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jeudi 23 mars 2017

MICHAEL HIRSCH - INTERVIEW

RENCONTRE AVEC UN ÉTERNEL ENFANT 


Depuis trois ans il vit une aventure incroyable avec son spectacle POURQUOI ? Après deux saisons à Avignon, au Studio Hébertot puis au Lucernaire à Paris et en tournée en France, Michaël Hirsch a un planning bien chargé pour 2017 puisque nous le retrouverons à Avignon cet été (à 17h45 au Roi René) avant qu'il ne reparte compléter son tour de France. Enfant de son siècle il maîtrise parfaitement les réseaux sociaux : twitter, facebook, mais aussi sa chaîne Youtube sur laquelle il diffuse chaque mardi à 17h une nouvelle "Lettre ou ne pas lettre". Le  lundi 27 mars il sera le maître de cérémonie d'une soirée consacrée à la liberté de la presse et de l'expression à l'Unesco dans le cadre de la semaine de la Francophonie. 

Cet amoureux des mots, d'une extraordinaire gentillesse et générosité sur scène et dans la vie, m'a accordé quelques minutes de son temps pour une interview. C'est dans le restaurant du Lucernaire où il se produit depuis le 18 janvier 2017, que nous nous sommes retrouvés. Un entretien riche que j'ai plaisir à partager avec vous. J'aurais voulu que toutes mes questions commencent par "Pourquoi" mais je n'ai pas son talent pour jouer avec les mots.

Théâtre Côté Coeur : Bonjour Michael. Merci d'avoir accepté cet entretien. Pour commencer : pourquoi un spectacle qui s'appelle "POURQUOI ?"

Michael Hirsh : Parce que je ne suis toujours pas sorti de l'âge du "Pourquoi". J'essaie de rester un grand enfant, pour garder ce regard un peu naïf sur le monde et me donner envie en permanence de ne pas être trop sérieux même si tout nous pousse à l'être. Quand j'ai commencé à écrire les textes je n'avais pas imaginé la vie de cet homme-là. Mais je me suis rendu compte que ce qui reliait tous ces textes c'est leur questionnement sur le monde. Parmi toutes les questions celle qui correspond le plus à ce personnage et à ce que je suis c'est le "POURQUOI ? ".C'est une porte ouverte merveilleuse à la fois sur la fiction et pour parler de l'absurdité du monde.  j'avais envie d'emmener les gens dans un univers autre que le quotidien, parce que les plus belles émotions que j'ai vécu au théâtre c'est parce qu'on m'emmenait ailleurs. Le personnage est à la quête du sens de la vie en général et le "POURQUOI" est son élément.

Que ressens-tu lorsque l'on te compare à Raymond Devos ou à Pierre Desproges ?

Mon ressenti a évolué. Au tout début je n'y ai pas cru. Je me suis dit que c'était de la flatterie. Et puis après j'y ai trop cru, j'étais vraiment flatté. Ce sont des gens pour lesquels j'ai une estime immense. Je les ai tellement regardés, écoutés. Ils ont eu une influence considérable sur ma vie. J'ai un peu un caractère d'éponge. Ils font partie de moi.Il y a eu une période où c'était un poids que d'être comparé à eux pour un premier spectacle d'humour. Pour moi aujourd'hui c'est une grande chance et un honneur. Un honneur au sens médiéval du terme. Certains viennent voir le spectacle parce que des journalistes ont fait ces comparaisons. Dans la catégorie d'humour que je défends nous ne sommes pas nombreux et c'est bien qu'il y ait eu ces gens-là avant moi. En même temps c'est aussi un peu une responsabilité et quand je monte sur scène j'ai comme un honneur à défendre [en portant ces deux grands humoristes comme références]. Tu sais c'est Lopé de Vega qui appelait les comédiens "les chevaliers du miracle" car à l'époque du théâtre de tréteaux chaque soir ils créaient un miracle avec rien.

C'est ce qui se créé aussi avec POURQUOI ? Il y a de plus en plus d'interaction avec le public.

La semaine du 7 mars on va fêter la 200ème du spectacle. Créer cette interaction avec le public crée un vent nouveau pour moi. Avant de monter sur scène je me sens comme un funambule. Je dois être très concentré. J'ai ma trajectoire, je sais que le bout du fil est là-bas, et par moments, au milieu du fil, je vais avoir envie de jouer un peu avec l'équilibre. Quand je me permets cette petite phrase en plus, ce petit jeu en plus, le résultat est bon, car la tension galvanise.

