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mardi 19 juillet 2022

HERMANN

 EMOUVANTE REVERIE

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Léa est neurologue dans un hôpital du nord de la France. Un soir, en quittant son travail, elle passe devant le bureau d'un collègue et entend une voix et une phrase qui vont la projeter 13 ans en arrière. Flashback : nous voici dans le sud de la France. Léa est une jeune interne en gériatrie. Un jour un jeune homme est amené. Il souffre de trouble de la mémoire, ne sait plus d'où il vient, qui il est. IL sait quelques mots de russe et ne se rappelle qu'un seul nom : Olia, un amour perdu. Léa ne peut se détacher de ce patient. Il y a une Olia proche, l'épouse de Daniel Steiberg, un cardiologue de l'hôpital. Olia vient rencontrer Hermann mais nie le connaître.

La suite du récit est comme un voyage, une rêverie mélancolique. Une quête pour retrouver l'amour absolu. Dans un décor sombre, fait de cloisons sur trois côtés et d'un voile de projection en avant-scène, quatre personnages évoluent autour du sentiment amoureux : Léa, Daniel, Olia et Hermann. De récit en confidence, le spectateur est happé par ce voyage au creux des sentiments, un voyage dans le temps, un voyage dans l'espace, témoin de la force du désir qui se joue de la réalité. L'amour est-il plus fort que tout, plus fort que l'oubli, plus fort que le temps, plus fort que l'espace, plus fort que la maladie ?

La mise en scène de François Rancillac est très esthétique, subtile. Elle crée une atmosphère troublante. Le quatuor de comédiens est remarquable : Claudine Charreyre (Léa), Daniel Kenigsberg (Daniel) Lenka Lutakova (Olia) et le troublant Clément Proust (Hermann). La justesse de leur jeu nous transporte dans cette émouvante rêverie.

En bref : l'histoire d'un amour absolu, une quête qui nous transporte dans le temps et dans l'espace, une rêverie romantique, un très beau moment de théâtre.

Hermann, de Gilles Granouillet, mise en scène François Rancillac, avec Claudine Charreyre, Daniel Kenigsberg, Lenka Luptakova, Clément Proust, scénographie Raymond Sarti, Lumière Guillaume Tesson, création son Sébastien Quencez

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2022
La Manufacture (Patinoire)
du 7 au 26 juillet 2022 - 19h30 - 2h (trajet compris)
Relâche 13-20
crédit photo @Christophe De Lage

lundi 18 juillet 2022

POURQUOI JESSICA A-T-ELLE QUITTE BRANDON ?

 INGENIEUX, ORIGINAL, INSTRUCTIF

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Voilà un titre qui intrigue, qui sonne comme un mauvais soap opéra. Si ce spectacle n'était pas présenté à La Manufacture il est probable que je passerai mon chemin. Et ce serait une erreur. Autre question posée dès les premières minutes à propos d'une image projetée sur l'écran en fond de scène : "voyez-vous une enfant ou un chien ? Et qu'est-ce qui différencie une enfant d'un chien ?". Question incongrue ? A la fin du spectacle vous y repenserez et rétrospectivement regarder l'image sous un autre angle.

La scène est remplie de technologie : ordinateurs, écrans, jeu vidéo, synthé. Pierre et Manu nous accueillent et l'humour belge en tarde pas à pointer son nez : Pierre joue à Duck Hunt alors que le public s'installe. Après nous avoir présenté le contexte, ce café dans lequel la rupture entre Jessica et Brandon est intervenue, ils nous lancent dans leur enquête : qu'est-ce que Brandon a bien pu raconter à Jessica pour qu'elle se décide à le quitter soudainement ?

Ne comptez pas sur moi pour vous donner la réponse. L'histoire que nous racontent Pierre et Manu est si bien ficelée que livrer trop d'informations serait faire injure à leur travail. On se contentera de dire, comme c'est annoncé dans le pitch, que Brandon est un lanceur d'alerte. Pour nous amener à comprendre pourquoi Jessica l'enquête se décline en plusieurs chapitres ("Les jeux vidéo", "Mythologie et rumeurs du monde", "l'effet cercueil et la guerre propre"., "La vraie intimité de Brandon") qui permettent non seulement de donner corps au personnage de Brandon, mais aussi à replacer son histoire dans un contexte global.

Le spectacle se base sur une histoire vraie et réussit non seulement à nous divertir par sa mise en scène pleine d'humour et de réflexion bien plus intelligentes qu'il n'y paraît, mais aussi à nous apporter des informations très enrichissantes. Tout est finement pensé, réfléchit. Les deux auteurs / interprètes savent parfaitement où ils veulent nous mener et réussissent avec brio à nous surprendre.

