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dimanche 27 octobre 2019

LA SOURICIÈRE

SO BRITISH, SO AGATHA
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La Souricière, pièce jouée sans interruption depuis 1952 à Londres (encore plus fort que notre "Cantatrice chauve à La Huchette") arrive (revient) en France, au Théâtre de la Pépinière. Tiendra-t-elle l'affiche aussi longtemps ? Pour le savoir il faut se lancer dans l'enquête et se plonger dans l'univers de la reine du crime.

SUSPENS ET HUMOUR

Au Manoir de Monkswell c'est l'effervescence. Giles (solide Pierre Samuel) et Mollie Ralston (délicieuse Christelle Reboul) s'apprêtent à recevoir les premiers clients de leur pension de famille. L'enjeu est important. L'émotion intense. La fébrilité palpable. C'est à peine si l'on fait attention à la radio qui parle du meurtre d'une femme à Londres.

Les hôtes arrivent. Il y a Christopher Wren (fringant et facétieux Brice Hallairet), jeune architecte venu trouver un peu de calme ; Madame Boyle (parfaite Sylviane Goudal), vieille fille qui passe son temps à tout critiquer ; le major Metcald (impeccable Dominique Daguier), retraité de l'armée britannique ; Mademoiselle Casewell (excellente Stéphanie Hédin), jeune femme rigide et mystérieuse et Monsieur Paravicini (inénarrable Pierre-Alain Leleu), au fort accent étranger qui vient d'on ne sait où et qui semble arriver au manoir par les hasards de la météo et les caprices de la mécanique automobile.

UN DIVERTISSEMENT SO BRITISH

Leur séjour sera-t-il calme ? C'est compter sans la neige qui tombe et coupe le manoir du reste du monde et sans l'assassin de Culver Street qui est en fuite et aurait été vu dans les environs. Heureusement arrive l'inspecteur Trotter (Marc Maurille) qui va les protéger jusqu'à ce que les routes soient dégagées.

Nous sommes dans une enquête d'Agatha Christie. Un huis clos comme elle les aimait. Les personnages sont typés, caricaturés, et chacun est impeccable dans son rôle. L'histoire se déroule avec son lot de surprise et de révélations (dont nous ne lâcherons rien pour ne pas vous gâcher le plaisir). Le décor restitue à merveille et d'une manière assez classique l'intérieur d'un manoir anglais, avec cette belle baie vitrée qui s'ouvre sur le jardin enneigé. Les costumes sont eux aussi du britannique très 60's. Quelques chansons chorégraphies apportent un peu de légèreté et de fraîcheur dans une atmosphère où le suspens ne se fait jamais lourd.

En bref : On se laisse porter avec humour et plaisir dans ce spectacle efficace qui restitue parfaitement l'ambiance des enquêtes d'Agatha Christie. Un bon divertissement familial.

La souricière, d'après Agatha Christie, adaptation Pierre-Alain Leleu, mise en scène Ladislas Chollat, avec Marc Maurillen Dominique Daguier, Sylviane Goudaln Stéphanie Hédin, Brice Hillairet, Pierre-Alain Leleu, Christelle Reboul, Pierre Samuel

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
7 Rue Louis Le Grand 75002 Paris
Jusqu'au 31 janvier 2020
Du mardi au samedi 21 - dimanche 15h30

Crédit photo @François Fonty

dimanche 21 mai 2017

LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT

ENQUÊTE POLICIÈRE ET QUÊTE DE SOI
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Adaptation réussie du livre de Mark HADDON, LE BIZARRE INCIDENT DU CHIEN PENDANT LA NUIT nous plonge dans le monde d'un autiste au travers d'une enquête surprenante. Un petit bijou notamment grâce à la remarquable interprétation de Pierre Lefebvre Adrien.

QUI A TUE WELLINGTON ?

Christopher Boone a 15 ans, est passionné par les mathématiques, l'espace. Il est doté d'une logique imparable et d'une intelligence hors norme. Incapable de mentir il aime la vérité et Sherlock Holmes. Mais Christopher n'est  pas doué pour les relations avec les autres. Il est autiste et n'a jamais dépassé seul le bout de sa rue. Alors quand il trouve le chien de la voisine planté d'une fourche il n'a plus qu'un but : découvrir qui a tué l'animal. Commence une enquête qui se transforme en parcours initiatique qui lui permettra de se révéler et de se libérer de ses contraintes intérieures.

