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dimanche 25 novembre 2018

SOPRO - Le regard de Corinne

NOUVEL HORIZON
Le regard de Corinne



Une femme, entre deux âges, vêtue de noir, entre en scène, seule, son carnet à la main. Elle
fait le tour de ce théâtre laissé à l'abandon. La nature a repris ses droits, l'herbe pousse à
travers le plancher, le vent traverse ce lieu hanté par ses souvenirs, les rideaux, encore
présents, ondulent.

Elle marche, semble réfléchir. Elle fait le bilan peut-être…Elle ne peut plus exercer son
métier de souffleuse, il n'existe plus. Alors quoi? Accepter la proposition de l'auteur
d'inventer un spectacle autour d'elle? Pourquoi pas.

Elle parcourt la scène qu'elle accepte de partager avec les comédiens, sans pour autant prononcer une parole. Ainsi, elle prend possession de ce nouvel espace, elle qui a toujours été dans l'ombre, dissimulée.

Apparaissent alors à tour de rôle 5 acteurs et c'est un enchaînement de scénettes dont
certaines sont des évocations de son expérience passée.

De souffleuse, elle devient chef d'orchestre. Elle les guide, les oriente sur scène. Tout
doucement, elle prend place dans la lumière.

Parfaitement ignorante de l'œuvre de Tiago Rodrigues, j'ai découvert un auteur d'une grande
poésie. Nous sommes en immersion durant le spectacle avec ce vent dont on entend le
souffle et qui nous donne des frisons, on a presque froid. Ce jeu d'ombre et de lumière,
accentué par le mouvement des rideaux, ajoute à la nostalgie.

L'auteur rend hommage à Cristina Vidal, inspiratrice de cette pièce. Il lui taille un rôle dans
ce nouvel horizon théâtral et la met au centre des regards. Tout naturellement, elle devient
visible de tous et s'approprie l'espace dont elle avait, jusqu'ici, une toute autre perception.


Seul bémol : la pièce est sous titrée car jouée en portugais. Je ne le savais pas, je n'avais
pas envisagé de voir ce spectacle. Je dois dire que cela m'a gêné. Je n'ai pas pu pleinement
profiter et apprécier le jeu des comédiens car trop occupée à ne pas perdre une miette de la
traduction.

Mais peut-être qu'au contraire, il fallait lâcher l'écran pour ressentir pleinement ce spectacle.

Sopro  Beatriz Bras et Cristina Viocal


Sopro, de Tiago Rodrigues, avec Beatriz Bras, Cristina Vical, Isabel Abreu, Joao Pedro Vaz, Sofia Dias, Vitor Roriz, Scénographie et lumière Thomas Walgrave, costumes Aldina Jesus, son Pedro Costa, assistante à la mise en scène Catarina Rolo Salgueiro, traduction en français Thomas Resendes

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Dans le cadre du Festival d'Automne
Théâtre de la Bastille - Paris
12 novembre - 8 décembre 2018




Le commentaire de Christine : Ce Sopro je l'attendais depuis Avignon 2017, n'ayant pas pu le voir alors. Un empêchement de dernière minute et je propose ma place à Corinne, sans lui donner aucune information sur le spectacle autre que le fait que c'était le plus beau spectacle du Festival d'Avignon 2017 et que j'avais adoré Antoine et Cléopatre. Son commentaire le lendemain : "je n'étais pas prête, c'est un peu tôt pour moi, mais quelle poésie dans ce spectacle". Quant à moi il ne me reste plus qu'à espérer que Sopro sera à nouveau programmé pas trop loin de chez moi la saison prochaine.

Crédit photo @Boris Horvat

lundi 2 avril 2018

SANDRE - Maison des Métallos

SAISISSANTE ÉVOCATION D'UNE ÂME BLESSÉE
*****

DESTIN DE FEMME

Un fauteuil vieillot au centre de la scène. Sur sa gauche une lampe à frange, vieillotte elle aussi. Une lumière chaude centrée sur les deux objets. Trois notes de musiques étirées en un rythme lancinant en boucle. Lorsque le noir se fait pour laisser Erwan Daouphars s'installer l'ambiance est lourde, le silence se fait, temps suspendu avant que ne se livre cette confession d'une femme.

Dans une formidable progression dramatique elle égrène ses souvenirs de femme amoureuse puis trompée et enfin abandonnée. Le ton navigue entre nostalgie, recul, humour grinçant, colère, distanciation, émotion. "Je ne me plains pas. Ça change rien aux choses". Si elle semble parfois désabusée, ce qu'elle nous livre c'est le destin tragique d'une femme élevée dans des principes d'un autre temps. En tant qu'épouse elle doit tout faire pour le bonheur de son mari, jusqu'à s'oublier. Elle a toujours pensé et agit pour le bonheur de cet aime qui l'a épousée, écoutant les bons conseils de sa mère. Mais le temps a fait son oeuvre. La passion, pour autant qu'elle ait jamais existé, s'est émoussée comme le corps de cette femme qui s'est épaissi à force de grossesse et de bonne cuisine. Car n'est-ce pas par une bonne table que l'on (re)tient un homme ? Est-elle pour autant une femme soumise ?

