Louis Jouvet disait "Au théâtre il n'y a rien à comprendre, mais tout à sentir".
Au théâtre le côté Cour c'est celui du coeur.
De là est né ce blog de critiques théâtrales, qui a pour objectif de vous faire partager ma passion pour le théâtre, mes coups de cœur, mes impressions, mes envies, mes émotions, et vous donner envie d'aller au Théâtre à Paris, à Avignon ou ailleurs.
Pour le spectacle de la promotion 2016 de l'ENS Thomas JOLLY a choisi un texte peu connu relatant la dérive de 13 enfants en 1940. Un texte sombre mis en scène avec beaucoup, trop, de théâtralité et qui peine à émouvoir.
DES ENFANTS DANS LA GUERRE
Septembre 1940. Pour protéger leurs enfants les anglais envoient leurs enfants par bateau vers le Canada pour les mettre à l'abri des bombes allemandes. L'un de ces bateaux est abattu par une torpille allemande. Quelques enfants parviennent à survivre sur des canots de sauvetage. Le texte de Georg Kaiser raconte les 7 jours de dérive de 13 de ces enfants, comment 11 furent sauvés et pourquoi les deux autres ne le furent pas.
Le récit historique nous parle du drame vécu par de jeunes enfants dont les plus vieux avaient une douzaine d'années. Alors que leurs parents faisaient le sacrifice de les voir partir pour les éloigner de la fureur des hommes, les enfants se retrouvent abandonnés à eux-mêmes dans des circonstances dramatiques. A bord de ce canot c'est l'humanité dans toute sa cruauté qui est résumée par l'écrivain allemand expressionniste.
Seuls sur cette embarcation fragile ils vont devoir gérer la situation pour espérer être sauvés. Si on peut penser que les conditions de vie dans une ville bombardée les ont déjà un peu endurcis, ce sont toujours des enfants. Confrontés à la survie ces garçons et ces filles pas encore sortis de l'enfance vont devoir réagir en adulte. C'est le parti pris de la mise en scène de Thomas JOLLY. À l'exception du plus jeune, surnommé Petit Renard par ses compagnons d'infortune, tous oublient qu'ils n'ont que 10 à 12 ans pour immédiatement reproduire les schémas des adultes : organiser la sécurité, le rationnement des maigres provisions, de l'eau. Très vite l'influence de la religion envahit le canot et le spectre de la cène va polluer les relations. Anne et Alan se distinguent des autres, tels Adam et Ève et le couple originel soumis à la tentation du mal. Victimes d'un coup de foudre réciproque ils s'affrontent sur le plan des idées. Anne est envahie par la peur du chiffre 13. Alan la contrecarre par son humanité. Au prix d'un stratagème qui fera des autres enfants ses complices Anne finira par faire valoir son point de vue, faisant de Petit Renard, l'enfant roux différent, le bouc émissaire et la victime expiatoire.
C'est une vision très sombre de l'humanité que nous donne Kaiser. Pour lui l'enfant n'est pas l'espoir ni l'avenir de l'humanité. Mis en situation de survie il se conduit comme les adultes, devient manipulateur, orgueilleux. Aucun salut ni aucune rédemption ne semble possible. C'est l'acceptation du pire ou la mort. Il faut se souvenir que Kaiser écrivit son livre entre 1940 et 1943 alors qu'il était en exil et que ses livres étaient interdits.
LA MARQUE JOLLY
On retrouve dans la scénographie la patte Thomas Jolly : l'ambiance sombre du jour finissant, de la nuit ou du brouillard (il n'a donc jamais fait jour ni soleil pendant ces 7 jours de dérive ?), les faisceaux lumineux qui zèbrent le ciel, renforçant le dramatique de la situation. La mise en scène évite habilement l'écueil de la vision statique du canot dérivant. Seul élément de décor le canot est sans cesse en mouvement sans être ballotté pour ne pas donner au spectateur le mal de mer. Il se présente sous différents angles à l’œil du spectateur, permettant de jolies images et des plans très cinématographiques.
Mais le parti pris de direction d'acteur ne permet pas d'assurer l'adhésion du public comme en attestent les applaudissements longs à se déclencher et globalement en retenue. Thomas JOLLY ne voulait pas que ses acteurs jouent a faire l'enfant. A trop vouloir les laisser être eux mêmes, c'est-à-dire des jeunes adultes, on perd la dimension de l'enfance et de l’adolescence. Seule la très belle scène du mariage permet d'imaginer un groupe de gamins jouant aux adultes pour passer le temps tout en rigolant. Jusqu'à ce que l'on comprenne ce que cachait cette mise en scène.
On aurait pu penser que s'agissant d'un spectacle de fin de formation il pourrait donner l'occasion à chacun des jeunes comédiens de se mettre en valeur. C'est l'esprit de groupe qui globalement est retenu. Derrière les visages grimés de blanc et de gris seuls quelques individualités ressortent. La voix d'Anna se fait théâtrale et manque d’émotion, crie plus qu'elle ne parle. Alan s'en tire mieux avec un jeu un peu plus naturel. Les autres personnages sont très secondaires. Dommage, on aurait souhaité avoir plus d’éléments pour pouvoir juger du potentiel de ces étudiants.
Il faudrait voir dans ce radeau une symbolique de la problématique actuelle des migrants. J'y vois surtout une dénonciation de l'obscurantisme des religions, une condamnation de pratiques sectaires, une absence de foi dans l'humanité.
Le Radeau de la Méduse, de Georg Kaiser, mis en scène par Thomas Jolly, avec Youssouf Abi-Ayad, Eléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet, Romain Darrieur, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise, Blanche Ripoche, Adrien Serre
En bref : un radeau sombre, d'une grande esthétique visuelle, porté par des comédiens prometteurs mais au jeu un peu trop académique pour susciter l'émotion.
