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dimanche 13 juillet 2025

ARTICLE 353 DU CODE PENAL

JUSTICE OU INJUSTICE ?
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Deux hommes sur un ce qui pourrait être un chantier. L'un est juge, l'autre Martial Kermeur, un possible inculpé. De cette première confrontation dépendra le chef d'inculpation qui sera retenu. Kermeur ne nie pas les faits pour lesquels il a été arrêté : il a bien jeté à la mer l'escroc qui l'a ruiné. Pendant 90 minutes il va raconter au juge la généalogie de ce geste, ce qui l'a amené à ce jour.

Emmanuel Noblet porte à la scène le roman de Tanguy Viel. Pour décor, il choisit de porter cette confrontation sur les lieux non pas du crime mais du chantier qui est au cœur de cette affaire. Bien moins impersonnel qu'un austère bureau de juge. Plus humain. Car c'est là que se situe cette histoire : du côté de l'humanité.

Pendant quasiment toute la confrontation, le juge se fait taiseux face à Kermeur. Comme une inversion des rôles. Car le taiseux, c'est bien cet homme, brisé, devenu meurtrier parce qu'il ne supporte plus la honte, l'humiliation, parce qu'il s'en veut et se sent dépassé par la vengeance exercée par son fils. Cet homme simple, qui d'habitude se tait, qui ne pense pas avoir les mots, va se livrer pudiquement, avec tout le bon sens que la vie lui a donné, avec le cœur. Le juge se fait discret, à l'écoute, laissant le champ libre à celui qui se livre, qui a trop longtemps gardé en lui cette soif de justice.

L'écriture est belle, si belle. L'auteur ne fait pas seulement un portrait psychologique. C'est aussi une analyse politique et une étude sociologique. Il démontre avec brio les mécanismes de la manipulation.

La mise en scène est sobre mais puissante. La scénographie fait aussi dans la simplicité, avec ce bout de mur jamais achevé, un fauteuil sobre pour seul mobilier du juge, et en fond de scène la mer, la presqu'île comme l'ombre de ce projet immobilier au cœur de cette histoire. 

Quant à l'interprétation de Vincent Garanger, elle est magistrale. D'abord tassé sur lui-même, tête baissée lorsqu'il commence à s'adresser au juge, il va se libérer par la parole, se redresser, non pas par arrogance mais comme un homme qui retrouve son humanité. Tout en pudeur, sans jamais être en force, il incarne toute la vulnérabilité et l'intensité de son personnage.

Au fait, l'article 353 du code de procédure pénale traite de la question de l'intime conviction.

Vincent Garanger a été nommé aux Molières 2025 du comédien dans un spectacle du théâtre public, et est lauréat du prix de la critique 2025 dans la catégorie meilleur comédien.


En bref : un grand texte sur le besoin de justice, porté par un très grand acteur touché par la grâce.

Art. 353 du code pénal, d'après le roman de Tanguy Viel, adaptation et mise en scène d'Emmanuel Noblet, avec Vincent Garanger et Emmanuel Noblet, scénographie Alain Lagarde, Lumières Vyra Stefonova, Son Sébastien Trouvé, Vidéo Pierre Martin, Costumes Noé Quilichini

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2025
11
Du 5 au 24 juillet 2025 - 21h45 - durée 1h35
Relâche 11 et 18

crédit photo @ Jean Louis Fernandez

vendredi 7 juillet 2023

IPHIGENIE A SPLOTT

 KO DEBOUT
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Elle est venue nous demander des comptes, à nous qui sommes assis tranquillement dans nos fauteuils, qui la regardons alors que nous baisserions sûrement le regard si nous la croisions dans le rue.

Elle, c'est Effie. "Pouffiasse", "Paumée", voilà les noms qu'on lui donne, y compris Kevin son copain. Dans ce quartier désindustrialisé, délaissé de Cardiff, la seule façon qu'elle a trouvé pour affronter (fuir) une vie de chômage, c'est de se réfugier dans l'alcool, la drogue, le sexe. Et puis un jour, un soir, elle croisse la route de Ian, un soldat blessé aux combats. Coup de foudre. Elle le pense réciproque. Mais... Ce soir-là sa vie a basculé. C'est pour ce qui s'est passé ensuite qu'elle vient nous demander des comptes.

Sur la scène délimitée par 3 lignes de LED à hauteur de la taille, trois musiciens (François Sauveur, Pierre Constant et Julien Lemonnier) entament un morceau qui va crescendo, dans un décor qui évoque un ring de boxe avec un fauteuil en cuir dans un coin. En fond de scène un personnage fait les cent pas puis bondit sur scène. Dès les premières notes on sent, on sait que ce sera intense, percutant, que le drame va survenir, nous cueillir.

Effie, bonnet, baskets et survêtement, ne tient pas en place. Hargneuse elle interpelle le public. "Vous là, calés dans vos sièges tranquilles, vous attendez quoi ?". Avec une énergie incroyable et une rage insondable, Effie (excellentissime Gwendoline Gauthier) va nous raconter son histoire, sa vie dans un district abandonné depuis longtemps par les pouvoirs publics. Quasiment sans un instant de répit elle déroule sa routine puis son combat, nous laissant K.O. lorsque nous comprenons comment elle est devenue Iphigénie.

La mise en scène de Georges Lini est épurée, laissant toute la place au texte du gallois Gary Owen et à l'interprétation percutante de Gwendoline Gauthier, soutenue par le trio de musicien et leur son rock. Un spectacle qui trouve un écho particulier en France si on songe, entre autres, aux Gilets Jaunes.

"Iphigénie à Splott" a gagné le prix de la meilleure pièce au Theatre Awards à Londres. Jouée plus de 50 fois à Bruxelles on ne peut que lui souhaiter que le succès qu'elle va connaître à Avignon la portera sur une scène à Paris et en tournée en France.

En bref : Spectacle coup de poing et coup de cœur. Gwendoline Gauthier incarne une Iphigénie des temps modernes avec une interprétation aussi percutante que le texte qu'elle porte. Un grand moment du Off2023

Iphigénie à Splott, texte de Gary Owen traduit par Blandine Pélissier et Kelly Rivière, mise en scène Georges Lini, avec Gwendoline Gauthier, Direction musicale François Sauveur, musiciens, Pierre Constant, Julien Lemonnier et François Sauveur, créations lumières Jérôme Dejean

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon - Off 2023
Le 11 - 11 Boulevard Raspail
Du 7 au 26 juillet - 10h20 - durée 1h30
Relâche 13 et 20 juillet
A partir de 16 ans