"Avant de monter sur scène je me sens comme un funambule"

En quoi l'expérience d'Avignon a-t-elle été formatrice ?

Pour le fait de jouer tous les jours et d'être dans une énergie puissante. Quand il m'arrive d'être fatigué je repose à Avignon, à la puissance de beaucoup donner et de recevoir énormément, tout le temps. Dans la rue tu distribues un flyer et hop tu as repris un peu d'énergie. Le contact avec les gens, cette énergie, ça m'a appris à être plus généreux. Les jours où je sens que j'ai le pied sur le frein je lâche et c'est là que j'ai les meilleurs retours. Je fais le spectacle sur l'énergie du public. Et c'est merveilleux de recevoir autant.

Dirais-tu que faire Avignon (le Off) est indispensable pour un spectacle aujourd'hui?

Ça dépend du spectacle. Avignon est un lieu particulier. Tous les spectacles ne marchent pas et si un spectacle ne marche pas à Avignon ça ne veut pas dire qu'il ne marchera pas ailleurs. Inversement ce qui marche à Paris peut ne pas y plaire. Avignon c'est un public de connaisseur, de gens qui aiment profondément le théâtre et qui ont aussi un esprit de découverte. Le côté merveilleux d'Avignon c'est que pendant 3 semaines il y a tout le monde, toute la profession et que les barrières tombent. Dans la rue je peux aller voir Alex Lutz ou des grands comédiens, metteurs en scène que j'estime et leur dire "merci pour ce que vous faites". Et puis Avignon m'a permis de décoller parce que tout le métier était là, parce que ça a tout de suite été un succès public, parce que j'ai pu partir en tournée. Grâce à mes deux Avignon j'ai fait le tour de France. La vie de "Pourquoi" n'est pas terminée, il y a à nouveau Avignon cet été et une tournée jusqu'à décembre. C'est rare pour un premier spectacle. Je me rends compte de la chance que j'ai, des responsabilités aussi. Comme disent les super héros américains "pas de grand pouvoir sans grandes responsabilités". A la fin de l'année on arrivera à la 300ème.

Je me rends compte de la chance que j'ai, des responsabilités aussi"

D'où te viens cet humour littéraire ?

De la découverte de Raymond Devos. Une révélation. J'ai été pris du virus du jeu de mots alors que j'étais très mauvais en français. Aujourd'hui mes parents n'en reviennent pas de voir tous ces livres dans mon appartement. La langue française ce n'est pas que des règles de grammaire. C'est un formidable terrain de jeu. C'est important de donner envie de bien parler le français car mieux on connaît la langue plus on s'amuse et plus on a de chances de bien se comprendre les uns les autres.

Comment est né "Lettre ou ne pas Lettre" ?

De l'envie de me frotter au métier de chroniqueur. Ce qui est formidable avec le seul-en-scène c'est le sens du danger tous les soirs devant les spectateurs, mais pas dans l'écriture. Le spectacle est écrit, peut bouger un peu mais je n'écris pas de grandes choses. J'avais besoin de parler d'autres choses, de choses qui me touchent. En cherchant un concept je trouvais rigolo de se dire on va faire une correspondance 2.0, des lettres sur Youtube, réseau qui peut être soit un journal intime, soit un cours. Ce qui m'amuse c'est de faire des lettres à l'heure des SMS Je trouve aujourd'hui ce que j'étais venu chercher au départ : un besoin de créer et une mise en danger permanente. Je tiens à ce rendez-vous du mardi. Quelque chose de très fort est en train de se créer. Je ne percevais pas ce que pouvait être la relation avec une communauté en ligne, avec ce rendez-vous en ligne, qui me manque aussi si je ne peux pas le tenir.

Celle d'hier, 7  mars, veille de la  journée des droits des femmes, était adressée à Simone Veil

C'est vraiment une lettre particulière. C'est la première fois que "Lettre ou ne pas lettre" est un hommage. C'est un personnage qui me bouleverse de courage, d'abnégation, de dignité. Pour la première fois je n'ai pas cherché à être drôle. Je vais parler de sa vie, de l'avortement. Je voulais donc écrire quelque chose de touchant pour dire autour de moi que c'est une femme importante. C'est un pan de mon travail sur internet que je vais développer, parler avec les gens des gens que j'aime bien. Nous sommes dans un pays où on parle rarement des gens qu'on admire sans être pris pour quelqu'un qui fait de la lèche. J'ai envie de parler des gens que j'admire plutôt que de faire des blagues sur nos hommes politiques qui sont tout sauf des modèles, pour la plupart. Jean-Laurent Cochet chez qui j'ai été élève pendant longtemps disait "Dans le monde dans lequel on est il faut savoir se créer des oasis", de petits lieux de douceur, où on se retrouve soi-même. C'est pour cela qu'on a besoin de modèle. Il y a des gens dont on parle très peu, comme Jules Renard

