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samedi 19 octobre 2019

SUITE FRANCAISE - Théâtre La Bruyère - Le regard de Corinne

LE DILEMME
Le regard de Corinne


Virginie Lemoine tombe sur les livres d'Irène Némirovsky en 2004, date de l'attribution, à titre posthume, du prix Renaudot à l'auteure. Bouleversée par le destin tragique de la romancière, elle décide, épaulée par Stéphane Laporte, d'adapter au théâtre "Suite Française". 

Ce spectacle est présenté pour la première fois en 2018 au Festival Off d'Avignon, où il est bien accueilli. Il est actuellement repris au Théâtre La Bruyère où il est également possible de voir "Tempête en juin", le premier volet des cinq livres imaginés par Irène  Némirovsky. Malheureusement, elle ne pourra rédiger les trois derniers car arrêtée en 1942, elle est déportée à Auschwitz où elle décédera.

"Suite Française" se déroule dans la petite ville de Bussy, sous l'occupation allemande. La maison de Madame Angellier est réquisitionnée pour loger le jeune commandant Bruno Van Falk. Loin de l'image que l'on se fait de l'envahisseur, se présente un jeune homme cultivé, bien élevé et respectueux. La propriétaire des lieux, dont le fils unique est fait prisonnier, lui réserve un accueil glacial contrairement à sa belle fille Lucille, sensible à l'attrait de cet homme. La réciproque est vraie. Très vite ils sont mutuellement attirés.


Virginie Lemoine met en scène avec finesse et sensibilité cette romance où les contradictions et les ambiguïtés de l'âme humaine sont explorées. Le tandem Lucille/Bruno, que tout devrait opposer en cette période trouble, marqué par la solitude, a un besoin irrésistible de la présence de l'autre. Le décor, judicieusement imaginé, favorise cette intimité, cette proximité recherchée. On évoquera juste la scène où Bruno joue du piano pour Lucille dans cette pièce plongée dans une semi obscurité, que le public voit à travers un voile, moment d'intimité volée. Pourtant, malgré cette envie de l'autre, la raison va l'emporter. La culpabilité, vis-à-vis de sa belle-mère, vis-à-vis de sa patrie, empêche Lucille de sauter le pas et Bruno, tout en retenue, respecte cette décision.

A côté de ces deux personnages, on fait la connaissance de quelques habitants. Confrontés à un fait de résistance, la perspective de représailles entraîne des comportements révélateurs des personnalités. Les masques tombent. Peut-être est-ce pour Lucille l'opportunité d'entrer en résistance là où d'autres font le choix de collaborer?

Cette tranche de vie, en période de guerre, est interprétée avec réalisme. L'émoi, le trouble de Lucille (Florence Pernel) et de Bruno (Samuel Glaumé) sont perceptibles. La froideur, l'âpreté à l'égard de sa belle fille et du commandant ou l'idolâtrie pour son fils sont des traits de caractère bien marqués chez Madame Angellier (Béatrice Angenin). Le tableau ne serait pas complet sans la servante (Emmanuelle Bougerol) qui apporte une vraie fraîcheur et la femme du notable (Guilaine Londez) dont il est préférable de se méfier.

Bref, cette palette de personnages, joués avec justesse par les comédiens, offre une belle représentation de la vie d'un village en temps de guerre.

Suite française, d'après le roman d'Irène Némirovski, adaptation Virginie Lemoine et Stéphane  Laporte, Mise en scène : Virginie Lemoine avec Florence Pernel, Béatrice Agenin, Guilaine Londez, Samuel Glaumé, Emmanuelle Bougerol, Cédric Revollon ou Gaétan Borg.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre La Bruyère
5 Rue La Bruyère 75009 Paris
Du 10 septembre 2019 au 4 janvier 2020


dimanche 17 février 2019

COMME EN 14 - Théâtre La Bruyère - Le regard de Corinne

Un Noël pas comme les autres !

