Affichage des articles dont le libellé est Comédie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Comédie. Afficher tous les articles

mercredi 8 juillet 2026

NOTRE HUMBLE AVIS

DE L’ART ET DES VIES

***


Igor Mendjisky introduit le spectacle en précisant qu’il s’agit en fait d’une émission de radio enregistrée en public et qui sera montée avant la diffusion. Les cinq chroniqueurs sont assis de dos. Ils viennent du cours de théâtre qu’Igor anime dans ce village du sud de la France et ont eu envie, un jour de parler de culture en général. Le but de cette émission : partager sur l’art sous toutes ses formes pour donner envie aux auditeurs d'aller au théâtre, de lire, de voir des expositions et/ou des films. Tous sont chroniqueurs amateurs.

L’enregistrement commence avec trois sujets : un classique de la littérature française, une exposition d’art contemporain et un film culte.

Pour ce nouveau spectacle Igor Mendjisky reprend tout ce qui a fait le succès de "Masques et nez" (créé en 2008). Les comédiens portent un masque qui couvrent la partie supérieure du visage, y compris le nez. Les personnages sont caricaturaux : un accent du sud très marqué pour un restaurateur qui ne rate pas une occasion de faire la pub de son restaurant tout en n'ayant pas digéré une critique, un garagiste passionné de cinéma mais qui a du mal à maîtriser ses émotions, une femme distinguée, ex-fleuriste devenue galiériste, un gentil animateur très consensuel, une adolescente en rupture avec l'école mais à l'analyse très pointue. Très vite les chroniqueurs dérivent et leur vie privée prend le pas sur la chronique culturelle, au point que le cinéma ne sera pas évoqué (dommage, j'aurai bien aimé savoir comment ils allaient parler du "Grand bleu").

Côté mise en scène et interprétation, il n'y rien à dire. Le spectacle est bien rôdé et les comédiens sont épatants de justesse. Les deux sujets abordés (un grand classique de la littérature et une exposition de peinture d'une icône du pop art) sont obligatoirement clivants, et nos chroniqueurs amateurs se font l'écho de ce que l'on peut lire, dire ou entendre partout. On rit beaucoup indéniablement.

J'ai néanmoins un regret qui ne me permets pas de partager l'enthousiasme générale autour de ce spectacle (qui sera sans aucun doute programmé à Paris prochainement). Pour moi le schéma est trop répétitif par rapport à "Masque et nez" que j'avais vu et chroniqué en 2013. En changeant le contexte je pourrais écrire quasiment mot pour mot la même chronique. Je n'ai pas non plus trouvé cette réflexion sur le pourquoi de la critique comme le mentionne l'auteur dans sa note d'intention. Je m’attendais à un plus de réflexion sur la critique en général. Or, le choix des thèmes joue la facilité avec des œuvres qui ne peuvent qu’être clivantes, et seule la question finale posée par Igor Mednjisky pour clôturer le spectacle, renvoie chacun à sa propre définition de l'art.

En bref : si vous avez aimé "Masques et nez" vous devriez adorer "Notre humble avis".

Notre humble avis, de Igor Mendjisky, mise en scène de l’auteur, avec Sylvain Debry, Angèlique Flaugère en alternance avec Ophélia Kolb, Igo Mendjisky, Quentin Raymond, Adèle Royné, Gauthier Wahl en alternance avec Thomas Roy, collaboration artistique Etienne Champion, scénograpie Jean-Luc Malavasi, lumière Mitzi Lowy


C’EST OU ? C’EST QUAND ?
Avignon Off 2026
Le train Bleu
Du 4 au 25 juillet 2026
22h25 - durée 1h10

Vu le 06/07/26 - Avignon Off 2026 - Train bleu


samedi 4 juillet 2026

CUT, DES HISTOIRES , DES VIES

DROLE, DERANGEANT ET QUESTIONNANT

****


Le théâtre de Mathilda May est unique par sa forme. Ce nouveau spectacle n’échappe pas à ce qui fait cette unicité : peu de mots et des situations burlesques voire absurdes.

Au travers d’une multiplicité de petites scènes, allant de quelques secondes à quelques minutes, "Cut ! des histoires, des vies ", nous place face à nos peurs, à notre hypocrisie, à nos craintes, à nos vérités profondes. 

Ces petites scènes du quotidien ont pour point commun un moment de bascule, une coupure, un arrêt inattendu qui souvent fait rire le spectateur. Mais c’est un rire souvent grinçant, qui dérange, qui questionne.

Les six comédiens, trois hommes et trois femmes, incarnent avec complémentarité et beaucoup d'autodérision, une multitude de personnages, sur un rythme très soutenu. Cage d'ascenseur, casting, bac à sable, hôpital psychiatrique, les lieux et situations se succèdent, dans une écriture fragmentée mais rigoureuse. D'un geste, d'une mimique parfois clownesque, l'émotion naît, navigant du tragique au comique, faisant naître chez le spectateur un certain malaise. Et il est bon d'être ainsi secoué.

La mise en scène mixe les disciplines : chant, jeu d'acteur, danse, musique.

