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jeudi 9 juillet 2026

SWING HEIL

 LET IT SWING !

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On l'oubli souvent, mais en Allemagne aussi il y eu une résistance au nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans ce seul en scène, Jimmy Daumas fait revivre un épisode d'un mouvement d'une jeunesse allemande amoureuse d'une musique interdire : le swing.

Nous sommes à Hambourg en 1938. Richard a 17 ans. Avec ses amis ils se retrouvent dans des bars chaque soir pour vivre leur passion : jouer et danser sur des airs de swing. Insouciance d'une jeunesse qui pense pouvoir échapper à l'intolérance qui monte dans le pays. Mais quand l'enrôlement dans les "Jeunesses Hitlériennes" devient obligatoire, chacun va choisir. Richard pense qu'il peut obéir à l'injonction tout en continuant à vivre sa passion et à garder son indépendance intellectuelle. Certains de ses amis refusent et veulent se battre pour leur liberté.

Jimmy Daumas ne ménage pas sa peine et fait preuve d'une incroyable énergie (surtout avec la canicule qui sévit dehors en ce mois de juillet 2026). Après un début festif, où il chante, danse, joue de la musique, e récit s'assombrit et la musique finit par masser au second plan, laissant place à une intensité plus dramatique. Le décor de salle de concert se transforme progressivement, les instruments étant étouffés par des affiches de propagande et des drapeaux nazis. Le comédien prête sa voix à tous les personnages, la bande de copains.

Le spectateur assiste à la montée de la violence, à l'endoctrinement des esprits, à la perte de liberté. De quoi faire réfléchir à ces situations qui évoluent rapidement, et ne sont pas restreinte au passé, ni à un pays ou un régime.

En bref : un spectacle engagé, mené tambour battant par un comédien porté par une énergie saisissante.

Swing Heil, de Romual Borys, mise en scène de l'auteur, avec Jummiy Daumas, chorégraphie Jeann Garouste, scénographie Anne Gayan, Romuald, Borys, création sonore Cédric Moulié


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Festival Off 2026
La Nouvelle Etincelle
Du 4 au 25 juillet 2026 - Relâche 8-15-22
13h - durée 1h00

samedi 4 juillet 2026

PATIENTE 66

CACHER CE QUI FAIT TACHE

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Ils étaient 9 enfants. Les fils et filles de Joseph et Rose. Mais à partir des années 1940, l’une des filles disparait des photos : Rosemary.

Deux fans d’urbex entrent dans un hôpital désaffecté et font renaître le destin de Rosemary Kennedy. L’histoire commence avec Joseph P. Kennedy, le patriarche aux grandes ambitions. Elles seront en partie réalisées : un fils président, deux sénateurs, un héro de la guerre. Et les filles ? 

Rosemary est le troisième enfant de la fratrie, l'aînée des filles. Rapidement la famille constate qu’elle est différente, un peu lente. En grandissant, la belle Rosemary attire les regards de hommes. Elle fugue souvent le soir, rentre les habits chiffonnés. On la montre lors des soirées mais elle fait tâche dans le paysage idéal du clan. Alors on l’envoie dans un couvent avant de prendre la décision de la faire opérer selon une méthode nouvelle. Elle sera la 66e patiente du docteur Walter J. Freeman, l’inventeur de la lobotomie, une opération que altère ou sectionne le lobe cérébral.

Sur un ton décalé, suivant l’esprit de "Patiente 66, une lobotomie américaine" de Dorothée Zumstein dont la pièce est une adaptation, ce spectacle lève le voile sur le terrible destin de la fille Kennedy, destin partagé par des milliers de femmes aux Etats-Unis et en France, aux débuts de la psychiatrie. Des femmes qui ne rentraient pas ou plus dans le moule que la société patriarcale voulait leur imposer, ou des hommes traités pour "guérir" leur homosexualité. Cette pratique est depuis interdite dans de nombreux pays. Elle était pratiquée à plus de 85% sur les femmes.