Paris, Mai 1942. Joseph HAFFMANN est bijoutier. Comme tous les juifs de France il doit porter l'étoile jaune. Pour sauver sa bijouterie au bord de la faillite il demande à son employé Pierre Vigneau d'en prendre la direction, et de le cacher jusqu'à des jours meilleurs. L'employé finit par accepter le risque, à la condition que M. Haffmann ait des relations sexuelles avec Mme Vigneau, car le couple n'arrive pas à avoir d'enfant. Comment chacun des trois protagonistes va-t-il vivre en huis clos dans ce contexte et ce singulier marché ?
DÉLICATESSE, JUSTESSE ET SENSIBILITÉ
Jean-Philippe DAGUERRE, plus connu pour ses mises en scène, propose avec ADIEU MONSIEUR HAFFMANN une belle histoire d'amour et d'amitié. Tout en délicatesse, il aborde des questions dramatiques avec subtilité et sensibilité.
L'ombre de la mort plane sur l'époque mais elle ne peut éteindre le besoin d'amour et de vie. Joseph HAFFMANN (Alexandre BONSTEIN) et Pierre Vigneau (Grégori BAQUET) s'estiment et sont liés par l'amitié au-delà des rapports hiérarchiques de la petite bijouterie. Dès lors comment refuser à l'autre ce qui lui tient tant à cœur.
Dans l'intimité de la maisonnée, dans le double secret de ce marché, les sentiments évoluent. La gêne d'Isabelle Vigneau (Julie CAVANNA) et de Joseph, la jalousie de Pierre. Les angoisses des uns et des autres se cumulent, se conjuguent : l'angoisse d'être découvert par l'occupant allemand, celle que la grossesse tant désirée ne vienne pas. Le malaise s'installe au sein du trio. D'autant plus que le plus gros client n'est autre qu'Otto Abetz, l'ambassadeur d'Allemagne et proche d'Hitler. Ce dernier à notamment pour mission de dénicher les trésors picturaux de la France et soupçonne Haffmann d'en posséder un.
La finesse de l'écriture et du jeu des comédiens permet d'éviter tous les pièges de la situation créée, contournant tout manichéisme et toutes les ambiguïtés possibles. Chacun des protagonistes se trouve confronté à la question du pacte avec le diable, à la tentation de la trahison, à la lutte pour garder son intégrité.
La mise en scène est sobre, laissant le temps filer doucement mais pas tranquillement. Si l'atmosphère et la situation se font lourdes pour le trio Haffmann / Vigneau, le spectateur est constamment tenu par l'émotion, le danger permanent qui pèse sur les personnages, sans jamais subir cette lenteur. Jusqu'au rebondissement final qui ne manque pas d'humour.
Une fois encore Grégori BAQUET fait montre de tout son talent de grand comédien discret et sensible. Alexandre BRONSTEIN excelle dans les sentiments ambigus qui traversent l'homme en besoin de filiation. Julie CAVANNA sait se faire épouse effacée et femme de tempérament placée dans une situation scabreuse. Franck DESMEDT et Charlotte MATZNEFF sont délicieusement détestables dans le rôle de l'ambassadeur et de son épouse plus nazis et avides l'un que l'autre.
Commentaire : Chronique faite sur la distribution du Off 2016. Pour le Off 2017 Grégori BAQUET est remplacé par Charles LELAURE
En bref : Une histoire d'amour et d'amitié, un besoin de filiation et de transmission dans une époque troublée. Une lutte pour l'intégrité, contre la tentation du mal. ADIEU MONSIEUR HAFFMANN est un récit humain porté par un magnifique trio d'acteur
ADIEU MONSIEUR HAFFMANN, de Jean-Philippe Daguerre, mis en scène par Jean Philippe Daguerre, avec Charles Lelaure, Julie Cavanna, Alexandre Bonstein, Franck Desmedt ou Jean-Philippe Daguerre en alternance, Charlotte Matzneff ou Salomé Villiers en alternance (Vu avec distribution Avigon Off 2017) Charles Lelaure, Julie Cavanna, Alexandre Bonstein, Franck Desmedt ou Jean-Philippe Daguerre, Charlotte Matzneff
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Petit Monparnasse 31 Rue de la Gaîté 75014 Paris
A partir du 12 janvier 2018 du mardi au samedi 21h - dimanche 15h - Durée : 1h20
Depuis 3 ans Michaël HIRSCH promène ses "Pourquoi ?" sur toutes les scènes de France. Un succès qui ne se dément pas pour ce digne héritier de Devos et de Desproges. Plongez sans hésitation dans son univers insolite et décalé.
PARCOURS INITIATIQUE
Souvenez lorsque vous étiez enfant et que vous ne cessiez de vous étonner sur le monde. De l'enfance curieuse au vieil homme malicieux en passant par l'adolescent blasé, le jeune homme en quête d'avenir et l'homme mûr entre résignation et résistance, "POURQUOI" promène le regard d'un être en quête de sens. Passant par les différents stades d'une vie d'homme il interroge la vie et nous interpelle sur le sens du monde qui nous entoure, sur notre place, le tout avec un humour fin.
Jonglant avec les mots avec une aisance et une rapidité déconcertantesMichaël HIRSCH ne laisse personne indifférent. Héritier deRaymond DEVOS et de Pierre DESPROGES qu'il admire depuis toujours, il pratique les jeux de mots et les calembours avec la virtuosité de ses maîtres spirituels.
Chaque questionnement est posé avec subtilité. De l'espièglerie de l'enfant à la malice du vieillard Michaël surprend à chaque mot d'esprit et nous laisse hilares et ébahis par la la fluidité et la pertinence de ses interrogations qui finalement rejoignent les nôtres, sur la famille, le travail, la société, l'amitié, l'amour, la politique, la vie.
