes d'Albert Cohen. Une lettre d'amour à une mère qui se transforme en ode à toutes les mères. Une émotion intense.

"Amour de nos mères à nul autre pareil"
Albert Cohen


Crédit photo @Pascal Victor / ArtComPress
Vu en janvier 2018 au Théâtre de l'Atelier à Paris

samedi 11 mars 2017

LE CAS SNEIJDER

PIERRE ARDITI TOUCHANT HOMME BRISE
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Au Théâtre de l'Atelier Didier BEZACE adapte LE CAS SNEIJDER. La descente dans la folie d'un homme brisé par un accident d'ascenseur. 1er prix Toja du théâtre pour cette réflexion sur le sens de la vie. Pierre ARDITI dans un rôle sensible, touchant, subtil, entre gravité et humour noir.

SURVIVRE. POURQUOI ? COMMENT ?

Paul est un survivant. Un rescapé. Le seul d'un accident d'ascenseur dans lequel il a perdu sa fille. Depuis il traîne sa carcasse cabossée comme son esprit. Sa femme Anna lui reproche constamment son attitude. Ses jumeaux de fils la soutiennent. Alors il trouve un travail : promeneur de chiens. Et personne ne comprend cette décision qui semble tellement irrationnelle. Jusqu'où le conduira cette chute vertigineuse entamée dans cet ascenseur de malheur ?

Sur la scène trois pans de mur délimitent l'espace. Tableaux noirs sur lesquels Paul dessine avec rage des mécanismes d'ascenseur. Par-ci par-là des citations de Confucius, Spinoza, Nietzsche, sur le hasard, le travail, la liberté. Au centre une porte coulissante s'ouvre sur le salon ou la chambre de l'appartement de Paul, le bureau de son employeur, la rue.

Pour sortir de sa solitude, incapable d'être en contact avec les hommes dans ce qu'il appelle cette société verticale construite autour des ascenseurs, Paul démissionne du poste que sa femme lui avait permis d'obtenir et choisit un travail qui étonne son entourage : il promène des chiens. Un surtout, Charlie, avec lequel naît une grande complicité. Mais ni sa femme ni ses fils ne comprennent les choix de Paul, ses besoins, ses colères, sa douleur. Alors Paul devient "un cas", un individu unique, complexe, attachant.

ADAPTATION NOIRE ET FIDÈLE

En adaptant le livre de Jean-Paul DUBOIS, Didier BEZACE nous plonge dans l'esprit d'un homme fragilisé par un drame. Comment Paul peut-il comprendre et accepter d'être le seul survivant d'un accident d'ascenseur, lui qui a 61 ans, alors que sa fille figure parmi les 4 victimes. Il nous propose plusieurs niveaux de lecture, de notre relation à la machine, au malheur des autres, au travail, à notre place dans la société. Une adaptation sombre tant par l'humour noir que par l'univers étrange, onirique renforcé par la scénographie, les fumées qui envahissent le plateau, les déclenchements intempestifs d'une alarme qui a fait défaut lors de l'accident.

Confronté à une femme tyrannique, insensible, égocentrique, froide (Sylvie DEBRUN, agaçante d'égoïsme et de détachement), Paul lutte contre sa culpabilité, ses doutes, ses cauchemars, s'interroge sur le sens de sa vie, sur la verticalité de la société, l'emprise des machines, l'impossibilité de la transmission, la filiation, l'amour, le rapport aux autres. La scénographie imaginée par Didier BESACE et Jean HAAS reflète l'enfermement intérieur de Paul, ses délires tragi-comiques. Tel un funambule Pierre ARDITI semble constamment à la limite de l'équilibre. Sommes-nous dans le monde réel ? Paul a-t-il déjà sombré dans la folie?


ARDITI SUBTIL ET ATTACHANT

Pierre ARDITI interprète un Paul subtil, fragile, confus, empreint d'autodérision face à l'infidélité de sa femme, de cynisme face à ses fils jumeaux qui le méprisent et multiplient les occasions de créer la confusion (mais qui crée cette confusion ?). Il jette un regard désabusé sur la vie. Avec humour, gravité, justesse il crée un personnage attachant, tant par sa présence physique que par sa voix off qui nous enveloppe.