Le regard de Corinne


Décembre 1917, la guerre fait rage et continue à produire son lot de victimes. Nous sommes dans une église transformée pour l'occasion en infirmerie, située non loin d'un champs de bataille. Le bruit des canons se fait entendre. 

Quatre femmes et un homme s’apprêtent pourtant à partager le repas de Noël dans ce lieu insolite. Ils trinquent, mangent, se racontent leurs souvenirs leur passé, ils se laissent aller le temps d'une soirée pour se donner du courage et affronter la suite...

Nous retrouvons ici le texte de Dany Laurent dont l'adaptation au théâtre en 2004 lui avait valu trois Molières. Cette remise en mémoire d'une page sombre et triste de notre histoire est emprunte de sobriété et de réalisme. Malgré la dureté des événements où le moindre instant de bonheur est compté, la vie continue coûte que coûte, reprend même le dessus, pour faire peu à peu une place à l'amour.

Car finalement, même en temps de guerre, de belles rencontres peuvent se vivre comme celle de Suzy, jeune infirmière bénévole, et d'Henry, fils aîné de la baronne, soldat blessé. Avec finesse et sensibilité,Yves Pignot met en scène cette tranche de vie.

La pièce est emmenée par des comédiens dont l'interprétation est tout en justesse.
Marguerite (Marie Vincent), personnage central, énergique, qui secoue tout ce petit monde, est très attachante. D'un tempérament bourru au premier abord, elle sait aussi se montrer sensible et affectueuse, particulièrement avec Pierre.

La baronne (Virginie Lemoine), pour qui nous aurions tendance à avoir moins d'indulgence,
parfaitement interprétée, est sèche et pétrie de principes liés à sa classe sociale. Elle est rigide et même dure avec son second fils Pierre. Mais elle aussi a eu son lot de douleur, de malheur et elle n'en est que plus touchante.

La jeune et jolie Suzy (Ariane Brousse) espiègle, ivre de liberté et follement amoureuse d'Henry, prête à soulever des montagnes pour faire tomber les barrières sociales que la baronne tente de dresser entre eux. Elle nous embarque dans sa romance.

Louise (Katia Miran), elle aussi jeune et jolie, toute en timidité, en fragilité, issue d'une famille qui ne lui pardonnera pas d'être enceinte d'un jeune soldat parti au front, alors qu'elle n'est pas mariée.

Et enfin, Pierre ( Axel Huet) le second fils de la baronne, handicapé, a qui sa mère reproche de ne pas être parti faire la guerre. Lui aussi est très touchant par la naïveté qu'il caractérise et l'inconscience qu'il a de la situation. Axel Huet trouve le bon équilibre pour donner de la crédibilité à son personnage.

En bref, Comme en 14 est une pièce toute en nuance et en émotion, dont le réalisme est rendu par le jeu subtil des comédiens. C'est un beau moment de théâtre.


Comme en 14, de Dany Laurent Mise en scène de Yves Pignot avec Marie Vincent, Virginie Lemoine, Ariane Brousse, Katia Miran et Axel Huet.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre La Bruyère 
5 Rue de la Bruyère – Paris 9 ème.
Du 8 février au 27 avril 2019

Crédit @Photo Lot

dimanche 3 février 2019

COMME EN 14 - Théâtre La Bruyère

MAGNIFIQUES FEMMES DANS LA TOURMENTE
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Baronne ou cuisinière, émancipée ou femme au foyer, jeune ou d'âge mur, fiancée ou veuve, c'est au courage de ces femmes qui, pendant la Grande Guerre ont gardé la foi en l'avenir et fait fi de leur douleur pour soutenir les malades et les soldats que Dany Laurent rend hommage avec "Comme en 14". Coup de coeur pour ce magnifique quatuor de comédienne qui nous le restitue avec justesse et sensibilité au théâtre La Bruyère