Son récit est à la fois confus et lucide. "On ne s'empare pas d'un ventre pour lui tourner le dos". Le texte de Solenn Denis est d'une extrême finesse, comme l'interprétation d'Erwan Daouphars. Il ne cherche pas à singer ou imiter la femme qui parle. Malgré la force et la carrure du comédien Elle est là, dans son peignoir défraîchi, le corps alourdi par la bonne cuisine et le temps. Elle n'est pas folle, elle est morte. Elle transpire le drame, l'abnégation, le malheur, la solitude. Une vie de soumission à un amour fantôme. Est-elle une Médée moderne ? En commettant cet affreux acte irréparable cherche-t-elle à garder cette homme ou veut-elle inconsciemment les punir tous les deux ? "Tu me reprends l'amour, je reprends la chair de ma chair".

Le subtil travail de lumière fait de diagonales de lignes horizontales ou verticales, d'alternance de ton chauds ou froids accompagne la tension dramatique pour atteindre son acmé dans une formidable et saisissante image finale.

En bref : un texte fin et ciselé porté par une saisissante et magistrale interprétation. Un destin de femme entre les espoirs d'une jeune mariée aux désillusions de l'épouse abandonnée. Un voyage poignant dans un âme blessée. Un spectacle intimiste tout en sobriété et retenue.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Maison des Métallos
Du 27 mars au 8 avril 2018
du mardi au dimanche


dimanche 27 août 2017

SAIGON

FRESQUE SENTIMENTALE ET HISTORIQUE
**** 


SAIGON, ville mystérieuse. Caroline Guiela Nguyen nous emmène à la rencontre de deux époques, de deux peuples, à la croisée de l'Histoire et des destins individuels, dans une fresque sentimentale et historique. Émouvant.

MYSTÉRIEUSE INDOCHINE

De l'Indochine je ne connais finalement pas grand-chose. Il y a le très beau film de Régis Varnier avec Catherine Deneuve, "L'Amant" de Marguerite Duras, cet oncle qui avait "fait l'Indochine" mais jamais n'en parlait, comme une tache honteuse et indélébile sur sa vie, et ce pays exotique où se situent les racines d'une ex-collègue mais sur lequel elle aussi gardait un voile pudique. Parce que ce n'est pas non plus dans les manuels de mes cours d'histoire du lycée qu'il en était question. C'est avec tout cela en tête que j'abordais le spectacle de Caroline Guiela Nguyen. La metteuse en scène de 36 ans nous raconte deux pans de l'histoire : Saïgon 1956, la fin d'une époque, la route de l'exil pour certains, et Paris 1996, date d'un retour qui est enfin possible pour ces Viet Kieu. Entre-temps l'Indochine est devenue le Vietnam, Saïgon est devenue Ho Chi Min Ville, le napalm a imprimé d'autres images dans les esprits, mais là n'est pas le propos de la dramaturge franco-vietnamienne.

SAÏGON 1956 - PARIS 1996

Nous sommes dans le restaurant de Marie-Antoinette. Un restaurant vietnamien comme il en existe tant en France. La scène, un décor empreint de nostalgie, se prête avec réussite aux allers-retours entre ses deux dates, celle du départ et celle du retour, les confondant parfois dans un glissement très cinématographique. Marie-Antoinette (la délicieuse Anh Tran Nghia), la maîtresse des lieux à la joviale bonhomie accueille une clientèle fidèle. D'une époque à l'autre on retrouve les rires et les larmes, les jeunes et les vieux, les séparations et les retrouvailles, les drames du pays et les cassures individuelles. Comédiens français et vietnamiens se côtoient dans ces deux univers temporels. Il y a des chants nostalgiques, des non-dits, des éclats de voix, et beaucoup de solitude et de tristesse retenue.

"Car c'est ainsi que se racontent les histoires au Vietnam, avec beaucoup de larmes"


AU PLUS PROFOND DE L'INTIME

Au travers ces tranches de vie de Viet Kieu (Vietnamiens de l'étranger) Caroline Guiela Nguyen livre avec beaucoup de pudeur les douleurs héritées de l'Histoire, celle de l'exil forcé, des difficultés à être accepté dans ce Paris du XIIIe arrondissement, de la violence faite aux générations métisses par leur pays d'accueil ou par le silence des aînés, de l'espoir d'un retour, du temps perdu que l'on ne rattrape plus. Des émotions authentiques fruit des récits recueillis par la dramaturge à Ho Chi Min Ville et à Paris.

La metteuse en scène ne s'attarde pas sur la fin du colonialisme. Ce qui l’intéresse c'est l'humain, l'âme et le cœur de ces oubliés de l'Histoire. Comme le ressenti d'Antoine (Pierric Plathier), fils d'une vietnamienne et d'un français, parti enfant de Saïgon et qui ne parle pas la langue de sa mère que cette dernière n'a pas voulu lui apprendre. De la difficulté de la transmission lorsque le souvenir du pays est trop douloureux. Les comédiens des deux nationalités sont empreints de cette douleur pudique et intériorisée, de cette nostalgie qui dévore de l'intérieur. Leur justesse de jeu nous touche au cœur. On touche à l'âme d'un peuple docile, pudique, blessé, qui ne s'épanche par sur ses états d'âme et n'étale pas ses sentiments. Antoine est l'image de la croisée de ces cultures : incompris de l'une comme de l'autre, seul avec le vide que l'Histoire a créé dans les vies de ces êtres déracinés, fantômes émouvants d'une époque révolue. Le récit s'étire, parfois un peu trop, et on regrette parfois que les personnalités ne soient pas toutes plus approfondies, mais on repart ému à défaut d'être bouleversé, avec en soi un fragment de cette tragédie franco-vietnamienne.

