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lundi 8 juillet 2024

LE SECRET DES OMBRES

 CONTEMPORAIN CLASSIQUE

***


Christian emménage dans un nouvel appartement pour accueillir son enfant à naître. Au même moment il perd son père, pour lequel il a beaucoup d'amour et de respect. En commençant à vider la maison de son père il découvre des photos prises pendant la Seconde Guerre mondiale, qui le même sur les traces d'un réseau de la résistance parisienne. Christian va dès lors vouloir connaître ce passé dont son père ne lui avait jamais parlé. Quelles sont les ombres qui planent sur sa famille ?

Grégory Bellanger écrit un texte touchant sur une histoire de secret de famille, de transmission, d'amour filial, d'amitié et d'engagement. Si les ombres renvoient aux secrets de famille qui pèsent parfois lourdement sur les générations, elles font surtout références à ces hommes et ses femmes de la résistance française pendant l'occupation allemande.

Dans un décor minimaliste, où, comme il va se soi dans le théâtre contemporain, les changements de décor se font à vue, l'histoire évolue entre années 1980' et années 1940. Le scénario réserve surprises et retournements. La mise en scène est simple, classique. Les scènes sont parfois très courtes, le jeu des comédiens est inégal, mais l'ensemble reste un joli moment de théâtre.

En bref : Sur une thématique connue, du théâtre contemporain classique et efficace. Une histoire de transmission et une histoire d'hommes et de femmes qui ont résisté pour que gagne la liberté.

Le secret des ombres, texte Grégory Bellanger, mise en scène Léa Marie-Saint Germain et Adrienne Ollé, avec Grégory Bellanger, Clara Leduc, Léa Marie-Saint Germain, Bastien Spiten, Gaël Tavares

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2024
Le Roi René
du 29 juin au 21 juillet - 12h10 - durée : 1h20
Relâche les lundis

mardi 11 juillet 2023

LE VOYAGE DE MOLIÈRE

ESPRIT DE TROUPE
***



Léo est étudiant en médecine pour faire plaisir à ses parents, mais son rêve c'est le théâtre. Pour passer cette audition il a appris presque toutes les comédies de Molière. Mais tétanisé par le trac il fait un malaise....et se réveille en 1656 à Pézenas, au sein de la troupe de l'Illustre Théâtre.

Ce voyage n'est pas celui de Molière mais bien celui de Léo.  Un voyage comme un songe, qui fait revivre la troupe de Molière avant qu'elle ne rejoigne Paris. On y croise Madeleine Bejard, toujours amoureuse de Jean-Baptiste Poquelin, mais qui sent qu'il lui échappe au profit d'Armande. Il y a aussi le truculent et jaloux Gros René et sa femme, la Duparc, la joyeuse Toinette et bien sûr Léo devenu Léandre.


L'action se situe à un moment charnière de la vie de Molière et de la troupe. Le plus populaire des dramaturges français doute, l'église commence à lui mettre des bâtons dans les roues, la province devient trop petite pour permettre à son talent de s'exprimer.

La scénographie cadre à l'époque, rappelant le théâtre de plateau et l'itinérance des troupes. Tous les comédiens sont très juste dans un très beau travail de troupe. Les anachronismes créés par l'éruption de Léo sont souvent drôles,  un peu lourds quand la troupe entonne "Hey Jude" à la fin d'une représentation.

En bref : un très bel hommage à Molière  au théâtre et à l'esprit de troupe,  porté par une belle équipe. 

Le voyage de Molière, de Pierre-Olivier Scotto et Jean-Philippe Daguerre, mise en scène  Jean-Philippe Daguerrre, avec G. Bourbier, S. Dauch, V.  Erhart, M. Hennekinne, C. Marzneff, T. Melis,G. Palisse, C. Ruby, costumes C. Rossi, musique P. Ruzicka, decors A. Milan, lumières M. Hill

C'EST OÙ ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
Chien qui fume
75 rue des Teinturiers 
Du  7 au 29 juillet - 12h35 - durée 1h35
Relâche 12 - 19 et 26
Crédit photo @Stéphane Audran

vendredi 7 juillet 2023

RENTREE 42, BIENVENUE LES ENFANTS

 POUR NE PAS LES OUBLIER
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30 septembre 1942. Dans une école du quartier du Marais à Paris, l'équipe pédagogique de l'école élémentaire pour filles se prépare à accueillir les 123 élèves du quartier, les Sarah, Sacha, Deborah et autres Miriam. 

Il y a la directrice (sensible et très juste Anne Richard), impatiente et fébrile à l'idée de cette nouvelle année scolaire dans un Paris occupé. Pas facile pour elle de faire cohabiter les tempéraments différents voire divergents de son équipe : l'ambitieuse et jeune Mlle Courcelles, sûre d'elle et peu flexible (Fanny Lucet), la militante en colère (impétueuse Emilie Chevrillon) et la doyenne, Lucienne, bien ancrée dans le terroir mais qui fait l'autruche sur ce qui se passe autour d'elle (Isabelle Andréani). Sans oublier l'homme à tout faire, plein de bon sens et d'optimisme malgré les blessures infligées par la Grande Guerre (impérial Dominique Thomas).

Le 1er octobre seules 17 élèves se présentent. Que s'est-il passé ? Où sont les autres ? Que faut-il croire de ce que dit la rumeur de mouvements suspects dans la capitale au mois de juillet ? Les réponses viendront-elles de l'inspecteur envoyé par l'académie (Michel Laliberté).

