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jeudi 9 juillet 2026

ANTIGONE DES SUPERMARCHÉS

CONFESSIONS INTIMES

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"Aimez-moi". C’est la demande qu’Anne Jeanvoine fait au public pour débuter son spectacle. Cet amour, elle l’a réclamé, attendu, espéré toute sa vie.

Seule sur scène, Anne nous raconte son rêve avorté (pour le moment). Le rêve d’une enfant douée pour la danse mais qui abandonne au bout de 16 ans, se confronte à différents métiers, se fait comédienne. Elle rêve alors des grands rôles, comme celui d’Antigone. Mais c’est un rôle muet de mascotte dans les supermarchés qui lui permet de payer les factures. On est loin de la reconnaissance et de l’amour d’une profession ou du public.

Ce que nous livre Anne (qui n'aime pas son prénom), c'est aussi son parcours amoureux, la découverte puis l’acceptation de son homosexualité.

Dommage que le texte parte parfois dans tous les sens. Je n’ai pour ma part pas trouvé Antigone dans ce récit et suis restée sur ma faim.

En bref : Un témoignage sincère et douloureux, dit avec beaucoup de sensibilité, mais qui ne m’a pas touchée.

Antigone des supermarchés, de Anne Jeanvoine et Anne Rehbinder, mise en scène Antoine Rehdinder et Anne Jeanvoine, avec Anne Jeanvoine

C’EST OU ? C’EDT QUAND ?
Avignon Off 2026
11 - 11 boulevard Raspail - Avignon
Du 4 au 23 juillet 2026 - relâche 10 - 17
18h40 - 1h10

samedi 8 juillet 2023

LES FEMMES DE LA MAISON

 MANQUE DE LISIBILITE
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Dans les années 1950 M. Joris offre à une femme une maison en banlieue. Elle est artiste, libre. Il l'a épousée pour qu'elle puisse être libre : dans sa vie de photographe, dans son corps, dans sa sexualité. Lorsqu'elle décide de vendre cette maison, quelques décennies plus tard, M. Joris va la racheter, plus ou moins secrètement. Il va la transformer en résidence pour femmes artistes. Vont dès lors se succéder jusqu'à aujourd'hui des femmes, peintres, sculptrices, performeuses, auteures, qui pendant quelques semaines pourront créer, s'exprimer, laisser libre cours à leur art.

Le nouveau spectacle de Pauline Salles nous parle de féminité, de féminisme, de place de la femme dans l'art, de l'art lui-même, de création, de travail de création, le patriarcat. Il est question de beaucoup de choses. De trop peut-être. Le texte part dans toutes les directions dans en choisir une. Qui trop embrasse, mal étreint. On se perd dans le discours : est-il pro ou contre le féminisme y compris dans ses excès.

Au milieu d'un public dans l'ensemble réceptif je me suis ennuyée, incapable d'empathie avec ces femmes qui défilent devant nous. Peut-être pas le bon jour pour moi.

En bref : un spectacle fourre-tout sur la place de la femme artiste dans la société. Une mise en scène et une direction d'acteur qui ne m'ont pas convaincue.

Les femmes de la maison, de Pauline Sales, mises en scène de l'auteure, avec Olivia Chatain, Anne Cressent, Vincent Garanger, Hélène Viviès

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off
Le 11 - 11 Boulevard Pasteur
du 7 au 26 juillet - 13h - durée 1h45
Relâche 13 et 20 juillet 

samedi 9 octobre 2021

POUR AUTRUI

TU ACCOUCHERAS DANS LA DOULEUR


Pauline Bureau avait jusqu'à présent fait un sans-faute en abordant au travers de son théâtre des sujets d'actualité avec force et conviction, qu'il s'agisse du scandale du médiator (Mon cœur), le procès de Bobigny (Hors la loi) ou de la place des femmes dans le sport (Féminines). Alors quand elle s'attaque à la question de la GPA on se dit que le spectacle va être enrichissant. Hélas on sort de la salle déçu par un traitement maladroit de cette question de société.

Tout commence comme une belle histoire d'amour. Liz, cheffe de chantier dans des projets environnementaux, rencontre Alex, marionnettiste, un soir de neige qui bloque les vols au départ d'un aéroport en Allemagne. Le trajet en voiture va sceller leur avenir. Mais leur belle histoire marque le pas le jour où Liz fait une fausse couche tardive qui révèle qu'elle a un cancer. Pas d'autre choix que de subir une hystérectomie et de devoir faire le deuil de la maternité, à 35 ans. Mais par chance la sœur de Liz, sage-femme dans un hôpital de Californie, a une collègue qui a déjà deux enfants et qui rêve d'être mère porteuse. Alex et Liz pourront avoir cet enfant qu'ils désirent tant.

Que de maladresse dans ce conte de fées. Comme elle en a l'habitude Pauline Bureau a écrit en se basant sur des témoignages. On regrette ici l'angélisme de l'histoire. Et la simplicité du traitement. Tout se passe presque trop bien une fois le diagnostic posé et la décision de la GPA prise : pas besoin de chercher la mère porteuse, elle est là spontanément et elle a le profil idéal. Pas de problème d'argent qui ne soit réglé par un rapide coup de fil au banquier (l'achat de l'appartement attendra). Aucun problème pendant la grossesse, jusqu'à l'enfant qui a le bon goût d'attendre que ses parents débarquent de l'avion en Californie pour pointer le bout de son nez. Sans compter la miraculeuse acceptation par la grand-mère au départ si critique, et un passage assez gnangnan réunissant trois générations autour du bain du bébé.