Avec générosité et sincérité il joue avec le public, partenaire plus que spectateur. Une interactivité qui s'est installée au fil des représentations. Il nous entraîne dans son univers poétique. Un voyage existentiel et une savoureuse et attachante galerie de personnages : les parents, les personnes qui ont marqué la construction de soi, l'ami de toujours. Un imaginaire entre dérision et réflexion, abordant des sujets légers ou plus graves.
La mise en scène d'Ivan CALBERAC est simple, dépouillée, laissant la place au texte. La mise en lumière accentue la poésie du spectacle. Le rappel permet d'entendre un poème de 125 vers de 8 pieds : le mille-pattes, réflexion sur les défis d'une époque troublée."N'oublions pas qu'il ne faut pas consentir pour ne pas se sentir con"
En savoir plus : Retrouvez l'entretien que m'a accordé Michaël HIRSCH en cliquant ICI. Et pour ne rien manquer que son actualité suivez le sur twitter, sur Facebook, sur son site Retrouvez toutes les "Lettres ou ne pas lettres" sur sa chaîne Youtube
En bref : un petit bijou pour les amoureux de la langue française. Digne héritier de Devos et de Desproges Michaël HIRSCH nous secoue les neurones et les zygomatiques avec ses calembours et jeux de mots subtils, impertinents, émouvants et intelligents. C'est drôle et ça fait du bien. A voir et revoir
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
En tournée en France jusqu'en décembre 2017. Toutes les dates en cliquant ICI
Avignon Off 2017
Théâtre du Roi René
4 Rue Grivolas
8 au 30 juillet 2017 - 11h45
Vu Avignon Off 2016 - Théâtre du Roi René et Mars 2017 Lucernaire Paris
Depuis trois ans il vit une aventure incroyable avec son spectacle POURQUOI ? Après deux saisons à Avignon, au Studio Hébertot puis au Lucernaire à Paris et en tournée en France, Michaël Hirsch a un planning bien chargé pour 2017 puisque nous le retrouverons à Avignon cet été (à 17h45 au Roi René) avant qu'il ne reparte compléter son tour de France. Enfant de son siècle il maîtrise parfaitement les réseaux sociaux : twitter, facebook, mais aussi sa chaîne Youtube sur laquelle il diffuse chaque mardi à 17h une nouvelle "Lettre ou ne pas lettre". Le lundi 27 mars il sera le maître de cérémonie d'une soirée consacrée à la liberté de la presse et de l'expression à l'Unesco dans le cadre de la semaine de la Francophonie.
Cet amoureux des mots, d'une extraordinaire gentillesse et générosité sur scène et dans la vie, m'a accordé quelques minutes de son temps pour une interview. C'est dans le restaurant du Lucernaireoù il se produit depuis le 18 janvier 2017, que nous nous sommes retrouvés. Un entretien riche que j'ai plaisir à partager avec vous. J'aurais voulu que toutes mes questions commencent par "Pourquoi" mais je n'ai pas son talent pour jouer avec les mots.
Théâtre Côté Coeur : Bonjour Michael. Merci d'avoir accepté cet entretien. Pour commencer : pourquoi un spectacle qui s'appelle "POURQUOI ?"
Michael Hirsh : Parce que je ne suis toujours pas sorti de l'âge du "Pourquoi". J'essaie de rester un grand enfant, pour garder ce regard un peu naïf sur le monde et me donner envie en permanence de ne pas être trop sérieux même si tout nous pousse à l'être. Quand j'ai commencé à écrire les textes je n'avais pas imaginé la vie de cet homme-là. Mais je me suis rendu compte que ce qui reliait tous ces textes c'est leur questionnement sur le monde. Parmi toutes les questions celle qui correspond le plus à ce personnage et à ce que je suis c'est le "POURQUOI ? ".C'est une porte ouverte merveilleuse à la fois sur la fiction et pour parler de l'absurdité du monde. j'avais envie d'emmener les gens dans un univers autre que le quotidien, parce que les plus belles émotions que j'ai vécu au théâtre c'est parce qu'on m'emmenait ailleurs. Le personnage est à la quête du sens de la vie en général et le "POURQUOI" est son élément.
Mon ressenti a évolué. Au tout début je n'y ai pas cru. Je me suis dit que c'était de la flatterie. Et puis après j'y ai trop cru, j'étais vraiment flatté. Ce sont des gens pour lesquels j'ai une estime immense. Je les ai tellement regardés, écoutés. Ils ont eu une influence considérable sur ma vie. J'ai un peu un caractère d'éponge. Ils font partie de moi.Il y a eu une période où c'était un poids que d'être comparé à eux pour un premier spectacle d'humour. Pour moi aujourd'hui c'est une grande chance et un honneur. Un honneur au sens médiéval du terme. Certains viennent voir le spectacle parce que des journalistes ont fait ces comparaisons. Dans la catégorie d'humour que je défends nous ne sommes pas nombreux et c'est bien qu'il y ait eu ces gens-là avant moi. En même temps c'est aussi un peu une responsabilité et quand je monte sur scène j'ai comme un honneur à défendre [en portant ces deux grands humoristes comme références]. Tu sais c'est Lopé de Vega qui appelait les comédiens "les chevaliers du miracle" car à l'époque du théâtre de tréteaux chaque soir ils créaient un miracle avec rien.
C'est ce qui se créé aussi avec POURQUOI ? Il y a de plus en plus d'interaction avec le public.
La semaine du 7 mars on va fêter la 200ème du spectacle. Créer cette interaction avec le public crée un vent nouveau pour moi. Avant de monter sur scène je me sens comme un funambule. Je dois être très concentré. J'ai ma trajectoire, je sais que le bout du fil est là-bas, et par moments, au milieu du fil, je vais avoir envie de jouer un peu avec l'équilibre. Quand je me permets cette petite phrase en plus, ce petit jeu en plus, le résultat est bon, car la tension galvanise.