Les trois comédiennes nous livre avec un humour parfois noir cette page peu glorieuse de la psychiatrie. Le décor emprunte au cinéma des années 1930/1950 un côté burlesque pour mieux souligner l’absurdité du traitement. Alice-Maïa Lefebvre, comédienne et pianiste (accompagnement en live), est Rosemary, touchante de douceur et de candeur. Ses deux partenaires endossent plusieurs rôles dans une mise en scène qui dose avec intelligence les différents rythme et les émotions. 

En bref : Sur un ton décalé, un spectacle captivant qui, par le biais d’une personnalité, lève le voile sur un pan peu glorieux de la psychiatrie.

Patient 66, d'après Dorothée Zumstein, mise en scène Laurent Eychenne Régie, avec Emilie Jouffrey, Alice-Maïa Lefebvre, Christelle Salert, création son et lumière Romain Deldon, Régie Rémy Caillavet

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Avignon Of 2026
Factory - Chapelle des Antonins
Les 3 - 5 - 7 - 10 - 12 - 14 - 17 - 19 - 21 et 24 juillet - 20h20 - Durée 1h05


NB : si vous souhaitez aller plus loin dans la connaissance de ce scandale de la première moitié du 20e siècle, je vous recommande la lecture de "Mon vrai nom est Elizabeth" d'Adèle Yon (Ma chronique sur Babelio)

jeudi 11 juillet 2024

J'AIMERAIS ARRETEE

 BOULEVERSANT

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Elle s'appelle Sonia (ou un autre nom). Elle a tout juste 20 ans lorsqu'elle prend contact par mail avec une association. C'est François qui prend connaissance de cet appel au secours. Sonia est profondément ancrée dans la prostitution étudiante. Sans famille pour la soutenir, sans ressources stables, elle s'est prostituée pour manger, faire ses études. Mais elle au aussi abandonné ses dernières. Elle a envie d'en sortir, de reprendre la maîtrise du cours de sa vie.

Lorsqu'il commence à échanger avec Sonia pour l'aider, François traverse lui-même une phase difficile de sa vie. Petit à petit il va trouver les mots pour toucher Sonia, pour l'aider, pour ne pas lâcher lorsque les rechutes surviennent.

"J'aimerais arrêtée" est adapté du livre e François Wioland "Prostitution Etudiante". Il est basé sur une histoire vraie. L'auteur est lui-même bénévole au sein d'une association d'entraide. Il faillait cette expérience de terrain pour restituer cette histoire singulière et pourtant pas unique.

Dans un décor minimaliste mais savamment étudié, deux comédiens portent les mots de ces échanges épistolaires. Aliocha Itovich est François, un homme lui-même un peu perdu dans sa vie privée, qui met tout son coeur dans l'entraide et l'écoute qu'il essaie de donner à Sonia. Il sait trouver les mots, malgré les moments de doute qu'il traverse, se questionnant sur ses méthodes, ses paroles. Face à lui Charline Freri est une Sonia à la fois fragile et pétillante, avec la fougue de la jeunesse d'une innocence qui ne veut pas la quitter malgré ce qu'elle vit depuis plusieurs années. Tous deux sont d'une infinie justesse, d'une grande sensibilité et pudeur de jeu.

La mise en scène de Violaine Arsac est pour beaucoup aussi dans la justesse de l'interprétation. Le décor est minimaliste : deux tables de forme triangulaire, un espace coupé par une diagonale, un porte-manteau en fond de scène, un ordinateur pour François, une tablette pour Sonia. L'évolution du placement du décor suis l'évolution des échanges entre les deux protagonistes, délicatement, subtilement.

Je ne m'attendais pas à être autant touchée et émue par cette pièce, et n'ai pu retenir les larmes qui se sont mises à couler sur mes joues dans les dernières minutes.

Au-delà de l'émotion, il y a un message important concernant les jeunes femmes dans la situation de Sonia et un bel hommage à ces voix qui bénévolement donnent du temps et d'eux-mêmes, pour aider sans juger.