En bref : un spectacle intelligent avec un titre en total décalage par rapport au sujet grave qu'il traite. Une enquête théâtrale qui diverti tout en questionnant. Du très beau travail. 

Pourquoi Jessica a-t-elle quitté Brandon ? de et avec Pierre Solot et Emmanuel De Candido, co-mise en scène Olivier Lenel, lumières Clément Papin, scénographie Marie-Christine Meunier, dramaturgie sonore Milena Kipfmüller.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2022
La Manufacture
Du 7 au 26 juillet 2022  - 17h35 - Durée 1h27
Relâche 13 - 20

Crédit photo @Lionel Devuyst

samedi 20 juillet 2019

L.U.C.A.

DU THÉÂTRE CONFÉRENCE A L'HUMOUR PERCUTANT
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Gregory Carnoli et Hervé Guerrisi ne sont pas des inconnus du Festival Off. Certains se souviendront peut-être de l'excellent Fight Night présenté à la Manufacture il y a quelques années. On se souviendra de l'humour et du ton corrosif mais précis qui imprégnait cette réflexion sur le droit de vote. C'est ce même esprit de décortication des à priori, ce même théâtre percutant qui sont mis en oeuvre dans L.U.C.A. Dans un spectacle entre théâtre et conférence ils nous démontrent avec le même humour et la même rigueur scientifique que si nous ne sommes pas tous identiques nous n'en sommes pas moins tous semblables.

Les deux artistes sont belges et tous deux d'origine italienne. Un passé et une expérience commune qui les a poussé à se pencher sur une question pas si anodine qui est systématiquement posée à chacun d'entre nous : "d'où viens-tu ?". Pourquoi ce besoin de coller un drapeau, une identité définitive sur les individus ? Ne sommes nous pas tous issus d'une émigration plus ou moins lointaine ? Qu'est-ce qui fait la différence entre un migrant d'aujourd'hui et un migrant d'hier ? L'un est-il plus légitime que l'autre ? Et le fait d'avoir été migrant donne-t-il plus de droits ? Permet-il d'avoir un autre regard sur l'immigration et est-il une prévention contre le repli identitaire qui fleurit partout en Europe ? 

Gregory et Hervé vont se lancer sur les traces des origines de leur famille. A départ de cette quête le grand-père d'Hervé qui était un "cincali", ces mineurs italiens vendus par leur pays à la Belgique contre du charbon, et le mantra de son père "n'oublies jamais d'où tu viens". Une démarche qui ne les mènera pas seulement en Italie mais au-delà, aux confins de l'histoire, de la généalogie, de la biologie. Tout au long de ce spectacle en forme de conférence théâtrale ils nous livrent leurs réflexions, leurs recherches, les témoignages de leurs familles.

Dans une démonstration à la rigueur scientifique ils dressent un réquisitoire sans appel contre tous les racistes. Ils battent en brèche les clichés, les stéréotypes que nous avons tous et nous interpellent sur notre regard sur l'autre. Car derrière la question du "d'où viens-tu" se cache beaucoup de non-dits, de secrets de famille, des mensonges, des adultères, des violences. L'amour dans le couple n'est-il pas une notion assez récente ? 

Gregory et Hervé iront jusqu'à faire un test ADN pour remonter au plus loin de leurs origines. Et dans le bus de retour de la patinoire ils étaient nombreux à se demander combien cela coûtait et où s'adresser. Signe que cette question des origines et du besoin de s'accrocher à des racines tourment les esprits de tous âges et de toutes cultures. Mais au final qu'y apprendrions-nous que nous ne savons déjà : que les migrants d'aujourd'hui ne sont pas différents des migrants d'hier, que nous sommes tous issus d'une immigration, que ce qui est important aujourd'hui est de vivre en endosymbiose : vivre ensemble à l'intérieur.

L.U.C.A. signifie Last Universal Commun Ancestor, cette cellule primitive de laquelle nous sommes tous issus puisque toutes les espèces vivantes en descendent.

En bref : un spectacle en forme de conférence théâtrale au propos percutant pas sa pertinence et sa rigueur scientifique, le tout entouré de cet humour belge que l'on aime tant. Un spectacle à voir et revoir. Un message d'espoir.


