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mardi 18 juillet 2023

UN JOUR, TOUT S'ILLUMINERA

           REINVENTER LE GESTE THÉÂTRAL

                                       ****

"Et vous, vous faites comment avec la misère ?". C'est par ces mots que le spectateur est interpellé. Cela commence avec trois personnes, deux hommes une femme, qui témoignent d'une agression. Nous sommes dans le nord de la France comme en témoigne l'accent. Témoignages de la violence et du racisme ordinaire. S'ensuit une enquête sur une maison incendiée la découverte du cadavre d'une vieille femme. Deux femmes sont interrogées. Elles refusent tout d'abord de parler, parlant de crainte de représailles, avant de commencer à parler sous la pression du commissaire.

 La compagnie La Troisième Génération est partie d'un documentaire de Mosco Boucault, aujourd'hui interdit de diffusion et également source d'inspiration d'un film réalisé par Arnault Desplechin, pour écrire ce spectacle qui retient l'intérêt sur deux points. Il y a tout d'abord le portrait d'une population vivant dans la misère, le décrochage social, une population oubliée des politiques publiques, victime des coupes budgétaires. Il y a le rêve et la réalité, cette dernière pouvant mener à des pactes sordides. Un décalage très bien montré par l'articulation du récit, le texte et l'interprétation des comédiens.

C'est le second point d'intérêt de cette création : le geste théâtral. La compagnie s'est inspirée de ces techniques du montage cinématographique et du séquençage de la BD pour créer des mouvements et déplacements qui changent le regard du spectateur. Perturbé dans ses habitudes celui-ci devient plus attentif au rapport entre le geste e le texte, relevant le décalage qu'il peut y avoir entre les deux, plus particulièrement dans cette enquête, tant dans les interrogatoires que dans les reconstitutions, mettant en évidence les incohérences et divergences dans les propos et comportements des deux jeunes femmes.

Cette volonté très claire de mettre en avant le corps comme rarement au théâtre est d'une très grande force. Le regard et l'esprit sont captivés par ces déplacements, ces mouvements inattendus, parfaitement maîtrisés, qui donne une autre perception du réel. Effet accentué par un décor minimaliste et une lumière qui constitue à part entière la scénographie, avec un accompagnement sonore qui reprend celui du film "Roubaix, une lumière".

En bref : une plongée dans les recoins de l'âme humaine pour tenter de comprendre la société et une réinvention du geste théâtral avec un jeu chorégraphique qui pousse le spectateur à avoir un regard différent. Remarquable ! Déroutant ! Coup de cœur !

Un jour tout s'illuminera, mise en scène et adaptation Sergi emiliano i Griell, avec Agnès Delachair, Jules-Angelo Bigarnet, Clémentine Marchand, Faustine Tournan, Paul Jeanson et Matthieu Carrani, lumières Geoffroy Adragna, création sonotre Claire Cahu et Félix Marty, scénographie Philippe Casaban et Eric Charbeau, costumes Isabelle Deffin, voix off Perrine Marillier

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
Le Train Bleu
du 7 au 25 juillet - jours impairs - 10h55 - durée : 1h

Crédit photo @Nathanael Charpentier

dimanche 16 juillet 2023

DETOURS ET AUTRES DIGRESSIONS

 DE L'ART DE LA CREATION
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Dès les premières minutes le ton est donné : déjanté, décalé. A quoi assistons-nous ? A une conférence ? A une pièce de théâtre ? A un OTNI (Objet Théâtral Non Identifié) c'est certain. Le petit accent belge des deux comédiens et le nom de la compagnie (la fabrique imaginaire) doivent nous mettre la puce à l'oreille : il s'agit bien d'une mise en abîme pleine d'autodérision.

Eve Bonfanti et Yves Hundstad nous accueillent comme si nous allions assister à une rencontre pour parler d'un film documentaire sur le processus de création de leur spectacle, lequel doit être présenté dans un festival au Québec dans quelques semaines.

Sous des apparence d'improvisation constante on est en fait frappé par la perfection de jeu. Tout est calibré au dixième de seconde. Et l'air de rien c'est tout, oui tout ce qui participe au processus de création puis de diffusion d'un spectacle qui est abordé, mis en scène sans y paraitre avec un naturel sidérant. De la naissance d'une idée à l'écriture, des contraintes de l'espace à la fiche technique non lue, de la mise en scène à l'interview de promotion, des accessoires à la communication, etc.