La mise en scène est classique, dans un décor de classe de primaire qui fleure bon la nostalgie. Les comédiens sont justes. On peut peut-être juste reprocher des personnages un peu caricaturaux mais qui ont le mérite d'exprimer les différents courants d'opinion qui ont du traverser cette époque, et quelques longueurs dans la mise en scène, notamment au début de la 3ème partie.

Xavier Lemaire avait depuis longtemps à cœur de créer un spectacle autour des évènements de juillet 1942 à Paris. Dans cette pièce en 3 parties, il évoque l'un des moments les plus honteux de la récente histoire de la France, et rend ainsi hommages aux victimes innocentes de la folie des hommes, à Paris en cet été 1942, mais aussi partout dans le monde et à toutes les époques.

En bref : un spectacle émouvant et un vibrant hommage au souvenir de ces enfants, innocentes victimes d'une idéologie déshumanisante.

Rentrée 42, bienvenue les enfants, de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire, mise en scène de Xavier Lemaire, avec Anne Richard, Isabelle Andréani, Emilie Chevrillon, Fanny Lucet, Dominique Thomas, Michel Laliberté, décors Caroline Mexme, lumières Didier Brun, Musique Philippe Bozo, costumes Christine Vilers

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
La Luna
du 7 au 29 juillet - 16h50 - durée 1h35 - Relâche 12-19 et 26/07

Vu à Versailles - juin 2023 - dans le cadre du Mois Molière

Crédit photo : Alejandro Guerrero

vendredi 15 juillet 2022

LES RAISINS DE LA COLERE

MIGRANTS DE L'INTERIEUR



Qui n'a pas en mémoire le film de John Ford ou le livre étudié au collège ? Le film de 1940 était la seule adaptation, faite du vivant de l'auteur. Depuis le décès de John Steinbeck, jamais ses héritiers n'avaient accordé les droits d'adaptation sous quelque forme que ce soit. Il aura fallu des années de négociations à Xavier Simonin pour obtenir ces droits. Ses plus de vingt ans de carrière et son savoir faire auront permis la concrétisation de ce projet, et on ne peut que s'en féliciter. Après "L'or", d'après Blaise Pascal, que j'avais beaucoup apprécié dans le Off 2011, c'est donc un nouveau spectacle musical que nous propose celui qui a adapté, mis en scène et qui interprète ce seul en scène... ou presque.

Car ils sont 4 sur scène en fait : 1 comédien et 3 musiciens chanteurs. La scénographie reconstitue un environnement rural, avec des caisses en bois, de la paille. Seuls des micros vintage paraissent légèrement incongrus. Une musique country et une lumière chaude finissent de poser le décor et l'ambiance.

Xavier Simonin est le narrateur. Sa voix grave captive immédiatement. L'émotion du livre est présente tout du long du spectacle. Au travers cette fresque familiale et le parcours de la famille Joad, on suit le destin tragique des Oakies, ces familles qui abandonnent leurs terres de l'Oklahoma pour trouver une vie qu'ils espèrent meilleure en Californie. Métayers chassés par la misère et les tempêtes de sable qui dessèchent les sols et les récoltes, victimes de la crise de 1929, ils sont la douloureuse expression de la violence économique et sociale qui frappa les États-Unis avec la Grande Dépression qui succéda l'effondrement de la bourse. 

Xavier Simonin s'est associé au musicien Jean-Jacques Milteau pour ce spectacle où la musique est un personnage à part entière. Les chants en anglais sont soit la musique de Woody Guthrie, rendue populaire par Bob Dylan et Bruce Springsteen, soit des créations de Claire Nivard (guitare et chant) et Glen Arzel (multi-instruments et chant) qui sont inspirés des extraits du livre non repris dans la narration. L'imaginaire est dès lors porté non seulement par le récit mais également par la musique et le chant. Le trio de musicien est complété par Stephen Harrison à la contrebasse, au violon et au chant). 

De cette adaptation Xavier Simonin veut faire un lien avec le temps présent : les difficultés de l'agriculture, les périodes de sécheresse qui reviennent de plus en plus souvent, les migrations, la pauvreté et les inégalités qui croissent partout dans le monde. A travers la voix des Joad c'est celle de nombreux migrants, intérieurs ou autres, qui s'exprime.

En bref : une adaptation réussie en tous points. Une émotions authentique portée par un jeu, une musique et des chants qui portent haut le chef-d'œuvre de John Steinbeck.

Les raisins de la colère, d'après John Steinbeck, adaptation et mise en scène Xavier Simonin, direction musicale Jean-Jacques Milteau, avec Xavier Simonin, Claire Nivard, Stephen Harrison, Emmanuel Bertrand en alternance avec Glen Arzel

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2022
Le Petit Louvre
Du 7 au 30 juillet 2022 - 13h45 - durée 1h45

lundi 11 juillet 2022

Artemisia

#Metoo 1612


En 1612 à Rome se tint un procès hors du commun. La jeune peintre Artemisia Gentileschi accuse le peintre Agostino Tassi, maître peintre qui lui donnait des leçons de perspective, de l'avoir violée, d'avoir volé sa virginité, puis de lui avoir promis le mariage pour ne pas la déshonorer, sans avoir jamais tenu sa promesse. Devant le tribunal c'est la parole de la victime contre celle de l'artiste reconnu, peintre du Pape. Il l'accuse de mentir, d'avoir mauvaise réputation, de s'être donnée à de nombreux hommes et réfute avoir commit un quelconque acte sexuel avec la jeune femme. Elle crie son honnête, l'abus dont elle a été victime. Traitée en coupable plus que victime, elle subit la torture (pas lui, vous comprenez, il ne faudrait pas lui abîmer les mains à ce grand peintre !). Elle crie sa vérité : "c'est vrai, c'est vrai, c'est vrai".

