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dimanche 18 février 2018

LA COLLECTION -Théâtre de Paris

TROUBLES ET RELATIONS DE COUPLE
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Le maître de l'absurdité du monde moderne nous entraîne dans une comédie de mœurs qui frôle le thriller psychologique. Au Théâtre de Paris Thierry Harcourt dirige avec délicatesse un quatuor étonnant. Un Pinter pur jus.


COUPLES DANS LE DOUTE

Ce qui marque lorsque l'on entre dans la salle c'est le magnifique décor de Marius Strasser. Sur les murs des traits en pointillés, des dessins qui font penser au monde de la couture. Astucieusement disposé il illustre les deux appartements de l'action, se superposant partiellement sans gêner la compréhension de l'histoire.

Celle-ci commence par un appel téléphonique passé par un homme depuis la cabine rouge qui se trouve en contrebas de la scène. Destiné à Bill c'est Harry qui l'intercepte. Commence alors un chassé croisé entre deux couples au sein desquels le doute va glisser son venin. Que s'est-il passé lors de ce voyage que fit Bill, dessinateur de mode, pour découvrir une collection ? Qui de lui et de Stella dit la vérité ? Comment la jalousie de James, mari de Stella, peut-elle affecter la relation de Bill et Harry?

THRILLER PSYCHOLOGIQUE

Quand Harold Pinter parle de crise de couple il n'y a pas de portes qui claquent. Avec "La collection" il dresse le portrait de deux couples bien dans son style : des situations qui frisent l'absurde. James, jaloux maladif, veut en découdre avec Bill dont il pense qu'il a eu une aventure avec Stella. Entre la jeune femme qui prend plaisir à torturer son mari pour tester leur lien, Harry, le gentleman protecteur et Bill le jeune homme sorti des bas-fonds, James est ballotté dans les récits et les affres de ses doutes. 

Dans cette écriture au scalpel c'est toute la complexité des relations de couple qui est mise en lumière. Sara Martens est lumineuse. Si son rôle est le moins exploité sa présence souvent silencieuse est l'ombre qui plane sur les liens de ce quatuor. Le personnage de James interprété par Nicolas Vaude, dénote par son agitation au sein de ces univers très policés, de ces appartements où rien ne dépasse. Maître de l'absurde il sème le doute dans l'esprit de tous, diffusant son malaise, se heurtant au non-sens des situations, instillant son regard inquiétant. Thierry Godard est magnifique de retenue dans le rôle d'Harry, gentleman à l'élégance de l'âme et de la tenue. Davy Sardou termine ce quatuor complémentaire et équilibré. Son jeu fin compose un personnage subtil, jeune et espiègle, qui n'a rien pas oublié ses origines mais qui sait qui il est et se sert de sa jeunesse pour défier le mari jaloux tout en gardant son mystère.

La mise en scène de Thierry Harcourt donne tout le sel et toute la finesse de l'écriture de Pinter qui multiplie non-dit et sous-entendus, suggère plus qu'elle n'exprime avec les mots. Le rythme est posé, très british, l'action cédant la place à la démonstration de la psychologie humaine. Une direction d'acteur toute en subtilité.

En bref : Quand Harold Pinter met un mari jaloux face à l'amant supposé son art de l'absurde transforme le vaudeville en thriller psychologique. Thierry Harcourt dirige avec subtilité un quatuor de comédiens qui transcrit toute la  finesse du texte. Du grand Pinter

La collection, de Harold Pinter, mise en scène Thierry Harcourt, avec Sara Martens, Davy Sardou, Nicolas Vaude, Thierry Godard.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de Paris
15 rue Blanche 75009 Paris
Du mardi au samedi a 19h - dimanche 17h

mercredi 9 septembre 2015

L'AMANT

DOUBLE PERVERSITÉ

LUTTER CONTRE L'USURE DU COUPLE

Richard et Sarah sont un couple heureux. Tous les matins Richard part travailler à Londres laissant Sarah jouir des plaisirs de leur maison de banlieue. Et tous les matins Richard prend soin de demander à sa femme du ton le plus neutre qui soit, si son amant doit venir dans la journée, ce que Sarah valide. Mais c'est un livreur qui sonne et s'éclipse. Arrive alors l'amant..qui n'est nul autre que le mari qui joue l'amant pour sa femme qui elle joue la prostituée pour lui. Mais ce petit jeu sans conséquence ne saurait continuer et Richard souhaite y mettre fin, ce sur quoi Sarah n'est pas d'accord.

CASSER LES CODES

Entre humour absurde et critique sociale Harold PINTER revisite le classique trio du mari, de la femme et de l'amant pour en casser les codes. Ils sont deux sur scène. Pourtant vient un moment où l'on ne sait plus qui est qui et combien de personnages occupent la scène tant chacun se cache sous plusieurs identités. Avec un texte percutant malgré / du fait de l'économie des mots, PINTER nous plonge dans un univers absurde qui n'est pas sans faire penser à Beckett.

JEUNES COMÉDIENS EN DEVENIR

Dans le cadre du 1er Festival 7.8.9, la compagnie Comme c'est bizarre présente sa version, déjà programmée sur une scène parisienne lors de la dernière saison et qui revient sur la petite scène du Théâtre de Nesles après avoir occupé celle de la Petite Caserne dans le Festival Off 2015.

C'est dans un décor simple que l'action se situe : un canapé, un chariot-bar, une table et deux chaises, un paravent dans un coin, du whisky et un djembé pour seuls accessoires. La mise en scène de Cathy GUILLEMIN est simple et efficace. Jules LECOINTE est un Richard assez british, un brin guindé, qui semble se libérer lorsqu'il endosse le rôle de l'amant ou qu'il veut en finir avec les faux-semblants et le petit jeu qui rythme la vie de son couple. Aïda HAMRI est une Sarah aux multiples facettes qui se fait câline, coquine, espiègle, farouche, lascive, rebelle, amoureuse, effarouchée. Son jeu fait preuve d'une large palette d'émotions. Ces deux comédiens en devenir rendent avec efficacité l'absurde de la situation, sa perversité et sa sensualité.

En bref : deux jeunes comédiens en devenir qui présentent un beau travail et transmettent avec efficacité l'absurde du texte de Harold PINTER, sa perversité et sa sensualité, sa critique sociale et son questionnement sur l'usure du couple.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Théâtre de Nesle
8 Rue de Nesles 75001 Paris - Métro Pont Neuf

Les 4 - 11 - 24 et 25 septembre 2015 à 19h dans le cadre du Festival 7.8.9
En décembre 2015 et janvier 2016 (du 9 au 30 janvier 2016 - vendredi et samedi à 21h)

Mise à jour du 27/12/15