C'est fin, drôle, juste, pertinent.

En bref : un spectacle criant de vérité sur la création de bout en bout d'un spectacle, l'humour belge en plus

Détours et autres digressions, de et avec Eve Bonfanti et Yves Hundstad, mise en scène des auteurs, création lumière et son Léonard Clarys 

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
Théâtre Girasole
Du 7 au 19 juillet - 17h45 - durée 1h15

jeudi 13 juillet 2023

DENALI

VICTIME OU COUPABLE ?
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L'histoire se passe en 2019, à Anchorage. Le corps d'une adolescente, Cyntia, est retrouvé dans une forêt, tuée d'une balle dans la nuque. Les deux dernières personnes à l'avoir vu vivante sont ses amis Denali et Kayden. Deux enquêteurs, Jessica Hays et Lenny Torres vont mener l'enquête et rapidement découvrir la vérité.

"Denali" est le récit de cette enquête. Construit comme une série policière le spectacle se déroule en trois parties, comme trois épisodes que l'on pourrait regarder lors d'un marathon série. Deux espaces se distinguent sur le plateau : un tiers est dédié à la salle d'interrogation, le présent. Le reste de l'espace scénique est le théâtre des flashbacks, des reconstitutions des faits. Un voile noir en avant-scène reçoit des projections : générique, lieux, dates.


"Denali" est l'histoire d'un fait divers sordide. Il met en scène une jeunesse désœuvrée, branchée séries télé, jeux vidéo et internet, autocentrée sur son image et qui est convaincue que la réussite c'est l'argent, et qu'il est facile d'en gagner, notamment grâce aux réseaux sociaux. C'est le portrait d'une partie d'une génération qui n'a plus de libre arbitre. Au travers de ce spectacle l'auteur s'interroge sur le statut de ces jeunes : coupables ou victimes ?

En reprenant tous les codes des séries TV policières, le script et la mise en scène ancrent ce fait divers dans l'univers de cette jeunesse : instantanéité, rapidité, proximité, goût pour le sordide. Les auteurs mettent ainsi le spectateur face à ses convictions, ses interrogations, ses contradictions.

Les jeunes comédiens sont tous d'une extrême justesse. En découvrant leurs histoires personnelles, leur environnement,  on finirait presque par comprendre les protagonistes sans pour autant être en empathie avec eux , L'accompagnement musical créé en live participe à l'ambiance noire d'un thriller addictif, de même que la scénographie.

En 2021 la maquette du spectacle a été présentée par Nicolas Le Bricquir lors du prix du Théâtre 13, et a reçu le prix du public.

En bref : coup de cœur pour spectacle complet à découvrir d'urgence

Denali, de Nicolas Le Bricquir, mise en scène de l'auteur, avec Lucie Brunet, Lou Guyot, Caroline Fouilhoux, Jeremy Lewin, Lauriane Mitchell, Guillaume Ravoire, Louise Guillaume (musique live)

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
La factory - Théâtre de l'Oulle - 19 Place Crillon Avignon
du 7 au 29 juillet - 15h30 - durée 1h30
Relâche les lundis

Crédit photo : @Lynda Mihoub - Agence LM

mardi 11 juillet 2023

DOLORES

POUR L'AMOUR DE MARIA
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Dans un cabaret désuet de Varsovie un homme se souvient. 1930. Avec sa sœur Maria il a dansé ici. "Imperio et Dolorès" ont fait les beaux jours de ce lieu. Leurs vrais noms : Maria et Sylvin Rubinstein. Le flamenco, il l'ont appris auprès des tziganes installés près de leur village, proche de la frontière russe, là où est restée leur maman. C'était avant la guerre, avant Hitler, avant le nazisme, avant le ghetto, la Shoah. L'Histoire a fini par séparer Maria et Sylvin. Lui a alors connu un destin hors norme : danseur, travesti, résistant, tueur de nazis.

Ils sont 7 sur scène pour interpréter les dizaines de personnages de cette fresque historique qui rend hommage à ces jumeaux, danseurs juifs au succès fulgurant stoppé par la guerre.

