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lundi 27 septembre 2021

FRATERNITE, CONTE FANTASTIQUE

 VIVRE OU SURVIVRE


Après "Saïgon", Caroline Guiela Nguyen continue son exploration du temps qui passe et de son impact sur les souvenirs. Cette fois elle utilise la forme d'un conte fantastique pour parler du deuil.

Le fantastique et la science-fiction me semblent être difficiles à porter sur une scène de théâtre. Nous sommes dans un espace-temps indéterminé, où, lors d'une éclipse solaire qui a touché toute la planète, la moitié de la population a disparu, s'est volatilisée. Cette moitié n'est pas morte, elle a juste disparu de manière collective et instantanée. Ceux qui restent tentent de vivre ou de survivre, dans l'attente. Dans un "centre de soins et de consolation", un groupe de personnes d'origine, culture, religions diverses, d'âges variés, se retrouve pour partager leur douleur, leur difficulté à accepter ces disparitions, leurs espoirs de voir les disparus revenir, leurs angoisses devant leur rythme cardiaque qui se ralenti. Chacun va gérer ses émotions à sa manière.

Je l'avoue j'ai eu du mal à le me plonger dans le postulat qui sert de base à l'histoire, dans le fondement scientifique dont des incohérences trop grandes pour mon esprit cartésien ont un peu gâché mon plaisir. De fait le message de Caroline Guiela Nguyen m'a paru confus.

Au-delà de cette réserve partielle sur le texte cette création marque par la remarquable interprétation d'une troupe de comédiens au jeu d'un naturel exceptionnel. Professionnels ou amateurs ils incarnent leur personnage avec une justesse de ton en tout instant. On est en totale empathie avec ce père arabe (Saadi Bahri), un peu ours, qui chérit avec tendresse le souvenir de sa femme, on souffre avec ce père (Dan Artus) si désemparé par la disparition de sa femme qu'il ne peut plus s'occuper de sa petite fille qu'il aime tant, on a envie de prendre dans ses bras cette mère vietnamienne (Anh Tran Nghia) qui voit dans la nourriture un médium pour partager et soutenir. Chacun est remarquable. Il est injuste de ne pas tous les citer. Il y a Sarah (Mahia Zrouki) et sa colère permanente qui éclate dans un slam magnifique (comme j'aimerais avoir ce texte !). Il y a Rachel (Hoonaz Ghojallu), agaçante de froideur, qui se réfugie dans le protocole scientifique pour ne pas se laisser emporter pas ses propres émotions. Il y a la fabuleuse et enchanteresse voix lyrique d'Alix Petris dont les apparitions marquent des moments d'intense émotion et qui habille si joliment cette atmosphère de fraternité. Et puis il y a Ismène (Boutaïna El Fekkak), la mère meurtrie, l'interprète, le socle de cette fraternité qui trouve dans son rôle central dans ce centre la force pour tenir debout, et qui nous offre une interprétation d'une grande richesse, concentré de cette universalité, de cette communion des âmes, des êtres, des cultures, des religions qui s'effacent pour faire place à un élan de spiritualité universelle.

Malgré quelques maladresses ce "Fraternité" nous interroge sur notre relation à la disparition d'un être cher, sur l'importance que nous donnons à nos souvenirs, comment ils interagissent dans notre vie, dans nos émotions. Il nous questionne sur notre capacité à garder espoir, à rebondir, à vivre ou à survivre.

En bref : malgré quelques petites imperfections, un spectacle qui marque par la magie de l'interprétation collective et individuelle, par l'universalité de son propos, par la justesse des émotions et le questionnement qu'il propose.

Fraternité, conte fantastique, écrit et mis en scène par Caroline Guiela Nguyen, avec Dan Arthus, Saadi Bahri, Boutaïna El Fekkak, Hoonas Ghojallu, Maïmouna Keita, Nanii, Elios Noël, Alix petris, Saaphyra, Vasanth Selvam, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghia, Mahia Zrouki

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Odéon - Ateliers Berthier
Du 18 Septembre au 17 octobre 2021
Durée : 3h avec entracte

Crédit photo @Christophe Raynaud DeLage / Jean-Louis Fernandez

samedi 11 janvier 2020

LA MOUCHE

LA MOUCHE PIQUE AU COEUR
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Il y a 4 ans Christian Hecq et Valérie Lesort enchantaient petits et grands avec leur adaptation théâtrale de 20.000 lieues sous les mers. Le duo revient sur scène avec ses marionnettes et son théâtre d'objet pour La mouche, nouvelle fantastique qui avait été adapté à l'écran par David Cronenberg. Un univers étrange et drôle.