Repris pour une deuxième saison au théâtre de la Tempête, cette adaptation du roman de Mark Haddon, succès de librairie et sur la scène londonienne, est une petite pépite. Sans pathos aucun il nous amène à voir le monde par le prisme de Christopher. Un monde "plein de choses évidentes que personne ne remarque"

La mort brutale de Wellington va sortir Christopher de son petit monde entouré de son père de Siobhan, son éducatrice. Sébastien BRAVARD est Ed, ce père courageux et blessé qui lutte seul pour élever cet enfant passionnant mais si difficile à accompagner et qui refuse tout contact physique. Juliette POISSONNIER est Siobhan. Une amie plus qu'une éducatrice. Calme, attentive, elle accompagne Christopher, faisant le lien entre le théâtre et le récit par les lectures du livre de Christopher. Elle semble être celle qui comprend et gère le mieux les comportements du syndrome d'Asperger dont est atteint son élève. Elle est le soutien le plus solide du surdoué des maths, hermétiques aux codes qui gèrent la société autour de lui, cette société de faux-semblants, de mensonges et de métaphores, tout ce que Christopher ne peut pas être, lui qui n'est que franchise, vérité et précision.

FINESSE ET MAÎTRISE


Si tous les rôles sont interprétés avec justesse Pierre LEVEBVRE ADRIEN est tout simplement éblouissant. Il incarne avec sobriété Christopher. Son jeu tout en sensibilité nous fait partager les émotions qui traversent le jeune homme perdu, perturbé, qui voit son univers complètement chamboulé. Dans ce parcours initiatique il va redéfinir son monde, donner un autre angle aux relations familiales, trouver sa vérité et sa liberté. La finesse et la maîtrise de l'interprétation étonnent, captivent, impressionnent. 

La scénographie ouverte et aérée fait la part belle aux lumières qui créent et délimitent les espaces. Les vidéos de Olivier ROSER et l'environnement sonore créé par Stéphanie GIBERT sont d'une grande précision. La scénographie et la mise en scène se conjuguent pour rendre la perception amplifiée de l'autisme vis-à-vis du monde extérieur. Violence du ressenti, besoin de se mettre à l'écart, ralenti, apesanteur : autant d'effets qui servent à illustrer le parcours intérieur de Christopher, à nous faire partager les émotions violentes qui le traversent et finissent par nous toucher. 


Le bizarre incident du chien pendant la nuit, d'après le roman de Mark Haddon, adaptation Simon Stephens, texte français Dominique Hollier, Mise en scène Philipe Adrien, avec Pierre Lefebvre Adrien, Juliette Poissonnier, Sébastien Bravard, Nathalie Vairac, Bernadette Le Saché, Mireille Roussel en alternance avec Joanna Liannoux, Laurent Montel, Laurent Ménoret, Tadié Tuéné en alternance avec Christian Julien

En bref : Dans une ambiance de polar LE BIZARRE INCIDENT DU CHIENT PENDANT LA NUIT nous fait découvrir le monde par le regard de l'autiste, avec intelligence et subtilité. Entouré d'une belle distribution toujours juste Pierre LEVEBFRE ADRIEN est saisissant de finesse et de maîtrise. A ne manquer sous aucun prétexte.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
La Cartoucherie - Route du Champ-de-Manoeuvre 75012 Paris
du 20 avril au 28 mai
du mardi au samedi 20h - dimanche 16h

Crédit photo @Antonia Bozzi
Vu Mai 2017 - Théâtre La Tempête

jeudi 26 janvier 2017

PIEGE MORTEL

SUCCOMBEZ A LA TENTATION DE CE PIÈGE MORTEL
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Quand un auteur de pièce policière en panne d'inspiration reçoit un texte prometteur on peut s'attendre au pire de sa part. Et c'est le meilleur qui ouvre la deuxième partie de saison au Théâtre La Bruyère où le duo Sibleyras / Metayer semble bien parti pour un nouveau succès avec ce polar aux rebondissements multiples mené avec talent par Nicolas BRIANCON.