La mise en scène de Virginie Lemoine est toujours aussi délicate, sensible, fluide. Elle nous emporte dans la folie des années 1930 puis la violence de la Seconde Guerre mondiale. Le rythme est soutenu. Le récit de Sylvin âgé de 81 ans alterne avec les scènes de flashback, le tout dans un décor sobre et une lumière très travaillée.


Maria et Sylvin sont interprétés par deux duos : côté comédie Olivier Sitruk et Joséphine Thoby, côté danse Sharon Sultant et Ruben Molina, tous deux magnifiques dans les chorégraphies de Marjorie Ascione. Joséphine Thoby donne vie avec grâce innocence à Maria. Son sourire et son regard en font un être lumineux au destin tragique. Olivier Sitruk est impérial. Il passe en un clin d'œil du vieil homme secoué par les tremblements de la main et à la voix rauque au jeune homme qui va se battre pour sa sœur et sa mère. Autour d'eux François Feroleto est notamment un gradé allemand. Sharon Sultan, Ruben Molina et les musiciens se font aussi acteurs pour faire incarner les différents personnages de cette histoire.

En bref : un bel hommage sensible à un couple de danseurs oubliés. Olivier Sitruk est formidable au sein d'une troupe très juste.

Dolorès, de Yann Guillon et Stéphane Laporte, mise en scène Virginie Lemoine, avec Olivier Sitruk, François Feroleto, Joséphine Thoby, Sharon Sultan, Ruben Molina, Cristo Cortes (chant et musique), Dani Barba (musique), scénographie Grégoire Lemoine, Costumes Julia Allègre, lumières et vidéo Mehdi Izza, chorégraphie Marjorie Ascione en collaboration avec Sharon Sultan et Ruben Molkna

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 023
Théâtre Actuel - Rue Guillaume Puy
Du 7 au 29+ juillet - 17h35 - durée 1h2
représentation à 11h45 les 11 - 178 et 25 juillet

LE VOYAGE DE MOLIÈRE

ESPRIT DE TROUPE
***



Léo est étudiant en médecine pour faire plaisir à ses parents, mais son rêve c'est le théâtre. Pour passer cette audition il a appris presque toutes les comédies de Molière. Mais tétanisé par le trac il fait un malaise....et se réveille en 1656 à Pézenas, au sein de la troupe de l'Illustre Théâtre.

Ce voyage n'est pas celui de Molière mais bien celui de Léo.  Un voyage comme un songe, qui fait revivre la troupe de Molière avant qu'elle ne rejoigne Paris. On y croise Madeleine Bejard, toujours amoureuse de Jean-Baptiste Poquelin, mais qui sent qu'il lui échappe au profit d'Armande. Il y a aussi le truculent et jaloux Gros René et sa femme, la Duparc, la joyeuse Toinette et bien sûr Léo devenu Léandre.


L'action se situe à un moment charnière de la vie de Molière et de la troupe. Le plus populaire des dramaturges français doute, l'église commence à lui mettre des bâtons dans les roues, la province devient trop petite pour permettre à son talent de s'exprimer.

La scénographie cadre à l'époque, rappelant le théâtre de plateau et l'itinérance des troupes. Tous les comédiens sont très juste dans un très beau travail de troupe. Les anachronismes créés par l'éruption de Léo sont souvent drôles,  un peu lourds quand la troupe entonne "Hey Jude" à la fin d'une représentation.

En bref : un très bel hommage à Molière  au théâtre et à l'esprit de troupe,  porté par une belle équipe. 

Le voyage de Molière, de Pierre-Olivier Scotto et Jean-Philippe Daguerre, mise en scène  Jean-Philippe Daguerrre, avec G. Bourbier, S. Dauch, V.  Erhart, M. Hennekinne, C. Marzneff, T. Melis,G. Palisse, C. Ruby, costumes C. Rossi, musique P. Ruzicka, decors A. Milan, lumières M. Hill

C'EST OÙ ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
Chien qui fume
75 rue des Teinturiers 
Du  7 au 29 juillet - 12h35 - durée 1h35
Relâche 12 - 19 et 26
Crédit photo @Stéphane Audran

DARIUS

L'EVEIL DES SENS
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Claire est une maman hors du commun. Biologiste, chercheuse,  elle a un fils, Darius, polyhandicapé. Pour agrémenter  la vie de Darius et l'aider à vivre avec son handicap, Claire imagine que les odeurs permettraient lui permettraient de revivre les souvenirs des lieux qu'ils ont traversés du temps où Darius était plus mobile. Claire contacte Paul, un nez, célèbre concepteur de parfum. Celui-ci s'est retiré de la parfumerie mais finit par accepter le challenge que lui lance Claire. Au fil des mois, de leurs échanges, des défis, leurs vies vont être changées à jamais. 