Lorsque le talent de plasticienne de Valérie Lesort rencontre le talent et l'humour de Christian Hecq cela ne peut que faire mouche ! L'univers un peu étrange de Valérie Lesort convient parfaitement au registre du fantastique. Son art, cette spécialiste du masque l'a agrémenté avec la marionnette, les accessoires et les effets spéciaux et peaufiné tant au théâtre qu'au cinéma ou à la télévision. Quant à Christian Hecq, celui qui se voyait physicien trouve au théâtre le moyen d'exprimer son côté clownesque. Avec sa compagne Valérie Lesort il crée avec La mouche un spectacle qui nous surprend, nous fait rire et nous émeut.

Pourtant l'histoire est connue. Un scientifique un peu fou va tester sur lui-même son invention qui permet la télé-transportation. Mais une mouche s'est glissée dans le télépod et après l'expérience le chercheur va progressivement se transformer en insecte. S'ils se sont inspirés de la nouvelle de George Langelaan, les deux artistes ont trouvé leur inspiration dans le film de Cronenberg mais aussi et surtout dans la série télévisée Strip tease et plus particulièrement dans l'épisode "la soucoupe et le perroquet".

Ainsi nous voici dans le terrain occupé par Robert (Christian Hecq) et sa mère Odette (Christine Murillo). L'ambiance de Strip Tease est parfaitement reconstituée. Au cœur d'une certaine ruralité le couple formé par la mère et le fils a une relation à la fois désopilante et étrange. Robert, vieux garçon pas très fin, passe ses journées dans son garage où il multiplie les expériences de téléportation. Tout ce qui lui tombe sous la main, objet ou organisme vivant, est susceptible de lui servir de cobaye. La mère Odette n'essaie plus de comprendre son fils mais s'interroge sur les disparitions qui se multiplient autour d'elle, surtout qu'elle aurait bien aimé caser son Robert avec la petite Marie-Pierre (Valérie Lesort) qui est revenue au pays. Lorsque l'inspecteur Langelaan (Stephen Wojtowicz) arrive pour mener l'enquête sur la disparition de Marie-Pierre il faudra bien qu'Odette accepte la sombre réalité sur le destin de son fils chéri.

La force du spectacle est de réussir à nous surprendre. Pas de grands effets spéciaux comme au cinéma, mais une créativité qui crée un univers décalé, entre humour et fantastique, où s'exprime notamment tout le potentiel du jeu physique de Christian Hecq. La scénographie d'Audrey Vuong, les accessoires et éléments de costume ou de décor, tout concours à la fois à un certain réalisme mis en parallèle avec un monde fantastique. Ainsi les télépods qui, tels un théâtre noir, permettent de créer l'illusion, enfermant des objets ou des cobayes soumis à la lévitation, à la déformation ou autres phénomènes matérialisant la téléportation. Idem pour la mise en scène de la transformation physique de Christian Hecq.

S'il fallait émettre un critique on peut regretter le nombre de noirs qui cassent le rythme de l'action, quand bien même l'univers choisi par Valérie Lesort et Christian Hecq intègre un tempo lent. 

On ne peut que saluer la qualité de jeu du quatuor. S'il est un brin caricatural, Stephen Wojtowicz campe un inspecteur Langelaan entre Clouseau et Tati. Valérie Sort est une irrésistible Marie-Pierre très nunuche. Christine Murillo est une Odette d'un naturel hyperréaliste. Quant à Christian Hecq il est drôle et bouleversant, jouant sur toutes les facettes du clown et du comédien.

En bref : Entre polar, comédie et science-fiction, Valérie Lesort et Christian Hecq misent sur l'humour et l'absurde et réussissent à nous surprendre et à nous émouvoir en adaptant avec brio cette nouvelle fantastique.

La mouche, librement inspiré de la nouvelle de George Langelaan, adaptation et mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq, avec Christian Hecq de la Comédie Française, Valérie Lesort, Christine Murillo, Stephan Wojtowicz, scénographie Audrey Vuong, Lumières Pascal Laajili, création sonore et musique Dominique Bataille, guitare Bruno Polius-Victoire, costumes Moïra Douguet, plasticiennes Carole Allemand et Valérie Lesort, assistant à la mise en scène Florimond Plantier, création vidéo Antoine Roegiers, technicien vidéo Eric Perroys, accessoiristes Manon Choserot et Capucine Grou-Radenez

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Bouffes du Nord
37 bis boulevard de la Chapelle - 75010 Paris
Du 8 janvier au 1er février 2020



Vu le 8 janvier 2020 - Bouffes du Nord
Crédit photo @Fabrice Robin