"Avant de monter sur scène je me sens comme un funambule"
En quoi l'expérience d'Avignon a-t-elle été formatrice ?
Pour le fait de jouer tous les jours et d'être dans une énergie puissante. Quand il m'arrive d'être fatigué je repose à Avignon, à la puissance de beaucoup donner et de recevoir énormément, tout le temps. Dans la rue tu distribues un flyer et hop tu as repris un peu d'énergie. Le contact avec les gens, cette énergie, ça m'a appris à être plus généreux. Les jours où je sens que j'ai le pied sur le frein je lâche et c'est là que j'ai les meilleurs retours. Je fais le spectacle sur l'énergie du public. Et c'est merveilleux de recevoir autant.
Dirais-tu que faire Avignon (le Off) est indispensable pour un spectacle aujourd'hui?
Ça dépend du spectacle. Avignon est un lieu particulier. Tous les spectacles ne marchent pas et si un spectacle ne marche pas à Avignon ça ne veut pas dire qu'il ne marchera pas ailleurs. Inversement ce qui marche à Paris peut ne pas y plaire. Avignon c'est un public de connaisseur, de gens qui aiment profondément le théâtre et qui ont aussi un esprit de découverte. Le côté merveilleux d'Avignon c'est que pendant 3 semaines il y a tout le monde, toute la profession et que les barrières tombent. Dans la rue je peux aller voir Alex Lutz ou des grands comédiens, metteurs en scène que j'estime et leur dire "merci pour ce que vous faites". Et puis Avignon m'a permis de décoller parce que tout le métier était là, parce que ça a tout de suite été un succès public, parce que j'ai pu partir en tournée. Grâce à mes deux Avignon j'ai fait le tour de France. La vie de "Pourquoi" n'est pas terminée, il y a à nouveau Avignon cet été et une tournée jusqu'à décembre. C'est rare pour un premier spectacle. Je me rends compte de la chance que j'ai, des responsabilités aussi. Comme disent les super héros américains "pas de grand pouvoir sans grandes responsabilités". A la fin de l'année on arrivera à la 300ème.
Je me rends compte de la chance que j'ai, des responsabilités aussi"
D'où te viens cet humour littéraire ?
De la découverte de Raymond Devos. Une révélation. J'ai été pris du virus du jeu de mots alors que j'étais très mauvais en français. Aujourd'hui mes parents n'en reviennent pas de voir tous ces livres dans mon appartement. La langue française ce n'est pas que des règles de grammaire. C'est un formidable terrain de jeu. C'est important de donner envie de bien parler le français car mieux on connaît la langue plus on s'amuse et plus on a de chances de bien se comprendre les uns les autres.
Comment est né "Lettre ou ne pas Lettre" ?
De l'envie de me frotter au métier de chroniqueur. Ce qui est formidable avec le seul-en-scène c'est le sens du danger tous les soirs devant les spectateurs, mais pas dans l'écriture. Le spectacle est écrit, peut bouger un peu mais je n'écris pas de grandes choses. J'avais besoin de parler d'autres choses, de choses qui me touchent. En cherchant un concept je trouvais rigolo de se dire on va faire une correspondance 2.0, des lettres sur Youtube, réseau qui peut être soit un journal intime, soit un cours. Ce qui m'amuse c'est de faire des lettres à l'heure des SMS Je trouve aujourd'hui ce que j'étais venu chercher au départ : un besoin de créer et une mise en danger permanente. Je tiens à ce rendez-vous du mardi. Quelque chose de très fort est en train de se créer. Je ne percevais pas ce que pouvait être la relation avec une communauté en ligne, avec ce rendez-vous en ligne, qui me manque aussi si je ne peux pas le tenir.
Celle d'hier, 7 mars, veille de la journée des droits des femmes, était adressée à Simone Veil
C'est vraiment une lettre particulière. C'est la première fois que "Lettre ou ne pas lettre" est un hommage. C'est un personnage qui me bouleverse de courage, d'abnégation, de dignité. Pour la première fois je n'ai pas cherché à être drôle. Je vais parler de sa vie, de l'avortement. Je voulais donc écrire quelque chose de touchant pour dire autour de moi que c'est une femme importante. C'est un pan de mon travail sur internet que je vais développer, parler avec les gens des gens que j'aime bien. Nous sommes dans un pays où on parle rarement des gens qu'on admire sans être pris pour quelqu'un qui fait de la lèche. J'ai envie de parler des gens que j'admire plutôt que de faire des blagues sur nos hommes politiques qui sont tout sauf des modèles, pour la plupart. Jean-Laurent Cochet chez qui j'ai été élève pendant longtemps disait "Dans le monde dans lequel on est il faut savoir se créer des oasis", de petits lieux de douceur, où on se retrouve soi-même. C'est pour cela qu'on a besoin de modèle. Il y a des gens dont on parle très peu, comme Jules Renard
"Dans le monde dans lequel on est il faut savoir se créer des oasis"
Jules Renard, un auteur tombé en désuétude
Alors que c'est prodigieux Jules Renard. Son journal est une merveille à avoir sur sa table de chevet pour en lire 3 lignes chaque matin et chaque soir. C'est une source intarissable de bonheur. Quand on a ça à portée de la main et qu'on s'en prive.
Quand tu étais enfant est-ce que tu saoulais tes parents avec des "Pourquoi" ? Je crois que oui. J'ai toujours été hyper curieux
Y'a-t-il un "Pourquoi" resté sans réponse ?