Le reste de la distribution est de la même justesse. Didier BEZACE est parfait dans le rôle de l'avocat de la compagnie d'ascenseur tout aussi ambiguë (ou peut-être pas) que Paul. Thierry GIBAULT, empathique propriétaire de DogDogWalk, est le moteur qui fait bouger le rescapé. Morgane FOURCAULT est un magnifique fantôme. Quant à Charlie, superbe border Collie, il apporte une touche de poésie, de calme et de sérénité dans l'univers de Paul.

Le cas Sneijder est lauréat du 1er prix Toja de la Fondation Jacques Toja pour le Théâtre

En bref : Didier BEZACE réalise une fidèle et belle adaptation du livre de Jean-Paul DUBOIS. Entre onirisme et réalité Pierre ARDITI interprète brillamment un homme en rupture avec la société, refusant de se plier à une vie étriquée, préférant la solitude et la liberté. Une interprétation juste, subtile. Une réflexion qui ne laisse pas indifférent. Une des réussites de la saison théâtrale 2016/2017.

"Un accident servait aussi à ça. A comprendre l'origine du malheur. A démonter la machine et à la remonter"

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
1 Place Charles Dullin 75018 PARIS
Depuis le 21 février 2017
Du mardi au samedi à 21h - Matinées samedi à 18h - Dimanche à 15h



Le cas Sneijder, adaptation et mise en scène de Didier Bezace, avec Pierre Arditi, Sylvie Debrun, Didier Bezace, Thierry Gibault, Morgane Fourcault et Charlie.


Crédit photo @ Hervieux

vendredi 9 décembre 2016

1er PRIX FONDATION JACQUES TOJA POUR LE THÉÂTRE

RENCONTRE LUNDI 5 JANVIER 2016
POCHE MONTPARNASSE




Jacques TOJA était un homme de théâtre. Acteur il fut pensionnaire, sociétaire puis administrateur général de la Comédie Française. Le grand public a surtout retenu son interprétation de Louis XIV dans la série des Angéliques même s'il joua 130 rôles du répertoire dans la maison de Molière. Pendant ses années en temps qu'administrateur il introduire dans le répertoire des auteurs contemporains. Il aimait à dire "l'idée directrice est d'avoir une troupe rompue à tous les styles et capable de jouer Molière mais aussi Ionesco, Racine mais également Beckett". (source : Wikipédia).

C'est en 1983 qu'il créa une fondation dédiée uniquement à l'art dramatique, laquelle fut renommée Fondation Jacques-Toja pour le théâtre après son décès en 1996. Reconnue d'utilité publique depuis 1991, elle a pour but de perpétuer l'esprit de son fondateur en faisant redécouvrir le répertoire et en enrichissant de textes contemporains pour le diffuser auprès du public présent et futur, comme on peut le lire dans  les statuts de la fondation. Au travers de cette structure il souhaitait fédérer entreprises et particulier autour de la création.

3 PROJETS POUR 2017

C'est dans cet esprit qu'aujourd'hui est créé, à l'occasion des 20 ans de la disparition de Jacques Toja, le 1er prix fondation Jacques Toja pour le théâtre. Grâce à une campagne de mécénat participatif l'objectif est de partager avec le public l'aventure de la création, en le plaçant dans le rôle du producteur de spectacle : découvrir un texte, imaginer sa distribution, écouter le metteur en scène expliquer ses intentions. A la suite d'un appel à projet 3 spectacles qui seront à l'affiche à la rentrée de janvier 2017 ont été sélectionnés :

- Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois, mis en scène par Didier Bezace, avec Pierre Arditi, Charles-Roger Bour, Sylvie Debrun, Thierry Gibbault. La première aura lieu au Théâtre de l'Atelier le 21 février 2017. Un homme, seul survivant d'un accident d’ascenseur, est complètement transformé par ce drame. Détaché de la société matérialiste qui voue un culte à l'hyper-performance, il accepte un job de promeneur de chien, refuse d'attaquer l'ascensoriste, déroute son entourage par son comportement. Il devient "le cas Sneijder"

- Piège mortel d'Ira Levin, mis en scène par Eric Metayer, avec Nicolas Briançon, Cyril Garnier, Marie Vincent, Virginie Lemoine et Damien Gajda. La première aura lieu au Théâtre La Bruyère le 19 janvier 2017.  L'histoire de Sidney Brown, auteur de pièce policière confronté au syndrome de la page blanche. Quand il reçoit le texte d'un jeune auteur il y voit la source du succès dont il a tant besoin. Jusqu'où sera-t-il prêt à aller pour renouer avec la popularité ?

