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mercredi 8 juillet 2026

NOTRE HUMBLE AVIS

DE L’ART ET DES VIES

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Igor Mendjisky introduit le spectacle en précisant qu’il s’agit en fait d’une émission de radio enregistrée en public et qui sera montée avant la diffusion. Les cinq chroniqueurs sont assis de dos. Ils viennent du cours de théâtre qu’Igor anime dans ce village du sud de la France et ont eu envie, un jour de parler de culture en général. Le but de cette émission : partager sur l’art sous toutes ses formes pour donner envie aux auditeurs d'aller au théâtre, de lire, de voir des expositions et/ou des films. Tous sont chroniqueurs amateurs.

L’enregistrement commence avec trois sujets : un classique de la littérature française, une exposition d’art contemporain et un film culte.

Pour ce nouveau spectacle Igor Mendjisky reprend tout ce qui a fait le succès de "Masques et nez" (créé en 2008). Les comédiens portent un masque qui couvrent la partie supérieure du visage, y compris le nez. Les personnages sont caricaturaux : un accent du sud très marqué pour un restaurateur qui ne rate pas une occasion de faire la pub de son restaurant tout en n'ayant pas digéré une critique, un garagiste passionné de cinéma mais qui a du mal à maîtriser ses émotions, une femme distinguée, ex-fleuriste devenue galiériste, un gentil animateur très consensuel, une adolescente en rupture avec l'école mais à l'analyse très pointue. Très vite les chroniqueurs dérivent et leur vie privée prend le pas sur la chronique culturelle, au point que le cinéma ne sera pas évoqué (dommage, j'aurai bien aimé savoir comment ils allaient parler du "Grand bleu").

Côté mise en scène et interprétation, il n'y rien à dire. Le spectacle est bien rôdé et les comédiens sont épatants de justesse. Les deux sujets abordés (un grand classique de la littérature et une exposition de peinture d'une icône du pop art) sont obligatoirement clivants, et nos chroniqueurs amateurs se font l'écho de ce que l'on peut lire, dire ou entendre partout. On rit beaucoup indéniablement.

J'ai néanmoins un regret qui ne me permets pas de partager l'enthousiasme générale autour de ce spectacle (qui sera sans aucun doute programmé à Paris prochainement). Pour moi le schéma est trop répétitif par rapport à "Masque et nez" que j'avais vu et chroniqué en 2013. En changeant le contexte je pourrais écrire quasiment mot pour mot la même chronique. Je n'ai pas non plus trouvé cette réflexion sur le pourquoi de la critique comme le mentionne l'auteur dans sa note d'intention. Je m’attendais à un plus de réflexion sur la critique en général. Or, le choix des thèmes joue la facilité avec des œuvres qui ne peuvent qu’être clivantes, et seule la question finale posée par Igor Mednjisky pour clôturer le spectacle, renvoie chacun à sa propre définition de l'art.

En bref : si vous avez aimé "Masques et nez" vous devriez adorer "Notre humble avis".

Notre humble avis, de Igor Mendjisky, mise en scène de l’auteur, avec Sylvain Debry, Angèlique Flaugère en alternance avec Ophélia Kolb, Igo Mendjisky, Quentin Raymond, Adèle Royné, Gauthier Wahl en alternance avec Thomas Roy, collaboration artistique Etienne Champion, scénograpie Jean-Luc Malavasi, lumière Mitzi Lowy


C’EST OU ? C’EST QUAND ?
Avignon Off 2026
Le train Bleu
Du 4 au 25 juillet 2026
22h25 - durée 1h10

Vu le 06/07/26 - Avignon Off 2026 - Train bleu


vendredi 3 juillet 2026

LES FANFARONS

RENCONTRE DE CLASSES

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Paul a intégré Polytechnique. Sa formation l’oblige à faire un stage en première année. Il avait chois l'univers militaire, mais, blessé lors d’une intervention avec les pompiers, il est envoyé à Marcoussis (banlieue sud de Paris), dans un lycée horticole. Il est notamment confronté à quatre adolescents en perte de repère et de confiance, qui n’ont aucun intérêt pour les maths ni pour l'enseignement d'une manière générale.

Choc des cultures pour Jean qui va avoir du mal à s’adapter. Jusqu’à ce qu’il découvre que l’une d’entre eux joue du saxophone, comme lui. Naît alors l’idée de créer une fanfare,  pour apprendre par le collectif.

"Les fanfarons" est un spectacle typiquement dans la ligne de ce que présente le Théâtre Actuel : une belle histoire pleine de bons sentiments reposant sur une mise en scène classique et efficace. Les six comédiens sont parfaitement dirigés et crédibles.

Néanmoins on n’évite pas l’écueil de la caricature. L’argot, les références au sexe, les violences intra-familiales, la pauvreté, l’incommunicabilité entre les différentes classes de la société sont omniprésent. Et tout fini bien dans un mea culpa sans surprise.

En bref : une vision classique de la confrontation des classes sociales en France au 21e siècle.

Les fanfarons, de Bérangère Gallot, Estelle Kitzis, Lauriane Lacaze, mise en scène des auteurs, avec Damien Bellard, Pablo Carolini, Fabrice de la Villehervé, Leïli L'Henoret, Juliette Lavigne, Jonas Thierry, scénographie Seymour Laval, musique Laurent Labruyère, costumes Isabelle Deffin



C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Actuel
80 Rue Guillaume Puy - Avignon
Du 3 au 25 juillet - 17h40 - 1h15
Relâche 9 - 16 - 23


vendredi 11 juillet 2025

UN SOUPCON D'AMITIE

L'AMITIE, JUSQU'OU ?

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Louis et Daniella est un jeune couple de Français vivant en Argentine depuis quelques années. Lui est diplomate, elle est professeur de danse. Le meilleur ami, Joachim, vend du matériel agricole et est d'origine allemande, pays qu'il a quitté en 1937, avant l'apogée du nazisme. Nous sommes en décembre 1961.

Enfin c'est ce qu'il a raconté à Louis et Daniella. Et pourquoi en douteraient-ils ? Mais lorsque qu'un homme se disant généalogiste se présente et commence à poser des questions sur Joachim, le doute s'installe, s'insinue dans les esprits, insidieusement s'ancre, réveille des traumatismes, remet en cause la loyauté.