Il y en a plein, mais ce ne sont pas des pourquoi d'enfant. Ce sont des pourquoi d'adulte. Par exemple "Pourquoi on s'impose des mauvaises nouvelles à longueur de journée". Nous nous jetons sur nos smartphones. Mais est-ce vraiment important de s'infliger ces mauvaises nouvelles qui de plus nous rendent impuissants. On se sent coupable de ne pas faire grand-chose mais c'est plus fort que nous on a besoin de se faire mal.
Quelque chose de plus joyeux : ton premier souvenir de théâtre ou de spectacle vivant ?
"La Vie de Galilée"avec Nicolas Bouchaud, mis en scène par Jean-François Sivadier, à Thionville. Là je me suis dit j'aime le théâtre, ce lieu où on peut nous emmener ailleurs et être ensemble, cela me fait un bien fou. C'était une expérience très forte. Après il y a eu des humoristes comme Gad Elmaleh. Je me suis dit "quel pouvoir, quelle force"
Et tu as quand même fait une école de commerce
J'avais une sensibilité créative. J'ai toujours créé des choses, mais à 18 ans je n'avais pas le courage de me lancer dans une carrière artistique. Ça me paraissait trop aléatoire. Je viens d'une famille où mes parents on des parcours classiques et je n'étais pas prêt à cela. Mais aujourd'hui je ne le suis toujours pas. C'est plein d'inconscience. Tout ce qui se passe là dans ma vie c'est vraiment des moment d'inconscience profonds entrecoupés de quelques moments de lucidité. A un moment je vois ma bonne étoile dans le ciel et je rebaisse la tête et j'avance. C'est plein d'insouciance et d'inconscience.
J'envie cette inconscience et cette insouciance
En même temps c'est ce qui me permet de tenir. Parce que ce métier est très in-sécurisant. Dans un monde où tout se programme à l'avance les métiers artistiques imposent une relation au temps très différente du reste de la société. Ma manière de ne pas avoir peur du lendemain c'est de ne pas y penser.
Quel est ton mot préféré ?
En ce moment c'est "POURQUOI?".
Le mot que tu ne pourrais pas prononcer sur scène ?
[longue réflexion] Concupiscent. Pourtant il y aurait un paquet de jeux de mots à faire avec. Après je ne sais pas s'il y a des mots que je n'aimerais pas dire sur scène. Les mots existent pour une bonne raison et dans la bouche d'un personnage, si c'est justifié, cela peut avoir un sens. Si c'est dire "putain" pour dire "putain ça n'a pas de sens. Si c'est pour le personnage le fait de dire "putain" tout le temps révèle quelque chose de lui, pourquoi pas.
Tu n'as pas beaucoup de temps pour voir des spectacles. Y'en a-t-il un que tu recommanderai en ce moment ?
LA PEUR au Théâtre Michel. Je l'ai vu à Avignon et ça a été une grosse claque. J'adore quand le théâtre nous transporte. Cette pièce a un pouvoir merveilleux. Belle interprétation, belle mise en scène. J'étais pris dans cette histoire, tiraillé, et je trouve que cette fin est éblouissante.
"J'adore quand le théâtre nous transporte"
Ton prochain challenge ?
Le challenge est permanent, le fait de jouer 5 soirs par semaine, de faire "Lettre ou ne pas Lettre".
Ton challenge c'est de tenir
Exactement. Mais j'ai aussi des envies, D'écrire plein d'histoire, de la fiction. Peut-être aussi un autre programme sur ma chaîne Youtube, en parallèle. "Lettre ou ne pas lettre" la difficulté c'est que ça demande beaucoup de temps pour l'écriture jusqu'à ce que j'arrive à un niveau de satisfaction.
Dernière question : le génie de la lampe t'accorde un vœu, un seul. Lequel ?
D'être heureux chaque jour
Ce que tu es aujourd'hui ?
Oui. C'est amusant, c'est arrivé totalement fortuitement mais chaque soir j'ai l'impression d'avoir une rencontre avec moi-même. Au moment où les spectateurs applaudissent et où la pression redescend, je me dis "qu'est-ce que je suis heureux"
Et je te souhaite qu'elle dure encore longtemps. Merci Michaël INFORMATIONS PRATIQUES Michaël Hirsch est à l'affiche au
Jusqu'au 2 avril 2017 - du mercredi au samedi à 21h30 - dimanche 20h
Retrouvez toutes ses dates de tournées en cliquant ICI Rendez-vous également à Avignon dans le Off 2017, tous les jours du 8 au 30 juillet à 17h45 au Théâtre du Roi René (Re)découvrez les "Lettres ou ne pas lettres" sur la chaine Youtube de Michaël en cliquant ICI Retrouvez ma chronique sur LA PEUR à l'affiche du Théâtre Michel en cliquant ICI
Entretien réalisé le 8 mars 2017 au restaurant Le Lucernaire Crédit Photo @Fabienne Rappeneau
En partenariat avec PSK Productions, j'ai le plaisir de vous proposer un concours vous permettant de gagner des places pour découvrir le spectacle de Lionel CECILIO "Voyage dans les mémoires d'un fou".
J'ai pu le voir moi-même au cours de l'été 2016 dans le cadre du Festival OFF à Avignon.
"VOYAGE DANS LES MÉMOIRES D'UN FOU" c'est l'histoire d'un jeune homme qui, apprenant qu'il est atteint d'un mal incurable, va confier ses mémoires à un lecteur imaginaire. Avec poésie, jonglant avec les mots et avec les émotions, s'appuyant sur un texte d'une grande finesse, Lionel CECILIO délivre un performance étonnante et très physique.
Laissez-vous porter par cette initiation au voyage, pleine d'émotions et tentez votre chance pour vivre un moment de théâtre rare !
Pour gagner 2 places pour le soir de votre choix pour l'une des dates ci-dessous, envoyez moi un mail à christine.eouzan@gmail.com en répondant à la question suivante :
Quel écrivain français a inspiré à Lionel Cécilio "Voyage dans les mémoires d'un fou" ?