Le procès eu un retentissement hors norme. Les minutes furent perdues, puis retrouvées partiellement. Le groupe Vertigo a basé son adaptation sur le livre d'Ellice Stevens et Billy Barrett, "It's true, it's true, it's true" et de la traduction du procès. Comme ce texte résonne cruellement en 2022 ! Quatre siècles plus tard on voit que rien n'a changé. La parole de la victime est traitée par le mépris, la justice se fiant dans un premier temps à la parole de l'homme de pouvoir et de renommée. La force d'Artemisia est sa conviction d'être dans son bon droit. Son intelligence et son habileté vont lui faire utiliser ses tableaux, notamment "Suzanne et les vieillards" pour démontrer son innocence et contrecarrer les témoignages qui l'accablent. Petit à petit elle va éclairer les propos tenus à son encontre, démontrer la jalousie de celui qui commença les dénigrements parce qu'elle s'était refusée à lui, la concupiscence des hommes vis-à-vis de cette belle jeune femme, l'envie que suscite son talent de peintre. Son violeur sera condamné. Le talent d'Artémisia sera reconnu et elle connaîtra une carrière brillante dans les différentes cour d'Europe.

La mise en scène est inventive, brillante. Elle se permet parfois des anachronismes, faisant le lien entre passé et présent, démontrant toute l'actualité du combat d'Artémisia. La reconstitution du tableau "Suzanne et les vieillards" est une belle idée. Les quatre comédiens sont justes, endossant des rôles multiples. Mention particulière pour Chloé Vivarès, incandescente Artemisia.

En bref : un spectacle fort sur les violences faites aux femmes. Portrait d'une peintre féministe du 17e siècle exemplaire, courageuse, qui fit de son œuvre l'outil de son combat.

Artémisia, d'après Ellice Stevens, Billy Barrett, traduction et mise en scène Guillaume Doucet, avec Philippe Bodet, Gaëlle Héraut, Bérangère Notta, Cholé Vivarès, création lumière Nolwenn Delcam-Risse.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon - Off 2022
Le Train Bleu
Du 8 au 27 juillet - 20h20 - durée 1h25
Relâche 14 - 21 juillet



dimanche 10 juillet 2022

EN CE TEMPS LA, L'AMOUR

 L'AMOUR D'UN PERE AU COEUR DE L'HORREUR

Alors qu'il devient grand-père, un survivant d'Auschwitz ressent le besoin de parler à son fils du voyage en train qui en 7 jours l'emporta vers le camp de la mort. Au milieu de l'horreur un père tente de permettre à son fils de vivre la vie à laquelle il avait droit. Alors que tous le croient fou, le père fait fi de sa peur pour faire briller l'espoir dans les yeux de son petit garçon de douze ans.

"En ce temps-là, l'amour" est un beau texte de Gilles Ségal, qui n'est pas sans rappeler "la vie est belle" de Roberto Begnini, On y retrouve ce même refus par un père de laisser la guerre et la folie des hommes abîmer l'innocence d'un enfant.

L'interprétation de David Brécourt est impeccable, parfaitement maîtrisée. La mise en scène de Christophe Gand est très classique, un peu lisse.

En bref : du bel ouvrage mais une impression de déjà-vu qui m'a empêché d'être emportée par l'émotion. 

En ce temps-là, l'amour, de Gilles Ségal, mise en scène Christophe Gand, avec David Brécourt

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival Off 2022
La Luna
Du 7 au 30 juillet 2022 - 18h00 - 1h10
Relâche 12 - 18 et 29

vendredi 27 mai 2022

NUIT CAPITALE - 30è Festival de Théâtre de Maisons Laffitte

 PARIS NE BRULERA PAS


"Nuit capitale" est un peu une version Reader's digest de la pièce de Cyril Gély "Diplomatie". L'auteur imagine un dialogue fictif entre le Général Dietrich von Choltitz, chef des armées allemandes à Paris, et le consul de Suède Raoul Nordling. La scène se déroule dans la nuit du 25 août 1944 à l'hôtel Meurice. Nuit capitale puisqu'elle scellera le destin de la ville lumière. Si la pièce originale dure plus de 2h, la Compagnie de la Trille Blanche en donne une version raccourcie de moins d'une heure.

Au cours de cette rencontre deux visions s'opposent. Le Général von Choltitz n'est en poste que depuis deux semaines. Hitler lui a confié la mission de détruire Paris avant l'arrivée des troupes alliées. Le consul Raoul Nordling dispose de quelques heures pour le faire changer d'avis. Le militaire allemand, rompu à l'obéissance et à la loyauté à sa patrie, est mis face à sa conscience. Si le diplomate suédois joue sur la fibre de la culture, du patrimoine historique et du jugement des générations futures, le général est tiraillé entre tout ce qui a fait sa vie et l'amour de ses proches retenus en otage par Hitler.

Le spectateur le sait : l'armée allemande ne mettra pas à exécution le projet de destruction de la capitale française. C'est donc ailleurs que se situe l'intérêt du texte. Dans l'ensemble la mise en scène pose bien cette dualité entre les deux personnages. L'un est posé, tempéré, érudit, solennel. L'autre ne tient pas en place.