- Abigail's Party de Mike Leigh, mis en scène par Thierry Harcourt, avec Cédric Carlier, Dimitri Rataud, Alexie Rives, Lara Suyeux et Séverine Vincent. Première au Théâtre de Poche Montparnasse le 31 janvier 2017. Londres 1970. Abigail et son mari reçoivent leurs nouveaux voisins Angela et Tony. Fuyant la "party" organisée par sa fille Abigail, Susan, une voisine, se joint à la soirée. Tout est en place pour que cet apéritif improvisé soit le lieux d'expression de situations inattendues qui pourraient tout faire basculer.

        

POURQUOI FAIRE UN DON ?

Faire un don via la plateforme Comeon vous permettre de devenir membre du jury du 1er Prix Fondation Jacques Toja pour le théâtre.

Vous pourrez découvrir
- le texte des trois projets nominés
- voir des vidéos des comédiens présentant leur personnage
- entendre la vision du metteur en scène

Les membres de la fondation ne pouvaient imaginer ce prix sans la participation du public. Ce prix sera attribué par des donateurs passionnés qui pourront entrer dans l'acte de création d'un spectacle, le voir de l'intérieur

Le projet gagnant se verra attribué une aide financière de 20.000 €, dont 10.000€ donnés par la fondation et 10.000€ collecté auprès des donateurs via le crowdfunding. A noté que la fondation étant reconnue d'utilité publique les dons sont déductibles des impôts sur le revenu à hauteur de 66% du montant du don.

Les modalités du vote seront communiquées ultérieurement.

Alors pourquoi ne pas participer à cet élan créatif ?

Tous les détails sur la plateforme Comméon en cliquant ICI

Bons spectacles

Pour que vive le spectacle vivant, allez au théâtre

samedi 2 juillet 2016

VINCENT DEDIENNE - S'IL SE PASSE QUELQUE CHOSE

AUTOBIOGRAPHIE AUTORISÉE
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Est-ce un one-man show ? Est-ce du stand-up ? Le spectacle de Vincent Dedienne est inclassable. Comment définir un seul en scène où le comédien s'habille pour mieux se mettre à nu ? Pendant un peu plus d'une heure l'humoriste iconoclaste, qui chaque dimanche livrait une bio interdite dans Le Supplément sur Canal+ et chaque jeudi sa chronique sur France Inter, va nous raconter son parcours tout en l'émaillant de sketchs. On croise ses parents. On découvre le jeune Vincent déjà débordant de talent dans son premier show à 14 ans. On joue à un Qui est-ce géant.On apprend l'origine de sa vocation.

Son humour décalé nous emmène parfois sur des chemins biscornus pour mieux nous ramener au point de départ. Un mélange des genres qui peut parfois surprendre voire dérouter le spectateur. Mais il émane de Vincent DEDIENNE une tendresse, une simplicité, une générosité qui font oublier les quelques baisses de régime au cours du spectacle et qui font que, indiscutablement, il se passe quelque chose.

On ressort du spectacle avec le sourire, le sentiment d'avoir fait une rencontre, d'avoir partagé un moment intime dans la bonne humeur, une de ses soirées où l'on n'a pas envie de se quitter.

Un premier spectacle fin, intelligent, qui permet d'en savoir plus sur celui qui a éclaté sur les médias depuis 2 ans, après une formation classique, et que j'avais eu le plaisir de découvrir en tant que comédien en janvier 2014 dans Je marche dans la nuit par un chemin mauvais, une pièce sur le mal-être de l'adolescence dans laquelle éclatait toute sa sensibilité.

