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lundi 27 septembre 2021

FRATERNITE, CONTE FANTASTIQUE

 VIVRE OU SURVIVRE


Après "Saïgon", Caroline Guiela Nguyen continue son exploration du temps qui passe et de son impact sur les souvenirs. Cette fois elle utilise la forme d'un conte fantastique pour parler du deuil.

Le fantastique et la science-fiction me semblent être difficiles à porter sur une scène de théâtre. Nous sommes dans un espace-temps indéterminé, où, lors d'une éclipse solaire qui a touché toute la planète, la moitié de la population a disparu, s'est volatilisée. Cette moitié n'est pas morte, elle a juste disparu de manière collective et instantanée. Ceux qui restent tentent de vivre ou de survivre, dans l'attente. Dans un "centre de soins et de consolation", un groupe de personnes d'origine, culture, religions diverses, d'âges variés, se retrouve pour partager leur douleur, leur difficulté à accepter ces disparitions, leurs espoirs de voir les disparus revenir, leurs angoisses devant leur rythme cardiaque qui se ralenti. Chacun va gérer ses émotions à sa manière.

Je l'avoue j'ai eu du mal à le me plonger dans le postulat qui sert de base à l'histoire, dans le fondement scientifique dont des incohérences trop grandes pour mon esprit cartésien ont un peu gâché mon plaisir. De fait le message de Caroline Guiela Nguyen m'a paru confus.

Au-delà de cette réserve partielle sur le texte cette création marque par la remarquable interprétation d'une troupe de comédiens au jeu d'un naturel exceptionnel. Professionnels ou amateurs ils incarnent leur personnage avec une justesse de ton en tout instant. On est en totale empathie avec ce père arabe (Saadi Bahri), un peu ours, qui chérit avec tendresse le souvenir de sa femme, on souffre avec ce père (Dan Artus) si désemparé par la disparition de sa femme qu'il ne peut plus s'occuper de sa petite fille qu'il aime tant, on a envie de prendre dans ses bras cette mère vietnamienne (Anh Tran Nghia) qui voit dans la nourriture un médium pour partager et soutenir. Chacun est remarquable. Il est injuste de ne pas tous les citer. Il y a Sarah (Mahia Zrouki) et sa colère permanente qui éclate dans un slam magnifique (comme j'aimerais avoir ce texte !). Il y a Rachel (Hoonaz Ghojallu), agaçante de froideur, qui se réfugie dans le protocole scientifique pour ne pas se laisser emporter pas ses propres émotions. Il y a la fabuleuse et enchanteresse voix lyrique d'Alix Petris dont les apparitions marquent des moments d'intense émotion et qui habille si joliment cette atmosphère de fraternité. Et puis il y a Ismène (Boutaïna El Fekkak), la mère meurtrie, l'interprète, le socle de cette fraternité qui trouve dans son rôle central dans ce centre la force pour tenir debout, et qui nous offre une interprétation d'une grande richesse, concentré de cette universalité, de cette communion des âmes, des êtres, des cultures, des religions qui s'effacent pour faire place à un élan de spiritualité universelle.

Malgré quelques maladresses ce "Fraternité" nous interroge sur notre relation à la disparition d'un être cher, sur l'importance que nous donnons à nos souvenirs, comment ils interagissent dans notre vie, dans nos émotions. Il nous questionne sur notre capacité à garder espoir, à rebondir, à vivre ou à survivre.

En bref : malgré quelques petites imperfections, un spectacle qui marque par la magie de l'interprétation collective et individuelle, par l'universalité de son propos, par la justesse des émotions et le questionnement qu'il propose.

Fraternité, conte fantastique, écrit et mis en scène par Caroline Guiela Nguyen, avec Dan Arthus, Saadi Bahri, Boutaïna El Fekkak, Hoonas Ghojallu, Maïmouna Keita, Nanii, Elios Noël, Alix petris, Saaphyra, Vasanth Selvam, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghia, Mahia Zrouki

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Odéon - Ateliers Berthier
Du 18 Septembre au 17 octobre 2021
Durée : 3h avec entracte

Crédit photo @Christophe Raynaud DeLage / Jean-Louis Fernandez

vendredi 11 juin 2021

LA MENAGERIE DE VERRE - Odéon théâtre de l'Europe

 MEMOIRE TROUBLE

Pour sa réouverture le théâtre de l'Odéon reprend un spectacle interrompu par le second confinement. Ivo Van Hove s'empare du texte de Tenessee Williams, "La ménagerie de verre" et dirige Isabelle Huppert entourée d'un très beau trio.

En ce soir de dernière (et de couvre-feu décalé à 23h) le public est heureux de retrouver le chemin du théâtre avant de profiter de la restauration sur le parvis après le spectacle. Isabelle Huppert quant à elle nous a fait le cadeau d'une belle interprétation. C'est ce que j'aime notamment chez Ivo Van Hove : la qualité de sa direction d'acteur. Dans cette "Ménagerie de verre" qui donne à voir l'enfermement de cette famille par le prisme de la mémoire trouble du fils Tom, chacun des trois comédiens est parfaitement à sa place. A commencer par Isabelle Huppert qui est Amanda, la mère, nostalgique du Sud de sa jeunesse, fière de ses enfants qu'elle étouffe néanmoins. Elle est malicieuse, espiègle, manipulatrice, colérique, cajoleuse : une pile électrique qui varie les expressions sur un rythme effréné. Une mère possessive et aimante, encourageante et castratrice, femme blessée par le départ de son mari, mère fragile et résiliente. 

Dans la mémoire de Tom, le narrateur, il y a trois personnages autour de cette mère instable, à commencer par lui. Entre colère et résignation, enfermé entre sa mère et sa soeur il n'a que deux modes d'évasion : son travail à l'entrepôt, qui lui permet de faire vivre le trio, et le cinéma où il prétend se rendre tous les soirs. Antoine Reinartz est ce Tom protecteur de sa soeur Laura, et qui n'arrive pas à partir ni à affronter sa mère. Justine Bachelet est Laura, jeune femme fragile, maladivement timide, qui boite et est affreusement mal à l'aise où qu'elle soit, ne se sentant utile et rassurée que lorsqu'elle s'occupe de ses animaux de verre, ménagirie tout aussi fragile qu'elle. Silhouette fine, au jeu très animal, elle est d'une présence souvent silencieuse, qui trouve sa force dans la bienveillance des autres, celle de Tom mais aussi celle de Jim. Ce dernier est le prétendant qu'espère Amanda pour sa fille, et celui que Laura admire depuis le lycée. Cyril Guel tient avec justesse, aisance et brio ce jeune homme sûr de lui, bienveillant et encourageant, inspirant confiance et sur l'épaule duquel Laura aimerait poser son épaule. Il incarne la possibilité de l'ouverture sur un ailleurs heureux.