Matilda May sait manier l'humour comme une arme. Une fois le rire passé, la réflexion s'installe de manière insidieuse dans l'esprit du spectateur. Je ne saurai mieux le dire que l'auteur :

"En surfant sur nos petites lâchetés ou nos grands courages, j'ai à cœur d'interroger les normes, les rapports de force, les règles qui entravent les libertés ou au contraire, les libertés qui émergent face aux entraves"


En bref : rien de tel que l'humour pour secouer les esprits. De l'humour absurde et revigorant

Cut ! Des histoires et des vies, de Mathilda May, avec Mathieu Alexandre, Benoît Blanc, Marie Desgranges, Emilie Deletrez, Matthias Girbig, Ana-Karina Lombardi, Lumières Laurent Beal, Régie Loïc Beaudron, Musique Julles Darmon et Sly Johnson, décors Patrice Le Cadre, costumes Mathilde Chollot


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2026
La Scala Provence
Du 4 au 25 juillet 2026 - Relâche 6 - 13 - 20
11h55 - Durée 1h15


vendredi 3 juillet 2026

LES FANFARONS

RENCONTRE DE CLASSES

***




Paul a intégré Polytechnique. Sa formation l’oblige à faire un stage en première année. Il avait chois l'univers militaire, mais, blessé lors d’une intervention avec les pompiers, il est envoyé à Marcoussis (banlieue sud de Paris), dans un lycée horticole. Il est notamment confronté à quatre adolescents en perte de repère et de confiance, qui n’ont aucun intérêt pour les maths ni pour l'enseignement d'une manière générale.

Choc des cultures pour Jean qui va avoir du mal à s’adapter. Jusqu’à ce qu’il découvre que l’une d’entre eux joue du saxophone, comme lui. Naît alors l’idée de créer une fanfare,  pour apprendre par le collectif.

"Les fanfarons" est un spectacle typiquement dans la ligne de ce que présente le Théâtre Actuel : une belle histoire pleine de bons sentiments reposant sur une mise en scène classique et efficace. Les six comédiens sont parfaitement dirigés et crédibles.

Néanmoins on n’évite pas l’écueil de la caricature. L’argot, les références au sexe, les violences intra-familiales, la pauvreté, l’incommunicabilité entre les différentes classes de la société sont omniprésent. Et tout fini bien dans un mea culpa sans surprise.

En bref : une vision classique de la confrontation des classes sociales en France au 21e siècle.

Les fanfarons, de Bérangère Gallot, Estelle Kitzis, Lauriane Lacaze, mise en scène des auteurs, avec Damien Bellard, Pablo Carolini, Fabrice de la Villehervé, Leïli L'Henoret, Juliette Lavigne, Jonas Thierry, scénographie Seymour Laval, musique Laurent Labruyère, costumes Isabelle Deffin



C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Actuel
80 Rue Guillaume Puy - Avignon
Du 3 au 25 juillet - 17h40 - 1h15
Relâche 9 - 16 - 23


vendredi 27 mai 2022

EDMOND - 30e Festival de Théâtre de Maisons Laffitte

ODE A L'ESPRIT DE TROUPE



Depuis sa création en 2016 au Théâtre du Palais-Royal à Paris, "Edmond", d'Alexis Michalik, ne désemplit pas. Pièce chorale, c'est une ode au théâtre et au théâtre de troupe. Il faut donc du courage et du culot pour s'attaquer à cette pièce auréolée de  5 Molières. La Compagnie la Trappe relève haut la main ce défi, avec certes quelques petits défauts qu'on leur pardonne aisément.

Petit rappel sur le sujet. Tout commence début décembre 1897. La dernière tragédie en vers d'Edmond Rostand est un four. Le public demande des comédies, de la légèreté, et Feydeau et Courteline sont les rois de Paris. En dehors de Rosemonde, l'épouse du poète dramaturge, il en est une qui croit dur comme fer au talent du jeune Edmond : la grande Sarah Bernhardt. Sur sa recommandation le grand comédien Jean Coquelin va commander une comédie en prose et en trois actes à Rostand. Ce sera "Cyrano de Bergerac", drame en cinq actes et en alexandrin qui sera écrit et monté en 3 semaines, et qui est la pièce du répertoire français la plus jouée dans le monde. Avec le talent de conteur qui est le sien Alexis Michalik fait de cette histoire, avec laquelle il prend quelques libertés, un spectacle jubilatoire.

Cette jubilation on la retrouve avec la proposition de la Compagnie La Trappe. Très rapidement on sent la force de cohésion d'une troupe qui se connaît bien et qui a durement travaillé pour monter ce spectacle. Les scènes se succèdent selon le rythme que l'on connaît des créations d'Alexis Michalik. Ne disposant pas des moyens techniques du théâtre du Palais-Royal, la compagnie a mis en œuvre de nombreuses astuces pour créer un décor modulable. On retrouve ici ce qui fait le succès des créations de l'auteur : les changements de décor à vue, les accessoires à usages multiples (deux panneaux mobiles agrémentés de rideaux, des palettes qui se font scène, réception d'hôtel ou barricades), les comédiens qui interprètent plusieurs rôles et passent de l'un à l'autre en un temps records avec tous les changements de costume que cela implique.

Toute la troupe déborde d'une énergie communicative. Difficile de tous les citer. Ils sont douze sur scène dans un tourbillon  Xavier Maufroy est un Edmond qui doute. Amoureux de sa Rosemonde (sensible et jalouse Amandine Bordon-Eymard), c'est grâce à la belle Jeanne (magnifique Johanna Manteaux) qu'il va retrouver l'inspiration et écrire son chef-d'œuvre. Je retiens également Stéphanie Poisson juste dans tous ses rôles, notamment dans celui d'Honorine (rôle féminisé) et l'hilarante prestation de Jean-Michel Laroudie en réceptionniste. Sans oublier la musique jouée live sur scène.

Le public du Festival de Maisons Laffitte ne s'y trompe pas et a salué de long applaudissements ce "Edmond" joué avec enthousiasme et plaisir intense par la Compagnie La Trappe, sous la direction de Christophe Lesage.