En bref : un spectacle original qui réconcilie théâtre et one-man show. Une personalité terriblement attachante. Un humour décalé. Un autoportrait empreint de tendresse. Un très bon moment.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre de l'Atelier
1 Place Charles Dullin - 75018 PARIS
Lundi 10 - 17 et 24 octobre 2016 à 20h

Avignon Festival Off 2016
Chapeau d'Ebène Théâtre
13 Rue de la Velouterie - Avignon
Du 7 au 30 juillet 2016 (relâche 18 - 25) - 19h35 - Durée : 1h30

Vu Salle Jacques Brel - Saint Quentin en Yvelines - Janvier 2016
Mise à jour du 31/08/16

jeudi 10 mars 2016

TRAINE PAS TROP SOUS LA PLUIE

DRÔLE, TOUCHANT, AUTHENTIQUE
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Chaque soir depuis le 8 mars 2016 et jusqu'au 24 avril 2016 Richard BOHRINGER retrouve la scène du Théâtre de l'Atelier qu'il occupait il y a quelques semaines avec sa fille pour J'AVAIS UN BEAU BALLON ROUGE. Mais cette fois-ci c'est pour nous parler de lui, de sa vie, de ses passions, de ses coups de cœur, de ses coups de gueule, de sa vie, de la vie. Conteur de la vie. Poète. Âme sensible qui se livre en toute liberté, et en toute humilité, avec une générosité rare, si rare. 

Chaque soir il attrape la scène et le public par sa présence, sa voix, sa sincérité, son authenticité. Armé de ses deux carnets il y pioche tout au long de la soirée des textes, ses textes ("C'est beau une ville la nuit" et "Traîne pas trop sous la pluie"), et nous livre dans une atmosphère de grande intimité, ses mots pour nous retracer quelques souvenirs, nous faire cadeau de quelques pages de son écriture si poétique. Entre chaque texte un espace d'improvisation, espace de liberté, un échange avec le public. Quelques minutes pour livrer une anecdote sur ses amis qui lui ont gardé une place là-haut (mais le plus tard possible), pour évoquer les femmes, l'alcool, la vie et la mort, les enfants, le père, la mère, l'amour. Nous sommes ivres. Ivres de ses mots.

Il nous convie à un voyage dans sa mémoire, nous invite à lâcher le présent pour le suivre dans les méandres de ses pensées comme nous pourrions le suivre sur les méandres d'un fleuve du Sénégal, ou des pistes de cette Afrique qui lui tient tant à cœur et qui aujourd'hui lui manque tant. Une émotion à fleur de peau qui nous prend le cœur et les tripes, qui nous fait rire et sourire, qui nous transporte et nous bouleverse

Ce soir-là nous avons côtoyé un boxeur, fait cadeau à une sublime beauté noire américaine d'un pull-over tricoté par une grand-mère, accompagnés le poète dans son amour des mots, salué Roland Blanche, Jacques Villeret, Mocky et tous les autres, dit adieu au fidèle compagnon que fut l'alcool, rencontré le Grand Singe, etc.

Ce n'est pas de fragments d'une vie qu'il nous fait cadeau chaque soir. Car des vies il en a déjà vécu plusieurs. Il en a mené des combats, aimé des femmes, il en a fait des virées avec ses copains la plupart déjà partis. S'il remonte sur scène pour ses 30 représentations exceptionnelles c'est autant par plaisir que par défi. Et pour nous spectateur c'est un pur moment de bonheur.

En bref : un moment de pure émotion. Un temps suspendu à la magie des mots d'un poète d'une sensibilité et d'une générosité extrême. Merci Monsieur BOHRINGER pour ce cadeau que vous nous faites. C'est beau, tout simplement beau, un poète qui aime la vie.

Et quoi de mieux que ses mots pour dire ce plaisir ?

"Je ne suis pas un gars de la syntaxe. Je suis de la syncope.

