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lundi 6 juillet 2020

COVID-19 - NOUS N'IRONS PAS A AVIGNON, NI AU PUY DU FOU !

UN ÉTÉ SANS FESTIVAL OU PRESQUE

Lundi 13 avril. Nous le savions depuis plusieurs semaines mais nos esprits ne voulaient pas le croire, l'accepter. Le 8 avril Olivier Py, directeur du Festival d'Avignon, livrait sur Facebook la programmation de la 74e édition prévue pour se tenir du 3 au 23 juillet 2020. Cela faisait déjà plusieurs jours que le Fringe, festival trois fois plus grand que le Off et qui se tient en août à Édimbourg avait annoncé son annulation. Mais confinés que nous étions depuis le 17 mars et espérant un durée limitée à 6 semaines nous avons voulu croire que les compagnies auraient le temps de se retrouver pour répéter. Je dis "nous" parce que je sais que je ne suis pas la seule à avoir voulu / rêvé / espéré que cela soit possible, que je retournerai à Avignon cet été.

Mais ce lundi 13 avril il a bien fallu raison garder. Non nous n'irons pas à Avignon cet été (pour plagier le nom d'un festival de région parisienne). Bien sûr la spectatrice assidue du festival que je suis, celle qui pendant 4 jours ou 3 semaines enchaîne entre 4 et 6 spectacles par jour, est déçue. Mais bien vite cette déception laisse place à la tristesse.

Tristesse en pensant à tous ceux qui vivent du spectacle vivant et qui souffrent tant depuis des mois déjà.

La culture en général et le théâtre en particulier ne servent à rien dans l'esprit de beaucoup de gens. Les intermittents sont considérés comme des feignants qui vivent sur le dos de la société avec leur système d'indemnisation soit disant privilégié. Ces gens-là ont-il idée de critiquer les joueurs de foot au salaires faramineux qui se contentent de courir après un ballon ? (je force le trait volontairement, et encore, je reste sobre).

Mais nous voici le 6 juillet. La culture se dote d'une nouvelle ministre. Wait and see, voir si la culture peut incuber comme dans un laboratoire médical et donner rapidement cet élan que l'on attend depuis trop longtemps.

Le Festival d'Avignon et le Off auraient du commencer il y a 3 jours. Pourtant en cette première semaine de vacances d'été il y a des raisons d'espérer ne pas passer un été sans culture, sans théâtre, sans cirque, sans musique, sans danse. "Innovez" a-t-on intimé aux professionnels de la culture, eux qui font de l'innovation le moteur de leur action quotidienne.

Nous n'irons pas à Avignon, ni au Puy du Fou mais nous irons à Paris pour le Festival Paris l'Eté dans une version raccourcie du 29 juillet au 2 août.  Du théâtre immersif avec "A game of you", du cirque avec Les filles du renard pâle ou avec Nicolas Fraiseau et Christophe Huysman, de la danse avec François Alu, Sébastien Barrier et avec la compagnie Philippe Louranço, de la magie avec Yann Frisch, du théâtre avec David Lescot (ma chronique de "j'ai trop peur" en cliquant ICI  ) ou avec le Munstrum Theatre, des lectures, des installations, bref des spectacles pour tous les goûts et pour tous les âges.



A Paris nous irons aussi au Théâtre 14 qui donne la possibilité à quelques spectacles qui auraient du être joués dans le Off 2020 de présenter leur travail du 13 au 18 juillet grâce au "Paris Off Festival". Le programme complet sur le site pour découvrir 15 propositions dont, entre autres, "Mon premier c'est désir" version moderne de "La princesse de Clèves" par la compagnie MSKT, "Spéciment" un spectacle sur l'adolescence de la compagnie "La rousse" ou "Moi Malvolio" où la compagnie des 7 sœurs explore l'univers de Shakespeare;


Nous irons à La Colline du 7 au 18 juillet où Wajdi Mouawad propose une nouvelle mise en scène de "Littoral" avec de jeunes comédiens, "parce qu'on a tous besoin d'un miracle" ; au Théâtre de la Ville  tout le mois de juillet pour un été solidaire : 5 spectacles à 10€ et gratuit pour les moins de 14 ans et pour les soignants, dont "J'ai trop d'amis" de David Lescot (la suite de "j'ai trop peur" (cf ci-dessus) et "Alice traverse le miroir" de Fabrice Melquiot, Lewis Caroll et Emmanuel Demarcy-Mota ; à La Villette pour du cinéma en plein air pendant tout l'été, de la danse du 2 juillet au 2 août, Plaine d'artistes / dans les coulisses de la création avec avec Mourad Merzouki, François Chaignaud ou Angelin Preljocaj.