Le point de vue de Véro du blog Théâtr'elle est à lire en cliquant ICI

Edmond, d'Alexis Michalik, mise en scène et scénographie Christophe Lesage, avec Victor Balédent, Amandine Bourdon-Eymard, Suzy Dupont, Gilbert Edelin, Pascal Etting, Jean-Michel Laroudie, Nicolas Lemonnier, Johanna Manteaux, Xavier Maufroy, Anne Pazdzior, Stéphanie oisson, Robin Sautel, décors et création graphique Xavier Maufroy, création musicale Victor Balédent.

Ce spectacle a reçu le Prix d'interprétation masculine pour Xavier Maufroy pour le rôle d'Edmond au 30e festival de Maisons Laffitte.

Vu le 26/05/2022 - Salle Malesherbes - Maisons Laffitte

POUR UN THEÂTRE SOLIDAIRE

 

On ne peut pas parler du Festival de Théâtre de Maisons-Laffitte sans parler de PSE - Pour un sourire d'enfant. Association d'intérêt général reconnue de bienfaisance, apolitique et non confessionnelle, PSE défend les Droits des Enfants.

 Depuis plus de 25 ans elle agit au Cambodge pour sortir les enfants de l'extrême misère et les mener jusqu'à un métier. Reconnue par les autorité cambodgiennes, l'association intervient dans le respect du pays, en collaboration avec les habitants. Elle est lauréate du Prix des Droits de l'Homme de la République Française.

 La famille Biessy et l'équipe du Festival soutiennent son action depuis de nombreuses années. Si le festival ne sert pas à lever des fonds pour PSE, c'est néanmoins pour moi l'occasion idéale de signaler son action et de vous inviter, si vous souhaitez participer à cette aventure, à faire un don en cliquant ICI.


dimanche 6 février 2022

LE CANARD A L'ORANGE

UN CANARD SAVOUREUX



Ceux qui me lisent depuis longtemps le savent, le théâtre de boulevard n'est pas ma "cup of tea". C'est certainement pour cette raison que j'avais laissé passer cette mise en scène du fameux Canard à l'orange lors de sa création en 2019. Peut-être aussi parce que pour moi qui comme beaucoup, j'ai grandi avec "Au théâtre ce soir" et des boulevards d'une qualité qui se retrouve rarement aujourd'hui sur les scènes parisiennes. Alors pourquoi aller à la Michodière pour cette reprise ? Peut-être parce qu'après deux années de pandémie, de frustration et d'une ambiance plus que morose, j'avais besoin d'un peu de légèreté. Bien m'en a pris.


La pièce commence par une partie d'échec entre Hugh Preston et son épouse Liz. Il l'a bat à plate couture, comme toujours, puis la piège pour lui faire avouer son infidélité (lui qui n'a pas manqué au cours de leurs 15 années de mariage de succomber aux charmes de nombreuses jeunes femmes !). Liz s'est amourachée de John Brownlow, riche héritier qui en est déjà à son troisième divorce. Commence alors une partie d'échec d'un autre genre, où le roi Preston va enchaîner les coups répondant à une stratégie implacable pour au final mettre son rival échec et mat et ainsi récupérer sa reine.

Le texte de William Douglas-Home, bien que datant de 1967, est adaptée avec brio par Marc-Gilbert Sauvajon, est encore plus modernisé par la mise en scène de Nicolas Briançon. Bien sûr, il y a du Jean Poiret dans cette mise en scène, un hommage au maître, mais il y a aussi le talent d'une équipe qui est à l'unisson. On est loin des portes qui claque et des rebondissements improbables. L'écriture est fine, intelligente, traitant du mariage et de la vie de couple avec plus de profondeur qu'il n'y parait. La traduction et l'adaptation ont su garder toute la richesse de l'humour anglais.

Si le décor de Jean Haas a gardé le charme un peu suranné des années 1960, la mise en scène est très dynamique. Les 5 comédiens ont plaisir à jouer ensemble, en parfaite osmose (mention particulière pour Hélène Médigue qui a repris en 15 jours le rôle de Liz, précédemment interprété par Anne Charrier). Nicolas Briançon en fait des tonnes dans l'humour et l'absurde, sans jamais être dans la caricature ni dans le mauvais goût. On se surprend à être en empathie pour cet homme blessé qui est toujours amoureux de cette femme qui veut le quitter. François Vincentelli est tout aussi hilarant en séducteur benêt et colérique à l'accent belge. Coté féminin, on n'est pas en reste. Sophie Artur est la rigueur de la gouvernante britannique à qui les subtilités des situations provoquées par Hugh Preston échappent totalement. Camille Lavabre est "Patty Pat", Mlle Forsyth, la secrétaire bimbo et ambitieuse de Preston, et élément perturbateur et pièce maîtresse de sa stratégie. Avec ses jambes longues comme un jour sans pain, elle ne laisse pas les hommes indifférents. Elle est pétillante et superbe quand en un geste elle laisse enfin paraître sa vraie personnalité. Et puis il y a Hélène Médigue, la seule qui ne semble pas emportée par ce tourbillon de folie, figure un brin tragique interprétée avec beaucoup de sensibilité.

En bref : Avec cette mise en scène brillante qui doit beaucoup à Jean Poiret, et une distribution brillante et à l'unisson, Nicolas Briançon rend ses lettres de noblesse au théâtre de boulevard de qualité. Ne passez pas à côté de ce Canard à l'orange plus que savoureux.