L.U.C.A. , conception, texte et interprétation Hervé Guerrisi et Gregory Carnoli, co-mise en scène Quantin Meert, création lumière et vidéo Antoine Vilain, son Ludovic Van Pechterbeke

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture
Rue des Ecoles 84000 Avignon
Du 5 au 25 juillet 2019 - 17h30 - Durée : 1h45 (trajet navette inclus)

Crédit photo @Luci Artamonow

jeudi 18 juillet 2019

AFTER THE END

TROP DE FRAÎCHEUR
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Louise se réveille dans un abris souterrain. Mark lui annonce qu'il y a eu un attentat, une explosion atomique. Il l'a sauvée en l'amenant dans cet abri, mais ils doivent rester enfermés, en sécurité, le temps que les secours les trouvent. Dans ce huis clos Dennis Kelly, qui affectionne le genre, aborde à nouveau la question des rapports de domination. Un sujet intéressant mais un traitement décevant.

Créée en août 2005, quelques semaines après les attentats qui secouèrent Londres cet été-là, la pièce de Dennis Kelly s'interroge sur qui sont les monstres, sur notre façon d'aborder le bien et le mal. Mark et Louise sont des adolescents. Elle est plutôt populaire, lui est plutôt le souffre-douleur. L'événement décrit par Mark et qui les conduit dans cet espace clos et restreint va mettre à l'épreuve les rapports qui les lient ou qui les séparent. Les rôles de dominant / dominé s'inversent, se retournent. Est-il le gentil qu'il prétend être? Est-elle le monstre d'égoïsme et de moquerie qu'il lui assigne ?

"After the end" se présente donc comme un huis clos glaçant doublé d'un thriller psychologique. Si le fond du sujet est digne d'intérêt la direction d'acteurs peine à faire ressentir de la compassion et de l'intérêt pour ces adolescents. Si Marie Petiot (Louise) est globalement convaincante dans le rôle de l'adolescente doublement perturbée par l'attentat et l'enfermement forcé avec un individu dont elle va rapidement se méfier, Xavier Guelfi manque de maturité dans son jeu d'acteur pour nous faire adhérer à son personnage d'adolescent noyé dans son mal-être, à l'humeur changeante, parfois timide et maladroit, souvent colérique et violent.

En bref : un sujet intéressant pour un texte de qualité mais un spectacle qui pêche par un traitement maladroit. Déception.

After the end, de Dennis Kelly, mise en scène Antonin Chalon, avec Xavier Guelfi et Marie Petiot, scénographie & costumes Salma Bordes, lumières Quentin Maudet et Antonin Chalon, son Rémi Billardon et Antoine Henry de Villeneuve

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture
Rue des Ecoles 84000 Avignon
du 5 au 25 juillet 2019 - 13h40 - durée : 1h15

Crédit photo @C. Raynaud Delage

mercredi 9 août 2017

LE CHIEN LA NUIT ET LE COUTEAU

UNE ALICE HORRIFIQUE
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Un homme est au sol. Dans une nuit noire il cherche son chemin. Comment est-il arrivé dans ce lieu, hors de sa zone de confort ? Tous ceux qu'il rencontre ne semblent avoir qu'une seule et unique obsession : le manger. A commencer par cet homme qui l'accoste et l'attaque avec son long couteau. A l'exception d'une jeune femme. Il n'a pas d'autre choix que de se défendre pour survivre.

Dans un dispositif bi-frontal Louis Arène fait ressortir tout l'univers kafkaïen au texte de Mayenburg. Le public enserre M, sorte d'Alice perdu dans un monde horrifique, renforçant le sentiment d'oppression dans lequel il est enfermé. Le masque étrange que portent les comédiens, comme une seconde peau, accentue l'étrangeté de ce monde sans faire perdre leur humanité aux personnages, aussi violents, absurdes, menaçants soient-ils. Car malgré l'hémoglobine qui coule à flots comme dans un film de Tarrentino, aspergeant au passage les spectateurs du premier rang, le rire salvateur est présent. Ces individus qui sont mus par l'instinct de mort ne connaissent pas la haine. Seulement une nécessité primaire : manger pour survivre. Et M n'a plus d'autre choix que de tuer pour tenter de se sortir de ce cauchemar. Malgré son parcours il gardera son humanité, refusant de laisser ce monde le transformer pour devenir identique à ceux qu'il croise. Message d'espoir puisque l'amour et la lumière vaincront.

Un spectacle angoissant mais drôle, qui plonge en nous comme la lame du couteau, pour nous confronter à notre moi. Une fable cauchemardesque comme une quête d'émancipation et de liberté. Un spectacle qui reste longtemps en tête, dont on ne sort pas indemne. Et trois comédiens remarquables.

