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lundi 21 janvier 2019

LE SOURIRE AU PIED DE L'ECHELLE - Théâtre de l'Oeuvre

TRISTESSES ET JOIES D'UN CLOWN
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C'est à un sourire non-contrôlé que le clown Auguste doit son succès. Mais un jour la célébrité lui pèse et il quitte le cirque dans lequel il travaille. Son errance le mène dans un autre cirque, plus petit, où il se fait embaucher comme homme à tout faire. Contre toute attente c'est éloigné de la scène qu'il va trouver une certaine paix, une certaine tranquillité de l'esprit. Jusqu'à ce que le clown du cirque tombe malade et qu'Auguste accepte de le remplacer juste pour un soir !

Ivan Morane adapte pour Denis Lavant ce roman d'Henry Miller, texte que l'auteur appréciait tout particulièrement. Ce monologue empreint de nostalgie a été écrit pour répondre à une commande de Fernand Léger qui cherchait un accompagnement pour ses dessins de clown. Tels les clowns tristes du peintre, Auguste navigue dans ses états d'âme. Incapable de supporter plus longtemps la gloire en faisant rire les gens il fuit pour retrouver son identité. Mais tout du long reste tourmenté par ses doutes sur sa raison d'être.

Qui d'autre que Denis Lavant pour interpréter ce clown. Et pourtant, était-ce dû à ce soir de première, le grand comédien m'a paru prisonnier d'un texte à la construction alambiquée qui laisse l'esprit vagabonder. Ce n'est que lorsque le comédien était libéré du texte, laissant parler son corps et son visage, qu'il m'a touché quelques secondes, tandis que le texte lui-même n'a pas réussi à accrocher mon intérêt. Dommage pour ma première rencontre avec Denis Lavant. Le comédien a pourtant tout pour être l'âme de cet Auguste.


La mise en scène de Bénédicte Nécaille est simple et la scénographie d'Ivan Morane est poétique, à l'image de la très belle affiche du spectacle. Trois éléments courbes qui figurent des morceaux de piste de cirque ou se transforme en loge d'artiste, une échelle dans un coin, des accessoires qui apparaissent et disparaissent, des instruments de musique grinçants et un joli travail sur la lumière, reflet des méandres dans lesquels dérive la pensée de l'artiste. Hélas ce soir-là je n'ai pas été émue par les interrogations, les doutes, les joies et les peines d'Auguste.


En bref : Une première rencontre avec Ivo Morane qui me laisse un goût d'inachevé. Un texte bavard qui ne laisse pas au grand comédien la possibilité d'exprimer la totalité de son potentiel. A moins que ce ne soit dû à ce soir de première. Malgré la poésie de la mise en scène et de la scénographie l'émotion n'est pas passée ce soir-là.

Le sourire au pied de l'échelle, d'après Henry Miller, adaptation et scénographie Ivan Morane, mise en scène Bénédicte Nécaille, avec Denis Lavant

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de l'Oeuvre
Rue de Clichy 75009 Paris
du 16 janvier au 17 février 2019
du mercredi au samedi à 19h - dimanche 17h30


Crédit photo @
Vu en janvier 2019 au Théâtre de l'Oeuvre - Paris

mercredi 7 novembre 2018

L'OCCUPATION - Théâtre de l'Oeuvre

SUBLIME ROMANE BOHRINGER
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Elle entre sur scène, l'air de rien, un mug à la main, lance un disque, vérifie d'un oeil distrait la disposition des accessoires, ressort. après l'installation de Christophe "Disco"Minck, le musicien qui l'accompagne en live. Elle revient, une livre à la main, se dirige vers un micro, lit quelques lignes, pose le livre et devient cette quadra qui vit un moment crucial de sa vie sentimentale. Pendant un peu plus d'une heure Romane Bohringer incarne avec magnificence la femme jalouse qu'à décrit Annie Ernaux. Quelle belle rencontre.

DÉSIR ET JALOUSIE

Elle est belle et sensuelle. Elle est cette femme qui après de belles années de vie commune a décidé de quitter cet homme qu'elle a aimé mais auprès duquel, au bout de 6 ans, elle s'ennuyait. Ils ont gardé de bonnes relations, se voient souvent. Et un jour il lui annonce qu'il déménage. Ou plutôt qu'il emménage avec une autre femme. Et soudain la voilà toute "occupée" par l'image affabulée de cette autre, de la nouvelle femme de son ex, cette intruse dont il ne livre rien. La jalousie se glisse alors insidieusement dans sa tête et peut-être aussi dans son coeur. "C'est le squat d'une femme que je n'ai jamais vue".