Le canard à l'orange de William Douglas-Home, adaptation de Marc-Gilbert Sauvjon, mis en scène par Nicolas Briançon, avec Nicolas Briançon, Hélène Médigue, François Vincentelli, Camille Lavabre et Sophie Artur.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre de la Michodière
4 bis rue de la Michodière 75002 Paris
Reprise depuis le 19 janvier 2022
Du mercredi au samedi 20h - dimanche 15h30


Vu février 2022
Crédit photo @Céline Nieszawer

jeudi 20 janvier 2022

HARVEY

 HONNI SOIT QUI MAL Y PENSE


Laurent Pelly met en scène une pièce britannique peu connue : Harvey. L'occasion de se plonger à nouveau dans un univers onirique comme les aime le dramaturge. On se souvient notamment de son très beau "L'oiseau vert" en 2015. Cette fois-ci il nous emmène rencontrer un doux rêveur de l'autre côté de la Manche. Une soirée poétique.

Elwood à la quarantaine et vit dans une grande maison bourgeoise britannique avec sa sœur Vera et la fille de cette dernière, Myrtle. La jeune fille est en âge de se marier et sa mère veut la lancer dans le monde. Si ce n'était Harvey, l'ami imaginaire d'Elwood, un lapin de 2m que nul ne voit hormis Elwood et qui ruine la vie sociale des deux femmes. Un ami imaginaire, ça passe quand c'est celui d'un enfant, mais Elwood a passé l'âge de ces enfantillages. C'est décidé, Vera va le faire interner. Mais incomprise par les médecins c'est elle qui se retrouve enfermée.


De quiproquos en malentendus, dans ce conte aux allures de boulevard un brin désuet, la subtilité de la langue et les manipulations et rebondissements en tous genres sèment le doute dans l'esprit des protagonistes, mais aussi du spectateur. Elwood est-il aussi fou qu'il le laisse paraître ?

Comme toujours chez Laurent Pelly la scénographie est sublime. L'esthétisme de la création de Chantal Thomas, jointe aux lumières de Joël Adam, à l'ambiance sonore installée par Alice Loustalot et aux costumes de Laurent Pelly et Jean-Jacques Delmotte contribuent à la magie du spectacle. Les panneaux du décor, sorte de Tetris, avec ses éléments qui viennent de partout : des côtés, du plafond, et s'incrustent les uns dans les autres tout en jouant en transparence avec le fonds de scène. Sont ainsi mis en place deux espaces : la maison bourgeoise et le hall de l'hôpital psychiatrique.


Dans ces espaces clairement marqués s'agitent tout une galerie de personnages cartoonesques. Les problèmes techniques rencontrés le soir de la représentation à laquelle j'ai assisté expliquent peut-être un certain manque de rythme. J'aurais aimé un jeu un peu plus cartoonesque lui aussi tant l'histoire se prête à une mise en scène à la Tex Avery. Il y a une vraie volonté de mettre en opposition Elwood (Jacques Gamblin) dandy british facétieux avec les autres personnages, censés être l'image de la raison et du sérieux, dont les postures souvent droites et rigides virent à la caricature. Dans cette opposition c'est cet esprit dérangé d'Elwood qui paraît parfois le plus normal de tous.

Autour de Jacques Gamblin la troupe ne ménage pas sa peine pour laisser place à la poésie du texte et de la mise en scène ainsi qu'à la douce folie de Mary Chase. Sauf qu'à y bien réfléchir, Harvey n'est peut-être pas qu'un trublion sorti de l'imagination d'Elwood. Ne serait-il pas le symbole de l'enfance qui ne nous quitte pas, de cette fantaisie qui rend la vie plus belle et permet de supporter la rudesse parfois du quotidien ?

En bref : Avec ce conte aux allures de boulevard Laurent Pelly nous offre une belle soirée de poésie et d'esthétisme. Autour de Jacques Gamblin, impérial Elwood, la troupe virevolte fait vibrer notre âme d'enfant. Un joli moment de poésie qui mériterait peut-être un brin de folie supplémentaire.

Harvey, de Mary Chase, mis en scène de Laurent Pelly, avec Jacques Gamblin, Charlotte Clamens, Pierre Aussedat, Agathe L'Huillier, Thomas Condemine, Emmanuel Daumas Lydie Pruvot, Katell Jan, Grégory Faive, Kevin Sinesi. 

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre Montansier - Versailles
du 18 au 22 janvier 2022
Tournée 
Saint Germain en Laye - 28/01/22
Mont de Marsan - 02/02/22
Arcachon - 04/02/22
Colombes - L'avant-scène- 08/03/22
Suresnes, Théâtre Jean Vilar - 10 et 11/03/22
CADO - Orléans du 17/03 au 01/04/22

Vu Janvier 2022 au Théâtre Montansier de Versailles

Crédit photo @Polo Garat

dimanche 10 octobre 2021

L'IMPORTANCE D'ETRE CONSTANT

 UN OSCAR, PARCE QUE VOUS LE VALEZ BIEN


C'est souvent dans les vieux pots que l'on fait les meilleurs plats. L'automne arrive avec une nouvelle mise en scène de "L'importance d'être Constant" d'Oscar Wilde, et c'est Arnaud Denis qui s'y colle avec brio.

C'est dans une ambiance art déco et cinéma muet que se lève le rideau. Le magnifique décor de Jean Michel Adam saisi tout de suite par son élégance. Idem pour les costumes soignés et sophistiqués de Pauline Yaoua Zurini. Nous sommes à Londres, dans la haute société. Deux dandys, Algernon (Olivier Sitruk) et Jack (Arnaud Denis) ont recours au même stratagème pour fuir le mariage ou les pressions de la société. Chacun s'est inventé un frère malade qui leur permet de mener une double vie entre ville et campagne. Mais quand l'amour s'en mêle la vérité finit par percer.

