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jeudi 3 octobre 2019

LA FIN DE L'HOMME ROUGE - Théâtre des Bouffes du Nord

LA FIN D'UNE UTOPIE
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Après "Mon traître" d'après Sorj Chalandon, l'histoire d'un leader de lIRA trahi par son ami, puis "Des hommes en devenir", portraits d'hommes hantés par la disparition d'un proche, Emmanuel Meirieu a choisi de porter à la scène quelques portraits tirés de l'essai de Svetlana Alexievitch. Une vision saisissante de la Russie postsoviétique. Un spectacle choc

40 ANS DE TÉMOIGNAGES

Pendant 40 ans Svetlana Alexievitch, auteur et journaliste russe, a parcouru toutes les régions de l'URSS à la rencontre des hommes et des femmes qui ont grandi avec le communisme et ont connu l'avant et l'après. Ce qui l'intéresse "c'est le petit homme, le grand petit homme car la souffrance le grandit". Dans les 6 livres où sont regroupés ces témoignages, "il raconte lui-même sa petite histoire, et en même temps, il raconte la grande histoire". La publication de ces livres lui vaudra le prix Nobel de Littérature en 2013.

De ces 40 ans de récit, Emmanuel Meirieu extrait quelques portraits d'hommes et de femmes qui ont traversé l'un des grands mouvements qui a doublement bouleversé une nation, une société, un monde. De la naissance d'une utopie à sa désagrégation des vies tour à tour enthousiastes, optimistes, emplies d'espoir, puis broyées, déçues, laminées, incapables de comprendre le nouveau monde dans lequel elles sont projetées sans préparation. Il y a celle dont le fils s'est suicidé parce qu'il refusait la société postsoviétique, et qui cherche à comprendre pourquoi et comment la société les a broyés. Il y a ce meilleur ami qui raconte les espoirs et désenchantement d'une génération qui a vu son enfance baignée par l'utopie communiste et sa vie d'adulte basculer sans prévenir dans le capitalisme. Il y a cet ancien soldat qui revient de Tchétchénie. Il y a cette femme, enfant du goulag, arrachée à sa mère. Il y a cette femme qui a vu sa vie bouleversée par Tchernobyl, épouse d'un ouvrier envoyé décontaminer la zone irradiée et qui assiste au calvaire de la fin de vie de celui avec qui elle voulait croire au bonheur. Ou encore cet homme qui malgré l'effondrement d'un système qui ne l'a pas laissé indemne semble avoir gardé la foi dans cette utopie soviétique. Il y a ce fils d'aviateur qui n'a pas réalisé le rêve du père de sacrifier ses fils à la nation. Il y a la guerre omniprésente et qui se transmet de génération en génération. Il y a ce rêve d'une société meilleure et le réveil dans un monde qui est celui contre lequel tout un peuple a lutté pendant des décennies.


LE BONHEUR EST-IL COMPATIBLE AVEC L’ÂME RUSSE ?


Dans un décor en décomposition qui fait écho aux récits de ces êtres écrasés par un destin qui ploie sous le poids de l'Histoire, victimes malgré eux d'un rêve non abouti, orphelins d'une utopie. Le bonheur est-il compatible avec l'âme russe ? Malgré la souffrance de ceux et celles qui ont cru en l'aventure du socialisme, vécu l'enfer du stalinisme, se sont sentis perdus, déboussolés après la perestroïka, l'espoir demeure, fort, vibrant, résiliant dans les mots, les livres, les chansons, la solidarité.

On sort bouleversé par ce spectacle, par ces témoignages mis en scène sobrement. Comme souvent Emmanuel Meirieu met en scène une succession de monologues. Une succession d'émotions brutes, saisissantes, des récits, des témoignages sidérants, glaçants, éblouissants, troublants, qui font émerger en nous des dizaines de questions, sur l'être humain, l'économie, les idéologies, nos rêves et ce que la société nous permet d'en faire, et tant d'autres.

Tous les comédiens et comédiennes sont remarquables, justes, bouleversants. Une mention particulière à Xavier Gallais tout simplement exceptionnel.