Mais la fuite est impossible. Le magnifique décor, la scénographie et la lumière de Jan Versweyveld représentent l'enfermement psychique du trio familial. Pas de sortie possible hormis un petit escalier coincé entre deux murs, qui monte vers la rue, la liberté, le monde. Dans ce rectangle en sous-sol, où la cuisine occupe une place imposante, les couleurs chaudes des peintures murales (images floues du père qui les a abandonnés) et de la moquette, ces tons à dominante marron, d'une texture soyeuse, donnent une illusion trompeuse d'une chaleur humaine. Dans ce cadre enfermant, la mise en lumière magnifie le texte et le jeu des comédiens, comme dans la scène entre Laura et Jim où on se sent au chaud et en sécurité comme dans une grotte, aussi exigüe soit-elle. 

En bref : La magie Van hove opére encore une fois. Dans une mise en scène qui met l'accent sur l'enfermement psychique du trio familial, il démontre une fois de plus la qualité de sa direction d'acteur, dans une scénographie et une lumière d'une grande subtilité.

La ménagerie de verre, de Tennessee Willams, mise en scène Ivo Van Hove, avec Isabelle Huppert, Justine Bachelet, Cyril Guei, Antoine Reinartz, scénographie et lumière Jan Versweyveld, costumes An D'Huys, son et musique Georges Dhauw

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

C'était à L'Odéon, Théâtre de l'Europe
Place de l'Odéon 75006 Paris
Reprise du 19 mai au 9 juin 2021


Crédit photo @Jan Versweyveld

dimanche 20 janvier 2019

ARCTIQUE - Odéon Théâtre de l'Europe

UN THRILLER BIEN TIÈDE
***



Cinq personnes se retrouvent sur un bateau, l'Arctic Serenity, 10 ans après que celui-ci ait été l'outil d'un acte terroriste écologique le jour de son inauguration. Ils ont répondu à une invitation mystérieuse. Le bateau quitte le port et rapidement les voilà en perdition sur la route du Groenland. Chacun d'eux a un rapport avec ce qui s'est passé 10 ans plus tôt. Les masques vont tomber sur leur tragique destin.

Anne-Cécile Vandalem avait abordé avec son précédent spectacle "Tristesses", la question de la montée des extrêmes. Avec "Arctique" c'est le réchauffement climatique qui est abordé. Un théâtre qui se veut donc engagé et politique, car comme le dit la dramaturge "Le théâtre est intrinsèquement politique, non seulement par qu'il réunit les gens, mais aussi parce que selon moi proposer de la poésie et de la fiction aujourd'hui, dans le monde qui est le nôtre, ne peut être considéré autrement que comme un geste politique". Un parti pris d'un théâtre qui veut interpeller en partant d'une question qui répond à une préoccupation personnelle de l'auteur.

"Arctique" se veut donc un thriller politique sur fond de réchauffement climatique et de dénonciation du capitalisme libéral. Tous les ingrédients sont là : la nuit arctique, l'invitation mystérieuse, l'identité secrète de certains personnages, le huis clos, l'ombre d'une manipulation. Sauf que l'histoire hésite entre thriller politique et parodie de film d'anticipation et d'horreur. Résultat : le récit policier prend le pas sur le récit politique et s'étire en longueur dans des dérives où le grotesque et l'humour potache le disputent au sérieux du sujet de base.

La mise en scène et le travail de Anne-Cécile Vandalem reposent beaucoup sur le fait de faire côtoyer théâtre et cinéma. L'imposant décor d'Arctique conçu par Ruimtevaarders, une salle de restaurant d'un paquebot de croisière, est démultiplié pour permettre aux coulisses de constituer d'autres espaces où se déroule l'action, filmée et projetée en direct. Un processus qui se multiplie dans le théâtre contemporain. Mais une fois de plus on regrette que le lien ne se fasse pas de façon fluide. L'écriture est très (trop) cinématographique. Couplée à l'utilisation des micros et au son particulier utilisé l'écran créé une distanciation avec le spectateur. On a du mal à compatir avec le sort de ces naufragés des glaces. Quant à leurs secrets ils nous apparaissent tellement rapidement lisibles qu'il ne nous captivent pas.

La faute n'en revient pas à la solide troupe de comédiens dont chacun campe parfaitement son personnage (journaliste, veuve faussement ingénue, chanteuse de jazz en mal de cachet, ancienne ministre incognito, ex-activiste écolo, fantôme du capitaine), mais bien à la construction, à l'écriture et à la mise en scène. Le récit traîne en longueur, le jeu est froid comme l'air polaire, le destin des populations inuites victimes des appétits d'ogre des compagnies minières est gommé par le burlesque de certaines scènes.

En bref : Une écriture trop cinématographique et une hésitation entre les genres transforment un propos politique d'actualité en tiède thriller politique. Malgré les qualités de la troupe la forme prend le pas sur le fond et l'intensité dramatique n'est pas au rendez-vous. On quitte la salle en restant sur sa faim, après avoir passé un bon moment, comme devant un téléfilm sur Netflix qui ne laissera pas un souvenir mémorable.

Arctique, de Anne-Cécile Vandalem, avec Frédéric Dailly, Guy Dermul, Eric Drabs, Véronique Dumont, Philippe Grand'Henry, Epona Guiçllaume, ZoéKovacs, Gianni Manente, Jean-Benoit Ugeux, Mélanie Zucconi, scénographie Ruimtevaarders, composition musicale Pierre Kissling, vidéo Frederico d'Ambrosion

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Odéon Théâtre de l'Europe - Ateliers Berthiers 75017 Paris
Du 18 janvier au 10 février 2019
Durée : 2h

Crédit photo @ ?
Vu Odéon - Ateliers Berthiers - Janvier 2019

dimanche 27 août 2017

SAIGON

FRESQUE SENTIMENTALE ET HISTORIQUE
**** 


SAIGON, ville mystérieuse. Caroline Guiela Nguyen nous emmène à la rencontre de deux époques, de deux peuples, à la croisée de l'Histoire et des destins individuels, dans une fresque sentimentale et historique. Émouvant.

MYSTÉRIEUSE INDOCHINE

De l'Indochine je ne connais finalement pas grand-chose. Il y a le très beau film de Régis Varnier avec Catherine Deneuve, "L'Amant" de Marguerite Duras, cet oncle qui avait "fait l'Indochine" mais jamais n'en parlait, comme une tache honteuse et indélébile sur sa vie, et ce pays exotique où se situent les racines d'une ex-collègue mais sur lequel elle aussi gardait un voile pudique. Parce que ce n'est pas non plus dans les manuels de mes cours d'histoire du lycée qu'il en était question. C'est avec tout cela en tête que j'abordais le spectacle de Caroline Guiela Nguyen. La metteuse en scène de 36 ans nous raconte deux pans de l'histoire : Saïgon 1956, la fin d'une époque, la route de l'exil pour certains, et Paris 1996, date d'un retour qui est enfin possible pour ces Viet Kieu. Entre-temps l'Indochine est devenue le Vietnam, Saïgon est devenue Ho Chi Min Ville, le napalm a imprimé d'autres images dans les esprits, mais là n'est pas le propos de la dramaturge franco-vietnamienne.