Dans cette mise en scène de qualité portée par deux comédiens de très bon niveau, il m'a manqué peu de choses pour que je sois totalement convaincue. Un peu plus de force dans le jeu, plus de tension dans l'affrontement entre les deux personnages. J'aurais aimé plus de colère, plus de force dans le Général von Choltitz. Par ailleurs le parti pris d'une version très courte précipite la bascule du général. Elle arrive trop vite et devient peut-être moins compréhensible.

Il n'en demeure pas moins une belle composition qui laisse suffisamment de place au questionnement sur la réalité historique et le miracle qui nous permet toujours de jouir aujourd'hui de la magnificence de notre belle capitale.

Le point de vue de Véro du blog Théâtr'elle à lire en cliquant ICI

Nuit capitale, d'après Cyril Gély, mise en scène de Dom Lakanal, avec Olivier Heyraud et Dominique Chivot, avec la participation de Carole Dardenne et l'aimable collaboration de Fabien Moulin, costumes Constance Talewee

Vu le 26/05/2022 - Vieille église - Maisons Laffitte


POUR UN THEÂTRE SOLIDAIRE

 

On ne peut pas parler du Festival de Théâtre de Maisons-Laffitte sans parler de PSE - Pour un sourire d'enfant. Association d'intérêt général reconnue de bienfaisance, apolitique et non confessionnelle, PSE défend les Droits des Enfants.

 Depuis plus de 25 ans elle agit au Cambodge pour sortir les enfants de l'extrême misère et les mener jusqu'à un métier. Reconnue par les autorité cambodgiennes, l'association intervient dans le respect du pays, en collaboration avec les habitants. Elle est lauréate du Prix des Droits de l'Homme de la République Française.

 La famille Biessy et l'équipe du Festival soutiennent son action depuis de nombreuses années. Si le festival ne sert pas à lever des fonds pour PSE, c'est néanmoins pour moi l'occasion idéale de signaler son action et de vous inviter, si vous souhaitez participer à cette aventure, à faire un don en cliquant ICI.

dimanche 22 décembre 2019

WAR HORSE

PLUS VRAI QUE NATURE
*****


Albert est fils de fermier. Vivant dans le sud de l'Angleterre avec ses parents il voit sa vie changer le jour où son père achète Joey, un cheval de la cavalerie. Mais lorsque survient la Première Guerre Mondiale son père vend Joey à l'armée. Dès lors Albert n'aura plus d'autre but que de partir sur les champs de bataille de France pour retrouver son cheval et le ramener au pays.

Inspiré du premier roman de Michel Morpugo, "Cheval de guerre" le spectacle arrive en France auréolé du succès et bardé de prix et récompenses, pour seulement quelques dates à la Seine Musicale. Si la salle elle-même ne marque pas les esprits pour son confort le spectacle mérite largement sa réputation.

Pendant 2h35 le public est happé par l'action. Toute la technique et le professionnalisme du West-End sont en action. Et pourtant il suffit de peu de décors ou d'accessoires pour que l'on passe de la ferme anglaise aux tranchées, d'une maison dans la campagne française à une infirmerie du front. La mise en scène de Marianne Elliott et Tom Morris est inventive, énergique, fluide. Les effets sonores et visuels donnent l'illusion du champ de bataille, les scènes s'enchaînent à un rythme soutenu. Ils ne sont pas moins de 34 comédiens et chanteurs pour donner vie à cette fresque historique et humaine.

Mais le plus surprenant, le plus étonnant, le plus exceptionnel réside dans la présence des chevaux. Des marionnettes géantes dont Joey, magnifique animal plus vrai que nature. Fabriquées à la main par les équipes sud-africaine de la Compagnie Handspring Muppet, elles sont faites de rotin, de cuir et d'aluminium. Les trois marionnettistes qui manipulent le superbe cheval (ils sont en fait 12 à se relayer pendant le spectacle) lui donnent souffle, mouvement, en font un animal de chair et de sang, un personnage à part entière, bien vivant, suscitant empathie et émotion. On vibre, tremble pour le noble animal. On espère qu'il traversera la guerre, retrouvera Albert et la tranquillité de la campagne anglaise. On sait que comme les hommes il sortira traumatisé par les horreurs de cette guerre.

En bref : un spectacle d'une grande beauté, une histoire universelle sur le courage, la loyauté et l'amitié. Le travail remarquable des marionnettistes de la compagnie sud-africaine Handspring Puppet Company allié à la qualité des productions du West-End. Un spectacle à savourer en famille.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

La Seine Musicale
Du 13 au 29 décembre 2019
En anglais surtitré en français


Vu le 13 décembre 2019à La Seine Musicale

dimanche 1 décembre 2019

PLUS HAUT QUE LE CIEL Théâtre Antoine - Le regard de Corinne

LE PYLONE

Le regard de Corinne



Il suffit d'évoquer la Tour Eiffel pour penser automatiquement à Paris. C'est très
probablement le monument historique Français le plus connu. C'est le symbole de Paris. Et
pourtant, elle ne s'est pas imposée comme tel en 1884 quand deux ingénieurs passionnés,
ses pères, l'ont présentée à Gustave Eiffel.

A travers cette pièce originale, Florence et Julien Lefebvre nous retracent le contexte
historico - financier de la naissance de la dame de fer. La mise en scène rythmée, endiablée,
de Jean Laurent Silvi nous fait entrevoir toutes les péripéties qu'il a fallu affronter pour faire
aboutir ce projet.

