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lundi 30 septembre 2019

LES BEAUX - Théâtre du Petit Saint Martin - Le regard de Corinne

Côté pile, côté face !
Le regard de Corinne



Léonore Confino, observatrice de ses contemporains, s'inspire de son vécu pour l'écriture de ses pièces. Sa plume est teintée d'une pointe d'humour mais aussi de beaucoup de lucidité et de mordant. Pour « Les Beaux », c'est à travers le regard d'une petite fille, Alice, que nous pénétrons l'intimité d'un couple, celui formé par ses parents. L'auteur pioche dans le langage enfantin comme pour renforcer le contraste entre la réalité et la fiction.

Alice a de la chance. Ses parents sont jeunes, beaux et ils s'aiment. C'est merveilleux ! Oui, mais c'est trop beau pour être vrai. Quelque chose cloche ! Leur façon de parler ? Leur comportement puéril? Leur peur panique quand l'orage gronde ? Le spectateur comprend vite qu'ils ne sont que le fruit de l'imagination d'une petite fille de 7 ans. Alice idéalise ses parents, subterfuge pour affronter la réalité faite de beaucoup de disputes dont elle est souvent le sujet. La situation bascule quand, sans prévenir, elle part se réfugier chez sa tante. Le règlement de compte puis la prise de conscience des parents prennent alors  corps.


Pour sa mise en scène, Côme de Bellescize s'appuie sur ses deux comédiens pour donner le rythme et l'impulsion indispensables à la pièce. Elodie Navarre et Emmanuel Noblet sont remarquables dans l'interprétation de leur rôle respectif de la mère au foyer et du chasseur de tête chez Publicis. Côté pile du couple, ils sont lisses, souriant, heureux. Côté face, ils sont emplis de rancœur au point d'en devenir laids. Frustrés, à l'étroit dans leur vie professionnelle et affective, ils sont en colère, hargneux et parfois même mesquins. C'est ainsi que Monsieur se voit subtiliser sa tranche de jambon qu'il avait caché au fond du frigo pour être sûr que personne ne la mangerait !

Dans une ambiance psychédélique, lumière et musique dignes d'une boîte de nuit, ce tête à tête atteint son paroxysme avec la destruction du décor, comme pour faire table rase du passé et se donner une chance de continuer ensemble, tous les trois.

En résumé: L'écriture aiguisée, avec une note d'humour, de Léonore Confino met le doigt là où ça fait mal dans un couple : le quotidien, l'usure, la frustration. La mise en scène de Côme de Bellescize imprime le rythme et la dynamique propres à l'hyper activité de notre société. Les comédiens quant à eux ne sont avares ni de leur énergie ni de leur talent, pour le plus grand bonheur du public.

Les Beaux, de Léonore Confino, mise en scène de Côme de Bellescize avec Elodie Navarre et Emmanuel Noblet.


C'EST OU ? C'EST QUAND ?
Théâtre du Petit Saint Martin
17 Rue René Boulanger 75010 Paris 
Du 9 septembre au 16 novembre 2019


Crédit photo @Emilie Brouchon

dimanche 19 août 2018

LITTORAL - Théâtre de Bussang

UNE HISTOIRE DE FAMILLE
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 Wilfrid jouit à plein de la vie au moment où il apprend la mort de son père. Bien que la relation entre les deux ait été très distante, Wilfrid va se mettre en quête d'une sépulture dans le pays natal du père. Un pays jamais nommé qui pourrait être n'importe quelle terre d'exode. Il entame alors une quête qui le plongera dans son histoire, ses origines, croisera passé et présent, fera côtoyer vivants et morts, réel et imaginaire, tragédie et comédie. Au bout du chemin il se trouvera lui-même.