En bref : 7 témoignages d'hommes et femmes pour dresser le portrait d'un peuple passé brutalement de l'espoir unique en une société égalitaire à la désillusion créé par le basculement soudain et fulgurant dans un capitalisme frénétique. Un spectacle saisissant, bouleversant et questionnant.

La fin de l'homme rouge, d'après l'essai de Svetlana Alexievitch, mise en scène et adaptation Emmanuel Meirieu, traduction Sophie Benech, avec Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, André Wilms, Maud Wyler et la voix de Catherine Hiegel

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis Boulevard de la Chapelle 75010 Paris
Du 12 septembre au 2 octobre 2019

Crédit photo @Nicolas Martinez

dimanche 14 juillet 2019

LE FANTOME D'AZIYADE

ÉPURE NOSTALGIQUE
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Pierre Loti est jeune officier de marine lorsqu'il part en mission à Istanbul. Un jour, déambulant dans les rues de la ville, il croise le regard vert d'un jeune femme. Cachée derrière les barreaux d'une maison il en devine le visage, tombe amoureux. Elle a dix-huit ans, s'appelle Aziyadé, et est cloîtrée dans un harem. Pendant des semaines ils vont vivre une histoire d'amour, se retrouver tous les soirs dans une barque. Elle aussi tombe amoureuse, redoute l'inéluctable départ dont elle subodore qu'il causera sa mort par désespoir.

L'ordre de départ arrive. Les amants continuent leur histoire par courrier. Mais le temps passe, fait sont office, crée la distanciation. Elle cesse d'écrire. Il l'oublie, explore d'autres pays, d'autres continents. Dix ans plus tard il part trois jours à Istanbul, sur les traces de cet amour perdu. Déterminé, avec l'aide de quelques complices, il va chercher Aziyadé. Il arpente à nouveau les rues d'Istanbul, retrouve les odeurs de l'Orient. Mais déjà tout n'est plus pareil. Il assiste à la fin d'un monde, la fin d'un orient magique. Il ne reconnaît plus la ville qui a déjà subi la transformation sous l'influence d'un occident bien présent. Comme la ville dont il garde le souvenir Aziyadé est morte et c'est dans un cimetière éloigné de la ville qu'il fera un dernier adieu à cet amour et à cette époque.

Xavier Gallais et Florient Azoulay adaptent ici deux romans de Pierre Loti : Aziyadé et Fantôme d'Orient. Dans une mise en scène minimaliste qui tient plus de la lecture que du jeu, Xavier Gallais, assis sur une chaise posée sur un cadre carré, dirige les sons, création originale d'Olivier Innocenti, qui accompagnent sa narration. Dès les premiers mots sa voix chaude et sensuelle nous plonge dans l'atmosphère de cet Orient idéalisée. Tel Pierre Loti on ressent la nostalgie d'une époque révolue, d'une terre de mystère et de sensualité. On suis la quête du romancier, on plonge avec délice dans les rues d'Istanbul, happé par ses odeurs, ses couleurs. On vibre au rythme de cette déambulation, tantôt animée et énergique, tantôt posée et douce. Les images suggérées par la langue de Loti se forment dans notre imaginaire et on se laisse porter par cette nostalgie.

Le fantôme d'Aziyadé, d'après Pierre Loti, adaptation et mise en scène Florient Azoulay et Xavier Gallais, avec Xavier Gallais

En bref : une évocation sensuelle, sensible, mélancolique d'un Orient disparu. Une narration épurée qui nous transporte vers ce monde et cet amour disparu. Poétique. Onirique.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Lucernaire
Rue Notre Dame des Champs - Paris
Du 11 janvier au 1er mars 2020

Crédit photo @pascal Gely
Vu #Off2019 - Avignon - Théâtre de la Reine Blanche - Juillet 2019

mercredi 23 août 2017

FESTIVAL LA NUIT DES ARÈNES

3è EDITION DU FESTIVAL LA NUIT DES ARENES
Du 31 août au 2 septembre 2017



Pour la 3ème année la Compagnie Nadjastream organise dans les Arènes de Lutèce le Festival des Arènes. 3 jours de rencontres, d'ateliers, de débats, de spectacles, d'interaction entre les arts et la société, réunissant artistes, penseurs, citoyen-ne-s. Voilà une expérience intéressante dans un lieu pas si insolite (en priant pour que la pluie ne s'invite pas !)

