Affichage des articles dont le libellé est Poche Montparnasse. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Poche Montparnasse. Afficher tous les articles

samedi 21 septembre 2019

MARIE ANTOINETTE - Théâtre Poche Montparnasse - Le regard de Corinne

L'AUTRICHIENNE !
Le regard de Corinne


Marion Bierry, comédienne auréolée de prix, metteure en scène récompensée à de multiples reprises aux Molières, s'attaque ici à la mise en scène de « Marie Antoinette » de Stefan Zweig. 

Sa première rencontre avec cette reine remonte à son adolescence et est à l'initiative de sa grand mère. Mais c'est la lecture de la biographie de cet auteur qui modifiera l'image qu'elle s'en était forgée. Tout en rappelant le contexte historique, son adaptation s'attache principalement à l'aspect humain, le sentiment de l'auteur, comme un témoignage posthume de Marie Antoinette.

Zweig, comme son héroïne, est autrichien et comme elle, il a connu non pas la Révolution mais la 1ère guerre mondiale et a pressenti l'arrivée de la seconde. Sa biographie de Marie Antoinette, basée sur l'analyse de son procès, lui a permis de faire un parallèle entre ces époques de tourmentes. Il en décortique les rouages économiques et sociaux, les tractations politiques qui ont conduit à la Révolution. Et au milieu de ce chambardement ce sont retrouvés une reine et son roi clairement pas taillés pour contrer ces événements, pour renverser le cours de l'histoire.

La mise en scène de Marion Bierry est sobre. Pas de costumes d'époque, pas de décors grandioses, juste deux comédiens pour balayer cet épisode. L'essentiel est ailleurs. Elle choisit la forme narrative. 


 Le comédien Thomas Cousseau déroule le contexte historique, du mariage de Marie Antoinette à sa fin, tel un juge, témoin des événements. Dans un ballet bien coordonné, il passe le relais à Marion Bierry, qui endosse le rôle de l'avocate. A travers son plaidoyer, elle nous fait part des sentiments, des réactions de la reine. Nous la découvrons sous un autre angle. La jeune princesse frivole et insouciante, loin des préoccupations politiques, se révèle et prend conscience du tord qu'elle a eu de faire confiance à des pseudos alliés, de négliger le peuple et sa fonction royale. Au terme de son procès, à charge, après avoir enduré bien des bassesses et des cruautés, elle nous apparaît résignée certes mais digne, digne de son rang. C'est en quelque sorte une réhabilitation de son image.

Le jeu des comédiens est parfaitement synchronisé donnant le rythme et la dynamique nécessaires à la pièce. Ici se joue le procès de la royauté, le ton est grave, parfois sarcastique face aux trahisons (de son propre camp) auxquelles a du faire face Marie Antoinette.

En bref, le choix de Marion Bierry d'axer sa pièce principalement sur le sentiment de l'auteur, sur l'aspect humain de cette tragédie historique, est novateur et instructif. Le jeu des comédiens, tout en justesse, ajoute à l'intensité de cette pièce.

Une belle découverte.

Marie-Antoinette, d'après Stefan Zweig, mis en scène par Marion Bierry,n avec Marion Bierry et Thomas Cousseau

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard Montparnasse- Paris 6ème.
Du 5 septembre au 10 novembre 2019


Crédit photo @Pascal Gely

dimanche 4 août 2019

BRONX - Le regard de Corinne

LA TENTATION DU MAL


Le regard de Corinne


Robert de Niro l'avait adapté au cinéma dans les années 90. C'est au tour de Steve Suissa de mettre en scène au théâtre « Bronx », le chef d'oeuvre de Chazz Palminteri avec comme unique interprète un Francis Huster intense, habité par ses rôles.

En toile de fond : une rue du Bronx dans les années 60...
Cologio vit avec sa famille dans le quartier italien du Bronx où la mafia sévit. Du haut de ses 9 ans, il est impressionné et attiré par ce milieu, et plus particulièrement par son chef Sunny, craint de tous. Un soir, Cologio est témoin d'un meurtre commis par Sunny. Il décide pourtant de se taire quand la police l'interroge. Sunny lui en est reconnaissant et le prend sous son aile jusqu'à le considérer comme son fils.

La mise en scène est rythmée et efficace. Le ton narratif de Cologio, rebaptisé C par le caïd, rend palpable l'ambiance de cette époque où les règlements de compte entre mafieux sont monnaie courante et où les familles assistent, impuissantes et terrorisées, à cette violence. Même si l'histoire de ce texte est assez classique, Steve Suissa, par le prisme de Cologio, parvient à lui donner de l'intensité. On assiste à l'évolution de cet enfant qui peu à peu, au contact des uns et des autres, prend conscience et se fait sa propre idée. Lentement, il mûrit sous nos yeux pour devenir capable de faire ses propres choix.

Une interprétation haute en couleur :
Francis Huster est seul en scène, fort, puissant. Il interprète tour à tour Cologio, son père Lorenzo, Sunny, ou encore biens d'autres. Il est tout en nuance selon le personnage qu'il joue. Dans la peau du gamin, il est intimidé par ce chef de la mafia, crâneur face aux copains ou blessant avec son père, cet homme aux antipodes de celui qu'il admire, de celui qu'il voudrait être.