En bref : une fresque historique toute en pudeur, marquée par une forte nostalgie et une émotion contenue. Entre rires et larmes un pan d'histoire et des tranches de vie émouvantes qui nous plongent au cœur de l'âme d'un peuple blessé, écartelé entre deux cultures. Un très beau moment de théâtre qui tire peut-être trop sur le sentimentalisme ou le mélodrame pour en faire un spectacle complètement bouleversant.

Saïgon de Caroline Guiela Nguyen, avec Caroline Arrouas, Dan Artus, Adeline Guillot, Thi Truc Ly Huyng, Hoang Son Lé, Phù Hau Nguyen, My Chau Nguyen thi, Pierric Plathier, Thi Thanh Thu To, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghuia

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Odéon - Ateliers Berthier
Boulevard Berthier 75017 Paris
Du 12 janvier au 10 février 2018
Durée 3h45 y compris entracte
Spectacle en français et vietnamien surtitré en français



Vu au Festival d'Avignon - Gymnase du Lycée Aubanel - Juillet 2017

Crédit photo @Christophe Raynaud de Lage
Crédit Vidéo @Ronan 

mercredi 9 août 2017

LE CHIEN LA NUIT ET LE COUTEAU

UNE ALICE HORRIFIQUE
****


Un homme est au sol. Dans une nuit noire il cherche son chemin. Comment est-il arrivé dans ce lieu, hors de sa zone de confort ? Tous ceux qu'il rencontre ne semblent avoir qu'une seule et unique obsession : le manger. A commencer par cet homme qui l'accoste et l'attaque avec son long couteau. A l'exception d'une jeune femme. Il n'a pas d'autre choix que de se défendre pour survivre.

Dans un dispositif bi-frontal Louis Arène fait ressortir tout l'univers kafkaïen au texte de Mayenburg. Le public enserre M, sorte d'Alice perdu dans un monde horrifique, renforçant le sentiment d'oppression dans lequel il est enfermé. Le masque étrange que portent les comédiens, comme une seconde peau, accentue l'étrangeté de ce monde sans faire perdre leur humanité aux personnages, aussi violents, absurdes, menaçants soient-ils. Car malgré l'hémoglobine qui coule à flots comme dans un film de Tarrentino, aspergeant au passage les spectateurs du premier rang, le rire salvateur est présent. Ces individus qui sont mus par l'instinct de mort ne connaissent pas la haine. Seulement une nécessité primaire : manger pour survivre. Et M n'a plus d'autre choix que de tuer pour tenter de se sortir de ce cauchemar. Malgré son parcours il gardera son humanité, refusant de laisser ce monde le transformer pour devenir identique à ceux qu'il croise. Message d'espoir puisque l'amour et la lumière vaincront.

Un spectacle angoissant mais drôle, qui plonge en nous comme la lame du couteau, pour nous confronter à notre moi. Une fable cauchemardesque comme une quête d'émancipation et de liberté. Un spectacle qui reste longtemps en tête, dont on ne sort pas indemne. Et trois comédiens remarquables.

En bref : Le chien, la nuit et le couteau est une fable à la fois drôle et angoissante. Une métaphore de la marche de l'individu vers son émancipation et vers la liberté. Un spectacle déroutant et dérangeant comme un film de Tarrentino. Une réussite

Le chien, la nuit et le couteau, de Marius von MLayenburg, mise en scène Louis Arene, avec Sophie Botte, Lionel Lingelser, François Praud


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture / Patinoire
du 6 au 26 juillet 2017 - 15h20 - durée 1h50 (navette comprise)

lundi 7 août 2017

LES DIVALALAS - FEMME FEMME FEMME

DES VOIX MAGNIFIQUES
***


Elles sont trois. Belles, en robe du soir, elles reviennent avec un second spectacle après avoir fait les beaux soirs des scènes parisiennes et au-delà avec leurs Chansons d'amours traficotées. C'est encore d'amour qu'elles nous parlent avec FEMMES FEMMES FEMMES.

Nous les retrouvons célibataires. Mais ces jeunes femmes énergiques et optimistes ne vont pas se laisser aller à la déprime parce qu'un mec les a quittées. Pendant un peu plus d'une heure elles enchaînent medley et reprises de chansons de variété française ou étrangère dans une succession de scènes à l'humour kitsch et glamour.

De Beyoncé à Régine, de Souchon à Stromae, d'Ophélie Winter à Dalida, elles séduisent par leurs chants a capela. Trois voix qui se répondent, se combinent. La mise en scène de Freddy Viau met l'accent sur le ton décalé du spectacle. Avec une mention particulière pour l'hommage à Herbert LEONARD.

Femme Femme Femme, avec Gabrielle Laurens, Angélique Fridblatt, Marion Lépine, mise en scène Freddy Viau, Lumières James Groguelin, direction musicale Raphaël Callandreau, coiffures et costumes MonMarin


En bref : trois jeunes femmes aux voix magnifiques et à l'humour kitsh et décalé qui revisitent a capela la variété française et internationale

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Théâtre du Roi René
4 bis rue Grivolas 84000 Avignon
Du 7 au 30 juillet - Relâche les mercredis - 22h20 - durée : 1h15

13 Rue du Retrait 75020 Paris
du 13 octobre au 31 décembre 2017

vendredi 28 juillet 2017

PAYS DE MALHEUR

UNE JEUNESSE BATTANTE


En 2002 Younes Amrani, emploi jeune en bibliothèque à 28 ans, lit "80% au bac et après" du sociologue Stéphane Béaud. Lecture qui le mène à une réflexion sur son propre parcours. Il décide d'écrire au chercheur en sociologie. Commence une correspondance qui durera deux ans et qui permettra à Younes de mettre en mots sa réalité, une souffrance sociale jamais décrite et jamais médiatisée.