Le texte montre beaucoup de faiblesses, ne faisant qu'effleurer certaines questions (la motivation de la mère porteuse, la marchandisation du corps de la femme), voir les éludant totalement (comme le ressenti des enfants qui ont accompagné la grossesse d'un petit frère ou d'une petite sœur qu'ils ne connaîtront pas). Les personnages manquent d'épaisseur : Liz (Marie Nicolle) à qui le micro donne une voix froide, monotone, distante, sauf furtivement quand elle traverse une dépression post-opératoire ; Alex (le très bon Nicolas Chupin) qui a peu d'espace pour exprimer ses ressentis, sauf quand il parle de ce désir d'enfant face au fonctionnaire qui refuse de transcrire l'acte de naissance de sa fille Océane ; le père de Liz ombre d'une femme caricaturée à l'extrême pour atteindre le ridicule  (Martine Chevalier), Rose (Maria Mc Clurg), la future mère porteuse, dont les motivations sont hésitantes. Si Pauline Bureau ne veut pas prendre parti ni faire de ce spectacle un théâtre documentaire, elle prend parfois des parti pris de mise en scène, de texte ou de direction d'acteur qui peuvent donner une vision très critique ou trop simple des sujets douloureux qui sont évoqués. Quant au choix de la profession de marionnettiste pour Alex, inclut-il une notion subliminale de manipulation ?

Le beau et imposant décor concourt au sentiment de longueur qui pèse sur tout le spectacle. Près d'une heure avant d'arriver à parler de la GPA, une fin sur un monologue d'Océane, la fille de Liz et d'Alex, enfant à haut potentiel, qui part dans un discours new âge totalement hors sujet. Le lent mouvement du plateau modulaire casse empêche la fluidité du passage d'une scène à l'autre, figeant les comédiens, multipliant les noirs. La direction d'acteur s'en ressent aussi. On a souvent du mal à être en empathie avec le couple Liz / Alex tant les longueurs mettent de la distance entre le spectateur et leur histoire.

Il y a pourtant quelques beaux moments, trop rares, lorsque la poésie ou le rêve s'emparent du plateau, comme la danse de Rose enceinte, la fusion des corps des deux mères, le désir d'enfant du père. 

En bref : Faux pas pour Pauline Bureau qui nous avait habitués à plus de rigueur et de profondeur dans ses créations. Reste un spectacle qui interpelle et suscite le questionnement de chacun sur la question du désir d'enfants et de la GPA.

Pour autrui, texte et mise en scène Pauline Bureau, avec Yann Burlot Martine Chevallier, Nicolas Chupin, Rebecca Finet, Sonia Floire, Camille Garcia, Maria Mc Clurg, Marie Nicolle, Anthony Roullier, Maximilien Seweryn

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre de la Colline
15 Rue Malte Brun 75020 Paris
du 21 septembre au 17 octobre 2020
puis en tournée en France jusqu'en avril 2022

Crédit photo @Christophe Raynaud de Lâge

samedi 5 octobre 2019

ELEPHANT MAN - Folies Bergères

UN DUO EXPLOSIF QUI FAIT PSCHITT
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C'est un des rendez-vous attendus de cette première partie de saison : la confrontation sur scène du couple sulfureux Joey Starr / Béatrice Dalle. La déception est à la hauteur de l'attente. Le couple atomique ne convainc pas dans une mise en scène qui manque de rythme.

Joseph Merrick est un phénomène de foire. Dans le Londres de 1884 il est Elephant Man, la pièce maîtresse du spectacle présenté par le vil Ross, coincé entre la femme à barbe et les sœurs siamoises. Quand le Professeur Treves le découvre il achète sa liberté et l'héberge dans son hôpital. John Merrick ne cessera d'être une curiosité. Atteint de malformations sur tout le corps, rendu complètement difforme, après le peuple ce sont les scientifiques et les bourgeois qui viennent le voir. Une courte vie de misère qui ne connaîtra de répit que dans le regard d'une femme, Madame Kendall, une actrice célèbre qui tombera amoureuse de lui.

Chacun se souvient du film de David Lynch. Tourné en noir et blanc il a ému plus d'une génération de cinéphiles. C'est cette histoire vraie que David Bobée met en scène, à partir d'une traduction de la pièce de Bernard Pomerance. Il confie le rôle de John Merrick à Joey Starr.

Dès la première scène on est en empathie pour ce personnage soumis à la cruauté du monde. John Merrick est montré dans toute son humanité, par opposition à tous ceux, de Ross, le propriétaire de salle de spectacle, au gardien de l'hôpital, qui profitent du handicap du pauvre homme pour tenter d'en tirer avantage. Joey Starr compose une interprétation à la fois forte et sensible, puissante et touchante.

Tout comme lors de la création de la pièce à Broadway Joey Starr n'est pas maquillé ni équipé de quelque dispositif qui rendrait son corps difforme. Il s'exprime par des sons rauques. Lorsqu'il se décide à parler c'est d'une voix qui semble déformée, comme un vibrato. Une démarche lourde, hésitante, un regard vide, hagard. Le monstre n'est pas sur scène, il est dans le regard que les autres portent sur lui. C'est que veut montrer le texte et la mise en scène de David Bobée : un message de tolérance tout en nous amenant à nous demander qui est le plus monstrueux de John Merrick ou de ses visiteurs.

Face à lui Christophe Grégoire est un Docteur Treves sensible. Il exprime toute l'ambivalence de ce scientifique partagé entre la curiosité de son art et la sincérité de l'homme touché par l'humanité de son patient qu'il tentera de protéger du mieux qu'il peut.