Jusqu'où rester loyal ? Le lien d'amitié est-il inconditionnel ? Qu'est-on prêt à faire pour défendre ses amis ? Pour connaître la vérité ? Voilà bien des questions dérangeantes que posent ce texte de Philippe Froget, mis en scène par sa fille Chloé Froget.

Dans ce huis clos aux allures de comédie, où la danse exprime les émotions de Daniella, où les fleurs ont une odeur de trahison, le ton, qui se veut léger au départ, monte progressivement en tension, accentué par une mise en lumière très appuyée.

Comme toujours au Théâtre Actuel, la production est de qualité et de facture très classique. Le quatuor de comédiens est impeccable, notamment Ariane Brousse qui interprète avec conviction et justesse le personnage de Daniella, sa vitalité et ses doutes, ses tourments, jusqu'à un final surprenant.

En bref : un théâtre contemporain classique et efficace, qui pose des questions sur les rapports humains.

Un soupçon d'amitié, de Philippe Froget, mise en scène de Chloé Froger, avec Ariane Brousse, Simon Larvaron, Cyril Romoli, Philipp Weisser

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival Off 2025
Théâtre Actuel
Du 5 au 26 juillet 2025 -17h40 - durée 1h30
Relâche 8 - 15 - 22 

Crédit photo @ Frédérique Toulet

jeudi 10 juillet 2025

CONSPIRATIONS

UN CRIMINOLOGUE CHEZ LOUIS XIV

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Un salon grand siècle avec juste ce qu'il faut de mystère, une assistante qui distribue un questionnaire à quelques personnes dans la foule, et entrée théâtrale du sire Nicolas de La Reynie. Mis à la retraite par Louis XIV, le grand enquêteur, qui figure parmi ceux qui ont mis fin à la triste affaire des poisons, donne désormais des masterclass de criminologie, science qu'il a inventée.

C'est sur fond de faits divers du 18e siècle que Benoit Facerias, alias Nicolas de la Reynie, démontre ses indéniables talents de mentaliste. On sait bien que c'est truqué, mais on se fait avoir, on ne voit rien venir, on reste surpris, étonné des coïncidences, des convergences, des résolutions qui se forment sous nos yeux.

Le spectacle mélange donc mentalisme et théâtre. Et c'est peut-être sur ce second aspect que le spectacle pêche un peu : un manque de rythme, peut-être dû aux nombreuses sollicitations de la participation du public (c'est inhérent à ce type de spectacle), un personnage de professeur pas très sympathique tant il est imbus de sa personne. Si l'histoire est assez bien construite, je n'ai toutefois pas entièrement adhéré.

En bref : Entre théâtre et mentalisme, un spectacle plaisant mais qui ne convainc pas intégralement.

Conspirations, de Benoît Facerias, Maxime Schicht et Sylvain Vip, mise en scène de Mattieu Hornuss,  avec Benoît Vacerias, Solène Cornu, Alice Preyssas.

C'EST OU ? C'EST QUAND

Avignon Festival Off 2025
Théâtre du Roi René
 Du 5 au 26 juillet - 19h25 - Durée 1h25
Relâche 9 - 16 - 23 juillet

Crédit photo @ mathieu Duthilleul et @ Lisa Lesourd

lundi 8 juillet 2024

LE SECRET DES OMBRES

 CONTEMPORAIN CLASSIQUE

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Christian emménage dans un nouvel appartement pour accueillir son enfant à naître. Au même moment il perd son père, pour lequel il a beaucoup d'amour et de respect. En commençant à vider la maison de son père il découvre des photos prises pendant la Seconde Guerre mondiale, qui le même sur les traces d'un réseau de la résistance parisienne. Christian va dès lors vouloir connaître ce passé dont son père ne lui avait jamais parlé. Quelles sont les ombres qui planent sur sa famille ?

Grégory Bellanger écrit un texte touchant sur une histoire de secret de famille, de transmission, d'amour filial, d'amitié et d'engagement. Si les ombres renvoient aux secrets de famille qui pèsent parfois lourdement sur les générations, elles font surtout références à ces hommes et ses femmes de la résistance française pendant l'occupation allemande.

Dans un décor minimaliste, où, comme il va se soi dans le théâtre contemporain, les changements de décor se font à vue, l'histoire évolue entre années 1980' et années 1940. Le scénario réserve surprises et retournements. La mise en scène est simple, classique. Les scènes sont parfois très courtes, le jeu des comédiens est inégal, mais l'ensemble reste un joli moment de théâtre.

En bref : Sur une thématique connue, du théâtre contemporain classique et efficace. Une histoire de transmission et une histoire d'hommes et de femmes qui ont résisté pour que gagne la liberté.

Le secret des ombres, texte Grégory Bellanger, mise en scène Léa Marie-Saint Germain et Adrienne Ollé, avec Grégory Bellanger, Clara Leduc, Léa Marie-Saint Germain, Bastien Spiten, Gaël Tavares

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2024
Le Roi René
du 29 juin au 21 juillet - 12h10 - durée : 1h20
Relâche les lundis

dimanche 7 juillet 2024

Yė (L'eeau) - Baobab Circus

LA BATAILLE DE L'EAU

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Une jeune femme entre sur scène.  Le regard dur. Au sol, des dizaines de bouteille d'eau en plastique, écrasées. La jeune femme avale régulièrement une gorgée d'eau. Autour d'elle des hommes commencent à se battre. Elle reste imperméable.

"Yé" signifie "l'eau" en soussou. Le cirque Baobab s'est emparé de ce thème pour construire une fable écologique. L'eau qui manque tant à  Conakry, capitale de la Guinée, pays qui est le château d'eau de l'Afrique de l'ouest. Le spectacle est articulé autour des tensions créées par la fragilité de cette ressource naturelle.

Dans une atmosphère postapocalyptique, les hommes luttent. Les bagarres sont nombreuses (un peu répétitives dans le spectacle).  Elles sont le prétexte à de belles acrobaties chorégraphiées. Les artistes sont virtuoses, les pyramides humaines impressionnantes, les prises de risque réelles. Amara Camara, le contorsionniste, est un incroyable homme caoutchouc.

Le Baobab Circus s'est donné un rôle social et culturel important.  Entre deux tournées il retourne en Guinée, s'entraîner et former. Il a rôle d'inclusion et d'éducation. Le prochain spectacle parlera le l'excision.

En bref : un cirque tonique et virtuose qui allie hip-hop, breakdance et culture africaine.