Du bouleversement ultime.
Je me fous du verbe et de son complément.
Faut pas faire le malin avec les mots. Faut les aimer.
Ca file du bonheur les mots"

Richard Bohringer

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
1 Place Charles Dulin 75018 Paris
Métro Anvers ou Abbesses

Du 8 mars au 24 avril 2016
Du mardi au samedi à 19h00
30 représentations exceptionnelles



Crédit photo @Alain Rousseau

mercredi 4 mars 2015

ANNA CHRISTIE

TOUCHANT DESTIN DE FEMME
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ZOOMER

Mélanie THIERRY avait à cœur de porter à la scène le texte d'Eugène O'Neil sur le destin d'une fille de marin au parcours tourmenté comme un bateau au milieu de la tempête. Jean-Louis MARTINELLI l'a mis en scène, permettant à la comédienne un magnifique retour sur les planches grâce à ce rôle poignant de combattante.

DANS LE PORT DE NEW YORK (ou d'ailleurs) Y'A DES MARINS QUI...

New York. Ses bas-fonds.Les bars enfumés où les marins trouvent refuge entre deux voyages. Un bar comme il y en a tant dans tous les ports du monde. C'est là que Chris Christopherson traîne sa vie de vieux marin. Depuis que sa femme est morte il y a plus de 15 ans il erre plus qu'il ne vit. Pour la protéger de cette vie de pleurs et de misère il a envoyé sa fille à la campagne, loin vers l'est, alors qu'elle n'avait que 5 ans, et ne l'a pas revue depuis. Et alors qu'il ne s'y attend pas elle surgit dans sa vie, du haut de ses 20 ans et de ses talons hauts. Comment renouer avec cette enfant qu'il n'a pas vu devenir femme, dont il ignore finalement tout ? Comment se faire pardonner cette absence et ses conséquences ? Comment l'empêcher de tomber dans les bras robustes de Burke, ce marin repêché en mer ?

SUPERBE TRIO

Certains se souviendront d'un film avec Greta GARBO dans le rôle d'Anna Christie, son premier rôle parlant. Il faut l'oublier pour laisser la place à l'interprétation puissante de Mélanie THIERRY. Elle campe avec énergie cette jeune fille perdue qui a fuit la ferme du Minnesota où son père pensait l'avoir mise en sécurité, où elle n'a connu que mauvais traitements, et qu'elle ne quitte que pour tomber dans la prostitution. Blessée, fatiguée, elle refuse de baisser les bras et espère en ce père inconnu pour l'aider à trouver la rédemption et retrouver sa dignité. Dans ce milieu d'hommes machistes elle se bat comme une lionne pour un combat féministe, pour le droit à l'erreur et à une seconde chance. Pour le droit à l'oubli de ce passé qu'elle a subit mais jamais choisi. Pour une fois dans sa vie elle veut choisir sa voie et croire qu'elle peut être celle d'une certaine forme de bonheur. Face à ce père faible, alcoolique elle dresse sa jeunesse et ce qui lui reste d'énergie et d'espoir. Elle qui a tant souffert de l'absence de son père veut avant tout la paix et entend lui cacher les routes tortueuses et douloureuses dans lesquelles les choix paternels et la vie l'ont jetée. Mélanie THIERRY donne à son personnage toute la palette des sentiments qui la traverse, entre espoir et colère, entre compassion et humiliation, entre l'envie de tout oublier pour repartir vers un avenir radieux, le besoin de protéger celui qui n'a pas su la protéger elle, et l'attraction irrésistible qu'exerce sur elle ce beau et ténébreux marin sauvé de la tempête. 

Face à cette jeune femme au discours féministe  Féodor ATKINE est parfait en vieux loup de mer désabusé, alcoolique, lié pour toujours à cet mer, source de tous ses maux, de tous ses chagrins. Il apporte au personnage du père cette fragilité qu'a celui qui n'a pas choisi son destin et fait de son mieux en toute âme et conscience pour limiter son impact sur les autres. Il voulait protéger sa fille. Comment dès alors accepter, comprendre, pardonner ? L'homme affaiblit par l'alcool et le malheur se trouve confronté à sa responsabilité et à sa culpabilité qu'il rejette avant de connaître lui aussi une forme de rédemption.

Stanley WEBER complète ce trio. Jeune, macho comme doit l'être un marin, un homme fort, il porte en lui la source d'un bonheur possible tout en le rendant impossible. Du haut de sa stature musclée il est à la fois l'amour rédempteur et le bourreau impitoyable. Comme le père et la fille il est tiraillé par des sentiments contradictoires.  