En bref : Le chien, la nuit et le couteau est une fable à la fois drôle et angoissante. Une métaphore de la marche de l'individu vers son émancipation et vers la liberté. Un spectacle déroutant et dérangeant comme un film de Tarrentino. Une réussite

Le chien, la nuit et le couteau, de Marius von MLayenburg, mise en scène Louis Arene, avec Sophie Botte, Lionel Lingelser, François Praud


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture / Patinoire
du 6 au 26 juillet 2017 - 15h20 - durée 1h50 (navette comprise)

vendredi 14 juillet 2017

MOI LA MORT JE L'AIME COMME VOUS AIMEZ LA VIE

DUEL PSYCHOLOGIQUE AVEC UN MONSTRE
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En mars 2012 le tueur de Montpellier et de Montauban est retranché dans son appartement, cerné par le RAID. Dans les jours précédents il a tué trois militaires, trois enfants juifs et un professeur dans une école. Pendant près de deux jours de négociations les policiers vont tenter de mieux cerner le personnage pour l'amener à se rendre. En vain. Le RAID finira par donner l'assaut tuant le meurtrier, enlevant ainsi aux familles des victimes toute possibilité de procès. Le public retient le nom du meurtrier, répété sans cesse sur les chaînes d'information, mais ne connaîtra pas celui des victimes. J'ai choisi de ne pas le nommer.

Mohamed KACIMI a créé ce spectacle en s'appuyant sur les verbatim des échanges entre le tueur et les policiers. Ceux-ci ont été publiés dans Libération. L'auteur en a tiré un texte pour le théâtre. D'un côté de la scène deux murs en angle droit symbolisent l'appartement de l'assassin. De l'autre côté le policier. Pour seuls accessoires quelques papiers pour l'un, une chaise et une bâche pour l'autre.

Charles Van de Vyver est le policier, le négociateur qui va déployer tact et patience pour tenter d'obtenir du forcené toutes les informations qui permettraient de reconstituer son parcours, ses motivations, ses soutiens, ses sources de financement, ses secrets, savoir s'il a agi seul ou non, quels étaient ses appuis. Tel un équilibriste il est constamment sur le fil. Chaque mot, chaque intonation peut ruiner tous les efforts précédents. Il faut adopter le langage du fou retranche, le questionner sans se montrer inquisiteur, doser la réaction à ses provocations, ne rien montrer de ce que le négociateur peut ressentir lui-même à son égard. Froid, calme, posé, usant de la voix et de la colère uniquement lorsque cela est nécessaire, le comédien fait passer toute la difficulté de la situation.

Yohan Manca est le tueur retranché dans un appartement. Le spectacle fait le portrait d'un jeune nourrit de la violence des jeux vidéo (il était accro à Call of Duty), qui ne fait pas la différence entre le jeu et la réalité, dont la seule inquiétude semble être de savoir si sa mère sait ce qu'il a fait. Aucun remords, aucun regret dans les paroles du tueur, si ce n'est de ne pas avoir pu faire plus de victimes. Les enfants juifs ? "ce ne sont pas des enfants, ce sont des cibles". Sa préoccupation au moment où il est cerné : savoir quelles chaînes de télé sont présentes et les informations transmises à BFM. A quoi pensait-il lors de ses actions "je pensais à Call of Duty, à Youtube". Un gosse nourrit de la violence des jeux vidéo et des informations.

Alors qu'avait lieu la dernière représentation dans le Festival OFF une polémique stérile naissait à propos du spectacle, une association en demandant l'interdiction, l'accusant de faire l'apologie du tueur et de l'antisémitisme. Tous ceux qui auront vu la pièce, déjà jouée à Paris en 2015 ou lu les verbatims parus dans Libération au moment des faits, s'étonneront de cette polémique. A aucun moment on n'est en empathie avec le tueur. L'objectif n'a jamais été d'en faire un héros mais bien de tenter de démontrer les mécanismes psychologiques et environnementaux qui amènent un jeune homme à devenir un monstre. Objectif atteint.

Moi la mort je l'aime comme vous aimez la vie, de Mohamed Kacimi, mise en scène Yohan Manca assisté de Julie Moulier, avec Yohan Manca, Charles Van de Vyver

En bref : Du théâtre documentaire nécessaire pour comprendre l'enfermement psychologique de ces tueurs fous. 