Yé (l'eau),  Baobab Circus, direction artistique Kerfalla Bakala Camara, metteur en cirque et compositeur Yann Ecauvre, chorégraphe Nedjma BenchaÏb, troupe de 13 acrobates : Bangoura Hamidou, Bangoura Momo, Camara Amara Den Wock, Camara Bangaly, Camara Ibrahima Sory, Camara Moussa, Camara Sekou, Keita Aïcha, Sylla Bangaky, Sylla Fode Kaba, Sylla M'Mahawa, Youla Mamadouba, Camara Facinet


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2024
La Scala Provence
du 29 juin au 21 juillet - 11h45 - durée : 1h
Relâche les lundis

mardi 11 juillet 2023

LE VOYAGE DE MOLIÈRE

ESPRIT DE TROUPE
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Léo est étudiant en médecine pour faire plaisir à ses parents, mais son rêve c'est le théâtre. Pour passer cette audition il a appris presque toutes les comédies de Molière. Mais tétanisé par le trac il fait un malaise....et se réveille en 1656 à Pézenas, au sein de la troupe de l'Illustre Théâtre.

Ce voyage n'est pas celui de Molière mais bien celui de Léo.  Un voyage comme un songe, qui fait revivre la troupe de Molière avant qu'elle ne rejoigne Paris. On y croise Madeleine Bejard, toujours amoureuse de Jean-Baptiste Poquelin, mais qui sent qu'il lui échappe au profit d'Armande. Il y a aussi le truculent et jaloux Gros René et sa femme, la Duparc, la joyeuse Toinette et bien sûr Léo devenu Léandre.


L'action se situe à un moment charnière de la vie de Molière et de la troupe. Le plus populaire des dramaturges français doute, l'église commence à lui mettre des bâtons dans les roues, la province devient trop petite pour permettre à son talent de s'exprimer.

La scénographie cadre à l'époque, rappelant le théâtre de plateau et l'itinérance des troupes. Tous les comédiens sont très juste dans un très beau travail de troupe. Les anachronismes créés par l'éruption de Léo sont souvent drôles,  un peu lourds quand la troupe entonne "Hey Jude" à la fin d'une représentation.

En bref : un très bel hommage à Molière  au théâtre et à l'esprit de troupe,  porté par une belle équipe. 

Le voyage de Molière, de Pierre-Olivier Scotto et Jean-Philippe Daguerre, mise en scène  Jean-Philippe Daguerrre, avec G. Bourbier, S. Dauch, V.  Erhart, M. Hennekinne, C. Marzneff, T. Melis,G. Palisse, C. Ruby, costumes C. Rossi, musique P. Ruzicka, decors A. Milan, lumières M. Hill

C'EST OÙ ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
Chien qui fume
75 rue des Teinturiers 
Du  7 au 29 juillet - 12h35 - durée 1h35
Relâche 12 - 19 et 26
Crédit photo @Stéphane Audran

DARIUS

L'EVEIL DES SENS
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Claire est une maman hors du commun. Biologiste, chercheuse,  elle a un fils, Darius, polyhandicapé. Pour agrémenter  la vie de Darius et l'aider à vivre avec son handicap, Claire imagine que les odeurs permettraient lui permettraient de revivre les souvenirs des lieux qu'ils ont traversés du temps où Darius était plus mobile. Claire contacte Paul, un nez, célèbre concepteur de parfum. Celui-ci s'est retiré de la parfumerie mais finit par accepter le challenge que lui lance Claire. Au fil des mois, de leurs échanges, des défis, leurs vies vont être changées à jamais. 

Le spectacle est construit sur les échanges épistolaires entre Claire et Paul. Catherine Aymerie (Claire) incarne avec justesse cette maman déterminée à faire tout son possible et au-delà, pour faciliter la vie de son fils. On vibre au rythme de ses espoirs de ses déceptions, de l'impact de ces petits flacons de senteur sur la santé morale de Darius. François Cognard est tout aussi juste. Il nous touche par son propre parcours de résilience.

La mise en scène  d'André Nerman est assez classique pour ce type de format.  La scénographie nous propose deux espaces distincts pour créer les bureaux des deux personnages, qui ne se croiseront qu'une seule fois, en évitant l'écueil de la scène figée comme souvent dans ce format.

En bref : une belle histoire de résilience portée par deux solides comédiens.

Darius, de Jean-Benoît Patricot, mises en scène André Nerman, avec Catherine Aymerie et François Cognard, scénographie Stéphanie Laurent, lumière Kosta Asmanis, musique Laurent Clergeau

C'EST OÙ ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2023
Théâtre  les 3 Soleils
Du 7 au 29 juillet 2023 - 14h40 - durée 1h20
Relâche les mardis

Crédit photo @Jean-François Delon

dimanche 9 juillet 2023

SMILE

LE JOUR OU TOUT A BASCULÉ POUR CHARLOT
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Nous sommes à Londres, le 13 septembre 1910. Dans un petit café qui ne paie pas de mine, le Mitz, une jeune et jolie jeune femme attend quelqu'un. Un rendez-vous galant bien qu'elle ne soit pas certaine de savoir qui elle attend. Le barman, plutôt débonnaire, attend, lui, une lettre qui va changer sa vie. Le jeune homme, Charlie Chaplin, arrive avec 10mn de retard. Lui aussi a le sentiment que ce jour va changer sa vie.

La particularité de ce spectacle est qu'il est presque entièrement en noir et blanc : décor, costume, peau des comédiens. Il emprunte tous les codes du cinéma du début du 20e siècle : ombres et lumières, ralenti et accélération, rembobinage, muet, répétition, fond musical, gestuel.

Le spectacle est construit en 4 parties. La première nous montre la scène entre Ettie et Chaplin vue par le prisme du barman. Deux rembobinages nous donneront la vision d'Ettie puis celle de Charlie Chaplin. Enfin la dernière nous projette 11 ans plus tard.

Dan Menasche est un barman exubérant très présent dans la première partie. Pauline Bression donne à Ettie un charme fou. Elle est pétillante, drôle, sensible. Quant à  Alexandre Faitouni, il se glisse habilement dans un Charlie Chaplin peut-être déjà un peu trop Charlot avant l'heure.

En bref : un spectacle agréable et émouvant qui évoque un moment clé de la vie de Charlie Chaplin. Une jolie performance esthétique et un challenge pour les comédiens.