C'est cette correspondance, cette réflexion sur un état de la jeunesse, que la Compagnie Les Papavéracées met en scène. Deux comédiens et une comédienne se font la voix de Younes, et au travers lui d'une frange de la population souvent montrée sous un angle peu favorable. Les tiraillements quotidiens de Younes, ses doutes, ses colères, ses réussites, ses contraintes, ses obstacles, sa volonté, son acharnement, ce sont ceux de toute une génération d'enfants d'émigrés/immigrés, "enfants illégitimes" d'une France "pays de malheur", qui refuse de leur faire une place. Une jeunesse loin des clichés véhiculés par les médias.

"Si on n'est pas Zizou ou Jamel c'est par la culture qu'on s'en sort". La mise en scène de Charlotte le Bras, malgré ses maladresses, transmet cette urgence à dire, cette soif d'apprendre. Les trois voix du chœur des comédiens portent avec conviction cette quête d'identité, et transposent l'histoire d'un individu en réflexion collective et universelle. Un message positif, optimiste, battant.

"Je m'ouvre et mes contradictions m'étouffent"

Pays de malheur, d'après le livre de Younes Amrani et Stéphane Beaud, conception, adaptation et mise en scène Charlotte Le Bras, avec Karim Abdelaziz, Hakim Djaziri, Agathe Fredonnet, Caroline Lerda, Charlotte Le Bras

En bref : une équipe généreuse et touchante pour une adaptation originale.  Une histoire individuelle et universelle. Une ouverture sur une jeunesse avide de savoir.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2017
Le Nouveau Ring
Impasse Trial 84000 Avignon
Du 7 au 30 juillet 2017 - 12h10 - durée 1h20

LE NO SHOW

LE PRIX A PAYER
*****




Voilà un spectacle peu commun. Le NoShow c'est l'absence de spectacle en français. Et pourtant c'est 2h d'un spectacle étonnant que nous proposent le Théâtre du Bunker et le collectif Nous sommes ici. Une création collective qui met en scène 7 comédiens québécois. Avec un humour corrosif ils nous interpellent sur la réalité économique du théâtre ainsi que sur les questionnements des artistes.


A quel prix estimez-vous le coût de votre place de spectacle ? Voilà la première question qui vous est posée par les comédiens lorsque vous arrivez. Et les surprises ne s'arrêtent pas là. Mais pour vous laisser les découvrir je ne vous en dirai pas plus sur ce qui se passe.

Le NoShow c'est un ton irrévérencieux, des comédiens qui n'hésitent pas à bousculer le public, qui dénoncent sans langue de bois les difficultés de la création et de la vie d'une spectacle. Chaque soir différent et pourtant chaque soir la même problématique : the show must go on à tout prix.

Les comédiens nous livrent avec intelligence une réflexion sur le monde du spectacle. Ils n'hésitent pas à se livrer sans pudeur sur leurs parcours, leurs doutes sur les motivations qui les poussent à continuer ce métier. C'est foisonnant de liberté de ton, de rires, d'interactivité. Au-delà du divertissement on peut se demander ce que le spectateur retient de la réflexion profonde qui est la trame de ce spectacle.

En attendant ce sont 2h de délire qui nous sont offertes avec malice par des comédiens chevronnés, passionnés par leur travail, qui nous font vivre une expérience théâtrale unique chaque soir.

Le NoShow, texte de François Bernier, Alexandre Fecteau, Hubert Lemire, Maxime Robin avec la collaboration des acteurs, avec François Bernier, Véronique Chaumont, Hubert Lemire, Annabelle Pelletier-Legros, Eve Pressault, Jean-Michel Girouard en alternance avec Julien Storini, Sophie Thibeault.


En bref : Un vent de folie venue du Québec qui nous fait vivre pendant 2h un happening théâtral festif et délirant tout en déroulant avec intelligence une réflexion sur le monde du spectacle. A ne pas manquer

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2017
11 Gilgamesh Belleville
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 6 au 28 juillet 2017 - 23h00 - Durée : environ 2h

jeudi 27 juillet 2017

LE DIABLE EN PARTAGE

LA GUERRE : ENTRE HORREUR ET AMOUR
***



L'univers de Fabrice Melquiot est souvent étrange, torturé. Il sonde les âmes de ses personnages confrontés à des situations de crise. Le Diable en partage n'échappe pas à cette trame. Nous sommes en ex-Yougoslavie, alors qu'une guerre fratricide éclate et fera voler en éclat cette fédération d'états et de peuple qui si longtemps vécurent ensemble en paix et dans le partage.

La famille Ljevic est serbe. Ils vivent à Jajce, L'aîné, Lorko (Jules Lecointe), déserte et prend la fuite vers la France. Sa femme Elma (Aïda Hamri) est musulmane. Il y a aussi Jovan (Eliot Trovero), son frère adoptif et Alexandre (Noham Selcer). Tous deux enrôlés dans l'armée vont être contraints de commettre des actes horribles. Vid (Arnaud Renaud) et Sladjana (Perrine Bollart), les parents, tentent de survivre et de ne pas oublier le passé dont ils sont les témoins. Un passé qui part en éclats dans ces confrontations brutales entre ceux qui autrefois étaient frères et qui se retrouvent opposés par la religion, l'origine, l'héritage d'une histoire commune qui se brise.