Le texte d'Oscar Wilde fourmille de bons mots mordants qui sont ici superbement mis en valeur par la direction d'acteur. Les traits d'esprit et critiques de la haute société britannique égoïste, misogyne, hautaine, en sont d'autant plus savoureux. Le casting est plutôt homogène et chacun des personnages est incarné avec réussite. Olivier Sitruk et Arnaud Denis campent avec justesse ces deux gentlemen épris de liberté et pris au piège de leurs mensonges. Delphine Depardieu est irrésistible dans le rôle de la fiancée excessivement bargeot. Nicole Dubois est une délicieuse Miss Prism et forme un duo bouffon avec Fabrice Talon, le révérent Chasuble. Marie Constance est la délicieuse, lumineuse et fraîche Cecily. Quant aux deux majordomes, Gaston Richard (Lane) et Jean-Pierre Couturier (Merriman), ils sont parfait de droiture et de respect. Mais c'est Evelyne Buyle qui éblouit dans le rôle de Lady Bracknell, vénérable et redoutée Tante Augusta. Son interprétation est brillante, un brin baroque. Elle inquiète ou rassure, à l'image de cette aristocratie garante des traditions et de la morale.

La mise en scène est dynamique, rythmée. On ne s'ennuie pas une seconde et les rires secouent la salle, savourant ce théâtre joyeux. Grâce à une remarquable distribution et direction d'acteur les répliques de Wilde sonnent et font mouches tandis que chaque personnage est habilement mis en valeur. Certainement le plus enlevé des textes d'Oscar Wilde, qui cingle sans jamais tomber dans la vulgarité, la facilité ou la méchanceté.


En bref : Arnaud Denis nous offre un grand moment qui cumule texte savoureux, mise en scène enlevée et interprétation brillante. On y court !

L'importance d'être Constant, d'Oscar Wilde, mise en scène Arnaud Denis, avec Evelyne Buyle, Olivier Sitruk, Delphine Depardieu, Arnaud Denis, Nicole Dubois, Marie Coutance, Jean-Pierre Couturier, Gaston Richard, Fabrice Talon. Décors Jean-Michel Adam, lumières Cécile Trelluyer, costumes Pauline Yaoua Zurini, musique Bernard Vallery

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre Hébertot
78 bis Bd des Batignolles 75017 Paris
A partir du 21 septembre 2021
du mardi au samedi 21h - dimanche 15h

Crédit photo @Laurencine Lot

dimanche 5 janvier 2020

LA PUCE A L'OREILLE - Comédie Française

LA PUCE FAIT MOUCHE
*****



Alors que Feydeau séduit toujours plus les metteurs en scène et que ses pièces se multiplient dans les programmations, la Comédie Française présente une Puce à l'oreille relookée par Lilo Baur. Un spectacle des plus réjouissants.

Ceux qui me connaissent ou qui me suivent depuis plus ou moins longtemps savent que les histoires d'amant dans le placard et les portes qui claquent ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Il faut donc tout le talent de la troupe du français, la vision scénique de Lilo Baur et le pouvoir de persuasion de mes comparses de Radio Mortimer pour me convaincre de prendre une place pour ce spectacle que je n'avais pas retenu dans mon abonnement.

Et je dis merci à Lilo Baur et à cette troupe magnifique qui a su me faire aimer (enfin) le théâtre de Feydeau. Ça commence par un magnifique décor. L'action est transposée à la montagne, dans un chalet des années 1960. La chaleur de ce salon fait contraste avec la neige qui enrobe les sapins que l'on distingue derrière une grande baie vitrée qui occupe un tiers du fond de scène, libérant un espace intelligemment en lui donnant vie par des passages de personnages dans le ton de cette comédie très enlevée.

Dès les premières secondes l'ambiance 1960's s'installe avec une musique et une danse décalée du Docteur Finache (magnifique Alexandre Pavloff qui campe un personnage qui fait beaucoup penser à l'inspecteur Clouzot ou à un Jacques Tati très volubile). L'intrigue est simple : Mme Chantebise (Anna Cervinka) soupçonne son mari (Serge Bagdassarian) de la tromper. Avec l'aide de sa meilleure amie Lucienne (Pauline Clément) elle imagine un stratagème pour confondre l'époux supposé volage. Entre le chalet et l'hotel du Minet Galant les quiproquos ne vont pas manquer jusqu'à ce que la vérité ne se fasse.

On le sait, la mécanique du rire des pièces de Feydeau repose essentiellement sur une mise en scène et un jeu millimétrés. Le rythme de la mise en scène de Lilo Baur est effréné. Certains mots sont soulignés avec intelligence par le jeu des comédiens. Tout est en place et on rit à gorge déployée. Jusqu'aux changements de décor à vue, par les comédien.ne.s, qui se font dans cette ambiance décalée, avec cette le pétillant des années yé-yés, et aux costumes totalement réussis.

Quant aux comédiens ils sont tous tout simplement excellents. Parmi eux mentions particulières au pétillant duo Anna Cervinka / Pauline Clément, dont les mimiques souvent en miroir sont d'une irrésistible drôlerie, et qui composent des personnages hilarant. Alexandre Pavloff est un inénarrable Docteur Finache. Jérémy Lopez semble prendre un grand plaisir dans son rôle d'hidalgo. Nicolas Lormeau compose un magnifique Etienne à la prononciation déformée. Quant à Sébastien Pouderoux il excelle dans son interprétation du séduisant Romain Tournel. Sans oublier la double prestation de Serge Bagdassarian, digne M. Chamdebise et rustique Poche.

En bref : même (et surtout) si vous n'êtes pas fan des vaudevilles courrez à la Comédie Française savourer cette formidable "Puce à l'oreille" mise en scène avec brio par Lilo Baur. Vous ne le regretterez pas. Du Feydeau grand format ! Immanquable !