Le spectacle est construit sur les échanges épistolaires entre Claire et Paul. Catherine Aymerie (Claire) incarne avec justesse cette maman déterminée à faire tout son possible et au-delà, pour faciliter la vie de son fils. On vibre au rythme de ses espoirs de ses déceptions, de l'impact de ces petits flacons de senteur sur la santé morale de Darius. François Cognard est tout aussi juste. Il nous touche par son propre parcours de résilience.

La mise en scène  d'André Nerman est assez classique pour ce type de format.  La scénographie nous propose deux espaces distincts pour créer les bureaux des deux personnages, qui ne se croiseront qu'une seule fois, en évitant l'écueil de la scène figée comme souvent dans ce format.

En bref : une belle histoire de résilience portée par deux solides comédiens.

Darius, de Jean-Benoît Patricot, mises en scène André Nerman, avec Catherine Aymerie et François Cognard, scénographie Stéphanie Laurent, lumière Kosta Asmanis, musique Laurent Clergeau

C'EST OÙ ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
Théâtre  les 3 Soleils
Du 7 au 29 juillet 2023 - 14h40 - durée 1h20
Relâche les mardis

Crédit photo @Jean-François Delon

dimanche 9 juillet 2023

SMILE

LE JOUR OU TOUT A BASCULÉ POUR CHARLOT
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Nous sommes à Londres, le 13 septembre 1910. Dans un petit café qui ne paie pas de mine, le Mitz, une jeune et jolie jeune femme attend quelqu'un. Un rendez-vous galant bien qu'elle ne soit pas certaine de savoir qui elle attend. Le barman, plutôt débonnaire, attend, lui, une lettre qui va changer sa vie. Le jeune homme, Charlie Chaplin, arrive avec 10mn de retard. Lui aussi a le sentiment que ce jour va changer sa vie.

La particularité de ce spectacle est qu'il est presque entièrement en noir et blanc : décor, costume, peau des comédiens. Il emprunte tous les codes du cinéma du début du 20e siècle : ombres et lumières, ralenti et accélération, rembobinage, muet, répétition, fond musical, gestuel.

Le spectacle est construit en 4 parties. La première nous montre la scène entre Ettie et Chaplin vue par le prisme du barman. Deux rembobinages nous donneront la vision d'Ettie puis celle de Charlie Chaplin. Enfin la dernière nous projette 11 ans plus tard.

Dan Menasche est un barman exubérant très présent dans la première partie. Pauline Bression donne à Ettie un charme fou. Elle est pétillante, drôle, sensible. Quant à  Alexandre Faitouni, il se glisse habilement dans un Charlie Chaplin peut-être déjà un peu trop Charlot avant l'heure.

En bref : un spectacle agréable et émouvant qui évoque un moment clé de la vie de Charlie Chaplin. Une jolie performance esthétique et un challenge pour les comédiens.

Smile, de Nicolas Nebot et Dan Menasche, mise en scène Nicolas Nebot, avec Paulne Bression, Dan Menasche, Alexandre Faitouni.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off - Les Béliers
Rue du Portail Magnanen
du 7 ai 29 juillet - 20h50 - durée : 1h15
Relâche 9 - 16 et 23

LA DERNIERE ALLUMETTE - LA LUMIERE DES MISERABLES

 MAGIE DES MOTS
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La scène s'ouvre sur une scène hivernale. Assise dans la neige, une petite fille semble transformée en statue de glace. Arrive un garçon. C'est Gavroche, descendu de sa barricade. Réalisant que la petite fille est encore vivante il va être touché par la fragilité, la détresse et la force de cette enfant de 8 ans, orpheline, abandonnée dans les rues de la ville où passé 6 ans tu ne fais plus pitié à personne.

Elle lui rappelle cette petite vendeuse d'allumettes d'une histoire qu'on lui racontait lorsqu'il était enfant. Elle reconnait Gavroche, connait son destin car il est inscrit dans le livre qu'elle garde avec elle, son trésor, seul souvenir de sa grand-mère défunte.




