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dimanche 11 février 2018

LE JEU DE L'AMOUR ET DU HASARD - mes C. Hiegel - Théâtre de la Porte Saint Martin

UN MARIVAUX EN OR*****





Au théâtre de la Porte Saint Martin les saisons se suivent et se renouvellent. Après "Les femmes savantes" Catherine Hiegel met en scène Marivaux et fait à nouveau appel à des comédiens d'horizons différents. Une réussite presque parfaite.


QUAND LE CŒUR DÉCIDE

Sylvia est promise à Dorante. Un mariage arrangé entre pères. Mais M. Orgon ne saurait imposer à sa fille chérie un mari que son cœur n'aurait accepté. La promise imagine alors un stratagème pour évaluer son promis : avec l'accord de son père elle échangera sa place avec Lisette, sa servante. M. Orgon accepte d'autant plus facilement qu'il a appris que Dorante a imaginé le même stratagème et que c'est son valet qui se présentera sous son nom tandis que lui-même pourra espionner sa future. Sans rien dire à Sylvia, M. Orgon et son fils Mario laisseront faire le jeu de l'amour et du hasard pour laisser les cœurs décider librement de leur penchant. Les identités ainsi dissimulées laisseront-elles les cœurs choisir librement ?

Maîtres et valets s'en donnent à cœur joie dans ce marivaudage cruel qui sous couvert de se jouer des conventions remettra chacun à sa place. Valet et servante auront goûté à la liberté de leur maître et feront contre mauvaise fortune bon cœur en retrouvant leur condition d'origine. Au bout du compte chacun y aura trouvé l'amour et les conventions seront respectées.


UN CLASSIQUE DYNAMISE

Dans le magnifique décor de Goury, une splendide façade d'hôtel particulier avec balcon et jardin verdoyant et fleuri, sublimé par les lumières de Dominique Borrini. La mise en scène de Catherine Hiegel donne à ce classique un regain de modernisme et de fraîcheur. 

C'est le nom de Vincent Dedienne qui a été mis en avant dans la communication. Le grand public le connaît en tant qu'humoriste par son seul en scène "S'il se passe quelque chose" et ses chronique télévisées. C'est oublier qu'il est aussi est excellent comédien drôle et sensible comme j'avais pu le découvrir en 2013 dans "Je marche dans la nuit par un chemin mauvais". Parfaitement dirigé par Catherine Hiegel il est un Arlequin facétieux, au sourire dévastateur, cabotin en diable mais pas insensible. Il forme avec Laure Calamy (Lisette) un duo hilarant, joyeux, tourbillonnant, qui donne un air de jeunesse à ce texte qui n'a par ailleurs pas vraiment vieilli. 

Face à eux le duo Sylvia / Dorante est déséquilibré. Nicolas Maury (Dorante) est soit mal dirigé soit pas du tout à l'aise avec son costume. Son jeune terne et maladroit est contrecarré par la radieuse interprétation de Clotilde Hesme. Elle s'empare du rôle de Sylvia et en rend toutes les subtilités, se faisant cruelle, joueuse, capricieuse, malicieuse, calculatrice, provocante, fine et aristocrate. Alain Pralon est un parfait Orgon malicieux et digne. Quant à Cyrille Thouvenin il complète avec réussite cette belle distribution, sans oublier la violoniste qui rythme les différentes liaisons (Camille Gueirard en alternance avec Vérène Westphal).

En bref : Lorsque les textes classique sont mis en scène et interprétés avec autant de dynamisme et de modernisme c'est un bonheur de les (re)découvrir. Le trio Hesme / Dedienne / Calamy est irrésistible. A savourer avec délice.

Le jeu de l'amour et du hasard, de Marivaux, mis en scène Catherine Hiegel, avec Laure Calamy, Vincent Dedienne, Clotilde Hesme, Nicolas Maury, Alain Pralon, Cyrille Thouvenin, décors Goury, costumes Renato Blanchin lumières Dominique Borrini, chorégraphie Cécile Bon.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre de la Porte Saint Martin
18 Boulevard Saint Martin 75010 Paris
Du mardi au dimanche - Jusqu'au 29 avril 2018


Crédit photo @Pascal Victor

lundi 2 janvier 2017

LE PETIT MAITRE CORRIGE

UN MARIVAUX CHAMPÊTRE ET JOYEUX

***



Pour finir dans la légèreté un début de saison relevé la Comédie Française sort des cartons un Marivaux oublié : LE PETIT MAÎTRE CORRIGE. Dans la scénographie champêtre imaginée par Eric RUF la troupe démontre une nouvelle fois sa qualité, notamment Adeline d'HERMY, Loïc CORBERY et Christophe MONTENEZ. Une comédie agréable malgré quelques longueurs.