Autour de ces deux personnages la troupe est très inégale. La pièce traîne en longueur, mal servie par un texte faible. David Bobée a mis l'accent sur le fantastique, la psychologie, la pensée intérieure. Les scènes de jour alternent avec des fantasmagories cauchemardesques où les pensées de Merrick s'expriment dans la danse inquiétante d'une danseuse reptilienne (étonnante Xio Yi Liu). Béatrice Dalle passe complètement à côté du rôle de Madame Kendall. Là où on attendait une confrontation puissante, ses scènes avec Joey Starr sont d'une platitude déconcertante.

Il y a néanmoins quelques bonnes idées dans la mise en scène. Ainsi cette scène à la fin de la première partie ou chacun exprime l'humanité de John Merrick "Il est comme moi" tandis que l'homme humble et discret, construit une maquette de cathédrale. Mais c'est dans la belle création musicale et non pas dans le texte ni l'interprétation qu'il faut chercher la montée en puissance de la dramaturgie. Le décor blanc de l'hôpital en ajoute dans la froideur et au bout du compte l'émotion ne nous saisis pas comme on l'aurait espéré.

En bref : une rencontre explosive qui fait pchitt. Un texte et une mise en scène qui rendent pesantes les 3h de spectacle. Reste la prestation puissante et émouvante de Joey Starr.

Elephant Man, texte de Bernard Pomerance traduit par Pascal Colin, adaptation libre Pascal Colin et David Bobée, mise en scène David Bobée assisté de Sophie Colleu, avec Joey Starr, Béatrice Dalle, Christophe Grégoire, Michael Cohen, Clémence Ardoin, Gregori Miège, Xio Yi Liu, Radouan Leflahi, Papythio Matoudidi, Luc Bruyère, Arnaud Chéron. Création lumière Stéphane Babi Aubret, scénographie Aurélie Lemaignen et David Bobée, création musicale Jean-Noël Françoise, création vidéo Wojtek Dorszuk

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Folies Bergères
32 Rue Richer 75009 Paris
Du 3 au 20 octobre 2019


crédit photo @Arnaud Bertereau

jeudi 18 juillet 2019

AFTER THE END

TROP DE FRAÎCHEUR
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Louise se réveille dans un abris souterrain. Mark lui annonce qu'il y a eu un attentat, une explosion atomique. Il l'a sauvée en l'amenant dans cet abri, mais ils doivent rester enfermés, en sécurité, le temps que les secours les trouvent. Dans ce huis clos Dennis Kelly, qui affectionne le genre, aborde à nouveau la question des rapports de domination. Un sujet intéressant mais un traitement décevant.

Créée en août 2005, quelques semaines après les attentats qui secouèrent Londres cet été-là, la pièce de Dennis Kelly s'interroge sur qui sont les monstres, sur notre façon d'aborder le bien et le mal. Mark et Louise sont des adolescents. Elle est plutôt populaire, lui est plutôt le souffre-douleur. L'événement décrit par Mark et qui les conduit dans cet espace clos et restreint va mettre à l'épreuve les rapports qui les lient ou qui les séparent. Les rôles de dominant / dominé s'inversent, se retournent. Est-il le gentil qu'il prétend être? Est-elle le monstre d'égoïsme et de moquerie qu'il lui assigne ?

"After the end" se présente donc comme un huis clos glaçant doublé d'un thriller psychologique. Si le fond du sujet est digne d'intérêt la direction d'acteurs peine à faire ressentir de la compassion et de l'intérêt pour ces adolescents. Si Marie Petiot (Louise) est globalement convaincante dans le rôle de l'adolescente doublement perturbée par l'attentat et l'enfermement forcé avec un individu dont elle va rapidement se méfier, Xavier Guelfi manque de maturité dans son jeu d'acteur pour nous faire adhérer à son personnage d'adolescent noyé dans son mal-être, à l'humeur changeante, parfois timide et maladroit, souvent colérique et violent.

En bref : un sujet intéressant pour un texte de qualité mais un spectacle qui pêche par un traitement maladroit. Déception.

After the end, de Dennis Kelly, mise en scène Antonin Chalon, avec Xavier Guelfi et Marie Petiot, scénographie & costumes Salma Bordes, lumières Quentin Maudet et Antonin Chalon, son Rémi Billardon et Antoine Henry de Villeneuve

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
La Manufacture
Rue des Ecoles 84000 Avignon
du 5 au 25 juillet 2019 - 13h40 - durée : 1h15

Crédit photo @C. Raynaud Delage

mercredi 17 avril 2019

LE VOYAGE DE G. MASTORNA - Comédie Française

UN MAKING-OFF PAS INDISPENSABLE
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Pour sa deuxième collaboration avec la Comédie Française, après "Comme une pierre qui roule",  Marie Rémond s'empare d'un projet avorté de Federico Fellini : le tournage jamais abouti d'un film ambitieux : Le voyage de G. Mastorna. Une réflexion sur la création, la vie, la mort. Hélas le spectacle mis en scène par Marie Rémond semble aussi inabouti que le film auquel il se réfère.

UN PROJET AMBITIEUX AVORTE

En 1965 Federico Fellini entame ce qui devait être son projet le plus ambitieux de sa carrière. Au travers le destin d'un violoniste victime d'un accident d'avion Fellini nous entraîne dans un monde entre ciel et terre, entre vivants et morts, à la recherche du sens de la vie.

