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mercredi 17 juillet 2019

HERCULE A LA PLAGE

DANS LE LABYRINTHE DE LA MÉMOIRE ET DU TEMPS
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Dans la nuit noire de ce labyrinthe Angelo, Charles et Melvil cherchent  India qui les cherche aussi. Lorsqu'ils se retrouvent enfin après avoir arpenté les couloirs ils peuvent laisser exploser leur joie. Ces quatre là se connaissent depuis l'enfance.  Mais alors qu'ils avaient 15 ans India a déménagé. La vie et la distance ont fait leur oeuvre. Ils se sont perdus de vue. Alors quelle bonne  surprise de se retrouver là, toutes ces années plus tard.

Mais où sont-ils réellement ? Ils ont 15 ans. Ou 40. Ou 10. Ils sont dans la cour de récréation, sous les peupliers, sur cette plage qui fut le témoin de leur dernière journée ensemble. Ils se souviennent de leur enfance, de leur adolescence. India était la plus belle, la plus intelligente, la plus spirituelle. Ils étaient tous les trois amoureux d'elle évidemment. Alors elle leur lança un défi. Comme tous les soirs sa mère depuis qu'elle était toute petite sa mère lui racontait les exploits d'Hercule, ils devront réaliser les 12 travaux. Celui qui aura le plus de points gagnera le cœur d'India. 

Elle a à peine 10 ans quand sa mère meurt. Pendant 5 ans jusqu'à leur séparation,  les trois garçons vont rivaliser de créativité, de ruse, d'humour pour marquer des points. Concurrent mais pas adversaire. Ils grandiront ensemble, jusqu'à ce jour où sur la plage India leur annoncera que sa famille déménage.

Fabrice Melquiot nous invite à nous interroger sur ce qui constitue la mémoire. Ces quatre là sont les souvenirs qu'ils se sont fabriqués. Il sont les ombres du passé qui resurgi dans les mémoires. Hercule à la plage est également une fable sur la construction de l'identité,  l'amitié, la séparation, le deuil, la normalité, l'identité, la vérité et le mensonge. Le texte nous promène dans le temps et dans l'espace, dans la réalité et l'imaginaire. Aucune linéarité et pourtant quelle fluidité dans cette écriture subtile et poétique.


La mise en scène de Mariama Sylla est elle aussi fluide. La direction d'acteur est parfaite. Raphaël Arcinard (Melvil),Julien George (Charles) et Miami Themo (Angelo) forment un trio de soupirants soudé par leur amitié et leur désir de plaire à India. Cette dernière, interprétée avec la même justesse par Hélène Hudovernik, est malicieuse, frondeuse, émouvante. Les 4 comédiens et comédiennes sont à l'unisson. Leur interprétation est généreuse, complice, naturelle. Ils ont la malice de l'enfance, la provocation de l'adolescence, l'inquiétude de l'approche de l'âge adulte, la sensibilité de ceux qui se cherchent ou qui sont dans la peine.

La scénographie de Khaled Khouri combinée à la création lumière de Rémi Furrer et à la création sonore de Simon Aeschimann, la délicatesse de la mise en scène, la précision et le naturel du jeu d'acteur, la poésie du texte : tout semble parfait. On suit avec bonheur les aventures de ces 4 fantastiques, on se régale de cette mythologie ancienne qui se confronte à la mythologie moderne, on a plaisir à se perdre dans ce labyrinthe de la mémoire guidé par India / Ariane. Jusqu'à la scène finale toute en émotion qui a fait un fort écho en moi.

En bref : Énorme coups de cœur pour Hercule à la Plage. Une fable sur la mémoire et l'identité qui touchera adultes et adolescents. Un voyage onirique, porté par un quatuor de comédiens généreux, drôles et sensible.

Hercule à la plage, de Fabrice Melquiot, mise en scène Mariama Sylla, avec Raphaël Arcinard, Julien George, Miami Themo, Hélène Hudovernik

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Festival Off 2019
11 Gilgamesh Belleville
11 Boulevard Raspail 84000 Avignon
Du 5 au 26 juillet 2019 - 10h10- durée : 1h10
Théâtre de la Ville - Espace Cardin - Paris
Du 24 avril 2020 au 3 mai 2020

Crédit photo @Ariane Catton Balabeau

mercredi 18 juillet 2018

MAELSTRÖM - Avignon Off 2018

UNE COMÉDIENNE A SUIVRE
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La magie d'Avignon ça reste de se laisser surprendre par un spectacle que l'on n'avait pas repéré et que l'on décide d'aller voir en se fiant au bouche à oreille. C'est dans le nouveau lieu du Off  "Le Parvis d'Avignon", encore un ancien édifice religieux reconverti en espace culturel, que j'a découvert une jeune comédienne qu'il faudra suivre.


"Maelström" est un récit de Fabrice Melquiot. L'auteur qui a commencé en tant que comédien aux côtés d'Emmanuel Demarcy-Mota, à beaucoup écrit sur l'enfance ou l'adolescence. Cette fois-ci nous suivons Vera, 14 ans, sourde de naissance et appareillée à 3 ans d'implants cochléaires. Debout à un angle de rue elle attend. Elle qui n'entendait pas le monde elle semble désormais invisible. Attend-t-elle un amoureux potentiel ? Un bus ? Personne ? Elle crie mais nul ne la voit. Le monde ne sait rien d'elle. M'effraie. Elle crie sa tempête intérieure, son coeur qui bat pour cet autre qui l'ignore. Elle crie sa colère, ses attentes,ses espoirs. "Si elle était une ville elle en serait une au moment où un typhon la traverse" dit le dossier de presse.