QUATRE DESTINS DE FEMME DANS LA GUERRE

Marguerite est bien ronchonne en ce froid matin de décembre. C'est la veille de Noël 1917 dans cette église transformée en hôpital de campagne, et aujourd'hui le fils de la Baronne, son amie d'enfance, doit être amputé d'une jambe. Derrière cet air revêche se cache bien sûr une de ces bonnes âmes au cœur tendre que la guerre a transformé en infirmière volontaire. Elle est la jeune et révoltée Suzy ne ménagent pas leur peine pour s'occuper des 123 blessés de guerre sur lesquelles elles veillent jour et nuit. Avec le soutien de la jeune et fragile Louise qui tremble pour son fiancé qui est au front. Outre l'ombre du vieux médecin le seul homme dans cet univers est un enfant, second fils de la Baronne. Autiste, il a échappé aux obligations militaires, contrairement à son frère.

Ces quatre femmes sont représentatives de ces françaises qui pendant la Grande Guerre ont eu le courage de dépasser leur malheur personnel pour se mettre au service de la vie. Alors que la mort, la maladie, la souffrance, le doute, la faim sont partout autour d'elles, le destin les réunit. Se seraient-elles rencontrées en temps de paix ? Auraient-elles partagé le pain et leurs pensées les plus intimes en d'autres temps ? Malgré les difficultés, malgré le son du canon, les cris des blessés, malgré les deuils et les renoncements, elles gardent espoir en l'avenir, en l'être humain, en l'amour.

DÉLICATESSE DE LA MISE EN SCÈNE

La mise en scène d'Yves Pignot est toute en délicatesse. Le décor reconstitue une salle de repos aménagée dans une église. C'est un petit écrin de calme, un îlot de convivialité et d'humanité. Toutes les idées, tous les points de vue se retrouvent réunis : Suzy la pacifiste, Marguerite la vieille fille pleine de bon sens, la Baronne figée dans ses contraintes de classe, Louise la romantique. Avec humour et sensibilité elles illustrent toute l'humanité de cette période si noire.

Marie Vincent donne à Marguerite toute la verve, la douceur bourrue, l'humilité et l'humanité de ces infirmières volontaires. Elle oppose sa bonhomie et son bon sens terrien à Virginie Lemoine, impeccable et touchante baronne figée dans ses traditions, veuve éplorée tiraillée entre ses deux fils si différents. Ariane Brousse (Suzy) est le soleil de ce quatuor. Pétillante, vive, révoltée elle n'est que sourire et espoir. Quant à Katia Miran elle donne à Louise toute la fragilité de la jeunesse amoureuse qui veut croire que la fin de la guerre est toute proche et qui ne peut imaginer que son fiancé ne puisse pas en revenir intacte. Et enfin Axel Huet est d'une grande justesse dans le rôle du fils autiste, délaissé par sa mère qui ne lui pardonne pas de ne pas être parti à la guerre comme son père ou son frère.

En bref : Une pièce qui sans pathos mais avec humour, tendresse et précision rend hommage au courage des femmes pendant la guerre de 14. Une distribution magnifique, une interprétation toujours juste. Un beau moment de théâtre emplit d'espoir et d'émotion.

Comme en 14, de Dany Laurent, mis en scène de Yves Pignot, avec Marie Vincent, Virginie Lemoine, Ariane Brousse, Katia Miran, Axel Huet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre La Bruyère
5 Rue La Bruyère
Du 22 janvier au 26 juin 2019
Du mardi au samedi 21h - samedi matinée à 15h30


Crédit photo @Philippe Escalier
Vu le 1er février 2019 Théâtre La Bruyère

jeudi 26 janvier 2017

PIEGE MORTEL

SUCCOMBEZ A LA TENTATION DE CE PIÈGE MORTEL
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Quand un auteur de pièce policière en panne d'inspiration reçoit un texte prometteur on peut s'attendre au pire de sa part. Et c'est le meilleur qui ouvre la deuxième partie de saison au Théâtre La Bruyère où le duo Sibleyras / Metayer semble bien parti pour un nouveau succès avec ce polar aux rebondissements multiples mené avec talent par Nicolas BRIANCON.

