mardi 1 janvier 2019

FRANCHIR LA NUIT - Théâtre National de Chaillot - Le regard de Corinne

Voyage au delà de la nuit !
Le regard de Corinne


La mer sur scène...très certainement la Méditerranée.

Un homme court dans l'eau, trébuche, manque de tomber, se relève, court encore et encore. Il fuit dans la nuit. Il tente de la franchir.

De quel côté sommes-nous ? Européen, Africain ? A vous de le deviner, de l'imaginer.
Il est rejoint par d'autres personnes, adultes, enfants, hommes, femmes. Il fait toujours nuit.
Tous essayent, veulent fuir la misère et la violence qui sévissent dans leur pays pour espérer
accéder à un meilleur ailleurs....mais tous n'y arriveront pas. Leurs corps échouent alors en
bordure de mer, roulent sur le sable, bercés par les vagues. Cette barrière naturelle,
symbole d'espoir, de renaissance pourquoi pas, peut finalement l’anéantir.
Et au bout du chemin, au bout de cette nuit, qu'est-ce qui les attend ? Quel avenir
entrevoir? Quel accueil leur sera réservé ?

A travers ses spectacles, Rachid Ouramdane, danseur et chorégraphe, a pour credo la
rencontre et l'établissement de liens avec les autres....que ce soit pour faire parler son père,
algérien, sur la guerre d'Indochine, pour diriger des sportifs d'Aubervilliers pour « Surface de réparation » ou dernièrement pour évoquer le sort des réfugiés climatiques pour
« Smufato ». Sa réflexion, peut-être nourrit par ses origines, tourne autour de l'identité.
Ce dernier opus ne déroge pas. Ici, Rachid Ouramdane nous interroge, nous interpelle sur la
question des réfugiés, des exilés quels qu'ils soient, sujet grave alimenté par l'actualité. Il
ouvre le débat, sans porter de jugement, tout en laissant place à l'imaginaire, au rêve, à
l'espoir.

La chorégraphie est très poétique. La grâce et l'élégance des danseurs sont un parallèle au
courage et à la dignité des migrants. La fluidité des gestes est accentuée par la projection
des gerbes d'eau, prolongement de leurs mouvements. Les danseurs – migrants se tiennent,
s'agrippent puis se repoussent. C'est d'une beauté saisissante. Peu à peu ils nous amènent
à la lumière, au jour, au renouveau, c'est en tous les cas le souhait véhiculé. Les jeunes,
migrants ou de banlieue, sont conviés à entrer dans cette danse au côté des professionnels.
Ils sont l'espoir.

David Bowie et Bob Dylan, par la voie de Déborah Lennie Bisson sont aussi de la partie.
Leurs paroles chantées renforcent la beauté grave et singulière de ce spectacle qui se situe
entre la danse et le documentaire.

Et à la fin de la représentation, le public, ébloui, est debout et applaudit à tout rompre !


Franchir la nuit, de Rachid Ouramdane, avec Annie Hanauer, Deborah Lennie-Bisson, Ruben Sanchez, Leandro Villavicencio, Aure Wachter et la participation de 29 enfants de l'école Chaptal à Paris et de 12 mineurs non-accompagnés migrants, accueillis par Gaä94 du groupe SOS.

C'EST OU ? C'EST QUAND ?
dans le cadre de la programmation 
Hors les murs du Théâtre de la Ville
du 15 au 21 décembre 2018

Crédit photo @Patrick Imbert

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