SAÏGON 1956 - PARIS 1996

Nous sommes dans le restaurant de Marie-Antoinette. Un restaurant vietnamien comme il en existe tant en France. La scène, un décor empreint de nostalgie, se prête avec réussite aux allers-retours entre ses deux dates, celle du départ et celle du retour, les confondant parfois dans un glissement très cinématographique. Marie-Antoinette (la délicieuse Anh Tran Nghia), la maîtresse des lieux à la joviale bonhomie accueille une clientèle fidèle. D'une époque à l'autre on retrouve les rires et les larmes, les jeunes et les vieux, les séparations et les retrouvailles, les drames du pays et les cassures individuelles. Comédiens français et vietnamiens se côtoient dans ces deux univers temporels. Il y a des chants nostalgiques, des non-dits, des éclats de voix, et beaucoup de solitude et de tristesse retenue.

"Car c'est ainsi que se racontent les histoires au Vietnam, avec beaucoup de larmes"


AU PLUS PROFOND DE L'INTIME

Au travers ces tranches de vie de Viet Kieu (Vietnamiens de l'étranger) Caroline Guiela Nguyen livre avec beaucoup de pudeur les douleurs héritées de l'Histoire, celle de l'exil forcé, des difficultés à être accepté dans ce Paris du XIIIe arrondissement, de la violence faite aux générations métisses par leur pays d'accueil ou par le silence des aînés, de l'espoir d'un retour, du temps perdu que l'on ne rattrape plus. Des émotions authentiques fruit des récits recueillis par la dramaturge à Ho Chi Min Ville et à Paris.

La metteuse en scène ne s'attarde pas sur la fin du colonialisme. Ce qui l’intéresse c'est l'humain, l'âme et le cœur de ces oubliés de l'Histoire. Comme le ressenti d'Antoine (Pierric Plathier), fils d'une vietnamienne et d'un français, parti enfant de Saïgon et qui ne parle pas la langue de sa mère que cette dernière n'a pas voulu lui apprendre. De la difficulté de la transmission lorsque le souvenir du pays est trop douloureux. Les comédiens des deux nationalités sont empreints de cette douleur pudique et intériorisée, de cette nostalgie qui dévore de l'intérieur. Leur justesse de jeu nous touche au cœur. On touche à l'âme d'un peuple docile, pudique, blessé, qui ne s'épanche par sur ses états d'âme et n'étale pas ses sentiments. Antoine est l'image de la croisée de ces cultures : incompris de l'une comme de l'autre, seul avec le vide que l'Histoire a créé dans les vies de ces êtres déracinés, fantômes émouvants d'une époque révolue. Le récit s'étire, parfois un peu trop, et on regrette parfois que les personnalités ne soient pas toutes plus approfondies, mais on repart ému à défaut d'être bouleversé, avec en soi un fragment de cette tragédie franco-vietnamienne.

En bref : une fresque historique toute en pudeur, marquée par une forte nostalgie et une émotion contenue. Entre rires et larmes un pan d'histoire et des tranches de vie émouvantes qui nous plongent au cœur de l'âme d'un peuple blessé, écartelé entre deux cultures. Un très beau moment de théâtre qui tire peut-être trop sur le sentimentalisme ou le mélodrame pour en faire un spectacle complètement bouleversant.

Saïgon de Caroline Guiela Nguyen, avec Caroline Arrouas, Dan Artus, Adeline Guillot, Thi Truc Ly Huyng, Hoang Son Lé, Phù Hau Nguyen, My Chau Nguyen thi, Pierric Plathier, Thi Thanh Thu To, Anh Tran Nghia, Hiep Tran Nghuia

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Odéon - Ateliers Berthier
Boulevard Berthier 75017 Paris
Du 12 janvier au 10 février 2018
Durée 3h45 y compris entracte
Spectacle en français et vietnamien surtitré en français



Vu au Festival d'Avignon - Gymnase du Lycée Aubanel - Juillet 2017

Crédit photo @Christophe Raynaud de Lage
Crédit Vidéo @Ronan 

jeudi 29 juin 2017

LE RADEAU DE LA MEDUSE

UN RADEAU TRÈS ACADÉMIQUE

***



Pour le spectacle de la promotion 2016 de l'ENS Thomas JOLLY a choisi un texte peu connu relatant la dérive de 13 enfants en 1940. Un texte sombre mis en scène avec beaucoup, trop, de théâtralité et qui peine à émouvoir.

DES ENFANTS DANS LA GUERRE

Septembre 1940. Pour protéger leurs enfants les anglais envoient leurs enfants par bateau vers le Canada pour les mettre à l'abri des bombes allemandes. L'un de ces bateaux est abattu par une torpille allemande. Quelques enfants parviennent à survivre sur des canots de sauvetage. Le texte de Georg Kaiser raconte les 7 jours de dérive de 13 de ces enfants, comment 11 furent sauvés et pourquoi les deux autres ne le furent pas.

Le récit historique nous parle du drame vécu par de jeunes enfants dont les plus vieux avaient une douzaine d'années. Alors que leurs parents faisaient le sacrifice de les voir partir pour les éloigner de la fureur des hommes, les enfants se retrouvent abandonnés à eux-mêmes dans des circonstances dramatiques. A bord de ce canot c'est l'humanité dans toute sa cruauté qui est résumée par l'écrivain allemand expressionniste.

Seuls sur cette embarcation fragile ils vont devoir gérer la situation pour espérer être sauvés. Si on peut penser que les conditions de vie dans une ville bombardée les ont déjà un peu endurcis, ce sont toujours des enfants. Confrontés à la survie ces garçons et ces filles pas encore sortis de l'enfance vont devoir réagir en adulte. C'est le parti pris de la mise en scène de Thomas JOLLY. À l'exception du plus jeune, surnommé Petit Renard par ses compagnons d'infortune, tous oublient qu'ils n'ont que 10 à 12 ans pour immédiatement reproduire les schémas des adultes : organiser la sécurité, le rationnement des maigres provisions, de l'eau. Très vite l'influence de la religion envahit le canot et le spectre de la cène va polluer les relations. Anne et Alan se distinguent des autres, tels Adam et Ève et le couple originel soumis à la tentation du mal. Victimes d'un coup de foudre réciproque ils s'affrontent sur le plan des idées. Anne est envahie par la peur du chiffre 13. Alan la contrecarre par son humanité. Au prix d'un stratagème qui fera des autres enfants ses complices Anne finira par faire valoir son point de vue, faisant de Petit Renard, l'enfant roux différent, le bouc émissaire et la victime expiatoire.

C'est une vision très sombre de l'humanité que nous donne Kaiser. Pour lui l'enfant n'est pas l'espoir ni l'avenir de l'humanité. Mis en situation de survie il se conduit comme les adultes, devient manipulateur, orgueilleux. Aucun salut ni aucune rédemption ne semble possible. C'est l'acceptation du pire ou la mort. Il faut se souvenir que Kaiser écrivit son livre entre 1940 et 1943 alors qu'il était en exil et que ses livres étaient interdits.