En bref : Une pièce tout en pudeur et émotion pour traiter de la question de la prostitution étudiante. Une mise en scène sobre et subtil et deux comédiens d'une très grande justesse. Coup de cœur.

J'aimerai arrêtée, d'après le livre de François Wioland, adaptation et mise en scène Violane Arsac, avec Charline Freri et Aliocha Itovitch - Compagnie Les comédiens à la fenêtre.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2024
La Luna
du 29 juin au 21 juillet - 14h40 - durée : 1h05
Relâche les mercredis 3 - 10 et 17


NB : La Compagnie "Les comédiens à la fenêtre" produit "j'aimerais arrêtée" (faute volontaire) dans l'esprit de son objet statutaire : entreprendre, promouvoir et gérer des activités culturelles et artistiques enracinées dans l'intuition que le Beau et l'Art peuvent ouvrir une sorte de fenêtre à l'esprit qui tend vers l'infini (extrait du site Avignon Festival Off)


lundi 18 juillet 2022

POURQUOI JESSICA A-T-ELLE QUITTE BRANDON ?

 INGENIEUX, ORIGINAL, INSTRUCTIF

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Voilà un titre qui intrigue, qui sonne comme un mauvais soap opéra. Si ce spectacle n'était pas présenté à La Manufacture il est probable que je passerai mon chemin. Et ce serait une erreur. Autre question posée dès les premières minutes à propos d'une image projetée sur l'écran en fond de scène : "voyez-vous une enfant ou un chien ? Et qu'est-ce qui différencie une enfant d'un chien ?". Question incongrue ? A la fin du spectacle vous y repenserez et rétrospectivement regarder l'image sous un autre angle.

La scène est remplie de technologie : ordinateurs, écrans, jeu vidéo, synthé. Pierre et Manu nous accueillent et l'humour belge en tarde pas à pointer son nez : Pierre joue à Duck Hunt alors que le public s'installe. Après nous avoir présenté le contexte, ce café dans lequel la rupture entre Jessica et Brandon est intervenue, ils nous lancent dans leur enquête : qu'est-ce que Brandon a bien pu raconter à Jessica pour qu'elle se décide à le quitter soudainement ?

Ne comptez pas sur moi pour vous donner la réponse. L'histoire que nous racontent Pierre et Manu est si bien ficelée que livrer trop d'informations serait faire injure à leur travail. On se contentera de dire, comme c'est annoncé dans le pitch, que Brandon est un lanceur d'alerte. Pour nous amener à comprendre pourquoi Jessica l'enquête se décline en plusieurs chapitres ("Les jeux vidéo", "Mythologie et rumeurs du monde", "l'effet cercueil et la guerre propre"., "La vraie intimité de Brandon") qui permettent non seulement de donner corps au personnage de Brandon, mais aussi à replacer son histoire dans un contexte global.

Le spectacle se base sur une histoire vraie et réussit non seulement à nous divertir par sa mise en scène pleine d'humour et de réflexion bien plus intelligentes qu'il n'y paraît, mais aussi à nous apporter des informations très enrichissantes. Tout est finement pensé, réfléchit. Les deux auteurs / interprètes savent parfaitement où ils veulent nous mener et réussissent avec brio à nous surprendre.

En bref : un spectacle intelligent avec un titre en total décalage par rapport au sujet grave qu'il traite. Une enquête théâtrale qui diverti tout en questionnant. Du très beau travail. 

Pourquoi Jessica a-t-elle quitté Brandon ? de et avec Pierre Solot et Emmanuel De Candido, co-mise en scène Olivier Lenel, lumières Clément Papin, scénographie Marie-Christine Meunier, dramaturgie sonore Milena Kipfmüller.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?

Avignon Off 2022
La Manufacture
Du 7 au 26 juillet 2022  - 17h35 - Durée 1h27
Relâche 13 - 20

Crédit photo @Lionel Devuyst