L'ambition des organisateurs : sortir des sentiers battus, décloisonner les arts et laisser faire les jeunes. Un projet ambitieux que j'ai envie de défendre parce que n'est pas si courant et parce qu'il porte des valeurs qui me parlent. Sous la direction d'Emilie Sitruk un comité de réflexion de 8 professionnels a travaillé avec une vingtaine de jeunes bénévoles de 18 à 30 ans pour construire un projet pour "mettre en résonance parole artistique et parole politique des citoyen-ne-s".

La programmation est donc confiée à des jeunes et non à des experts. Ils ont l'air de plutôt bien se débrouiller. Voyez par vous-même un aperçu du programme de ces trois jours :

Une exposition : "Bord" par le collectif Gribouille. 5 illustrateurs qui éditent un fanzine trimestriel (si si, ça existe toujours), avec à chaque fois un thème différent, avec pour but de dévoiler des jeunes talents de tous horizons.

De la musique avec La Chica (un piano, Debussys, le lien entre l'Amérique du Sud et Belleville)

Des ateliers artistiques et participatifs et un marché associatif le samedi 2 septembre. Parmi les ateliers, du kid street art, de l'initiation au hip-hop, un cadavre exquis avec des totems. Et un déjeuner bio avec les Discos Soupes, histoire d'apprendre à manger mieux, sain et goulu.

Des débats de société : samedi 02/09, après une lecture spectacle par Xavier Gallais et Florient Azoulay sur les thèmes du festival, débat en interaction avec le public, des artistes, des savants et des personnalités politiques se demanderont "quelles solutions pour accueillir dignement les boat people au XXI siècle. Comment faire plus actuelle comme problématique ?

Des spectacles :

- Du Théâtre  avec "Sacré, sucré salé" de  Stéphanie Swhwartzbrod qui nous propose une heure de "jubilation culinaire et spirituelle" (jeudi 31/08) et "King Lear Conférence", de Florient Azoulau, mis en scène par Xavier Gallais. Quand cinq jeunes comédiens se lancent dans un conférence sur la pièce de Shakespeare et que ça dégénère. Ou Le Roi Lear et la légitimité du pouvoir (Vend 01/09)

- De l'humour : "Que demande le peuple" nous demandera l'humoriste Guillaume Meurice. Dans son deuxième spectacle l'humoriste belge nous parle de Xavier, cadre dynamique, décomplexé et ambitieux, conseiller spécial d'Emmanuel Macron. Çà promet ! (vend 01/09)

- Du spectacle jeune public avec "Aurore, la belle au bois ne s'endort pas", spectacle de la compagnie Regarde, il neige pour le jeune public à partir de 4 ans. Une comédie sentimentale en chansons qui parle de la différence (samedi 02/09)

- De la danse avec le danseur ivoirien Jean-Paul Mehansio qui présentera "Gnéan / Miroir", un solo introspectif qui pose la question de l'identité pour l'exilé au travers le cheminement d'un homme qui a choisi de migrer vers des cultures éloignées de la sienne (sa 02/09)

- Du cirque avec le Cabaret Electrique qui pour un jour pose son univers hybride dans les arènes, pour un spectacle qui mixe tradition du cirque et réalité d'une culture urbaine radicale et moderne, teintée d'une atmosphère punk, décalée et transgressive. (sa 02/09)

et d'autres surprises dont des visites des arènes de Lutèce samedi.

Sans oublier que la fête ne serait pas totale sans un grand finale en danse et en chanson avec le Set DJ U-Man

FESTIVAL LES NUITS DES ARÈNES
Arènes de Lutèce
Journées Gratuites
Soirées payantes à partir de 20h
Tarifs pleins :
PASS 1 Soirée : 22 € - PASS 3 Soirées : 45 €
Tarifs moins de 25 ans, bénéficiaires du RSA, et handicapé-e-s :
PASS 1 Soirée : 15 € - PASS 3 Soirées : 30 €

Toutes les infos sur le site en cliquant ICI