Smile, de Nicolas Nebot et Dan Menasche, mise en scène Nicolas Nebot, avec Paulne Bression, Dan Menasche, Alexandre Faitouni.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off - Les Béliers
Rue du Portail Magnanen
du 7 ai 29 juillet - 20h50 - durée : 1h15
Relâche 9 - 16 et 23

samedi 8 juillet 2023

LA FORCE DU COQUELICOT

 TANT QU'IL Y A DE LA VIE...
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Au bord d'une falaise Félix rattrape Julie. A-t-elle voulue se jeter dans le vide ? Le dérapage de son vélo lui a-t-il évité la mort ? On a du mal à croire que cette pétillante femme ait voulu en finir avec la vie. Pourtant elle dit qu'elle n'est déjà plus en vie, que cette fibre l'a quittée : "je n'appelle plus ça vivre, j'appelle ça crever en longueur.". Félix, qui n'a pas l'ait non plus des plus heureux, va se transformer en Saint-Bernard.

Il y a beaucoup de magie, de douceur dans l'écriture de Lydia Cherton, dans la mise en scène de Bruno Banon, et dans le jeu des deux comédiens. Ces deux solitudes, ces deux êtres malheureux, esquintés, lui tordu, elle usée. Face à cette autre souffrance chacun va finir par laisser s'exprimer des émotions trop longtemps étouffées.

Au bout de la nuit, la lumière. La couleur peut revenir dans leur vie comme elle revient sur les arbres.

L'interprétation de Lydia Cherton et de Julien Joerger est tout en douceur. L'écriture est poétique. Le vélo magique.

En bref : on se laisse porter par la douceur et la poésie de l'écriture de Lydia Cherton et par l'interprétation des deux comédiens. Un spectacle qui fait du bien.

La force des coquelicots, de Lydia Cheerton, mise en scène Brunon Banon, avec Lydia Cherton et Julien Joerger, 

C'EST OU ? C'EST QUAND ? 

Avignon Off 2023
Espace Roseau - Teinturiers - 45 Rue des Teinturiers
Du 7 au 29 juillet - 16h50 - durée 1h20
Relâche 11 - 18 - 25






mardi 19 juillet 2022

NOTRE HISTOIRE

CHECK-UP IDENTITAIRE
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Ils sont tous les deux comédiens. Leur histoire a commencé à Avignon. Alors quand leur fille de 10 ans les oblige à faire un "check-up identitaire", ils mettent en scène leur histoire d'amour. Point de récit à l'eau de rose mais une évocation frontale de la difficulté de construire un couple lorsque les deux viennent d'horizon non seulement différents mais surtout que tout semble opposer. Stéphane est français et juif sépharade. Jana est allemande et athée. Il s'appelle Schoukroun, le Dupont sépharade. Elle s'appelle Klein, le Dupont allemand.

La pièce est construite comme la répétition d'un spectacle qui se construit devant nos yeux. Ils se racontent, revisitent leur histoire. Et l'on voit bien que la mémoire est sélective et que chacun a sa propre vérité ! Ils se chamaillent, s'opposent, se remémorent leurs questionnements, les oppositions qu'ils ont affrontés.

Le histoire placée sous le prisme de la grande Histoire nous questionne : que gardons nous de ce que l'histoire a fait à notre famille ? Que voulons-nous transmettre ? C'est aussi en réaction aux réponses de l'intelligence artificielle de Siri et d'Alexa que se construisent leurs réponses.

Dans un décor en chantier, dans lequel les caches sont multiples sous les bâches en plastique, dans les amoncellements, est-ce sur les ruines de notre Histoire commune que nous construisons notre présent et notre futur ?

En bref : une évocation touchante d'une histoire construire sur ou malgré les injonctions de notre Histoire commune. Un questionnement sur la transmission entre génération.

Notre histoire, de et avec Jana Klein et Stéphane Schoukroun, assistanat Baptiste Febvre, regard dramaturgique Laure Grisinger, collaboration artistique Christophe Lemaitre, scénographie/plasticienne Jane Joyet, lumières Léandre Garcia Lamolla, création sonore Pierre Fruchard, création vidéo Frédérique Ribis, conseiller interlligence artificielle Nicolas Zlatoff

C'EST OU ? C'EST QUAND ? 

Avignon Off 2022
Le 11
Du 7 au 2 juillet 2022 - 15h30 - durée 1h10
relâche 12-19-26

lundi 18 juillet 2022

CEREBRUM, LE FAISEUR DE REALITE

 LE CERVEAU, CET ILLUSIONISTE

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"Et si la réalité n'était qu'une fabrication de notre cerveau ?". C'est en 2015 que Yvain Juillard créa ce spectacle-conférence en 2015. C'est au cours d'une visite d'une exposition que lui est venue l'idée du spectacle. Une urne permettait à chaque enfant qui le souhaitait de déposer sur un papier la réponse à cette question : "comment vois-tu le monde dans 100 ans". Le papier tiré au hasard par Yvain Juillard disait :"il n'y aura plus d'hommes". Le scientifique s'est alors demandé ce qui a pu formater le cerveau de cet enfant pour qu'une telle réponse soit formulée.

Celui qui a été comédien pour Joël Pommerat est un biologiste de formation. C'est son goût pour la transmission qui a poussé Yvain Juillard à concevoir cette conférence spectacle sur le cerveau. De manière ludique, par le biais d'expériences impliquant le public ou dans lesquels il se met lui-même en scène, il nous dévoile ce qu'à ce jour nous savons du fonctionnement de cet organe si vital et si mystérieux.

Tout scientifique le sait bien : il n'y a pas de vérité quand il s'agit de science. Chaque certitude, chaque postulat démontré peut être remis en cause par une nouvelle découverte. La rigueur de la démonstration n'en fait pas moins un moment agréable et distrayant. L'orateur maintient notre attention de bout en bout, maniant humour et sérieux pour aiguiser notre curiosité. Si le spectacle manque parfois de rythme, l'oeil pétillant de Yvain Juillard et son sourire parviennent néanmoins à nous captiver tout du long.

En bref : une conférence-spectacle qui nous rend plus savant, fait avec humour et passion.