"Dans le monde dans lequel on est il faut savoir se créer des oasis" 

Jules Renard, un auteur tombé en désuétude

Alors que c'est prodigieux Jules Renard. Son journal est une merveille à avoir sur sa table de chevet pour en lire 3 lignes chaque matin et chaque soir. C'est une source intarissable de bonheur. Quand on a ça à portée de la main et qu'on s'en prive.

Quand tu étais enfant est-ce que tu saoulais tes parents avec des "Pourquoi" ?

Je crois que oui. J'ai toujours été hyper curieux

Y'a-t-il un "Pourquoi" resté sans réponse ?

Il y en a plein, mais ce ne sont pas des pourquoi d'enfant. Ce sont des pourquoi d'adulte. Par exemple "Pourquoi on s'impose des mauvaises nouvelles à longueur de journée". Nous nous jetons sur nos smartphones. Mais est-ce vraiment important de s'infliger ces mauvaises nouvelles qui de plus nous rendent impuissants. On se sent coupable de ne pas faire grand-chose mais c'est plus fort que nous on a besoin de se faire mal.

Quelque chose de plus joyeux : ton premier souvenir de théâtre ou de spectacle vivant ?

"La Vie de Galilée" avec Nicolas Bouchaud, mis en scène par Jean-François Sivadier, à Thionville. Là je me suis dit j'aime le théâtre, ce lieu où on peut nous emmener ailleurs et être ensemble, cela me fait un bien fou. C'était une expérience très forte. Après il y a eu des humoristes comme Gad Elmaleh. Je me suis dit "quel pouvoir, quelle force"

Et tu as quand même fait une école de commerce

J'avais une sensibilité créative. J'ai toujours créé des choses, mais à 18 ans je n'avais pas le courage de me lancer dans une carrière artistique. Ça me paraissait trop aléatoire. Je viens d'une famille où mes parents on des parcours classiques et je n'étais pas prêt à cela. Mais aujourd'hui je ne le suis toujours pas. C'est plein d'inconscience. Tout ce qui se passe là dans ma vie c'est vraiment des moment d'inconscience profonds entrecoupés de quelques moments de lucidité. A un moment je vois ma bonne étoile dans le ciel et je rebaisse la tête et j'avance. C'est plein d'insouciance et d'inconscience.

J'envie cette inconscience et cette insouciance

En même temps c'est ce qui me permet de tenir. Parce que ce métier est très in-sécurisant. Dans un monde où tout se programme à l'avance les métiers artistiques imposent une relation au temps très différente du reste de la société. Ma manière de ne pas avoir peur du lendemain c'est de ne pas y penser.

Quel est ton mot préféré ?

En ce moment c'est "POURQUOI?".

Le mot que tu ne pourrais pas prononcer sur scène ?

[longue réflexion] Concupiscent. Pourtant il y aurait un paquet de jeux de mots à faire avec. Après je ne sais pas s'il y a des mots que je n'aimerais pas dire sur scène. Les mots existent pour une bonne raison et dans la bouche d'un personnage, si c'est justifié, cela peut avoir un sens. Si c'est dire "putain" pour dire "putain ça n'a pas de sens. Si c'est pour le personnage le fait de dire "putain" tout le temps révèle quelque chose de lui, pourquoi pas.

Tu n'as pas beaucoup de temps pour voir des spectacles. Y'en a-t-il un que tu recommanderai en ce moment ?

LA PEUR au Théâtre Michel. Je l'ai vu à Avignon et ça a été une grosse claque. J'adore quand le théâtre nous transporte. Cette pièce a un pouvoir merveilleux. Belle interprétation, belle mise en scène. J'étais pris dans cette histoire, tiraillé, et je trouve que cette fin est éblouissante.

"J'adore quand le théâtre nous transporte"

Ton prochain challenge ?

Le challenge est permanent, le fait de jouer 5 soirs par semaine, de faire "Lettre ou ne pas Lettre".