Et si, par le pouvoir de la volonté, par la magie d'une page blanche ces deux enfants abandonnés pouvaient échapper au destin tragique que leurs auteurs leur ont réservé ? Devant nous ces deux enfants vont prendre leur destin en main.

Le pari est audacieux de faire se rencontrer ces deux personnages de la littérature, qui ses ressemblent tant. Pari relevé haut la main par la Compagnie Premier Acte. On retrouve dans ce spectacle tout ce qui fait le charme de leur travail.

Cette fois encore la magie de Sarkis Tcheumlekdjian opére, l'esthétisme du décor, des lumières, des costumes. On retrouve la fidèle narratrice qui ici semble veiller sur ces deux orphelins, ces enfants dont "le poète veut qu'ils soient innocents". 

En bref : En s'appuyant sur les personnages de Victor Hugo et d'Anderson, la Compagnie Premier Acte questionne la condition des enfants, ici ou ailleurs, hier, aujourd'hui ou demain. Un spectacle d'une grande qualité en tous points.

La dernière allumette - la lumière des misérables, d'après Victor Hugo et Hans Christian Andersen, mises en scène Tarkis Tcheumlekdjian, avec Deborah Lamy, Alice Perrier, Inès Plancher, lumière Laetitia Bonnet, musique Gilbert Gandil

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023 
Théâtre du Petit Chien
Du 7 au 29 juillet - 10h30 les jours pairs - Durée : 1h05
Relâche le 19

Crédit photo : David Anémian


samedi 8 juillet 2023

APRES COUP

"NOUS TOUTES"
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Elles étaient quatre amies, soudées comme les doigts de la man. Enfin c'est ce qu'elles voulaient croire. Une fois par an elles se retrouvaient dans ce chalet pour quelques jours rien qu'à elles. Cette fois-ci elles ne sont que trois. Belinda n'est plus. C'est pour lui rendre hommage, quelques mois après le décès de leur amie, que Sophie, Magali et Ambre sont là. Chacune a apporté quelque chose en souvenir de Belinda (des chaussures, un vêtement, ses cendres pour les disperser dans ce lieu qu'elle aimait).

Petit à petit on va découvrir l'histoire de Belinda, femme de caractère, morte sous les coups de son compagnon. Pour les trois amies qui restent, depuis 3 mois ce n'est que doute, culpabilité, questionnement. Comment n'ont-elles pas vu ce que leur amie traversait ? Auraient-elles pu éviter ce drame ?

Le texte de Tadrina Hocking et Sandra Colombo aborde avec finesse ce sujet grave qu'est celui des violences faites aux femmes et plus particulièrement les féminicides, toujours trop nombreux dans notre société. Il y a dans ce spectacle beaucoup de tendresse, de l'humour, aucune volonté moralisatrice ni aucun pathos. Seulement poser le sujet au travers du prisme de l'amitié, de la sororité.

Les quatre comédiennes explorent les paradoxes de l'être humain. Ambre (Tadrina Hocking) interpelle par le masque d'insensibilité qu'elle s'impose, par sa fragilité qu'elle cache, par la froideur apparente. Sophie (Aude Roman) est la figure maternelle, celle qui s'était donné pour mission de veiller sur le groupe, celle qui est aussi la seule à être maman, à avoir une vie plus "rangée" avec surtout moins de temps libre. Sophie (Valérie Moinet) est la célibataire qui a réussi sa vie professionnelle, qui ne vit que pour son travail, lequel implique une forte présence sur les réseaux sociaux, au détriment, parfois, de ses relations dans la vraie vie. Pendant ce week-end particulier, elles vont être traversées par des émotions intenses. Il y aura des rires et des pleurs, des moments de complicité et des engueulades. Et il y aura l'ombre, le fantôme de Belinda (Gwenda Guthwasser), ses apparitions, son souvenir bienveillant.

La mise en scène de Christophe Luthringer est dynamique, juste, équilibrée, comme le jeu des quatre comédiennes.

En bref : un spectacle fort qui aborde avec finesse la question des féminicides et de l'impact sur l'entourage.