LA MARQUE JOLLY

On retrouve dans la scénographie la patte Thomas Jolly : l'ambiance sombre du jour finissant, de la nuit ou du brouillard (il n'a donc jamais fait jour ni soleil pendant ces 7 jours de dérive ?), les faisceaux lumineux qui zèbrent le ciel, renforçant le dramatique de la situation. La mise en scène évite habilement  l'écueil de la vision statique du canot dérivant. Seul élément de décor le canot est sans cesse en mouvement sans être ballotté pour ne pas donner au spectateur le mal de mer. Il se présente sous différents angles à l’œil du spectateur, permettant de jolies images et des plans très cinématographiques.

Mais le parti pris de direction d'acteur ne permet pas d'assurer l'adhésion du public comme en attestent les applaudissements longs à se déclencher et globalement en retenue. Thomas JOLLY ne voulait pas que ses acteurs jouent a faire l'enfant. A trop vouloir les laisser être eux mêmes, c'est-à-dire des jeunes adultes, on perd la dimension de l'enfance et de l’adolescence. Seule la très belle scène du mariage permet d'imaginer un groupe de gamins jouant aux adultes pour passer le temps tout en rigolant. Jusqu'à ce que l'on comprenne ce que cachait cette mise en scène.

On aurait pu penser que s'agissant d'un spectacle de fin de formation il pourrait donner l'occasion à chacun des jeunes comédiens de se mettre en valeur. C'est l'esprit de groupe qui globalement est retenu. Derrière les visages grimés de blanc et de gris seuls quelques individualités ressortent. La voix d'Anna se fait théâtrale et manque d’émotion, crie plus qu'elle ne parle. Alan s'en tire mieux avec un jeu un peu plus naturel. Les autres personnages sont très secondaires. Dommage, on aurait souhaité avoir plus d’éléments pour pouvoir juger du potentiel de ces étudiants.

Il faudrait voir dans ce radeau une symbolique de la problématique actuelle des migrants. J'y vois surtout une dénonciation de l'obscurantisme des religions, une condamnation de pratiques sectaires, une absence de foi dans l'humanité.

Le Radeau de la Méduse, de Georg Kaiser, mis en scène par Thomas Jolly, avec Youssouf Abi-Ayad, Eléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet, Romain Darrieur, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise, Blanche Ripoche, Adrien Serre

En bref : un radeau sombre, d'une grande esthétique visuelle, porté par des comédiens prometteurs mais au jeu un peu trop académique pour susciter l'émotion.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Odéon - Ateliers Berthier Paris 17e
du 15 au 30 juin 2017

Crédit photo @Jean-Louis Fernandez
Vu juin 2017 - Odéon Paris

lundi 16 mai 2016

GLAPARTY OPUS 7 A L'ODEON

LA GLAPARTY S'INVITE A L'ODEON
9 Mai 2016



En ce 9 mai, journée de l'Europe, quel meilleur lieu que L'Odéon, Théatre de l'Europe, pour le 7ème opus de la Gladparty, la rencontre des passionnés de Théâtre (comédien-ne-s, auteur-e-s, metteurs en scène, spectateurs/trices, journalistes, blogueurs/blogueuses).

Une centaine de chanceux ont pu décrocher leur billet pour une soirée placée sous le signe de la passion et de la convivialité, animée et le sourire de son initiatrice, Gladys, que tous connaissent sous le pseudo de @Gladscope sur twitter et sur son blog, et de l'équipe du Théâtre de l'Odéon : Fanny Gauthier, en charge du développement des publics et des réseaux sociaux, Ronan, actuellement associé à la communication sur les activités des Bibliothèques de l'Odéon, et Claire Bonnot.

Au programme de la soirée échanges sur les spectacles du moment, dont le PHEDRE(s) mis en scène par Krzysztof  WARLIKOWSKI à l'affiche jusqu'au 13 mai (qui divise la critique professionnelle tout autant que la blogosphère / twitosphère théâtreux), mais surtout bonne humeur sur la terrasse où autour du buffet bien rempli, et visite privée du théâtre.


Un peu d'histoire : c'est en 1782 que le lieu fut inauguré par la Reine Marie-Antoinette sous le nom de Théâtre Français. Car à l'origine il était destiné à accueillir les Comédiens Français. Mais la Révolution en décida autrement et c'est à la Comédie Française qu'ils s'établirent (faut-il y voir le signe d'une future Gladparty en ces lieux ?). Mais revenons à ce beau théâtre à l'Italienne, deux fois détruit par un incendie, deux fois reconstruit. Ici on venait pour être vu avant que de voir nous rappelle Claire avant de nous livrer quelques unes des centaines d’anecdotes qu'elle détient sur la longue et prestigieuse histoire de ce joyau de notre patrimoine (oui je ne lésine pas sur les superlatifs mais ce théâtre est vraiment l'un des cadres dans lesquels je me sens le mieux à Paris). Et que dire de cette vue sur la salle depuis la scène. Impressionnant de monter sur ces planches, au milieu du décor de PHEDRE(s). Presque vertigineux.

Ainsi apprenons-nous ou nous souvenons nous pourquoi les espaces des spectateurs s'appellent la corbeille ou la baignoire. Le premier, parce que depuis les étages supérieurs (baignoire, paradis ou poulailler les spectateurs lançaient toute sorte de choses, du billet doux aux reliefs de repas, le second parce qu'on ne voyait que le buste et le décolleté de leurs occupants. Combien de secrets se sont échangés sous le magnifique plafond de André MASSON : le cœur d’Apollon emmené par les arts. Saurez-vous trouver le coeur ?



Plongeons un peu dans l'envers du décor. Un autre regard vers le haut depuis la scène: double effet de vertige. Au-dessus de nous 21m de cintres. Des dizaines de câbles, de barres, de cordes (ah non c'est vrai, c'est un mot interdit), de spots. Tout un ensemble de mécanisme permettant d'escamoter une partie du décor. En haut, en bas, sur les côtés : l'espace est impressionnant. De quoi camoufler les décors, une voiture, des singes, des sièges, un plateau amovible, des chevaux ou un éléphant (certains metteurs en scène n'ont peur de rien). Et si l'électronique et l'informatique on un rôle de plus en plus important dans les scénographies et dans les mises en lumière, il faut encore parfois faire appel à des techniques plus mécaniques, telles une roue digne des de plus grands voiliers qui permet de manœuvrer les dispositifs. Et tout ce langage de marins pour rappeler qu'ils étaient aux manettes il y a bien longtemps.



Le plancher n'est pas en reste avec ses dalles à la fois amovibles et étanches. 

Un univers qui restera mystérieux et magique, s'animant différemment pour chaque spectacle. Déjà les camions se préparent à emporter en tournées les décors de PHEDRE(s), conçus dans les ateliers  du Théâtre de l'Odéon.


Quand à nous, invités privilégiés d'une soirée, nous retournons à nos discussions animés, au plaisir de rencontrer de nouveaux visages jusqu'alors côtoyés uniquement sur les réseaux sociaux. Comme à chaque fois la soirée s'est terminée beaucoup trop tôt à notre goût. C'est le cœur emplit de cette chaleur humaine et de cette passion partagée que nous avons mis fin à notre fraternelle occupation, frustrés de n'avoir pu parler à tout le monde, impatients de se retrouver au cours d'un prochain spectacle, ici ou ailleurs, et d'échanger à nouveau nos coups de coeur et nos frustrations sur les réseaux sociaux ou autour d'un verre.