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
La Manufacture - La patinoire
Rue des Ecoles 84000 Avignon
du 6 au 11 juillet 2017 - 17h20

Ce sera 
CDN Normandie Rouen
Mont Saint Aignon
Du 5 au 9 décembre 2017

jeudi 13 juillet 2017

LE TAROT DU GRAND TOUT

L'IMAGINAIRE CONTRE LA MALADIE
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Ibo a dix ans. Il est avec son oncle Slim lorsque leur voiture est victime d'un accident. Ibo est transféré à l'hôpital dans un état grave. Slim ne va pas le quitter, veiller sur lui. Il découvre l'univers des services des enfants malades. Au cours de ses déambulations lorsque Ibo dort il fait la connaissance de Lily. Elle n'en est pas à son premier séjour. Une amitié se crée entre l'enfant et l'adulte. Chaque nuit Slim dessine une histoire pour Lily. Ces dessins vont s'accumuler sur la table de chevet et former ce tarot du grand tout, des histoires pour contrer le sort, pour lutter contre la maladie, pour faire de l'imaginaire une arme contre le destin.

La scénographie met au centre de la scène un bloc blanc. Une caisse dans laquelle Slim entre comme dans une voiture, comme dans une chambre d’hôpital, le bloc opératoire. Un espace entre réel et imaginaire où les jeux d'ombre expriment la peur, l'attente, l'espoir. Dans la blancheur du vide aseptisé de l'univers hospitalier, dans ces couloirs labyrinthiques, dans le silence de la nuit, le rêve, l'imaginaire et l'espoir s'installent, prennent le contrôle.

Slim nous fait le récit de ces moments suspendus. Il est accompagné en live par la musique de Wim Welker. Issu d'un travail en collaboration avec l'hôpital de la Timone LE TAROT DU GRAND TOUT a su tirer toute la singularité de cet espace. Lily enfant malade est l'adulte qui va réconforter l'adulte Slim. Elle a la maturité et le recul de ces enfants gravement malades pour qui l'hôpital est une seconde famille et que la lutte contre la maladie a fait grandir précocement.

Lorsque Lily est partie, laissant à Slim les dessins du tarot du grand tout, elle lui a transmis cette force qui lui permettra d'accompagner Ibo dans sa lutte contre la paralysie.

En bref : un spectacle tout en sensibilité, douceur et poésie qui nous plonge avec optimisme humour et tendresse dans l'univers des services hospitaliers des enfants malades.

Le tarot du grand tout, conception, idée et mise en scène Lamine Diagne, Texte François Cervantes et Lamine Diagne, avec Lamine Diagne et Wim Welker, scénographie et vidéo Eric Massua, musique Wim Welker, lumière Sylvie Charlemagne, décor Jean-Pierre Giusiano et ChristianGeschvinderman

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
La Manufacture / La patinoire
Rue des Ecoles 84000 Avignon
du 6 au 26 juillet - 11h55 - durée 1h40 (y compris navette)

lundi 10 juillet 2017

J'AI TROP PEUR

GUIDE DE SURVIE POUR LA 6EME
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Tous les parents le savent, il y a trois grandes étapes dans la scolarité d'un enfant : l'entrée à la maternelle à 3 ans, au CP à 7 ans et au collège à 11 ans. La suite n'est plus que formalité. Des trois l'entrée en 6ème est la plus cruciale. C'est pour l'enfant une étape délicate. Il "passe d'idole à microbe". En changeant de cour de récréation le grand de primaire devient le petit du collège. Pas simple à négocier le virage !

David LESCOT a choisi d'aborder les angoisses d'un futur collégien de 10 ans 1/2 au travers du regard de trois enfants. L’intéressé est ultra-angoissé au point de ne pas profiter de ses deux mois de vacances à la mer (cela situe la classe sociale). Ses parents lui font rencontrer un grand de 14 ans qui a pour mission de le rassurer mais ne fait que renforcer le traumatisme anticipé. Alors il essaie vainement de le transférer à sa petite sœur de 2 ans 1/2 qui va entrer en maternelle et qui est l’insouciance incarnée.

Autour d'un grand parallélépipède à la fois sécurisant et source de piège, trois comédiennes interprètent avec beaucoup d'humour ces trois garçons. Particularité : elles jouent alternativement chacun des trois rôles soit 6 distributions possibles. 

La finesse de l'écriture de David LESCOT permet d'aborder avec humour des questions aussi graves que le racket, le harcèlement ou la violence en milieu scolaire. Un spectacle destiné au public à partir de 7 ans qui peut permettre de libérer la parole et d'ouvrir le débat avec les adolescents concernés.