1884, Nouguier et Koechlin, ingénieurs chez Eiffel, lui présentent leur dernière idée originale : une tour de 300 m, la plus haute au monde, une prouesse de technologie. Ce projet est pourtant fraîchement accueilli, et par Eiffel qui ne voit pas immédiatement l'intérêt qu'il peut tirer de cette innovation ni la notoriété qu'elle peut lui apporter, et par Monsieur Salles son futur successeur à la tête de l'entreprise et futur gendre qui la trouve trop risquée et trop onéreuse. Les deux concepteurs font face au scepticisme, aux sarcasmes de leurs pairs qui ne voient en la tour qu'un pylône. Rien de bien glorieux, de bien grandiose. Mais c'est sans compter sur une alliée inattendue, Claire Eiffel, qui voit là le moyen de s'impliquer dans l'entreprise familiale et de prouver ses compétences.

La mise en scène de Jean Laurent Silvi impulse une dynamique à la pièce à la hauteur de
l'enthousiasme et du rejet suscités par cette tour. Nous sommes dans un tourbillon. Cette
construction exacerbe les passions, tranche les avis : pas de demi mesure, nous l'aimons ou
nous la détestons.

Le décor contribue à cette sensation d'assister à un événement historique. Il faut agir vite, convaincre les uns et les autres, il faut se battre pour sa réalisation ou non. Nous changeons donc fréquemment de lieux (tour à tour dans les bureaux de l'entreprise Eiffel, dans ses appartements privés, dehors…) pour marquer, accentuer l'énergie qu'il faut déployer.

L'interprétation des comédiens alimente la frénésie provoquée par cette "idée du siècle" (qui
est loin d'en être une pour certains). Nous avons un Gustave Eiffel (Frédéric Imberty) tout en bonhomie mais une fois convaincu, qui retrouve ses réflexes d'entrepreneur déterminé à mener à bien cette aventure. Nouguier (Axel Blind) et Koechlin (Nicolas Le Guen) tels des enfants, sont excités par leur trouvaille et par l'envie de la faire partager. Ils sont passionnés voire même survoltés pour Nouguier au tempérament plus chaud. Une Claire Eiffel (Margaux Van Den Plas), jeune fille de bonne famille, mais pas prête à rendre les armes face à son père et son futur époux. Elle aussi est gagnée par l'excitation du moment car consciente que c'est le chemin pour exister. Monsieur Salles (Thomas Ronzeau) guindé dans son costume de "directeur financier" obnubilé par ses chiffres mais qui finalement se laisse happer par la folie ambiante. Et enfin que dire du ministre (Jean Franco) et de son épouse (Héloïse Wagner), dont nous savons très vite qui porte la culotte! Ils sont hilarants tant ils sont caricaturaux.


En bref: Nous passons un bon moment au théâtre Fontaine avec cette pièce rafraîchissante.

Plus haut que le ciel Une pièce de Florence et Julien Lefebvre, mise en scène de Jean Laurent Silvi avec Frédéric Imberty, Margaux Van Den Plas, Thomas Ronzeau, Alex Blind, Nicolas Le Guen, Jean Franco, Héloïse Wagner

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Fontaine
10 Rue Pierre Fontaine 75009 Paris
Du 17 octobre 2019 au 19 janvier 2020.
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dimanche 13 octobre 2019

LA VIE DE GALILEE - La Scala Paris - Le regard de Corinne

La confrontation

Le regard de Corinne


Début du XVIIème en Italie, Galilée perfectionne la lunette astronomique, à l'origine une
invention hollandaise. En bon scientifique qu'il est, il observe assidûment l'univers. S'appuyant sur la théorie de Copernic, il fait des découvertes majeures et notamment que la terre tourne autour du soleil. Il en apporte la preuve et remet ainsi en cause les théories d'Aristote et de Ptolémée qui prônent un univers composé de sphères de cristal, théories soutenues par l'Eglise. Il bat en brèche le système géocentrique défendu par cette dernière et fragilise son emprise, son autorité. La découverte de Galilée présente un danger indéniable car elle tend à bouleverser l'ordre établi par la religion et ses croyances. L'inquisition va se charger de le lui rappeler.

Bertolt Brecht, auteur de « la Vie de Galilée », a, dans ce texte mis en avant l'humanisme de ce scientifique pour qui « le seul but de la science consiste à soulager les peines de l'existence humaine. Quand des hommes de science intimidés par des hommes de pouvoir égoïstes se contentent d'amasser le savoir pour le savoir, la science peut s'en trouver mutilée».

Claudia Stavisky a bien perçu l'intention de l'auteur. Sa mise en scène nous fait découvrir certes un scientifique, mais avant tout un homme, ayant des doutes, proche de ses contemporains et de leurs préoccupations parfois terre à terre, mais aussi un homme intelligent qui sait s'adapter à son public (pour preuve la séance de présentation du télescope à l'université de Venise).

Le choix d'un décor épuré accentue cette perception de simplicité de la vie de Galilée dont nous suivons le déroulé grâce à une inscription sur le mur, situant dans le temps et dans l'espace les actions.

Philippe Torreton se charge d'incarner ce Galilée exalté, excité par ses découvertes, convaincu de faire progresser la société pour le bien de tous. Il interprète à merveille ce Galilée qui livre son combat contre l'obscurantisme persuadé de pouvoir le remporter. Philippe Torreton est omniprésent sur scène, déclamant ou murmurant son texte, sans pour autant effacer la performance des autres comédiens. Au contraire, tous ensemble, ils forment une belle unité au service de ce spectacle.