C'est dans un espace bi-frontal (qui semble devenir la règle au théâtre du Vieux Colombier) que va se situer l'action. Nous assistons aux coulisses de la création : un plateau de production avec ses loges, sa régie, ses accessoires, ses lumières, ses essais pour le casting. Serge Bagdassarian est un magnifique Fellini, un réalisateur en pleine effervescence, taraudé par le doute "Vous mettez en mouvement des énergies dangereuses" lui a-t-on prédit. "Il faut respecter le mystère de la mort". Des remarques prémonitoires. Convoquant son acteur fétiche Marcello Mastroianni (Laurent Laffite crédible physiquement) le cinéaste se lance à corps perdu dans ce tournage de cauchemar qui n'aboutira jamais. On le voit entouré de sa fidèle collaboratrice Liliana Betti (sobrement  et justement interprétée par Jennifer Decker), son équipe technique avec son régisseur Rino (impeccable Jérémy Lopez), et les comédiens qui entourent G. Mastorna : Giovanni (Georgia Scalliet toujours excellente dans les rôles de nunuche), Daniele (Yoann Gasiorowski), Roberto (Alain Lenglet) et Nicolo (Nicolas Lourmeau).Les doutes du réalisateur gagnent toute l'équipe et le projet s'achemine vers l'échec et l'abandon.

BANCALE

La première partie du spectacle nous emporte avec rythme dans le tournage du film, dans un décor d’hôtel quelque part entre l'Allemagne et l'Italie. Ça vit comme on imagine le tumulte de la création : anarchique, bordélique, hésitante, frénétique, hésitante ou sûre, émouvante. Puis on bascule dans une seconde partie plus sombre où G. Mastorna, entouré d'une équipe que l'on a du mal à qualifier, va chercher un moment d'authenticité et de sincérité dans sa vie, ce moment qui sera la marque de son passage sur terre, le sens de sa vie. Une partie plus mystique où l'absence de Fellini / Bagdassarian se fait cruellement sentir et peine à transmettre la quête et la pensée du réalisateur. Le spectacle sombre dans l'ésotérisme, le flou, la lenteur et l'ennui.

A la sortie on balance entre deux sentiments. D'un côté on regrette que le film n'ai jamais pu se faire tant le projet portait en lui un souffle impressionnant. La création de Marie Rémond nous fait partager les affres et les difficultés de la création tant matériellement qu'intellectuellement, en axant sur le travail du réalisateur dans sa direction d'acteur. Hélas lorsque le spectacle bascule dans la spiritualité il perd de sa puissance et nous inflige une dernière demi-heure bien trop longue et bien trop lourde.

On regrette également le manque de profondeur des personnages secondaires. Si le jeu des comédiens n'est pas en cause tant ils sont excellents quoi qu'ils fassent, on peut regretter que seuls les rôles de Fellini et de Mastroianni soient plus ou moins développés. Tous les autres ne sont que survolés, sans profondeur, simples figurants de cette histoire de création. Quel dommage de gâcher ainsi tant de talents.


En bref : une adaptation qui fait regretter que le film n'ait pas abouti, mais un spectacle dispensable qui, malgré le talent de la troupe, Serge Bagdassarian en tête, laisse comme interrogation l'intérêt de créer ce making-off.

Le voyage de G. Mastorna, d'après Federico Fellini, mises en scène Marie Rémond, avec Alain Lenglet, Serge Bagdassarian, Nicolas Lourmeau, Georgia Scalliet, Jérémy Lopez, Jennifer Decker, Laurent Laffitte, Yoann Gasiorowski

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française - Théâtre du Vieux Colombier
21 rue du Vieux Colombier 75006 Paris
Du 28 mars au 5 mai 2019 - Durée : 2h

samedi 2 février 2019

LES OUBLIES - Comédie Française

OUBLIONS CES OUBLIES
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Quand la Comédie Française invite le Birgit Ensemble pour un spectacle sur la relation "je t'aime, moi non plus" qui lie la France et l'Algérie, on se dit que ce sujet que tout le monde évite en France depuis des décennies va enfin trouver un traitement intéressant. Quelle déception ! (malgré la qualité de la troupe formidable).

Julie Bertin et Jade Herbulot qui forment le Birgit Ensemble, avait marqué le Festival d'Avignon 2017 en abordant l'histoire de l'Europe d'Athènes à Sarajevo. Ce collectif qui met l'Histoire au centre de la création arrive donc au Théâtre du Vieux Colombier avec "Les oubliés - Alger -Paris" ou comment la grandie Histoire a marqué durablement la petite histoire de ces oubliés de la décolonisation.

DES BLESSURES TOUJOURS BÉANTES

Dans un dispositif bi frontal comme cela devient presque la norme dans cette salle, nous voici les témoins du mariage entre Alice Legendre, fille de la bourgeoisie parisienne, et Karim, le français fils d'émigrés algériens, devenu avocat. La scène se passe en 2019. Les deux familles se rencontrent pour la première fois. Parents, amis, personnel de la mairie, chacun à son tour nous livrera en vidéo, filmé en coulisse, les liens qu'il ou elle entretient avec l'Algérie. Et bien sûr les non-dits de ces histoires individuelles faites de mariages mixtes, de départs forcés, de blessures ouvertes par la guerre et jamais refermées, tout ce que chacun tait depuis des décennies va sortir, éclater, gâcher la fête.

Mais pour bien comprendre d'où cela vient le spectacle nous ramène régulièrement dans le passé, à l'instant qui est l'une des genèses de cette douloureuse histoire entre deux peuples. Nous voyageons donc entre 2019 et 1958/1962, entre aujourd'hui et la IVe et la Ve République, entre la salle des mariages d'une mairie parisienne et le bureau du Général de Gaulle. Et pour bien nous faire comprendre dans quelle époque nous sommes, au cas où ne saurions pas nous repérer grâces aux costumes (surtout pour 2019) la date s'affiche à chaque fois sur les écrans au-dessus de la scène.

MAIS IL Y A UN MAIS

Sur le principe, pourquoi pas. Là où ça cloche c'est dans la manière. Les scènes impliquant la politique et les réflexions du Général De Gaule sont d'un didactique difficilement supportable. On a droit à un cours de droit institutionnel et seul le discours du grand Charles prend du relief dans un océan d'ennui. Quant à l'histoire du mariage mixte, on se croirait dans une mauvaise télé novella, ponctuée de poncifs et de lieux communs.