SENSUALITÉ ET MALICE

Avec un peu de malice, pas mal de fougue et beaucoup de seconde degré Romane Borhinger s'empare des mots d'Annie Ernaux et les fait siens. Elle y met de la passion, incarne à merveille la femme jalouse à la limite de l'hystérie et en même temps a ce regards détaché qui analyse avec lucidité le comportement extravagant de cette femme. Elle traite avec humour et parfois un ton décalé les non-sens de ses réflexions, de ses actions, et distille avec réalisme la douleur qui "occupe" l'esprit. "le corps de mon ennemi réincarné dans le corps enseignant !". 

La mise en scène de Pierre Pradinas déroute au départ par l'utilisation de la vidéo. Les images projetée en fond de scène perturbent le texte, le polluent pas ses couleurs, ses mouvements sans rien apporter au propos. Mais passées les 20 premières minutes elles se font moins présentes et laissent la place à l'interprétation. Habillés de lumières chaudes la scène se fait écrin pour l'expression de cette confession. Le rythme joue des élans et des freins des sentiments du personnage. Quelques passages chantés ajoutent au ton décalé façon chanson de corps de garde. L'accompagnement musical de Christophe "Disco" Minck s'articule entre la douceur de la harpe, du piano ou de la guitare et la frénésie de la musique électro.

En bref : Intensément femme Romane Borhinger nous livre un spectacle qui montre toutes les contradictions d'une femme jalouse. Un spectacle sur le corps, le désir, la jalousie, empreint d'humour, de tendresse et de sensualité. Une très belle interprétation à ne pas manquer.

L'occupation, d'après le texte d'Annie Ernaux, mise en scène Pierre Pradinas,avec Romane Borhinger et Christophe "disco" Minck.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
55 Rue de Clichy 75009 Paris
Du 4 octobre au 2 décembre 2018
Du jeudi au samedi à 19h - dimanche 17h30



Crédit photo @Marion Stalens

lundi 18 septembre 2017

LA LEÇON DE DANSE

UNE LEÇON D'ESPOIR
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DEUX HANDICAPES DU LIEN SOCIAL

Senga ne vit que pour la danse. Enfin jusqu'à ce qu'une mauvaise rencontre avec un taxi ne la cloue chez elle avec une atèle. Adémar est un scientifique. Ils sont voisins pourtant vivent dans des mondes différents. Alors qu'il doit assister à une cérémonie où il recevra un prix Ademar demande à Senga de lui apprendre à danser. Le problème c'est qu'il souffre du syndrome d'Asperger ce qui lui pose quelques difficultés dans la gestion des relations sociales. Il refuse notamment tout contact physique. Si elle est neuro-typique (autrement dit "normal") Senga n'en a pas moins quelques problèmes relationnels hérités de son enfance. Tout les éloigne. Bien sûr cette leçon de danse va les rapprocher.

LEÇON HUMANITÉ

Après le succès des CHATOUILLES ou la danse de la colère Andréa Bescond et son compagnon et comparse Eric Metayer nous racontent une nouvelle histoire de dépassement de soi, mais sous le mode de la comédie romantique. La leçon de danse, de Mark St Germain est adapté par Gérald Sibleyras, lequel n'est pas à sa première adaptation réussie (Piège mortel, les 39 marches, Des fleurs pour Algernon, Abigail's party). On y retrouve les codes du genre : deux personnalités opposées, du rythme, des rapprochements et des chamailleries. Mais le texte de Mark St Germain met l'accent sur les difficultés du lien social. Loin d'être superficiel le texte est fin, drôle, pose un regard bienveillant sur les problèmes relationnels des autistes Asperger.

Andréa Bescond est une jeune femme qui à la sensibilité des écorchés vifs. Si la vie ne lui a pas montré comment exprimer ses sentiments l'accident qui la prive de l'exercice de sa passion la rend dépressive, agressive pour ne pas dire un peu acariâtre. Sa confrontation à un autre handicapé du lien social va faire fondre ses défenses. Eric Metayer se glisse avec justesse et humour dans le rôle d'Adémar. Son jeu tout en finesse et sensibilité montre toute la difficulté qu'ont les victimes du syndrome d'Asperger, tant dans la gestuelle que dans la parole. L'un comme l'autre devront surmonter leurs peurs, accepter l'autre, se dépasser pour affronter la vie.

La mise en scène est rythmée. Le décor classique et sobre situe l'action dans un univers très contemporain.

En bref : une comédie romantique qui se laisse voir avec autant de plaisir que celui dont font preuve les deux comédiens sur scène. Une leçon de vie et d'espoir non dénuée d'humour. Le public ne boude pas son plaisir.

La leçon de danse de Mark St Germain, adapté par Gérald Sibleyras, mis en scène par et avec Andréa Bescond et Eric Metayer

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
55 Rue de Clichy 75009 Paris
Du 14 septembre au 31 décembre 2017
Du jeudi au samedi 19h / samedi 17h / dimanche 16h
En septembre : du jeudi au samedi à 20h30
réservation au 01 44 53 88 88


Crédit photo @ l'avant-scène théâtre