Cerebrum, le faiseur de réalité, texte, mise en scène et jeu Yvain Juillard

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2022
Théâtre la Reine Blanche
Du 7 au 25 juillet - 14h25 - durée 1h15
Relâche 12 et 19 juillet

dimanche 10 juillet 2022

EN CE TEMPS LA, L'AMOUR

 L'AMOUR D'UN PERE AU COEUR DE L'HORREUR

Alors qu'il devient grand-père, un survivant d'Auschwitz ressent le besoin de parler à son fils du voyage en train qui en 7 jours l'emporta vers le camp de la mort. Au milieu de l'horreur un père tente de permettre à son fils de vivre la vie à laquelle il avait droit. Alors que tous le croient fou, le père fait fi de sa peur pour faire briller l'espoir dans les yeux de son petit garçon de douze ans.

"En ce temps-là, l'amour" est un beau texte de Gilles Ségal, qui n'est pas sans rappeler "la vie est belle" de Roberto Begnini, On y retrouve ce même refus par un père de laisser la guerre et la folie des hommes abîmer l'innocence d'un enfant.

L'interprétation de David Brécourt est impeccable, parfaitement maîtrisée. La mise en scène de Christophe Gand est très classique, un peu lisse.

En bref : du bel ouvrage mais une impression de déjà-vu qui m'a empêché d'être emportée par l'émotion. 

En ce temps-là, l'amour, de Gilles Ségal, mise en scène Christophe Gand, avec David Brécourt

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival Off 2022
La Luna
Du 7 au 30 juillet 2022 - 18h00 - 1h10
Relâche 12 - 18 et 29

CHASSER LES FANTÔMES - OFF 2022

LES HISTOIRES D'A...


Roxanne est dans un pays d'Afrique en ce 4 novembre 2008. Barak Obama est élu Président des Etats-Unis. Le premier président noir. Un vent nouveau souffle sur les Etats-Unis et sur le monde. Ce soir-là c'est la fête autour de Roxanne. Son regard croise celui de Marco. C'est le coup de foudre réciproque. Elle doit rentrer en France quelques jours plus tard, va se battre pendant des mois pour qu'il puisse la rejoindre. Lorsque ce jour arrive, l'amour est toujours là, mais différent.

Comment construire une vie à deux lorsque tant de choses séparent deux êtres, quand le poids de l'histoire, de la société, des cultures essaie de se mettre en travers ? Roxanne et Marco s'aiment, se sont aimés. De l'émerveillement de la découverte aux désillusions de la vie à deux, c'est tout le parcours d'une histoire d'amour qui est décrit avec précision et justesse. Entre narration et dialogue, en nous plongeant parfois dans l'esprit des deux personnages, le récit traverse les quatre saisons d'une histoire intime hantée par les fantômes de l'Histoire.

Le thème de la dualité est omniprésent. Les oppositions entre deux points de vue se juxtaposent : homme / femme, noir / blanc, travailleuse / sans emploi, artiste / commerciale matérialiste. Et pour couronner le tout le poids de la société : ils s'aiment, sans aucun doute. Mais cet amour est-il assez fort pour résister aux devoirs de Marco vis-à-vis de sa famille, à sa sensation d'être inutile parce qu'il ne peut plus exercer son métier, au regard des autres sur ce couple mixte, au désordre qui s'installe dans la vie bien rangée de Roxanne. Les non-dits se multiplient autant que les frustrations.

La scénographie joue sur ces différents plans et cette dualité en s'appuyant sur deux espaces en miroir, modulables et évolutifs. Une batterie surplombe la scène. La musique de Damien Ravnich rythme le récit autant que le texte d'Alhim Bah. Il se fait poésie ou est scandé avec des répétitions aux accents de Stanislas Nordey dans "Clôture de l'amour". Les phrases sortent rapidement comme l'urgence de l'amour entre Roxanne et Marco. 

Sophie Cattani et Nelson-Rafaell Madel ont un jeu très naturel. On sent les attractions, les doutes, les évitements, les envies, les luttent intérieures. La partition est parfaitement maîtrisée. La mise en scène de Antoine Oppenheim est rythmée, bien dosée. Mais en sortant du spectacle je me suis quand même demandé si la mixité, telle que présentée ici, fait beaucoup de différence pour cette histoire d'amour qui ressemble à beaucoup d'autres.

En bref : une réflexion intéressante sur la vie et la mort d'une passion amoureuse, sur nos différences au sein du couple, sur le poids de la société.

Chasser les fantômes, de Hakim Bah, sur une idée de Sophie Cattoni, par le collectif ildi ! eldi, mise en scène Antoine Oppenheim, avec Sophie Cattoni et Nelson-Rafaell Madel, avec la musique live de Damien Ravnich, scénographie, lumière et vidéo Patrick Laffont de Lojo.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival OFF
Théâtre des Halles
Du 7 au 28 juillet - 11h - les lundis, jeudis et samedi - 1h25

lundi 11 octobre 2021

LES DEMONS

DISPOSITIF DEMONIAQUE


Quel pari que de monter "Les démons" de Fiodor Dostoïevski, plus connu en France sous le titre "Les possédés". Albert Camus s'y était frotté en 1959 et plus récemment Sylvain Creuzevault en 2018 à l'Odéon. Un texte complexe et foisonnant, peuplé d'une foultitude de personnages. Guy Cassiers en donne une version très sophistiquée qui ne manque pas de belles images.

La scénographie de Tim Van Steenbergen couplée à la mise en scène de Guy Cassiers est déroutante. Sur scène 3 écrans suspendus. Dans le très beau décor d'époque les comédiens évoluent sans communiquer directement. Filmés par 3 caméras (une en fond de scène à jardin, une en avant-scène également à jardin, la troisième au milieu à cour) c'est l'ordonnancement de la projection sur les écrans qui fait le lien entre les comédiens. Ainsi, alors qu'ils se tournent le dos sur scène, ils se font face à l'écran ou bien alors qu'ils semblent s'éloigner, à l'écran ils vont dans la même direction. Parfois des élèves de l'Académie servent de main ou de bras pour faire le lien entre les personnages sur les écrans. Dommage que la mise en scène abuse un peu du procédé. Pour ne pas être perdu le spectateur n'a pas d'autre choix que de délaisser la scène pour se concentrer sur les écrans. Est-ce toujours du théâtre se demanderont certain ? C'est en tout cas une vision perturbante qui, personnellement, m'a perdue par la distanciation que cela crée entre les comédiens et le public, comme un cinquième mur. Si l'esthétique et la recherche de mise en scène font leur effet, cela est au détriment de l'émotion pour le spectateur qui regarde un film plus qu'il ne voit incarnés les personnages de Dostoïevski.