Après coup, de de Tadrina Hocking et Sandra Colombo, mise en scène Christophe Luthringer, avec Tadrina Hocking, Audre Roman, Valérie Moinet, Gwenda Guthwasser

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 202 - Théâtre des Carmes
du 7 au 26 juillet - 19h25 - durée 1h05
Relâche 13 et 20

Crédit photo : Lynda Mihoub

LA FORCE DU COQUELICOT

 TANT QU'IL Y A DE LA VIE...
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Au bord d'une falaise Félix rattrape Julie. A-t-elle voulue se jeter dans le vide ? Le dérapage de son vélo lui a-t-il évité la mort ? On a du mal à croire que cette pétillante femme ait voulu en finir avec la vie. Pourtant elle dit qu'elle n'est déjà plus en vie, que cette fibre l'a quittée : "je n'appelle plus ça vivre, j'appelle ça crever en longueur.". Félix, qui n'a pas l'ait non plus des plus heureux, va se transformer en Saint-Bernard.

Il y a beaucoup de magie, de douceur dans l'écriture de Lydia Cherton, dans la mise en scène de Bruno Banon, et dans le jeu des deux comédiens. Ces deux solitudes, ces deux êtres malheureux, esquintés, lui tordu, elle usée. Face à cette autre souffrance chacun va finir par laisser s'exprimer des émotions trop longtemps étouffées.

Au bout de la nuit, la lumière. La couleur peut revenir dans leur vie comme elle revient sur les arbres.

L'interprétation de Lydia Cherton et de Julien Joerger est tout en douceur. L'écriture est poétique. Le vélo magique.

En bref : on se laisse porter par la douceur et la poésie de l'écriture de Lydia Cherton et par l'interprétation des deux comédiens. Un spectacle qui fait du bien.

La force des coquelicots, de Lydia Cheerton, mise en scène Brunon Banon, avec Lydia Cherton et Julien Joerger, 

C'EST OU ? C'EST QUAND ? 

Avignon Off 2023
Espace Roseau - Teinturiers - 45 Rue des Teinturiers
Du 7 au 29 juillet - 16h50 - durée 1h20
Relâche 11 - 18 - 25






LES FEMMES DE LA MAISON

 MANQUE DE LISIBILITE
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Dans les années 1950 M. Joris offre à une femme une maison en banlieue. Elle est artiste, libre. Il l'a épousée pour qu'elle puisse être libre : dans sa vie de photographe, dans son corps, dans sa sexualité. Lorsqu'elle décide de vendre cette maison, quelques décennies plus tard, M. Joris va la racheter, plus ou moins secrètement. Il va la transformer en résidence pour femmes artistes. Vont dès lors se succéder jusqu'à aujourd'hui des femmes, peintres, sculptrices, performeuses, auteures, qui pendant quelques semaines pourront créer, s'exprimer, laisser libre cours à leur art.

Le nouveau spectacle de Pauline Salles nous parle de féminité, de féminisme, de place de la femme dans l'art, de l'art lui-même, de création, de travail de création, le patriarcat. Il est question de beaucoup de choses. De trop peut-être. Le texte part dans toutes les directions dans en choisir une. Qui trop embrasse, mal étreint. On se perd dans le discours : est-il pro ou contre le féminisme y compris dans ses excès.

Au milieu d'un public dans l'ensemble réceptif je me suis ennuyée, incapable d'empathie avec ces femmes qui défilent devant nous. Peut-être pas le bon jour pour moi.

En bref : un spectacle fourre-tout sur la place de la femme artiste dans la société. Une mise en scène et une direction d'acteur qui ne m'ont pas convaincue.

Les femmes de la maison, de Pauline Sales, mises en scène de l'auteure, avec Olivia Chatain, Anne Cressent, Vincent Garanger, Hélène Viviès

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off
Le 11 - 11 Boulevard Pasteur
du 7 au 26 juillet - 13h - durée 1h45
Relâche 13 et 20 juillet 

vendredi 7 juillet 2023

IPHIGENIE A SPLOTT

 KO DEBOUT
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Elle est venue nous demander des comptes, à nous qui sommes assis tranquillement dans nos fauteuils, qui la regardons alors que nous baisserions sûrement le regard si nous la croisions dans le rue.