Nous irons au Quai à Angers où Thomas Jolly propose un été impromptu, théâtral et festif pendant les mois de juillet et d'août. Au programme, entre autres, "La ferme des animaux" d'après Georges Orwell mis en scène par Youssouf Abi-Ayad, ou "La nuit de Madame Lucienne" mis en scène par le maître des lieux pour une promenade dans un théâtre vide, et une dizaine d'autres propositions théâtrales ou musicales.


Nous irons sur les bases de loisirs d’île de France du 18 juillet au 30 août pour retrouver les Tréteaux de France et l'Ile de France fête le théâtre : un été de spectacle et d'animation pour petits et grands. Au programme du théâtre classique avec "Britanicus", du grand théâtre populaire avec "Faire forêt", et deux spectacles jeune public : "Frissons" (à partir de 4 ans) et Venavi (à partir de 7 ans) . Et en plus c'est GRATUIT !

Nous irons peut-être à Bussang, où le théâtre du Peuple pourrait proposer une petite forme suite à l'annulation historique de son festival d'été.

Et nous irons partout où les scènes ouvertes ou fermées accueillerons un public toujours plus avide de culture.

Bonnes vacances à tous, bel été sous le signe de la culture qui se ré-invente.

Pour que vive le spectacle vivant
Allez au théâtre
et au Cirque

dimanche 19 août 2018

LITTORAL - Théâtre de Bussang

UNE HISTOIRE DE FAMILLE
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 Wilfrid jouit à plein de la vie au moment où il apprend la mort de son père. Bien que la relation entre les deux ait été très distante, Wilfrid va se mettre en quête d'une sépulture dans le pays natal du père. Un pays jamais nommé qui pourrait être n'importe quelle terre d'exode. Il entame alors une quête qui le plongera dans son histoire, ses origines, croisera passé et présent, fera côtoyer vivants et morts, réel et imaginaire, tragédie et comédie. Au bout du chemin il se trouvera lui-même.

PASSAGE DE FLAMBEAU

Pour sa première saison à la direction du Théâtre du Peuple de Bussang il semble que Simon Delétang ne pouvait pas mieux s'ancre dans la tradition et l'histoire de ce lieu qu'en choisissant ce texte de Wajdi Mouawad et cette mise en scène. "Littoral" réunit les thèmes chers au dramaturge franco-libano-québécois : l'exil, la famille, la transmission transgénérationnelle, la quête identitaire, la guerre.  La transmission, voilà bien l'un des objectifs de Maurice Pottecher lorsqu'il créa le Théâtre du Peuple, transmission de la culture à tous les publics en mêlant professionnels et amateurs, transmission familiale puisque la direction du théâtre resta longtemps au sein de la famille Pottecher. Simon Delétang s'inscrit dans cette continuité. Sur scène 20 artistes dont 14 amateurs. Et parmi eux Jean-Noël Delétang, le propre père du metteur en scène, amateur depuis 25 ans. Quel beau symbole (un peu freudien quand même non ?).

AMATEURS ET PROFESSIONNELS

La fusion entre amateurs et professionnels, fruit de plusieurs stages sur plusieurs mois le travail  est réussie. Les tableaux s'enchaînent, fluides. Wilfrid va connaître de nombreuses péripéties au cours de sa quête. Dès le départ il a deux compagnons : son père dont il porte le corps jusqu'à la sépulture ultime et dont l'esprit incarné dans Jean-Noël Delétang suit ses pas, et le Chevalier de Guiromélan, ami imaginaire et protecteur qui lui aussi quittera Wilfrid au terme de cette aventure. Interprété avec malice par Emmanuel Noblet il est la touche d'humour et de légèreté du spectacle. Une complicité sur scène qui reflète celle des deux comédiens dans la vie.