Au fait, c'est quand la prochaine Gladparty ?

Encore un immense merci à Gladys, Severin, Kim, Deb, Mel et aux équipe de l'Odéon pour cette organisation parfaite et pour cette si belle soirée.

Rendez-vous mardi 17 mai pour la présentation de la saison 2016-2017, la première sous la direction de Stéphane BRAUNSCHWEIG, nommé suite à la disparition de Luc BONDY. Une saison qui s'annonce très belle, avec, entre autres 
- 2666, spectacle fleuve de Julien GOSSELIN, 
- un Don Juan mis en scène par Jean-François SIVADIER, 
- la reprise du spectacle de LUPA qui a bouleversé Avignon en 2015 Des arbres à abattre
- le retour de Richard III, mais celui de Thomas OSTERMEIER, 
- l'adaptation de Fontainehead par Ivo VAN HOVE, 
- la reprise du saisissant Vu du Pont du même metteur en scène, 
- un Hotel Feydeau vu par Georges LAVAUDANT, 
- Bulle Ogier dans l'adaptation de l'Amour Impossible de Christine ANGOT, 
- le Radeau de la Méduse mis en scène par Thomas JOLLY 
- la première mise en scène de Stéphane BRAUNSCHWEIG dans sa nouvelle maison avec Soudain l'été dernier de Tennesse Williams.

Et d'autre surprises 


jeudi 28 janvier 2016

RICHARD III - THOMAS JOLLY

L'ANGE PUNK NOIR OU BLANC DE LA TERREUR
****


I'M A DOG I'M A TOAD I'M A HEDGEHOG, I'M A MONSTER

A la fin de cet Henry VI de légende dont Thomas JOLLY nous a fait cadeau tout au long de la saison 2014/2015, un ange noir dressait sa sombre silhouette, celle du sinistre Richard.

Dès la première scène de RICHARD III il surgit des entrailles de la scène ou de la terre tel l'ange de la terreur. Rebut de l'humanité, être imparfait qui se venge de l'affront que lui a fait la nature. Ne nous y trompons pas : c'est une tragédie que nous présente Shakespeare avec RICHARD III. Le destin sombre d'un enfant rejeté de tous à cause de sa difformité, avide de pouvoir pour écraser ceux qui toute sa vie l'ont méprisé, rejeté, ignoré.

OMBRES ET LUMIERES

La scénographie surprend ceux qui on vu Henri VI peut-être parce qu'elle en prend le contre-pied. Richard III est un personnage sombre. La scène est noire, souvent vide de décors si ce n'est les échafaudages / praticables que l'on avait vus dans Henri VI et moins nombreux ici.

Moins imaginative la mise en scène ? Mais n'est-ce par pour la double raison que Henri VI était une surprise flamboyante que personne n'attendait là où Richard III est attendu au tournant par tous et parce que cette suite étant moins connue que le premier volet il y a aussi moins de points de comparaison. Entendons-nous bien, il n'est pas question de dire qu'une version précédente dans une autre mise en scène serait la seule et unique légitime. Elles sont différentes. Ainsi cet été à Avignon OSTERMEIER et Lars EIDINGER nous présentaient une version abrégée et un Richard III aigri. Celui de Thomas JOLLY est encore plus machiavélique et manipulateur, tel le Franck Underwood de House of Cards. Ainsi lorsqu'il prend la reine Anne dans sa toile d'araignée de lumière pour obtenir de la veuve de son frère qu'elle persuade sa fille d'épouse le meurtrier de son père (c'est clair non, c'est du Shakespeare !).

La mise en scène reste rythmée même si quelques changements de décors sur la fin de la première partie (avancée et recul latéral des rideaux) alourdissent la scène.

Il faut quand même avoir l'honnêteté de reconnaître quelques trouvailles de mise en scène qui ont souvent pour effet d'introduire une touche d'humour et de décontraction dans un texte pas toujours facile. Et c'est là qu'une fois de plus Thomas JOLLY réussit son pari. Dans un texte qui semble peu expurgé (4h30) la sobriété du décor fait place au texte et le rend audible (à l'exception de quelques effets sonores dramatiques qui en forçant sur les basses se superposent à la voix des comédiens). 

Face à un public parisien très critique et très demandeur l'aspect punk rock de la fin de la première partie, le couronnement du roi, ne fonctionne pas et le public de  l'Odéon ne rentre pas dans le jeu que le jeune dramaturge veut lui imposer. Dommage.

QUAND GAGNE L'EMOTION

La deuxième partie gagne en intensité dramatique. Oubliant les effets comiques elle permet aux personnages et notamment au rôle titre de prendre de l'ampleur. Les victimes passées réapparaissent. Sous forme de tableau officiel de famille, tels des anges protecteurs ou des menaces cauchemardesques pour faire trembler les armées. Sans oublier l'émotion avec une émouvante scène où les trois reines pleurent leurs maris, leurs enfants, chacune abordant son chagrin à sa manière mais dans une certaine communion. Ainsi la prenante mise en scène de la veille de la bataille avec les fantômes de ses victimes qui encouragent Brighton et se transforment en cauchemar pour Richard.

Entre ombre et lumière, telle l'âme torturée de Richard, les lumières sculptent l'espace. Jets lasers que se font portes, toile d'araignée, murs de prison. Blanches, rouges, omniprésentes et en mouvements subtils. Appuyées par le son digne d'un jeu vidéo ou d'un concert punk rock, ou semblant sorties d'un sabre laser d'un jedi.

Car cela reste la grande force de Thomas JOLLY : réunir un texte classique et ardu avec une mise en scène moderne qui séduit les foules, y compris les plus jeunes. "Populiste" l'ont qualifié certains, avec tout ce que cela a de péjoratif. Je réponds "populaire" et "moderne", une qualité, une énergie qui fait venir un public jeune dans les salles de théâtre, qui fait qu'ils ne seront pas dégoûtés mais séduits et qu'ils reviendront, avec encore plus d'exigence. Il se forgeront leur histoire, leur goût, leur propre relation au théâtre, mieux certainement qu'avec d'autres metteurs en scène plus élitiste et donc plus restrictifs.

Merci Monsieur Thomas JOLLY pour votre folie, votre énergie, votre jeunesse, votre fougue, votre créativité, votre parcours qui sort des sentiers battus et qui secoue un théâtre parfois trop établi. Bravo pour le magnifique et enthousiasmant travail de  votre troupe, la Picola Familia. Bravo pour votre générosité, pour votre envie de partager ces aventures avec votre public.