Si les époques changent, les combats à mener pour lutter contre les croyances de toutes
sortes, les idées reçues, demeurent. Le texte et la mise en scène de « La Vie de Galilée » sont
profondément, tragiquement d'actualité. Ce spectacle sonne comme un rappel à la vigilance.


La Vie de Galilée, Texte de Bertolt Brecht Mise en scène de Claudia Stavisky avec Philippe Torreton, Gabin Bastard, Frédéric Borie, Alexandre Carrière, Maxime Coggio, Guy-Pierre Couleau, Mathias Distefano, Manou Garcia, Michel Hermon, Benjamin Jungers, Marie Torreton.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre La Scala
3 Bd de Strasbourg – 7501 Paris
Du 10 septembre au 9 octobre 2019
Puis en tournée en France dont Les Célestins à Lyon du 15/11 au 01/12/2019

samedi 21 septembre 2019

MARIE ANTOINETTE - Théâtre Poche Montparnasse - Le regard de Corinne

L'AUTRICHIENNE !
Le regard de Corinne


Marion Bierry, comédienne auréolée de prix, metteure en scène récompensée à de multiples reprises aux Molières, s'attaque ici à la mise en scène de « Marie Antoinette » de Stefan Zweig. 

Sa première rencontre avec cette reine remonte à son adolescence et est à l'initiative de sa grand mère. Mais c'est la lecture de la biographie de cet auteur qui modifiera l'image qu'elle s'en était forgée. Tout en rappelant le contexte historique, son adaptation s'attache principalement à l'aspect humain, le sentiment de l'auteur, comme un témoignage posthume de Marie Antoinette.

Zweig, comme son héroïne, est autrichien et comme elle, il a connu non pas la Révolution mais la 1ère guerre mondiale et a pressenti l'arrivée de la seconde. Sa biographie de Marie Antoinette, basée sur l'analyse de son procès, lui a permis de faire un parallèle entre ces époques de tourmentes. Il en décortique les rouages économiques et sociaux, les tractations politiques qui ont conduit à la Révolution. Et au milieu de ce chambardement ce sont retrouvés une reine et son roi clairement pas taillés pour contrer ces événements, pour renverser le cours de l'histoire.

La mise en scène de Marion Bierry est sobre. Pas de costumes d'époque, pas de décors grandioses, juste deux comédiens pour balayer cet épisode. L'essentiel est ailleurs. Elle choisit la forme narrative. 


 Le comédien Thomas Cousseau déroule le contexte historique, du mariage de Marie Antoinette à sa fin, tel un juge, témoin des événements. Dans un ballet bien coordonné, il passe le relais à Marion Bierry, qui endosse le rôle de l'avocate. A travers son plaidoyer, elle nous fait part des sentiments, des réactions de la reine. Nous la découvrons sous un autre angle. La jeune princesse frivole et insouciante, loin des préoccupations politiques, se révèle et prend conscience du tord qu'elle a eu de faire confiance à des pseudos alliés, de négliger le peuple et sa fonction royale. Au terme de son procès, à charge, après avoir enduré bien des bassesses et des cruautés, elle nous apparaît résignée certes mais digne, digne de son rang. C'est en quelque sorte une réhabilitation de son image.

Le jeu des comédiens est parfaitement synchronisé donnant le rythme et la dynamique nécessaires à la pièce. Ici se joue le procès de la royauté, le ton est grave, parfois sarcastique face aux trahisons (de son propre camp) auxquelles a du faire face Marie Antoinette.

En bref, le choix de Marion Bierry d'axer sa pièce principalement sur le sentiment de l'auteur, sur l'aspect humain de cette tragédie historique, est novateur et instructif. Le jeu des comédiens, tout en justesse, ajoute à l'intensité de cette pièce.

Une belle découverte.

Marie-Antoinette, d'après Stefan Zweig, mis en scène par Marion Bierry,n avec Marion Bierry et Thomas Cousseau

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard Montparnasse- Paris 6ème.
Du 5 septembre au 10 novembre 2019


Crédit photo @Pascal Gely

dimanche 3 février 2019

COMME EN 14 - Théâtre La Bruyère

MAGNIFIQUES FEMMES DANS LA TOURMENTE
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Baronne ou cuisinière, émancipée ou femme au foyer, jeune ou d'âge mur, fiancée ou veuve, c'est au courage de ces femmes qui, pendant la Grande Guerre ont gardé la foi en l'avenir et fait fi de leur douleur pour soutenir les malades et les soldats que Dany Laurent rend hommage avec "Comme en 14". Coup de coeur pour ce magnifique quatuor de comédienne qui nous le restitue avec justesse et sensibilité au théâtre La Bruyère

QUATRE DESTINS DE FEMME DANS LA GUERRE

Marguerite est bien ronchonne en ce froid matin de décembre. C'est la veille de Noël 1917 dans cette église transformée en hôpital de campagne, et aujourd'hui le fils de la Baronne, son amie d'enfance, doit être amputé d'une jambe. Derrière cet air revêche se cache bien sûr une de ces bonnes âmes au cœur tendre que la guerre a transformé en infirmière volontaire. Elle est la jeune et révoltée Suzy ne ménagent pas leur peine pour s'occuper des 123 blessés de guerre sur lesquelles elles veillent jour et nuit. Avec le soutien de la jeune et fragile Louise qui tremble pour son fiancé qui est au front. Outre l'ombre du vieux médecin le seul homme dans cet univers est un enfant, second fils de la Baronne. Autiste, il a échappé aux obligations militaires, contrairement à son frère.