Au-delà de ce dispositif qui occupe les 4/5e du spectacle, la troupe du Français, merveilleuse troupe on ne le dira jamais assez, réalise une prestation remarquable. On imagine aisément toute la difficulté de jeu que le dispositif scénique représente pour chacun, cantonné à jouer dans une zone étroite en largeur, sans lire directement sur le visage ou la gestuelle de son partenaire l'effet du texte ou de l'action. Mais c'est sans compter avec le talent de chacun d'eux. Dans ce récit de bascule d'une époque, la jeunesse remet en cause, par le verbe et par le geste, les enseignements et le monde des anciens. Parmi eux, citons Hervé Pierre (Stéphane Trofimovitch Verkhovenski) mène avec brio et bonhommie le groupe des anciens, et forme un solide duo avec Dominique Blanc (Varvara Stavroguina), son amie et mécène. Du côté des jeunes Christophe Montenez n'en finit pas de séduire par son talent qui à nouveau éclate dans le rôle de Nikolaï, le mélancolique héros malgré lui qui traîne avec lui ses démons intérieurs. Claïna Clavaron est la révélation de ce spectacle. Elle incarne Dacha la fille adoptive de Varvara, avec une vivacité et une luminosité remarquable.


Le reste de la distribution est toujours aussi juste, que ce soit Jennifer Decker, la jeune intellectuelle séduite par Nicolaï dont la mort est une des belles images de cette mise en scène, Suliane Brahim (Maria), mystique et fortement perturbée, ou encore Jerémy Lopez (Piotr) et Stéphane Varupenne (Chatov), deux visages de la révolution dans la violence.

Mention particulière pour la beauté des costumes créés par Tim Van Steenbergen assisté de Anna Rizza et la qualité des lumières de Fabiana Piccioli assistée de Fraonçois Thouret.

En bref : au-delà des réelles qualités de mise en scène, de scénographie et d'interprétation, le spectateur se trouve pris au piège de tant de sophistication dans le dispositif scénique. Restent quelques très belles images mais aussi la sensation d'être restée à côté du texte et d'avoir laissé passer ces démons sans bien les appréhender.

Les démons, d'après Fiodor Dostoïevski, traduction Marie Hooghe, adaptation Erwin Mortier, mise en scène Guy Cassiers, avec Alexandre Pavloff, Christian Gonon, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne, Suliane Brahim, Jeremy Lopez, Christophe Montenez, Dominique Blanc, Jennifeer Decker, Clément Bresson, Claïna Clavaron, et les comédiennes et comédiens de l'académie de la Comédie Française Vianney Arcel, Robin Azéma, Jeremy Berthoud, Héloïse Cholley, Fanny Jouffroy, Emma Laristan.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Comédie Française - Salle Richelieu
1 Place Colette 75001 Paris
du 22 septembre 2021 au 1 janvier 2022

Crédit photo @Christophe Raynaud de Lage

lundi 9 décembre 2019

VOUS QUI PASSEZ SANS ME VOIR - Théo Théâtre

UNE BELLE SURPRISE
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Dans la famille Biessy on a le théâtre dans le sang. Si le public parisien commence à bien connaître Frédéric et Mélanie Biessy qui depuis 2 saisons font revivre La Scala Paris. Le monde du théâtre amateur de son côté connaît très bien Sébastien et Béatrice Biessy, et leurs enfants, qui cette année encore, comme ils le font depuis 28 ans, mèneront de main de maître le festival de Théâtre de Maison Laffitte. Organisateurs, programmateurs mais aussi metteur en scène, comédien et comédienne. Et voilà que Sébastien Biessy ajoute une corde à son arc en écrivant et mettant en scène sa première pièce : Vous qui passez sans me voir.

Dans la loge d'un théâtre une femme attend le comédien renommé qui est en train de jouer Othello. Lui est sur la fin de sa carrière. Arrivé tardivement dans le monde du théâtre il est devenu rapidement un grand comédien et un grand séducteur. Mais qui est cette femme ? Qu'attend-elle de cet homme ? Comédienne amateur elle se lance avec lui dans l'interprétation de quelques scènes connues du répertoire. Il tente de la séduire, évidemment serait-on tenté de dire. Mais rapidement le séducteur va se trouver confronté à son passé, une vie qu'il a tenté d'oublier depuis de nombreuses années. Ce qui commence comme une mise en abyme du théâtre et une comédie devient une plongée dans la petite histoire au sein de la grande.

L'écriture de Sébastien Biessy n'est pas sans faire penser à Stefan Zweig. Oui, j'ose la comparaison tant elle m'est apparue évidente. Peut-être parce qu'il est question de la Deuxième Guerre mondiale, du Brésil, d'une fuite, de nazis en exil. Certainement aussi par la sensibilité, la qualité de l'écriture, la structure dramaturgique.

Ceux qui connaissent le travail de la compagnie de la Mansonnière on souvent vu Béatrice Biessy dans des rôles de comédie. Avec "Vous qui passez sans me voir" elle a l'occasion de démontrer qu'elle peut exprimer toute une palette d'émotions, de la comédie au drame. Quant à son partenaire Yves Chambert-Loir, s'il en fait parfois un peu trop au début (mais je l'ai vu un soir de première avec la tension que cela implique) il construit un personnage à la fois touchant, agaçant, que l'on se prend à détester mais qui au final reste attendrissant.

La mise en scène est très fluide. Une fois passé la légèreté de l'introduction on entre dans une trame dramatique où les flashbacks s'incrustent dans le présent. Ces voyages dans le temps se font avec aisance, Béatrice Biessy passant d'un personnage à un autre sans jamais nous perdre, sans que jamais nous ne doutions de quelle femme il est question. Le décor simple bascule lui aussi facilement d'un espace à un autre, d'une époque à l'autre, avec quelques belles idées de mise en scène.

En bref : Une histoire d'amour , de passion, de désir, de frustration et de désillusion. Un duo de comédiens qui nous fait vibrer. Une écriture émouvante. Tous les éléments sont réunis pour une belle soirée de théâtre, d'histoire et d'émotion.