Elle, c'est Effie. "Pouffiasse", "Paumée", voilà les noms qu'on lui donne, y compris Kevin son copain. Dans ce quartier désindustrialisé, délaissé de Cardiff, la seule façon qu'elle a trouvé pour affronter (fuir) une vie de chômage, c'est de se réfugier dans l'alcool, la drogue, le sexe. Et puis un jour, un soir, elle croisse la route de Ian, un soldat blessé aux combats. Coup de foudre. Elle le pense réciproque. Mais... Ce soir-là sa vie a basculé. C'est pour ce qui s'est passé ensuite qu'elle vient nous demander des comptes.

Sur la scène délimitée par 3 lignes de LED à hauteur de la taille, trois musiciens (François Sauveur, Pierre Constant et Julien Lemonnier) entament un morceau qui va crescendo, dans un décor qui évoque un ring de boxe avec un fauteuil en cuir dans un coin. En fond de scène un personnage fait les cent pas puis bondit sur scène. Dès les premières notes on sent, on sait que ce sera intense, percutant, que le drame va survenir, nous cueillir.

Effie, bonnet, baskets et survêtement, ne tient pas en place. Hargneuse elle interpelle le public. "Vous là, calés dans vos sièges tranquilles, vous attendez quoi ?". Avec une énergie incroyable et une rage insondable, Effie (excellentissime Gwendoline Gauthier) va nous raconter son histoire, sa vie dans un district abandonné depuis longtemps par les pouvoirs publics. Quasiment sans un instant de répit elle déroule sa routine puis son combat, nous laissant K.O. lorsque nous comprenons comment elle est devenue Iphigénie.

La mise en scène de Georges Lini est épurée, laissant toute la place au texte du gallois Gary Owen et à l'interprétation percutante de Gwendoline Gauthier, soutenue par le trio de musicien et leur son rock. Un spectacle qui trouve un écho particulier en France si on songe, entre autres, aux Gilets Jaunes.

"Iphigénie à Splott" a gagné le prix de la meilleure pièce au Theatre Awards à Londres. Jouée plus de 50 fois à Bruxelles on ne peut que lui souhaiter que le succès qu'elle va connaître à Avignon la portera sur une scène à Paris et en tournée en France.

En bref : Spectacle coup de poing et coup de cœur. Gwendoline Gauthier incarne une Iphigénie des temps modernes avec une interprétation aussi percutante que le texte qu'elle porte. Un grand moment du Off2023

Iphigénie à Splott, texte de Gary Owen traduit par Blandine Pélissier et Kelly Rivière, mise en scène Georges Lini, avec Gwendoline Gauthier, Direction musicale François Sauveur, musiciens, Pierre Constant, Julien Lemonnier et François Sauveur, créations lumières Jérôme Dejean

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon - Off 2023
Le 11 - 11 Boulevard Raspail
Du 7 au 26 juillet - 10h20 - durée 1h30
Relâche 13 et 20 juillet
A partir de 16 ans

RENTREE 42, BIENVENUE LES ENFANTS

 POUR NE PAS LES OUBLIER
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30 septembre 1942. Dans une école du quartier du Marais à Paris, l'équipe pédagogique de l'école élémentaire pour filles se prépare à accueillir les 123 élèves du quartier, les Sarah, Sacha, Deborah et autres Miriam. 

Il y a la directrice (sensible et très juste Anne Richard), impatiente et fébrile à l'idée de cette nouvelle année scolaire dans un Paris occupé. Pas facile pour elle de faire cohabiter les tempéraments différents voire divergents de son équipe : l'ambitieuse et jeune Mlle Courcelles, sûre d'elle et peu flexible (Fanny Lucet), la militante en colère (impétueuse Emilie Chevrillon) et la doyenne, Lucienne, bien ancrée dans le terroir mais qui fait l'autruche sur ce qui se passe autour d'elle (Isabelle Andréani). Sans oublier l'homme à tout faire, plein de bon sens et d'optimisme malgré les blessures infligées par la Grande Guerre (impérial Dominique Thomas).

Le 1er octobre seules 17 élèves se présentent. Que s'est-il passé ? Où sont les autres ? Que faut-il croire de ce que dit la rumeur de mouvements suspects dans la capitale au mois de juillet ? Les réponses viendront-elles de l'inspecteur envoyé par l'académie (Michel Laliberté).