La puce à l'oreille, de Georges Feydeau, mise en scène Lilo Baur, scénographie Andrew D. Edwards, costumes Agnès Falque, avec Thierry Hancisse, Cécile Brune puis Clotilde de Bayser, Alexandre Pavloff, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Jérémy Lopez, Sébastien Pouderoux, Anna Cervinka, Pauline Clément, Jean Chevalier, Elise Lhormeau, Birane Ba, et les comédiens de l'académie de la Comédie Française Camile Seitz, Aksel Carrez, Mickaël Pelissier, Nicolas Verdier, des skieurs et une fanfare

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Comédie Française
Salle Richelieu - Place Colette - 75001 Paris
Du 21 septembre 2019 au 23 février 2020

Vu janvier 2020 - Comédie Française

dimanche 27 octobre 2019

LA SOURICIÈRE

SO BRITISH, SO AGATHA
***


La Souricière, pièce jouée sans interruption depuis 1952 à Londres (encore plus fort que notre "Cantatrice chauve à La Huchette") arrive (revient) en France, au Théâtre de la Pépinière. Tiendra-t-elle l'affiche aussi longtemps ? Pour le savoir il faut se lancer dans l'enquête et se plonger dans l'univers de la reine du crime.

SUSPENS ET HUMOUR

Au Manoir de Monkswell c'est l'effervescence. Giles (solide Pierre Samuel) et Mollie Ralston (délicieuse Christelle Reboul) s'apprêtent à recevoir les premiers clients de leur pension de famille. L'enjeu est important. L'émotion intense. La fébrilité palpable. C'est à peine si l'on fait attention à la radio qui parle du meurtre d'une femme à Londres.

Les hôtes arrivent. Il y a Christopher Wren (fringant et facétieux Brice Hallairet), jeune architecte venu trouver un peu de calme ; Madame Boyle (parfaite Sylviane Goudal), vieille fille qui passe son temps à tout critiquer ; le major Metcald (impeccable Dominique Daguier), retraité de l'armée britannique ; Mademoiselle Casewell (excellente Stéphanie Hédin), jeune femme rigide et mystérieuse et Monsieur Paravicini (inénarrable Pierre-Alain Leleu), au fort accent étranger qui vient d'on ne sait où et qui semble arriver au manoir par les hasards de la météo et les caprices de la mécanique automobile.

UN DIVERTISSEMENT SO BRITISH

Leur séjour sera-t-il calme ? C'est compter sans la neige qui tombe et coupe le manoir du reste du monde et sans l'assassin de Culver Street qui est en fuite et aurait été vu dans les environs. Heureusement arrive l'inspecteur Trotter (Marc Maurille) qui va les protéger jusqu'à ce que les routes soient dégagées.

Nous sommes dans une enquête d'Agatha Christie. Un huis clos comme elle les aimait. Les personnages sont typés, caricaturés, et chacun est impeccable dans son rôle. L'histoire se déroule avec son lot de surprise et de révélations (dont nous ne lâcherons rien pour ne pas vous gâcher le plaisir). Le décor restitue à merveille et d'une manière assez classique l'intérieur d'un manoir anglais, avec cette belle baie vitrée qui s'ouvre sur le jardin enneigé. Les costumes sont eux aussi du britannique très 60's. Quelques chansons chorégraphies apportent un peu de légèreté et de fraîcheur dans une atmosphère où le suspens ne se fait jamais lourd.

En bref : On se laisse porter avec humour et plaisir dans ce spectacle efficace qui restitue parfaitement l'ambiance des enquêtes d'Agatha Christie. Un bon divertissement familial.

La souricière, d'après Agatha Christie, adaptation Pierre-Alain Leleu, mise en scène Ladislas Chollat, avec Marc Maurillen Dominique Daguier, Sylviane Goudaln Stéphanie Hédin, Brice Hillairet, Pierre-Alain Leleu, Christelle Reboul, Pierre Samuel

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
7 Rue Louis Le Grand 75002 Paris
Jusqu'au 31 janvier 2020
Du mardi au samedi 21 - dimanche 15h30

Crédit photo @François Fonty

mardi 16 juillet 2019

COMMENT CA VA ?

CA VA MAL !
*


Voilà bien la question la plus banale qui soit, et certainement la plus hypocrite également puisque celui qui la pose n'en attend que très rarement une réponse ou bien ne prend-t-il qu’occasionnellement le temps d'entendre et d'écouter celle qui lui est faite. Paul, Florence, Pat et Phil est sont la parfaite illustration. Dans cette famille tout le monde parle mais personne n'écoute tant chacun ne semble préoccupé que par sa situation personnelle et son problème du moment. Florence revient d'un voyage à Shanghai, Paul désespérément au chômage se désole de la vacuité de leur vie sexuelle tandis que leur fils enfermé dans la salle de bain veut devenir djihadiste, que leur amie Pat s'enfonce dans sa maladie psychique depuis que son traitement n'est plus remboursé, et que son fils Phil il ne craque que pour les femmes d'âge mûr.

Cette communauté est incapable de communiquer. Pendant la première partie de la pièce tout n'est que brouhaha, dialogues qui tournent à vide. Chacun est en boucle sur sa problématique du moment, incapable d'entendre ce que l'autre dit ou essaie de lui dire. On l'a compris, c'est le propos de la pièce. Là où le bas blesse c'est que les situations et les personnages mettent du temps à s'installer. On ne comprend pas où l'auteur veut en venir.