N'oubliez pas de m'indiquer vos noms et prénom ainsi que la date choisie C'est quand ?
Après 600 représentations en France François Bourcier installe son RESISTER C'EST EXISTER au Studio Hébertot. Un vibrant hommage à la résistance et une performance émouvante.
LA RÉSISTANCE AU QUOTIDIEN
C'est à l'origine une idée deFrançois Bourcier. Seul en scène pendant près d'une heure et quart, il interprète une quarantaine de personnages (ou plus) qui par leurs actes ont résisté à l'occupation allemande.
Une résistance populaire, d'hommes et de femmes qui ont eu le courage de risquer leur vie par des gestes parfois grands souvent petits pour dire non à l'occupant et oui à la liberté. S'appuyant sur des témoignages authentiques le récit est une succession de petites scènes plus ou moins longues, s'enchaînant avec logique. Parfois quelques mots suffisent à décrire une action.
Tous prouvent qu'il n'y a pas de petit geste pour combattre pour la liberté. Aucun ne cherchait à inscrire son nom dans l'Histoire, mais seulement à agir à la hauteur de ses moyens. Et c'est aussi cette accumulation d'actes courageux comme le simple fait de crier "Vive la France" le 11 Novembre qui ont participé à faire basculer l'Histoire. Et si Péguy, Druon, Kessel et le Général sont cités ce sont bien les inconnus qui sont mis en valeur.
PERFORMANCE THÉÂTRALE
Isabelle Starkier présente une très belle scénographie. Sur scène une douzaine de costumes pendent du plafond accrochés par des chaines. Posés sur des cintres ces costumes sont les figures en relief de ces résistants de tous les jours. François Bourcier les enfile les uns après les autres, se transformant en ces Justes, ces Résistants du quotidien : paysan à l'accent rocailleux, une ménagère bien parisien, un étudiant bravache, un ouvrier en bleu, un policier protecteur d'un enfant juif, etc. Une gestuelle, une posture, un accent, une mimique : le comédien se transforme en quelques secondes, faisant vivre avec authenticité ces anonymes.
L'ensemble est rythmé. On part d'un d'univers réaliste pour évoluer vers un mode plus onirique et poétique, se terminant par un clown un peu lunaire et attendrissant. Il aborde sous un angle original une partie de notre histoire récente et nous la raconte comme si nous l'entendions pour la première, captivant l'auditoire dès la première seconde avec des images fortes comme la silhouette de Jean Moulin.
Le spectacle se termine sur les mots d'Aimé Césaire :
"Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont pas de bouche. Ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir".
En bref : Une leçon d'histoire racontée brillamment par un comédien bouleversant. Une ouverture des esprits pour rappeler qu'aujourd'hui comme hier il n'est pas de petits gestes pour résister. Un hommage à des femmes et des hommes anonymes et exemplaires
Résister c'est exister, de Alain Guyard, mise en scène et scénographie Isabelle Starkier, avec François Bourcier C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Dieu existe-t-il ? Qu'est-ce qui depuis des siècles justifie cette croyance de la part des trois grandes religions ? Et si tout cela n'était que la conséquence de la première blague juive lancée dans le désert ? Osé, original, brillant, Régis Vlachos nous entraîne dans les méandres de son esprit, entre confidences, séance de psy et magistral cours de philo. Un objet théâtral décalé qui prête à réflexion tout en faisant rire
RÈGLEMENT DE COMPTE
C'est l'histoire d'un enfant devenu grand, d'un quadra qui n'a pas encore coupé le cordon, d'un homme qui remet en cause les enseignements reçus d'une mère possessive et d'un père absent. C'est une séance de psy qui amène confidences et réflexions sur la spiritualité. C'est Dieu qu'il enterre dans une démonstration brillante. C'est aussi le deuil d'un père, d'une sœur, d'un premier amour, d'une mère rêvée. C'est un cours de philo comme on en voudrait tous les jours, avec un prof qui manie les concepts avec humour et n'utilise pas la langue de bois. C'est un cours sur les religions qui dérape. C'est un cri de colère. C'est un éloge de l'ouverture des esprits par la connaissance. C'est un combat contre l'ignorance, celle qui est fondement des croyances, celle sur laquelle certains prennent appui pour soumettre les autres. C'est la victoire de la conscience éclairée.
APRES CHARLIE
Régis VLACHOS a écrit ce texte après Charlie. Alors que nous avons connu Bruxelles, le 13 novembre, Istanbul, Bagdad, Nice, et trop d'autres événements tragiques, il crie sa colère, comme un signal d'alarme. Ce petit garçon qui a grandi baigné dans la culture et les croyances judéo-chrétiennes a un jour cessé de croire. Il nous interpelle sur notre relation à la religion, à ces croyances ancestrales si profondément ancrées dans nos vies, que l'on soit chrétien, juif ou musulman.
Une écriture précise, vive, incisive, parfois cassante, souvent irrévérencieuse, toujours teintée d'humour et de sensibilité. Un ton décalé qui bouscule, fait rire, provoque l'émotion. Un texte dense, intense, ponctué par les interventions de Charlotte ZOTTO, à la guitare, portant la croix ou figure fantomatique de la sœur perdue qui veille sur son frère. Des apparitions qui, comme celles de l'écran télé sur lequel apparaît Michel Sardou, qui sont comme des bols d'air, des ponctuations qui permettent de reprendre notre respiration avant de replonger la tête dans l'aquarium et d'éclater de rire.