Vous qui passez sans me voir, de Sébastien Biessy, avec Béatrice Biessy et Yves Chambert-Loir.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théo Théâtre
20 Rue Théodore Deck 75015 Paris
Tous les vendredis à 21h - du 8 novembre au 20 décembre 2019


dimanche 27 octobre 2019

LA SOURICIÈRE

SO BRITISH, SO AGATHA
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La Souricière, pièce jouée sans interruption depuis 1952 à Londres (encore plus fort que notre "Cantatrice chauve à La Huchette") arrive (revient) en France, au Théâtre de la Pépinière. Tiendra-t-elle l'affiche aussi longtemps ? Pour le savoir il faut se lancer dans l'enquête et se plonger dans l'univers de la reine du crime.

SUSPENS ET HUMOUR

Au Manoir de Monkswell c'est l'effervescence. Giles (solide Pierre Samuel) et Mollie Ralston (délicieuse Christelle Reboul) s'apprêtent à recevoir les premiers clients de leur pension de famille. L'enjeu est important. L'émotion intense. La fébrilité palpable. C'est à peine si l'on fait attention à la radio qui parle du meurtre d'une femme à Londres.

Les hôtes arrivent. Il y a Christopher Wren (fringant et facétieux Brice Hallairet), jeune architecte venu trouver un peu de calme ; Madame Boyle (parfaite Sylviane Goudal), vieille fille qui passe son temps à tout critiquer ; le major Metcald (impeccable Dominique Daguier), retraité de l'armée britannique ; Mademoiselle Casewell (excellente Stéphanie Hédin), jeune femme rigide et mystérieuse et Monsieur Paravicini (inénarrable Pierre-Alain Leleu), au fort accent étranger qui vient d'on ne sait où et qui semble arriver au manoir par les hasards de la météo et les caprices de la mécanique automobile.

UN DIVERTISSEMENT SO BRITISH

Leur séjour sera-t-il calme ? C'est compter sans la neige qui tombe et coupe le manoir du reste du monde et sans l'assassin de Culver Street qui est en fuite et aurait été vu dans les environs. Heureusement arrive l'inspecteur Trotter (Marc Maurille) qui va les protéger jusqu'à ce que les routes soient dégagées.

Nous sommes dans une enquête d'Agatha Christie. Un huis clos comme elle les aimait. Les personnages sont typés, caricaturés, et chacun est impeccable dans son rôle. L'histoire se déroule avec son lot de surprise et de révélations (dont nous ne lâcherons rien pour ne pas vous gâcher le plaisir). Le décor restitue à merveille et d'une manière assez classique l'intérieur d'un manoir anglais, avec cette belle baie vitrée qui s'ouvre sur le jardin enneigé. Les costumes sont eux aussi du britannique très 60's. Quelques chansons chorégraphies apportent un peu de légèreté et de fraîcheur dans une atmosphère où le suspens ne se fait jamais lourd.

En bref : On se laisse porter avec humour et plaisir dans ce spectacle efficace qui restitue parfaitement l'ambiance des enquêtes d'Agatha Christie. Un bon divertissement familial.

La souricière, d'après Agatha Christie, adaptation Pierre-Alain Leleu, mise en scène Ladislas Chollat, avec Marc Maurillen Dominique Daguier, Sylviane Goudaln Stéphanie Hédin, Brice Hillairet, Pierre-Alain Leleu, Christelle Reboul, Pierre Samuel

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
7 Rue Louis Le Grand 75002 Paris
Jusqu'au 31 janvier 2020
Du mardi au samedi 21 - dimanche 15h30

Crédit photo @François Fonty

dimanche 13 octobre 2019

LE CLUB R-26

UNE FAMILLE FORMIDABLE
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Norman Barreau-Gély fait revivre la famille Perrier, amoureux de la vie et de la musique, qui tint pendant plusieurs décennies, face au Théâtre Lepic, le Club R-26. Un lieu de culture, de musique et de joie de vivre. Un spectacle musical et documentaire à découvrir à l'occasion de la fête des Vendanges à Montmartre.

JAZZ ET CHANSON

Les années 1930 c'est la rencontre de la chanson et du jazz. L'entre-deux-guerres offre une période où tous recherchent la joie de vivre pour oublier les malheurs et les horreurs de la guerre. Dans un appartement de Montmartre Madeleine et Robert Perrier travaillent dans la haute couture le jour et composent des chansons la nuit. Chaque soir ils reçoivent ceux et celles qui font la vie culturelle parisienne, de Sonia Delaunay (qui a repeint l'appartement) à Le Corbusier en passant par Django Reinhardt, Josephine Baker ou  Pendant 80 ans cet appartement resta un haut-lieu de la culture parisienne.

Norman Barreau-Gély est tombé dans la musique des 30's quant il était adolescent. Il découvre "Les salades de l'oncle François" chanté par Jacotte Perrier, et tombe amoureux de cette musique pleine de joie de vivre. En 2012 le hasard de la vie le met en contact avec la fille de Jacotte Perrier qui lui ouvre les archives de la famille. Démarre une aventure pleine de nostalgie et de tendresse. En plongeant dans ces documents, ces photos, ces partitions, il plonge dans l'histoire de cet espace de liberté et de création.

"Aimer la butte, la choucroute, la musique, la poésie, la simplicité, l'amour, le bon vin et la belle amitié", voilà l'article 1 des statuts du Club R26. Tout au long de ce spectacle musical Norman Barreau-Gély va donner vie aux témoins de ces 80 années de jazz, de bonheur : de la voisine incommodée par les jets de noyaux de cerise à Will, l'un des derniers locataires de l'appartement, tous défilent sous nos yeux, devant les images documentaires de cette vie joyeuse.

Agrémenté d'une dizaine de chansons composées par le couple Perrier, le spectacle fait revivre pendant 1h15 tout un monde disparu. La voix pure et fraîche de Claire Tillier, accompagnée à la guitare par Philippe Eveno, se glisse parfaitement dans ces paroles gaies et empreintes de nostalgie.

Pourquoi R-26 ? Pour le savoir il vous faudra aller au Théâtre Lepic (et on espère ici ou ailleurs pour d'autres dates), aller à la rencontre du rêve éveillé de Norman Barreau-Gély.

En bref : Norman Barreau-Gély fait revivre le temps d'un spectacle l'univers fantaisiste, gaie, heureux, nostalgique de Madeleine, Robert et Jacotte Perrier, fondateur et égérie du Club R-26, une oasis de liberté, de musique et de création qui fit vibrer Montmartre au son du jazz pendant plus de 80 ans. Un spectacle feel-good en forme d'hommage joyeux.