Le seul élément qui a retient l'attention est la qualité du jeu de cette belle troupe de la Comédie Française, même s'il ne sont hélas pas tous traité à égalité. Si Elliot Jennicot est sous-exploité dans le rôle du technicien de la mairie (je vous passe sa bataille contre la fuite d'eau, piètre symbole d'une république et d'une famille qui partent à la dérive) il a droit à une petite consolation avec le rôle du Général Challe,. Si Sylvia Bergé est à la peine en maire elle est parfaite en secrétaire du Président. Nazim Boudjenah, Jérôme Pouly et Pauline Clément s'en tirent honorablement respectivement en marié, cousin / gouverneur, mariée. Bruno Raffaelli est un Général de Gaulle relativement crédible et un père de la mariée qu'on aime détester. Ils en restent 3 qui sortent du lot. Qu'elle soit la discrète Yvonne ou la mère de la mariée à la sagesse remarquable, Danielle Lebrun est toujours aussi admirable et lumineuse. Eric Génovèse est méconnaissable et remarquable tant en responsable de l'intendance de la mairie qu'en Michel Debré, Garde des Sceaux. Et enfin il y a le formidable Serge Badgassarian qui transforme chaque moment aussi insignifiant soit-il en un bonheur, qu'il soit ami du marié et de la maire ou directeur du cabinet présidentiel.

En bref : Et c'est ainsi que cette chronique d'un spectacle raté se transforme en déclaration d'amour à une troupe qui par sa qualité exceptionnelle a su maintenir mon intérêt pendant 2h10 malgré un texte et une mise en scène d'une grande faiblesse.

Les oubliés, Alger-Paris, texte et mise en scène Julie Bertin et Jade Herbulot - Le Birgit Ensemble, avec Sylvia Bergé, Eric Génovèse, Bruno Raffaelli, Jérôme Pouly, Serge Bagdassarian, Nazim Boudjenah, Danièle Lebrun, Elliot Jenicot, Pauline Clément.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française - Théâtre du Vieux Colombier
21 Rue du Vieux Colombier 75006 Paris
du 24 janvier au 10 mars 2019



Crédit photo @Christophe Raynaud de Lage
Vu janvier 2019 - Théâtre du Vieux Colombier

dimanche 30 septembre 2018

CALLISTO ET ARCAS - Théâtre des Bouffes du Nord

WEINSTEIN SORS DE CE CORPS !

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Arcas a 15 ans et devient un homme. Armé de son arc il va pouvoir s'adonner aux plaisirs de la chasse dans cette forêt qu'il aime tant. Mais l'enfant qui cède la place à l'adulte garde le manque de cette mère qu'il n'a pas connue et qui le hante.

Flashback. Nous voici 15 ans plus tôt. Jupiter flashe sur Callisto, mais sa réputation le précède et il ne peut l'approcher directement tant elle se méfie de lui (comme toutes les nymphes et toutes les femmes). Il imagine un stratagème : devenir une femme.

Ici on pousse au maximum les métamorphoses. Dans cette mise en scène par Guillaume Vincent de ce mythe d'Ovide Jupiter se fait assistante de producteur de cinéma pour abuser de Callisto. La mythologie rejoint l'actualité et les interrogations sociétales de 2018. Comment ne pas penser à Weinstein, au mouvement #MeToo ou au débat sur le genre. En naviguant continuellement entre mythologie et monde contemporain le texte d'Ovide perd de sa substance et l'histoire de la grande et de la petite ourse transpirent à peine malgré les rappels dans la vidéo et la forêt.


Emilie Incerti Formentini et Vincent Dedienne, malgré la qualité de leur interprétation, n'arrivent pas à faire de ce spectacle un grand moment. Si Emilie Incerti Formentini est touchante et émouvante, Vincent Dedienne se régale à semer le trouble à jouer la comédie. Anton Froehly est un Arcas adolescent plus vrai que nature.

En bref : malgré les qualités de l'interprétation et même si on passe un moment agréable avec cette forme courte (50 mn), une adaptation d'Ovide qui ne restera pas dans les annales tant le mélange entre mythologie et problématiques contemporaines manque de profondeur d'analyse.

Callisto et Arcas, d'après Ovide, adaptation et mise en scène Guillaume Vincent, avec Emilie Incerti Formentini, Vincent Dedienne et Anton Froehly.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Bouffes du Nord
37 bis boulevard de la Chapelle 75010 Paris
du 15 au 27 septembre 2018


Crédit photo @Audouin Desforges

dimanche 8 juillet 2018

OU EST JEAN-LOUIS ?

STAR D'UN SOIR !

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Envie de connaître les sensations du comédiens face au public parisien ? Au théâtre de la Michodière "Où est Jean-Louis" vous offre la possibilité d'être la star d'un soir.

L'intrigue est légère, le texte aussi : Philippe organise une soirée déterminante pour l'avenir de sa boîte qui est en difficulté. Il a invité un investisseur potentiel et réunit ses principaux collaborateurs. Mais l'un d'entre eux manque à l'appel. Enfin le comédien qui joue le rôle est absent. C'est donc un volontaire dans le public qui va prendre sa place.

En fait dans la soirée trois Jean-Louis vont se succéder. Trois spectateurs choisis au hasard parmi ceux qui se sont portés volontaires en remplissant un petit papier avant de s'installer dans le public. Si vous êtes chanceux / chanceuse vous aurez trois beaux numéros d'improvisation. Parce qu'il faut bien le reconnaître il faut avoir du cran pour oser passez de spectateur à acteur.