Lorsqu'il se glisse dans celle de Lorenzo, le père, Francis Huster joue l'humilité et la droiture, parfois même l'austérité. Il interprète avec beaucoup de sensibilité ce père qu a choisi de ne pas suivre la voie mafieuse et qui redoute de voir son fils l'emprunter. Quand il est Sunny le comédien incarne avec justesse ce personnage frois, sûr de lui et de la crainte qu'il inspire aux autres, crainte que son protégé prend à tord pour du respect. Cette métamorphose en un clin d’œil d'un personnage à un autre est impressionnante.


En résumé : 
Même si le thème du texte demeure classique (l'adolescence, les choix à faire, l'influence de l'entourage, la tentation de ce qui à l'apparence de l'aventure), la mise en scène est efficace et l'interprétation de Francis Huster est remarquable. Sa faculté à passer d'un personnage à un autre instantanément est la marque des grands comédiens.


Bronx, de Chazz Palminteri, adaptation de Alexia Perimony, mise en scène Steve Suissa, avec Francis Huster

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de Poche 
75 Bd du Montparnasse – Paris 6 ème.
Du 16 avril au 07 juillet 2019

lundi 15 janvier 2018

HISTOIRE DU SOLDAT

QUAND STRAVINSKY REVISITE FAUST
**


Reprise au Poche Montparnasse d'un succès public et critique de la fin de saison 2016/2017. Une fable de 1918 née de l'amitié entre Stravinski et Ramuz. Petite déception malgré de bons comédiens


LE MYTHE DE FAUST

Bénéficiant d'une permission de 15 jours un jeune soldat rescapé de la guerre croise la route du diable. Il lui vend son violon (son âme) contre un livre qui lui permettra d'être riche. La transaction lui permettra-t-elle pour autant de trouver le bonheur ?

Cette réécriture du mythe de Faust est le fruit de l'amitié entre le compositeur Igor Stravinski et l'écrivain et poète suisse Ramuz. Ecrit en 1918, avant la fin de la Première Guerre mondiale, cette fable musicale et théâtrale était destinée à une forme de théâtre itinérant, pour aller au-devant d'un public qui n'y avait pas accès à cette forme de culture. Elle s'inspire d'un conte populaire russe.

Sur la petite scène du théâtre du Poche les 7 musiciens et le chef d'orchestre sont bien tassés. Trompette, flûte, hautbois, batterie, violoncelle, violon et tuba laissent peu de place aux trois comédiens qui nous présentent cette forme de théâtre originale.

BELLE INTERPRÉTATION MAIS...

Claude Aufaure en est le narrateur. Entre parlé et parole chantée ou tout du moins en rythme avec la musique (cela s'appelle le sprechgesang nous apprend @spectatif) il est le spectateur actif de l'histoire de ce soldat qui vend son âme au diable. C'est Julien Alluguette qui reprend le rôle du soldat. Il lui donne avec réussite la jeunesse et la naïveté qui sied au personnage. Lucinio Da Silva est un diable fourbe et malin comme il se doit. Sautillant, envoûtant, il manipule le pauvre gamin dont on imagine tout ce qu'il a vécu au combat et combien il peut aspirer à retrouver son village, sa maison, sa mère, en un mot comme en cent : la paix. Et même s'il est jeune et encore relativement innocent, il garde suffisamment de lucidité pour essayer de contourner les pièges que le diable dresse sur sa route pour l'empêcher d'atteindre son but.

La princesse (Aurélie Loussouar ou Malou Utricht en alternance) est une danseuse. Apparaissant par magie du fond de la salle elle surgit et telle une ballerine de boÏte musicale elle offre un moment de poésie dont la magie est atténuée par le peu d'espace dont elle dispose, donnant une danse un peu rigide.

La musique de Stravinski est omniprésente. On aimerait parfois qu'elle le soit moins. face à la contrainte spatiale imposée par la présence sur scène de ce petit orchestre, la mise en scène est réduite à sa plus simple expression, ce qui sied bien à la forme de la fable. Les 7 jeunes musiciens de l'orchestre-atelier Ostinato sont très bien dirigés par leur chef d'orchestre. Les notes concourent à créer une atmosphère onirique et l'osmose se fait avec les comédiens.

Malgré toutes ces qualités le charme n'a pas opéré sur moi. Les trois comédiens sont excellents mais la fable et les mésaventures de ce jeune soldat ne m'ont pas vraiment touchée.


Histoire du soldat de Ramuz et Stravinsky, mis en scène par Stéphan Druet, direction musicale Jean-Luc Tingaud, chefs d'orchestre (en alternance)Olivier Dejours, Jean-Luc Tingaud et Loïc Olivier, avec Claude Aufaure, Julien Alluguette, Lucinio Da Silva, Aurélie Loussouarn ou Malou Utrecht (en alternance).

En bref : une fable entre théâtre et musique, portée par un orchestre jeune et au talent prometteur accompagnant trois comédiens dont les qualités ne sont pas en reste, mais qui au final n'a pas su me toucher sans que je sache vraiment dire pourquoi.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
75 Boulevard du Montparnasse 75006 Paris
A partir du 4 janvier 2018
du mardi au samedi 19h - dimanche 17h30


Vu janvier 2018 - Poche Montparnasse Paris
Crédit photo @Brigitte Enguerrand