La mise en scène est classique, dans un décor de classe de primaire qui fleure bon la nostalgie. Les comédiens sont justes. On peut peut-être juste reprocher des personnages un peu caricaturaux mais qui ont le mérite d'exprimer les différents courants d'opinion qui ont du traverser cette époque, et quelques longueurs dans la mise en scène, notamment au début de la 3ème partie.

Xavier Lemaire avait depuis longtemps à cœur de créer un spectacle autour des évènements de juillet 1942 à Paris. Dans cette pièce en 3 parties, il évoque l'un des moments les plus honteux de la récente histoire de la France, et rend ainsi hommages aux victimes innocentes de la folie des hommes, à Paris en cet été 1942, mais aussi partout dans le monde et à toutes les époques.

En bref : un spectacle émouvant et un vibrant hommage au souvenir de ces enfants, innocentes victimes d'une idéologie déshumanisante.

Rentrée 42, bienvenue les enfants, de Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire, mise en scène de Xavier Lemaire, avec Anne Richard, Isabelle Andréani, Emilie Chevrillon, Fanny Lucet, Dominique Thomas, Michel Laliberté, décors Caroline Mexme, lumières Didier Brun, Musique Philippe Bozo, costumes Christine Vilers

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
La Luna
du 7 au 29 juillet - 16h50 - durée 1h35 - Relâche 12-19 et 26/07

Vu à Versailles - juin 2023 - dans le cadre du Mois Molière

Crédit photo : Alejandro Guerrero

dimanche 25 juin 2023

Le degré au-dessus de zéro

"A PARTIR DE QUAND TU DIS STOP" ?

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J'avais beaucoup aimé le précédent spectacle de Fanny Cabon, "Gardiennes". Alors quand j'ai reçu un mail m'invitant à découvrir sa nouvelle création je n'ai pas hésité une seconde à me rendre au Studio Hébertot où il était présenté en avant-première dans le cadre du Festival Phénix dédié aux créations contemporaines.

Fanny Cabon continue sa démarche féministe en abordant cette fois-ci la question des violences faites aux femmes et aux enfants (vous savez, la grande cause du quinquennat !). Le spectacle commence avec pour fond musical "I'm every woman" de Chaka Kahn. Fanny va effectivement être sur scène ces survivantes dont elle a recueilli les témoignages pour construire ce spectacle. Un accessoire, un mouvement, une modulation de la voix et Fanny se transforme pour aborder un nouveau témoignage.

Sur une scène dépouillée où ne se trouvent qu'un pupitre équipé d'un écran rectangulaire et une chaise, ce sont ces femmes qui vont apparaître, nous raconter leur histoire, ses conséquences sur leur vie, sur leur physique, sur leur psychologie, sur leur couple, sur leur sexualité, sur leurs enfants.

La parole est forte, mais ne tombe jamais dans le pathos. Tous les cas de figure sont là ; tous les âges tous les milieux sociaux, toutes les époques, tous les lieux. Car ce que dénonce Fanny Cabon c'est un système, le patriarcat, qui imprègne la société dans tous ses aspects, de la vie de couple au travail, de la famille à la rue, du cercle amical à l'école.

Il est important ce pupitre et cet écran. Tout au long du spectacle Fanny Cabon y illustrera des statistiques, connues ou pas du public, toutes aussi hallucinantes, reflet de la réalité d'une société. 

Quelques mots reviennent dans ces histoire : "sidérée", "honte". Un point commun : le besoin de reconnaissance de la parole de la victime. Et quelques questions également. "Pourquoi", "Pourquoi les femmes trouvent-elles normal de supporter des comportements qu'aucun homme ne supporterait" ? 

Car ne l'oublions pas : 100% des femmes ont un jour été victime d'une agression sexiste. Eduquons nos filles et surtout nos fils. Et pourquoi pas en commençant par les emmener voir ce spectacle nécessaire et indispensable.

En bref : Un texte fort. Le nouveau spectacle de Fanny Cabon porte une parole nécessaire. Parce qu'il faut casser cette mécanique systémique pour un jour en finir avec ces violences faites aux femmes et aux enfants.

Le degré au-dessus de zéro : de et avec Fanny Cabon, mises en scène Xavier Simonin, constumes : Aux moyens du bord, lumières Ludovic Heime.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
Théâtre des 3 Soleils - Chapelle Sainte Marthe - Rue Saint Bernard
Du 7 au 29 juillet 2023 - 17h35 - Durée 1h15
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