Tout au long de son errance Lorko va vivre de rencontres. Des personnages variés, hauts en couleur. A Jajce la famille sombre dans le conflit. Tous subissent la guerre. Alternant entre les horreurs de la guerre en les suggérant mais sans les montrer, et la vie qui continue avec son besoin de rire, de sourire, d'aimer, la pièce propose des moments de fort réalisme opposé à des scènes oniriques. L'univers de Melquiot y est parfaitement reproduit, avec sa langue à la fois âpre et poétique.

Les jeunes comédiens sont bien dirigés par Baptiste Vareille. Leur interprétation est généreuse, sensible, et fait pardonner quelques petites longueurs dans la mise en scène.  La scénographie, l'habillage lumière et sonore sont autant de point positifs qui réussissent à nous plonger dans cette atmosphère anxiogène, dans les peurs de chacun des membres de cette famille happée par l'histoire. Mais c'est un message d'amour qui prend le dessus : l'amour de sa famille, de son voisin, de l'étranger, malgré la guerre omniprésente.

Le diable en partage, de Fabrice Melquiot, mise en scène Baptiste Vareille, avec Perrine Bollart, Emilien Bottereau, Aïda Hamri, Jules Lecointe, Camille Lherbier, Arnaud Renaud, Noham Selcer, Eliot Trovero

En bref : une interprétation sensible par de jeunes comédiens qui retranscrit avec réussite l'univers à la fois dure et poétique de Fabrice Melquiot. Qualité de la scénographie, force du texte, un spectacle sur la guerre qui parle aussi d'amour.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Le Grand Pavois
13 Rue Bouquerie 84000 Avignonh30
Du 7 au 30 juillet 2017 - 17h25 - Durée : 1h30

LOGIQUIMPERTURBABLEDUFOU

LOUFOQUE ET POÉTIQUE 
***

Un titre fantaisiste et imprononçable à première vue et pourtant si clair. Il est tiré du roman de Lydie Salvayre "La compagnie des spectres" que Zabou Breitman a joué notamment dans le Off au Chêne Noir en 2013. Un spectacle loufoque et poétique qui se déroule dans un hôpital psychiatrique. La fantaisie que l'on connait à la comédienne-metteur en scène nous promène dans cet univers à part. Des patients ou des soignants, les plus fous ne sont pas forcément ceux que l'on pense. Pourtant la frontière entre les deux reste présente tout au long du spectacle. 

Avec un humour du domaine de l'absurde Zabou Breitman fait ressortir la folie qui vit en chacun de nous et se manifeste de différentes manières. Il y a les patients, dont l'intérêt n'est pas dans les raisons de leur internement mais leur comportement pas toujours si éloigné de celui du personnel qui les entoure. Cette incursion dans le domaine de la folie c'est aussi ces moments où soudain on perd toute rationalité et on bascule dans l’irrationnel.

Les quatre comédiens se glissent avec fluidité, rapidité, d'un personnage à l'autre. Une blouse enfilée, ôtée, recouverte et ils sont tantôt patients, tantôt soignants. Les changements se font avec une telle habileté qu'on a du mal à croire qu'ils ne sont que quatre pour tenir tous ces rôles qui défilent avec frénésie devant nous.

Une comédie rythmée, tant physique que lyrique ou textuelle. Pour cette création Zabou Breiman s'est librement inspirée d’œuvres d'Anton Tchekhov, de Shakespeare, de Zouc et de ses textes personnels. Les noms de maladies, de médicaments se font aussi fous et poétiques que les personnages qui les prononcent. Une mise en scène qui se sert de tous les attributs de la comédie, nous plonge dans l'absurde ou le burlesque, en évitant tous les écueils que réserve le sujet de la folie. Et pourtant il m'a manqué un brin de génie dans ce monde où règne l'absurde, pour être complètement séduite par cette proposition qui ne manque pas d'intérêt. 

Logiquimperturbabledufou, mise en scène Zabou Breitman, avec Antonin Chalon, Camille Constantin, Rémy Laquittant et Marie Petiot.

En bref : un voyage avec humour au pays de la folie. Quatre comédiens remarquables pour une balade en absurdie, avec toute la fantaisie de Zabou Breitman

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Théâtre des Halles
Rue du Roi René 84000 Avignon
Du 6 au 29 juillet 2017 - 19h30 - Durée : 1h10

lundi 24 juillet 2017

LES MÂLES HEUREUX

-DES MÂLES QUI RENDENT HEUREUX
***



Alain, Philippe et François sont trois copains d'enfance. Ils sont tellement inséparables qu'ils vivent en colocation. Essentiellement grâce au mécénat de Philippe, le seul à avoir un travail stable. Bien que complètement hypocondriaque il fait une confiance aveugle à ses colocataires qui savent s'y prendre pour le faire marcher. Alain s'acharne à écrire la première ligne du roman qui le rendra célèbre. François multiplie les auditions pour percer dans la musique. Ils sont souvent en mouvance d'une nouvelle adresse. Le tout dans la bonne humeur et néanmoins avec quelques bonnes prises de bec qui finissent toujours en réconciliation

Avec beaucoup d'humour et néanmoins une touche de sérieux, Lilian LLOYD met à nu ces trois trentenaires qui tranchent avec les stéréotypes. Les personnalités sont complémentaires tout comme les trois comédiens. Alex METZINGER est Alain le colérique, le névrosé. Sa schizophrénie lorsqu'il prend la plume est extrêmement bien réussie. Benjamin LHOMMAS est François. Sensible, un peu gauche, bourré d'humour encore juvénile. Il passe avec réussite du registre dramatique à celui de la comédie. Quant à Florian MAUBERT il est irrésistible dans le rôle de la bonne pâte hypocondriaque, victime consentante des blagues de ses potes.