PASSAGE DE FLAMBEAU

Pour sa première saison à la direction du Théâtre du Peuple de Bussang il semble que Simon Delétang ne pouvait pas mieux s'ancre dans la tradition et l'histoire de ce lieu qu'en choisissant ce texte de Wajdi Mouawad et cette mise en scène. "Littoral" réunit les thèmes chers au dramaturge franco-libano-québécois : l'exil, la famille, la transmission transgénérationnelle, la quête identitaire, la guerre.  La transmission, voilà bien l'un des objectifs de Maurice Pottecher lorsqu'il créa le Théâtre du Peuple, transmission de la culture à tous les publics en mêlant professionnels et amateurs, transmission familiale puisque la direction du théâtre resta longtemps au sein de la famille Pottecher. Simon Delétang s'inscrit dans cette continuité. Sur scène 20 artistes dont 14 amateurs. Et parmi eux Jean-Noël Delétang, le propre père du metteur en scène, amateur depuis 25 ans. Quel beau symbole (un peu freudien quand même non ?).

AMATEURS ET PROFESSIONNELS

La fusion entre amateurs et professionnels, fruit de plusieurs stages sur plusieurs mois le travail  est réussie. Les tableaux s'enchaînent, fluides. Wilfrid va connaître de nombreuses péripéties au cours de sa quête. Dès le départ il a deux compagnons : son père dont il porte le corps jusqu'à la sépulture ultime et dont l'esprit incarné dans Jean-Noël Delétang suit ses pas, et le Chevalier de Guiromélan, ami imaginaire et protecteur qui lui aussi quittera Wilfrid au terme de cette aventure. Interprété avec malice par Emmanuel Noblet il est la touche d'humour et de légèreté du spectacle. Une complicité sur scène qui reflète celle des deux comédiens dans la vie.

Simon Delétang a aussi réussi à utiliser avec bonheur la grande spécificité de ce lieu : l'ouverture de son fond de scène sur la forêt vosgienne. Dans son périple qui se révèle plus compliqué qu'il ne le pensait, Wilfrid va rencontrer tout une série de personnages. Trois d'entre eux entrent en scène par la forêt, dans des mises en scène qui évoquent l'image des migrants d'aujourd'hui. A l'entrée du théâtre il est précisé que si certaines scènes peuvent heurter les sensibilités ce n'est pas du fait de la mise en scène ou de l'auteur mais de celui de la cruauté du monde. Car si c'est une quête individuelle qui est mise en scène c'est un destin universel, le passage de la jeunesse à l'âge adulte, l'abandon des idéaux, le cheminement des consciences et la cruauté des hommes qui sont le lot de Wilfrid et de tout un chacun. Anthony Poupard interprète avec saveur, gravité, humour, colère, fragilité ce jeune homme en devenir. La scène finale, d'une grande poésie, est une image d'espoir, un élan vers un futur meilleur pour le héros qui sort renforcé de ce voyage, réunissant trois époques, trois âges du père, comme une parabole de la prise de fonctions du metteur en scène.

En bref : une fable humaniste mise en scène avec humour et humilité, qui s'inscrit dans un lieu magique. Une belle entrée en scène pour le nouveau directeur du Théâtre du Peuple. Une distribution réussie qui fait la part belle à l'émotion. Un spectacle qui s'inscrit dans son époque, dans le lieu, dans la continuité tout en assurant un renouvellement.

Littoral, de Wajdi Mouawad, mis en scène et scénographie de Simon Delétang, avec René Bianchini *, Marina Buyse*, Jean-Noël Delétang*, Simon Delétang, Baptiste Delon*, Claudine Deslandes*, Martial Durin*, Ali Esmili, Sylvain Grepinet*, Houaria Kaidari*, Michèle Lautrey*, Richard Mahougou, Thibault Marissal*, Mathilde-Edith Mennetrier, Emmanuel Noblet, Anthony Poupard, Ousmane Soumah*, Sylvain Tardy en alternance avec Clément Bellefleur* ou Coralie Bidal* ou Marie-Jeanne Burthey* 
* membre de la troupe des comédiennes et comédiens amateur du Théâtre du Peuple





Crédit photo @Jean-Louis Fernandez
Vu 12 août 2018 - Théâtre du Peuple - Bussang (Vosges)