Ton challenge c'est de tenir

Exactement. Mais j'ai aussi des envies, D'écrire plein d'histoire, de la fiction. Peut-être aussi un autre programme sur ma chaîne Youtube, en parallèle. "Lettre ou ne pas lettre" la difficulté c'est que ça demande beaucoup de temps pour l'écriture jusqu'à ce que j'arrive à un niveau de satisfaction.

Dernière question : le génie de la lampe t'accorde un vœu, un seul. Lequel ?

D'être heureux chaque jour

Ce que tu es aujourd'hui ?

Oui. C'est amusant, c'est arrivé totalement fortuitement mais chaque soir j'ai l'impression d'avoir une rencontre avec moi-même. Au moment où les spectateurs applaudissent et où la pression redescend, je me dis "qu'est-ce que je suis heureux"

Et je te souhaite qu'elle dure encore longtemps. Merci Michaël

INFORMATIONS PRATIQUES


Michaël Hirsch est à l'affiche au
53  Rue Notre Dame des Champs Paris
Jusqu'au 2 avril 2017 - du mercredi au samedi à 21h30 - dimanche 20h

Retrouvez toutes ses dates de tournées en cliquant ICI

Rendez-vous également à Avignon dans le Off 2017, tous les jours du 8 au 30 juillet à 17h45 au Théâtre du Roi René

(Re)découvrez les "Lettres ou ne pas lettres" sur la chaine Youtube de Michaël en cliquant ICI

Retrouvez ma chronique sur LA PEUR à l'affiche du Théâtre Michel en cliquant ICI



Entretien réalisé le 8 mars 2017 au restaurant Le Lucernaire
Crédit Photo @Fabienne Rappeneau

samedi 15 août 2015

LES BANDITS DE GRAND MOULIN DANS LA JUNGLE DU OFF

Le Off vu de l'intérieur

Pourquoi une compagnie décide-t-elle de faire le Off ? Spectatrice depuis plusieurs années je souhaitais avoir le retour d'expérience d'une compagnie rencontrée en 2014

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La Compagnie des Bandits de Grand Moulin a vécu l'aventure du Off en 2014 avec LE PROCHAIN TRAIN. Entre joies et difficultés, son metteur en scène Orah de Mortcie m'a confié pourquoi l'envie de revenir est si forte.


UNE JEUNE COMPAGNIE ET LE PLUS GRAND THÉÂTRE DU MONDE

Pour la 50ème fois le Festival OFF a investi les rues d' Avignon pour redevenir pendant trois   semaines  le  plus  grand   théâtre  du monde et  se  transformer  en  un  immense marché   du  spectacle  vivant.   Un  marché sans   règle  qui  est  surtout  une   occasion unique  pour  les  compagnies  de présenter leur travail. Orah de Mortcie a vécu le Off de l'intérieur pour la première fois en 2014 avec LE PROCHAIN TRAIN, pièce qu'il a  écrit et mis en scène.

L'univers du (presque) plus grand théâtre du monde les comédiens de la compagnie le connaissaient déjà ce qui a permis de mieux gérer toute l'intendance autour de la pièce elle même.  Sans cela "Il n'aurait pas été possible de mener la pièce. Il y a nombre de spécificités au festival qu'il vaut mieux  connaître avant de s'engager dans l'aventure. " Et la première étape a franchir est celle de l'administration. Pas celle du festival, car Orah tient à souligner l'excellent soutien dont la troupe a bénéficié de la part des équipes du Off, mais notre belle administration française dont les tours et détour demandent temps et énergie pour tout ce qui tourne autour de la création d'une compagnie et de la promotion du spectacle, et qui fait qu'au final Orah ironise en glissant "qu'en comparaison du montage administratif, le montage artistique à été une promenade de santé".

"Si on a les reins solides Avignon fait sens sur plusieurs années"

Et si tout a été fait par les équipes du théâtre et de l'association du Off pour leur faciliter la vie, Orah reste lucide. L'expérience a été riche et il n'a qu'une envie, y retourner pour se replonger dans "l'ambiance unique dans ce festival, une magie de rencontre avec le public". Et malgré le rythme fou entre le tractage "et le bagne de l'affichage", il garde en tête' "de très beaux échanges avec des anonymes" au hasard des rues et des sorties de salle. Un conseil pour une compagnie qui ferait son premier Off : tracter dans les files d'attente des spectacles de sensibilité proche du sien, prendre les 30 secondes nécessaires à pitcher le spectacle plutôt que de laisser négligemment un tract, viser la qualité plutôt que la quantité. 