On l'a dit plus haut, ce n'est pas la qualité du texte qui retient l'attention (désolée pour Gaëlle Gauthier). "Où est Jean-Louis" s'inscrirait très bien dans la tradition du Café de la Gare. Du théâtre de boulevard qui tire sur la corde de l'absurde avec 5 acteurs aguerris à jouer la comédie. Flavie Péan assiste stoïquement à cette soirée où tout semble déraper. Sébastien Pierre en fait des caisses avec son maquillage et accessoires évolutifs, Loïc Legendre et Alexandre Texier jouent les troublions, Karine Dubernet en fait des tonnes en dragueuse désinhibée. Quand à Arnaud Gidoin il donne au spectacle tout son rythme avec quelques moments assez délirants.

La mise en scène d'Arthur Jugnot est sans grande surprise. Ce qui va faire le succès de ce spectacle c'est la surprise d'un spectacle renouvelé chaque soir au gré des invités surprise piochés dans le public. Arnaud Gidoin les accueille avec une grande bienveillance et la troupe n'est pas en reste car tous font un beau travail d'adaptation et d'improvisations.

Mais pour ne rien vous cacher, dans le style participatif je préfère retourner voir "Derniers coups de ciseaux".

En bref : une comédie de boulevard qui se renouvelle chaque soir grâce au jeu d'improvisation entre comédiens et volontaires du public. Envie de connaître les sensations de l'acteur ? Tentez votre chance.

"Où est Jean-Louis", de Gaëlle Gauthier, mis en scène par Arthur Jugnot, avec Arnaud Gidoin, Alexandre Texier, Flavie Péan, Sébastien Pierre, Loïc Legendre, Karine Dubernet...et vous peut-être

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de la Michodière
4 bis rue de la Michodière 7500 Paris
A partir du 15 juin 2018 - du mardi au samedi à 21h

lundi 15 janvier 2018

HISTOIRE DU SOLDAT

QUAND STRAVINSKY REVISITE FAUST
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Reprise au Poche Montparnasse d'un succès public et critique de la fin de saison 2016/2017. Une fable de 1918 née de l'amitié entre Stravinski et Ramuz. Petite déception malgré de bons comédiens


LE MYTHE DE FAUST

Bénéficiant d'une permission de 15 jours un jeune soldat rescapé de la guerre croise la route du diable. Il lui vend son violon (son âme) contre un livre qui lui permettra d'être riche. La transaction lui permettra-t-elle pour autant de trouver le bonheur ?

Cette réécriture du mythe de Faust est le fruit de l'amitié entre le compositeur Igor Stravinski et l'écrivain et poète suisse Ramuz. Ecrit en 1918, avant la fin de la Première Guerre mondiale, cette fable musicale et théâtrale était destinée à une forme de théâtre itinérant, pour aller au-devant d'un public qui n'y avait pas accès à cette forme de culture. Elle s'inspire d'un conte populaire russe.

Sur la petite scène du théâtre du Poche les 7 musiciens et le chef d'orchestre sont bien tassés. Trompette, flûte, hautbois, batterie, violoncelle, violon et tuba laissent peu de place aux trois comédiens qui nous présentent cette forme de théâtre originale.

BELLE INTERPRÉTATION MAIS...

Claude Aufaure en est le narrateur. Entre parlé et parole chantée ou tout du moins en rythme avec la musique (cela s'appelle le sprechgesang nous apprend @spectatif) il est le spectateur actif de l'histoire de ce soldat qui vend son âme au diable. C'est Julien Alluguette qui reprend le rôle du soldat. Il lui donne avec réussite la jeunesse et la naïveté qui sied au personnage. Lucinio Da Silva est un diable fourbe et malin comme il se doit. Sautillant, envoûtant, il manipule le pauvre gamin dont on imagine tout ce qu'il a vécu au combat et combien il peut aspirer à retrouver son village, sa maison, sa mère, en un mot comme en cent : la paix. Et même s'il est jeune et encore relativement innocent, il garde suffisamment de lucidité pour essayer de contourner les pièges que le diable dresse sur sa route pour l'empêcher d'atteindre son but.

La princesse (Aurélie Loussouar ou Malou Utricht en alternance) est une danseuse. Apparaissant par magie du fond de la salle elle surgit et telle une ballerine de boÏte musicale elle offre un moment de poésie dont la magie est atténuée par le peu d'espace dont elle dispose, donnant une danse un peu rigide.

La musique de Stravinski est omniprésente. On aimerait parfois qu'elle le soit moins. face à la contrainte spatiale imposée par la présence sur scène de ce petit orchestre, la mise en scène est réduite à sa plus simple expression, ce qui sied bien à la forme de la fable. Les 7 jeunes musiciens de l'orchestre-atelier Ostinato sont très bien dirigés par leur chef d'orchestre. Les notes concourent à créer une atmosphère onirique et l'osmose se fait avec les comédiens.

Malgré toutes ces qualités le charme n'a pas opéré sur moi. Les trois comédiens sont excellents mais la fable et les mésaventures de ce jeune soldat ne m'ont pas vraiment touchée.


Histoire du soldat de Ramuz et Stravinsky, mis en scène par Stéphan Druet, direction musicale Jean-Luc Tingaud, chefs d'orchestre (en alternance)Olivier Dejours, Jean-Luc Tingaud et Loïc Olivier, avec Claude Aufaure, Julien Alluguette, Lucinio Da Silva, Aurélie Loussouarn ou Malou Utrecht (en alternance).