J'ai trop peur, texte et mise en scèe de David Lescot, avec (en alternance) Suzanne Aubert, Théodora Marcadé, Lyn Thibault, Marion Verstraeten

En bref : un spectacle à voir dès 7 ans pour ouvrir le dialogue et dédramatiser l'entrée au collège. Des sujets sérieux abordés avec humour par trois comédiennes étonnantes

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Tournée 2018/2019
01-02/04/19 - Figeac
06-09/04/19 - Perpignan
12/04/19 - Nîmes
16-28/04/19 - La Réunion
4-5/05/19 - Montpellier
15-18/05/19 - Saint Denis
19-22/05/19 - Choisy le Roi
24-25/05/19 - Noisiel
28-29/05/19 - Neuilly sur Seine
14-15/06/19 - Cannes


Avignon Off 2017
La Manufacture
Rue de Ecoles 84000 Avignon
Du 6 au 26 juillet 2017 - 10h15 - durée 50mn

Mise à jour du 29/03/19

dimanche 11 septembre 2016

WE LOVE ARABS

PILONNAGE EN RÈGLE DU MUR DES PRÉJUGÉS
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LE BUZZ DU OFF 2016

Le Off 2016 s'est enflammé avec justesse pour WE LOVE ARABS, une pièce qui tire à boulets rouges sur les préjugés concernant la relation israélien / arabes. Le titre en lui-même est déjà un pied-de-nez à la bien-pensance. Dans cette satire fine et mordante le chorégraphe Hillel KOGAN imagine le processus de création d'un spectacle kitch, prétentieux, pseudo-engagé, qui durera 3 jours, se déroulera dans le désert, et qui aurait pour thème l'identité et le partage de l'espace entre Juifs et Arabes. Vaste programme ! Oui mais pour cela il a besoin d'un danseur arabe. Sauf qu'il n'en a aucun dans son répertoire ! Se présente un danseur Arabe, le seul d'Israël, mais qui ne correspondant pas tout à fait à ce que recherche le chorégraphe.


SE JOUER DES PRÉJUGÉS

Avec WE LOVE ARABS Hillel KOGAN dresse un réquisitoire lapidaire contre les réflexes racistes les plus sournois. Tout dans le spectacle est d'une profonde intelligence. Chaque mot, chaque mouvement est réfléchi, drôle, (im)pertinent. Il ne s'agit pas tant "d'une rencontre ou d'un conflit entre juif et arabe" mais de "la confrontation entre deux images" traitant avec subtilité les préjugés les plus larvés que l'on exprime sans même en avoir conscience. Dans cette perspective le duo avec Adi BOUTROUS est d'autant plus savoureux tant le danseur ne correspondant pas du tout à l'image typique de l'arabe. contrariant ainsi le projet de chorégraphe, le contraste entre les deux n'étant soudain plus aussi marqué qu'il le souhaiterait, ce qui donne lieu a de savoureux échanges, notamment dans les expressions.

Hillel KOGAN réalise également une satire savoureuse des milieux de la danse. Le chorégraphe qu'il interprète est une caricature assumée emplie d'auto-dérision. Que ce soit dans le vocabulaire ou dans la gestuelle il jongle avec les ressorts du comique, entre premier, deuxième, trentième degré. On se délecte de ce faux Hillel KOGAN qui impose à son danseur une relation dominant / dominé, infantilisant le danseur sans jamais lui laisser la parole. On savoure ce chorégraphe qui dans l'expression de son art utilise les danseurs comme une matière malléable qu'il peut triturer comme il l'entend pour en restituer sa pensée, sa vision créatrice, dans un processus de création qui peut être violent sans qu'il en ait parfois conscience. Une collaboration qui se termine en apothéose dans un magnifique duo, avant de partager l'houmous avec le public.

En bref : un petit bijou d'autodérision qui traite avec humour et subtilité des comportements ordinaires. Hillel KOGAN et Adi BOUTROUS nous offrent un spectacle d'une rare intelligence qui foule aux pieds la bien-pensance sur la coexistence israelo-arabe, tout en n'épargnant pas les milieux artistiques. Une pépite à ne manquer sous aucun prétexte.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
Avenue Franklin Roosevelt - Paris
du 12 septembre au 8 octobre 2017
Durée : 45 mn