Charlotte MAURY-SENTIER enfin est la bonne âme de cet univers. Elle campe avec réalisme une tenancière de bar amie et confidente, témoin silencieuse du drame humain qui se joue devant ses yeux.


La très belle scénographie nous plonge dans les vapeurs d'alcool, les bars enfumés, les brumes épaisses de la mer mystérieuse et hostile. Si l'histoire et le destin des personnages est sans surprise, la mise en scène et la direction d'acteur lui donnent une certaine modernité. De ce triple naufrage, lequel saura sauver les autres ?

En bref : Une adaptation soignée qui donne à Mélanie THIERRY un rôle fort pour son retour sur scène, encadrée par un duo d'hommes à l'interprétation très juste. Une triple quête de rédemption prenante et émouvante.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de l'Atelier
1 Place Charles DULLIN 75018 PARIS
Métro : Anvers, Abbesses ou Pigalle
Du mardi au samedi : 21h
Matinées samedi 16h30 et dimanche 15h30



Crédit photo @Kim_Weber

dimanche 1 mars 2015

LECTURES DE L'ATELIER - FEV/MARS 2015

UN CYCLE DE TROIS LECTURES A NE PAS MANQUER
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En cette deuxième partie de saison le Théâtre de l'Atelier nous offre un cycle de lectures à ne pas manquer. Auteurs et comédiens de talents sont réunis pour nous faire découvrir avec talents des textes variés. Pour bien commencer une soirée de spectacles.

BLANC - BALMER - FREY

Commencé à la mi-février et prévu pour se terminer mi-mars, le cycle de lecture proposé par le Théâtre de l'Atelier connait un franc succès grandement mérité puisque des prolongations sont déjà annoncées pour la lecture qui a ouvert le triptyque.

C'est Dominique BLANC qui a entamé ce cycle avec une lecture d'un texte de Annie ERNAUX : "'LES ANNEES". Saluée par le public cette lecture sera reprise du 17 au 29 mars, l'occasion d'une session de rattrapage pour ceux qui l'auraient manquée.

C'est ensuite Jean-François BALMER qui s'est livré à l'exercice du 17 février au 1er mars. Avec gourmandise et délectation il s'empare des mots de Régis DEBRAY et distille avec un plaisir à la fois non dissimulé et communicatif 16 petits histoires extraites des plus de 400 qui constituent le recueil "UN CANDIDE A SA FENETRE". Autant d’instantanées, de réflexions inspirées du quotidien ou de l'actualité. Où l'on apprend que les maux qui rongent l'économie grecque se décrivaient avec les mêmes mots il y a un siècle, où l'on examine la France sous l'angle de l'enfance, la romance, la souffrance et l'élégance, où l'on s'interroge sur l'image des "grands" de ce monde quand ils font du jogging ou du vélo, où l'on rend hommage à un grand comédien, où l'on est interpellé sur la place du nu au théâtre, surtout quand il s'agit de l'Odéon. Des petites scènes pleines d'humour et de bon sens dites avec tant d'amour et de plaisir qu'on ne peut qu'avoir envie de se jeter sur le livre pour découvrir les autres.


C'est la voix unique et si sexy de Sami FREY qui se met en scène dans le troisième texte. Du 3 au 15 mars il nous laissera entrer dans l'ombre d'un couple mythique en partageant "Entretiens avec Jean-Paul Sartre (août - septembre 1974)" de Simone de Beauvoir. Une telle rencontre ne peut donner lieu qu'à un moment unique et exceptionnel qu'il ne faut pas manquer.

En bref : quoi de mieux qu'un très bon cycle de lecture pour bien commencer une soirée de spectacles : entre 3 comédien(ne)s remarquable qui se succèdent et trois textes forts, drôles, intelligents et fins, aucune hésitation.



C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Place Charles Dullin 75018 PARIS
Du 17/02 au 01/03 2015 : Jean-François BALMER lit Régis DEBRAY
Du 3 au 15 mars 2015 :  Sami FREY lit Simone de Beauvoir
du 17 au 29 mars 2015 : Dominique BLANC lit Annie ERNEAUX



Vu le 24 février 2015 - Théâtre de l'Atelier - Paris