En bref : une fable entre théâtre et musique, portée par un orchestre jeune et au talent prometteur accompagnant trois comédiens dont les qualités ne sont pas en reste, mais qui au final n'a pas su me toucher sans que je sache vraiment dire pourquoi.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
75 Boulevard du Montparnasse 75006 Paris
A partir du 4 janvier 2018
du mardi au samedi 19h - dimanche 17h30


Vu janvier 2018 - Poche Montparnasse Paris
Crédit photo @Brigitte Enguerrand

lundi 11 décembre 2017

BELLA FIGURA

YASMINA REZA S'ENLISE DANS LA VACUITÉ DE SES PERSONNAGES
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Un couple adultère qui croise la meilleure amie de la femme trompée, des vies qui patinent, une classe privilégiée qui perd les pédales : malgré la qualité de jeu d'Emmanuelle Devos la nouvelle pièce de Yasmina Reza s'enlise dans les clichés et l'ennui. Dommage


DES VIES QUI PATINENT

Boris et Andréa sont amants depuis si longtemps qu'ils ressemblent à un vieux couple qui n'a plus rien à se dire. Pourquoi ce soir-là a-t-il choisi de l'emmener dans un restaurant recommandé par sa femme ? Pas surprenant dès lors qu'arrivés sur place ils se retrouvent nez-à-nez avec Françoise, la meilleure amie de l'épouse trompée, qui est venue en famille fêter l'anniversaire de sa belle-mère.  La soirée s'annonce calamiteuse pour chacun des protagonistes.

Yasmina Reza met régulièrement en scène les travers de la bourgeoisie. On se souvient des très réussis Art (repris en janvier 2018 au Théâtre Antoine) ou encore du Dieu du carnage adapté au cinéma par Roman Polanski. Sa plume affutée sait souvent dresser des portraits fins, travaillés, percutants, et mettre en scène des situations d'une absurdité criante de vérité. Las Bella Figura nous laisse sur notre faim. Les personnages de cette bourgeoisie de province sont caricaturaux. Boris (Louis-Do de Lencquesaing) est un chef d'entreprise au bord du dépôt de bilan, Françoise (Camille Japy) une amie de la famille plus coincée qu'une nonne, Eric (Micha Lescot) un fils dépassé par la situation dont il semble se moquer complètement, Yvonne (Josiane Stoléru) perd la tête et Andréa (Emmanuelle Devos) une maîtresse en colère qui essaie de surnager au-dessus de ce chaos.

UNE MISE EN SCÈNE SANS PROFONDEUR

Sauf qu'il ne sort rien de cette soirée qui traîne en longueur, ci ce n'est un profond ennui généré par le vide des personnages qui ne avent pas commun gérer l'absurdité de leur vie et de la situation. Le texte et la mise en scène de Yasmina Reza manquent cruellement de profondeur. Les changements de décor se font au son d'une musique assourdissante. L'action tourne en rond. Les acteurs eux-même semblent en manque d'inspiration. Micha Lescot traîne son long corps, ses longs bras et ses longues mains sans énergie. Josiane Stoléru est une caricature peu crédible de femme au cerveau en déliquescence. Camille Japy s'énerve stérilement, sans trop y croire. Seule Emmanuelle Devos tire péniblement son épingle du jeu en donnant un peu de vie à Andréa.

En bref : Pour retrouver le talent de Yasmina Reza on attendra janvier pour retrouver Art au théâtre Antoine. Quand à Bella Figura, le talent d'Emmanuelle Devos ne suffit pas à sauver un texte et une mise en scène qui manquent de profondeur.

Bella Figura, texte et mise en scène de Yasmina Reza, avec Emmanuelle Devos, Camille Japy, Louis-Do de Lencquesaint, Micha Lescot, Josiane Stoleru

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
2 bis Avenue Franklin Rooseveldt 75008 Paris
du 7 novembre au 31 décembre 2017
Du mardi au samedi 21h - Dimanche 15h


Crédit photo @Pascal Victor
Vu Novembre 2017 - Théâtre du Rond Point

lundi 7 août 2017

LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH

DOULEUR DE L'EXIL
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Monsieur Linh est contraint de quitter son pays natal (que l'on suppose être le Vietnam mais c'est sans importance). Sur le bateau qui l'emporte loin de ses racines, loin du souvenir d'une famille et d'un village dévastés par la guerre, il n'emporte qu'une petite valise et sa petite-fille Sang Diu, ce qui signifie "Matin doux". La petite est d'une sagesse rare. Jamais un cri, jamais un pleur. Un petit ange. Quelque temps après son arrivée dans son pays d'exil M. Linh rencontre Bark. Lui aussi est seul depuis le décès de sa femme. Les deux hommes ne parlent pas la même langue mais leur solitude et leur douleur les rapprochent. L'un comme l'autre, bien que de culture différente, ne semblent animés que par le besoin de mémoire. Un devoir plus qu'un besoin.

Le texte de Philippe Claudel, publié en 2005, est presque un conte. L'adaptation théâtrale de Sylvie Dorliat a ce rythme lent du temps qui s'attarde et s'étire à n'en plus finir pour celui dont la douleur est trop intense. Le récit de l'histoire de M. Linh est dit avec pudeur mais aussi avec la distance du conteur, du regard extérieur, du témoin anonyme. La qualité de la scénographie et de l'ambiance sonore crée un univers légèrement onirique malgré la violence sourde qui transpire. La violence du passé, la violence de l'exil, la violence de l'accueil en terre étrangère, la violence de la solitude, du chagrin. Une violence qui pousse vers la folie. Et le même besoin de retrouver des repères.

Hélas l'interprétation et la direction d'acteur sans grand relief finissent par bercer le spectateur au détriment de l'émotion. Si l'auteur semble avoir voulu garder une certaine distance avec nos émotions, la chute ne saisi pas le spectateur comme elle le devrait. Dommage car on en perd beaucoup du message délivré par le conte.