En bref : prenant le contre-pied de Henri VI Thomas JOLLY nous offre une version punk-rock de Richard III, enfant tourmenté qui prend sa vengeance sur la nature et sur les hommes. Un spectacle flamboyant par la qualité de son interprétation et une esthétique éblouissante.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Odéon Théâtre de l'Europe
Place de l'Odéon - Paris
Jusqu'au 13 février 2016 - 19h
Durée : 4h30 (mais on ne les voit pas passer)




mercredi 21 octobre 2015

VU DU PONT

SUBLIME TRAGÉDIE

*****


ÉNIGMATIQUE CUBE NOIR

Un public disposé en "U" autour d'un haut cube noir que ne laisse rien paraître de la scène sur laquelle vas se dérouler l'action. Alors que les ouvreurs ont fini d'installer le public, que la lumière ne s'est pas encore faite silence, la salle s'immobilise, se fige, se fait attente, comme déjà tendue vers le drame auquel elle est venue assister, une présence spectatrice qui surplombe la mystérieuse scène, comme si chacun regardait depuis la balustrade d'un pont ce qui se passe en bas sur le quai.

Le bloc noir et rectangulaire se lève sur deux dockers qui prennent leur douche. Sorti du public un homme  va nous conter cette histoire. Celle d'un homme qui ne croyait pas avoir de destin. Eddie Carbone n'est rien de plus qu'un émigré, un ouvrier, un homme banal, installé depuis plus de 20 ans dans ce pays, le long de ces docks de New York qui, bon an mal an, lui permettent de nourrir Béatrice, la femme qu'il a épousé, et Catherine, la nièce orpheline de cette dernière, qu'il a élevé comme sa fille. Cathy, ce rayon de soleil, cette boule de vie et d'énergie qu'il n'a pas vue grandir, cette madone innocente qu'il aime plus que tout, plus que sa vie, d'un amour paternel si exclusif qu'il en devient suspect. Et lorsque arrivent les deux cousins de Béatrice, migrants d'une nouvelle génération, Eddie rencontrera son destin en refusant de laisser partir cette enfant qu'il chérit plus que de raisonnable.

UNE DRAMATURGIE PAROXYSTIQUE

Dès les premières secondes Ivo Van Hove installe le climat dramatique qui ne va pas lâcher le spectateur pendant tout le spectacleµ. Un décor épuré : un sol blanc, immaculé, étincelant, vierge, pur. Une ouverture au font, limite entre l'intérieur et l'extérieur de la maison d'Eddie, qui permet de montrer l'un ou l'autre de manière indifférenciée. Le bloc sous lequel couvait le drame se referme lorsque celui-ci a pris corps, renvoyant les protagonistes à leurs combats intérieurs, laissant le spectateur étourdi par l'intensité de la dramaturgie portée à son paroxysme dans un final saisissant. La musique est omniprésente. Souvent fond sonore discret mais constant elle se fait grandiose et liturgique avec le requiem de Fauté et participe à installer le tragique de ces destins, implacable, irrésistible, définitif.

MIGRANTS D'UN AUTRE MONDE, D'UNE AUTRE EPOQUE, ET POURTANT UNIVERSELS

En gommant ou lissant tout ce qui figerait trop dans le temps et l'espace le texte d'Arthur Miller (écrit en 1955), en choisissant un décor épuré à l’extrême, Ivo Van Hove donne toute son universalité à cette histoire de migrant, d'amour, de sacrifice, d'honneur, de quête de liberté et d'émancipation. Charles BERLING est un Eddie tourmenté, torturé, rongé de l'intérieur par l'amour filial excessif qu'il a pour Catherine, cette nièce qu'il a élevé comme sa fille. Il est un être pur malmené par ses émotions. Se dressant comme un pont entre les deux mondes il est incapable de rationalité et, entraîné par son destin, va devenir impur et transgresser la loi des siens, se faire traître à tous dans son désir aveugle de faire malgré elle le bonheur de la jeune fille. Caroline PROUST fait de Béatrice le symbole de ces femmes ulcérées de la violence des hommes, la mère conciliatrice, la femme amoureuse qui se bat mais reste impuissante à infléchir le cours du destin. Une femme intègre, fidèle, qui souffre et s'oublie pour le bonheur des siens, image de tempérance en constante recherche d'un équilibre précaire. Pauline CHEVILLER est une lumineuse Cathy. Elle irradie la scène et le public de sa jeunesse, de sa beauté, de l'optimiste et de l'innocence de son personnage, sublime comme une madone sacrifiée sur l'autel de l'amour écrasant de ce père. Elle est bouleversante de justesse

Le Rodolfo de Nicolas AVINEE est jeune, ivre de cette ville symbole de liberté qui s'offre à lui aidé par l'innocence et l'enthousiasme de Cathy. Comment ne pas aimer ce papillon virevoltant illuminé de sa pureté. Respectueux des traditions et des anciens il est un migrant qui choisit la vie et l'avenir, tournant à jamais le dos au passé qu'il a quitté. Il est l'intrus qui va catalyser les espoirs et les frustrations des uns et des autres, en opposition avec son frère Marco (Laurent PAPOT). Ce dernier n'est que douleur de l'éloignement, hanté par une femme qui l'attend dans ce pays si pauvre qu'il rend les enfants malades et pousse les père à trouver la voie d'un (im)possible et (in)certain bonheur ailleurs. Quand à Alain FROMAGER il est l'avocat narrateur de cette tragédie. Lui aussi est impuissant à interagir et modifier ce qu'il pressent comme inéluctable, impeccable de justesse, de douleur, d'empathie. C'est un homme de loi, partisan de la transaction et des concessions. Pierre BERRIAU, l'ami Louis et Frédéric BORIE, le policier, complètent cette distribution parfaite. Et si ce soir-là le jeu de Charles BERLING n'a pas toujours sonné juste, c'est du grand théâtre, saisissant, bouleversant, qui nous a été donné. Avec un final grandiose qui voit ces hommes et ces femmes unis et indissociables jusqu'au bout de cette lutte entre la loi des hommes et l'honneur des familles, jusqu'au drame inéluctable : "ce qui est arrivé, on l'a tous fait". Drame universel de l'amour, de la fragilité d'une humanité qui s'accroche aux valeurs importées d'une nation d'origine dans un monde qui peut être si différent et si dur.

En bref : une vie banale qui bascule, des destins tragiques, la quête de la liberté, de l'émancipation. Une tragédie humaine, une humanité tragique, portée à son paroxysme par une mise en scène saisissante et des comédiens sublimés. Du grand, du beau théâtre.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Reprise du 4 janvier au 4 février 2017
Boulevard Berthier
Du 10 octobre au 21 novembre 2015 - 20h - Durée : 1h55


Vu octobre 2015 - Odéon / Ateliers Berthier

mardi 8 septembre 2015

RENTRÉE THÉÂTRES PARISIENS SEPTEMBRE 2015 - THÉÂTRE PUBLIC

SÉLECTION SAISON 2015-2016
THÉÂTRE PUBLIC


Au fond je ne suis pas favorable à cette distinction Théâtre Privé / Théâtre Public. Mais pour que ma sélection de rentrée théâtrale ne soit pas trop longue je l'ai scindée en deux, comme l'année dernière, et retenir ce critère me semblait sinon le plus logique tout du moins le plus facile.