Si le texte est faible, confus, la mise en scène ne permet pas, malgré la qualité des comédiens, à nous intéresser à la vie des ces personnages. Certes Florence Pernel est crédible en quinqua magnifique, belle à damner un saint, mais est-il nécessaire de la mettre autant dans des positions obscènes ? Patrick Catalifo peine à faire entendre la voix de son personnage, Raphaëline Goupilleau n'est pas mise en position de démontrer son talent, quant à Pascal Gauthier il est péniblement dans l'ombre de ses aînés.

En bref : On ri peu, et sourit à peine, ce qui est le comble pour une comédie. Malgré le talent de ses comédiens, de part son écriture confuse  "Comment ça va ?" n'arrive pas à susciter le moindre intérêt ni la moindre compassion pour ces personnages en mal de communication. Déception compte tenu de la distribution.

Comment ça va ? de Stéphane Guérin, mise en scène Raphaëlle Cambray, avec Florence Pernel, Patrick Catalifo, Raphaëline Goupilleau, Pascal Gautier

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
Théâtre La Luna
1 Rue Séverine 84000 Avignon
Due 5 au 28 juillet 2019

Crédit photo @Pascal Victor

samedi 13 juillet 2019

ILS NE MOURAIENT PLUS MAIS ÉTAIENT ILS ENCORE VIVANTS ?

ENFANTS TERRIBLES
****



"Cela fait 10 ans qu'elle doit mourir dans 15 jours...". Ainsi commence cette comédie de l'auteur argentin Daniel Dalmaroni. Une comédie féroce, à l'humour noir, qui aborde la question de la place des vieux dans nos sociétés occidentales. Jubilatoire.

Pour cette fratrie de trois la longévité de leur mère est devenu un problème. 10 ans qu'elle aspire leur vie et leur énergie. D'ailleurs à y regarder de près ils ont l'air beaucoup moins en forme que leur génitrice. Sans compter qu'elle leur coûte cher et qu'ils sont à court d'argent. Mais comment s'en débarrasser ? Faire appel à un professionnel ? La pousser du haut de l'escalier ? L'empoisonner avec une surdose de médicaments ? Mais si ça rate et que la tentative la laisse dans un état végétatif ou handicapé est-ce que cela ne sera pas pire pour eux ? Ce week-end sera le dernier. Ils n'en peuvent plus.

Pas très moral cette histoire !  L'adaptation et mise en scène de Sophie Gazel donne à voir une satire jubilatoire de la société. Les trois frères et sœur maladroits, plus bêtes que méchants, ne savent plus quoi faire pour atteindre leur but. Les gags succèdent aux moments de déception. Le tout est rythmé, caustique, agrémenté d'une bande son tout aussi dynamique.
e tentative avortée. 

En bref : 4 comédiens survoltés pour une comédie mordante et jubilatoire sur une question de société.

Ils ne mouraient plus mais étaient-ils encore vivants. D'après Daniel Dalmaroni. Adaptation et mise en scène Sophie Gazel, avec Victoria Monedero, Pablo Constestabile, Cecilia Lucero, Tomas Reyes, Dioline Coucaud

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Festival Off Avignon
Factory - Théâtre de l'Oulle 19 Place Crillon 84000 Avignon
Du 5 au 28 juillet 2019 -
Tous les jours à 14h05 - durée : 1h15

vendredi 12 juillet 2019

YOURTE - FESTIVAL OFF 2019

A MEDITER
***




Maxime, Hélne, Isaac et Juliette sont des enfants en ce soir de finale de coupe du monde de football. Alors que la France entière entonne "Et 1, et 2 et e 3- zéro" ils sont dans le tipi qui abrite leurs jeux d'enfants et font le serment que toute leur vie sera une révolution. 20 ans plus tard qu'ont-ils fait de ce serment ? Dans un monde en transition c'est la génération des trentenaires qui s'interroge sur son présent et son avenir.

20 ans ont passés. Maxime est coach en management. Il motive des cadres à coup de grandes phrases creuses au vocabulaire novlangue. Il est passé de Che Guevara à Steve Jobs lui disent ses amis. Hélène vit dans une communauté écolo-responsable. Juliette et Isaac vivent leur amour en tentant de surmonter le mal-être que leur cause le monde du travail. Il est temps pour le quatuor de se retrouver et dans la communauté de la yourte ouverte tous vont être confrontés à leurs contradictions.

"Yourte" fait le constat d'une génération qui accédant à l'âge adulte est confrontée à un monde en transition. Ils sentent bien que leur environnement, la société, tout leur univers ne va pas bien. Ils essaient (ou pas) par de plus ou moins petits gestes de faire bouger les lignes. Ils sont tiraillés entre la difficulté de faire le deuil d'un monde qui tue, exploite, divise et les freins inconscients qui les retient de se lancer dans l'action (parce que ce n'est pas le tri sélectif et une petite manif de temps en temps qui sont vraiment efficaces il faut bien le reconnaître).

Si les situations sont parfois délibérément dans l'excès et la caricature, le spectacle déroule avec réussite toute les sentiments ambivalent qui traversent cette jeunesse ballottée par cette époque un peu bizarre. Les contradictions et les freins de chacun sont illustrés par les personnages représentant "les âmes contraintes", ces défauts qui pourrissent notre société (Médiocrité, Autorité, Intolérance, Fric et Ego). La bataille de l'inconscient est rude... et déroulée avec énergie, malice et humour caustique. Ces âmes contraintes arriveront-elles à sortir du puits aux adieux et à retourner l'ambition d'un monde meilleur de chacun des protagonistes ?

On retrouve ici toute la belle énergie que l'on avait aimée dans "Mon Olympe". Le décor évolutif se peuple de tipis tandis qu'en fond de salle la masse des costumes et décors des autres spectacles programmés dans cette salle des Lucioles pendant le festival fourni le cadre idéal de ce bric-à-brac qui nous encombre physiquement et psychologiquement et dont on a envie de se débarrasser.