SUSPENS

Sidney Brown a écrit il y a 18 ans une pièce qui fut un grand succès pendant plusieurs années. Marié depuis 11 ans il a de plus en plus de mal à retrouver l'inspiration. Arrive sur son bureau un texte extrêmement bien écrit envoyé par un jeune auteur qu'il a eu comme élève lors d'un séminaire. Pour le convaincre de collaborer avec lui Sidney l'invite pour discuter des moyens d'améliorer le texte. Sous le regard incrédule de sa femme qui se demande s'il est sérieux il imagine de se débarrasser du jeune homme pour s'approprier son texte.

Impossible d'en dire plus sans prendre le risque de vous priver du plaisir de découvrir par vous-même tous les méandres de ce PIEGE MORTEL. Je me contenterai de vous dire que l'écriture d'Ira LEVIN, adaptée par Gérald SIBLEYRAS fait mouche à tous les coups. Guidé par la mise en scène énergique d'Eric METAYER (Molière de la pièce comique en 2010 pour Les 39 marches), rebondissement et retournements se succèdent, laissant le spectateur scotché. Le scénario n'a rien à envier à celui du LIMIER, chef-d'oeuvre de Mankiewicz.

C'est dans le beau décor d'Olivier HEBERT que se déroule ce polar en huis clos. Un manoir ancien isolé, un mur de pierre déployant une collection d'armes, le bureau de l'écrivain, une baie vitrée qui donne sur le jardin, des volets qui claque les soirs d'orage, le feu qui crépite dans la cheminée, une voisine aux capacités surprenantes, un mur décoré d'affiches de pièces à succès (avec un petit clin d’œil aux 39 marches) : tout est en place pour nous faire vitre une soirée pleine de surprise.

LA TOUCHE METAYER

On retrouve la touche d'Eric METAYER dans la mise en scène. Des accessoires qui jouent des tours, des jeux de lumière précis, des comédiens affûtés qui nous mènent par le bout du nez sur des chemins que nous n'avions pas imaginés. Les positions des uns et des autres sont constamment chamboulés et si on pressent qu'il va se passer quelque chose de surprenant nous sommes constamment surpris par la tournure des événements.

Nicolas BRIANCON prend plaisir à être Sidney. Farceur, cynique, manipulateur, fourbe, inquiet, amoureux, jaloux : il excelle à brouiller les pistes pour mieux nous perdre. Virginie LEMOINE, anxieuse à souhait, a du mal à suivre les méandres de la réflexion de son mari. Dans le rôle du jeune Clifford Anderson, Cyril GARNIER (du duo Garnier et Sentoux), est intriguant, séduisant, intelligent. Si Marie VINCENT est parfois un peu caricaturale mais compose un personnage truculent. Damien GADJA clôture avec justesse la distribution.

PIEGE MORTEL, Deathtrap dans la version originale en anglais, a été adapté au cinéma par Sidney LUMET. Le duo Gérald SYBLEIRAS / Eric METAYER qui n'en est pas à son premier succès, transforme l'essai et nous a concocté un petit bonbon qui se savoure lentement et avec délice, qui laisse éclater à chaque bouchée une saveur différente et surprenante.


PIEGE MORTEL de Ira Levin, adatation Gérald Sibleyras, mise en scène Eric Metayer, avec Nicolas Briançon, Cyril Garnier, Virginie Lemoine, Marie Vincent et Damien Gajda

En bref  : Gérald Sibleyras adapte avec brio la pièce à succès d'Ira Levin. Un polar rondement ficelé mis en scène avec énergie et humour par Eric Metayer. Conduits par Nicolas Briançon en grande forme les cinq comédiens se plongent avec gourmandise dans une intrigue à rebondissements. Pas de temps mort pour le public qui frémit de plaisir.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Rue La Bruyère 75009 Paris
A partir du 24 janvier 2017
Du mardi au samedi à 21h - Matinée samedi 15h30