La mise en scène de Franck GERVAIS est à la fois rythmée et sobre. Quelques accessoires qui apparaissent parfois par magie, des marionnettes prophètes, des billes, deux malles, une télévision, un aquarium, un drap, une serviette. Des tableaux qui se succèdent avec rapidité. Ainsi les très justes apparitions de Charlotte ZOTTO, subtile jusque dans les dernières paroles lors du salut. Et une bande sonore des plus surprenantes, entre révolte punk et atmosphère surannée d'une église ou vintage d'un intérieur de la classe moyenne.
Pour en savoir plus:
Ce texte écrit en hommage à Charlie Hebdo a été primé au Concours Léopold Belland en avril 2015 au théâtre Tristan Bernard à Paris. D'abord en solo il est recréé en duo en juin 2016. Succès du Off 2016. L'auteur a précédemment écrit PARTISANS, une tragi-comédie sur la Résistance, et LITTLE BOY qu'il interprète avec Christophe ALEVEQUE, questionnant la notion de culpabilité vis à vis de la bombe atomique. Il a également connu le succès avec l'adaptation de LA VIE DE GALILÉE d'après Bertolt Brecht.
En bref : un objet théâtral étonnant que ce DIEU EST MORT. Régis VLACHOS nous emporte avec finesse dans les méandres de l'âme d'un quadra en crise filiale et spirituelle. Une écriture qui ose. C'est brillant et désopilant et émouvant. Du rire intelligent : suffisamment rare pour ne pas s'en priver.
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de la Contrescarpe 5 rue Blainville 75005 Paris du 31 mars au 9 juin - dimanche 20h30
Crédit photo @Xavier Cantat Vu au Théâtre Essaion - Décembre 2016 Mise à jour 29/03/19
Jour d'élection. Dans un bureau de vote de la capitale aucun électeur ne s'est présenté au bout de 3h. La journée passe et le phénomène continue. Il pleut. A verse. Et puis soudain les électeurs changent de comportement. A la fin de la journée le verdict tombe: participation exceptionnelle de 99%. Mais 80% de vote blanc. C'est la panique au sein du gouvernement. Comment interpréter ce vote ? Il ne peut s'agir que d'un complot. Il faut protéger le peuple...de lui-même. On déclare "l'état d'inquiétude". Le gouvernement doit fuir la capitale. Pourtant la population reste calme et continue à vivre et travailler comme s'il ne s'était rien passé. Le service de la Vérité est chargé d'enquêter tandis qu'une journaliste tente de comprendre.
Présentée dans le cadre du Festival d'Avignon 2016 la mise en scène de Maëlle Poésy a suscité l'éloge de la critique. En adaptant le roman La Lucidité de José Saramago (que je reconnais ne pas avoir lu), elle imagine une comédie fantastique qui utilise les ressorts de l'absurde pour remettre en question les rouages de la démocratie et interpeller le public sur son rapport à la politique.
DÉCEPTION
Hélas si la mise en scène de la nouvelle jeune prodige du théâtre contemporain réserve quelques bons éléments, le propos ne convainc pas et la pièce s'enlise dans l'ennui, et, comme les comédiens qui pataugent dans l'eau de la pluie diluvienne qui s'en abattue sur cette journée électorale, nous pataugeons dans un discours qui n'est pas abouti. Un vote blanc majoritaire constituerait-il réellement une révolution des urnes? N'y aurait-il pas confusion entre pouvoir du vote blanc et pouvoir de l'abstention ? Qu'est-ce qui est responsable de l'écart grandissant entre le peuple et ses responsables : la classe politique ou le système ?
Le questionnement de Maëlle Poésy s'articule essentiellement sur deux éclairages autour de l'axe formé par les politiques (le Maire de la capitale et le gouvernement en déroute). D'un côté le bureau de la Vérité questionne les suspects, recherche les instigateurs de ce complot, accuse tout le monde (les anarchistes, les femmes, l'inconscient). De l'autre une journaliste parcourt les rues sous le déluge et tente de rendre compte de la réalité du terrain avant d'être rattrapée par la censure. La vision semble restreinte à la capitale, abandonnée par le gouvernement. On pense deux secondes à l'épisode de La Commune de Paris, à Paris abandonné aux Allemands, et puis la vacuité du propos reprend le dessus. A aucun moment les causes du vote blanc ne sont analysées. Si cela peut se comprendre de la part de la classe politique, cela le peut moins de la part de la journaliste.
Est-ce parce que depuis il y a eut le Brexit et l'élection de Donald Trump que j'ai l'impression que les critiques d'Avignon et moi n'avons pas vu le même spectacle ou que je l'ai reçu avec moins d'intensité ? A quelques mois de l'élection présidentielle française je suis plutôt tentée de faire le constat suivant sur les interrogations des citoyens:
2002 : pour quel programme voter ?
2007 : pour qui voter ?
2012 : contre qui voter ?
2017 : Pourquoi voter ?
Le théâtre ne cesse de s'interroger sur la politique. Si le questionnement de CEUX QUI ERRENT NE SE TROMPENT PAS déçoit par son manque d'ambition, je suis tentée de vous renvoyer plutôt à Ca ira (1) Fin de Louis de Joël Pommerat qui nous plongeait au coeur des idées de la Révolution en marche, à la vision engagée de LA RESISTIBLE ASCENCION D'ARTURO UI mis en scène par Pitoiset ou à CHUTE D'UNE NATION la série théâtrale de politique fiction de Yann Reuzeau
En bref : Une comédie fantastique qui bénéficie d'une belle mise en scène de Maëlle Poésy mais qui manque d'ambition dans son propos visant à interpeller le public sur l'état de la démocratie dans nos société occidentales. Une déception après les éloges d'Avignon
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de la Cité Internationale
17 Boulevard Jourdan 75014 Paris
du 5 au 18 décembre 2016
En tournée en France en 2017 dont Sartrouville les 10 et 11 janvier 2017
Selon un très court article sur wikipédia les flonflons sont des accords bruyants qui terminent certains morceaux de musique populaire. Bon autant le dire, le titre du spectacle des Epis Noirsn'est pas très attrayant, un peu vieillot. Mais sachant qu'il a été joué plus de 500 fois on se dit qu'il doit bien y avoir une raison pour que cette année le groupe fête ses 25 ans au Chêne Noir dans le cadre du Festival Off d'Avignon 2016. Certes longévité en terme de spectacle n'est pas toujours signe de qualité. Pas toujours mais quand même souvent. Un succès qui s'est construit au fil du temps sur les scènes parisiennes dont la Gaité Montparnasse, avec un public fidèle, loin des médias.