FAIRE SA COMMUNICATION

Grâce à cette énergie le Off a permis de faire connaitre le spectacle auprès des médias. Les excellentes critiques ont "sans doute aidé la pièce à franchir un palier" et à commencer à tourner en France, en Europe du Nord. D'ailleurs elle reviendra à la Manufacture des Abbesses du 7 octobre au 28 novembre 2015, et probablement dans le Off 2016.

Mais soyons clair, un spectacle est rarement rentable lors de sa première année dans le Off. Néanmoins "si je compare avec les tarifs moyens parisiens de co-réalisation c'est à peu près équivalent, et parfois même plus avantageux à Avignon" car il n'y a pas de partage de recettes avec le théâtre. Mais la plus grande difficulté c'est la concurrence : plus de 1.300 spectacles chaque jour, il faut lutter pour ressortir du lot. "Dès lors, si on a les reins solides, Avignon fait sens sur plusieurs années."

A ceux qui veulent tenter l'aventure Orah recommande de "venir avec un projet auquel on croit dur comme fer et d'avoir un objectif clair". Il est important aussi de bien choisir sa salle pour être certain de jouer devant un public proche de celui visé par le spectacle et de miser sur peu d'affiches mais de grande taille et bien placées;

En conclusion, même si le Off de l'intérieur est une expérience éprouvante physiquement et financièrement, le positif l'emporte et Orah espère être à nouveau présent dans l'édition 2016.

D'ici là  Les Bandits de Grand Moulin et LE PROCHAIN TRAIN continuent leur chemin. Retrouvez là à La Manufacture des Abbesses du 7 octobre au 28 novembre 2015, avec une nouvelle distribution composée de Bruno HAUSLER et Elsa de BELILOVSKI

Pour en savoir plus :
LE PROCHAIN TRAIN a été présenté au Festival Off d'Avignon 2014 au Théâtre Notre-Dame. La pièce est soutenue par la FING dans le cadre du Carrefour des Possibles 2014. Elle a été la première lauréate de l'opération "Soutenons la création dans le Off". Lauréate du Fonds Musique de Scènes 2014 de la SACD elle est également soutenue par la SPEDIDAM.


jeudi 16 avril 2015

ANCIEN MALADE DES HOPITAUX DE PARIS - RENCONTRE

DANIEL PENNAC ET OLIVIER SALADIN

PETITE RENCONTRE ENTRE AMIS


Ce vendredi 10 avril 2015 j'ai eu la chance d'être invitée à une rencontre avec Daniel PENNAC et Olivier SALADIN pour qu'ils parlent à quelques blogueurs de leur spectacle actuellement à l'affiche du Théâtre de l'Atelier : ANCIEN MALADE DES HOPITAUX DE PARIS.

C'est au dernier étage du théâtre que le petit groupe de blogueurs est installé. Si nous sommes curieux de la suite, l'auteur et le comédien le sont encore plus et Daniel PENNAC ne tarde pas à nous interroger sur notre petit monde de la twitto/blogosphère qui vient à leur rencontre, bien différent de celui des journalistes et critiques professionnels. Ni l'un ni l'autre n'a de compte Facebook ou Twitter comme le fait remarquer l'une d'entre nous et pour peu nous nous lancerions bien dans une initiation à la pratique des réseaux sociaux.

Mais je m'égare. Revenons au sujet de cette rencontre. ANCIEN MALADE DES HÔPITAUX DE PARIS. Un titre qui intrigue, qui suscite la curiosité. Cela ne vous rappelle pas quelque chose ? Pensez-y la prochaine fois que vous irez consulter un médecin. Généraliste ou spécialiste, regardez bien sa carte de visite ou sa plaque à l'entrée de l'immeuble. Daniel PENNAC a écrit cette histoire en 2002, à l'occasion de la seule commande qu'il ait jamais accepté, celle-ci faite par l'Internat de Paris pour son 200ème anniversaire. (Hé oui, le principe de l'internat en médecine est aussi née dans le cerveau de Napoléon Bonaparte, quelque part entre le Code Civil et Austerlitz). Ayant de nombreux amis médecins ou chirurgiens il a saisi cette occasion pour rendre hommage, à sa manière, à ces hommes et femmes dont il loue par ailleurs l'héroïsme. Le roman raconte une folle nuit aux urgences au cours de laquelle le Docteur GALVAN va se confronter à toutes les spécialités tout en n'ayant qu'une chose en tête : la construction de sa carte de visite. Au passage, jetez un coup d'oeil à celle de l'auteur.