UN MARIVAUX MÉCONNU

C'est en 1734 que fut créé par la troupe du Français cette comédie de MARIVAUX. Retirée de l'affiche après seulement deux représentations, elle fit un petit scandale puis disparu. Eric RUF et Clément HERVIEU-LEGER ont la bonne idée de la ressortir pour une mise en scène emplie de légèreté.


L'argument est simple : un jeune parisien, Rosimond, promis à Hortense, la fille d'un comte arrive chez sa fiancée. Empreint d’orgueil et d'arrogance et comme il sied aux mœurs parisiennes,il se refuse à faire état de ses sentiments à sa promise. Pourtant les deux jeunes gens se plaisent dès le premier regard. Hortense, vexée par l'attitude de son promis décide de corriger le petit-maître prétentieux, avec l'aide de sa servante   et du valet du jeune homme. S'ensuit un marivaudage plaisant entre bourgeoisie de la ville et bourgeoisie des champs, avec ce qu'il faut de rebondissements générés par les trouble-fête, famille, serviteur, amis ou amantes jalouses.


UNE CRITIQUE BIEN ASSAGIE PAR LE TEMPS

La pièce fit l'objet d'une cabale en 1734, les ennemis de Marivaux réussissant à en faire arrêter les représentations. Il a fallu attendre 300 ans pour qu'elle soit à nouveau montrée au public par les comédiens du Français. Si elle résonnait d'accents révolutionnaires à la veille de la Révolution Française le propos en apparaît aujourd'hui bien assagi.

La direction d'acteur de Clément HERVIEU-LEGER en fait une comédie drôle et légère. Il est vrai que la position féministe de la jeune Hortense est une critique des mariages arrangés tandis que Rosimond est une caricature du jeune homme de cour. La langue Marivaux est savoureux, parsemé de bons mots accentués par le parti pris léger de la direction d'acteur. 

A ce petit jeu c'est Adeline d'HERMY qui excelle. Sa composition de Marton, la suivante d'Hortense, est truculente. Elle minaude, pétille, se joue des hommes, tourbillonne et virevolte, est malicieuse et maligne. Une très belle performance qui donne beaucoup de relief au personnage de la suivante, damant souvent le pion à sa maîtresse Hortense. Celle-ci, interprétée avec justesse par Claire de la RÜE DU CAN, est une jeune femme moderne, provinciale qui ne se laisse par impressionner par le promis venu de la capitale. Loïc CORBERY est un caricatural promis soumis aux volontés de sa mère (très juste Dominique BLANC). Il est gauche dans sa suffisance mais fait évoluer son interprétation avec finesse révélant un jeune homme plus sensible qu'il n'y paraissait au premier abord et dont on comprend mieux comment Hortense peut en tomber amoureuse. 

Tout comme Hortense est contrebalancée par Marton, Rosimond a son pendant avec Frontin, son valet, généreusement interprété par Christophe MONTENEZ. Après sa forte prestation dans LES DAMNES ce dernier se glisse avec réussite dans la comédie, donnant au personnage du valet presque autant de poids que celui de Marton. Christophe MONTENEZ est pour moi la révélation de l'année dans la troupe de la Comédie Française.

Gravitent autour de ce quatuor tout une série de personnages venant perturber ou accompagner le destin des promis. Florence VIALA est une réjouissante Dorimène, amante jalouse qui joue les aguicheuses pour faire capoter le mariage. Face à Dominique BLANC, maîtresse-mère de Rosimond, Didier SANDRE, Comte et père d'Hortense brille de toute sa noblesse et de la force de sa présence scénique. Pierre HANCISSE complète la distribution dans le rôle de l'ami de Rosimond.


SE PERDRE DANS LES DUNES

La scénographie de dunes et d'herbes jaunes d'Eric RUF donne un sentiment intemporel à cette comédie et en accentue l'impression de légèreté. Un décor champêtre ou de bord de mer où souffle le vent, dans lequel les provinciaux batifolent et s'envolent mais qui bouscule les parisiens. 

Le regret est la lenteur de l'action, résultant principalement du texte qui joue beaucoup sur les redites.

Pour en savoir plus :
Pour le Dictionnaire de l'Académie Française un Petit-maître est un jeune homme de Cour qui se distingue par un air avantageux, par un tout décisif, par des manières libres et étourdies.

En bref : Un Marivaux joyeux mis en scène avec efficacité. Une bonne surprise qui offre une bouffée de légèreté pour finir 2016 ou commencer 2017. Adeline d'HERMY y compose une suivante pétillante et Christophe MONTENEZ confirme les grandes qualités démontrées notamment dans LES DAMNES.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?   
Comédie Française  Salle Richelieu
Place Colette 75001 Paris
du 3 décembre 2016 au 24 avril 2017


Relire ma critique des DAMNES - Avignon 2016
Tout savoir sur la programmation de la Comédie Française

Crédit photo @Agathe Pouponey
Vu en décembre 2016 - Comédie Française