Ces quatre femmes sont représentatives de ces françaises qui pendant la Grande Guerre ont eu le courage de dépasser leur malheur personnel pour se mettre au service de la vie. Alors que la mort, la maladie, la souffrance, le doute, la faim sont partout autour d'elles, le destin les réunit. Se seraient-elles rencontrées en temps de paix ? Auraient-elles partagé le pain et leurs pensées les plus intimes en d'autres temps ? Malgré les difficultés, malgré le son du canon, les cris des blessés, malgré les deuils et les renoncements, elles gardent espoir en l'avenir, en l'être humain, en l'amour.

DÉLICATESSE DE LA MISE EN SCÈNE

La mise en scène d'Yves Pignot est toute en délicatesse. Le décor reconstitue une salle de repos aménagée dans une église. C'est un petit écrin de calme, un îlot de convivialité et d'humanité. Toutes les idées, tous les points de vue se retrouvent réunis : Suzy la pacifiste, Marguerite la vieille fille pleine de bon sens, la Baronne figée dans ses contraintes de classe, Louise la romantique. Avec humour et sensibilité elles illustrent toute l'humanité de cette période si noire.

Marie Vincent donne à Marguerite toute la verve, la douceur bourrue, l'humilité et l'humanité de ces infirmières volontaires. Elle oppose sa bonhomie et son bon sens terrien à Virginie Lemoine, impeccable et touchante baronne figée dans ses traditions, veuve éplorée tiraillée entre ses deux fils si différents. Ariane Brousse (Suzy) est le soleil de ce quatuor. Pétillante, vive, révoltée elle n'est que sourire et espoir. Quant à Katia Miran elle donne à Louise toute la fragilité de la jeunesse amoureuse qui veut croire que la fin de la guerre est toute proche et qui ne peut imaginer que son fiancé ne puisse pas en revenir intacte. Et enfin Axel Huet est d'une grande justesse dans le rôle du fils autiste, délaissé par sa mère qui ne lui pardonne pas de ne pas être parti à la guerre comme son père ou son frère.

En bref : Une pièce qui sans pathos mais avec humour, tendresse et précision rend hommage au courage des femmes pendant la guerre de 14. Une distribution magnifique, une interprétation toujours juste. Un beau moment de théâtre emplit d'espoir et d'émotion.

Comme en 14, de Dany Laurent, mis en scène de Yves Pignot, avec Marie Vincent, Virginie Lemoine, Ariane Brousse, Katia Miran, Axel Huet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre La Bruyère
5 Rue La Bruyère
Du 22 janvier au 26 juin 2019
Du mardi au samedi 21h - samedi matinée à 15h30


Crédit photo @Philippe Escalier
Vu le 1er février 2019 Théâtre La Bruyère

samedi 2 février 2019

LES OUBLIES - Comédie Française

OUBLIONS CES OUBLIES
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Quand la Comédie Française invite le Birgit Ensemble pour un spectacle sur la relation "je t'aime, moi non plus" qui lie la France et l'Algérie, on se dit que ce sujet que tout le monde évite en France depuis des décennies va enfin trouver un traitement intéressant. Quelle déception ! (malgré la qualité de la troupe formidable).

Julie Bertin et Jade Herbulot qui forment le Birgit Ensemble, avait marqué le Festival d'Avignon 2017 en abordant l'histoire de l'Europe d'Athènes à Sarajevo. Ce collectif qui met l'Histoire au centre de la création arrive donc au Théâtre du Vieux Colombier avec "Les oubliés - Alger -Paris" ou comment la grandie Histoire a marqué durablement la petite histoire de ces oubliés de la décolonisation.

DES BLESSURES TOUJOURS BÉANTES

Dans un dispositif bi frontal comme cela devient presque la norme dans cette salle, nous voici les témoins du mariage entre Alice Legendre, fille de la bourgeoisie parisienne, et Karim, le français fils d'émigrés algériens, devenu avocat. La scène se passe en 2019. Les deux familles se rencontrent pour la première fois. Parents, amis, personnel de la mairie, chacun à son tour nous livrera en vidéo, filmé en coulisse, les liens qu'il ou elle entretient avec l'Algérie. Et bien sûr les non-dits de ces histoires individuelles faites de mariages mixtes, de départs forcés, de blessures ouvertes par la guerre et jamais refermées, tout ce que chacun tait depuis des décennies va sortir, éclater, gâcher la fête.

Mais pour bien comprendre d'où cela vient le spectacle nous ramène régulièrement dans le passé, à l'instant qui est l'une des genèses de cette douloureuse histoire entre deux peuples. Nous voyageons donc entre 2019 et 1958/1962, entre aujourd'hui et la IVe et la Ve République, entre la salle des mariages d'une mairie parisienne et le bureau du Général de Gaulle. Et pour bien nous faire comprendre dans quelle époque nous sommes, au cas où ne saurions pas nous repérer grâces aux costumes (surtout pour 2019) la date s'affiche à chaque fois sur les écrans au-dessus de la scène.

MAIS IL Y A UN MAIS

Sur le principe, pourquoi pas. Là où ça cloche c'est dans la manière. Les scènes impliquant la politique et les réflexions du Général De Gaule sont d'un didactique difficilement supportable. On a droit à un cours de droit institutionnel et seul le discours du grand Charles prend du relief dans un océan d'ennui. Quant à l'histoire du mariage mixte, on se croirait dans une mauvaise télé novella, ponctuée de poncifs et de lieux communs.