Le passage du roman à la pièce de théâtre s'est fait sur l'impulsion de François MOREL. Et son ami de longue date Olivier SALADIN n'a pas hésité une seconde. Lui qui avait le rôle du raisonneur et de l'homme de la précision dans les DESCHIENS dit du roman d'origine qu'il est "proche du théâtre et laisse de la liberté au comédien". D. PENNAC reconnait que c'est la première fois qu'il n'est pas déçu par l'adaptation théâtrale d'un de ses textes tout en n'étant pas intervenu dans la mise en scène de Benjamin GUILLARD.


Il y a un grande complicité entre l'acteur et l'auteur qui visiblement on eut beaucoup de plaisir à travailler sur ce spectacle même si Daniel PENNAC n'est pas intervenu dans cette adaptation. Il y a une symbiose telle que les deux s'amusent à parsemer la rencontre de citations ou de références au texte du spectacle. Un délice.

Tous deux disent devoir au hasard et aux rencontres le fait d'être ce qu'ils sont aujourd'hui. C'est en cherchant un "loisirs de qualité" pour occuper son temps libre au retour du service militaire, entre boulots de dépannage, entre hôpital et carrosserie, qu'Olivier SALADIN est tombé dans le théâtre. Une opportunité de rôle, le Théâtre des deux rives à Rouen, une rencontre avec François MOREL, avec Jérôme DESCHAMPS, puis un parcours qui s'est construit au fil des opportunités. "J'aime être désiré. Je n'aime pas le pied dans la porte " dit-il. Pas de plan de carrière et pas de regret non plus. "Comme acteur je suis devenu".

Daniel PENNAC lui me laisse avec une petit frustration : quelle aurait été la suite des Trois Mousquetaires sous sa plume ? Parce que c'est à l'ennui de l'internat et à l'interdiction de lire qui était faite aux pensionnaire qu'il doit d'être devenu écrivain par destination plus que par vocation. Le soir il s'endormait sur ses lectures interdites, et le lendemain en classe, ne pouvant attendre le soir de retrouver son livre pour en connaître la suite, il l'écrivait. Je donnerai cher pour un des ces carnets de jeunesse.

Ce qui est certain c'est qu'il est heureux pour le spectateur que ces deux talents se soient trouvés. Car cette adaptation est une vraie réussite. Et en attendant que dans un futur billet je vous en dise plus sur mon ressenti de ce spectacle, qui est un vrai coup de coeur, ne ne peux que vous inviter à vous rendre Place Charles Dullin pour applaudir le fruit de la rencontre de ces deux talents facétieux.

Merci à Daniel PENNAC et Olivier SALADIN pour leur disponibilité, au Théâtre de l'Atelier pour l'accueil et à Laetitia HEURTEAU pour l'organisation de cette très sympathique rencontre.


ANCIEN MALADE DES HOPITAUX DE PARIS
Théâtre de l'Atelier
1 Place Charles Dullin
Reprise du 23 février au 20 mars 2016 
du 21 mars au 6 juin 2015
Du mardi au samedi à 21h - Dimanche 15h


Le livre est publié chez Gallimard / Collection Folio

dimanche 23 novembre 2014

KINSHIP - CONFERENCE AVEC LA BLOGOSPHERE

TOUCHANTE ISABELLE



UNE RENCONTRE INTIMISTE

Nous sommes une petite quinzaine à avoir répondu favorablement à l'invitation de l'agence de communication de KINSHIP, la pièce qui voit le retour sur scène d'Isabelle ADJANI. L'ambiance est intimiste et la lumière tamisée dans la partie salon dans laquelle la comédienne prend place. Elle a l'air décontracté mais on la sent encore sous l'émotion de la représentation qui s'est terminée moins d'une heure auparavant et un petit brin nerveuse sous l'apparente décontraction. Petite précision : je n'ai pas encore vu la pièce au moment où je publie cet article, mais ce n'est pas tous les jours que je suis invitée à une rencontre avec une telle artiste, alors je n'ai pas hésité longtemps avant d'accepter l'invitation. D'autant plus que ma curiosité était aiguisée par les critiques assez tièdes, et j'avais très envie d'entendre ce que cette grande comédienne avait à nous dire. Au sortir de cette rencontre je suis sous le charme d'une femme à la fois fragile et forte, d'une extrême sensibilité, pleine d'humour et d'attention pour les autres, et toujours d'une grande beauté.