Avec précision Fabrice Melquiot décortique les malaises de l'adolescence qui se cherche. Vera est une fonceuse, une boule d'énergie qui telle les 7 boules de cristal pourrait tout dévaster sur son passage. Elle lance son désespoir dans la nuit de la ville déserte. Elle se fait silence. Elle est le vent, la tempête et l'accalmie. Personne pour l'entendre, lui répondre. Mais en s'exprimant elle existe.



Portés par la fougue et l'énergie de Marion Lambert les mots de l'auteur résonnent avec puissance. Pour mieux nous mettre dans la peau de Vera la metteuse en scène Pascale Daniel-Lacombe à choisi d'équiper le public de casques. Est-ce ainsi que sonnent les sons lorsque l'on est appareillé d'implants cochléaires ? Tout semble amplifié, exacerbé. Lessons de la ville sont plus présents. Les émotions plus intenses. 



Sur la scénographie faite de rails et de verre, Marion Lambert irradie. Cette jeune comédienne, élève de la Comédie Française frappe par l'intensité de son jeu athlétique. Dans la pénombre elle capte notre regard des les premiers mots et ne nous lâche pas.



"Nous marchons de notre pas incertain vers ce que nous sommes de plus sûr"



En bref : un monologue très fort sur une adolescence en quête d'identité.  Marion Lambert dit avec force le beau texte de Fabrice Melquiot, dans un dispositif qui accentue les sensations. Une comédienne à suivre. Coupe de cœur Off 2018


Maelström, de Fabrice Melquiot, mise en scène Pascale Daniel-Lacombe, avec Marion Lambert



C'EST OÙ ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2018
Le Parvis d'Avignon - 33 Rue Paul Saïn 84000 Avignon
Du 6 au 24 juillet 2018 - 15h - Durée 1h10

jeudi 27 juillet 2017

LE DIABLE EN PARTAGE

LA GUERRE : ENTRE HORREUR ET AMOUR
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L'univers de Fabrice Melquiot est souvent étrange, torturé. Il sonde les âmes de ses personnages confrontés à des situations de crise. Le Diable en partage n'échappe pas à cette trame. Nous sommes en ex-Yougoslavie, alors qu'une guerre fratricide éclate et fera voler en éclat cette fédération d'états et de peuple qui si longtemps vécurent ensemble en paix et dans le partage.

La famille Ljevic est serbe. Ils vivent à Jajce, L'aîné, Lorko (Jules Lecointe), déserte et prend la fuite vers la France. Sa femme Elma (Aïda Hamri) est musulmane. Il y a aussi Jovan (Eliot Trovero), son frère adoptif et Alexandre (Noham Selcer). Tous deux enrôlés dans l'armée vont être contraints de commettre des actes horribles. Vid (Arnaud Renaud) et Sladjana (Perrine Bollart), les parents, tentent de survivre et de ne pas oublier le passé dont ils sont les témoins. Un passé qui part en éclats dans ces confrontations brutales entre ceux qui autrefois étaient frères et qui se retrouvent opposés par la religion, l'origine, l'héritage d'une histoire commune qui se brise.

Tout au long de son errance Lorko va vivre de rencontres. Des personnages variés, hauts en couleur. A Jajce la famille sombre dans le conflit. Tous subissent la guerre. Alternant entre les horreurs de la guerre en les suggérant mais sans les montrer, et la vie qui continue avec son besoin de rire, de sourire, d'aimer, la pièce propose des moments de fort réalisme opposé à des scènes oniriques. L'univers de Melquiot y est parfaitement reproduit, avec sa langue à la fois âpre et poétique.

Les jeunes comédiens sont bien dirigés par Baptiste Vareille. Leur interprétation est généreuse, sensible, et fait pardonner quelques petites longueurs dans la mise en scène.  La scénographie, l'habillage lumière et sonore sont autant de point positifs qui réussissent à nous plonger dans cette atmosphère anxiogène, dans les peurs de chacun des membres de cette famille happée par l'histoire. Mais c'est un message d'amour qui prend le dessus : l'amour de sa famille, de son voisin, de l'étranger, malgré la guerre omniprésente.

Le diable en partage, de Fabrice Melquiot, mise en scène Baptiste Vareille, avec Perrine Bollart, Emilien Bottereau, Aïda Hamri, Jules Lecointe, Camille Lherbier, Arnaud Renaud, Noham Selcer, Eliot Trovero

En bref : une interprétation sensible par de jeunes comédiens qui retranscrit avec réussite l'univers à la fois dure et poétique de Fabrice Melquiot. Qualité de la scénographie, force du texte, un spectacle sur la guerre qui parle aussi d'amour.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Off 2017
Le Grand Pavois
13 Rue Bouquerie 84000 Avignonh30
Du 7 au 30 juillet 2017 - 17h25 - Durée : 1h30