En bref : Une belle écriture. Un beau texte sur l'exil, le besoin de repères, la solitude, le devoir de souvenir. Une mise en scène froide par excès de pudeur.

La petite fille de Monsieur Linh, d'après le livre de Philippe Claudel, adaptation et interprétation de Sylvie Dorliat, mise en scène de Célia Noguès.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
53 Rue Notre Dame des Champs 75006 Paris
Du 28 juin au 20 août 2017
Du mardi au samedi 19h - Dimanche 15h

Crédit photo @Philippe Claudel
Vu Août 2017 - Lucernaire Paris

vendredi 21 juillet 2017

SUR LA ROUTE DE MADISON

POURQUOI ?
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Francesca Johnson vit dans le fin fond de l'Iowa, état agricole par excellence, surnommé "The corn state" (l'état du maïs). Épouse et mère dévouée elle se retrouve seule pendant 4 jours alors que son mari et ses enfants sont parti à Des Moines, la capitale de l'état, pour la State Fare, la plus importante et plus grande foire agricole des USA. Une solitude qui ne va pas durer car le premier soir s'arrête Robert Kincaid, un photographe pour le National Geographic, qui cherche un vieux pont couvert pour un reportage. Commencent pour les deux quatre jours d'une passion dévorante et sans espoir qu'ils n'oublieront jamais. Francesca restera dans l'Iowa tandis que Robert retournera à New York et de par le monde.

Le roman de Robert James WALLER a été adapté pour le cinéma par Clint EASTWOOD qui partage l'affiche avec Meryl STREEP, nommée pour l'Oscar de la meilleure actrice pour ce rôle. Le film a remporté plusieurs récompenses dans le monde entier, y compris le César du meilleur film étranger.

Il fallait donc oser s'attaquer à ce chef-d'oeuvre de romantisme, de sobriété et de délicatesse. C'est Anne Bouvier qui s'attaque à la mise en scène de cette adaptation. Hélas ce n'est pas une réussite. Pourquoi avoir choisi de donner un accent à Clémentine CELARIE ? La comédienne semble concentrer toute sa concentration sur cette particularité donnée à son personnage en raison de son origine italienne. De fait elle en perd ses capacités de jeu et ne parvient pas à transmettre la complexité des émotions qui traversent Francesca, tiraillée entre sa loyauté envers sa famille et sa passion pour Richard qui est l'homme de sa vie et qu'elle n'oubliera jamais. Face aux faiblesses de cette direction d'acteur Jean-Pierre BOUVIER tire mieux son épingle du jeu, avec une interprétation plus naturelle de Robert, mais en tel décalage avec sa partenaire que le duo n'a pas de crédibilité. A aucun moment ils ne parviennent à faite oublier Clint EASTWOOK ni Meryl STREEP. A leur côté Gérald CESBRON a une présence anecdotique dans le rôle de Richard, le mari.

La scénographie est l'autre gros défaut de cette adaptation. Le plateau tournant imaginé pour représenter l'intérieur et l'extérieur de la maison nous donne le tournis à force de mouvement sans nécessité. Le mur étant transparent, nul besoin de faire pivoter le plateau pour nous monter le peu d'action se déroulant sur le perron de cette maison. Pour une fois on en regrette l'absence de vidéo qui aurait permis de visualiser ce pont couvert à l'origine de cette rencontre.

En bref : Pourquoi cette adaptation qui manque de tout ce qui fait le romantisme et la beauté du film de Clint Eastwood. Dommage pour les deux comédiens qui ont montré à de nombreuses autres occasions leurs qualités. On préférera revoir l'adaptation cinématographique

Sur la route de Madison, adaptation de Didier Caron et Dominique Deschamp d'après le roman de Robert James Waller, mise en scène de Anne Bouvier, avec Clémentine Célarié, Jean-Pierre Bouvier, Gérald Cesbron

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Théâtre du Chêne Noir
8 bis Rue Sainte Catherine 84000 Avignon
du 7 au 30 juillet 2017 - 19h45 - Durée : 1h30

J'AI SOIF

NÉCESSAIRE TEXTE DE PRIMO LEVI
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C'est en 2010 que Serge BARBUSCIA a imaginé ce projet, initialement en version piano, à la demande du cycle Musique sacrée en Avignon. En 2016 il le reprend en version deux orgues à la basilique Notre Dame des Doms dans le cadre du Festival d'Avignon. Cette année c'est au Théâtre du Balcon qu'il en présente une version pour instruments à cordes.


C'est accompagné par trois violonistes et un violoncelliste venus de Corée que le directeur de ce lieu permanent d'Avignon déclame le texte de Primo LEVI. J'AI SOIF s'inspire de "Si c'est un homme". Les musiciens du Quatuor Classic Radio interprètent "Les sept dernières paroles du Christ en croix" de Joseph HAYDN, renforçant la puissance dramatique du texte.


C'est à la fois un concert de musique sacrée et l'écoute d'un texte majeur, empreint d'humanisme. Un texte nécessaire, qu'il faut porter partout auprès de tous les publics, pour ne jamais oublier. C'est l'objectif de Serge BARBUSCIA avec ce projet qui parcourt le monde et s'adapte à tous les lieux, à tous les pays, sans barrière de langue.

En bref : un accompagnement musical de qualité pour le texte de Primo Levi. Serge  BARUSCIA en livre la forte intensité dramatique. Pour ne jamais oublier.


J'ai soif, d'après Primo Levi et Joseph Haydn, conçu et interprété par Serge Barbuscio, avec le Quatuor Classic Radio de Corée du Sud

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Théâtre du Balcon
38 Rue Guillaume Puy 84000 Avignon
Du 7 au 28 juillet 2017 (sauf mardis) - 13h45 - Durée : 1h10