La mise en scène d'Olivier FOURNEL est vive, rythmée, jeune, moderne. Il orchestre la cohabitation de ces trois fous comme un ballet ou leurs histoires personnelles se croisent, s'entrechoquent, se répondent, aident les uns et les autres à avancer, à concilier leurs personnalités et leurs aspirations avec la vie en communauté. Les répliquent fusent. La comédie est entraînante. On rit de bonne grâce. On se laisse surprendre par les chansons qui parsèment le spectacle.

Mention particulière pour la scénographie et les décors, ainsi que pour l'affiche très réussie.

Les mâles heureux, de Lilian Lloyd, mise en scène Olivier Fournel, direction artistique Lilian Lloyd, avec Benjamin L'Hommas, Florian Maubert, Alex Metzinger.

En bref : une comédie de copains, fait par des copains. Du rythme, de l'humour, une pointe de sérieux. Le spectacle que l'on attend pour finir la journée en détente avec un trio complémentaire qui va dérouiller vos zygomatiques.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Le Carnot
16 Rue Carnot 84000 Avignon
du 7 au 30 juillet 2017 - 22h30 - Durée : 1h05

J'AI BIEN FAIT ? - Théâtre de la Tempête

Qu'ai-je fait de bien pour le monde ?

*****



Ils sont quatre confrontés à la question du but de leur vie. Valentine, la quarantaine, mariée, mère de famille, professeur. Elle débarque sans prévenir dans la vie de son frère, plasticien, qu'elle n'a pas vu depuis des années. Son comportement est irrationnel. Elle vient de commettre un acte incroyable pour elle. Elle y retrouve par hasard une ancienne élève. Bien que dotée de qualités artistiques elle fait des ménages. Quant au mari de Valentine, biologiste reconnu il court après sa femme qui n'a plus de goût.

Quatre individus à différents âges de la vie, à différents stades de leur évolution professionnelle, avec la même quête de sens. Quatre prises de conscience. Quatre exercices de chamboule-tout. Chacun se sent dépossédé, vidé par une absence (de l'autre, de perspective positive,), avec le goût amer de l'échec (scolaire, familial, professionnel, social) et le poison du doute qui paralyse toute tentative d'aller de l'avant. Dans un huis clos étouffant chacun fait un bilan personnel ou le constat des impacts des difficultés de la société sur leur vie (débandade dans l'Education Nationale, crise du couple, du politique, du monde et gestion des conséquences - migrants, attentats - déroute de la création artistique). Et pour chacun le soucis de faire de son mieux, même si le mieux n'évite pas les catastrophes.

La pièce de Pauline Sales questionne l'individu. L'auteure remarquée précédemment pour "En travaux" conçoit le théâtre comme "un outil immédiat de confrontation à soi-même". Sans violence, dirigeant ses acteurs avec précision, sans vouloir donner de leçon, avec une pointe d'humour caustique, s'adressant à tous ceux qui essaient de faire correspondre l'intérieur avec l'extérieur, elle amène le spectateur à s'identifier à ses personnages, à se poser les mêmes questions, à trouver sa propre réponse à la question : et moi, je ferai quoi ? Ça me ramène à quoi ? Au-je bien fait ?

Les quatre comédiens sont d'une grande justesse. Avec sensibilité ils expriment les fragilités de leur personnage, leurs forces aussi. Le spectateur s'identifie à leur parcours, à leur réflexion. La scénographie reflète la confusion intérieure, le besoin de réconfort mais aussi l'étouffement des situations individuelles, des paroles, jusqu'à la libération, l'ouverture, l'aération. Tout concours à cheminer vers un message positif que l'on emporte avec soi, qui résonne plusieurs jours après.



En bref : Une écriture maîtrisée, une direction d'acteur juste, une belle scénographie. Un théâtre équilibré, maîtrisé, et qui questionne. A ne pas manquer

J'ai bien fait ? 
De Pauline Sales, avec Gauthier Baillot, Olivia Chatain, Anthony Poupard, Hélène Viviès


C'EST OU ? C'EST QUAND ? 
Théâtre de la Tempête
La Cartoucherie - Route du Champs de Manœuvre 75012 Paris
du 16 novembre au 16 décembre 2018
du mardi au dimanche



Vu Avignon Off 2017 - Théâtre 11 Gilgamesh - Juillet 2017
Mise à jour du 15/08/18

Crédit photo @Tristan Jeanne Valès

samedi 22 juillet 2017

ET DANS LE TROU DE MON COEUR, LE MONDE ENTIER

RÊVES ET ANGOISSES DE POST-ADOLESCENTS
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Ils sont 6. Seuls ou en couple ils attendent un train. Les vies se télescopent sur ce quai de gare. Dorothy imagine qu'elle est à la décharge, lieu de promenade de prédilection de ses parents. Elle rêve qu'elle les précipite au fond du trou. Son ami Minou rêve de vengeance à l'encontre de son violeur. Bouli et Marcel se chamaillent gentiment. Le premier rêve d'ouvrir un commerce, le second exècre les études. Douglas est en retard.  Il croise la route de Dulcinée qui n'est pas une fille facile mais qui rêve du grand amour. Là-bas, au-dehors c'est la guerre. Contre des extrémistes religieux. Quel espoir pour ces jeunes personnes en quête de bien-être, de bonheur, d'écoute, de travail, d'une vie normale. Surgit Lila Louise. Elle revient de là-bas. Et dans un sale état.