LIEN VERS LE TRAILER EN FRANCAIS EN CLIQUANT ICI

Vu Avignon 2016 - La Manufacture
Mise à jour du 12/09/17

samedi 23 juillet 2016

TOUTE MA VIE J'AI FAIT DES CHOSES QUE JE SAVAIS PAS FAIRE

CHRONIQUE DE LA VIOLENCE ORDINAIRE
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LE MORDANT DE REMI DE VOS

Il est allongé sur le sol. Corps inerte ceint de la marque blanche dessinée à la craie sur les scènes de crime. Une voix rauque, comme venue d'outre-tombe, résonne. "Je l'avais jamais vu de ma vie, et je me demande pourquoi il m'a cherché comme ça...". Ainsi commence ce monologue par lequel cet homme, victime de la haine ordinaire et de la violence aveugle, va chercher à comprendre ce qui lui est arrivé. Une voix fragile. Une parole qui hésite, se répète, se cherche, qui pourrait s'interrompre à tout moment, à tout jamais. Aucune haine dans son adresse à son bourreau ou aux amis de son assassin. Plutôt une sorte de tranquillité, un ton calme, une diction précise, L'histoire d'un type qui buvait tranquillement un verre dans un café. Une histoire que l'on ne peut pas raconter mais qui s'écoute avec les yeux, qui se voit avec les oreilles, qui s'entend avec le cœur.

Un nouveau texte coup de poing de Rémi de Vos. Pour cette commande l'acidité de sa plume le cède à un ton plus doux qui pour autant ne perd rien de son mordant. Ecrit pour le théâtre du Nord il aborde les thèmes de la peur et de la violence. Celle-ci, bien qu'omniprésente, est comme tenue à distance par cette voix calme qui n'accuse pas mais qui explique, en détachant bien les mots, les syllabes. Des mots simples pour un fait divers presque banal hélas.

PERFORMANCE ATHLÉTIQUE

La performance de Juliette PLUMECOCQ-MECH est époustouflante tant du point de vue de son investissement physique que sur son interprétation du texte. Sur ce format court (45mn) elle est en permanence au sol, allongée ou à genoux, mais pas statique. Ses mouvements accompagnent les ruptures d'une gestuelle chorégraphiée. Son pantalon et son sweat-shirt noir lui donnent une silhouette neutre. Tout comme son personnage elle pourrait être homme ou femme, un individu lambda qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Sa voix rauque s'arrête. Parfois le noir se fait et nous maintient dans le doute : la voix va-t-elle s'éteindre à jamais ?

Un seul regret : l'écran blanc placé en milieu de scène oblige la comédienne à se placer sur le devant de la scène. A moins d'être au premier rang impossible de la voir pleinement. Un peu de recul pour profiter de la totalité de la profondeur de scène permettrait à la totalité du public de profiter pleinement de son exceptionnelle performance.

En bref : s'inspirant d'un fait divers Rémi de Vos écrit un texte précis et vis sur la peur let la violence. L'interprétation par Juliette PLUMECOCQ-MECH est une remarquable performance. Un monologue coup de poing à ne pas manquer.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre du Rond Point

Du 9 janvier au 4 février 2018 - 20h30 - Durée : 50mn



Vu Festival Avignon Off - La Manufacture - Juillet 2016

vendredi 22 juillet 2016

FIGHT NIGHT

UNE EXPÉRIENCE DE LA DÉMOCRATIE
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DÉMOCRATIE ET LIBRE ARBITRE

Le vote populaire c'est une sortie de l'Europe sur référendum, le choix ultime entre un écologiste ou un populiste, un outsider auquel personne ne croyait qui sera candidat à l'élection présidentielle de la plus grande démocratie, un peuple qui pousse son Premier Ministre à la démission suite à son implication dans un scandale financier. L'absence de vote c'est le lot des dictatures ou des royaumes. En 2016 quel est le sens du mot "démocratie" ? Et au-delà, de quoi notre vote est-il fait ?

Après "A game of you" en 2014 la compagnie ONTROEREND GOED de Gand (Belgique) nous propose de vivre une nouvelle expérience théâtrale. Cinq candidats. 5 tours de scrutin. Équipé d'un boitier chaque spectateur va voter et choisir le candidat qu'il va mener à la victoire. Sur quels critères le public va-t-il fonder son choix ? Quelle part d'objectivité ou de subjectivité ? Quels mécanismes conscients ou inconscients derrière le fait d'appuyer sur le bouton 1 ou 2 ? Comment réagissons-nous à la manipulation ? Qu'en est-il de notre libre-arbitre ?


UNE EXPÉRIENCE UNIQUE

Toute un série de questions ou de situations parfois déroutantes sont proposées aux spectateurs. Certaines vont le conforter dans ses positions, d'autres interpellent. D'autant plus que le tout est fait de manière très intelligent et que l'on rit beaucoup. L'équipe technique au second plan du plateau donne en direct les résultats de chaque sondage : pas moyens de tricher. Mais ce n'est qu'un jeu n'est-ce pas ?