PARLER DES FEMMES AUX FEMMES

KINSHIP se joue depuis le 4 novembre au Théâtre de Paris. Une première retardée suite à la défection de Carmen MAURA, épuisée, et au changement de metteur en scène, Dominique BORG ayant remplacé Julien COLLET VLANECK, "à la demande de la production" précise la comédienne en réponse aux attaques de la presse sur son attitude prétendument capricieuse. "Les changements de metteur en scène ne sont pas rares. Cette fois-ci, on en parle parce que cela arrive sur cette pièce dans laquelle je joue", faisant le jeu d'une presse dont elle ressent une tentative de déstabilisation dans les commentaires sur les incidents ayant émaillés la mise en place de ce projet.

En choisissant le texte de l'auteure américaine Carey PERLOFF, passionnée de littérature française, Isabelle ADJANI voulait "parler des femmes aux femmes", car "jamais les femmes n'ont été en aussi en difficulté qu'aujourd'hui". KINSHIP parle d'une femme amoureuse dans une situation dramatique, de la passion inaccomplie d'une femme forte, brillante, heureuse, mariée et mère de deux enfants, qui tombe amoureuse d'un jeune homme. "Ce qui m'intéresse dans cette femme c'est sa perte de tous ses repères". Et n'allez surtout pas dire du personnage de "ELLE" qu'elle est une cougar. "Je déteste ce terme à la limite de la pornographie. Ce mot est aux antipodes de l'amour". C'est une femme en quête d'amour, une femme qui doute.


"J'ai aussi envie de texte fort" avoue-t-elle (aveu caché sur la faiblesse du texte, point sur lequel les critiques ont l'air unanimes ? ), en ajoutant "on me fait chier avec la mise en abîme de Phèdre". Ce texte, elle l'a choisi pour sa fulgurance, recherchant une nouvelle forme d'écriture théâtrale qui emprunte au rythme des séries. Elle nous confie qu'elle aimerait travailler à un projet d'adaptation de KINSHIP au cinéma, dans l'esprit des séries TV. Pour la grande comédienne, si le personnage créé par Carey PERLOFF s'inspire de Phèdre de RACINE, il s'est aussi nourri de Madame Bovary et de toutes les héroïnes amoureuses et malheureuses de la littérature française. Son héroïne est une femme passionnée, tourmentée par le temps qui passe, face à sa peur de l'abandon, en proie à ses doutes malgré le succès. Faut-il y voir un parallèle avec la vie de la comédienne qui avoue avec pudeur avoir vécu toute sa carrière dans le doute, face à une critique qui ne l'a pas ménagée ? "J'aime la dynamique de cette pièce, comment l'intrigue se met en place dans un temps réinventé". Si "l'auteur avait imaginé la pièce pour un espace plus réduit", elle a été surprise par l'adaptation pour laquelle Dominique BORG "a su inventer une mise en scène et a retenu une option minimaliste". (Sur ce point, n'ayant pas vu la pièce je ne me prononcerai pas). Et comme une réponse à la critique qui parle de platitude du texte elle répond que "la tragédie se dit avec les mots du quotidien" et d'ajouter qu'à son avis l'auteur n'est pas allée assez loin dans l'attaque du milieu de la presse.

LE REFUS DE SE RESTER FIGÉE DANS UNE CASE DEFINIE

Sur l'affiche, le nom d'Isabelle ADJANI est aussi mentionné en tant que Directrice Artistique. Cette fonction "d'enquiquineuse d'enquiquineur" comme le dit avec humour la comédienne, elle l'a voulu pour se donner plus de liberté dans la création. Oui elle est très tentée par la fonction de metteur en scène vers laquelle elle n'exclue pas de se tourner dans l'avenir. Après tout, à 12 ans au collège elle faisait déjà des mises en scène. "C'est le doute qui m'en a éloigné" mais elle aurait plaisir à y revenir. D'ailleurs ce rôle de Directrice Artistique a été perçu comme un plus par ses partenaires. Niels SCHNEIDER (qui m'a apparu un peu stressé pendant la conférence) ajoute que par cette fonction Isabelle a apporté beaucoup de bonnes idées, et Victoria SCOGNAMIGLIO confirme que cela a été d'un apport bénéfique pour l'interprétation de l'amie / mère qu'elle interprète et apporte une puissance comique à la pièce qui est avant tout une tragi-comédie. 
 