Le texte est né d'une commande de Brunon Bonjean, metteur en scène de la compagnie Euphoric Mouvance à Stanislas Cotton, auteur belge dont l'écriture a une forte dimension sociale et politique. Ces jeunes qui rêvent d'émancipation, d'amour, de s'installer dans une vie plus confortable, qui attendent un train on les imagine dans notre banlieue, sur le quai de métro, du tram. Des jeunes d'aujourd'hui grandissant dans le doute, avec au loin les échos d'une guerre pour la démocratie qui semble néanmoins bien obscure. On sait qu'elle est là, pas si loin que cela, pour notre bien, mais elle ne nous touche pas vraiment. Enfin jusqu'au moment où...

"Je veux du rêve, des rires et des larmes. Je veux que ça gratte, que ça chatouille." dit l'auteur. Et c'est ce que projette le texte. Ecrit dans une langue riche, rythmée, le texte est âpre, laisse un goût amer, comme cette époque qui semble si grise. Entre la jeunesse qui se brûle à l'éternel trio sexe-drogue-musique avant de "rentrer dans le rang" il y a celle qui est sacrifiée sur l'autel de la guerre pour la liberté.

Les sept jeunes comédiens s'emparent du texte de Stanilas Cotton pour en faire un objet bouleversant, un théâtre qui interpelle. On ne peut que penser à Abu Ghraib, à l'Afghanistan, à la Syrie, à ces jeunes hommes et femmes qui reviennent traumatisés à vie du front du combat pour notre liberté. Cette jeunesse est-elle plus heureuse pour autant ? Loin de sombrer dans la déprime, malgré le malaise que provoque le spectacle sur ce qu'il nous montre de nous-même et de notre société, c'est un message d'espoir qui l'emporte.

La mise en scène est vive, la scénographie moderne, colorée. On sent tout le travail sur le texte et le travail corporel qu'ont mis en oeuvre ces jeunes comédiens que l'on va suivre de près et que l'on a hâte de retrouver. Ils sont énergiques, présents sur scène sur la totalité du spectacle, figurant la foule de ce quai de gare, un lieu grouillant de monde et où pourtant règne la solitude.

Et dans le trou de mon coeur, le monde entier, de Stanislas Cotton, mise en scène Bruno Bonjean assisté de Ariane Bernard, avec Gautier Boxebeld, Emma Gamet, Grégoire Gougeon, Lisa Hours, Nicolas Luboz, Laura Segré, Béatrice Venet, création musicale Gabriel de Richaud, scénographie et lumières Sylvain Desplagnes, costumes Céline Deloche

En bref : Un texte âpre. Sept jeunes comédiens qui portent avec énergie le regard des post-ado sur le monde qui les entoure. Du théâtre qui "gratte", qui dérange, qui interpelle, qui bouleverse et touche en plein coeur.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
11 Gilgamesh Belleville
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 6 au 28 juillet 2017 - 10h25 - Durée : 1h35

GAINSBOURG CONFIDENTIEL

LE GAINSBOURG JAZZY
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On a tendance à l'oublier, mais avant d'être Gainsbarre, ce personnage provocateur qu'il s'était créé, Lucien Ginsburg a été Serge GAINSBOURG. Ses premières amours musicales étaient inspirées du jazz. C'est de cette période 1957-1963, celle des cinq premiers albums, que nous parle Jean-François BRIEU. Après avoir fait le crooner de piano-bar au Touquet ou dans des cabarets parisiens, c'est à partir de 1957 que l'homme à la tête de chou commence à déposer ses titres à la SACEM sous le nom qui le rendra célèbre, celui de Serge Gainsbourg.

La révélation lui vient en voyant Boris Vian. Il est séduit par le ton provocateur et cynique. La chanteuse Michèle Arnaud découvre ses premiers textes. Sous son impulsion il enregistre son premier album qui contient notamment "Le Poinçonneur des Lilas". Le début d'une carrière qui va marquer un grand nombre d'artistes français et internationaux.

Dans un spectacle émouvant, intelligent et sensible Stéphane Roux donne vie au texte de Jean-François BRIEU qui rend hommage aux débuts de celui qui faisait un complexe de son physique mais qui dama le pion à tous ses détracteurs. Stéphane ROUX, accompagnés de deux musiciens, interprète avec justesse et émotion des chansons extraites des cinq premiers albums, et notamment "Gainsbourg Confidentiel", fruit de la rencontre avec Elek Bacsik et Michel Gaudry. Un rappel savoureux de la période jazzy que Gainsbourg aimait tant. Peut-être son meilleur album, mais qui ne s'est vendu qu'à 1.500 exemplaires. 