Simon Delétang a aussi réussi à utiliser avec bonheur la grande spécificité de ce lieu : l'ouverture de son fond de scène sur la forêt vosgienne. Dans son périple qui se révèle plus compliqué qu'il ne le pensait, Wilfrid va rencontrer tout une série de personnages. Trois d'entre eux entrent en scène par la forêt, dans des mises en scène qui évoquent l'image des migrants d'aujourd'hui. A l'entrée du théâtre il est précisé que si certaines scènes peuvent heurter les sensibilités ce n'est pas du fait de la mise en scène ou de l'auteur mais de celui de la cruauté du monde. Car si c'est une quête individuelle qui est mise en scène c'est un destin universel, le passage de la jeunesse à l'âge adulte, l'abandon des idéaux, le cheminement des consciences et la cruauté des hommes qui sont le lot de Wilfrid et de tout un chacun. Anthony Poupard interprète avec saveur, gravité, humour, colère, fragilité ce jeune homme en devenir. La scène finale, d'une grande poésie, est une image d'espoir, un élan vers un futur meilleur pour le héros qui sort renforcé de ce voyage, réunissant trois époques, trois âges du père, comme une parabole de la prise de fonctions du metteur en scène.

En bref : une fable humaniste mise en scène avec humour et humilité, qui s'inscrit dans un lieu magique. Une belle entrée en scène pour le nouveau directeur du Théâtre du Peuple. Une distribution réussie qui fait la part belle à l'émotion. Un spectacle qui s'inscrit dans son époque, dans le lieu, dans la continuité tout en assurant un renouvellement.

Littoral, de Wajdi Mouawad, mis en scène et scénographie de Simon Delétang, avec René Bianchini *, Marina Buyse*, Jean-Noël Delétang*, Simon Delétang, Baptiste Delon*, Claudine Deslandes*, Martial Durin*, Ali Esmili, Sylvain Grepinet*, Houaria Kaidari*, Michèle Lautrey*, Richard Mahougou, Thibault Marissal*, Mathilde-Edith Mennetrier, Emmanuel Noblet, Anthony Poupard, Ousmane Soumah*, Sylvain Tardy en alternance avec Clément Bellefleur* ou Coralie Bidal* ou Marie-Jeanne Burthey* 
* membre de la troupe des comédiennes et comédiens amateur du Théâtre du Peuple





Crédit photo @Jean-Louis Fernandez
Vu 12 août 2018 - Théâtre du Peuple - Bussang (Vosges)

LES MOLIERES DE VITEZ - Théâtre du Peuple - Bussang

LES MOLIÈRES DE VITESSE
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(Merci @Ameriquebecoise pour ce titre)




UN THÉÂTRE "PAR L'ART, POUR L’HUMANITÉ"

Il y a 123 ans un poète décide que la culture c'est pour tout le monde et partout. En 1895 Maurice Pottecher quitte Paris qui lui valut la célébrité et revient à Bussang, sa ville natale, dans les Vosges. Là commence la belle aventure du Théâtre du Peuple : un théâtre "par l'art pour l'humanité". Maurice Pottecher y fixe quelques principes qui sont toujours en vigueur aujourd'hui :
- un magnifique bâtiment de bois dont le fond de scène s'ouvre sur la forêt vosgienne. (Et quand le soleil est là c'est tout simplement magique)
- attirer un public nombreux et diversifié. (Et d'une très grande fidélité. Le défi aujourd'hui est comme partout de faire venir les jeunes)
- proposer un répertoire varié, de haute qualité et adapté au lieu. (Assez classique au départ le répertoire s'est ouvert aux écritures contemporaines)
- un lieu de rencontre entre amateurs et professionnels (un principe égalitaire que le nouveau directeur pousse jusqu'à demander aux comédiens d'assurer le service au bar, à la vente de produits dérivés ou de glaces).

Un précurseur que Maurice Pottecher. qui bien avant Jean Vilar, Antoine Vitez ou Ariane Mnouchkine créait un lieu d'expression d'un théâtre populaire sans être populiste. 123 ans plus tard cet esprit règne toujours dans ce lieu magique dont on ne peut que tomber amoureux / amoureuse.

Nommé il y a un an Simon Delétang a à cœur de poursuivre cette mission de transmission du savoir et de la culture sur ce territoire. Pour sa première saison il a organisé une programmation variée. Il n'y a que quelques années que j'ai appris l'existence de ce théâtre. Il a fallu qu'y soit programmé "Littoral" pour que je fasse le voyage. A 4h30 de route de Paris c'est un weekend de détente, de passion, de nature et de convivialité qui s'est révélé une pause revigorante et qui se termine avec une envie : revenir l'année prochaine.