Le Club R-26, de David Rolland et Norman Barreau-Gély, avec Norman Barreau-Gély, Claire Tillier et Philippe Eveno, vidéo Gaëtan Chataigner, lumières Azéline Cornut

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre Lepic
1 Avenue Junot 75018 Paris
Du 11 au 14 octobre 2019 - 19h



Crédit photo @Yann Ouvrard
Vu Octobre 2019 - Théâtre Lepic

mercredi 9 octobre 2019

LES JUSTES - Théâtre du Chatelet

JUSTE UN INJUSTE RATAGE
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Pour cette saison de réouverture le théâtre du Châtelet, sous la direction de Ruth Mackenzie et Thomas Lauriot dit Prévost, s'est donné pour objectif de faire venir au théâtre des publics nouveaux. C'est dans cette logique que s'inscrit la création de "Les Justes" d'après Albert Camus par Abd Al Malik. Une affiche jeune qui promet beaucoup. Hélas, malgré une troupe investie on reste sur sa faim, avec un sentiment de frustration et d'une sorte d'injustice envers ce travail qui ne manque pourtant pas de certaines qualités.

LA FIN JUSTIFIE-T-ELLE LES MOYENS ?

Albert Camus écrit "Les Justes", pièce en 5 actes, en 1949. Le spectacle est présenté pour la première fois au Théâtre Hébertot en 1949 puis rarement repris sur des grandes scènes suite à un accueil mitigé. Nous sommes en 1905. Un groupe de jeunes socialistes révolutionnaires se fixe pour objectif l'assassinat du Grand-Duc Serge. Après une première tentative manquée ils atteignent leur objectif. L'auteur de l'attentat, Ivan Kaliayev est arrêté, condamné à mort. Sa fiancée Dora se jettera dans la lutte extrémiste pour retrouver dans la mort l'homme qu'elle aime.

Écrit après la deuxième guerre mondiale en réponse à l'oeuvre de Jean-Paul Sartre "Les mains sales", le texte de Camus pose la question de la légitimité de l'action politique extrémiste : la fin justifie-t-elle les moyens ? Ainsi lors de la première tentative Kaliayev refuse de jeter la bombe car dans la calèche se trouvent des enfants. Camus met également en scène une histoire d'amour au sein de ce groupe d'activistes, ce qui lui fut reproché. La mise en scène d'Abd Al Malik met l'accent sur l'amour de la vie que prônent les protagonistes de ce drame.

Le texte n'est pas simple. C'est là l'un des défis du théâtre : faire entendre un texte. Et c'est peut-être là que le bât blesse dans cette production. Non pas qu'on ne l'entende pas du tout ou pas clairement, mais plutôt parce que les comédiens, équipés de micros, doivent le dire très très fort pour dépasser le son de la musique omniprésente, jouée en live par 6 musiciens dans la fosse d'orchestre.

UNE MUSIQUE OMNIPRÉSENTE

Compte tenu du parcours d'Abd Al Malik on s'attendait bien évidemment à une incursion du rap ou du slam, à une mise en scène moderne, qui ancre le texte dans le monde de 2019. L'attente est satisfaite avec la scène d'introduction, magnifique texte rappé par Frédéric Chau, sous la neige qui tombe sur la Russie de 1905. "Il faut de l'ordre, comme le demande le dogme, respecter l'ordre". Mais rapidement la déception cède la place à l'excitation. Le sublime décor se dévoile progressivement au fil de la progression de l'action et de la pièce. 

Hélas, là où on attendait de la modernité on se trouve face à une mise en scène ultra-classique : décor représentant en coupe un immeuble de plusieurs étages, costumes d'époque, jeu très théâtral et très statique de comédiens qui disent leur texte, plutôt très bien, avec parfois une gestuelle d'aujourd'hui qui amène une pointe de sourire. Mais la musique qui sort de la fosse d'orchestre est beaucoup trop envahissante. Imaginez une ou deux phrases musicales répétées en boucle pendant 15 ou 20 minutes, soit pendant toute une scène. Cela finit par devenir pesant, par détourner l'attention du texte. Parfois on se surprend à espérer qu'à la faveur d'une nouvelle séquence musicale le texte parte en rap ou en slam, mais rien hormis une interprétation classique.

Et c'est là qu'il y a juste un injuste ratage. L'idée est belle. Même les intermèdes dits (parfois hurlés) par le chœur de comédiens amateurs de Seine-Saint-Denis s'inscrivent avec sens dans un projet moderne qui met les batailles de 2019 dans la continuité des luttes du début du 20e siècle. Ces jeunes comédiens, professionnels et amateurs, font un beau et bon travail. On entend, comprend le texte et le message. Même la musique dans son ensemble est plutôt agréable. Malheureusement texte et musique sont juxtaposés et ne se répondent pas, la musique polluant l'action que se déroule sur la scène. Les beaux chants en yiddish en semblent même parfois incongrus alors qu'ils veulent rappeler la répression exercée à l'encontre de la population juive en Russie au début du vingtième siècle.

De ce collectif de comédiens au jeu juste on retient la très belle interprétation de Marc Zinga dans le rôle d'Ivan Kaliayev. Il rythme son jeu, donne de la dynamique à un ensemble plutôt statique, sait se montrer tantôt drôle, tantôt poète, donnant l'image d'un révolutionnaire motivé mais aussi amoureux de la vie, tellement amoureux qu'il est prêt à la sacrifier pour le bonheur de ses congénères


En bref : Une belle idée à laquelle le traitement ne donne pas justice. Une déception globale qui se double d'une frustration face à l'engagement de ces jeunes comédiens dont le travail est en partie gâché par une musique trop envahissante. Dommage


Les Justes, d'après Albert Camus, mise en scène Abd Al Malik, avec Sabrina Ouazani, Clotilde Courau, Marc Zinga, Lyes Salem, Youssef Hajdi, KaridjaTouré, Montassar Alaya, Matteo Falkone, Frédéric Chau, Camille Jouannest, Luiza de Figueiredo, Amira Bouter, Sarah Diop, Celia Meguerba, Horya Benabet, Moriba Bathily, Zineddine Noujoua, Nassim Qaïni, Maxime Renaudeau, Régis Nkissi, et les musiciens Bilal, Mike Karagozian, Didier Davidas, Christophe Pinheiron Izo Diop et Franck Mantegari.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Châtelet
Place du Châtelet 75001 Paris
Du 5 au 19 octobre 2019


Crédit photo @Thomas Amouroux
Vu le 4 octobre 2019 au Théâtre du Châtelet