COMÉDIE FRANÇAISE

Pour sa première saison en tant qu'administrateur de la maison de Molière Eric RUF présente un mélange d'audace (pas assez pour certains) et de traditions, de continuité et d'innovations. Ainsi nous retrouverons les "Ecole d'Acteur" et les Cabarets, avec un hommage à Léo FERRE. Parmi les nouveautés "Le grenier des acteurs" où dans un espace intimiste des membres de la troupe confieront au public leurs livres de chevet,  et les "Journée particulières" pour remonter le temps dans le répertoire du Français.

Parmi les reprises je note 
- LE MISANTHROPE et sa mise en scène mélancolique de Clément Hervieu-Léger, 
- LA MAISON DE BERNARDA ALBA, grande réussite de la saison dernière pour la mes de Lilo BAUR, 
- le CYRANO DE BERGERAC de Denis Podalydes, 
- LE CHAPEAU DE PAILLE D'ITALIE qui n'en finit pas de réjouir les spectateurs de la Salle Richelieu

Les créations les plus attendues : 
- LE PÈRE d'Auguste Strindberg mis en scène par Arnaud DESPLECHIN, 
- 20.000 LIEUES SOUS LE MERS vu par Christian HECQ et Valérie LESORT, 
- LES RUSTRES de Goldoni par Jean-Louis BENOIT, 
- BRITANNICUS sous la coupe de Stéphane BRAUSCHWEIG et 
- ROMEO & JULIETTE mis en scène par Eric RUF. 

Une Comédie Française au site internet relooké mais qui reste fidèle à sa tradition.


THÉÂTRE NATIONAL DE CHAILLOT


 Au Théâtre National de Chaillot la saison 2015-2016 est très orientée "danse", peut-être encore plus que les saisons précédentes. On pourra notamment y retrouver RETOUR A BERRATHAM, création du Festival d'Avignon 2015 par Angelin PREJLOCAJ sur un texte de Laurent MAUVIGNIER. Le théâtre rendra hommage au chorégraphe le 10 octobre au cours d'une soirée spéciale pour les 30 ans de sa compagnie. Autre spectacle marquant du Festival d'Avignon, mais en 2014, KVS et les ballets C de la B présentent COUP FATAL, spectacle coup de poing et hymne à la vie mais aussi EN AVANT MARCHE, une fanfare qui pourrait réserver des surprises. Anne NGUYEN et la Compagnie par Terre m'a séduite avec AUTARCIE qui prend le hip-hip pour une formidable terrain de création. Introduction idéale à l'OPUS 14 de Kader ATTOU, créé pour la dernière biennale de Lyon. Les démonstrations de la soirée de présentation de saison m'ont fait très envie. 

Coté théâtre on retrouvera REPETITION de Pascal RAMBERT, une réflexion sur la création portée par Emmanuelle BEART, Audrey BONNET et Denis PODALYDES. Un duo étonnant formé par Brigitte SETH et Roser MONTLLO GUBERNA, plein d'un humour lucide met à nu la dramaturgie des émotions dans COÛTE QUE COÛTE d'Elisabeth GONCALVES. Mais mes deux grands moment de théâtre en ce lieu seront certainement KINGS OF WAR, ou Shakespeare vu par Ivo van HOVE, une épopée de 4h30 d'après Henry V, Henri VI et Richard III, puis LE DERNIER JOUR DE SA VIE, trois pièce d'après SOPHOCLE revisitées par la sensibilité de Wajdi MOUAWAD (sensibilité et poésie à laquelle je me suis convertie la saison dernière).

Et si j'avais le temps je signerai pour SUNG-SOO AHN sur Pick Up Group ou l'un des spectacles présentés dans le cadre d'une collaboration avec les plus belles scènes et compagnies de Corée, ainsi que pour le ASA NISI MASA de José MONTALVO


THÉÂTRE DE LA VILLE






Avant de fermer pour 2 ans pour travaux a la fin de la saison 2016 Le Théâtre de la Ville nous promet cette année encore de grands moments parmi lesquels je retiens plus particulièrement les 6 spectacles suivants, créations ou reprises :


- 887 de Robert LEPAGE. Un solo sur la mémoire et ses mécanismes. Un travail intégrant les hautes technologies. 887 c'est le numéro du lieu de son enfance à partir duquel il "interroge le souvenir intime et commun".
- CELUI QUI TOMBE, programmé hors les murs au Montfort. La compagnie Yoann BOURGEOIS dans un spectacle où  6 acrobates intrépides sont embarqués sur une plateforme qui tangue et tournoie. Voilà qui promet du spectaculaire
- ALICE ET AUTRES MERVEILLES : un texte de Fabrice MELQUIOT mis en scène par Emmanuel DEMARCY-MOTA. De retrouvailles qui s'annoncent féériques.
- LES LIAISONS DANGEREUSES. Dans cette adaptation du texte de Choderlos de LACLOS Christine LETAILLEUR mes en scène Dominique BLANC et Vincent PEREZ. Un duo choc pour cette relation entre séduction et de rivalité.
- UND : le premier rôle au théâtre de Nathalie DESSAY a séduit de façon unanime le public et la critique. Un choc pour certains. Et déjà inmanquable
- 6 PERSONNAGES EN QUÊTE D'AUTEUR : reprise du texte de Pirandello qui fait le succès du Théâtre de la Ville depuis plusieurs saisons (et que je n'ai toujours pas vu)


THÉÂTRE DU CHÂTELET

Tout comme le Théâtre de la Ville d'importants travaux sont prévus au Théâtre du Châtelet d'ici fin 2016. Pour la saison 2015/2016, de grands moments musicaux et de l'humour s'annoncent dont le nouveau spectacle de Valérie LEMERCIER qui occupera la scène tout le mois d'octobre et qui jouera certainement à guichet fermé. La voix chaude de MAURANNE lui succédera avant les adieux à la scène de Juliette GRECO. 

Côté comédies musicales ce sera la reprise du magnifique SINGIN' IN THE RAIN que j'ai adoré la saison dernière. On attend avec impatience KISS ME KATE, la comédie musicale par excellence sur les péripéties d'un metteur en scène qui recrute son ex-femme au tempérament énergique pour jouer le rôle titre de La Mégère Apprivoisée. Et de ce côté-ci aussi de la place du Châtelet on intéressera à l'oeuvre de Lewis CARROLL avec wonder.land, un nouveau musical rock qui s'inspire des aventures d'Alice, pour un public intergénérationnel.