"Gainsbourg Confidentiel est le disque de la nuit qui tombe. C'est le Mean Streets (ce chef-d'oeuvre imbibé et crépusculaire signé Scorsese) de Gainsbourg. C'est le disque de l'homme seul qui fume à la table desservie où elle n'est pas venue. C'est le disque jazz du milieu de la nuit, quand les traits se gonflent, quand les bouteilles sont mortes, quand les paquets de clopes vides sont jetés par terre" Jean-François Brieu

Gainsbourg Confidentiel, un récit écrit par Jean-François Briou, avec l'autorisation d'Universal Music, adaptation Magon, mise en scène David Fabre, collaboration artistique Gérard Vanbtaggioli, avec Stéphane Roux, musiciens : David Fabre (guitare) et Aurélien Maurice (contrebasse), lumière Franck Michallet

En bref : un spectacle pour les amoureux de bonne musique qui veulent se plonger dans l'ambiance jazzy des années 60 et savourer le Gainsbourg jazzy de ses débuts.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Théâtre du Petit Chien
76 Rue Guillaume Puy 84000 Avignon
du 7 au 30 juillet (sauf 19 et 26) - 19h10 - Durée : 1h

vendredi 21 juillet 2017

SUR LA ROUTE DE MADISON

POURQUOI ?
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Francesca Johnson vit dans le fin fond de l'Iowa, état agricole par excellence, surnommé "The corn state" (l'état du maïs). Épouse et mère dévouée elle se retrouve seule pendant 4 jours alors que son mari et ses enfants sont parti à Des Moines, la capitale de l'état, pour la State Fare, la plus importante et plus grande foire agricole des USA. Une solitude qui ne va pas durer car le premier soir s'arrête Robert Kincaid, un photographe pour le National Geographic, qui cherche un vieux pont couvert pour un reportage. Commencent pour les deux quatre jours d'une passion dévorante et sans espoir qu'ils n'oublieront jamais. Francesca restera dans l'Iowa tandis que Robert retournera à New York et de par le monde.

Le roman de Robert James WALLER a été adapté pour le cinéma par Clint EASTWOOD qui partage l'affiche avec Meryl STREEP, nommée pour l'Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle. Le film a remporté plusieurs récompenses dans le monde entier, y compris le César du meilleur film étranger.

Il fallait donc oser s'attaquer à ce chef-d'oeuvre de romantisme, de sobriété et de délicatesse. C'est Anne Bouvier qui s'attaque à la mise en scène de cette adaptation. Hélas ce n'est pas une réussite. Pourquoi avoir choisi de donner un accent à Clémentine CELARIE ? La comédienne semble concentrer toute sa concentration sur cette particularité donnée à son personnage en raison de son origine italienne. De fait elle en perd ses capacités de jeu et ne parvient pas à transmettre la complexité des émotions qui traversent Francesca, tiraillée entre sa loyauté envers sa famille et sa passion pour Richard qui est l'homme de sa vie et qu'elle n'oubliera jamais. Face aux faiblesses de cette direction d'acteur Jean-Pierre BOUVIER tire mieux son épingle du jeu, avec une interprétation plus naturelle de Robert, mais en tel décalage avec sa partenaire que le duo n'a pas de crédibilité. A aucun moment ils ne parviennent à faite oublier Clint EASTWOOK ni Meryl STREEP. A leur côté Gérald CESBRON a une présence anecdotique dans le rôle de Richard, le mari.

La scénographie est l'autre gros défaut de cette adaptation. Le plateau tournant imaginé pour représenter l'intérieur et l'extérieur de la maison nous donne le tournis à force de mouvement sans nécessité. Le mur étant transparent, nul besoin de faire pivoter le plateau pour nous monter le peu d'action se déroulant sur le perron de cette maison. Pour une fois on en regrette l'absence de vidéo qui aurait permis de visualiser ce pont couvert à l'origine de cette rencontre.

En bref : Pourquoi cette adaptation qui manque de tout ce qui fait le romantisme et la beauté du film de Clint Eastwood. Dommage pour les deux comédiens qui ont montré à de nombreuses autres occasions leurs qualités. On préférera revoir l'adaptation cinématographique

Sur la route de Madison, adaptation de Didier Caron et Dominique Deschamp d'après le roman de Robert James Waller, mise en scène de Anne Bouvier, avec Clémentine Célarié, Jean-Pierre Bouvier, Gérald Cesbron

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Théâtre du Chêne Noir
8 bis Rue Sainte Catherine 84000 Avignon
du 7 au 30 juillet 2017 - 19h45 - Durée : 1h30

J'AI SOIF

NÉCESSAIRE TEXTE DE PRIMO LEVI
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C'est en 2010 que Serge BARBUSCIA a imaginé ce projet, initialement en version piano, à la demande du cycle Musique sacrée en Avignon. En 2016 il le reprend en version deux orgues à la basilique Notre Dame des Doms dans le cadre du Festival d'Avignon. Cette année c'est au Théâtre du Balcon qu'il en présente une version pour instruments à cordes.


C'est accompagné par trois violonistes et un violoncelliste venus de Corée que le directeur de ce lieu permanent d'Avignon déclame le texte de Primo LEVI. J'AI SOIF s'inspire de "Si c'est un homme". Les musiciens du Quatuor Classic Radio interprètent "Les sept dernières paroles du Christ en croix" de Joseph HAYDN, renforçant la puissance dramatique du texte.


C'est à la fois un concert de musique sacrée et l'écoute d'un texte majeur, empreint d'humanisme. Un texte nécessaire, qu'il faut porter partout auprès de tous les publics, pour ne jamais oublier. C'est l'objectif de Serge BARBUSCIA avec ce projet qui parcourt le monde et s'adapte à tous les lieux, à tous les pays, sans barrière de langue.

En bref : un accompagnement musical de qualité pour le texte de Primo Levi. Serge  BARUSCIA en livre la forte intensité dramatique. Pour ne jamais oublier.


J'ai soif, d'après Primo Levi et Joseph Haydn, conçu et interprété par Serge Barbuscio, avec le Quatuor Classic Radio de Corée du Sud

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Théâtre du Balcon
38 Rue Guillaume Puy 84000 Avignon
Du 7 au 28 juillet 2017 (sauf mardis) - 13h45 - Durée : 1h10