FLON FLON c'est la plus grande et la plus belle histoire du monde, une histoire d'amour. D'abord il y a Dieu, un Dieu qui s'ennuie et devient Pierre, le mâle. Enfin pas vraiment recommandable le bonhomme puisqu'il est proxénète, donc c'est le mal. Elle c'est Manon. Elle est mariée, jeune, un peu nunuche et enceinte. Séduite par Pierre elle quitte son Ardèche natale et son mari pour suivre son beau-frère Pierre à Paris...où il la met sur le trottoir, la rosse quand elle ne travaille pas assez bien. Mais son homme, elle l'a dans la peau, elle l'aime.
Trio pathétique complété par Alexandre, le mari cocu. Deux proies idéales pour un Dieu en mal de sensations. Mais l'humanité en sortira grandie car la gentille gourde et le naïf mari viendront à bout des attaques du Mal. Car l'amour est plus fort que la haine.
Non nous ne sommes pas dans un vaudeville mais dans un spectacle musical inclassable. Les chansons faussement naïves sont dans l'ADN des Epis Noirs. Pierre Lericq, Manon Andersen et Lionel Sautet s'en donnent à cœur joie dans cet univers burlesque, gouailleur, parfois surréaliste, toujours drôle. Ils sont accompagnés par trois musiciens (Svante Jacobsson, Marwen Kamarti et Fabien Magni), et sans qu'on s'y attende on se laisse saisir par la magie du spectacle. On rit aux dialogues hilarants, on est touché par la poésie des mots, on s'attache à ses trois personnages parfois pathétiques.
En bref : Quoi de mieux pour la fin d'une année morose que de se laisser séduire par l'univers gouailleur, poétique et hilarant des Epis Noirs. Un spectacle qui met de bonne humeur. Foncez fêter leurs 25 ans de rires et de chansons.
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017 Pandora
3 Rue Pourquery de Boisserin
du 7 au 30 juillet 2017- 13h20 - Durée : 1h20
Vu au Théâtre du Chêne Noir - Avignon - Juillet 2016 Mise à jour du 18/06/17
Le Off 2016 s'est enflammé avec justesse pour WE LOVE ARABS, une pièce qui tire à boulets rouges sur les préjugés concernant la relation israélien / arabes. Le titre en lui-même est déjà un pied-de-nez à la bien-pensance. Dans cette satire fine et mordante le chorégraphe Hillel KOGAN imagine le processus de création d'un spectacle kitch, prétentieux, pseudo-engagé, qui durera 3 jours, se déroulera dans le désert, et qui aurait pour thème l'identité et le partage de l'espace entre Juifs et Arabes. Vaste programme ! Oui mais pour cela il a besoin d'un danseur arabe. Sauf qu'il n'en a aucun dans son répertoire ! Se présente un danseur Arabe, le seul d'Israël, mais qui ne correspondant pas tout à fait à ce que recherche le chorégraphe.
SE JOUER DES PRÉJUGÉS
Avec WE LOVE ARABS Hillel KOGAN dresse un réquisitoire lapidaire contre les réflexes racistes les plus sournois. Tout dans le spectacle est d'une profonde intelligence. Chaque mot, chaque mouvement est réfléchi, drôle, (im)pertinent. Il ne s'agit pas tant "d'une rencontre ou d'un conflit entre juif et arabe" mais de "la confrontation entre deux images" traitant avec subtilité les préjugés les plus larvés que l'on exprime sans même en avoir conscience. Dans cette perspective le duo avec Adi BOUTROUS est d'autant plus savoureux tant le danseur ne correspondant pas du tout à l'image typique de l'arabe. contrariant ainsi le projet de chorégraphe, le contraste entre les deux n'étant soudain plus aussi marqué qu'il le souhaiterait, ce qui donne lieu a de savoureux échanges, notamment dans les expressions.
Hillel KOGAN réalise également une satire savoureuse des milieux de la danse. Le chorégraphe qu'il interprète est une caricature assumée emplie d'auto-dérision. Que ce soit dans le vocabulaire ou dans la gestuelle il jongle avec les ressorts du comique, entre premier, deuxième, trentième degré. On se délecte de ce faux Hillel KOGAN qui impose à son danseur une relation dominant / dominé, infantilisant le danseur sans jamais lui laisser la parole. On savoure ce chorégraphe qui dans l'expression de son art utilise les danseurs comme une matière malléable qu'il peut triturer comme il l'entend pour en restituer sa pensée, sa vision créatrice, dans un processus de création qui peut être violent sans qu'il en ait parfois conscience. Une collaboration qui se termine en apothéose dans un magnifique duo, avant de partager l'houmous avec le public.
En bref :un petit bijou d'autodérision qui traite avec humour et subtilité des comportements ordinaires. Hillel KOGAN et Adi BOUTROUS nous offrent un spectacle d'une rare intelligence qui foule aux pieds la bien-pensance sur la coexistence israelo-arabe, tout en n'épargnant pas les milieux artistiques. Une pépite à ne manquer sous aucun prétexte.
C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point Avenue Franklin Roosevelt - Paris du 12 septembre au 8 octobre 2017