En bref : un spectacle bien dans son époque, débordant d'énergie, qui nous interpelle sur notre rapport à un monde en transition, et dont on sort avec la pêche. Intelligent et drôle.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off
Théâtre des Lucioles
10 Rue du Rempart Saint Lazare 84000 Avignon

du 5 au 28 juillet 2019
Tous les jours sauf le mardi - 22h30 - durée 1h25

samedi 19 janvier 2019

ERVART - Théâtre du Rond Point

UNE COMÉDIE BIZARRE
***




Ervart est en plein délire. Il est persuadé que sa femme le trompe. Alors il met la ville à feu et à sang. Au passage il va croiser un psychanalyste qui soigne avec des citations, une comédienne sur le retour en manque de rôle, des acteurs britanniques qui cherchent une poubelle et se trompent de scène, un agent secret zoophile, tandis que Frédéric Nietzsche balance ses essais qui explosent dans des poubelles et que le majordome est là pour remettre les choses en ordre. 

L'écriture de Hervé Blutsch est foisonnante, délirante, drôle. La mise en scène de Laurent Fréchuret est tout aussi folle. Les portes claques mais ce n'est pas du vaudeville. Il y a de quoi se perdre dans le dédale des scènes qui filent, qui mélangent les époques. Il y a quelques petites longueurs mais l'ensemble est rythmé. Une impression de "sans queue ni tête" flotte au premier degré. Mais en y regardant bien tout se tient, tout est parfaitement huilé. Nous sommes dans le cerveau malade d'un homme fou de jalousie, et qui plus est qui boit plus que de raison. Rien n'est vrai dans ce délire paranoïaque, sauf la douleur de cet homme amoureux qui croit avoir perdu sa femme. Mais surtout n'oublions pas, comme nous le rappelle le majordome, que nous sommes au théâtre et que tout est permis.

Vincent Dedienne est virevoltant en Ervart, époux perdu et éperdu transformé en enfant gâté qui ne supporte aucune résistance. Ses enfants ont disparu, peu lui importe puisque seule sa femme compte. Ses délires, cauchemars ou fantasmes donnent naissance à quelques beaux tableaux oniriques. Si le jeu des comédiens n'est pas égal l'une d'entre eux est étincelante. Marie-Christine Orry est hilarante en comédienne prête à relever tous les défis.

En bref : un spectacle délirant qui en déroutera beaucoup mais qui relève avec réussite le défi de la folie du texte. Un délire théâtral qui se regarde avec plaisir avec Vincent Dedienne virevoltant et Marie-Christine Orry hilarante.

Ervart ou les derniers jours de Frédéric Nietzsche, de Hervé Blutsch, mise en scène Laurent Fréchuret, avec Stéphane Bernard, Jean-Claude Bolle-Reddat, James Borniche, Maxime Dambrin, Vincent Dedienne, Margaux Desailly, Päuline Huruguen, Tommy Luminet, Marie-Christine Orry.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin Rooseveldt 75008 Paris
du 9 janvier au 10 février


Vu au Théâtre du Rond Point janvier 2019
Crédit photo @Christophe Raynaud de Lage

jeudi 25 octobre 2018

LE BANQUET - Théâtre du Rond Point - Le regard de Corinne

PARI GAGNANT POUR MATHILDA MAY
(Le regard de Corinne)



Préambule : Le Théâtre Côté Cœur s'ouvre pour la deuxième fois à une seconde plume. Tourangelle de cœur, Parisienne par intermittence c'est au théâtre que Corinne préfère passer ses soirées dans la capitale. Je lui ai proposé de partager cet espace d'échange pour vous faire bénéficier d'un deuxième ou d'un autre regard sur les spectacles que nous aurons vus ensemble ou pas. Pour inaugurer cette collaboration c'est avec "Le banquet" que Corinne fait ses débuts de chroniqueuse de spectacle vivant. Elle m'a demandé l'indulgence. Pour un premier essai c'est encourageant (comme disait Marie-Paule Belle)

oOo

Nous sommes conviés à assister à un mariage.L'action se déroule au cours du banquet.

A priori rien d'original. Le spectateur peut même se demander ce qui va bien pouvoir l’intéresser, le surprendre dans cette pièce, avec peut-être une petite pointe d'angoisse à l'idée d'assister à un énième vaudeville ou comédie de boulevard.

Mais le rideau n'est pas encore tiré que le doute est levé.

La serveuse qui accompagne son levé nous donne le ton : ce sera du burlesque, du loufoque !

Autant le dire tout de suite : on aime ou on n'aime pas, pas de demi mesure avec une mise en scène originale, rythmée et finalement osée. 

Aucune phrase, compréhensible du public, n'est prononcée. C'est comme si les mignons de Moi, moche et méchant s'adressaient à nous. Et pourtant, grâce au jeu remarquable des acteurs, les messages passent.

Le spectateur renouera avec des connaissances croisées au cours de mariages, fêtes ou beuveries :le mari dragueur, les quinquas célibataires en quête de, le gamin qui s'ennuie par ces adultes et qui cherche la bêtise qu'il va pouvoir faire, la mariée dont le doute sur son choix marital va grandissant.

Une belle performance d'acteurs, croissante au fur et à mesure que la soirée avance et que les effets de l'alcool se font ressentir.

Au final nous nous laissons embarquer dans ce délire et nous passons un bon moment de franche rigolade.

Le pari de Mathilda May est relevé et, pour ma part, gagnant.



C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin Roosevelt 75008 Paris
Du 10 oct au 10 nov 2018 - 21h


Vu par Corinne - Octobre 2018