Le seul élément qui a retient l'attention est la qualité du jeu de cette belle troupe de la Comédie Française, même s'il ne sont hélas pas tous traité à égalité. Si Elliot Jennicot est sous-exploité dans le rôle du technicien de la mairie (je vous passe sa bataille contre la fuite d'eau, piètre symbole d'une république et d'une famille qui partent à la dérive) il a droit à une petite consolation avec le rôle du Général Challe,. Si Sylvia Bergé est à la peine en maire elle est parfaite en secrétaire du Président. Nazim Boudjenah, Jérôme Pouly et Pauline Clément s'en tirent honorablement respectivement en marié, cousin / gouverneur, mariée. Bruno Raffaelli est un Général de Gaulle relativement crédible et un père de la mariée qu'on aime détester. Ils en restent 3 qui sortent du lot. Qu'elle soit la discrète Yvonne ou la mère de la mariée à la sagesse remarquable, Danielle Lebrun est toujours aussi admirable et lumineuse. Eric Génovèse est méconnaissable et remarquable tant en responsable de l'intendance de la mairie qu'en Michel Debré, Garde des Sceaux. Et enfin il y a le formidable Serge Badgassarian qui transforme chaque moment aussi insignifiant soit-il en un bonheur, qu'il soit ami du marié et de la maire ou directeur du cabinet présidentiel.

En bref : Et c'est ainsi que cette chronique d'un spectacle raté se transforme en déclaration d'amour à une troupe qui par sa qualité exceptionnelle a su maintenir mon intérêt pendant 2h10 malgré un texte et une mise en scène d'une grande faiblesse.

Les oubliés, Alger-Paris, texte et mise en scène Julie Bertin et Jade Herbulot - Le Birgit Ensemble, avec Sylvia Bergé, Eric Génovèse, Bruno Raffaelli, Jérôme Pouly, Serge Bagdassarian, Nazim Boudjenah, Danièle Lebrun, Elliot Jenicot, Pauline Clément.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française - Théâtre du Vieux Colombier
21 Rue du Vieux Colombier 75006 Paris
du 24 janvier au 10 mars 2019



Crédit photo @Christophe Raynaud de Lage
Vu janvier 2019 - Théâtre du Vieux Colombier

lundi 10 décembre 2018

LA MACHINE DE TURING - Le regard de Corinne

LA CHUTE D'UN GÉNIE
Le regard de Corinne


Grace au film "Imitation Game" nous savons tous, en 2018, ce que nous devons à Alan
Turing. Mathématicien de génie, il a réussi à décoder en 1942 la machine Enigma utilisée
par l'armée allemande. Il a permis de sauver beaucoup de vie. Il ne devait cependant pas en
parler, mission secrète oblige. Son travail ne sera connu du public que bien plus tard.

Avec"La Machine de Turing", Benoit Solès choisit de mettre l'accent sur un épisode de la vie
privée de Turing. La pièce débute au commissariat de police où Alan Turing, victime d'un vol,est venu déposer plainte. Nous sommes en 1951.

Par son attitude et la faible valeur des objets volés, le policier en charge de l'enquête, est
intrigué, il décide de creuser un peu, et finit par en découvrir plus sur le passé de Turing.

Par le jeu de flashback, petit à petit, nous déroulons le fil de sa vie: son recrutement pour
cette mission secrète, son homosexualité, son procès pour indécence et perversion sexuelle
puis sa condamnation, point final de la pièce.

Sur scène, deux comédiens pour nous faire vivre, et apprécier cette histoire, ce spectacle.
Benoit Soles interprète avec brio Alan Turing, personnage complexe. La timidité qu'il incarne, un pied légèrement rentré et se dandinant sur place, nous donne l'impression d'être face à un grand enfant mal à l'aise avec les autres, naïf, maladroit, s'essayant à l'humour. Et avec naturel et facilité, le comédien se glisse dans la peau du Turing aux capacités intellectuelles impressionnantes, hors du commun, capable de résoudre une partie d'échec en un rien de temps. Il est transfiguré dés qu'il s'agit de résoudre un problème d'ordre scientifique.

Quant à Arnaud de Crayencour, il est tour à tour ce commissaire de police fouineur, le
copain homosexuel un peu voyou sur les bords, complice du vol à l'origine de la chute de
Turing, et l'officier recruteur hautain et autoritaire. Il passe de l'un à l'autre avec aisance et en un clin d'œil.

La mise en scène est rythmée, tonique, avec ce va et vient dans la vie d'Alan Turing. Nous
passons de 1942 à 1951, et vice et versa, en un jeu de lumière sur le décor mural. Les
épisodes s'imbriquent avec harmonie et donnent un équilibre, un équilibre émotionnel à la
pièce.

C'est un beau spectacle, sobre, que nous livre-là Benoit Solès.


La machine de Turing, de Benoit Soles, mise en scène de Tristan Petitgirard assisté de Anne Plantey, avec Benoit Soles et Aumaury de Crayencourt, décor Olivier Prost, costumes Virgnie H, lumières Denis Schlepp, musique Romain Trouillet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Michel
Rue des Mathurin 75009 Paris
Jusqu'au 30 mars 2019

du mardi au samedi 21h - dimanche 16h



Crédit photo @Fabienne Rappeneau