ODÉON - THÉÂTRE DE L'EUROPE



Odéon-Théâtre de l'EuropeLa plus belle présentation de saison (la plus festive) pour un contenu dans lequel il est cruel de devoir choisir. Et pourtant ! Côté reprises une nouvelle chance de tomber sous le charme de Micha LESCOT, romantique et ténébreux IVANOV entouré d'une troupe harmonieuse dont la lumineuse Marina HAND, et une autre de (re)découvrir la capacité de Joël POMMERAT à ré-écrire les contes de notre enfance avec PINOCCHIO. Côté créations, on ne sait où donner de la tête. Je retiens plus particulièrement

- VU DU PONT d'Arthur Miller mis en scène par Ivo Van Hove avec Charles BERLING et Caroline PROUST, ou le mythe du paradis perdu transposé dans le New York prolétaire des années 50
- RICHARD III : après la (si agréable) folie "Henri VI" on ne peut que se réjouir de voir tout de suite la manière dont Thomas JOLLY va mettre en scène la suite de l'oeuvre de William SHAKESPEARE
- OTHELLO vu par Luc BONDY réunissant à nouveau Micha LESCOT (Iago) et Marina HAND (Desdémonde) ainsi que Philippe TORRETON qui sera le Maure de Venise
- PHEDRES, ou quand Krzysztof WARLIKOWSKI met en scène Isabelle HUPERT pour une Phèdre multiplie inspirée de Sarah Kane, d'Euripide, de Sénèque et de JM Coetzee
- LA MOUETTE : parce qu'après avoir été éblouie par le RICHARD III de Thomas OSTERMEIER à Avignon j'ai envie de découvrir sa vision de l'oeuvre de TCHEKHOV
- LES PALMIERS SAUVAGES, deuxième création de la saison pour l'Odéon par Séverine CHAVRIER qui adapte le texte de William FAULKNER (spectacle déconseillé aux moins de 16 ans)

Mais ne me sens pas encore prête pour le travail de Roméo CASTELLUCI pour ORESTIE ni pour celui d'Angelica LIDDELL et son PRIMERA CARTA DE SAN PABLO A LOS CORINTIOS. L'année prochaine peut-être ! 


THÉÂTRE DU ROND POINT



La saison commence très fort avec le très attendu DEMONS de Lars NOREN, mes Marcial Di Fonzo Bo, avec, entre autres, Romain DURIS et Marina FOIS, Gaspard ULLIEL, Anaïs DESMOUTIER. Un couple torturé face à un couple fragile. Un humour abrasif. Une distribution alléchante. Dans le même temps Claude Vanessa met en scène CIEL MON PLACARD de Nicole GENOVESE, un enchaînement de quiproquo, de courses poursuites, de catastrophes, sur le ton du boulevard, du cabaret, du café-théâtre etc. L'hommage au théâtre d'une autrice biberonnée à "Au théâtre ce soir". En octobre le grand et talentueux Jacques GAMBLIN reviendra nous faire rêver avec CE QUE LE DJAZZ FAIT A MA JAMBE. Après "Tout est normal mon cœur scintille" on est impatient de découvrir ce nouveau spectacle hors genre. Nicolas BOUCHARD sera également de retour, dans le cadre du Festival d'Automne, avec LE MÉRIDIEN, mise en lumière des textes de Paul CELAN considéré comme l'un des plus grands poètes européens. Le mois de Noël ramène les scintillements dans les yeux grâce à Victoria CHAPLIN et Jean-Baptiste THIERREE et leur CIRQUE INVISIBLE par lequel ils prouveront à nouveau que "les artistes peuvent peindre un monde en couleurs". Pour passer le cap du Nouvel An quoi de mieux que BIGRE, MELO BURLESQUE de et avec Pierre GUILLOIS qui permettra de retrouver le génial Olivier MARTIN-SALVAN. Et comment ne pas citer PAR-DELA LES MARRONNIERS, revu(e), mis en scène par Jean-Michel RIBES pour illustrer l'oeuvre de trois dandy poètes du début du 20ème siècle, ou SANS ELASTIQUE - Very Important Performances, festival qui pendant 2 semaines en avril réunira des auteurs, des créateurs, des conférenciers pour des formats hors tout et un maximum de prises de risques, avec, entre autres, Jos HOUBEN, Olivier MARTIN-SALVAN, Camille BOITEL, NORMAN, ou encore SUR LES CENDRES EN AVANT de Pierre NOTTE. Et pour finir la saison 3 reprises et autant de possibilités de séances de rattrapage pour CHAPITRES DE LA CHUTE ou la Saga des Lehman Brothers, fresque et feuilleton haletant pour revenir sur la crise financière ; RENDEZ-VOUS EN GARE DE L'EST avec Emilie INCERTI FORMENTINI, spectacle choc de la fin de saison dernière, théâtre documentaire, récit d'une vie de femme maniaco-dépressive ; FAIR-PLAY, où Patrice THIBAUD s’intéresse à l'acier du mental des sportifs. Mais quand c'est un clown - mime qui s'y colle on ne peut que s'attendre à faire travailler ses zygomatiques. 


ET LES AUTRES


Autre registre à la Maison des Métallos avec SOULEVEMENTS, dernière création des Comédiens Voyageurs de Marcel BOZONNET qui se demande comment et pourquoi un peuple se soulève, à Paris, Tunis, Le Caire ou Alep. 



Le Théâtre du Soleil accueille à la Cartourcherie 12 représentations exceptionnelles de l'intégrale de CHUTE D'UNE NATION. 9h15 de spectacle (y compris entractes) pour une réflexion sur la démocratie et les responsabilités qui en découlent. Remarquable en tous points

LES NOUVEAUX BARBARES

Comment choisir dans la toujours tentante programmation du THÉÂTRE DE BELLEVILLE qui promeut la création contemporaine et présentera sa saison le 7 septembre. On y remarque notamment une autre version de DÉMONS (à l'affiche du Rond Point sur la même période), LES NOUVEAUX BARBARES où Frédéric El Kaïm peint un monde où les indicateurs économique ont supplanté la dignité humaine, et une multitude de créations qui réservera son lot de surprises et de révélations


Le VINGTIEME THEATRE réjouit toujours avec sa programmation variée tournée elle aussi vers la création. J'y retiens notamment PÉDAGOGIE DE L’ÉCHEC de Pierre NOTTE que je n'ai pas pu voir à Avignon cet été, les classiques revisités par la Compagnie Chouchenko (de janvier à mars 2016), les spectacles enfant dont Kuwa Na Kichwa le 21/11. Espérons que les ombres qui planent sur l'avenir de cette structure resteront fugitives et s'éloigneront rapidement.

A Saint Quentin en Yvelines aussi la programmation donne le tournis. Celui que j'attendrai le plus sera le PEER GYNT mis en scène par Irina BROOK. Mais aussi l'occasion de séances de rattrapage pour des spectacles qui ont marqué le Festival d'Avignon 2014 : COUP FATAL d'Alain PLATEL, NOTRE PEUR DE N'ETRE de Fabrice MURGIA, ou l'opus 2015 comme RETOUR A BERRATHAM, le texte de MAUVIGNIER chorégraphié par Angelin PRELJOCAJ.

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Au Théâtre 13, côté Seine, en attendant la master-class Jean-Laurent COCHET on sera curieux de découvrir en ouverture de saison une création mes par Elsa ROYER : LE PHILOSOPHE ET LA PUTAIN de Jacques RAMPAL. Au programme également une adaptation déjantée du texte de Victor HUGO : RUY BLAS OU LA FOLIE DES MOUTONS NOIRS.





Et tant d'autres que m'ont échappés et qui font regretter que les semaines ne comportent que 7 jours.

Bonne rentrée théâtrale à tous, et n'oubliez pas


POUR QUE VIVE LE SPECTACLE VIVANT
ALLEZ AU THÉÂTRE (et au CIRQUE)