Cette mention de ses deux casquettes lui permet de dire son admiration pour les comédiennes françaises qui de plus en plus nombreuses, "refusent de se laisser enfermer dans le statut unique de comédienne et qui osent prendre des risques pour être et faire ce qu'elles veulent, sans attendre que l'extérieur ait validé la démarche". Ainsi Mélanie Laurent comédienne et réalisatrice. "Elles prennent le pouvoir d'une manière douce. Elles m'inspirent et me donnent envie de laisser une place à mes visions", leur permettre de prendre vie. "J'ai passé toute ma carrière avec énormément de doute sur moi même".

"L'EXALTATION EST TOUJOURS AU RENDEZ-VOUS"

8 ans que nous ne l'avions vue sur les planches. Elle rejette d'un geste de la main ce chiffre, comme pour diminuer ce que cela comporte de rappel négatif du temps qui passe inexorablement. "Quand je fais du théâtre cela prend toute ma vie. Il n'y a plus de place pour rien ni pour personne." La vie de famille ne lui permettait pas cette disponibilité. Et quand on lui demande s'il faut comprendre qu'elle va désormais déserter le cinéma elle répond qu'à cette étape de sa vie elle va "pouvoir s'accorder ce temps".

Il y a déjà un projet avec Luc BONDY, sur un texte d'un auteur russe, qui devrait être à l'affiche en 2015 (nous n'en saurons pas plus). Et si Isabelle ADJANI évoque brièvement son refus de jouer Phèdre pour Patrice CHEREAU elle avoue son regret d'avoir refusé de participer aux Liaisons dangereuses. Et confie également en réponse à une question qu'elle retournerait à la Comédie Française si on le lui proposait. Eric RUF n'y serait pas opposé.

Car elle a un vrai plaisir à revenir au théâtre. "L'exaltation est toujours au rendez-vous". Il y a le plaisir de jouer mais aussi celui de rencontrer le public. Il n'y a jamais deux soirs pareils car le théâtre "est un lieu mythique de communauté et de rencontre". Le comédien est comme un passeur. Elle évoque cette magie, cette vibration qui passe avec le public. "Le temps du spectacle, le spectateur est entièrement voué aux comédiens. Il y a une magie et une fascination vis-à-vis de ce public qui n'est qu'écoute. A la fin de la représentation j'ai envie de croire que nous lui avons apporté quelque chose". Et d'évoquer Jean-Pierre BACRI dans "Le goût des autres", lorsque son personnage de beauf assiste à une pièce de théâtre et en sort transformé. 

Quand à son statut de mythe, "c'est bon pour les morts. Pour les vivants, être un mythe c'est un handicap". Niels SCHNEIDER interrogé la manière dont il a abordé son travail face à une telle icone, dit qu'il a fallu du temps pour s'apprivoiser. "Il s'est établi une certaine pudeur", et de rougir à nouveau en évoquant timidement une répétition au cours de laquelle "Isabelle s'est lâchée" sur l'une des scènes intimes entre leurs deux personnages.

Il n'y aura pas de photo de cette entretien pour illustrer cet article. L'équipe de communication, par ailleurs très prévenante, nous a clairement interdit toute photo ou toute vidéo. Caprice de star ? Isabelle ADJANI avoue le paradoxe de détester se voir en photo quand on a choisi le métier de comédienne. D'ailleurs ses fils lui reprochent gentiment le vide des albums de famille. Et quand quelqu'un lui dit "vous avez tord" de ne pas (vous) aimer en photo elle répond avec pudeur et tendresse "ma mère me le disait aussi".


L'AVENIR

KINSHIP est à l'affiche du Théâtre de Paris jusqu'au 23 janvier 2015.

Si le futur d'Isabelle ADJANI s'écrira sur les planches, celui de Niels SCHNEIDER passe par le cinéma avec plusieurs projets pour 2014 et 2015. Quand à Victoria SCOGNAMIGLIO, après GOMORRA elle va retrouver le cinéma italien avec un film dans lequel elle interprétera le rôle d'une professeur de tango. 


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Compte-rendu d'un entretien qui s'est tenu le 22 novembre 2014 dans les salons du théâtre de Paris. Merci à Isabelle ADJANI pour sa disponibilité, ainsi qu'à Victoria Scognamiglio et Niels SCHNEIDER, à l'équipe du théâtre et à Marie de Ma Com Agency.