SUSPENS

Sidney Brown a écrit il y a 18 ans une pièce qui fut un grand succès pendant plusieurs années. Marié depuis 11 ans il a de plus en plus de mal à retrouver l'inspiration. Arrive sur son bureau un texte extrêmement bien écrit envoyé par un jeune auteur qu'il a eu comme élève lors d'un séminaire. Pour le convaincre de collaborer avec lui Sidney l'invite pour discuter des moyens d'améliorer le texte. Sous le regard incrédule de sa femme qui se demande s'il est sérieux il imagine de se débarrasser du jeune homme pour s'approprier son texte.

Impossible d'en dire plus sans prendre le risque de vous priver du plaisir de découvrir par vous-même tous les méandres de ce PIEGE MORTEL. Je me contenterai de vous dire que l'écriture d'Ira LEVIN, adaptée par Gérald SIBLEYRAS fait mouche à tous les coups. Guidé par la mise en scène énergique d'Eric METAYER (Molière de la pièce comique en 2010 pour Les 39 marches), rebondissement et retournements se succèdent, laissant le spectateur scotché. Le scénario n'a rien à envier à celui du LIMIER, chef-d'oeuvre de Mankiewicz.

C'est dans le beau décor d'Olivier HEBERT que se déroule ce polar en huis clos. Un manoir ancien isolé, un mur de pierre déployant une collection d'armes, le bureau de l'écrivain, une baie vitrée qui donne sur le jardin, des volets qui claque les soirs d'orage, le feu qui crépite dans la cheminée, une voisine aux capacités surprenantes, un mur décoré d'affiches de pièces à succès (avec un petit clin d’œil aux 39 marches) : tout est en place pour nous faire vitre une soirée pleine de surprise.

LA TOUCHE METAYER

On retrouve la touche d'Eric METAYER dans la mise en scène. Des accessoires qui jouent des tours, des jeux de lumière précis, des comédiens affûtés qui nous mènent par le bout du nez sur des chemins que nous n'avions pas imaginés. Les positions des uns et des autres sont constamment chamboulés et si on pressent qu'il va se passer quelque chose de surprenant nous sommes constamment surpris par la tournure des événements.

Nicolas BRIANCON prend plaisir à être Sidney. Farceur, cynique, manipulateur, fourbe, inquiet, amoureux, jaloux : il excelle à brouiller les pistes pour mieux nous perdre. Virginie LEMOINE, anxieuse à souhait, a du mal à suivre les méandres de la réflexion de son mari. Dans le rôle du jeune Clifford Anderson, Cyril GARNIER (du duo Garnier et Sentoux), est intriguant, séduisant, intelligent. Si Marie VINCENT est parfois un peu caricaturale mais compose un personnage truculent. Damien GADJA clôture avec justesse la distribution.

PIEGE MORTEL, Deathtrap dans la version originale en anglais, a été adapté au cinéma par Sidney LUMET. Le duo Gérald SYBLEIRAS / Eric METAYER qui n'en est pas à son premier succès, transforme l'essai et nous a concocté un petit bonbon qui se savoure lentement et avec délice, qui laisse éclater à chaque bouchée une saveur différente et surprenante.


PIEGE MORTEL de Ira Levin, adatation Gérald Sibleyras, mise en scène Eric Metayer, avec Nicolas Briançon, Cyril Garnier, Virginie Lemoine, Marie Vincent et Damien Gajda

En bref  : Gérald Sibleyras adapte avec brio la pièce à succès d'Ira Levin. Un polar rondement ficelé mis en scène avec énergie et humour par Eric Metayer. Conduits par Nicolas Briançon en grande forme les cinq comédiens se plongent avec gourmandise dans une intrigue à rebondissements. Pas de temps mort pour le public qui frémit de plaisir.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Rue La Bruyère 75009 Paris
A partir du 24 janvier 2017
Du mardi au samedi à 21h - Matinée samedi 15h30