MOLIÈRE REVIGORE

C'est en 1978 qu'Antoine Vitez choisi de monter pour le Festival d'Avignon quatre pièces de Molière. Il s’appuie sur une troupe de jeunes comédiens qui évoluent dans un décor unique. Gwenaël Morin reprend cette idée il y a 5 ans. Il fera de cette démarche et de ces textes la base de son travail avec des élèves acteurs de Lyon. Il rajoute une contrainte : les rôles sont distribués par tirage au sort. Ainsi pas de distribution par genre, les comédiens pouvant jouer des rôles féminins et les comédiennes des rôles masculins, ce pour les rôles principaux comme pour les rôles secondaires.

Les quatre pièces retenues sont assez représentatives de la diversité de l'oeuvre de Molière. On retrouve quatre textes qui firent polémique : "L'école des femmes" qui se moque du mariage et de la misogynie des hommes, "Dom Juan" le provocateur hâté qui ne cesse de défier le ciel, affublé de son valet Sganarelle, "Tartuffe" l'hypocrite qui fut interdit sous l'influence de l'église, et "Le Misanthrope" l'amoureux qui fuit les hommes, perçu comme une critique de l'autorité et du droit des privilégiés.

Quatre comédies, quatre polémiques, quatre pièces menées tambour battant par les jeunes comédiens retenus par Gwenaël Morin. La mise en scène et l'énergie des comédiens donnent toute la dimension de farce et de grivoiserie de "L'école des femmes". Si le partie pris de la vitesse et de l'humour passe moins bien sur "Tartufe" on retrouve le piquant de "Dom Juan" qui devient une pièce d'un burlesque que je ne soupçonnais pas, avec un Sagnarelle presque aussi couard que dans Scapin et qui ne perd pas une occasion de se lancer dans des disputes intellectuelles avec son maître. Quant au "Misanthrope" il clôt l'intégrale en beauté avec une version encore plus débridée que les trois pièces qui l'ont précédé. Les puristes en seront pour leurs frais, mais il y a une telle énergie positive, un tel enthousiasme, un tel plaisir partagé qu'on lâche prise et on se laisse porter par ces mises en scène qui filent à grande vitesse sans perdre ni le texte ni le fil de ses idées.

Les 4 pièces sont présentées soit une par soir en semaine soit en intégrale le week-end. Je ne peux que vous encourager à voir l'intégrale. On profite alors encore plus de l'effet farce et des touches burlesques telles les running gags qui rebondissent d'une pièce à l'autre ou à l'intérieur de chacune, d'un certain crescendo dans l'énergie et la farce. On savoure les "écarts" de texte, corrigés par le souffleur / la souffleuse qui rythme les actes au son du tambour. On laisse le charme du lieu agir et la fraîcheur du jeu des comédiens nous séduire.

Pas de décor, très peu d'accessoires, pas de costume d'époque mais quelques rubans et de vêtements qui respectent ou pas le genre des personnages compte tenu de la répartition par tirage au sort des rôles. Une lumière qui reste tout le temps allumée sur la salle ce qui permet au public qui le souhaite de consulter le texte au moment où il est joué (ce qui peut être perturbant quand plusieurs dizaines de spectateurs tournent en même temps les pages des textes-journaux distribués à l'entrée). Un espace scénique qui ne se limite pas à la scène (mais qui n'utilise pas assez les possibilités de ce lieu unique). Une simplicité qui cache un remarquable travail sur le texte. Si certains passages sont dits très rapidement le rythme de la diction ralenti sur d'autres, laissant entendre le texte différemment. Chaque pseudo lapsus met en évidence l'humour et les jeux de mots cachés.

En bref : un lieu magique et une mise en scène rythmée, dynamique, des jeunes comédiens qui déborde d'une saine énergie communicative : des Molière doublement revisités par Vitez et Gwenaelle Morin. Pour revisiter ses classiques avec bonheur.

Les Molière de Vitez, mise en scène Gwenaël Morin, avec Michaël Comte, Marion Couzinié, Lucas Delesvaux, Chloé Giraud, Pierre Laloge, Benoït Martin, Julien Michel, Maxime Roger, Judith Rutkowski,Thomas Tressy, Jules Guittier

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Bussang (Vosges)
Du 22 juillet au 25 août 2018


Vu le 11/08/2018 - Théâtre du Peuple - Bussang