Derrière les rires, les sondages guignolesques, les questions étonnantes c'est une réflexion profonde sur le sens que nous donnons à notre voix, à notre vote, à notre représentativité, sur nos valeurs. Pourtant ici aucune idéologie n'est présentée. Le jeu nous amène à nous interroger sur le fonctionnement même de nos démocraties.


Les 6 comédiens (Angelo Tijssens, Aurélie Lannoy, Charlotte De Bruyne, Grégory Canoli, Hervé Guerrisi et Jonas Vermeulen) sont parfaits chacun dans leur rôle. Chacun représente un personnage qui réagit en direct au vote du public dont chacun voit le résultat sur un double écran. Chaque candidat délivre son message, est plus ou moins honnête, tente le tout pour le tout pour séduire le public. Le meilleur va-t-il gagner ? Qu'est-ce qui fait de lui le meilleur ? Qu'est-ce que la majorité ?

En bref : une aventure politico-théâtrale qui pose avec intelligence et humour une réflexion sur les mécanismes du jeu démocratique. Un spectacle participatif et en immersion qui interpelle. Une expérience unique que chacun devrait tenter.



C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture (Patinoire)
2 Rue des Ecoles - Avignon
Du 7 au 24 juillet 2016 - 14h15 - Durée : 1h50 (navette comprise)

lundi 18 juillet 2016

JE (se terre)

DE LA DÉSHUMANISATION DE L'ENFANCE

***


COLONIE PÉNITENTIAIRE = BAGNE POUR ENFANT

L'exercice de la justice, dans quelque pays que ce soit et quel que soit le régime politique est aussi l'expression de l'état d'esprit d'une société. En 2016 se souvient-on que jusqu'aux années 1960 il existait des dizaines de "colonies pénitentiaires", véritables bagnes pour enfants. Celui de Belle Ile en Mer avait la réputation d'être l'un des plus sévères. Nul besoin d'avoir commis un crime pour y être envoyé. Il suffisait d'avoir commis un petit larcin ou simplement, merci à notre Code Napoléon, d'une décision du père de famille pour dresser un enfant récalcitrant. L'enfant qui y était emprisonné pouvait y rester 2 ans maximum, mais pas au-delà de ses 21 ans, pour autant qu'il survive aux sévices et brimades quotidiennes.


LA RÉVOLTE DE 1934

Août 1934. Parce que l'injustice des sévices subis par l'un d'entre eux est ce jour-là plus insupportable que les précédentes, les enfants de Belle Île se révoltent, font tomber le mur d'enceinte et s'évadent. Une chasse à l'homme est organisée sur l'île. Une récompense de 20 francs par enfant retrouvé est offerte aux îliens. Tous seront retrouvés. Tous sauf un. C'est lui que nous côtoyons dans ce spectacle à la forme atypique. Ce fait divers inspira deux films et un poème : "la chasse à l'enfant" de Jacques PREVERT.

DANS LA TETE DU FUGITIF

C'est dans une annexe de La Manufacture, une salle / appartement près des remparts, qu'est donné le spectacle. Nous entrons dans la pénombre. Une quinzaine de chaises réparties en carré, près des murs et tournant le dos à la scène. Le noir se fait. Le son de la guitare de Stéphane KERIHUEL s'élève. Musique envoûtante qui emplit la salle instaurant une atmosphère poétique en plein accord avec le texte de Benoit SCHWARTZ. Ce dernier nous plonge dans les pensées de l'enfant en fuite. JE. Ce JE qui, en s'évadant de la colonie pénitentiaire qui l'a dépouillé de son moi, de son identité, de sa personnalité, de son être profond, se retrouve, se souvient, se révèle, connait enfin la liberté suprême de décider de sa vie.

La langue de Benoit SCHWARTZ est poétique, troublante, en harmonie avec la création musicale qui l'accompagne. Par la mise en scène de Cécile MANGIN met le spectateur en immersion totale. La voix du comédien se déplace. L'esprit de JE frôle les spectateurs. La configuration de la salle ne permettait pas le noir complet, ce que j'ai personnellement regretté. Néanmoins la configuration du spectacle permet à chacun de vivre sa propre expérience, plus ou moins intense. Le noir est le domaine de l'imaginaire. Si parfois l'esprit s'évade, JE nous rappelle à lui et fait naître des émotions fortes.

En bref : une forme théâtrale atypique qui mérite d'être découverte pour la beauté et la poésie du texte et de l'univers musical. Un spectacle qui met le spectateur en immersion totale.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
La Manufacture
Rdv 82 Rue du Rempart Saint Lazare
du 12 au 24 juillet 2016 - 11h et 12h45 - Durée : 1h